«J’ai rencontré des personnes vraiment merveilleuses»

Voici la première lettre de nouvelles de Mona, l’une de nos volontaires en Service civique venues d’Égypte. Elle évoque sa mission chez les Diaconesses de Strasbourg.

Mona, photographiée dans le jardin du Défap © Défap

 

VOLONTAIRE
  • Mona, 25 ans, Égyptienne
  • Accompagnatrice de personnes âgées
MISSION
  • La maison des Diaconesses, 3 rue Ste Elisabeth, Strasbourg
  • Les personnes âgées (Sœurs et seniors)

 
 
Ma mission:

    • Partager une vie avec les sœurs et les seniors vivant dans la maison
    • Se rendre disponible auprès d’eux pour diverses tâches et aider à la vie de la maison
    • Jouer à des jeux de société ensemble
    • Aider aux travaux manuels tels que la couture, le tricot, le crochet, …
    • Faire la lecture pour les personnes malvoyantes
    • Visiter les personnes isolées dans leur chambre pour discuter, être à l’écoute, les rassurer et leur tenir compagnie
    • Accompagner les sorties de la vie courante : promenade, courses, aller à la pharmacie pour chercher des médicaments, …
    • Faciliter l’accès aux outils informatiques pour maintenir la communication avec les proches

 

Je m’appelle Mona. Je suis Égyptienne. J’ai 25 ans. J’ai terminé mes études et j’ai travaillé dans une entreprise de service à la clientèle pendant deux ans. J’ai commencé à travailler depuis novembre 2020. Trois mois après, la compagnie a décidé que tout le monde travaillerait à domicile en raison des mauvaises conditions dues au Coronavirus. Ceci, bien sûr, a eu un grand impact sur moi, sur mes relations avec mes amis ainsi qu’avec mes collègues de travail. Deux mois plus tard, je me sentais déconnectée du monde extérieur. J’entends juste les problèmes des autres sans les voir ni les connaître. Je ne parle qu’avec des écrans. J’ai donc besoin d’interagir davantage avec les gens en personne. Je sens que je ne fais que suivre la routine normale ou ce qu’on attend de moi dans la vie.

J’ai également besoin de fournir un service ou d’aider les autres « gratuitement » car de nombreuses personnes m’ont aidée dans les différentes étapes de ma vie.

Quand on m’a parlé de cette mission, je ne l’ai pas immédiatement acceptée, mais je ne l’ai pas non plus refusée. Ne pas dire « non » était étrange et surprenant pour moi, car je dis généralement un « non » rapide à tout ce qui est nouveau ou ambigu pour moi.

Et me voilà en France. Et heureusement, je suis ici parce que j’ai rencontré des personnes vraiment merveilleuses. Des sœurs et des seniors qui nous ont accueillies avec tant de respect et d’amour sans même nous connaître et malgré toutes les différences d’âge et de culture.

On dit que notre mission est d’accompagner les personnes âgées, mais parfois j’ai l’impression qu’elles ne sont pas très âgées. Ce sont des personnes pleines de vie et d’amour de Dieu. Nous avons des cours de gym tous les mercredis. Même si nous ne faisons pas d’exercices compliqués pour nous « les jeunes », les sœurs se soucient d’y participer. Malgré leurs maux physiques, elles essayent de suivre les actualités que ce soit à travers les journaux, la télévision ou la radio, selon leur état de santé, et c’est parce qu’elles sont toujours désireuses de prier pour tout ce qui se passe autour d’elles.

« Après deux mois, je ressens beaucoup de changements dans ma vie »

Il y a des personnes qui aiment coudre, tricoter et faire du crochet, d’autres qui aiment jouer, lire ou sortir, et d’autres qui aiment rester dans leur chambre pour parler et partager des idées.

Ce qui m’a étonnée, c’est une sœur qui ne voit presque rien et arrive quand même à tricoter de très jolies brassières pour bébé. Quand je lui ai demandé comment elle le faisait, elle m’a dit qu’elle ne voyait pas bien mais elle comptait les mailles et parfois avec l’expérience aussi elle arrêtait de compter. Rien ne les empêche de travailler ou de vivre.

Nous partageons une vie communautaire. Nous vivons dans la même maison, prions ensemble (3 fois par jour + un culte chaque dimanche + une mini réunion pour les jeunes une fois par semaine), mangeons ensemble, aidons à mettre la table et nettoyons la cuisine ensemble. Nous célébrons également l’anniversaire de chacune en préparant des gâteaux, des lettres, des cadeaux et quelques chants.

Heureusement, j’ai eu l’occasion de fêter Pâques avec les sœurs. Nous avons comparé les différentes manières de fêter en France et en Égypte, comme l’histoire du lapin et des œufs, que je n’ai toujours pas comprise même après qu’on me l’ait expliquée plusieurs fois.

Après deux mois, je ressens beaucoup de changements dans ma vie. Je me sens plus proche de Dieu. Je vois dans cette maison un verset de la Bible accompli : « Vous êtes dans le monde, mais pas du monde. »

Chaque jour, je deviens plus mature et plus autonome. Je sors un petit peu de ma zone de confort (comfort zone).




Guy Martial et le christianisme chez les Boulous du Cameroun

Guy Martial Ndjonlo, chercheur en congé-recherche en France, dont les travaux en théologie sont soutenus par le Défap, s’intéresse aux pratiques chrétiennes chez les Boulous, un peuple du Sud du Cameroun. Des pratiques qui sont encore aujourd’hui très largement mêlées de références aux croyances traditionnelles, auxquelles la majorité se conforme, sous cape : car même si on ne pratique pas, on redoute toujours les effets possibles de ces anciennes croyances.

Guy Martial et le christianisme chez les Boulous du Cameroun


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«Je me sens en famille même loin de chez moi»

Voici la première lettre de nouvelles de Believe, notre Service civique venue du Togo. Elle évoque sa mission au sein de l’Association diaconale protestante Marhaban, à Marseille. Elle a déjà été amenée à faire tour à tour de l’accueil, de l’animation d’ateliers d’anglais ou de couture, ainsi qu’à s’occuper d’une épicerie autogérée.

Believe, photographiée dans le jardin du Défap © Défap

 

VOLONTAIRE
  • Believe, Togolaise, 25 ans
  • Accompagnatrice de personnes en situation de précarité
MISSION
  • Association diaconale Marhaban
  • Mon service s’adresse aux adultes, jeunes et parfois aux enfants

 
 
Ma mission en tant que service civique se passe très bien, contrairement à ce que je m’étais imaginée avant d’arriver ici en France, plus précisément à Marseille où se déroulent mes activités journalières. Généralement, je donne des cours d’anglais aux adultes de l’association, j’assiste dans quelques niveaux de cours de français, j’apporte mon aide au soutien scolaire si possible, j’aide à la distribution alimentaire des colis aux bénéficiaires de l’association, je participe à l’accueil puis à l’atelier de couture organisé par les femmes qui aiment bricoler, puis j’aide à l’épicerie autogérée fondée par Marhaban, sans oublier l’aide que j’apporte au besoin à l’Eglise Protestante Unie De France, temple de Grignan, en tant que bénévole.

De nature je m’ennuie s’il n’y a rien à faire, donc j’aime beaucoup le fait d’être occupée dans ma mission et surtout j’adore cette valeur ajoutée de ma personnalité d’être utile en aidant les autres dans leurs difficultés afin d’avoir des moments d’échange, d’écoute, d’apprentissage et de partage car cela est ma joie de voir des personnes heureuses. Je suis dans un pays que j’ai toujours rêvé de visiter ; ce rêve est finalement devenu réalité grâce au Défap et à mon Église qui m’en offrent l’opportunité. C’est pour moi une joie énorme maintenant car cela me permet d’élargir mes connaissances, de découvrir de nouvelles choses, faire de l’aventure, participer dans le social pour l’intérêt général, améliorer mes compétences interculturelles et de leadership.

La France d’après ce qui se dit souvent est un pays très développé par rapport à l’Afrique où les gens n’ont pas de temps à consacrer à autrui si ce n’est se concentrer sur des trucs propres à eux. Ceci étant dit je croyais arriver dans une ville qui ne m’accepterait pas puisque je suis étrangère, mais à ma grande surprise j’ai été et je continue toujours d’avoir cet accueil chaleureux partout où je me trouve dans le pays, sans oublier l’accompagnement nuit et jour de tous ceux qui m’entourent. De ma descente de l’aéroport jusqu’à l’endroit où je travaille et même où je loge, j’ai la chance d’avoir tout une équipe à mes côtés qui s’assure du bon déroulement de ma mission. Je me suis vite intégrée sans problème et me sens en famille même loin de chez moi, donc merci beaucoup à tous ceux qui se battent pour une vie meilleure des jeunes qui représentent le futur et aussi l’Église qui n’abandonne pas ses fidèles.




Réciprocité : une session d’accueil pour les volontaires du Défap

Pendant trois jours, les premières volontaires accueillies en France via le Défap dans le cadre du volontariat de réciprocité participent à une session d’accueil à Paris : l’occasion de faire le point sur leurs missions respectives, un mois et demi après leur arrivée en France, et de leur donner des clés concernant les relations interculturelles.

De gauche à droite : Magda, Believe et Mona, photographiées dans le jardin du Défap © Défap

Elles viennent d’Égypte et du Togo, pour des missions de solidarité en lien avec les Églises de France. Elles sont arrivées depuis un mois et demi, et sont déjà à pied d’œuvre dans les organismes qui les accueillent : Magda, Mona et Believe sont les premières volontaires à venir en mission en France via le Défap et avec le statut de service civique, dans le cadre du volontariat de réciprocité. En ce lundi 24 avril, elles sont toutes trois au 102 boulevard Arago, à Paris, pour une session d’accueil destinée à faire le point sur leurs premières impressions et leurs découvertes après quelques semaines en France, et pour leur fournir des éléments destinés à faciliter la suite de leur travail et de leur séjour.

Le volontariat de réciprocité offre un cadre juridique, encore trop peu utilisé, qui permet d’accueillir en France des volontaires de pays partenaires. Concrètement, le principe de réciprocité permet, à tous les pays accueillant des volontaires français, d’envoyer des jeunes pour une mission en France. Dans le cas du Défap, cela implique la possibilité non seulement d’envoyer à l’étranger, mais aussi d’accueillir en France des jeunes pour des missions utiles aux Églises. La possibilité juridique d’une telle forme de volontariat existe depuis 2010 ; mais elle commence à peine à être utilisée. Cette volonté de rééquilibrage est portée depuis des années par France Volontaires, la plateforme française des engagements volontaires et solidaires à l’international, dont fait partie le Défap : elle a déjà publié deux guides sur le sujet et plaide régulièrement pour une meilleure connaissance de ce dispositif.

Au menu des échanges : interculturalité, questions administratives, rencontre avec l’équipe du Défap

Le développement de la réciprocité dans le volontariat international permet ainsi de nourrir des relations plus équilibrées, des liens de coopération et de solidarité entre les pays plus solides. Cette invitation à regarder le monde d’un point de vue différent que représente la réciprocité, à travers des regards croisés, présente de nombreux bénéfices, pour les volontaires impliqués comme pour les structures d’accueil et d’envoi. Dans le cadre des échanges noués via le Défap, cette possibilité d’accueillir des volontaires de pays et d’Églises partenaires peut concerner toute association loi 1901 œuvrant en lien avec les Églises membres du Défap, et elle représente, outre une ouverture à une autre culture, un moyen concret de vivre l’Église universelle.

En cette année 2023, les premières structures à accueillir des services civiques arrivées en France via le Défap sont les Diaconesses à Strasbourg, et l’Association diaconale protestante Marhaban (ADPM) à Marseille. Les Diaconesses accueillent deux jeunes filles venues du Caire pour des missions très diversifiées : animation, avec l’équipe, d’ateliers de type travaux manuels, lecture, jeux de société pour les personnes âgées ; lecture pour les personnes âgées mal-voyantes ; visites de convivialité auprès de résidents et résidentes âgées isolées dans leur chambre ; accompagnement de sorties de la vie courante (courses, rendez-vous médicaux) ; aide à l’accès aux outils informatiques pour maintenir le lien et la communication avec les proches… À Marseille, la volontaire togolaise a déjà été amenée à faire tour à tour de l’accueil, de l’animation d’ateliers d’anglais ou de couture, ainsi qu’à s’occuper d’une épicerie autogérée.

Pour cette session d’accueil au Défap, il s’agira de donner un aperçu du Défap, de son histoire et de ses missions – avec notamment un mot d’accueil du Secrétaire général Basile Zouma, et une visite de la bibliothèque ; mais aussi, sur un plan plus pratique, de faire le point sur les questions administratives ; de permettre aux trois services civiques de faire un premier retour d’expérience au bout d’un mois en France… Cette session permettra aussi de leur donner des éléments sur la manière dont se vit la laïcité en France, sur les questions de communication (et de droit à l’image, notamment en lien avec les réseaux sociaux)… Elle permettra également de les outiller pour mieux comprendre et gérer les situations de tension en milieu interculturel. Enfin, ce sera l’occasion pour les trois volontaires, réparties dans des villes éloignées, de faire le point entre elles et d’apprendre à connaître l’équipe du Défap.




Nicolas, volontaire en Afrique du Sud : en mission auprès des enfants handicapés

Nouveau témoignage d’un envoyé du Défap : Nicolas est en mission à Jeffreys Bay, en Afrique du Sud, dans la province du Cap-Oriental. Il est parti en famille, avec son épouse Lize-Marie et leurs deux filles. Nicolas est un envoyé porté : il est engagé auprès de Timion, un organisme missionnaire qui aide des enfants atteints de handicap moteur.

Nicolas, volontaire en Afrique du Sud


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Julien, volontaire en Égypte : «Il y a des moments très précieux»

Nouvelle saison dans notre série de podcasts : retrouvez désormais des témoignages d’envoyés actuels du Défap. Ils ou elles partent en mission au Congo, au Cameroun, en Tunisie, et témoignent de leur vécu et de leurs rencontres. Aujourd’hui, témoignage de Julien : il est parti avec le Défap et l’ACO (Action Chrétienne en Orient) pour une mission d’enseignement en Égypte.

Julien, volontaire en Égypte


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Liban : les enfants de la crise

Élèves en décrochage scolaire du fait des crises à répétition des écoles libanaises, enfants de familles syriennes ayant fui la guerre et qui n’ont jamais été scolarisés : ce sont quelques-uns des profils d’élèves accueillis dans l’école où travaille Noémie, envoyée au Liban par le Défap. Des enfants qui ont déjà vécu trop de choses, mais attachants malgré leurs difficultés à s’adapter aux attentes du milieu scolaire… Témoignage.

Noémie avec ses élèves © Safe Haven, Beyrouth

Quel est le cadre de votre mission ?

Noémie : Je suis actuellement VSI (Volontaire de Solidarité Internationale) au Liban, pour une mission de deux ans. Je suis co-envoyée par le Défap et un autre organisme protestant : Mena. Je suis enseignante de français dans un centre d’éducation pour enfants dits « à risque », qui n’ont pas accès à l’éducation dans de bonnes conditions.

Quels sont leurs profils ?

Il y a tout d’abord beaucoup d’élèves syriens. Un grand nombre de réfugiés sont arrivés de Syrie au cours des dix dernières années, et les familles n’ont pas toujours pu scolariser leurs enfants parce qu’il n’y avait pas de place dans les écoles ; ou alors, uniquement dans des écoles privées, qui sont payantes, et les frais de scolarité sont hors de portée de parents ayant fui la Syrie. Deux des classes sont pour des enfants plus âgés, dix ans ou plus, et qui n’ont jamais été scolarisés. C’est donc leur première année ; et le projet de ce centre, c’est de leur permettre d’entrer dans les apprentissages, en espérant qu’ils puissent rejoindre un circuit d’enseignement classique.

Un deuxième profil d’élèves que l’on trouve dans cette école : des enfants majoritairement libanais, qui sont scolarisés le matin dans des écoles publiques, et pour lesquels il faut faire du soutien scolaire. Comme le reste du pays, les écoles publiques sont en crise au Liban : elles ont été très souvent fermées ces dernières années suite aux troubles sociaux, à l’épidémie de Covid-19, à l’explosion du port de Beyrouth, aux nombreuses grèves… Du coup, les inégalités se sont creusées entre les enfants de familles qui avaient la possibilité d’aider leurs enfants dans leur scolarité, et les autres, qui ont très peu progressé dans leurs apprentissages. Or les cours se poursuivent comme si l’école n’avait jamais arrêté, les programmes n’ont pas évolué en fonction de toutes ces interruptions, et les attentes vis-à-vis des élèves ne prennent pas en compte le retard pris dans les cours : on pourra demander par exemple à des classes de primaire de lire des textes en sciences… alors que les bases de la lecture ne sont pas maîtrisées.

Il y a aussi un programme pour les plus petits, destiné surtout à des enfants de réfugiés syriens qui risquent d’avoir du mal à entrer dans les apprentissages et à s’habituer à l’école. On leur apprend à tenir un crayon, on leur montre des livres, des albums… Il s’agit aussi de leur apprendre à suivre des consignes, écouter l’enseignante, travailler en groupe…

Quelles ont été vos premières impressions du Liban ?

Contradictoires. D’un côté, j’apprécie beaucoup l’accueil ; l’hospitalité est une valeur très importante… Spontanément, les gens m’invitent, ils ont envie de me faire découvrir leur culture. Ils se montrent honorés et touchés que je fasse l’effort d’apprendre l’arabe. Ils me font découvrir la gastronomie du pays. Mais d’un autre côté, on voit bien que tout le pays est en crise ; et ceux que j’interroge ont un regard assez pessimiste sur la situation de leur propre pays. Il est difficile pour eux de se projeter dans l’avenir. La pauvreté est visible dans les rues : des enfants mendient, trient des déchets…J’ai aussi rencontré des personnes âgées qui ont plus de 70 ans et qui doivent travailler, faute de système de retraite. Ça fait mal au cœur.

Élèves de l’école où travaille Noémie © Safe Haven, Beyrouth

Et vos premières impressions du lieu où se déroule votre mission ?

À mon arrivée, j’ai été d’emblée immergée dans la culture locale. Au quotidien, mes collègues parlent arabe : j’ai dû m’adapter, même si je manque encore de maîtrise de la langue. Mais j’ai été aidée jour après jour, on m’a tout expliqué du fonctionnement de l’école.

Pendant tout le mois de décembre, j’étais en phase de découverte : j’ai pu voir comment travaillaient les autres enseignants, donner des coups de main, faire connaissance avec les enfants… C’était une période assez festive : au début du mois, on fête la Sainte-Barbe – une tradition importante dans la culture libanaise. Ensuite, il y a eu Noël. C’était un bon contexte pour apprendre à connaître les élèves.

Puis, au mois de janvier, j’ai vraiment commencé à enseigner après avoir vu, en concertation avec la directrice, sur quels projets je pouvais m’impliquer. J’anime donc, le matin, un atelier d’initiation au français pour les élèves des deux classes de maternelle ; et l’après-midi, je fais de l’aide aux devoirs. J’ai aussi commencé à enseigner les maths dans une des classes destinées aux élèves plus âgés qui n’ont jamais été scolarisés. Ce qui présente quelques difficultés : d’abord, bien sûr, il faut que je maîtrise les nombres en arabe ; ensuite, et c’est le principal défi, ces enfants qui ne sont jamais allés à l’école ont des niveaux très hétérogènes, et aucune habitude de ce qui est attendu des élèves. Ils ont du mal à rester assis, à tenir un crayon, à se repérer dans le temps (ils peuvent confondre les jours de la semaine ou les mois du calendrier)… C’est donc par là que j’ai commencé : leur apprendre à se repérer dans un calendrier. Puis je me suis mis à reprendre les bases en mathématiques. Ce qui me touche, même s’ils sont chahuteurs, c’est qu’ils sont très désireux d’apprendre et très respectueux, on sent chez eux une envie de s’impliquer et d’apprendre. Ils sont très attachants.

Quelles images, quels souvenirs vous ont le plus marquée depuis votre arrivée au Liban ?

Ma colocataire et moi avons été invitées dans une famille de réfugiés syriens : nous avons vécu là des moments forts, parmi des gens très accueillants. Il nous était difficile de communiquer du fait de l’obstacle de la langue… et pourtant, nos hôtes avaient tellement envie de nous accueillir ! Je me souviens d’une petite fille de douze ans qui a joué le rôle de la maîtresse de maison à notre arrivée, qui nous a servi le thé : elle était très touchante…

Une autre image qui me revient : celle d’une petite fille de maternelle, à l’école où je travaille. Une élève très agitée, qu’il faut tout le temps rappeler à l’ordre : nous savons qu’elle vient d’une famille nombreuse où elle n’a peut-être pas toute l’attention dont elle aurait besoin. À la fin d’un cours, elle m’avait demandé de lui lire une histoire, dans un livre qu’elle avait avec elle : c’était « La petite marchande d’allumettes ». C’est une histoire triste ; on y parle de pauvreté, de froid, d’hiver, de mendicité… Je ne voulais pas lui lire la fin car elle est vraiment désolante. Et elle m’écoutait, très attentive… Je me suis demandée pourquoi cette petite fille voulait que je lui lise précisément ce livre. Je ne suis pas du tout sûre qu’un élève de son âge, dans une classe en France, aurait eu le même intérêt pour une telle histoire… Et elle a rapporté le même livre semaine après semaine. Elle voulait toujours que je le lui lise. Je me demandais quel écho cette histoire éveillait chez elle. J’étais très touchée de vivre ces moments-là avec elle.

J’ai aussi été frappée de la réaction des gens lors du séisme qui a frappé la Turquie et la Syrie. On l’a ressenti aussi au Liban, mais pas très violemment ; pourtant, il y a eu une forte émotion toute la semaine. Certains disaient que les secousses leur avaient rappelé l’explosion du port de Beyrouth. On sentait que c’était un moment qui ravivait pas mal de traumatismes. Et parmi les familles syriennes, beaucoup ont encore perdu des proches…




De retour du Cameroun : le témoignage de Valérie Nicolet, Doyenne de l’IPT

Valérie Nicolet, Doyenne de la Faculté de Paris de l’Institut protestant de Théologie (IPT), a effectué courant janvier 2023 une mission courte au Cameroun avec le Défap. Professeure de Nouveau Testament, elle avait été invitée pour dispenser des cours à Yaoundé, à l’UPAC, ainsi qu’à la faculté de théologie de Foulassi. Elle raconte.

Valérie Nicolet lors d’un cours dispensé à l’UPAC © Défap

Enseigner au Cameroun était une expérience nouvelle pour vous : qu’en retirez-vous ?

Valérie Nicolet : Je suis arrivée un lundi soir à Yaoundé, en pleine nuit, et j’ai découvert le bruit, un mouvement permanent dans les rues, un ballet de motos… et dès le lendemain matin, je donnais mon premier cours à l’UPAC (l’Université protestante d’Afrique centrale). J’ai tout d’abord eu l’impression qu’il était assez fou de me retrouver ainsi dans une université qui n’avait a priori pas grand-chose de commun avec celles que je connaissais… Et pourtant, je me suis vite aperçue que, dès lors qu’on travaille ensemble sur les mêmes sujets, une compréhension mutuelle s’établit assez rapidement. Malgré des parcours très différents, on se retrouve autour de questionnements théologiques très proches. Les étudiants de l’UPAC peuvent avoir des problématiques très similaires à ceux de l’IPT. On peut trouver, à Yaoundé comme à Paris, des parcours marqués par des traditions chrétiennes dans lesquelles le rapport au texte biblique est assez immédiat : si je suis dans un tel contexte, je peux avoir facilement le sentiment que le texte biblique me parle directement, de manière personnelle. Le passage par les études théologiques fait prendre conscience d’une nécessaire distance historique et critique : on doit faire alors un pas de côté par rapport au texte biblique. Dès lors, la question qui se pose est : comment se rapproprier le texte biblique après avoir fait ce pas de côté ? Comment faire en sorte qu’il me parle encore, en dépit de cette distance ?

Valérie Nicolet sur le campus de l’UPAC, aux côtés du doyen Charles Elom NNanga © Défap

Votre expérience la plus déroutante au cours de ce séjour ?

Ce n’était pas à Yaoundé, où j’ai donné des cours pendant trois jours, mais à trois heures plus au sud : à Foulassi. J’ai passé deux jours dans cette ville, à donner des cours sur les liens entre exégèse et herméneutique à l’institut de théologie de l’Église presbytérienne camerounaise (EPC). Je me suis retrouvée dans un lieu où seuls des hommes étudient la théologie. J’avais face à moi un auditoire de 50 à 70 hommes, tous habillés en noir, selon le code vestimentaire des pasteurs ; j’étais la seule femme et c’était moi qui devais enseigner… Le lendemain, autre expérience : je devais donner un cours aux épouses des étudiants, dans le cadre de la section féminine du séminaire de Foulassi. Le thème en était la place de la femme dans le Nouveau Testament. Et leurs époux étaient aussi présents. Un contexte particulier, et un défi intéressant pour moi : connaissant les décisions prises par leur Église, et sachant la position des pasteurs et des étudiants en théologie sur la place de la femme, comment leur faire entendre certaines choses allant à l’encontre de leurs convictions personnelles ? Nous étions là dans une situation de communication interculturelle où chacun partait de positions très éloignées. Et la question était : où peut-on se rencontrer ? J’avais l’avantage d’arriver dans cet Institut de Théologie en tant qu’enseignante, c’est-à-dire en position d’autorité. Comme je laisse beaucoup d’espace pour des discussions dans le cadre de mes cours – ce à quoi ces étudiants n’étaient pas habitués – j’ai assez vite eu des questions. Ce sont les étudiants qui les ont posées – pas leurs épouses – mais avec un respect visible pour mon statut de professeur. Je me suis rendu compte qu’ils étaient prêts à entendre beaucoup de choses. Jusqu’à me demander ce qu’il était possible de faire dans le cadre de leur Église, où le rôle de la femme est peu reconnu… Je leur ai dit alors que si l’on peut, historiquement, reconstruire à quoi correspondait la place des femmes dans l’Église du Ier siècle, il leur revenait, à eux, de voir ce qui est possible au sein de leur Église aujourd’hui (1).

Un sujet particulier de reconnaissance ?

Je l’ai beaucoup répété au cours de mon séjour : je suis particulièrement reconnaissante pour l’accueil que j’ai reçu. J’avais l’impression que je n’en méritais pas tant. Tous mes interlocuteurs étaient prêts à changer leurs habitudes, leurs priorités pour que mon séjour se passe au mieux. Et il est vrai que, lorsqu’on arrive à Yaoundé, venant de France, on ne peut littéralement pas faire un pas tout seul : on n’est absolument pas autonome. C’est là une expérience qui incite à l’humilité. Et au-delà de la gratitude pour l’accueil que l’on m’a fait, ça me questionne sur nos propres manières d’accueillir.

Valérie Nicolet avec les étudiants en théologie de Foulassi © Défap

(1) Valérie Nicolet revendique une approche féministe dans son travail de théologienne. Voir cette conférence sur « Féminismes et Bible » organisée par les paroisses parisiennes de Montparnasse-Plaisance et de Saint-Jean.




Arthur et Nelly : accueillir les mères et leurs enfants à Djibouti

Après un premier engagement humanitaire au sein d’un projet humanitaire à Djibouti, Arthur et Nelly ont décidé de créer leur propre structure. Objectif : offrir un lieu d’accueil pour des jeunes mères mineures et leurs enfants, leur proposer un accompagnement psychologique, médical et professionnel, pour leur permettre de se construire un avenir.

Arthur et Nelly lors de la session de formation de juillet 2023 © Défap

 

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Qui sommes-nous ?

Nous sommes Arthur et Nelly unis depuis 2020et parents de 2 enfants, un garçon de 3 ans et une fillette de 18 mois.

Nelly est née au Cameroun dans la partie francophone du pays, elle a vécu un moment en France avant de s’installer en Suisse avec sa famille. Elle s’est formée aux études de laboratoire, infirmière assistante et ensuite à la théologie.

Arthur est né en France et après avoir travaillé pendant un certain temps en Suisse comme soignant, il a décidé de s’entraîner comme infirmier.

Nous partageons tous les deux beaucoup de compassion pour les plus désavantagés et ceux qui se trouvent dans une situation de faiblesse, aussi bien socialement que sanitairement. Avec différentes expériences, mais avec le but commun de servir notre prochain, c’est naturellement que nous nous sommes tournés vers la vocation humanitaire.

Nelly : Mon expérience exceptionnelle dans le domaine du travail humanitaire remonte à l’âge des 18 ans. Je suis allé seul en Inde à Calcutta, dans les différents centres d’accueil de Mère Teresa, où j’ai travaillé bénévolement pendant deux mois. Ce fut une expérience incroyable qui m’a confirmé mon envie de travailler en tant qu’humanitaire. C’est ce mode de vie qui m’adonné le sens de l’existence.

Arthur lors de la session de formation de juillet 2023 © Défap

Notre Parcours :

En 2018, nous avons eu la conviction de nous engager durablement dans un projet humanitaire au sein de l’association dans laquelle nous sommes engagés. On a eu l’occasion de visiter plusieurs projets mais après une réflexion approfondie, on a décidé de prendre le courage d’être à l’initiative d’un projet.

En effet, en 3e année de sa formation d’infirmière, Arthur a eu la possibilité de faire un stage international au dispensaire de la gendarmerie djiboutienne.

Lors de son stage, il a été en mesure d’intervenir dans plusieurs situations d’urgence pour des enfants des rues qui avaient besoin de soins médicaux. Pour aider ces enfants, il faut passer par une association ou obtenir la permission du gouvernement. De cette expérience est né le désir profond d’être une réponse aux besoins de ces enfants qui vivent dans les rues de Djibouti.

Avec l’encouragement de l’organisme international Partner Aid basé en Suisse, nous sommes allés à Djibouti en avril 2022 pour faire une analyse du terrain. Nous avons été en mesure d’établir des liens avec différentes organisations qui nous ont permis d’avoir une expertise plus concrète sur la façon d’intervenir dans cette situation.

Nelly lors de la session de formation de juillet 2023 © Défap

LE PAYS :

Djibouti :

Est un pays situé dans la corne de l’Afrique à l’Est, Entouré de l’Ethiopie, l’Erythrée, le Yémen, et la Somalie qui connaissent des conflits. Accueillant 6 bases militaires étrangères sur son sol qui assure la sécurité maritime entre la mer Rouge et l’océan Indien, il est le seul pays en paix et stable de la région, ce qui en fait une terre de refuge et de paix pour les réfugier des pays voisins.

Indépendant depuis 45 ans, ancienne colonie française, le Français et l’Arabe sont les deux langues officielles du pays, enseignées dans les systèmes scolaires. Le pays compte un peu plus de 980 000 d’habitants c’est plus petit que la Suisse, avec environ 9 millions d’habitants. La religion officielle du pays est l’islam avec environ 94% d’adeptes.

Le taux de chômage à Djibouti atteint presque les 50%. Il est encore plus important chez les plus jeunes : 70% des chômeurs ont moins de30 ans. Si Djibouti affiche un PIB par habitant en 2020 de 3 074 USD, la pauvreté extrême concerne encore 21,1 % de la population, et le pays est classé 171ème sur 188 pour l’IDH en 2019.

Descriptif :

L’objectif est d’accueillir et d’héberger des jeunes mères mineures avec leurs enfants dans un foyer chaleureux afin de favoriser leur autodétermination, permettre la réhabilitation lorsqu’il y a eu des traumatismes et où elles pourront retrouver une sécurité intérieure, physique et de l’espoir, avoir un accompagnement psychologique, médical et professionnel.

Quant au fonctionnement du foyer, nous maximiserons la prise en charge des tâches ménagères et des fourneaux par les femmes elles-mêmes. Les soins de santé médicaux et les ateliers de préventions d’urgences seront administrés par nous-mêmes. Une éducatrice ou un travailleur social sera employé pour être à l’écoute des femmes.

La stratégie que nous envisageons est de collaborer avec différentes organisations dans la ville de Djibouti pour la réintégration sociale. Cela nous permettra de trouver des possibilités de placement scolaire pour les enfants et de formation ou d’assistance à la recherche d’emploi pour les mères.




Volontariat de réciprocité : de partout vers partout…

Le Défap se lance dans le volontariat de réciprocité : les premières missions de service civique organisées en France dans ce cadre concerneront, au premier trimestre 2023, des jeunes venus d’Égypte, du Togo et du Bénin, qui seront accueillis à Rouen, Marseille et Strasbourg. Concrètement, le principe de réciprocité permet, à tous les pays accueillant des volontaires français, d’envoyer des jeunes pour une mission en France. Une manière de rééquilibrer les échanges entre le Nord et le Sud…

Visite d’un groupe de jeunes au Défap © Défap

Entretenir les liens entre Églises protestantes au près et au loin, c’est le rôle du Défap depuis plus d’une cinquantaine d’années. Et ces liens peuvent prendre aujourd’hui de multiples formes : des projets, du soutien à des instituts de formation théologique ou à des bibliothèques… et surtout, des échanges de personnes. Voyages de groupes, jeunes ou adultes ; échanges de professeurs ; accueil ou envoi de pasteurs, soutien aux recherches de boursiers, envoi de volontaires…

Dans le cas des volontaires, toutefois, les missions du Défap concernaient jusqu’à présent plutôt des ressortissants français partant à l’étranger. Or le volontariat de réciprocité offre un cadre juridique, encore trop peu utilisé, qui permet d’accueillir en France des volontaires de pays partenaires. Concrètement, le principe de réciprocité permet, à tous les pays accueillant des volontaires français, d’envoyer des jeunes pour une mission en France. Dans le cas du Défap, cela implique la possibilité non seulement d’envoyer à l’étranger, mais aussi d’accueillir en France des jeunes pour des missions utiles aux Églises. La possibilité juridique d’une telle forme de volontariat existe depuis 2010 ; mais elle commence à peine à être utilisée. Cette volonté de rééquilibrage est portée depuis des années par France Volontaires, la plateforme française des engagements volontaires et solidaires à l’international, dont fait partie le Défap : elle a déjà publié deux guides sur le sujet et plaide régulièrement pour une meilleure connaissance de ce dispositif.

Des missions à Rouen, Marseille et Strasbourg

Quatre volontaires venus de trois pays (Égypte, Togo et Bénin) seront ainsi accueillis au cours du premier trimestre 2023 à l’occasion de missions à Rouen, Marseille et Strasbourg. La première se déroulera au sein de l’Entraide de l’Église protestante unie de Rouen. Le projet de l’Entraide est de venir en aide aux personnes en situation de précarité par la préparation et la distribution de colis alimentaires, l’aide financière et l’organisation de la vente annuelle de solidarité. Dans le cadre de cette mission, le volontaire sera amené à accueillir et orienter les bénéficiaires, animer les temps de partage autour de boissons chaudes et fraîches par des groupes de parole, des jeux de société ; participer à l’animation d’ateliers informatiques pour faciliter l’accès numérique aux bénéficiaires ; participer ponctuellement à des activités socio-culturelles d’accompagnement de personnes âgées ou migrantes comme des sorties culturelles, ateliers créatifs ou repas.

À Marseille, une autre de ces missions de service civique s’effectuera au sein de l’Association diaconale protestante Marhaban (ADPM). Engagée dans le centre-ville de Marseille depuis plus de 30 ans, elle a pour but de développer les liens sociaux, dans le contexte de l’immigration, par l’accueil inconditionnel, la solidarité et le partage. Les activités auxquelles sera associé le volontaire sont intégrées à des objectifs locaux de développement en lien avec la métropole, la mairie de Marseille et le département : aide alimentaire, alphabétisation, orientation sociale, avec pour finalité le développement des compétences linguistiques et sociales et l’amélioration du vivre ensemble. Dans le cadre de cette mission, le volontaire sera amené à accueillir et orienter les bénéficiaires de l’association en fonction de leurs besoins ; à participer à l’animation de groupes de parole, à des ateliers de cohésion sociale (couture, sport…), à des cours de français ou d’anglais et à l’aide aux devoirs, ainsi qu’à l’organisation de fêtes et repas conviviaux pour créer du lien dans le quartier.

À Strasbourg, ce sont deux jeunes filles venues du Caire qui seront accueillies par les Diaconesses. Avec, là encore, des missions très diversifiées : animation, avec l’équipe, d’ateliers de type travaux manuels, lecture, jeux de société pour les personnes âgées ; lecture pour les personnes âgées mal-voyantes ; visites de convivialité auprès de résidents et résidentes âgées isolées dans leur chambre ; accompagnement de sorties de la vie courante (courses, rendez-vous médicaux) ; aide à l’accès aux outils informatiques pour maintenir le lien et la communication avec les proches… Toutes ces activités s’inscriront dans la vie quotidienne de la Maison, qui accueille également des jeunes de passage.




Côte d’Ivoire : « Akwaba » Étienne !

Étienne est parti avec le Défap en tant que Volontaire de solidarité internationale sur une mission de Gestion de projets en Côte d’Ivoire. C’est un envoyé « porté », formé par le Défap, mais parti pour travailler sur un projet de la Mission biblique, et avec son partenaire ivoirien : l’Union des Églises Évangéliques Services et Œuvres (UEESO), et plus particulièrement son Service d’Animation Rural (SAR), installé à Danané depuis 1983.

Étienne accueilli à France Volontaires lors de son arrivée à Abidjan © France Volontaires Côte d’Ivoire

Depuis quand es-tu arrivé en Côte d’Ivoire et comment as-tu vécu ce retour ?

Étienne : J’ai atterri le 1er novembre à Abidjan vers 20 heures et je suis allé rencontrer l’équipe une semaine plus tard. C’est la troisième fois que je viens dans ce pays, mais je crois que je sens toujours autant le décalage par rapport à la manière de conduire. Il y a aussi un autre aspect : ce que les gens partagent facilement ou au contraire gardent plutôt pour eux. Ici, les réticences ne concernent pas tellement les biens matériels, mais plutôt les connaissances : autant, en Côte d’Ivoire, on prête à l’autre ou on l’accueille sans problème, autant il est difficile de partager les informations. Un exemple qui me vient en tête : j’ai rencontré à Abidjan un Guinéen qui apprend un travail aux jeunes de la rue. Il m’a expliqué qu’en Côte d’Ivoire, l’apprentissage se faisait uniquement en regardant. Les apprentis sont autour de leur formateur et observent ses gestes, mais n’ont pas le droit de poser de questions. Ce formateur guinéen au contraire, ayant appris auprès d’un Suisse, en a gardé une autre manière d’enseigner : il insiste auprès des jeunes pour qu’ils posent des questions durant l’apprentissage. Et il obtient ainsi de meilleurs résultats que des apprentis formés à la manière habituelle…

À quoi as-tu consacré ta première semaine à Abidjan ?

J’ai commencé à m’acclimater au temps ivoirien, et je me suis lancé dans les nécessaires démarches administratives. J’ai aussi rencontré les différents dirigeants de l’organisation qui m’accueille cette année : l’UEESO (Union des Églises Évangéliques Services et Œuvres), qui est le partenaire en Côte d’Ivoire de la Mission biblique. Et j’ai été accueilli par Sarah qui m’a présentée France Volontaires, puis par Souleymane qui dirige France Volontaires Côte d’Ivoire. J’ai pu leur présenter le projet sur lequel je vais être amené à travailler. Ils ont bien évidemment commencé en me souhaitant « Akwaba » (ce qui signifie « bienvenue » ou plutôt « bonne arrivée » en langue Akan) et ont fini par me « donner la route » (formulation rituelle pour prendre congé à l’issue d’une visite).

Où en es-tu du projet ?

Il commence doucement. Je suis parti d’Abidjan il y a deux semaines pour Danané, à l’ouest de la Côte d’Ivoire. Je vais être chargé de développer l’animation jeunesse pour les jeunes sur le plan local, et d’apporter une expertise dans la construction de bâtiments et dans le développement d’activités génératrices de revenus.

Dans le cadre de ma mission au sein de l’UEESO, je vais travailler d’abord au sein du SAR, le service d’animation rurale, implanté à Danané. C’est au sein du SAR que j’effectuerai des animations jeunesse. Ensuite, je vais être amené à collaborer avec une association partenaire du SAR : une ONG locale du nom de Profev Union ; et je mettrai à son service mes compétences dans le domaine de la construction. C’est avec elle que je vais aider à développer des activités génératrices de revenus. Il s’agira d’abord de construire des escargotières. J’ai eu l’occasion de rencontrer le directeur de ce partenaire du service d’animation rurale de l’UEESO : le pasteur Antoine Troh Koya, qui m’a détaillé le projet. Les escargots ivoiriens sont une denrée assez prisée, d’après ce qu’il m’a dit ; et leur élevage est assez simple. Il faut principalement de la place pour construire les bâtiments ; éviter que des escargots ne puissent se répandre et provoquer des dégâts aux cultures alentour… Je participerai à une session de formation à l’élevage, au cours de laquelle mon rôle sera d’apprendre aux participants à construire les locaux destinés aux escargots.

Et ensuite ?

Il y aura d’autres activités génératrices de revenus à développer… Je peux y apporter mes compétences en construction – en plus des compétences en animation que j’ai eu l’occasion de développer ici même de par mes activités passées. Outre le fait d’être directement utile dans ces projets, cela me permettra d’apprendre à mieux connaître les différents besoins locaux, ainsi que la culture ivoirienne d’une manière générale. Car je compte entreprendre un projet sur du long terme, soit en Côte d’Ivoire même, soit dans un autre pays d’Afrique subsaharienne, et cela me permettra de cibler le domaine dans lequel je veux m’investir.




Cécile Millot : «Rien ne me destinait à partir à Madagascar»

Ancienne envoyée du Défap à Madagascar, Cécile Millot a tiré un livre de cette expérience : Les aventures de Madame Cécile à Madagascar, publié aux éditions Amalthée. Mais comment cette enseignante d’allemand installée du côté de Reims a-t-elle pu, à 55 ans, se retrouver ainsi à apprendre le français à des élèves malgaches ? Rencontre et témoignage, à la recherche d’une annonce fantôme et d’un nouveau départ…

Cécile Millot interviewée lors des Journées Portes Ouvertes des cinquante ans du Défap © Défap

Qui es-tu ?

Cécile Millot : Rien ne me destinait à partir à Madagascar pour enseigner le français à 55 ans. J’étais maître de conférences en littérature allemande à l’université de Reims, et raisonnablement contente de mon sort. Même si, comme tout le monde, je pensais de temps en temps que j’aurais pu faire autre chose que ce que je faisais, mais quand on travaille sur une culture étrangère, on a aussi un certain nombre de possibilités de changer d’air.

Qu’est-ce qui t’a poussée à partir ?

En 2007, ma mère, puis mon père, puis mon compagnon sont morts. Alors je me suis assise cinq minutes, et je me suis demandé ce que je voulais vraiment faire du temps qui me restait à vivre.

Comment as-tu connu le Défap ?

Je ne sais pas ! J’ai toujours cru que j’avais trouvé l’appel à candidature sur Coordination Sud, que je suivais régulièrement. Et un jour, un des pasteurs du Défap m’a dit : « Mais nous ne mettons jamais nos postes sur Coordination Sud ! » Et je n’ai jamais retrouvé qui avait bien pu m’envoyer le descriptif de ce poste, dont j’ai pensé tout de suite qu’il était fait pour moi.

Qu’as-tu trouvé que tu cherchais ?

Un nouveau départ. La force de dépasser ce que j’avais vécu.

Qu’as-tu vécu comme quiproquos liés à des différences culturelles ou difficultés d’intégration ?

Le sous-titre de mon livre, c’est « Perdue dans la jungle de la différence culturelle », et je me suis vraiment toujours sentie en décalage. Pour de petites choses, comme le fait qu’à Madagascar, on n’indique pas le chemin en disant « à droite » ou à gauche », mais en disant « au nord », ou « au sud ». Ou pour des choses fondamentales, comme la façon dont les Malgaches conçoivent la propriété. De ce point de vue-là, il m’a bien fallu trois ans pour passer de « ils me pompent des sous tout le temps » à une compréhension de l’absence de propriété privée dans la mentalité des Malgaches – qui ne m’empêchait pas toujours de récriminer parce qu’ils me pompaient des sous tout le temps.

Quelles rencontres t’ont marquée ?

La rencontre permanente avec la misère, à tous les niveaux, sous toutes ses formes. Les Hautes-Terres, où j’étais, sont une région riche (toutes proportions gardées). Mais on y vit comme en France il y a 150 ans : pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de machines, même pas mécaniques, ni dans les champs, ni à la maison, les enfants rachitiques, l’absence de soins médicaux… Et une ignorance totale du monde qui entoure les enfants comme les adultes, du monde proche et du monde lointain.

Pourquoi as-tu voulu mettre sur papier et publier ton expérience ?

Je suis rentrée avec le sentiment que j’avais vécu un dépaysement exceptionnel. Sans doute parce que j’étais partie seule, donc que j’étais en immersion totale, je pense que j’ai eu un besoin beaucoup plus fort de vivre proche des Malgaches que des volontaires qui sont partis en famille. Et j’avais très envie de raconter cette aventure.

À ton avis, que peut apporter d’utile ton témoignage ?

Je pense qu’il peut servir à des envoyés, pour les préparer, justement, à toutes les incompréhensions, tous les décalages dus à la différence de culture et à la différence de niveau de vie, que l’on ressent parfois douloureusement. Et aussi : par petites touches, et en restant toujours au ras des pâquerettes, je pense que j’ai réussi à donner une impression de ce qu’est la vie dans un pays sous-développé (oui, je dis « sous-développé »), et dans un pays sur lequel est passé le rouleau compresseur de la colonisation. Et que dans le monde actuel, cela peut être important de comprendre cela.

Cécile Millot
Les aventures de madame Cécile à Madagascar
À commander aux éditions Amalthée
À partir de 9,99€