Cécile Millot : «Rien ne me destinait à partir à Madagascar»

Ancienne envoyée du Défap à Madagascar, Cécile Millot a tiré un livre de cette expérience : Les aventures de Madame Cécile à Madagascar, publié aux éditions Amalthée. Mais comment cette enseignante d’allemand installée du côté de Reims a-t-elle pu, à 55 ans, se retrouver ainsi à apprendre le français à des élèves malgaches ? Rencontre et témoignage, à la recherche d’une annonce fantôme et d’un nouveau départ…

Cécile Millot interviewée lors des Journées Portes Ouvertes des cinquante ans du Défap © Défap

Qui es-tu ?

Cécile Millot : Rien ne me destinait à partir à Madagascar pour enseigner le français à 55 ans. J’étais maître de conférences en littérature allemande à l’université de Reims, et raisonnablement contente de mon sort. Même si, comme tout le monde, je pensais de temps en temps que j’aurais pu faire autre chose que ce que je faisais, mais quand on travaille sur une culture étrangère, on a aussi un certain nombre de possibilités de changer d’air.

Qu’est-ce qui t’a poussée à partir ?

En 2007, ma mère, puis mon père, puis mon compagnon sont morts. Alors je me suis assise cinq minutes, et je me suis demandé ce que je voulais vraiment faire du temps qui me restait à vivre.

Comment as-tu connu le Défap ?

Je ne sais pas ! J’ai toujours cru que j’avais trouvé l’appel à candidature sur Coordination Sud, que je suivais régulièrement. Et un jour, un des pasteurs du Défap m’a dit : « Mais nous ne mettons jamais nos postes sur Coordination Sud ! » Et je n’ai jamais retrouvé qui avait bien pu m’envoyer le descriptif de ce poste, dont j’ai pensé tout de suite qu’il était fait pour moi.

Qu’as-tu trouvé que tu cherchais ?

Un nouveau départ. La force de dépasser ce que j’avais vécu.

Qu’as-tu vécu comme quiproquos liés à des différences culturelles ou difficultés d’intégration ?

Le sous-titre de mon livre, c’est « Perdue dans la jungle de la différence culturelle », et je me suis vraiment toujours sentie en décalage. Pour de petites choses, comme le fait qu’à Madagascar, on n’indique pas le chemin en disant « à droite » ou à gauche », mais en disant « au nord », ou « au sud ». Ou pour des choses fondamentales, comme la façon dont les Malgaches conçoivent la propriété. De ce point de vue-là, il m’a bien fallu trois ans pour passer de « ils me pompent des sous tout le temps » à une compréhension de l’absence de propriété privée dans la mentalité des Malgaches – qui ne m’empêchait pas toujours de récriminer parce qu’ils me pompaient des sous tout le temps.

Quelles rencontres t’ont marquée ?

La rencontre permanente avec la misère, à tous les niveaux, sous toutes ses formes. Les Hautes-Terres, où j’étais, sont une région riche (toutes proportions gardées). Mais on y vit comme en France il y a 150 ans : pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de machines, même pas mécaniques, ni dans les champs, ni à la maison, les enfants rachitiques, l’absence de soins médicaux… Et une ignorance totale du monde qui entoure les enfants comme les adultes, du monde proche et du monde lointain.

Pourquoi as-tu voulu mettre sur papier et publier ton expérience ?

Je suis rentrée avec le sentiment que j’avais vécu un dépaysement exceptionnel. Sans doute parce que j’étais partie seule, donc que j’étais en immersion totale, je pense que j’ai eu un besoin beaucoup plus fort de vivre proche des Malgaches que des volontaires qui sont partis en famille. Et j’avais très envie de raconter cette aventure.

À ton avis, que peut apporter d’utile ton témoignage ?

Je pense qu’il peut servir à des envoyés, pour les préparer, justement, à toutes les incompréhensions, tous les décalages dus à la différence de culture et à la différence de niveau de vie, que l’on ressent parfois douloureusement. Et aussi : par petites touches, et en restant toujours au ras des pâquerettes, je pense que j’ai réussi à donner une impression de ce qu’est la vie dans un pays sous-développé (oui, je dis « sous-développé »), et dans un pays sur lequel est passé le rouleau compresseur de la colonisation. Et que dans le monde actuel, cela peut être important de comprendre cela.

Cécile Millot
Les aventures de madame Cécile à Madagascar
À commander aux éditions Amalthée
À partir de 9,99€




Samy, déjà cinq ans à Madagascar

Nous poursuivons notre série de témoignages d’anciens envoyés du Défap, dont l’engagement à l’étranger a marqué un moment clé de leur vie : aujourd’hui, Samy. Il était parti en 2017 comme service civique pour une mission d’animateur/répétiteur à Madagascar : enseignant le français le matin dans l’école Akanisoa, répétiteur et animateur le soir avec les enfants de l’orphelinat. Cinq ans plus tard, il est toujours à Madagascar… où il travaille à l’amélioration de l’enseignement du français.

Enfants au tableau dans une classe © Défap

Quel bilan ferais-tu aujourd’hui de tes quatre ans à Antsirabe et du travail dans l’orphelinat ?

Samy Chenuelle : Partir, c’est se redécouvrir et se dépasser. C’est comme cela que je pourrais résumer mes années à Antsirabe. Ma vie là-bas m’a permis de mûrir beaucoup plus que ce que je n’aurais pu imaginer. En étant loin de tout ce que l’on connaît, on est obligé de tout redécouvrir, en partie soi-même. J’ai découvert, et réussi certaines choses dont je ne pensais pas être capable, et dépassé certaines de mes peurs et blocages. Bien sûr, tout n’est pas toujours au beau fixe, j’ai eu aussi des inquiétudes et des moments d’indignation. Mais je pense que ce n’est qu’en sortant de son confort que l’on peut se dépasser. C’est tout ce qu’une expatriation peut nous offrir lorsque nous arrivons à rester ouverts.

Être à Madagascar m’a aussi obligé d’une certaine façon à être toujours à l’affût pour comprendre sociologiquement ce qui se passe. J’ai pu apprendre de manière très concrète à savoir déconstruire les discours, aller au-delà des mots, des différences culturelles, de mes a priori, de ma culture franco-française pour dépasser les incompréhensions.

À Antsirabe, j’ai pu être dans deux situations éducationnelles différentes : en tant qu’instituteur de français dans l’école primaire et dans une sorte de rôle d’animateur voire d’éducateur dans l’orphelinat avec les enfants et adolescents. Rester sur du long terme m’a permis de créer une vraie relation avec les enfants. Très rapidement, j’ai passé du temps avec les enfants, même en-dehors de mes heures de travail. Cela m’a aussi donné la chance de me questionner sur ma façon d’être et de m’améliorer. Les relations avec les enfants ont cette exigence de dire ou de montrer quand ils n’ont pas apprécié un comportement. Il s’agit alors toujours d’expliquer, de réussir à dépasser nos différences pour trouver une solution qui convient à tout le monde. J’ai essayé au maximum d’être un exemple de probité d’âme et de respect pour les enfants.

Comment se passe ton activité actuelle à Tana ? Pourrais-tu nous décrire ta mission ?

Ma mission a deux volets. D’un côté, je suis en train de finir d’écrire des guides pédagogiques pour chacune des classes primaires ainsi que d’autres outils (affiches, images, chansons, récitations) pour faire apprendre le français. De ce que j’ai pu voir, il n’existe pas encore de guide pédagogique pour faire apprendre le français à Madagascar, mais seulement des manuels de français. Cependant, vu le niveau de français trop faible des institutrices dès que l’on sort des centres-villes des grandes villes, il existe un réel manque à ce niveau-là.

Le deuxième volet de mon travail est de faire des formations dans des écoles FJKM. Je vais dans les écoles faire des formations aux institutrices et quelques instituteurs. Cela me permet de former sur mes guides et sur les méthodes pédagogiques (actives et ludiques) qui en sont issues, ainsi que diffuser les valeurs qui sont les miennes : empathie, non-violence, coopération, etc. Je fais aussi des modules de renforcement de français ainsi que sur l’éducation.

Une ruelle dans la banlieue de Tananarive © Franck Lefebvre-Billiez, Défap

Quels sont les besoins en termes de pédagogie pour l’enseignement du français et en quoi ta mission peut-elle contribuer à améliorer la situation ?

Le système scolaire malagasy copie de manière générale le système scolaire français. À ceci près que les écoles malagasy accusent des retards de près de 100 ans à quelques dizaines d’années selon les domaines (infrastructures, pédagogie, formation des enseignants, manuels et outils pédagogiques disponibles et utilisés). Les nouvelles avancées des sciences de l’éducation ne sont pas connues ou alors utilisées seulement par quelques écoles élitistes. Ces gros manques sont dus, d’un côté à un manque d’accès et de l’autre à un manque d’argent.

Ce que j’essaye d’apporter est tout simplement de rattraper ces retards dans certains domaines : pédagogie, outils pédagogiques. Dans tout ce que j’entreprends, j’essaye de mêler deux choses : les façons de faire des institutrices malagasy tout en apportant des nouvelles idées.

J’apporte des nouvelles méthodes pédagogiques qui prennent mieux en compte l’enfant-élève et ses besoins pour améliorer l’enseignement et l’éducation de manière générale. Mais j’ai peur que les enseignants préfèrent se cantonner à leur ancienne méthode, qu’ils connaissent bien, plutôt que d’essayer des nouvelles méthodes qu’ils ne maîtrisent pas encore tout à fait. Alors, je me base sur les habitudes et façons de faire déjà en place à Madagascar pour que les institutrices ne soient pas perdues et veuillent s’imprégner des nouvelles façons. Mon but est donc d’améliorer leur manière d’enseigner grâce aux nouvelles pédagogies et à de nouveaux outils pédagogiques.

Quelques souvenirs parmi les plus difficiles – et comment tu as pu les surmonter ?

Mes moments les plus difficiles ont été lorsque j’ai dû assister à certaines scènes, croyances et violences qui m’ont profondément choqué. Savoir que les enfants de l’orphelinat sont grondés violemment voire tapés me bouleverse et me révulse. Il m’a été difficile d’entendre que des enfants seraient possédés par des démons lors de leurs crises (d’épilepsie ou psychologiques dues à un traumatisme) alors que mon interprétation, typiquement française des crises est totalement différente. J’ai surtout été affecté par la culpabilisation et l’absence de chaleur humaine qu’ils ont subie, et qui, à mon avis, ne permet pas à l’enfant de se développer. Je me sentais impuissant face à la force de leurs traditions et idées ainsi qu’à ma place dans Akanisoa qui n’avait pas de poids.

D’autant plus que j’ai toujours essayé de mettre à distance, de me défaire du rôle du « vazaha » qui-saurait-tout opposé aux malagasy ignorants, que pourtant certains malagasy veulent nous étiqueter, et que beaucoup de vazaha utilisent, volontairement ou par facilité, sans s’en rendre compte. Cette mentalité est une séquelle qui reste après le colonialisme et empêche, selon moi, de construire des relations saines et constructives, et est un frein au développement de Madagascar.

J’essaye donc de me dépatouiller entre tout cela : ne pas juger les malagasy et leur culture, tout en proposant des vrais leviers de changements bénéfiques, sans entrer dans une relation hiérarchique avec mon interlocuteur.

Pour surmonter ces difficultés, j’ai quelquefois pu partager mes émotions avec quelques amies françaises. J’ai aussi parfois pu me sentir assez à l’aise avec certains adultes malagasy pour donner mon avis. J’ai surtout écrit, ressassé dans ma tête, réfléchi à ce que j’aurais fait à la place de l’adulte, imaginé mes propres réponses pour ne pas être seulement dans le jugement de l’autre mais pouvoir leur proposer d’autres solutions. J’y mettais tout mon cœur, ou au contraire, je me mettais à distance pour analyser froidement la situation. J’essayais à chaque fois de me rapprocher des personnes, de comprendre leurs besoins et leurs sentiments, ce qui les animait.

Vue de Tananarive © Franck Lefebvre-Billiez, Défap

Quelques souvenirs parmi les plus lumineux ?

Quand je repense à ma vie à Antsirabe, ce qui est le plus lumineux pour moi, ce n’est pas un moment précis mais se sont mes relations. De voir les attaches que j’ai avec les enfants d’Akanisoa, mes collègues de travail ou avec mes amis malagasy, de sentir ces liens et ces nœuds, que l’on a tissés peu à peu, jusqu’à en faire des tresses ténues et solides, basées sur la confiance et le respect. C’est cela avant tout qui me rend le plus heureux et fier de ma vie à Antsirabe. Savoir que l’on a réussi à dépasser toutes nos différences, tous nos désaccords, nos quelques disputes, pour se concentrer sur ce qui est essentiel à mes yeux : l’écoute, la compréhension, le partage. Et en voyant à quel point j’ai pu m’intégrer dans la société malagasy, que j’ai pu réussir à dépasser cette première croûte et apparat de relation que la plupart des vazaha ont avec les malagasy, je pense vraiment avoir réussi à accéder et comprendre la société malagasy. C’est aussi tout ça qui me fait revenir régulièrement à Antsirabe quand j’ai un peu de temps libre pour passer du temps avec eux.

Mes souvenirs lumineux qui me reviennent directement lorsque je pense à ma vie à Antsirabe sont presque toujours avec les enfants. Les vacances à Diego, Itasy ou Tuléar avec le centre Akanisoa, les secrets qu’ils m’ont partagés ou tous les merveilleux moments que l’on a partagés à travailler, s’amuser ou jouer ensemble.




Jacques Beurier : chirurgien, protestant, et engagé auprès du Défap

Après avoir consacré la semaine dernière aux envoyés du Défap, qui partent pour des missions de plusieurs mois à un an, principalement avec le statut de VSI (Volontaire de solidarité internationale), de service civique ou de pasteur, voici une autre forme d’engagement : les envois courts. Jacques Beurier s’est rendu récemment pour le Défap au Cameroun, où il a pu visiter divers hôpitaux. Chirurgien en orthopédie-traumatologie, il a déjà participé avec différentes Organisations Non Gouvernementales à des missions chirurgicales en Afrique et en Haïti. Protestant engagé, il a aussi suivi des études de théologie à l’IPT (Institut Protestant de Théologie – faculté de Paris), et il est prédicateur laïc. Témoignage de retour du Cameroun.

Une vue de l’hôpital de Bafia (tout à gauche, le Dr Célin Nzambe) © Jacques Beurier

Docteur Beurier, quelle est la relation entre votre foi et votre engagement humanitaire ?

Jacques Beurier : Il n’y a pas vraiment de relation directe. Ma foi est ce qu’elle est, mais je ne considère pas que c’est elle qui m’a poussé à partir en mission dans divers pays. C’est plutôt le sens moral, ou le sens du devoir – et de ce point de vue, on pourrait dire qu’il y a un aspect un peu protestant dans mon engagement… Mais je ne me suis pas senti poussé particulièrement par Dieu. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de travailler avec diverses ONG tout à fait laïques.

Néanmoins, quand je suis sur place, je m’intéresse beaucoup aux phénomènes religieux, et je suis toujours très touché quand j’assiste, comme ça a pu être le cas au Congo ou en Haïti, à des manifestations de foi de gens qui sont en grande difficulté. Et quand il y a des services religieux, j’y participe.

Médecin et prédicateur laïc, est-ce facile à concilier ?

Ce n’est pas toujours évident, surtout pour des questions d’emploi du temps : entre des études de théologie, le métier de prédicateur, et celui de médecin, il faut trouver comment s’organiser. Et il faut trouver comment ajouter à tout ça les missions courtes – qui représentent à chaque fois deux à trois semaines passées à l’étranger. Mais, de manière générale, je m’arrange pour répondre aux demandes des personnes qui me sollicitent en tant que prédicateur ou en tant que médecin. Je dois dire aussi que le fait d’être engagé dans l’Église me soutient dans mes voyages – et me permet d’avoir des contacts avec des personnes qui partagent ma foi. 

Une vue de l’équipe chargée des hôpitaux de l’Église Presbytérienne Camerounaise (au 1er plan, le Dr Jacques Beurier) © Jacques Beurier

Dans quels pays vous êtes-vous engagé jusqu’à présent ?

J’ai pas mal vadrouillé au cours de ma vie. Ça a commencé tôt, au tout début de ma carrière médicale, alors que je venais de finir mes études. J’ai été envoyé un an en coopération en République centrafricaine, dans un endroit éloigné de tout. Et cette période a été pour moi une expérience fondatrice. Il n’y avait pas de guerre civile, à l’époque ; j’ai pu avoir des contacts passionnants avec la population locale, ainsi qu’avec des missions implantées par des Églises dans le pays. Et j’ai eu alors l’impression, qui m’a poursuivi toute ma vie, de pouvoir servir à quelque chose, d’être utile. J’y ai pris goût. Par la suite, j’ai eu l’occasion, au cours de ma carrière de chirurgien, d’aller au Mali. J’ai vécu aussi une mission très dure, dans l’Est du Congo, du côté de Bukavu : elle avait été organisée par la paroisse protestante du Havre, et là, elle se déroulait dans un contexte de guerre civile. C’était une période très violente, et une mission menée dans des conditions très difficiles, qui m’a beaucoup marqué. En 2010, j’ai eu l’occasion d’intervenir en Haïti : c’était juste après le séisme, il y avait énormément à faire. Par la suite, j’y suis retourné lors de trois missions successives. Et enfin, plus récemment, j’ai découvert le Cameroun.

Qu’est-ce qui vous a décidé à accepter cette mission pour le Défap au Cameroun ?

Je dirais que c’est une attitude qui correspond à mon engagement dans l’Église : quand on me sollicite, si j’en ai la possibilité, j’accepte. J’ai eu l’occasion de rencontrer Esther Wieland-Maret, membre de la Commission Échange de Personnes au Défap et pasteure du Chambon-sur-Lignon, où je réside la moitié du temps. J’ai pu aussi m’entretenir avec la pasteur Tünde Lamboley, de l’équipe du Défap. Il y avait un besoin d’évaluation des hôpitaux avec lesquels le Défap est en lien au Cameroun. L’organisation de la mission a été rendue difficile du fait du contexte de pandémie de Covid-19, mais elle a finalement pu avoir lieu. Et sur place, j’ai eu confirmation d’une chose dont je suis persuadé depuis longtemps : il est nécessaire de provoquer ces rencontres, d’inciter les gens à aller sur place – notamment des étudiants. On ne peut pas comprendre le monde tant qu’on reste à Paris. J’ai pu rencontrer, par exemple, Charline, envoyée du Défap, et voir à quel point elle s’épanouit dans sa mission.

Charline, envoyée du Défap au Cameroun, à l’hôpital de Yaoundé © Jacques Beurier

Qu’avez-vous découvert sur place en ce qui concerne le fonctionnement des hôpitaux ?

Sur le plan matériel, il y a beaucoup à faire. Les infrastructures sont très dégradées, et on manque de matériel. Les locaux en eux-mêmes sont tout à fait utilisables, moyennant une rénovation ; quant aux équipes médicales, elles auraient surtout besoin d’un matériel facile d’utilisation et d’entretien : plus d’ambulances en état de marche, des salles de radio qui fonctionnent… Une des grandes satisfactions que j’ai pu avoir sur place, c’est de constater à quel point les équipes sont désireuses d’apprendre et d’utiliser du nouveau matériel. Il est facile de trouver des personnes ayant les compétences requises, facile de les former, et les formations sont très suivies.

Plus largement, les structures médicales actuelles datent beaucoup, et l’implantation des hôpitaux mériterait d’être repensée. Certains sont surdimensionnés : ils sont héritiers d’une longue histoire, mais se retrouvent aujourd’hui dans des lieux dont la population a beaucoup diminué. D’autres au contraire sont implantés dans des régions qui ont pris de l’importance, et ils mériteraient d’être développés pour répondre aux besoins de cette population qui s’est accrue. Le problème est donc d’adapter les structures aux évolutions de la population.

Que vous a apporté cette mission ?

Des contacts passionnants ! Et l’impression de pouvoir faire avancer les choses… Un peu de frustration, aussi, de ne pas avoir pu faire plus : si j’avais eu les conditions matérielles nécessaires, j’aurais pu donner directement un coup de main aux équipes. Car finalement, mon métier, c’est de réparer les gens : je suis une sorte de garagiste, qui intervient avec son tournevis, sa chignole… Même s’il y a, dans mon métier, une dimension humaine et psychologique évidente, la base de mon travail, le côté matériel, c’est de la réparation. Je ne suis pas là pour sauver les âmes, mais pour réparer les corps. C’est une approche qui vaut ce qu’elle vaut ; elle permet surtout de démystifier le travail du chirurgien, et d’éviter de se poser trop de questions qui ne seraient pas de mon ressort sur le contexte, sur le pourquoi, sur l’opportunité de soigner.




Élie, trois ans après : la mission et ce qu’elle change

Élie Olivier était parti avec le Défap en tant que service civique en 2019, pour une mission d’animateur linguistique – échanges interculturels à Antsirabe (Madagascar). La pandémie de Covid-19 et les restrictions sanitaires l’avaient contraint à écourter sa mission. Mais cette période n’en a pas moins représenté un moment charnière dans sa vie. De retour au Défap trois ans après, il témoigne.

Élie Olivier de retour au 102 boulevard Arago, dans le jardin du Défap © Défap

Que dirais-tu aujourd’hui de ta mission, entre ce que tu as découvert sur place et les conditions dans lesquelles tu es rentré en France ?

Élie Olivier : Je travaillais au centre Akanysoa, à Antsirabé, une ville qui se situe dans le centre de Madagascar : c’est à la fois un orphelinat et une école primaire. Du coup, mon activité aussi était double : à l’école, pendant les journées de la semaine, j’étais assistant de français ; les soirs et les week-ends, je faisais de l’animation pour les enfants de l’orphelinat. Avec des activités qui pouvaient aller de l’atelier de jeu d’échecs au football, en passant par la musique, le solfège… Je m’étais aussi procuré du matériel scolaire pour le centre. Mais en pleine mission, tout a été interrompu par la crise sanitaire. J’ai dû rentrer en France au bout de six mois, alors que la mission aurait dû en durer dix. J’en ai gardé un certain goût d’inachevé. Et néanmoins, cette mission m’a, sinon transformé, du moins aiguillé dans mes choix de vie et professionnels. Je ne suis pas le seul à avoir fait ce genre d’expérience : je crois vraiment que lorsqu’on va dans la Grande Île, on en tombe facilement amoureux. Amoureux à la fois du pays lui-même, de la culture, et des gens. Je reviendrai un jour à Madagascar, c’est une certitude ; et j’irai probablement vivre sur le continent africain d’ici quelques années. Cette mission, bien qu’écourtée, m’a confirmé que c’est là que je veux vivre. Il y a tellement de choses à y faire, à construire ; par opposition à ce que l’on vit dans nos pays où l’on a plutôt tendance à déconstruire… Je pense que notre société a énormément à apprendre et que les relations avec des pays comme Madagascar, avec des continents comme l’Afrique, sont nécessaires. Nous avons beaucoup à nous inspirer de la résilience de ces sociétés ; les coopérations Nord-Sud peuvent être très fructueuses. Et il est essentiel de toujours garder en tête les aspects humain, spirituel… Pour cela, des organismes comme le Défap ont un rôle fondamental.

Le retour a-t-il été difficile, en pleine pandémie de Covid-19 ?

Paradoxalement, non. On nous avait beaucoup parlé du choc du retour lors de la formation au Défap ; de la difficulté qu’il peut y avoir à reprendre pied dans une société qui a continué à avancer sans vous, alors même que vous avez pu vivre des choses en cours de mission qui ont provoqué chez vous des prises de conscience, des manières différentes de percevoir le monde et votre propre vie… Mais en fait, j’ai retrouvé une société française aux prises avec une crise tellement inédite que toutes les habitudes y étaient bouleversées : finalement, c’est le pays que j’ai retrouvé à mon retour de mission qui était en train de vivre un choc ! Et curieusement, j’ai l’impression que cette période a aussi entraîné des prises de conscience au sein de la société, qui n’ont fait que me conforter.

Quelle orientation a pris ta vie après ce retour ?

Je faisais auparavant des études très théoriques, dans le domaine de l’astrophysique. J’ai éprouvé le besoin de me réorienter vers un cursus beaucoup plus concret. C’était quelque chose qui se dessinait déjà en amont de ma mission, mais disons que mon passage à Madagascar a été la confirmation que j’avais besoin de quelque chose de moins éloigné des enjeux humains. J’ai donc préparé, en alternance, le MBA du Collège des Ingénieurs, dont la formation couvre les domaines suivants : finance, production et organisation, ressources humaines et communication, stratégie et marketing, et leadership. Et dès l’an prochain, je serai en poste en tant que « business developer » (ou « responsable du développement ») au sein du groupe Total Eren (anciennement Eren Renewable Energy), spécialisé dans le développement de projets tournant autour des énergies renouvelables. Au sein d’une telle entreprise, on peut intervenir sur tout le cycle de vie d’un projet, depuis sa conception jusqu’à sa mise en place. Je travaillerai à promouvoir des projets liés au solaire ou à l’éolien sur le continent africain – et plus particulièrement en Afrique australe, comme en Zambie. Et je serai plutôt en amont : il s’agira pour moi de sélectionner les projets, de trouver des partenaires, des financements (banques, Agence Française de Développement…), de les promouvoir auprès des décideurs politiques…

Et ta mission a vraiment influé sur ce changement de cap ?

Oui : je me suis rendu compte que j’ai besoin d’une activité qui me permet d’agir pour les autres de manière concrète. Voir l’impact de mes actions, c’est ce qui me donne de la motivation. J’ai besoin de sens pour être épanoui et heureux dans mon travail. Et je peux ainsi m’inscrire également dans quelque chose qui a du sens au niveau global. Par exemple, sur le plan professionnel, j’avais une autre proposition : travailler au développement de l’éolien en Europe du Nord. Mais ce poste de « business developer » pour l’Afrique est plus satisfaisant : il me permettra de participer au développement des énergies renouvelables sur le sol africain. Et je pourrai me dire que chacun des projets que je porterai aura un véritable impact économique, social et environnemental dans les pays concernés. À terme, j’aimerais que ça participe au développement de l’économie de ces pays, qui ont bien souvent d’importantes ressources minérales, mais dont l’exploitation se fait ailleurs.




Aurélie de retour au Cameroun, trois ans après

Après un service civique effectué à l’hôpital de Bafia, Aurélie, infirmière de formation, a éprouvé le besoin de revenir sur place. Elle témoigne dans cette lettre, à son retour d’une nouvelle mission courte avec le Défap.

De gauche à droite : Célin Nzambe, Aurélie, Mme Nzambe, Charline (nouvelle envoyée du Défap au Cameroun) © Défap

Après deux ans et demi, je ressens l’envie de repartir en Afrique. Après des échanges avec le Défap, et quelques mois, me voici avec un billet d’avion en direction du Cameroun. Le Cameroun, pays où j’ai passé 9 mois en service civique. S’entremêlent deux émotions : de l’excitation et de l’appréhension. Comment va se dérouler mon retour après ces années ? Cela va-t-il être comme mon premier séjour ? Comment va être l’hôpital de Djoungolo ?

Lors de ma visite de l’hôpital de l’EPC à Djoungolo (Yaoundé), je ne peux m’empêcher de comparer avec l’hôpital de Messangssang à Bafia.

L’Hôpital de Djoungolo est grand… très grand. Il y a différents services et des équipes qui y sont rattachées. Un service d’hospitalisation, d’autres de maternité, de consultation prénatale (CPN), de vaccination ; un bloc opératoire, un centre de prélèvement, un laboratoire, une pharmacie, une morgue, des salles de réunions, une blanchisserie, et des bâtiments de Médecins sans Frontières…

Les liens avec l’Europe sont multiples. L’hôpital de Yaoundé a été choisi comme hôpital de référence pour le Covid-19. Quatre bâtiments ont été construits par MSF pour accueillir les patients atteints par cette pandémie. La vaccination est également présente sur l’hôpital et en stratégie avancée. Du personnel embauché par MSF, va dans les quartiers de Yaoundé pour sensibiliser et vacciner.

Un aperçu de l’hôpital de Djoungolo © Aurélie Chomel / Défap

« Malgré tout ce qu’il a vécu, Célin continue de donner et donner encore »

Des médecins français viennent également donner de leur temps, et des campagnes sont organisées. « EYE DO IT », une ONG, viendra au cours du mois de mars pour une semaine, faire une campagne ophtalmologique.

La différence avec l’hôpital de Bafia est évidente. Elle reflète la différence entre Yaoundé, capitale administrative et Bafia, ville de la région du centre d’environ 60 000 habitants. A L’hôpital de Messangssang, le personnel était moins important, les services étaient tous à proximité. Tous n’étaient pas cloisonnés, tout le monde travaillait en hospitalisation, en maternité, au bloc opératoire et en CPN.

Le point commun entre ces hôpitaux : Dr Célin NZAMBE. Il était médecin-chef à Bafia, et maintenant il a la même fonction dans l’hôpital de Djoungolo. Il a, dans les deux cas, fait revivre ces hôpitaux. J’ai vraiment ressenti qu’il est apprécié dans son travail car il a le désir de maintenir à flot l’hôpital pour le bien-être des patients qui y sont accueillis, et également pour le personnel. Célin est un homme qu’on n’oublie pas… A Bafia, on le reconnaissait dans la rue. Les patients souhaitaient même se déplacer à Yaoundé pour être auscultés par Dr NZAMBE. Malgré tout ce qu’il a vécu, Célin continue de donner et donner encore. Je suis admirative. Je me demande parfois d’où il puise toute cette énergie.

Ce séjour au Cameroun fut riche en émotions : des retrouvailles, de nouvelles expériences, de nouvelles rencontres. Un peu de frustration face à mon envie de faire partie d’un tout, de mettre en place des choses, de créer des amitiés. 

Une mission courte mais intense, qui ravive en moi le projet de faire un Volontariat de Solidarité Internationale. Merci au Défap et à Célin de me faire confiance.

Retrouvez ci-dessous un témoignage en vidéo d’Aurélie, peu après le retour de sa première mission au Cameroun :

 




Madame Cécile : l’odyssée d’une envoyée du Défap à Madagascar

À travers ce livre, publié aux éditions Amalthée, Cécile Millot, envoyée du Défap à Madagascar entre 2010 et 2013, pose un regard à la fois lucide et bienveillant sur la société malgache. Un témoignage qui s’inspire d’un vécu et d’un blog, celui qu’elle a tenu régulièrement durant les trois ans de sa mission sur place. Consciente de ne pas pouvoir expliquer un pays qu’elle ne connaît que si superficiellement, elle y raconte, par petites touches, au quotidien, les surprises et les malentendus dus à la différence de niveau de vie et de culture.

Les aventures de Madame Cécile à Madagascar © éditions Amalthée

Tous les envoyés du Défap ont un roman à raconter. Partir voir ce qu’il y a de l’autre côté de la planète, et en revenir, c’est un sacré déplacement. Ça oblige à considérer d’un regard neuf tout ce que l’on a vécu auparavant, et à interroger tout ce que l’on peut avoir de certitudes sur le monde. Nul n’en revient indemne : les échanges, ça vous change. Et c’est valable aussi pour les boursiers, les enseignants engagés dans un échange entre universités du Nord et du Sud ; et même encore pour tous les groupes qui peuvent avoir l’occasion de se croiser au Défap, un lieu carrefour que Gilles Vidal, doyen de la faculté de théologie de Montpellier (IPT Montpellier) décrivait ainsi en mars 2019 lors d’une rencontre consacrée aux « fruits du Défap » : « Où puis-je, dans la même journée, croiser la Ministre de l’Éducation du Togo, le fils d’un ancien missionnaire de Nouvelle-Calédonie, un pasteur du Sud-Ouest (dont la mère est née au Lesotho), une femme pasteur hongroise, un professeur d’histoire cévenol ? Au 102 Bd Arago ! »

Oui, tous les envoyés du Défap ont un roman à raconter… mais tous ne le font pas. Et c’est ce qui fait l’intérêt d’un tel témoignage lorsqu’il sort en librairie. À travers les aventures et mésaventures de Madame Cécile, ce sont des moments clés de la vie de tout envoyé au cours de sa mission qui sont mis en mots et en images. D’une plume alerte, parfois incisive, jamais cruelle, qui pointe les joies et les déceptions, les promesses et les difficultés de la rencontre par-delà les barrières des cultures, les méfiances et les murs érigés par l’histoire et les inégalités économiques… Tous ceux qui ont vécu à Madagascar reconnaîtront certaines de ces anecdotes, entre humour, entraide, débrouille et fatalisme. Comme ce moment où, prenant son poste d’enseignante de français, Madame Cécile découvre la salle informatique et le labo de langues. Il y a donc de l’électricité pour alimenter tout ça ? Bien sûr, il y en a… mais pas de manière continue. Alors que fait-on en cas de coupure – cas fréquent, et qui dure des heures ? Il y a des générateurs… mais entre absence du personnel et prix du gazole, rien ne garantit qu’ils seront lancés au bon moment. D’où l’on conclut qu’en cas d’utilisation de la salle informatique, il y aura de l’électricité, oui… mais on ne sait pas vraiment quand.

Cécile Millot présentant son récit de voyage lors des journées Portes Ouvertes du Cinquantenaire du Défap © Défap

Madame Cécile, c’est elle : la voici présentant son récit de voyage lors des journées Portes Ouvertes du Cinquantenaire du Défap. L’ouvrage était alors à peu près achevé, mais pas encore édité. Madame Cécile avait partagé la vedette avec Manior, alias Romain Choisnet, lui aussi ancien envoyé du Défap, et venu présenter la bande dessinée qu’il avait réalisée sur son aventure camerounaise. Là encore, il s’agissait d’une manière décalée de présenter une odyssée individuelle révélatrice de ce que vivent les envoyés du Défap, lorsqu’ils se retrouvent en immersion dans un contexte complètement différent de celui qu’ils connaissaient en France : pour le vivre, il vaut mieux être bien préparé – d’où l’importance de la formation avant le départ dispensée par le Défap…

Avant son odyssée malgache, Cécile Millot, de son nom complet, était plus familière de Goethe que de l’enseignement du français. Si elle avait découvert d’autres pays à l’occasion de voyages, c’était bien des années auparavant, et sur un autre continent : en Inde, pour être précis. Madagascar était pour elle une expérience totalement nouvelle. « J’ai vécu une aventure que peu de gens ont la chance de vivre, raconte-t-elle : j’ai passé trois ans à Madagascar, pour enseigner le français langue étrangère dans une école de formation des instituteurs. Ce travail était passionnant. Je vivais seule dans une petite ville, où il n’y a pas eu d’électricité pendant un an, et où il n’y avait pas d’autres étrangers que moi. Je n’avais pas le choix, je me suis glissée dans la vie quotidienne des Malgaches. Je suis allée à leur rencontre avec bienveillance, et je me suis fait accepter. »

Dans le cas de Madame Cécile, comme dans le cas de Manior, avant le livre, il y a eu un journal de bord : un blog, qu’elle a tenu régulièrement pendant ses trois ans passés sur la Grande Île. C’est ce journal de bord qui a donné à Cécile Millot la matière, retravaillée, du livre publié aujourd’hui aux éditions Amalthée. Et pour aller plus loin dans la découverte des richesses et des difficultés des échanges, vous pouvez aussi retrouver les témoignages d’envoyés et de boursiers publiés sur le site du Défap à l’occasion du Cinquantenaire du Service protestant de mission.

Cécile Millot
Les aventures de madame Cécile à Madagascar
Éditions Amalthée
À partir de 9,99€




Courrier de mission : Kareen et le SFE

Kareen est une « envoyée portée » du Défap : issue de l’Église MLK de Créteil, elle a rejoint le SFE (le Service Fraternel d’Entraide) pour y travailler à la gestion de l’eau et de l’éducation en Asie du Sud-Est. Elle était invitée par Marion Rouillard lors de l’émission « Courrier de mission – le Défap » du 23 mars 2022.

L’un des lieux d’intervention du Service Fraternel d’Entraide © SFE

 
Les organismes opérant dans le domaine de la solidarité internationale et disposant d’un agrément pour l’envoi de VSI (Volontaires de Solidarité Internationale) sont peu nombreux, et les pouvoirs publics encouragent la pratique du « portage » – c’est-à-dire que d’autres organismes voulant bénéficier de ce statut auront tout intérêt à se rapprocher de ceux déjà agréés. C’est une garantie en ce qui concerne la formation et le suivi des volontaires. Dans le milieu protestant, le Défap, disposant de cet agrément, est ainsi en relation avec de nombreux autres organismes dont il forme et suit les envoyés au cours de leur mission. Ce qui permet d’entretenir un dialogue régulier et fécond avec des institutions très diverses.

Kareen fait partie de ces « envoyées portées ». Membre de l’Église Martin-Luther-King de Créteil, une mégachurch en constant développement, et qui, avec le soutien de la Fondation du Protestantisme, a pu concrétiser un projet audacieux de bâtiment accueillant à la fois des cultes et des manifestations laïques comme des congrès, elle évoque sans détour sa foi et la manière dont elle inspire ses décisions et son parcours de vie. Elle a auparavant suivi des études à l’Institut biblique de Genève. Elle est actuellement en mission en Asie du Sud-Est avec le SFE (le Service Fraternel d’Entraide), l’un des partenaires réguliers du Défap dans le cadre de ces relations de « portage ». Elle était l’invitée le 23 mars dernier de Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence Protestante.

Kareen et le SFE, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 23 mars 2022 sur Fréquence Protestante

 

Ayant fait des études en hydro-géologie, Kareen est arrivée sur son lieu de mission en novembre 2019. Elle a suivi le travail d’un logisticien du bureau local jusqu’en juin 2020. Suite à cela, elle poursuit son expérience en rejoignant un nouveau projet communautaire, pour apporter son appui dans les villages dans les domaines de l’eau-assainissement et de l’éducation. Les problèmes liés à l’eau supposent notamment de sensibiliser les populations des villages concernés au problème de la qualité de l’eau, de mettre en place des toilettes et des systèmes permettant de lier les ressources en eau souterraines, non polluées, aux maisons, pour que les villageois aient de l’eau propre pour leurs activités quotidiennes. Ensuite, pour obtenir de l’eau portable, il faut encore ajouter un filtre en céramique qui élimine la plus grande partie des impuretés résiduelles. L’important étant que ces projets soient véritablement portés par la population locale : le travail d’information préalable, et de sensibilisation aux enjeux de l’eau, est donc crucial, pour que les populations concernées en voient tout l’intérêt et participent à la mise en place des projets.

Le SFE a commencé en 2017 un projet d’éducation à la santé avec pour objectif de réduire la pauvreté. Une nouvelle phase du projet a démarré en 2021 dans 10 nouveaux villages pauvres, 5 centres de santé, un hôpital de district et l’hôpital provincial. Utilisant le personnel hospitalier précédemment formé comme formateurs, cette approche permet de renforcer les pratiques acquises et de développer un système de formation continue entre l’hôpital et les centres de santé. Ciblant plus particulièrement la santé mère-enfant et des adolescents, ce projet impacte plus largement tous les villageois en promouvant un développement proactif et durable et en abordant tous les problèmes de santé couramment rencontrés.




Soledad André : du Liban à la France, accompagner les réfugiés

L’accueil de familles de réfugiés syriens en France, via le dispositif des « couloirs humanitaires », a repris en cette fin d’année, suite à la signature d’un nouveau protocole d’accord avec le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères. Ce dispositif, mis en place en 2017 et dont la prolongation a été annoncée par la Fédération de l’Entraide Protestante (FEP) et la Fédération Protestante de France (FPF), s’appuie sur la mobilisation de centaines de collectifs citoyens offrant sur tout le territoire un logement gracieux aux personnes accueillies, au-delà des cercles protestants. Soledad André, envoyée du Défap au Liban comme chargée de mission de la FEP dans le cadre de ce projet des « couloirs humanitaires », évoque sa mission au micro de Benjamin Bories dans l’émission « L’invité de la FPF ».

Soledad André, envoyée du Défap au Liban comme chargée de mission de la FEP © FPF

Le 16 novembre dernier, la Fédération de l’Entraide Protestante et la Fédération Protestante de France annonçaient la signature d’un nouveau protocole d’accord avec le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères. Il devait permettre l’accueil en France de 300 personnes réfugiées en provenance du Liban, prolongeant l’engagement initial dit « des couloirs humanitaires » signé en 2017 avec les mêmes ministères. Depuis, les arrivées de réfugiés en provenance du Liban ont pu reprendre à Roissy. Pour permettre leur accueil, il a fallu mettre en place une structure inédite, associant notamment des ONG et des institutions liées aux Églises, mais aussi des centaines de collectifs citoyens sur le territoire français pour héberger, accompagner, aider à l’apprentissage de la langue… Ce projet associe donc de nombreux partenaires, à la fois au Liban où il faut déterminer quelles personnes ou familles peuvent entrer dans le cadre des « couloirs humanitaires » avant de les accompagner dans leur démarche d’obtention de visa, et en France même.

Soledad André intervient au Liban. Elle est envoyée du Défap comme chargée de mission pour la Fédération de l’Entraide Protestante. Après la formation au départ suivie au siège du Défap, à Paris, elle a rejoint Beyrouth. Elle y a été rejointe récemment par une autre envoyée du Défap pour renforcer le dispositif. Elle évoque ci-dessous sa mission au micro de Benjamin Bories dans l’émission « L’invité de la FPF » :

Pour comprendre comment un tel réseau s’est constitué, il faut revenir à 2016, et en Italie. Cette année-là, plus de 5000 migrants tentant d’atteindre les côtes européennes étaient morts en Méditerranée. Chaos libyen, embarcations fragiles et surchargées par les passeurs, multiplication des voyages pour tenter de contourner la surveillance des garde-côtes italiens : autant de facteurs qui avaient fait de 2016 une année particulièrement meurtrière – avec en outre une série de drames fortement médiatisés qui avaient créé un choc au sein des opinions publiques européennes. La provenance de ces naufragés venus mourir en Méditerranée, les « routes de l’exil » entre lesquelles ils avaient dû choisir, dessinaient une géographie de la fuite et du malheur jusqu’alors inconnue du grand public, dans laquelle les guerres dans des pays comme l’Irak ou la Syrie se traduisaient par des mouvements de populations allant vers la Jordanie, les camps du Liban, voire jusqu’en Afrique du Nord. Et la seule réponse des politiques européennes était la fermeture des frontières.

C’est d’abord au sein de la Communauté catholique de Sant’Egidio qu’était née l’idée des « couloirs humanitaires ». Ses juristes spécialistes du droit des étrangers avaient su utiliser les textes européens pour imaginer un dispositif destiné prioritairement aux réfugiés les plus vulnérables : enfants et familles monoparentales, patients en attente de soins urgents, personnes en butte à des persécutions. Il avait été mis en place en association avec la FCEI et avec l’Église vaudoise, membre de la Cevaa. Une opération rendue possible non seulement par l’engagement des Églises qui avaient décidé de le prendre en charge, mais aussi grâce à l’appui de bénévoles et d’associations se chargeant d’accueillir les réfugiés et de les aider à s’intégrer au sein de la société italienne.

Devant le succès de cette initiative, le modèle devait être repris dès l’année suivante en France, par le biais d’un protocole d’entente signé à l’Élysée et associant les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères à cinq partenaires issus du milieu des Églises. Les réfugiés arrivant en France via ce dispositif se retrouvaient dès lors accueillis légalement dans le réseau de la FEP et de ses partenaires locaux ; des collectifs et des hébergements pour lesquels se mobilisaient nombre de bénévoles issus notamment de l’Église protestante unie de France (EPUdF) ou de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), deux des unions d’Églises constitutives du Défap.

Aujourd’hui, les « couloirs humanitaires » ont conquis leur légitimité. La signature du nouveau protocole d’accord en ce mois de novembre, et la reprise de l’accueil de familles de réfugiés en France, en sont la preuve.




Chants du Cinquantenaire

Au cours des 50 jours entre Pâques et Pentecôte, le Défap vous a permis de découvrir 50 témoignages d’envoyés d’hier ou d’aujourd’hui, de boursiers, d’acteurs de la mission qui l’ont vécue ou la vivent encore au près ou au loin. Des témoignages sous forme de textes, de photos, de vidéos, ou de chants… Alors que nous nous acheminons vers la fin de cette année du Cinquantenaire du Défap, retrouvez ici les textes et les partitions de deux de ces chants, composés spécialement pour les 50 ans du Défap. Avec un grand merci pour Mino et Jacques Hippolyte, leurs auteurs.

À gauche : Emmanuelle et Mino (au deuxième plan dans la procession) lors de leur mission à Madagacscar ; à droite, Jacques Hippolyte © Défap
Mino et Emmanuelle, mariés et tous deux pasteurs de l’Église protestante unie de France, ont été envoyés du Défap de 2011 en 2015 à Fianarantsoa, à Madagascar, pour des missions d’enseignement. Dans la vidéo ci-dessous, écoutez un chant composé spécialement pour le cinquantenaire du Défap, et relatant l’expérience qu’ils ont vécue en tant qu’envoyés du Défap :

En étant parti

Auteur-compositeur : Mino Randriamanantena

Refrain 1 : Parti, j’ai rencontré l’humain. Parti, ça m’a ouvert les yeux.
Parti, j’ai pu prêter la main. Parti, précédé par mon Dieu.
Partout, Il était là, Devant mes pas.

1. J’ai appris des mots Questionnant les miens,
Des rythmes nouveaux Qui se chantent bien.

Refrain 2 : En étant parti, J’ai rencontré l’humain,
En étant parti, ça m’a ouvert les yeux,
En étant parti, J’ai pu prêter la main,
En étant parti, Précédé par mon Dieu,
J’ai marché partout Il était là, Devant mes pas !

2. Parfois, me voir à l’envers, Par le biais de son regard,
Par-delà l’identitaire, Par l’aveu de sa mémoire.

3. Parfois, voir la cohérence, Parfaisant toute sagesse,
Partout, croire la différence, Pardonnant les maladresses.

4. Douter Est-ce le même Dieu, Douter Est-ce la même foi,
Douter Sur le sens des cieux, Douter Est-ce la même joie ?

5. Partout le manque est partout, Présent sous des noms divers,
Partout ça peut faire des fous, Partout dans notre Univers.

6. Parti, j’ai croisé des rires, Parti, j’ai croisé des pleurs,
Parfois, j’ai même dû choisir, Parmi de belles couleurs.

En étant parti !

 

Jacques Hippolyte, doctorant en théologie de l’UPAC, a été accueilli en France comme boursier du Défap pour y effectuer des recherches. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez le voir et l’écouter interpréter avec sa fille un chant composé spécialement pour le cinquantenaire du Défap :

La vie en communion

Auteurs-compositeurs : Hippolyte TAYO et Eunice Tayo (Yaoundé – Cameroun)

Gamme : Sol majeur

Il n’y a rien de plus beau que de vivre en communion        Sol – Ré – Mi mineur
Savoir que frères et sœurs en Christ restent unis        Sol – Ré – Mi mineur
Il n’y a rien de plus beau que le vivre ensemble        Sol – Ré – Mi mineur
De s’imaginer un monde harmonieux        Sol – Ré – Mi mineur

La vie en communion        Do – Sol
Ce qu’il nous faut        La – Ré
La vie en communion,        Do – Sol
Rien de plus beau        Ré – Mi mineur
La vie en communion        Do – Sol
Pour la paix        La – Ré
La vie en communion        Do – Sol
Que de bienfaits        Ré – Mi mineur

Quoi de plus beau que de s’aimer        Sol – Ré – Mi mineur
Traverser les couleurs, les races, ouvrir les cœurs        Sol – Ré – Mi mineur
Quoi de plus beau que d’accueillir l’étranger        Sol – Ré – Mi mineur
Avec lui recevoir la vraie douceur        Sol – Ré – Mi mineur
Oui le Défap, Cinquante ans de mission        Sol – Ré – Mi mineur
À travers le monde, Bonne Nouvelle aux nations        Sol – Ré – Mi mineur
Envoyer, recevoir, au nom de la mission,        Sol – Ré – Mi mineur
Apporter plein d’espoir aux peuples des nations        Sol – Ré – Mi mineur

La vie en communion        Do – Sol
Ce qu’il nous faut        La – Ré
La vie en communion,        Do – Sol
Rien de plus beau        Ré – Mi mineur
La vie en communion        Do – Sol
Pour la paix        La – Ré
La vie en communion        Do – Sol
Que de bienfaits        Ré – Mi mineur




50 témoignages : Joël

Issu d’une famille de missionnaires, Joël connaît le Défap depuis longtemps. Il a notamment eu l’occasion d’accompagner des groupes de jeunes lors d’échanges interculturels.

50 témoignages de Pâques à Pentecôte : Joël


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50 témoignages : Michel et Hélène

Michel et Hélène ont effectué de nombreuses missions comme envoyés du Défap en des lieux aussi divers que le Cameroun, la Nouvelle-Calédonie ou Djibouti, et ont fait des missions d’enseignement à Madagascar.

 

 

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50 témoignages : Irène

Enseignante de français, Irène a été envoyée à Madagascar.

 

 

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