50 témoignages : Emmanuelle et Mino

Mino et Emmanuelle, mariés et tous deux pasteurs de l’Église protestante unie de France, ont été envoyés du Défap de 2011 en 2015 à Fianarantsoa, à Madagascar, pour des missions d’enseignement.

 

 

Dans la vidéo ci-dessous, écoutez un chant composé spécialement pour le cinquantenaire du Défap, et relatant l’expérience qu’ont vécue Mino et Emmanuelle en tant qu’envoyés du Défap :

 

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50 témoignages : Gilles

Professeur des universités, Gilles Teulié nous parle ici de la bibliothèque et des archives du Défap.

50 témoignages de Pâques à Pentecôte : Gilles Teulié


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50 témoignages : Salomé

Salomé, ergothérapeute, a été envoyée par le Défap pour une mission de santé au Congo-Brazzaville.

50 témoignages de Pâques à Pentecôte : Salomé


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50 témoignages : Michel

Michel Lebomo Okala, Docteur en théologie Pratique, est un ancien boursier du Défap. Il témoigne de la manière dont il a poursuivi ses études en France, de l’accueil du Défap ainsi que des rencontres et des échanges qu’il a pu y faire. Cliquez ci-dessous pour découvrir son témoignage.

 




50 témoignages : Amgaad

Voici le témoignage d’Amgaad, jeune Égyptienne qui a grandi dans une institution du Caire avec laquelle le Défap entretient des relations depuis des années. Elle a pu découvrir pour la première fois Paris et la maison des missions du 102 boulevard Arago grâce à deux envoyées du Défap. Cliquez ci-dessous pour découvrir son témoignage.

 




50 témoignages : Jean-Pierre

Jean-Pierre Charlemagne, fils de missionnaires en Nouvelle-Calédonie, à laquelle il est toujours très lié, porte en lui la mémoire des relations de plusieurs générations de protestants avec cet archipel du Pacifique sud.

50 témoignages de Pâques à Pentecôte : Jean-Pierre Charlemagne


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Retrouvez ci-dessous son témoignage écrit

Enfance sur un champ missionnaire…
Un Chemin de vie pour toute la vie

J’ai vécu mon enfance jusqu’à ma 12e année sur un champ missionnaire. Pas un lieu où les enfants des familles missionnaires vivent en cercle restreint, mais une station riche d’une grande diversité :

  • L’École pastorale pour les « Étudiants » (du second cycle) avec familles et enfants de mon âge.
  • L’École « Pratique »
    • Où de grands gaillards se formaient à la maçonnerie, à la charpente et à la menuiserie sur les chantiers de constructions, de modernisation et d’extension des bâtiments.
    • Où ils pouvaient aussi s’orienter vers la mécanique avec le parc d’automobiles, Jeep, Camions et autres utilitaires régulièrement entretenus, parfois complètement « désossés » et remontés à neuf. Les plus motivés obtenaient leur permis de conduire.
    • Où ils se formaient également à l’agriculture en cultivant la grande plaine agricole, passant de la « traction animale » au célèbre tracteur « petit gris » (1).
  • L’école primaire et son internat
  • L’École « Ménagère » de jeunes filles, à quelques kilomètres de là, de l’autre côté de la rivière, où j’accompagnais ma mère tous les jeudis.

C’est dans cet univers d’une grande richesse sociale, technique et culturelle que j’ai passé mes journées, à papoter en « drehu » tout en manipulant fils et canettes sur les machines à coudre des épouses des « Étudiants » à qui ma mère transmettait les bases de la couture et de l’hygiène ; ou encore dans les pas de mon père qui parcourait la région en camion pour collecter manioc, bananes vertes et autres victuailles préparées par les paroisses pour nourrir l’internat (2), et même une fois pour défourner un four-à-chaux afin d’approvisionner les chantiers.

Sans compter, toujours en camion, l’incontournable lundi matin, quand j’accompagnais mon père conduisant à la Scierie du Col des Roussettes une équipe d’Etudiants qui ainsi, en alternance (une semaine études, une semaine à la scierie), pourvoyaient aux besoins de leur famille. Moi, j’étais fasciné par ces machines qui dévoraient les troncs d’une forêt toute proche…

Mon père avait aussi, pour financer le développement, imaginé lancer une activité de pêche au Troca (coquillage dont on tirait la nacre pour la fabrication de boutons etc). Il avait pour cela fait l’acquisition d’un modeste voilier, La Bobine, qui nécessitait un grand carénage. Un charpentier de marine, le vieux Hnani, était venu de Lifou pour ce chantier. Chaque fois que je venais voir l’avancement des travaux, il mettait mes petites mains à calfater d’étoupe les clins du bordage.

Le projet malheureusement avorta car l’arrivée du plastique fit s’écrouler le cours du Troca…

Je passais aussi mes journées dans l’atelier de menuiserie où les responsables mélanésiens, véritables artistes et experts en créativité, pouvaient faire des merveilles avec des moyens rudimentaires. Ils m’initiaient avec bienveillance et pédagogie au maniement de la scie égoïne, du rabot ou du trusquin. J’utilise encore aujourd’hui l’équerre de menuisier qui m’a été offerte à cette époque!
L’atelier de mécanique m’attirait tout autant. C’est ainsi que rodage de soupape, joint de culasse ou réglage d’embiellage n’avaient pas de secrets pour moi.

Ainsi se déroulaient, bien remplies, les journées non scolarisées de mes jeunes années. Point de « Classes Maternelles », elles n’existaient pas ! Quant au CP, je n’y suis jamais allé… mes parents m’ont appris à lire, écrire et compter à la maison, tout simplement !

L’appel à témoin pour les 50 ans du Défap est ainsi pour moi l’occasion d’exprimer ma reconnaissance pour toute cette richesse que m’a offert la vie sur un champ missionnaire (3).

De ces apprentissages, j’ai tiré profit tout au long de ma vie.
Témoigner ici, c’est aussi remercier.

Mais plus encore que ces apprentissages techniques, c’est la richesse relationnelle qui, j’en suis certain, a contribué à construire ce que je suis aujourd’hui.

DO-NEVA, puisque c’est de ce « VRAI PAYS » qu’il s’agit, fut pour moi un espace de relations bienveillantes, chaleureuses, nourri d’une grande diversité culturelle, linguistique, musicale.

  • J’étais avec les familles et les enfants des Étudiants comme chez moi, parlant leur langue (4)
  • J’étais avec les Pratiques, comme leurs petits frères, sur les chantiers ou sur le tracteur.
  • J’étais dans la troupe d’Éclaireurs avec les garçons du Primaire
  • J’étais avec les Étudiants et les cadres de la station comme leur neveu, voire leur fils et m’adressais à eux comme tel (5).
  • Sans oublier Margrit et André DENNI dont les compétences rayonnaient sur toutes ces domaines.

Quant à notre maison, elle avait été agrandie et aménagée pour que quelques « Filles » puissent y vivre, non pour servir mais pour aider, tout en bénéficiant du partage culturel et spirituel de notre famille. Plusieurs ont été mes nounous dans ma tendre enfance, puis des grandes sœurs un peu plus tard. Pratiquement toutes ont reçu l’appel missionnaire et sont allées avec cette vocation aux Nelle Hébrides (Vanuatu actuel).

Enfin, quand une classe de 5e fut ouverte à Do-Néva et que manquait un internat pour filles, c’est à la maison que nous nous sommes organisés pour recevoir les premières collégiennes. Quelques grandes sœurs de plus.

C’est dans un tel bain culturel que j’ai grandi, imprégné l’univers musical des « Tempéras » qui m’habite encore…

Tout un univers de CODES, de « CHEMINS COUTUMIERS », facilitateurs des relations par les valeurs d’humilité, de respect et d’autorité dont ils sont empreints… au risque parfois d’être obstacles à une liberté pleine et entière, ou freins à la créativité et aux initiatives.

Univers également marqué, comme toute communauté humaine, de tensions, de discordes voire de violences, de réconciliations souvent mais de séparations aussi.

Témoin dès mon enfance de ces réalités, j’en ai retenu la règle d’or symbolisée par la porte des cases Kanak dont la faible hauteur oblige à se courber avant d’entrer : humilité et respect, attitudes qui permettent accueil et bienveillance.

Si cette « coutume » des Îles lointaines offre des « CHEMINS DE RÉCONCILIATION », le côté de la Planète où je me trouve aujourd’hui ne manque pas non plus de gestes et d’attitudes qui apaisent et réconcilient.

Mon témoignage jusque-là a concerné la SMEP, œuvre qui précédait le Défap.
Adulte, j’ai certes servi la mission bien des années, mais pas sous les couleurs du Défap.

Ma relation avec le Défap dont nous célébrons les 50 ans, c’est à l’occasion d’une journée des « Associations portées » qu’elle a pris corps. En témoigner me tiens à cœur.

Un jour de mai 2012 je suis arrivé devant le 102 Boulevard Arago pour représenter la SEPF lors de la rencontre dédiée à ces œuvres.
La dernière fois que j’avais franchi cette porte, c’était à l’été 1955, ma famille ayant par la suite quitté Do-Néva quand j’avais 12 ans, début 1958, dans un contexte difficile.

54 ans plus tard, devant cette entrée, surgit alors une profonde blessure de mon enfance. Je vacillais, tiraillé entre reculade et bravade et dû me poser sur un banc, dans la contre-allée, puis téléphoner à Martine, mon épouse.
Me ressaisissant, rassemblant mon courage mais tremblant, je poussais timidement la porte.

Et là, miracle : des regards souriants et bienveillants qui m’accueillent. Ils me vont droit au cœur.

Un geste, une attitude, des visages accueillant avaient ouvert pour moi un
« CHEMIN D’APAISEMENT ».

MERCI, vous qui étiez à l’accueil, vous qui pilotiez cette journée. Vous ne vous êtes certainement jamais rendu compte du bien que vous m’avez fait en cet instant.
Cette gentillesse fut bien réelle tout au long de la journée.

Je suis revenu, sans appréhension, de nombreuses fois, et à chaque séjour j’ai trouvé le même accueil (6).
Il suffit de feuilleter le livre d’or pour vérifier combien ce constat est partagé.

Le Défap est une maison ouverte, animée par une équipe chaleureuse.
C’est cette chaleur qui ouvert le chemin à ma relation avec le Défap

Que le Défap, soit encore et toujours
CHEMIN DE BELLES RENCONTRES ET DE RÉCONCILIATIONS
pour les 50 prochaines années !
Guidé par La PAROLE comme LUMIÈRE sur son SENTIER.

Jean-Pierre Charlemagne, fils de Raymond et Marcelle Charlemagne ;
frère de Daniel et Marie-Elisabeth

En guise de conclusion :
Accueil ou rejet, crainte ou bienvenue, une « Tempéras » a nourri en moi ces thèmes et fait naître, sur sa mélodie, un chant croisant mon enfance et l’actualité.
C’est avec joie et reconnaissance que je le partage avec le Défap pour ses 50 ans, en hommage à toutes celles et ceux qui ont ensoleillé ma vie.

À l’ombre du grand figuier
Je scrute la route ensoleillée
Au loin sous un soleil de plomb
S’avance un groupe d’étrangers

Nypëti a troië, Paane mano ju theng.
Ke kuuca kucaa/ha nyipëti lai hna tro
Trohemi italofa lue sinenge (lööjë)
The xoukö nyipo ece

Amis, mes frères, et vous mes sœurs ; entrez vous reposer.
Soyez ici, ici comme chez vous
Ensemble, réjouissons nous.

______________________

(1) Cultiver la grande plaine de « Bel Air » contribuait largement à nourrir la station.
(2) Le fonctionnement en autonomie financière était la règle. Il fallait donc s’ingénier à trouver de quoi subvenir aux besoins de cette communauté.
(3) D’autres enfants de missionnaires témoignent, avec raison, de réalités qui, pour eux, ont été difficiles à vivre.
(4) Le drehu car ils venaient tous de Lifou où se passait le 1er cycle de la formation pastorale.
(5) Je pense à Dicona Potin et Nénè Honane, véritables parents pour moi.
(6) Ainsi, deux ans plus tard, en 2014, avec Martine nous participions au séjour « d’Échanges » à Madagascar mis en place par le Défap. Puis j’ai contribué à la mise en place du Forum Régional « Ta Mission pour la Terre ».




50 témoignages : Guy

Guy Baccuet, actuellement pasteur retraité, est né au Lesotho, où il est retourné en 1963 avec sa famille, pour exercer un ministère au sein de l’Église Évangélique du Lesotho. Cliquez ci-dessous pour découvrir son témoignage, à la fois écrit et photographique.

 

Version téléchargeable :

 

Le témoignage complet de Guy Baccuet en pdf

 

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50 témoignages : René

Voici le témoignage de René Sanvee, qui a rencontré le Défap à l’occasion de ses études de théologie à l’IPT de Paris. Cliquez ci-dessous pour découvrir son témoignage.

 

 

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50 témoignages : Florence et Yves

Yves et Florence étaient, respectivement médecin et infirmière, tous deux ayant été envoyés en Côte d’Ivoire.

50 témoignages de Pâques à Pentecôte : Florence et Yves


Télécharger leur témoignage
 

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50 témoignages : Louise

Louise a été envoyée à Madagascar pour une mission d’enseignement. Cliquez ci-dessous pour lire son témoignage – et écoutez sa chanson composée sur place, pour l’occasion !

 

 

 

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Éloigné, en confinement : parole à Mathilde

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19, d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

Mathilde Ricklin est VSI auprès de la direction des écoles de la FJKM à Madagascar depuis 2018. Elle nous livre ici quelques morceaux choisis de son « journal d’une confinée »

Dimanche 2 février 2020,

Je reviens d’une tournée de formation de plusieurs semaines dans le sud de la Grande île, où je suis allée avec mon compagnon, venu me rejoindre pour un mois. Nous atterrissons à l’aéroport d’Antananarivo et remarquons tout de suite que quelque chose est différent. Des affiches mettant en garde contre un virus sont placardées un peu partout. Un spot publicitaire au sujet de ce virus passe en boucle sur les écrans. Le chauffeur de taxi qui nous ramène jusqu’à la maison nous explique qu’il ne prend plus de clients d’origine chinoise ou revenant de Chine, de peur d’attraper ce virus car plusieurs personnes seraient tombées malade. En ville, nous ne voyons pourtant aucune information concernant ce virus.

Quelques semaines plus tard… Jeudi 19 mars 2020,

Cela fait maintenant bien une dizaine de jours que j’ai réduit les contacts physiques. Ici les gens se serrent toujours la main. Au bureau avec mes collègues, les visites sont incessantes, alors en une journée, ça en fait beaucoup de mains à serrer ! Depuis une dizaine de jours, j’explique que je ne préfère pas d’échange physique à cause de ce virus. Les gens ne mesurent pas le danger potentiel, ils en rigolent tout en resserrant la main de mes collègues en partant… Mais depuis hier, les choses ont changé, la plupart des visiteurs évitent les mains et à la place se touchent le pied comme on l’a vu faire sur les réseaux sociaux. Ce pourrait être une vraie catastrophe si le virus se développe ici.

À partir de demain, les liaisons aériennes seront coupées pour trente jours, les bateaux n’accostent déjà plus depuis dix jours… Je me demande si le sentiment d’isolement sur l’île se fera sentir de manière plus forte.

Vendredi 20 mars 2020,

Dans la matinée d’hier et d’aujourd’hui, des inconnus croisés dans la rue se sont adressés à moi en utilisant le mot « coronavirus ». Alors oui, j’ai la peau blanche et l’on voit que je ne suis pas malgache, mais je ne suis pas d’accord avec ce préjugé. Il est à mon avis même dangereux que certains Malgaches imaginent que les « étrangers » sont (ap-)porteurs de maladies à Madagascar. Ils oublient trop souvent qu’il y a une grande diaspora malgache. Que beaucoup de leurs concitoyens vivent en France, en Europe, aux Etats-Unis, partout dans le monde. Ces personnes reviennent aussi voir leur famille ou passer des vacances sur la Grande Île et peuvent être porteurs de virus …

Ce sont ces remarques qui font prendre conscience de l’importance de la mission, de l’échange et du dialogue. En effet, elles sont signe de lacunes dans l’éducation ou dans la connaissance de l’autre, ce qui a pour résultat la stigmatisation, voir une forme de racisme.

Interviewé à la télévision, le président malgache annonce trois cas dans le pays.

Lundi 23 mars 2020,

Nous voilà donc quelques jours plus tard avec douze personnes prises en charge ayant les symptômes du Covid19. Le confinement a été proclamé hier soir, des restrictions sont mises en place.

Pour ma santé, je pense que ça va aller. Mais pour toutes celles et ceux qui n’ont pas accès à l’eau et au savon, qui ne peuvent pas rester à la maison mais sont obligés d’aller au marché pour vendre quelques produits afin de gagner de quoi survivre jusqu’au lendemain… C’est pour eux que la situation va être très compliquée.

J’ai beaucoup de chance, je ne suis pas seule, je suis invitée à me confiner chez des amis. La famille Minard, également envoyée par le Défap, m’accueille depuis que je suis à Madagascar lorsque j’ai besoin de compagnie et d’un peu plus de confort que chez moi. Chez eux, il y a tout ce qu’il faut, et des bouches à nourrir : un bonheur pour moi qui aime cuisiner !

Jeudi 26 mars 2020,

Nous en sommes à notre 4ème journée de confinement. Les enfants sont occupés par les devoirs envoyés par leurs professeurs sur une plateforme. En fin d’après-midi, nous jouons à des jeux de société, de quoi se détendre et rigoler… Les journées passent très vite, il y a les repas à préparer, un moment de repos toujours bienvenu. Avec Delphine, la maman, nous avons commencé un programme de « fitness » pour transpirer un peu. Enfin c’est surtout pour dépenser l’accumulation de « trop ». Trop de station assise, trop de repas, trop de gâteaux… Ou peut-être pour justement pouvoir encore manger ces douceurs qui font tellement de bien au cœur ?

La situation financière de la plupart des Malgaches ne va pas être facile. Heureusement, des alternatives se mettent en place. Le gouvernement a annoncé des aides spéciales pour ceux qui en ont besoin. D’ailleurs on ne sait pas trop quoi penser ici. Dix-neuf cas ont été annoncés. Ces personnes seraient en quarantaine. Le président a isolé Tananarive et Tamatave, il n’est plus possible d’y entrer ou d’en sortir. On espère que la situation sera réglée au plus vite tout comme en Europe et dans les autres pays du monde.

Samedi 28 mars 2020,

Ce matin, avec Timothée Minard, nous avons tenté une sortie « courses ». On a rapidement abandonné en voyant l’embouteillage monstre devant nous, nous disant que nous reviendrions après le déjeuner. Bonne idée ! En revanche, plusieurs rayons avaient été littéralement pillés. Ici c’est la chips qui a la cote !

Mardi 31 mars 2020,

France Volontaire a organisé un temps d’échange par visio-conférence pour prendre de nos nouvelles, savoir comment nous vivons le confinement. De quoi redonner le moral, aider à déculpabiliser quant au sens de la mission. Le bien que m’a fait cette discussion m’encourage à garder du lien par téléphone ou messagerie avec mes collègues, directeurs ou pasteurs rencontrés ici.

Mercredi 22 avril 2020,

Un retour à la normale est amorcé en douceur. Les élèves en classe d’examen ont repris le chemin de l’école. Les transports en commun sont à nouveau autorisés, avec seulement 18 personnes par navette. Le président malgache, Andry Rajoelina, annonce la production d’une boisson, le CovidOrganics, qui renforcerait les défenses immunitaires. C’est le début d’une grande polémique entre médecins, chercheurs, l’OMS etc.

Mardi 5 mai 2020,

Première sortie en solo depuis le début du confinement, c’est-à-dire six semaines ! Je suis retournée dans la petite maison à côté des sœurs de Mamré récupérer quelques affaires personnelles. J’en profite pour faire un état des lieux, du rangement et dire bonjour à mes voisines.

Monsieur Albert, chauffeur de taxi du quartier, me ramène chez les Minard. Il me raconte que la situation est plus que difficile. En temps normal, il a entre douze et quinze clients par jour. Depuis le confinement, il en a au maximum quatre. Il a déposé une demande d’aide auprès de sa mairie mais n’a que très peu d’espoir de la voir aboutir. Il m’explique que l’aide promise par l’état malgache n’est pas assez importante pour tous ceux qui en ont besoin.

Jeudi 7 mai 2020,

Alors qu’aucun cas de nouveau malade n’avait été rapporté ces derniers jours, voici qu’aujourd’hui trente-cinq personnes présentant des symptômes sont enregistrées. Je ne sais plus quoi penser. Même si ce chiffre semble insignifiant par rapport au nombre communiqué en une journée dans de nombreux pays, il donne le sentiment que la période de confinement sera beaucoup plus longue que ce que nous pouvions imaginer.

Vendredi 8 mai 2020, …




Éloigné, en confinement : parole à Delphine et Timothée

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19, d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

La famille Minard est actuellement à Madagascar. Delphine est VSI à Tananarive auprès de la FJKM comme enseignante de français. Timothée enseigne à l’Institut supérieur de théologie évangélique (ISTE).

Le tremblement de terre Covid19 secoue aussi Madagascar, même s’il a fait moins de dégâts qu’ailleurs et que nous sommes déjà en train de nous déconfiner. Confinement, « cache-bouche », remède « vita malagasy »… Voici quelques mots sur notre vécu à Tananarive.

Le 20 mars dernier, l’épidémie de Covid19 a officiellement atteint Madagascar. En vue de tenter de contenir la propagation du virus, le gouvernement a pris rapidement des mesures assez radicales : le confinement a notamment été imposé dans la capitale ainsi que dans deux autres grandes villes du pays. Tous les vols internationaux et nationaux ont été interrompus jusqu’à ce jour.

Comme partout dans le monde, on a vu des foules se hâter vers les pharmacies en espérant trouver des « cache-bouche » (comme on dit ici) ou de la chloroquine. Les rayons et étals de riz, aliment de base à Madagascar, ont été dévalisés.

Le confinement n’est pas facile à vivre pour une grande partie de la population qui souvent ne fait que (sur)vivre avec son salaire du jour, ou qui loge à cinq personnes (ou plus) dans une seule pièce. Conscient de cette situation, l’Etat malgache a rapidement mis en place une distribution de nourriture pour les plus démunis. Ainsi, les rues de la capitale étaient loin d’être désertes pendant le confinement et nous avons même expérimenté des embouteillages. Heureusement, l’épidémie ne semble pas s’être véritablement propagée à Madagascar. Nous sommes le 25 avril et, depuis cinq semaines, seules 123 personnes ont été testées positives au Covid19, dont peu de malades, très peu de cas graves et aucun décès. Ces dix derniers jours, seule une dizaine de nouveaux cas ont été détectés.

Nos activités confinées

Bien entendu, les cours dans les écoles FJKM ainsi que ceux de l’Institut Supérieur de théologie évangélique (ISTE) où enseigne Timothée, ont été suspendus. Ici, il n’est guère envisageable de poursuivre la formation « à distance ». Même si Madagascar possède un des meilleurs réseaux internet haut-débit d’Afrique, peu nombreux sont ceux qui peuvent se payer un abonnement illimité. Par contre, les réseaux sociaux et les SMS sont très utilisés, ce qui permet de garder le contact avec les collègues et étudiants.

En tant que famille, nous avons conscience d’avoir vécu le confinement de façon privilégiée. Nous avons un logement spacieux. Eve et Ethan ont eu le privilège de suivre les cours des écoles françaises depuis la maison, grâce à internet. Nous ne manquons de rien (et avons même mangé un peu trop de gâteaux maisons ces dernières semaines !). Nous avons aussi la joie d’avoir Mathilde, une française envoyée du Défap à Tananarive, qui loge avec nous.

Ce confinement forcé nous a permis de souffler un peu après une période particulièrement chargée. Nous ne comptons plus les parties de jeux de société (avec une préférence pour « Splendor ») et les activités manuelles. Nous avons vécu de bons moments de culte à la maison (préparés par les enfants). Les séances « fitness » fréquentes (surtout fréquentées par les filles) ont permis d’évacuer un peu les calories emmagasinées. Enfin, pour Timothée, habitué à être « confiné » dans son bureau, ce fut l’occasion de pouvoir trouver un peu de temps pour avancer dans ses travaux d’écriture.

En déconfinement !

Face à la faible propagation de l’épidémie, le gouvernement a mis en place un déconfinement progressif depuis le 22 avril. Celui-ci s’accompagne d’une distribution massive de « cache-bouches » (dont le port est désormais obligatoire, et en cas de défaut les personnes sont condamnées à des peines de travaux d’intérêt général avec effet immédiat !) et du remède « vita malagasy (= Made in Madagascar) », le « Covid Organics » (une tisane de plantes médicinales dont le président semble convaincu de l’efficacité).

Dans les écoles malgaches, seules les classes ayant des examens à passer en fin d’année scolaire (7e=CM2, 3e et Terminale) reprennent les cours pour le moment. Delphine devrait probablement reprendre son cursus début mai. Quant aux enfants, qui suivent le système français, en vacances scolaires jusqu’au 4 mai, ils ne savent pas encore s’ils reprendront les cours à l’école ou à la maison. À l’ISTE, les activités vont reprendre ce lundi 27 avril. Les transports en commun étant pour le moment interdits dans la capitale l’après-midi, les cours ne reprendront que le matin dans un premier temps. Conformément aux directives du gouvernement, des « mesures barrières » ont été mises en place : port de « cache-bouche » obligatoire, distance d’un mètre entre les étudiants dans les salles de classe, lavage des mains et prise de température à l’arrivée.

Humilité, reconnaissance et espérance

Ces trois mots représentent bien ce que ce temps particulier évoque chez nous. Cette pandémie révèle la folie de notre prétention à vouloir tout maîtriser. Le COVID-19 nous pousse à l’humilité et nous apprenons à dépendre de Dieu qui, lui seul, maîtrise toutes choses.

Nous sommes reconnaissants pour l’absence de morts à Madagascar et reconnaissons la grâce de Dieu derrière cela.

Enfin, nous voulons fixer nos regards vers celui qui est la source de notre espérance. Une espérance qui, comme nous l’avons rappelé à Pâques, est plus forte que la mort !

Reprise des cours pour Timothée