Le Défap en Guyane : l’installation du pasteur Côme Contazi

Du 2 au 8 mars 2026, une mission de terrain a conduit Vincent Nême-Peyron, secrétaire général du Défap, et Jean-Luc Blanc, président de la Communauté d’Églises Protestantes Francophones (CEPF) en Guyane pour accompagner l’installation du pasteur Côme Contazi. Un moment important pour une Église locale marquée par plusieurs années sans pasteur.

À Rémire-Montjoly, dans la banlieue de Cayenne, l’Église protestante de Guyane (EPG) retrouve un visage pastoral. Après une période prolongée sans ministre, la communauté a accueilli en janvier 2026 le pasteur Côme Contazi, originaire du Burundi et précédemment engagé au sein de l’Église Évangélique au Maroc.

Sa prise de fonction, prévue pour un an renouvelable, a donné lieu à une mission de terrain avec pour objectif d’accompagner cette nouvelle étape et mesurer les dynamiques à l’œuvre dans une Église locale.

Un Pasteur au cœur d’une communauté en attente

L’Église protestante de Guyane se caractérise par sa grande diversité. Composée majoritairement de fidèles d’origines africaine, antillaise et malgache, elle rassemble une trentaine de personnes lors du culte dominical, célébré dans l’église Sainte-Anne.

Au-delà de sa taille modeste, la communauté se distingue par la qualité de ses relations extérieures. Elle entretient des liens étroits avec d’autres Églises chrétiennes, évangéliques et catholiques, mais aussi avec la petite communauté musulmane, les aumôneries hospitalière et militaire, ainsi que les autorités civiles. Un ancrage local qui témoigne d’un sens du dialogue.

Sur place, les premiers retours sont encourageants. Le pasteur Côme Contazi apparaît attentif et déjà bien engagé dans la vie de la communauté, dont il connaît plusieurs membres.

Le Conseil presbytéral ne cache pas sa satisfaction : après plusieurs années sans pasteur, la présence d’un ministre est vécue comme un véritable renouveau. Les échanges menés durant la mission ont permis d’aborder en profondeur les enjeux du ministère pastoral et les perspectives de développement de la vie communautaire.

Un dialogue œcuménique encouragé

Parmi les temps forts de la mission figure une rencontre avec l’évêque de Guyane. Accueillant et ouvert, celui-ci a exprimé son attachement au dialogue entre confessions chrétiennes.

Il voit dans la présence d’un pasteur protestant un point d’appui pour renforcer les relations œcuméniques, et se montre favorable à des initiatives communes, comme la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Dans un paysage religieux complexe, marqué par la diversité des Églises évangéliques, il attend aussi de la communauté protestante un rôle de repère et de médiation.

Une installation festive

Le point culminant de la mission a eu lieu le dimanche 8 mars, avec le culte d’installation du pasteur Côme Contazi à l’église Sainte-Anne. L’événement a rassemblé une soixantaine de personnes, bien au-delà de l’assistance habituelle. Représentants de la société civile, responsables religieux de différentes confessions — évangéliques, catholiques, musulmans — ainsi que des acteurs institutionnels étaient présents, témoignant de l’importance de ce moment. Retransmis par une radio locale et couvert par la presse, le culte s’est déroulé dans une atmosphère à la fois solennelle et joyeuse. La prédication a été assurée par Vincent Nême-Peyron, tandis que la liturgie d’installation était coprésidée avec Jean-Luc Blanc. La présence de Christian Seytre, acteur clé de la venue du pasteur, a également marqué cette célébration. Au-delà de la cérémonie, c’est un véritable élan qui semble se dessiner. À l’issue du culte, un repas convivial a permis de prolonger les échanges, dans une ambiance chaleureuse.




Le Défap en Martinique et en Guadeloupe : le défi d’un ministère partagé

Du 12 au 23 février 2026, Vincent Nême-Peyron, secrétaire général au Défap, et Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique, ont réalisé une mission terrain en Martinique et en Guadeloupe avec un objectif précis : assurer le suivi du ministère du pasteur Pierre Thiam. Originaire du Sénégal, ce dernier occupe une position particulière puisqu’il partage son engagement entre deux Églises protestantes réformées, chacune avec ses réalités propres : celle de Martinique (EPRM) et celle de Guadeloupe (EPRG).

Cette mission avait pour but d’évaluer son intégration et de recueillir les impressions des responsables locaux.Dans les Églises protestantes réformées des Antilles, la réalité pastorale évolue. Moins de pasteurs, des communautés dispersées, et des attentes renouvelées : autant de défis qui appellent des organisations inédites. C’est dans ce contexte que s’inscrit le ministère du pasteur Pierre Thiam. Malgré cela, les responsables locaux ont salué son sens de l’écoute, sa capacité d’adaptation et son tempérament calme et bienveillant. Ils ont également souligné la qualité de son engagement et sa capacité à s’inscrire dans des contextes variés.

Au-delà du cas individuel, cette mission met en lumière une tendance plus large : celle de ministères partagés, appelés à se multiplier face aux contraintes démographiques et organisationnelles des Églises. Maintenir un lien fort avec deux communautés, sur deux îles, exige du temps, de l’énergie et une coordination fine.




Le rôle de l’Église dans la politique : Rendez-vous le 9 avril

Dans le cadre du cycle « Les jeudis du Défap », une conférence en ligne se tiendra le jeudi 9 avril, de 18h30 à 20h, autour de la thématique « Le rôle de l’Église dans la politique » avec Flore Urbaine BADILA LOUPE. Cette rencontre offrira d’abord un temps de présentation de la chercheuse et de ses travaux, suivi d’un espace de dialogue ouvert avec les participants. Un moment privilégié d’échange, de réflexion et de partage, invitant chacun à approfondir sa compréhension de la position de l’Église dans ses rapports avec l’État et celui lié à l’évangélisation et à l’engagement social.Je m’inscris à la conférence

Le parcours de Flore Badila Loupe

Flore Urbaine Badila Loupe est pasteure de l’Église Évangélique du Congo (EEC) et docteure en théologie (PhD), spécialisée en éthique. Titulaire d’une licence en philosophie, d’une licence et d’un master en théologie, elle est la première femme à avoir été nommée doyenne de la Faculté de théologie de l’Université Protestante de Brazzaville, après en avoir été vice-doyenne de 2020 à 2024. Elle y est également responsable du département d’éthique.

Engagée dans la vie ecclésiale et académique, elle est vice-présidente de la Conférence des ecclésiastiques de l’EEC, membre du Conseil synodal, vice-présidente de l’Union des femmes évangéliques du Congo et secrétaire générale du Cercle des théologiennes. Auteure de Le rôle de l’Église dans la politique : quel prisme pour le devenir de la cité ? (Éditions CLE, 2024), elle contribue activement à la réflexion sur les liens entre foi, éthique et société.

Pourquoi parler du rôle de l’Église dans la politique ?

« Il est établi que la problématique de la politique continue toujours à défrayer la chronique dans l’univers des théologiens engagés. Sur ce, nous ne dérogeons pas à la règle. C’est pour cela, nous soulevons, dans une approche éthique, avec virulence et dextérité, la sempiternelle question du rapport entre l’Église et la politique. En effet, la question a suscité de nombreuses équivocités, des controverses au sein de certaines sensibilités intellectuelles ou au sein des penseurs. De par sa mission prophétique qui est celle de dénoncer les injustices sociales, de promouvoir la dignité de la personne humaine, de sauvegarder la création ; l’Église en général et les Églises Protestantes en particulier ont une conception péjorative de la politique.

Par conséquent, le rôle que devrait jouer l’Église dans ses rapports avec l’État est celui lié à l’évangélisation et à l’engagement social. Il est de bon aloi que ce rôle déterminant de l’Église dans la politique est presque occulté. Il doit être pris au sérieux pour un meilleur avenir de la société. Car tous ceux qui dirigent l’Église et la cité sont des élus de Dieu pour l’accomplissement de son œuvre et devraient parler le même langage.

Dans une démarche assez corsée, l’auteure Flore Urbaine BADILA LOUPE présente le rôle combien éminent qu’ont joué les prophètes de l’Ancien Testament dans l’orientation des rois à l’instar d’Ésaïe, d’Élie, de Nathan, de Jérémie, etc. Il ressort que ces prophètes ont été au service des rois et de la nation d’Israël. Certains ont connu la persécution du fait qu’ils ont annoncé aux rois leurs égarements et leurs chutes ; d’autres ont vécu une liberté parce que les rois les ont écoutés. Le souhait de l’auteur est d’avoir des prophètes, c’est-à-dire des ecclésiastiques qui soient au chevet des rois des temps présents, c’est-à-dire des présidents des républiques pour leur dire que leur gouvernance n’honore pas leurs peuples. Si les prophètes peuvent le faire, le monde entier en général et l’Afrique en particulier sortiraient de la servitude, de la tyrannie et aspireraient au mieux-être de ses populations. »

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Les Jeudis du Défap : L’héritage missionnaire aujourd’hui – Le replay

Le jeudi 12 mars 2026, les Jeudis du Défap ont proposé une réflexion autour du thème « « l’héritage missionnaire aujourd’hui, le cas de la Mission Presbytérienne Américaine au Cameroun » . Cette conférence a été donnée par Nick Gaël Daniel SANDJALI NDJIKAM, Pasteur de l’Église Presbytérienne Camerounaise, Enseignant d’hébreu biblique et d’Ancien Testament, Doctorant en théologie. ous pouvez (re)voir la conférence ci-dessous.

Quel héritage les missions chrétiennes ont-elles réellement laissé en Afrique, et comment cet héritage est-il géré aujourd’hui par les Églises locales ? C’est à cette question que s’est attaqué le pasteur et doctorant en théologie Nick Sandjali lors d’une conférence consacrée à l’héritage missionnaire de la mission presbytérienne américaine au Cameroun.

Une mission qui s’enracine au XIXᵉ siècle

L’histoire de la mission presbytérienne américaine au Cameroun remonte au milieu du XIXᵉ siècle. Les premiers missionnaires quittent la ville de Norfolk, en Virginie, en 1852, dans un contexte marqué par le retour d’esclaves affranchis vers l’Afrique. Leur premier terrain d’action est le Libéria, avant que la mission ne se déplace vers le Gabon.

C’est à partir de l’île de Corisco que les missionnaires vont progressivement étendre leur action vers le Cameroun. Dans les années 1850, les missionnaires George Simpson et Mackay y installent une base missionnaire. Quelques années plus tard, Cornelius et William Clements prennent la direction des côtes camerounaises et débarquent à Batanga, près de l’actuelle ville de Kribi.

L’accueil des populations locales est favorable. Très rapidement, les missionnaires mettent l’accent sur la formation des jeunes. Garçons et filles sont envoyés à l’école afin de recevoir une éducation chrétienne. Cette stratégie vise à former une élite locale capable de prendre le relais de l’évangélisation.

Cette démarche porte rapidement ses fruits. À la fin du XIXᵉ siècle, une première communauté chrétienne est organisée à Batanga. Des responsables autochtones sont formés et certains accèdent même au ministère pastoral. Parmi eux figure Eduma Mousambani, considéré comme l’un des premiers pasteurs camerounais.

Batanga devient ainsi la première grande station missionnaire de la mission presbytérienne américaine au Cameroun et un point de départ pour l’évangélisation vers l’intérieur du pays.

Une œuvre missionnaire à la fois religieuse et sociale

Si l’évangélisation constitue l’objectif principal des missionnaires, leur action ne se limite pas au domaine religieux. Selon Nick Sandjali, la mission presbytérienne américaine développe au Cameroun une approche « holistique », c’est-à-dire une vision qui prend en compte l’ensemble des dimensions de la vie humaine.

Cette approche se traduit par la création de nombreuses infrastructures sociales. Dans différentes régions du pays, notamment dans le sud, l’est et la région de Bafia, les missionnaires fondent des stations missionnaires comprenant généralement un temple, une école et parfois un centre de santé.

Au fil des décennies, ces stations donnent naissance à un vaste réseau d’institutions : écoles primaires et secondaires, centres de formation, imprimeries, hôpitaux et léproseries. Ces établissements jouent un rôle majeur dans la formation des élites camerounaises.

Certaines institutions deviennent particulièrement emblématiques. L’école normale de Foulassi, par exemple, restera dans l’histoire comme le lieu où fut composé l’hymne national du Cameroun. Les structures missionnaires participent ainsi non seulement à la diffusion du christianisme, mais aussi à la transformation sociale et culturelle du pays.

L’influence des missions dépasse même parfois le cadre religieux. En favorisant l’éducation et l’éveil des consciences, les missionnaires contribuent indirectement à la formation de figures importantes du mouvement nationaliste camerounais.

Pour Sandjali, cet héritage dépasse donc largement les bâtiments et les institutions. Il inclut également des valeurs, une vision de l’éducation et une certaine conception du rôle de l’Église dans la société.

Un héritage en expansion mais fragilisé

L’année 1957 marque un tournant dans l’histoire de cette mission. Le 11 décembre, l’Église presbytérienne camerounaise est officiellement créée et prend progressivement en charge l’ensemble des œuvres laissées par les missionnaires américains.

Au moment de son autonomie, l’Église hérite d’un patrimoine important : plusieurs synodes, des stations missionnaires, des écoles, des centres de santé et une trentaine de pasteurs formés par la mission.

Depuis lors, l’institution a connu une croissance remarquable. Aujourd’hui, l’Église presbytérienne camerounaise compte près de mille pasteurs, plusieurs centaines de paroisses et plus d’un millier de lieux de culte. Elle dispose également d’établissements scolaires et de deux institutions d’enseignement supérieur, notamment dans le domaine de la théologie.

À première vue, cet héritage semble donc avoir été non seulement conservé, mais aussi multiplié.

Pourtant, selon Nick Sandjali, cette expansion quantitative masque une réalité plus contrastée. Si les temples et les paroisses continuent de se multiplier, les œuvres sociales héritées de la mission — écoles et hôpitaux notamment — connaissent souvent des difficultés importantes.

Certaines institutions se trouvent aujourd’hui dans un état de dégradation avancé, tandis que d’autres ont dû fermer leurs portes. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : tensions internes au sein de l’Église, problèmes d’organisation, manque de ressources ou encore nominations de responsables sans les compétences nécessaires.

Le conférencier souligne également un autre problème : la tendance à reproduire les structures héritées des missionnaires sans les adapter aux réalités actuelles. Dans un contexte où les écoles privées et les centres de santé se multiplient, les institutions ecclésiales doivent repenser leur rôle et leur offre de services.

Selon Sandjali, l’héritage missionnaire a ainsi subi une transformation progressive. À l’origine fondé sur une vision globale de la mission, il tend aujourd’hui à se concentrer davantage sur l’expansion religieuse. L’Église est devenue plus « confessante » qu’« holistique », alors que la mission initiale cherchait à articuler foi, éducation et action sociale.




L’héritage missionnaire aujourd’hui : rendez-vous le 12 mars

Dans le cadre du cycle « Les jeudis du Défap », une conférence en ligne se tiendra le jeudi 12 mars, de 18h30 à 20h, autour de « l’héritage missionnaire aujourd’hui, le cas de la Mission Presbytérienne Américaine au Cameroun » avec Nick Gaël Daniel SANDJALI NDJIKAM. Cette rencontre offrira d’abord un temps de présentation du chercheur et de ses travaux, suivi d’un espace de dialogue ouvert avec les participants. Un moment privilégié d’échange, de réflexion et de partage, invitant chacun à approfondir sa compréhension des enjeux théologiques, historiques et institutionnels liés à la transmission de l’héritage missionnaire, et à interroger, à la lumière des réalités contemporaines, les perspectives pour l’Église et sa mission.

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Le parcours de Nick Gaël Sandjali

Nick Gaël Daniel SANDJALI NDJIKAM est pasteur de l’Église Presbytérienne Camerounaise et Secrétaire Exécutif du Consistoire Lom et Djerem. Enseignant d’hébreu biblique et d’Ancien Testament à l’Institut Supérieur de Théologie Dager (ISTD) à Lolodorf, il contribue à la formation théologique des futurs responsables d’Église. Doctorant en lien avec l’Institut Protestant de Théologie (IPT) de Paris, il prépare une thèse sur Lévitique 10,1-11 portant sur la séparation du sacré et du profane dans le contexte de l’EPC, articulant recherche exégétique et enjeux ecclésiaux contemporains.

Ses publications

  • « La dâbhâr vétérotestamentaire : facteur et réparateur de conflits. » Publié dans Exodus: revue scientifique interdisciplinaire du DES/EPC N°03/mars 2023.
  • « L’horizontalité vétérotestamentaire et sa catastrophe contemporaine. Publié dans Exodus: revue scientifique interdisciplinaire du DES/EPC N°02/janvier 2022.
  • « Fermerure des lieux de cultes : désacralisation ou retour aux fondamentaux du sabbat? » Publié dans Exodus: revue scientifique interdisciplinaire du DES/EPC N°01/janvier 2021.

Pourquoi parler de L’héritage missionnaire aujourd’hui ?

Parler de l’héritage missionnaire aujourd’hui, c’est revenir à l’œuvre fondatrice de la Mission Presbytérienne Américaine (MPA), arrivée au Cameroun dès 1871 avec un double engagement : l’évangélisation et la structuration sociale. À travers les stations missionnaires qu’elle a implantées, la MPA a mis en place des écoles, des hôpitaux, des imprimeries et diverses institutions qui ont profondément marqué le paysage religieux et social du pays. De cette dynamique est née l’Église Presbytérienne Camerounaise (EPC), devenue autonome en 1957, héritière d’un patrimoine considérable.

Cet héritage, cependant, se trouve aujourd’hui confronté à des défis structurels et ecclésiaux majeurs. La plupart des analyses consacrées à sa gestion se focalisent principalement sur les œuvres visibles de témoignage — établissements scolaires, structures sanitaires, infrastructures sociales. Or, ces réalisations, bien que centrales, ne constituent qu’une dimension de l’héritage missionnaire.

Une approche plus globale s’impose. L’héritage missionnaire comprend également la politique d’expansion adoptée par la mission, sa vision de l’œuvre évangélique et de l’Église, son modèle organisationnel, ses principes de gouvernance et son mode de fonctionnement. Ces éléments immatériels structurent durablement l’identité ecclésiale et conditionnent la manière dont l’Église assume aujourd’hui sa mission.

Réfléchir à l’héritage missionnaire aujourd’hui ne consiste donc pas seulement à préserver des institutions, mais à interroger une vision théologique, un projet ecclésial et une dynamique missionnaire. C’est à ce niveau que se joue la capacité de l’EPC à actualiser, contextualiser et transmettre de manière pertinente l’héritage reçu, dans un environnement en constante mutation.

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Les Jeudis du Défap : Église et écologie en contexte africain – le replay

Le jeudi 05 février 2026, les Jeudis du Défap ont proposé une réflexion autour du thème «Église et écologie en contexte africain : Opportunités, difficultés et orientations pratiques.». Cette conférence a été donnée par Marcel Ngirinshuti, universitaire rwandais, Professeur (Maître de conférences) et enseignant-chercheur en écothéologie. Ses travaux portent principalement sur les relations entre foi chrétienne, écologie, éducation et enjeux sociétaux contemporains. Vous pouvez (re)voir la conférence ci-dessous.

Église et écologie en contexte africain : opportunités, défis et chemins d’action

Quand la terre ne produit plus, quand l’eau se fait rare, quand la faim s’installe, la crise écologique cesse d’être un concept abstrait. En Afrique, elle touche directement la vie quotidienne des populations. C’est à partir de cette réalité concrète qu’a été pensée la conférence « Église et écologie en contexte africain : opportunités, difficultés et orientations pratiques ».

L’intervention a rappelé une conviction forte : l’engagement écologique de l’Église n’est ni optionnel ni importé de l’extérieur. Il s’inscrit au cœur de la foi chrétienne, dont la première responsabilité confiée à l’être humain est de « cultiver et garder le jardin » (Genèse 2,15). Face à la dégradation des sols, à la déforestation, au stress hydrique et à l’insécurité alimentaire, la question écologique devient une question de justice, de dignité humaine et de fidélité à l’Évangile.

Des opportunités propres au contexte africain

Une vision du monde favorable à l’écologie

Les sociétés africaines traditionnelles portent une anthropologie relationnelle, où l’être humain se comprend toujours en lien avec la nature, la communauté, les ancêtres et le divin. La terre y est un bien commun, reçu des générations passées et transmis à celles à venir.Les interdits, les tabous, la protection des forêts, des sources d’eau ou des périodes de repos des sols témoignent d’une sagesse de la limite, aujourd’hui fragilisée mais profondément compatible avec la théologie biblique de la création.

Dans ce contexte, la mission de l’Église n’est pas d’imposer un discours écologique extérieur, mais de relire la foi chrétienne à partir de cette vision du monde, afin de reconstruire une relation juste à la création.

Un ancrage communautaire fort des Églises

En Afrique, l’Église est bien plus qu’une institution : elle est un lieu de vie, présent là où l’État est parfois absent. Son implantation durable dans les villages, les quartiers populaires et les zones rurales lui confère une autorité morale et relationnelle unique.Cette proximité permet d’inscrire l’écologie dans la durée, en la reliant aux pratiques quotidiennes : gestion communautaire des déchets, protection de l’eau, agriculture de subsistance, éco-construction, éducation des jeunes.

Grâce à ses écoles, centres de formation et espaces de catéchèse, l’Église dispose d’un levier majeur pour former des consciences et transformer les comportements.

Une convergence avec les enjeux globaux

La crise écologique est mondiale, mais ses effets sont particulièrement violents en Afrique. L’Église africaine occupe ainsi une position stratégique : acteur local de proximité et porteuse d’un discours éthique universel. Des partenariats existent déjà, associant Églises, universités, ONG et bailleurs internationaux autour de la gestion des déchets, de l’eau ou de l’agroécologie communautaire. Ces initiatives montrent que l’Église peut devenir un pont entre les enjeux globaux et les réalités locales, à condition de structurer son action.

Des difficultés réelles et des tensions à affronter

La tension entre pauvreté et écologie

Pour de nombreuses communautés, la priorité reste la survie quotidienne. Les choix écologiques peuvent alors sembler inaccessibles ou secondaires. Pourtant, des expériences montrent qu’il est possible de concilier écologie et lutte contre la pauvreté : reforestation associée à la micro-agriculture, compostage, jardins communautaires, solutions locales à faible coût. L’écologie devient alors non pas un luxe, mais un outil de protection de la vie et de la dignité.

L’inadéquation des cadres institutionnels

Les projets écologiques reposent souvent sur l’expérimentation et l’adaptation, alors que les cadres administratifs exigent planification rigide et résultats prévisibles. Cette tension complique l’accès aux financements. Des solutions émergent néanmoins, comme des fonds flexibles ou des partenariats locaux qui reconnaissent l’expérimentation comme une méthode légitime.

La dispersion des initiatives

De nombreuses actions écologiques existent, mais elles sont souvent isolées, peu documentées et mal coordonnées. Cette dispersion limite leur impact, leur visibilité et leur durabilité. La mutualisation des expériences et la création de réseaux apparaissent donc comme un enjeu majeur.

Orientations pratiques pour l’action de l’Église

La conférence a proposé plusieurs pistes concrètes :

  • Intégrer l’écothéologie dans la formation théologique et pastorale, comme discipline stratégique.
  • Relier foi, savoirs scientifiques et savoirs locaux, pour des actions réalistes et durables.
  • Former et mobiliser les acteurs de terrain : pasteurs, enseignants, jeunes, leaders communautaires.
  • Expérimenter, documenter et capitaliser les solutions locales.
  • Construire des réseaux ecclésiaux écologiques, afin de coordonner les initiatives et renforcer leur impact.



Église et écologie en contexte africain : Rendez-vous le 5 février !

Dans le cadre du cycle « Les jeudis du Défap », une conférence en ligne se tiendra le jeudi 05 février, de 18h30 à 20h, autour des enjeux contemporains liant Église, écologie et sociétés africaines avec Marcel Ngirinshuti. Cette rencontre offrira d’abord un temps de présentation du chercheur et de ses travaux, suivi d’un espace de dialogue ouvert avec les participants. Un moment privilégié d’échange, de réflexion et de partage, invitant chacun à approfondir sa compréhension des défis écologiques actuels et des réponses théologiques et pastorales possibles.

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La parcours de Marcel Ngirinshuti

Marcel Ngirinshuti, né en 1973, est un universitaire rwandais, Professeur (Maître de conférences) et enseignant-chercheur en écothéologie. Il exerce actuellement les fonctions de Vice-Doyen à la Faculté des Technologies de l’Information et de la Communication de l’Université Protestante d’Afrique Centrale (UPAC) et est Directeur du Centre de Recherches et d’Innovations en Éducation Relative à l’Environnement (CRI-ERE). Ses travaux portent principalement sur les relations entre foi chrétienne, écologie, éducation et enjeux sociétaux contemporains. Auteur de plusieurs ouvrages et publications scientifiques, il a notamment publié Église et écologie en contexte africain. Difficultés et orientations pratiques (2018), Formation des pasteurs en éducation relative à l’environnement (2018), Comment vivre autrement dans le monde de ce temps ? Une pédagogie de la gestion du manque (2020), La décadence planétaire du XXIᵉ siècle : revisiter l’écopoésie du XIXᵉ siècle (2023) et Les humains, la nature et les divinités : histoire des luttes, des revendications et des espoirs (2024).

Pourquoi parler de l’Église et d’écologie en contexte africain ?

Bien que l’Afrique ait une responsabilité historique limitée dans la crise écologique mondiale, elle en subit de manière disproportionnée les conséquences : dégradation accélérée des terres, insécurité alimentaire, conflits liés à l’accès aux ressources naturelles et vulnérabilité croissante des populations. Cette situation interpelle profondément la mission, la responsabilité éthique et l’engagement pastoral des Églises africaines.

Cette conférence propose une réflexion théologique et pastorale sur la place et le rôle des Églises face aux défis écologiques contemporains. Elle analyse à la fois les potentialités offertes par les spiritualités africaines, l’ancrage communautaire des Églises et la théologie de la création, ainsi que les obstacles théologiques, institutionnels et pratiques à leur engagement écologique. Enfin, elle esquisse des orientations concrètes pour l’intégration de l’écologie dans la vie ecclésiale, la formation théologique et l’action sociale, en vue de promouvoir une écologie intégrale, contextualisée et porteuse d’espérance pour les sociétés africaines.

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Les Jeudis du Défap : Le programme 2026

Dans le cadre de sa mission de favoriser les échanges théologiques, le Défap – Service protestant de mission – propose depuis 2024 un cycle mensuel de conférences en ligne intitulé « Les Jeudis du Défap ». Chaque session donne la parole à des intervenants issus de la scène internationale (pasteurs, chercheurs, théologiens ou acteurs de terrain) venus présenter et discuter leurs travaux. Diffusées en visioconférence, ces rencontres rassemblent un public hétérogène, mêlant étudiants, universitaires et curieux engagés dans la vie associative ou ecclésiale. Elles privilégient l’analyse, la mise en perspective et l’ouverture au dialogue plutôt que l’affrontement d’idées.

Entre février et décembre 2026, huit Jeudis du Défap seront organisés. Les intervenants et leurs thématiques sont à découvrir dès à présent.

Église et écologie en contexte africain. Opportunités, difficultés et orientations pratiques

avec Marcel NGIRINSHUTI

L’héritage missionnaire aujourd’hui. L’exemple de la Mission Presbytérienne Américaine au Cameroun

avec Nick SANDJALI

Le rôle de l’Église dans la politique

avec Flore BADILA

Le rôle de l’Église dans la gestion des conflits en Afrique : le cas de l’Église méthodiste du Togo

avec Benjamin GABIAM

Quand la sagesse parle au féminin : lecture sapientale et ecclésiale de la figure féminine en Afrique. Cas de l’Église du Christ au Congo

avec Gisèle ALENGE

Église et restauration sociale en Afrique

avec Fiston NGESERA

Bible et Coran en Afrique subsaharienne. Cohabitation et conflits

avec Sali OUMAROU

Idéologie sur l’Afrique et théologie(s) africaine(s)

avec Jean-Patrick NKOLO-FANGATélécharger le programme




Les Jeudis du Défap : Les fondements éthiques du féminisme – Le replay

Le jeudi 15 janvier 2026, les Jeudis du Défap ont proposé une réflexion éthique et théologique autour du thème « Les fondements éthiques du féminisme. Réflexions à partir du contexte africain ». Cette conférence a été donnée par Fifamé Fidèle Houssou Gandonou, pasteure béninoise et théologienne spécialiste de l’éthique féministe. À partir de son parcours académique, pastoral et de terrain, elle a montré en quoi les inégalités faites aux femmes interrogent profondément la justice sociale, les traditions religieuses et la responsabilité des Églises, ouvrant des chemins de désencerclement, d’émancipation et de transformation collective.

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Déconstruction des citadelles masculinistes

La déconstruction des « citadelles masculinistes » constitue le point de départ éthique de la réflexion de Fifamé Fidèle Houssou Gandonou. Par cette expression, elle désigne l’ensemble des structures sociales, culturelles, religieuses et symboliques qui ont progressivement naturalisé l’infériorité féminine et légitimé la domination masculine. Ces citadelles ne relèvent ni de la biologie ni de la volonté divine, mais sont des constructions historiques patiemment édifiées au fil des siècles. L’autrice montre comment le sexe biologique a été instrumentalisé pour produire le genre comme système de pouvoir, assignant à la femme un destin social de subordination. Cette analyse rejoint la pensée de Simone de Beauvoir selon laquelle la condition féminine est socialement construite. En contexte africain, ces citadelles se manifestent notamment à travers la polygamie, l’exclusion des femmes de l’héritage foncier et la marginalisation économique. Gandonou interroge également la responsabilité des Églises, dont certaines interprétations bibliques patriarcales ont contribué à sacraliser l’oppression féminine. Elle appelle ainsi à une relecture critique des textes bibliques, libérée des filtres androcentriques, afin de distinguer la Parole de Dieu des traditions humaines qui l’ont déformée. La déconstruction apparaît alors comme un impératif éthique incontournable : nommer le système qui fait souffrir les femmes est une condition préalable à toute transformation sociale durable. Déconstruire les citadelles masculinistes, c’est rendre visible l’injustice pour mieux la combattre et ouvrir un espace de justice pour l’ensemble de l’humanité.

Désencèclement et sororité

Le deuxième axe de la conférence repose sur le concept central de désencèclement, entendu comme un processus de libération globale et collective. Emprunté au philosophe Marcelin Dossou-Sétondji, le désencèclement désigne le fait de briser les multiples barrières — culturelles, religieuses, économiques et symboliques — qui enferment la femme africaine dans une condition de marginalité. Pour Gandonou, l’enfermement des femmes ne concerne pas seulement leur situation individuelle, mais révèle un dysfonctionnement de l’ensemble de la société. On ne désencècle pas une femme sans désencècler la communauté tout entière. Ce processus de libération ne se fait ni contre les hommes ni dans l’isolement, mais dans une dynamique relationnelle et spirituelle, avec le Christ comme centre. La sororité constitue le moteur de ce désencèclement. Contrairement aux discours qui opposent les femmes entre elles, la conférencière valorise la solidarité féminine comme un levier fondamental de transformation sociale. La sororité permet l’empowerment, c’est-à-dire le passage du statut de victime à celui d’actrice de l’histoire. Elle favorise l’autonomisation des femmes, leur capacité à écrire elles-mêmes leur histoire, en fidélité au projet de Dieu. Cette solidarité trouve un écho biblique dans l’action collective des femmes, notamment celles qui furent témoins de la résurrection. Le désencèclement et la sororité ne visent pas la prise de pouvoir, mais la participation équitable au bien commun, dans une humanité réconciliée.

Éthique de la réciprocité, de la dignité et de l’identité

Le troisième axe développe une éthique féministe fondée sur la réciprocité, la dignité et l’identité. Gandonou affirme que le féminisme, bien compris, relève de l’éthique et vise l’excellence humaine telle que voulue par Dieu dans le récit de la création. La dignité humaine est intégrale et indivisible : toute atteinte à la dignité de la femme constitue une atteinte à celle de l’humanité entière. En s’appuyant sur la règle d’or — « fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse » —, l’autrice appelle à repenser les relations hommes-femmes sur le mode du vis-à-vis et non de la domination. Cette éthique de la réciprocité libère à la fois les femmes et les hommes, ces derniers étant également prisonniers des injonctions patriarcales à la domination. La question de l’identité est centrale : il ne s’agit pas pour la femme de devenir homme ou d’imiter les modèles masculins, mais de revendiquer une identité propre, comme image de Dieu et « aide semblable ». L’autonomisation est ainsi définie comme la capacité à dire le « je » éthique, à s’aimer soi-même pour pouvoir aimer l’autre. Cette redéfinition identitaire permet de rompre avec la confusion entre sexe biologique et destin social. Le féminisme africain proposé par Gandonou vise donc une réconciliation profonde des relations humaines, condition indispensable pour des Églises et des sociétés réellement justes, fidèles à l’Évangile de la vie en abondance.




Les fondements éthiques du féminisme : Rendez-vous ce 15 janvier

Le jeudi 15 janvier 2026, de 18h30 à 20h, les Jeudis du Défap accueilleront la théologienne béninoise Fifamé Fidèle Houssou Gandonou pour une conférence intitulée « Les fondements éthiques du féminisme. Réflexions à partir du contexte africain ». Pasteure, chercheuse en éthique féministe et voix engagée du protestantisme africain, elle montrera comment la question de la dignité et de la justice pour les femmes interroge à la fois la société, l’Église et les traditions religieuses. La rencontre comprendra un temps de présentation suivi d’un échange avec le public.

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Le parcours de Fifamé Fidèle Houssou Gandonou

Fifamé Fidèle Houssou Gandonou est pasteure de l’Église protestante méthodiste du Bénin et théologienne, spécialiste des questions d’éthique féministe. Née en 1974 à Cotonou, elle exerce le ministère pastoral depuis 1998. Elle est titulaire d’un doctorat en théologie obtenu à l’Université protestante d’Afrique centrale, avec une thèse consacrée aux fondements éthiques du féminisme dans le contexte africain. Dans cet ouvrage majeur, elle montre que les injustices faites aux femmes relèvent d’une problématique universelle, qu’elles s’inscrivent dans toutes les sociétés et qu’elles touchent aux mêmes enjeux que les autres combats pour la justice. Elle y affirme également que la religion, loin d’être extérieure à ces questions, participe à la construction de ces injustices, tout en offrant des ressources pour les surmonter.

Ses travaux visent à renouveler le regard porté sur le féminisme en Afrique, non comme une idéologie importée, mais comme un combat éthique enraciné dans les traditions locales et porteur de solutions pour les Églises et pour la société. Elle y défend l’idée que le féminisme, bien compris, peut ouvrir une voie de transformation sociale, théologique et spirituelle.

Outre ses activités de formation et d’enseignement en éthique à l’Université protestante d’Afrique de l’Ouest à Porto-Novo, Fifamé Fidèle Houssou Gandonou dirige l’Alliance biblique du Bénin. Elle est également engagée dans des réseaux associatifs et de développement, notamment dans le domaine de l’agroécologie et du leadership féminin. Présidente de l’ONG Déborah, elle œuvre à la lutte contre les violences et à l’émergence de femmes leaders capables de contribuer, aux côtés des hommes, à la transformation et à l’épanouissement de tous.

 

Pourquoi parler des fondements éthiques du féminisme dans le contexte africain ?

Le féminisme, souvent réduit à ses excès ou caricaturé, apparaît avant tout comme une lutte contre l’inégalité et pour la dignité humaine. La conférence « Les fondements éthiques du féminisme. Réflexions à partir du contexte africain » montrera en quoi une éthique universelle, fondée sur la dignité de toute personne, constitue un éclairage pertinent pour comprendre ce mouvement social, politique et intellectuel.

À partir d’œuvres majeures de la littérature féminine francophone, telles que celles d’Awa Thiam, Mariama Bâ ou Tanella Boni, il sera question de la condition féminine africaine et des mécanismes d’intériorisation des valeurs patriarcales, qui amènent souvent les femmes à se percevoir à travers le regard masculin. Cette réflexion ouvre sur l’histoire et les différentes formes d’expression du féminisme dans le monde, ainsi que sur l’émergence progressive de l’approche genre dans les sciences sociales africaines. Des exemples concrets, comme le vote d’un nouveau Code de la famille au Bénin, illustrent la transformation des représentations et des normes, tout en soulignant le décalage persistant entre les avancées juridiques et la réalité sociale.

La conférence abordera également le féminisme sous l’angle théologique. Elle montrera comment une théologie féministe, née à la fin du XIXe siècle aux États-Unis avant de s’étendre à l’Europe puis à l’Afrique, remet en question l’androcentrisme des traditions religieuses. Cette dynamique se traduit notamment par les travaux de réseaux africains de théologiennes et par l’appel à une relecture critique des textes religieux. L’objectif est d’esquisser une éthique de la réciprocité et du « désencerclement » permettant de repenser les rapports hommes-femmes.

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Les Jeudis du Défap : Éthique protestante et proposition sociétale – Le replay

Le Jeudi 11 décembre, le rendez-vous mensuel du Défap accueillait Richard Macaire Lengo, docteur en sociologie et enseignant-chercheur à l’Université Marien Ngouabi et à l’Université Protestante de Brazzaville. La conférence de Richard Lengo s’inscrit dans une réflexion sociologique approfondie sur la transformation des normes morales au sein de l’Église évangélique du Congo (EEC). À partir du thème proposé par le DEFAP, « Éthique protestante et proposition sociétale », l’auteur articule une analyse de la mutation de l’éthos protestant dans un contexte marqué par de profondes recompositions sociales, politiques, économiques et culturelles. L’étude part d’un constat emblématique : la surprise exprimée par une autorité politique face à un cas de mauvaise gestion financière impliquant l’Église protestante, surprise résumée par l’exclamation « même les protestants ». Cette réaction révèle la perte d’un capital moral historiquement associé au protestantisme congolais.

L’objectif de la communication est donc de comprendre comment une institution historiquement porteuse de valeurs de rigueur, de vérité et d’intégrité en est venue à intégrer des logiques de déviance largement présentes dans la société globale.

Un protestantisme longtemps perçu comme un modèle moral

Pendant plusieurs décennies, le protestantisme congolais a incarné un idéal d’intégrité et de rigueur morale. Héritée de la période missionnaire et renforcée par le réveil spirituel de 1947, cette identité reposait sur la transparence financière, l’honnêteté, la sobriété et la primauté de la vérité, le kédika. Les fidèles protestants bénéficiaient d’un fort crédit social, notamment dans les secteurs de la gestion, de l’administration et de la justice, au point que leur appartenance religieuse était perçue comme un gage de fiabilité. L’Église évangélique du Congo apparaissait alors comme un repère éthique majeur dans la société.

Crises sociales et inversion des valeurs

Selon Richard Lengo, cet héritage moral s’est progressivement érodé sous l’effet de profondes mutations sociales. Les conflits armés des années 1990, la pauvreté persistante, le chômage et l’affaiblissement de l’État de droit ont contribué à une inversion des valeurs, où la déviance tend à devenir la norme. La montée en puissance de l’argent comme principal critère de reconnaissance sociale, combinée à la multiplication des instances de socialisation — notamment les réseaux sociaux — fragilise la transmission des valeurs éthiques. Insérée dans ce même environnement, l’Église n’échappe pas à ces logiques et se trouve elle aussi influencée par les dérives du monde profane.

Quand la vocation devient un emploi

L’analyse souligne enfin le rôle central des dynamiques internes à l’Église dans la mutation de l’éthos protestant. Le ministère pastoral, autrefois fondé sur l’appel et la vocation, est de plus en plus perçu comme une opportunité professionnelle dans un contexte de chômage massif. Cette professionnalisation du pastorat entraîne une instrumentalisation de la vocation religieuse et une perte de légitimité morale des responsables ecclésiastiques. Les résultats de l’enquête montrent que cette évolution constitue la principale cause de la dégradation de l’éthos protestant, marquant la fin de l’exceptionnalisme protestant et révélant, au-delà du cadre religieux, les dysfonctionnements profonds de la société congolaise.




Éthique protestante et proposition sociétale : rendez-vous ce 11 décembre

Pour l’édition à venir des Jeudis du Défap, le Service protestant de mission reçoit Richard Macaire Lengo, chercheur congolais dont le travail éclaire avec finesse les liens entre religion, société et transformations contemporaines. Sa conférence, intitulée « Éthique protestante et proposition sociétale », s’inscrit dans un contexte où les Églises sont confrontées à de profondes mutations sociales et théologiques. En prenant appui sur le cas de l’Église Évangélique du Congo (EEC), il s’agira d’interroger comment un héritage protestant marqué par le rigorisme moral et un fort idéal de cohérence biblique peut évoluer au contact des dynamiques sociales, économiques et culturelles actuelles.

Cette rencontre prolonge une relation féconde entre le Défap et Richard Lengo, dont les séjours de recherche financés par le Défap ont joué un rôle déterminant dans l’avancement de ses travaux et dans le développement d’un regard sociologique ancré dans la francophonie protestante.

Je m’inscris à la conférenceLe parcours de Richard Macaire Lengo

Richard Macaire Lengo est docteur en sociologie, Maître Assistant CAMES, enseignant-chercheur à l’Université Marien Ngouabi et à l’Université Protestante de Brazzaville. Né le 6 mai 1972 à Bokagna, il mène aujourd’hui une carrière intellectuelle reconnue dans l’étude du religieux et des mutations sociales au Congo et dans l’espace francophone.

Son parcours est marqué par une trajectoire atypique : après une première formation en sociologie du travail (2001-2002), il doit interrompre ses études faute de soutien avant d’y revenir en 2012 avec un master en ressources humaines. Inscrit en thèse en 2014, il se heurte aux limites structurelles du système académique congolais — manque de bibliothèques spécialisées, déficit d’encadrement — jusqu’à ce que le Défap intervienne en 2019, lui permettant un séjour de recherche décisif à Paris. Cette bourse contribue directement à la finalisation et à la soutenance de sa thèse en 2021, événement mis en lumière sur le site du Défap.

Un second séjour en 2023 renforce encore sa production scientifique : finalisation de son premier ouvrage, intégration au laboratoire Groupe Société, Religion et Laïcité (GSRL), participation à des séminaires, présentations de ses travaux et reconnaissance au sein de la communauté des chercheurs. Par l’accompagnement apporté, le Défap devient pour lui un partenaire essentiel dans le déploiement d’une recherche rigoureuse et contextualisée.

Pourquoi parler de l’éthique protestante et proposition sociétale ?

Le sujet proposé — la mutation de l’ethos protestant au sein de l’EEC — ouvre sur une réflexion fondamentale : quel est le rôle de l’Église dans la société contemporaine ? Richard Lengo part du constat d’un écart grandissant entre l’idéal historique du protestantisme congolais et certaines pratiques actuelles. Jadis, l’EEC portait une identité religieuse marquée par le réveil spirituel scandinave : un protestantisme rigoureux, cohérent, fondé sur une éthique morale forte qui avait profondément modelé la société congolaise.

Aujourd’hui, selon le chercheur, cet « exceptionnalisme protestant » semble s’éroder. Des comportements qualifiés de « pratiques du monde » émergent dans l’espace ecclésial : logiques de pouvoir, dérives morales, tensions institutionnelles. Comment une Église, chargée de gérer les biens de salut, peut-elle être à son tour « convertie par le monde » ?

Ce questionnement dépasse largement le seul contexte congolais : il interroge la manière dont les Églises africaines, francophones et plus largement protestantes évoluent au sein de sociétés traversées par la modernité, la globalisation, les crises économiques ou les recompositions culturelles. L’analyse de Richard Lengo articule ainsi dynamiques internes (théologiques, institutionnelles) et dynamiques externes (mutations sociales, pressions politiques, transformations culturelles), offrant une lecture sociologique fine de ces changements.

En invitant ce chercheur, le Défap poursuit sa mission : soutenir une réflexion théologique et sociétale ancrée dans la pluralité du protestantisme mondial et nourrir le dialogue entre Églises partenaires. La conférence sera l’occasion de comprendre comment l’éthique protestante peut encore aujourd’hui inspirer une proposition sociétale crédible, pertinente et porteuse de transformation.

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