L’institut de théologie Al Mowafaqa au Maroc : un modèle en faveur du dialogue interreligieux

Le Défap et les Eglises de France auraient tort de ne pas s’inspirer du dialogue islamo-chrétien tel qu’il existe au Maroc. Il y a là une approche qui se fonde sur l’interaction et l’échange, où chaque étudiant est invité à apprendre non seulement dans les livres mais aussi de son voisin et de l’ensemble de la société.

 

Classe de licence de l’Institut oecuménique de théologie Al Mowafaqa à Rabat au Maroc

Classe de licence de l’Institut oecuménique de théologie Al Mowafaqa à Rabat au Maroc
(Source : almowafaqa.com)

Le Défap soutient cette démarche et, preuve de cette bonne foi, délivre deux bourses à des jeunes qui souhaitent s’initier à l’islamologie. Le certificat Al Mowafaqa, décerné par l’IOTAM sous l’égide de la faculté de Strasbourg a une reconnaissance universitaire française et permet à de jeunes boursiers de découvrir ce qu’est le dialogue inter-religieux. Peu de lieux permettent cette étude du dialogue interreligieux.

 

 

Institut oecuménique de théologie Al Mowafaqa
(Source : almowafaqa.com)

 

Nous laissons la parole à nos deux boursières qui témoignent en direct de leur expérience sur place.

Sophie-Anne Faivre (étudiante originaire de Strasbourg) : « Nous avons pu nouer de bons contacts avec les Marocains qui sont très accueillants et contents qu’on s’intéresse à l’islam. En discutant, nous cherchons ce qui nous rapproche avec eux, plutôt que de brandir nos différences. Et ce qui nous concerne tous aujourd’hui, c’est l’actualité. Beaucoup de Marocains nous parlent du terrorisme, ça les touche beaucoup et ils veulent à tout prix casser l’image négative et violente que leur religion peut dégager. Ils veulent réellement faire passer le message que l’islam n’est pas une religion de guerre mais de paix et d’ouverture à l’autre. Et le Maroc est un pays où ce message est mis en pratique et vécu chaque jour. Nous avons observé différentes façons de vivre l’islam au Maroc. Nous rencontrons un islam très ouvert, où les très pratiquants et les moins pratiquants se fréquentent sans problème. Le Marocain est libre de vivre l’islam comme il le souhaite au sein de sa famille et dans son groupe d’amis, sans être jugé. »

Charlotte Keller Boursière du Défap

Charlotte Keller (étudiante originaire de Strasbourg) : « L’Institut Al Mowafaqa est un lieu qui permet ce dialogue avec nos voisins, de par sa position géographique, son ouverture mais surtout l’enseignement qui y est dispensé. Celui-ci nous apprend sur l’autre, non pas à partir de notre regard influencé par la manière dont l’actualité nous dépeint le portrait du musulman, mais à partir de ce que l’autre dit de lui-même. De plus, à l’institut l’ambiance est décontractée et chaleureuse. Parmi les étudiants majoritairement africains subsahariens, l’intégration a été rapide. En plus de l’apprentissage sur l’islam, nous sommes enrichis de l’ouverture aux autres courants du christianisme. Les étudiants catholiques et protestants de toutes sensibilités sont ensembles, amis, sans distinction de dénomination. Le corps enseignant représente à lui seul cet incroyable esprit de diversité religieuse et culturelle. Ces différences enrichissent le dialogue, entrainant souvent des discussions et questions qui rendent les cours dispensés très vivants et interactifs. Ils sont très différents de ceux de Strasbourg ! L’Institut nous permet également de vivre notre spiritualité chrétienne au quotidien : chaque matin, une méditation est apportée par un étudiant. Pour couronner le tout, le personnel administratif est extrêmement à l’écoute et facilite l’arrivée et le séjour de tout étudiant : le décor est très agréable, le thé à la menthe délicieux, et la cuisinière talentueuse !

L’institut requiert du travail, mais nous avons aussi le temps de visiter le pays et de  rencontrer des communautés religieuses de frères et de sœurs, qui font un travail extraordinaire au Maroc et sont des témoins concrets et passionnés de l’évangile. De toutes ces rencontres, nous retenons qu’une chose dépasse nos différences et nous rapproche : le fait de croire. »

 

 




Cameroun : AG, colloque & jeunesse au programme

Le secrétaire général du Défap, le pasteur Bertrand Vergniol, se trouve en ce moment au Cameroun.

Bertrand Vergniol est présent actuellement au Cameroun pour plusieurs raisons.

Il a participé à l’Assemblée Générale du Conseil des Eglises Protestantes du Cameroun (CEPCA), qui a eu lieu du 5 au 9 mai 2016.

Le thème était le suivant : « Bonne gouvernance, lutte contre l’insécurité et le radicalisme religieux ».

Le secrétaire général du Défap est intervenu le 7 mai sur la question de la bonne gouvernance, en lien avec la mission, la laïcité et la notion de responsabilité. Il a également assuré la prédication lors du culte de clôture.

 

Voeux Défap, DR

Le président du CEPCA (Conseil des Églises protestantes du Cameroun), Robert Goyek (troisième en partant de la gauche) [DR]

 

Bertrand Vergniol s’est également rendu au Cameroun pour discuter de la mise en place d’un colloque avec le CEPCA pour lutter contre l’intégrisme religieux.

 

Dernier point majeur de ce voyage : proposer un projet pour la jeunesse afin de lutter contre la radicalisation.

 

Le pasteur Bertrand Vergniol est présent dans le pays jusqu’au 13 mai.

L’occasion de continuer à renforcer les liens entre le Défap et les institutions protestantes camerounaises.

 




« Citoyen de la Terre avant d’être citoyen d’un pays »

Jeudi 7 avril les équipes régionales mission se sont réunies au Défap avec Florence Taubmann. Après avoir vécu un culte interactif autour du récit d’Actes 5,27-41, les 22 personnes présentes ont travaillé à la préparation du Forum qui aura lieu les 28-30 octobre à Sète. Des échanges fructueux ont eu lieu sur le thème de la conversion, de la foi, et des actions missionnaires, puis sur des textes bibliques liés au thème de la famille. Cette rencontre a été l’occasion d’interviewer Sylvie Valette, membre des ERM.

Déléguée régionale en Cévennes Languedoc-Roussillon, Sylvie prend très à cœur son travail.
Ils sont deux délégués régionaux, laïcs, à porter la Mission dans leur région. Ils ont pour but de faire le relais du Défap auprès des paroisses. Pour Sylvie, ce relais se fait principalement à Nîmes, ville historiquement protestante.

 

Sylvie Valette, DR

Sylvie Valette, DR

 

Les Equipes Régionales Mission

 

Comment Sylvie est-elle rentrée au sein des ERM ? Rien de plus simple : quelqu’un lui a demandé de prendre la relève sur l’équipe de Nîmes, il y a une dizaine d’années.

 

Contrairement à beaucoup d’autres membres des ERM, Sylvie n’a pas « d’historique missionnaire » : mais elle se considère « citoyen de la Terre avant d’être citoyen d’un pays ». Elle est « très attachée à cette ouverture », elle aime « découvrir ce qui se fait ici et là-bas ».

Active dans sa paroisse, elle ne possède pas d’attache missionnaire dans sa famille ou son vécu, et n’a jamais habité à l’étranger. La présidente de région, Sophie Zentz Amedro, voulait justement quelqu’un avec un regard neuf sur la Mission, sans attache avec les traditions anciennes.

 

Sylvie regrette d’ailleurs que la Mission soit perçue comme quelque chose « à côté », qui se fait après : c’est très important selon elle, et un renfort dans une région aussi grande que la sienne serait le bienvenu.
Selon elle, l’esprit « Mission » devrait se trouver dans chaque personne : « nous sommes tous envoyés vers les autres », dit-elle, « pas vers soi ou son Eglise locale ».

 

Réunion des ERM, avril 2016, DR

Réunion des ERM, avril 2016, DR

Une semaine pour l’Eglise universelle

 

La prochaine action de sa région autour de la Mission est le lancement en mai 2016 d’une « Semaine de l’Eglise universelle ». C’est la troisième année consécutive que cette action a lieu. Le but est d’ouvrir chacun à l’autre, dans chaque paroisse.

La première cible de cet événement sont les paroissiens : Sylvie souhaite les ouvrir à la dimension universelle de l’Eglise. L’idée est de leur présenter l’Eglise au-delà de l’EPUdF (Eglise protestante unie de France), qu’ils découvrent la diversité du protestantisme dans le monde. Le thème de cette année : la République centrafricaine (RCA).

 

Le programme de la Semaine


L’événement va se dérouler en plusieurs parties. Tout d’abord, le président du Défap, Jean-Arnold de Clermont, va tenir une conférence sur le thème de « Crise politique en République de Centrafrique, les Eglises font face ». Etant fin connaisseur de la RCA, il peut présenter avec précision le pays et cette problématique.

 

Une demi-journée est prévue avec les enfants des écoles bibliques et du catéchisme : sept « ateliers » leurs sont proposés. Divisés en sept groupes, ils vont les suivre, chacun abordant un aspect de la RCA :

– Instruments de musique ;
– Cuisine ;
– Prière (d’intercession) ;
– Langue (via l’apprentissage d’un chant en sango) ;
– Géopolitique (présentation des difficultés sociales du pays) ;
– Micro-trottoir ;
– La Mission en Centrafrique.

Et pour clore la journée, le culte – avec les parents – réunira plusieurs acquisitions ou créations de l’après-midi.

 

Le dimanche, un culte pour tout Nîmes est célébré dans lequel le pasteur Jean-Arnold de Clermont assurera la prédication : en général, deux ou trois ont lieu dans différentes paroisses, cette semaine-là tout le monde se retrouve à un seul endroit.

Le culte sera suivi d’un repas africain : une Camerounaise et ses quatre filles, baptisées cette année dans la région, vont aider à sa préparation.

 

Pour Sylvie, cette « semaine de l’Eglise universelle » a pour but principal de sensibiliser les personnes à « élargir l’espace de leur tente de foi », mais aussi d’appeler aux dons.
En effet, sa région avait déjà récolté de l’argent pour venir en aide à un village de Centrafrique, pour les aider à reconstruire ce que la guerre avait détruit. Cette année, elle souhaite de nouveau leur envoyer des fonds.

 

Des projets qui fonctionnent

 

Ce n’est pas le seul projet qu’ont aidé à financer les paroissiens de Nîmes.
Ils ont envoyé de l’argent à Alep en 2015 pour une maison de retraite dont les panneaux solaires ont été détruits par la guerre. Thomas Wild, président de l’Action Chrétienne en Orient (ACO) qui a lancé le projet, est venu pour en parler en 2016 et leur a annoncé que les travaux avaient été effectués, avec succès.

 

Réunion des ERM, DR

Réunion des ERM, DR

Le Forum

 

Le Forum Défap 2016 se déroule dans la région de Sylvie : « c’est une chance que ça se passe à Sète », dit-elle. « Si ça pouvait dépoussiérer l’image de la mission et relancer des ouvertures voire des vocations chez quelques personnes, ce serait bien ».

 

L’équipe régionale, Sylvie Valette et Alain Méresse Kontzi, se tient à disposition pour apporter toute l’aide possible pour le Forum.  Etant sur place physiquement, tous deux souhaitent apporter leur assistance à tout point de vue.

 




« Israël-Palestine, y a-t-il des raisons d’espérer ? »

Florence et Michel Taubmann étaient invités le 17 mars à donner une conférence devant une cinquantaine de personnes au Centre 72 de Bois-Colombes sur le thème : « Israël-Palestine, y a- t- il des raisons d’espérer ? » Tous deux ont vécu deux ans et demi en Israël, où Florence a suivi des cours à l’Institut Chrétien d’Etudes juives alors que Michel était journaliste à I24 News, chaîne internationale d’informations diffusées en français, en anglais et en arabe. Voici des extraits de leur intervention.

Ce sont d’abord les raisons de désespérer qui ont été évoquées :

Le conflit israélo-palestinien a déserté les feux de l’actualité depuis l’échec des énièmes pourparlers de paix sous l’égide de John Kerry et la meurtrière guerre de Gaza à l’été 2014 (environ 2000 Palestiniens tués, dont beaucoup d’enfants, ainsi que 63 soldats israéliens). Le contexte régional – avec plus de 200 000 morts en Syrie en 5 ans – et international, avec le feu qui ravage le monde musulman de la Tunisie au Pakistan en passant par les attentats en Europe, relativise forcément le conflit, d’autant que « l’Intifada des couteaux », qui a causé une trentaine de morts parmi les Israéliens juifs et près de 200 tués parmi les Palestiniens, n’a pas été suivie d’un soulèvement populaire et est vivement critiquée par nombre d’Arabes israéliens mais aussi par des Palestiniens des territoires occupés.

 

Photo pour un futur projet de l’Institut Interreligieux Elijah Jérusalem http://elijah-interfaith.org

Photo pour un futur projet de l’Institut Interreligieux Elijah Jérusalem http://elijah-interfaith.org

(Source : Thérèse Andrevon Gottstein)

 

Sur le plan politique, la situation parait également désespérante, avec ce paradoxe qu’une bonne majorité des Israéliens reste favorable à la solution des deux Etats, tout en se dotant d’un gouvernement, le plus à droite de l’histoire du pays, qui, en encourageant de nouvelles implantations en Cisjordanie, ne fait rien pour la création d’un Etat palestinien. Mais vivant dans un territoire de la taille de la Normandie, beaucoup d’Israéliens ne veulent pas prendre le risque de voir Daesh s’immiscer dans le pouvoir palestinien, alors que le Hezbollah continue de menacer la frontière avec le Liban, et qu’à Gaza le Hamas, qui conteste toujours l’existence d’Israël et mène le peuple d’une main de fer, fait pourtant figure de modéré face à toutes les factions islamistes en jeu pour lui ravir le pouvoir ?

 

C’est du côté de la société civile que des germes d’espoir se font sentir. Car au milieu de discours fatalistes et très sceptiques, où les uns et les autres s’accusent mutuellement d’être les fauteurs de guerre, existe une coopération économique et sécuritaire contre le terrorisme qui maintient ou construit des relations, et ce malgré le mur et les check-points qui pourrissent la vie des Palestiniens. En Cisjordanie, une majorité des habitants se déclare favorable à la paix. Et les Arabes israéliens – 20% de la population – sont en voie d’une meilleure intégration professionnelle et économique et montrent qu’une coexistence est possible entre Juifs et Arabes.

 

Ville de Jérusalem (Source : Pixabay)

Ville de Jérusalem (Source : Pixabay)

 

Aussi des initiatives intercommunautaires se poursuivent, dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la médiation interculturelle, du sport, de l’art, afin de lutter contre les tentations de repli communautaire dues à un sentiment de lassitude après toutes ces années de conflit. Et ce qui peut paraître étonnant, des démarches de paix existent également chez des religieux, juifs et musulmans, qui s’appuient sur leur foi pour créer du vivre-ensemble et exprimer leurs désaccords autrement que par la violence. C’est souvent la reconnaissance de la souffrance de l’autre qui initie la reconnaissance de sa légitimité. C’est ainsi que le cercle des parents endeuillés réunit depuis 1995 des familles palestiniennes et israéliennes qui, à partir d’une même souffrance d’avoir perdu des enfants à cause du conflit, tentent de se mettre à la place de l’autre pour reconnaître sa légitimité.

 

Car tout est là : les enjeux ne sont pas seulement territoriaux mais historiques et symboliques. La Bible n’est pas un cadastre, mais en liant le peuple juif à cette terre elle pose forcément des questions d’interprétation, de légitimité, de situation et reconnaissance des uns et des autres. Dans la résolution du conflit se joue en partie le lien entre l’Orient et l’Occident, entre l’islam, le christianisme et le judaïsme. Il est à la fois essentiel qu’Israël reconnaisse aux Palestiniens leurs droits et leur place, sous peine de perdre son âme, mais aussi que l’islam reconnaisse positivement le rôle du judaïsme et du peuple juif dans sa propre genèse et son histoire, comme l’a fait pour une part le christianisme, depuis la seconde guerre mondiale. 

 

Tout en menant ce travail théologique de longue haleine, c’est en aidant les associations et les mouvements qui travaillent au dialogue et à la réconciliation que l’on peut le mieux aider ceux qui souffrent du conflit. Et en allant nombreux visiter cette terre extraordinaire.

 

Pour aller plus loin : statistiques

Sur Israël / Sur la Palestine

Quelques sites

Tourisme : http://travelpalestine.ps / www.otisrael.com
Médiation interculturelle : http://www.theparentscircle.com / www.friendsofroots.net / www.peres-center.org
Dialogue interreligieux : http://elijah-interfaith.org
Coopération sanitaire : www.uncoeurpourlapaix.org




« La mission est vivante, liée à des vocations »

Une nouvelle réunion des Équipes Régionales Mission (ERM) a eu lieu le 7 janvier 2016. Ce fut l’occasion de parler des questionnements qui entourent la mission et du Forum qui aura lieu du 28 au 30 octobre 2016 à Sète.

Il a d’abord été question de quelques-unes des « trajectoires missionnaires », comme les appelle Claire-Lise Lombard, bibliothécaire du Défap, et en particulier d’Idelette Allier, envoyée comme institutrice au Cameroun en 1930, et de Daniel Broussous, médecin dans le même pays en 1945.

 

Tour de table, DR

Tour de table, DR

 

Deux vocations au Cameroun

 

A 32 ans, Idelette Allier, fille du doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris, décide de partir seule en Afrique, et plus précisément au Cameroun. Son objectif : « instruire et éduquer ». Elle va mettre en pratique sa formation, reçue à l’École de la Maison des missions – aujourd’hui, siège du Défap – et enseigner dans un lycée de jeunes filles, à Douala. Par rapport à l’ampleur des besoins auxquels elle se trouve confrontée, ce qu’elle apporte lui semble dérisoire : « la mission est d’abord l’école de l’humilité », écrit-elle au pasteur Daniel Couve, directeur de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP), l’ancêtre du Défap, avec lequel elle entretiendra une correspondance suivi tout le temps de son séjour.

 

Elle rentre en France en 1933 mais, très attachée – un mot qu’elle emploie souvent dans ses lettres – au pays, elle y repart une seconde fois, entre 1934 et 1936, comme institutrice dans l’arrière-pays, dans la région de Ndiki-Somo.

 

Lorsqu’elle rentre à nouveau à Paris, et bien qu’étant toujours profondément chrétienne, elle ne renouvelle pas son contrat avec la SMEP. En revanche, sa vie va prendre un nouvel essor : elle va devenir l’une des premières femmes ethnologue spécialiste du Cameroun, s’intéressant surtout aux langues et aux migrations des peuples. Vive et curieuse, elle n’hésite pas à remettre en cause les idées reçues et, surtout, le regard occidental de l’époque sur les « païens » et les « indigènes ».

 

Fils de pasteur lui aussi médecin, Daniel Broussous part exercer en 1945 dans l’ouest du Cameroun, en pays Bangwa, dans un hôpital de brousse. Amateur d’images, il réalise de nombreux petits films et des photographies des chefferies bangwa et du royaume Bamoun, dont l’essentiel est conservé dans les archives du Défap. Son regard est celui d’un homme qui s’intéresse aux peuples qui l’entourent, à leurs rites et traditions. Dans ses clichés, il cherche à capter l’émotion, la grandeur ou la convivialité qui sont le propre des communautés qu’il approche.

 

La mission, une question personnelle ?

 

Florence Taubmann, la responsable du pôle France, avait choisi de placer cette rencontre de janvier des ERM sous le signe de ce « retour vers le passé », car il est en lien avec le Forum de la fin de l’année à Sète : « Ce sont des histoires personnelles, explique-t-elle, des profils particuliers qui évoluent au fil de leur mission et se posent – et nous posent – des questions existentielles, si nous transposons leur expérience dans la période que nous vivons aujourd’hui. »

Partant, les ERM ont ensuite planché sur deux thèmes principaux : « la conscience missionnaire » et « la mission s’écrit au pluriel » (diversité des actions, des talents, des idées etc.). Aujourd’hui, la mission a changé : les envoyés sont au service d’institutions locales indépendantes, qui travaillent en toute autonomie. Ils ne font qu’apporter leurs compétences. En revanche, l’esprit d’ouverture et les questions liés au sens de leur engagement les habitent toujours.


Des questions plus que des réponses…

 

« Comment transformer la parole en action ? » « Comment la mission citoyenne peut-elle être liée à l’entraide ? » De toute évidence, il existe une dimension de la mission qui nous échappe… mais il faut savoir la faire évoluer, comme a pu le faire Idelette Allier : l’adapter à ce que nous sommes, à l’époque que nous vivons et au terrain où nous sommes envoyés. Pourquoi ? Parce que l’échange missionnaire, de nos jours, se fait sous le signe de la réciprocité : on reçoit autant que l’on donne.

 

Réunion des ERM, DR

Réunion des ERM, DR

 

D’autres questions ont alors surgi : d’où nous vient cet appel à croire ? Comment transmettre ce que l’on a reçu ? Quelle est la part d’héritage personnel qui pousse à la vocation ? Loin d’être une « simple adhésion à un projet, la conscience missionnaire est une rencontre, une ouverture vers autrui », analyse Florence Taubmann. D’où l’importance fondamentale de l’accueil mutuel.

« La mission est aussi liée aux personnes qui s’y engagent. Lorsque quelqu’un achève le temps qui lui est imparti, le projet peut s’arrêter. Mais il est aussi possible que d’autres personnes arrivent et viennent le pérenniser. C’est ça, la vie d’une mission. Elle est nécessairement vivante et liée à une, ou des vocations. Chacun est unique et différent de l’autre, mais l’Évangile nous unit tous. »

 




Un nouvel institut oecuménique à Beyrouth

Dans une région fragile, en proie aux antagonismes religieux divers, une bonne nouvelle est annoncée : l’ouverture d’un institut œcuménique pour le Moyen-Orient à Beyrouth (capitale du Liban). Créé à l’initiative de la World Student Christian Federation (WSCF),  qui regroupe des mouvements d’étudiants chrétiens du monde entier (catholiques, protestants, orthodoxes et anglicans), cet établissement s’est donné pour objectif de former des étudiants en sciences bibliques « grâce à des professeurs de théologie venus de tous les horizons, afin de prendre en compte la diversité des traditions chrétiennes », a déclaré le révérend Olav Fykse Tveit, secrétaire général de la WSCF.

 

Le révérend Olaf Tveit (en bas à droite) et les étudiants de l’Institut. (D.R.)

 

Les quarante premiers étudiants à intégrer l’institut sont déjà emblématiques de la diversité. Venus du Liban, d’Égypte, du Soudan, de Jordanie, de Syrie, de Palestine et d’Irak, ils représentent toutes les traditions chrétiennes présentes dans la région. « C’est un véritable défi que nous tentons de relever, a commenté le révérend Tveit, dans la mesure où nous vivons dans un monde en guerre. Exprimer une forme de solidarité et tenter de construire des relations pacifiques et de collaboration entre tous les chrétiens peut être considéré comme une forme de provocation. Or c’est ce que nous souhaitons à tout prix éviter », a-t-il expliqué. Le WSCF a, fort heureusement, une grande expérience en matière de formation à l’œcuménisme au Moyen-Orient, où il est implanté depuis plus de quarante-trois ans.
La formation des étudiants comprendra également un volet dialogue interreligieux, mais également des cours de relations internationales, d’économie du développement, et de sciences politiques afin de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, son histoire, ses problèmes et l’impact des enjeux contemporains sur les populations moyen-orientales.
Le Défap a un envoyé à Beyrouth, le pasteur Pierre Lacoste, qui anime l’Église protestante française de Beyrouth et sa communauté est très active sur les plans œcuméniques et interreligieux.
Pour en savoir plus sur ses activités, rendez-vous sur son site internet : http://epfb.net/

 




Formation à l’islamologie : comprendre l’autre

Dans un souci de meilleur vivre-ensemble et de dialogue interreligieux, le Défap a ouvert un programme de bourses pour une formation à l’islamologie. Une première « promotion » est sortie fin juin 2015. Présentation et impressions.
Le programme

 

Ce programme a consisté à donner des bourses à cinq étudiants pour qu’ils étudient et obtiennent le certificat en islamologie de l’Institut al-mowafaqa de Rabat, au Maroc.
Cette première expérience a été un succès.

 

Les bourses pour l’Institut Œcuménique de Théologie ont été attribuées à un étudiant français en théologie, deux pasteurs centrafricains, une jeune pasteure camerounaise et une journaliste de l’Eglise sénégalaise.

 

Ce certificat de six mois d’initiation à l’islamologie est reconnu par l’université de Strasbourg. Il a pour but de former des gens dont ce n’est pas la spécialité mais qui travaillent ou sont en contact avec des musulmans, afin qu’ils comprennent mieux cette culture religieuse.

 

Cette première session a bien fonctionné, et les organisateurs espèrent que l’expérience sera renouvelée.

Le ressenti des étudiants

 

Les boursiers concernés étaient tous très contents d’avoir l’occasion de participer à ce programme. Ils l’ont trouvé très difficile : en six mois, ils ont dû apprendre l’arabe classique afin de lire des textes du Coran.
Les professeurs qu’ils ont eus, de grandes pointures en islamologie, ne réalisaient pas toujours que des chrétiens n’avaient pas de connaissances, ne seraient-ce que basiques, en culture islamique.

 

Les étudiants ont fait un rapport sur leur formation. Ils ont également dû faire, pour valider le certificat, une soutenance de fin de programme.

 

La pasteure camerounaise a soutenu sur le sujet « le dialogue interreligieux face au djihad ».

 

La pasteure camerounaise en train de présenter sa soutenance

Voici un extrait de son texte de soutenance :

« L’actualité est de plus en plus marquée par la manifestation des actes violents posés au compte du djihad. Le concept est donc connu par les sociétés entières, voire le monde entier, sans que l’on ait recours au sens fondamental de cette réalité. (…) Aujourd’hui, les medias ne s’embarrassent guère de nuances en traduisant le terme djihad par « guerre sainte ». (…)

 

La paix dans le monde commence par la paix dans nos quartiers, dans nos rues, en faisant que chacun devienne ambassadeur et responsable. Cela passe par une action concrète : rendre visite à son voisin, organiser un repas entre deux communautés religieuses pour ne citer que ceux-là. Pour bâtir un monde plus fraternel, il faut pouvoir conjuguer spiritualité et action, former aussi les jeunes musulmans et chrétiens à une vision juste du djihad. Car, un enracinement insuffisant en sa propre foi, une connaissance et une compréhension insuffisantes de la croyance et de la pratique des autres religions, peuvent mener à de fausses interprétations.

Pour affronter donc, les défis du dialogue avec l’Islam, il faut apprendre à affiner ses jugements, à déconstruire certaines certitudes, à relativiser certaines croyances et à redécouvrir le message intemporel et universel du Coran.  Déconstruire pour construire est un passage obligé, pour pouvoir discerner dans l’héritage des musulmans, la part du juste et du faux, la part d’utile à eux et à l’autre. 

Déconstruire pour construire, c’est aussi cesser de regarder le djihad, comme étant un problème lié à l’Islam, à l’arabe, au musulman. Nous pensons qu’il est impératif, de regarder le djihad tel que mené aujourd’hui, comme un fléau qui mine la société entière. »

 

Par ailleurs, un des pasteurs centrafricains a donné son ressenti sur la formation :

 

« J’ai beaucoup apprécié la manière avec laquelle nous avons été amenés dans les réflexions et échanges. Ceci a permis une réflexion active de tout le monde qui, malgré notre arrière-plan socio-culturel et religieux, notre vision du monde diverse, des approches différentes ont finalement rendu compte des enjeux des points inscrits aux débats. Je ne peux pas non plus oublier ces moments de partage libre, si enrichissants, où les expériences des uns viennent authentifier celles des autres. Oh ! C’est merveilleux cette formation ! »

Les avantages du programme

 

Cette formation a été bénéfique, notamment lorsque l’on sait que les pays où vivent les étudiants financés par le Défap possèdent une importante communauté musulmane : le Sénégal est majoritairement musulman, le Cameroun possède des problématiques liés à l’Islam au nord, la Centrafrique connaît des soucis de cohabitation entre les différentes cultures religieuses, et la France a un problème grandissant d’islamophobie.

 

Ces personnes vivant dans des zones où les relations avec les musulmans sont difficiles, il paraissait important de les « former » afin qu’ils aient une vision différente et plus juste de l’Islam, pour que la vie en communauté soit facilitée. Mais aussi, il est important qu’ils diffusent leurs connaissances autour d’eux.

 

Le Défap va suivre ce qu’ils vont faire, pour voir comment les choses peuvent avancer avec eux, et s’ils peuvent continuer leur réflexion en islamologie.

L’association espère également que plus de Français vont venir se former et utiliser leur connaissance en islamologie dans le réseau des paroisses.

 

L’idée de ce programme est de favoriser le dialogue interreligieux par une meilleure connaissance des autres cultures.

 

Pour en savoir plus sur l’Institut al-mowafaqa

 




Hommes et femmes de la mission : Eric Chapal

Portrait d’un animateur des Équipes Régionales Mission : Eric Chapal.
« Protestant historique »

 

Lorsqu’il se présente, Eric Chapal emploie instinctivement le terme « protestant historique ». D’origine cévenole, il a beaucoup de pasteurs dans sa famille.

Si lui-même n’est pas pasteur, cela ne l’empêche nullement d’être très investi dans l’action protestante et missionnaire.

Pour sa part, il a choisi une carrière dans les affaires, passant la majeure partie de son temps à l’étranger. Il est aujourd’hui retraité, très actif, notamment au Défap, où il est animateur bénévole pour la région Île-de-France.

 

Eric Chapal en mission au Bangladesh en 2009 pour Aquassistance

 

Implication au Défap

 

Depuis environ huit ans, Éric Chapal participe aux activités du Défap : lors de la reconstitution des équipes régionales, l’ancien président de région lui avait proposé de rejoindre l’équipe, ce qu’il a accepté tout de suite.

Les membres des Équipes Régionales Mission (ERM) sont effectivement nommés par les conseils régionaux. Ils viennent en appui aux Églises locales.

 

Ce qui intéresse Eric Chapal, c’est l’ouverture régionale et locale : son père, pasteur donc, recevait des missionnaires et leur faisait des conférences illustrées par des diapositives. L’implication d’Éric est donc loin d’être un hasard : il y a d’ailleurs deux Chapal dans les ERM.

 

Ouverture au monde : un choix professionnel et une passion

 

Eric Chapal a beaucoup voyagé pour son travail et possède énormément de contacts à l’étranger, multi-œcuméniques, ce qu’il estime vraiment enrichissant sur le plan personnel et spirituel. Cette ouverture sur le monde et sur autrui est d’ailleurs naturelle chez lui.

 

Ce choix (professionnel) est aussi une passion : il a donc décidé de prolonger cette activité de contact après sa retraite en intégrant une ONG du nom d’Aquassistance, créée par des cadres de la Lyonnaise des Eaux dans un but humanitaire. Cette initiative a aujourd’hui pris de l’ampleur et met désormais en place de nombreux projets d’accès à l’eau.

 

Depuis plus de dix ans qu’Éric Chapal en fait partie, une quinzaine de missions ont été menées à bien.
Pour lui, l’ouverture au monde et à autrui est une implication professionnelle, humanitaire mais également un engagement spirituel, ce qu’il réalise dans le cadre du Défap.

En 2012, à Madagascar, Eric Chapal et l’équipe avec laquelle il a travaillé pour la collecte des déchets

 

L’équipe régionale mission

 

Au sein de son équipe régionale, Eric Chapal s’occupe de l’animation et de l’organisation des réunions : il aide à définir des objectifs à court et moyen terme. Il aide également le conseil régional à recruter de nouveaux membres.

 

L’ERM de la région parisienne a, en ce moment, deux principaux axes d’action.

Le premier est l’accueil des communautés venant de l’étranger. Chaque ERM (une pour chaque région de l’EPUdf, c’est-à-dire neuf en tout) a considéré comme essentiel de vivre ce rappel d’appartenance à l’Église universelle.

Le deuxième, c’est le recrutement des correspondants du Défap dans les Églises locales, qui nécessite l’implication de bénévoles. Or, il existe 71 paroisses en région parisienne : d’une vingtaine de correspondants locaux il y a quelques années, on est passé à une cinquantaine. À savoir : ils sont tous membres du projet Mosaïc, ce qui est cohérent avec l’activité d’accueil des ERM.

 

L’un des objectifs des ERM en général est de pouvoir organiser une réunion des correspondants du Défap au moins une fois par an : il existe un véritable échange, notamment d’informations, entre le Défap et les Églises locales par ce biais.

 

Le Forum du Défap : un événement important

 

Pour Eric Chapal, le Forum du Défap, qui a lieu tous les quatre ans, est un événement marquant. C’est un temps fort, un élément visible qui touche de près les Églises locales et les implique encore davantage dans l’activité missionnaire.

Le dernier thème, « Le monde est chez toi », était très porteur de sens pour les habitants de l’Île-de-France, estime-t-il.

 

Réalisations

 

Eric Chapal a à son actif quelques jolis succès, comme être parvenu à remobiliser certaines paroisses.

Deux projets concrets ont vu le jour, qui lui sont particulièrement chers :

 

  • Alimentation en eau d’un orphelinat au Congo (Brazzaville) : la demande est venue du pasteur Jean-Luc Blanc et le projet a été réalisé par Aquassistance ;
  • Alimentation en eau d’un quartier périphérique de la ville de Kribi, au Cameroun, à la demande d’un paroissien d’Auteuil. Encore une fois, c’est l’ONG Aquassistance qui a pris en charge le projet.

 

Disponible, chaleureux et ouvert à autrui, Eric Chapal est un véritable « homme de la mission ».

 




David Brown : « encourager l’unité dans le monde chrétien »

Le pasteur David Brown et sa femme Julie sont les nouveaux responsables du projet Mosaïc en Île-de-France. Interview du pasteur.

Parcours de Julie et David Brown

Missionnaires américains, ils ont vécu de 1985 à 1994 au Burkina Faso, envoyés par un organisme américain. De 2002 à 2010, ils ont vécu au Maroc où ils ont notamment rencontré le pasteur Jean-Luc Blanc qui leur a demandé d’accompagner des migrants sans-papiers (venant de 43 pays différents). Ils sont ensuite venus à Marseille à la demande de Philippe Girardet, ancien président de la Cevaa. David Brown s’y est installé en tant que pasteur (et musicien…). C’était pour eux l’occasion de passer d’un « pays de transit » (le Maroc) à un « pays d’accueil » (la France).
Le pasteur et sa femme travaillent en équipe et sont aujourd’hui les représentants Mosaïc pour l’Île-de-France.

 

Logo du Projet Mosaïc

 

Comment en sont-ils arrivés là ?

 

A Marseille, David et Julie Brown ont travaillé en relation avec le projet Mosaïc. Venus à Paris lors d’une réunion en lien avec le projet, ils rencontrent François Clavairoly qui leur parle du projet et, quelques semaines plus tard, les appelle pour le leur proposer à plein temps. Ils hésitent mais… « Cela semblait être la volonté de Dieu que nous venions à Paris ».

C’est ainsi que, depuis le 1er février 2015, David Brown est en charge du Projet Mosaïc en région parisienne.

 

La définition du projet

 

Le projet Mosaïc a pour but « d’encourager la rencontre inter-Églises protestantes ».
Le pasteur David Brown explique qu’il faut « apprendre à vivre avec nos voisins, partager nos cultures, vivre notre vie ensemble ».

Le thème de l’interreligieux est cher au pasteur. Par exemple, « aux Etats-Unis, les musulmans sont plus intégrés dans la société » qu’en France, notamment parce qu’il y a plus de travail. « Le problème du racisme et de l’intégration est un enjeu important », dit-il.

« Mosaïc va dans le même sens car on est dans la multiculturalité », avec notamment des « différences liturgiques et théologiques ». L’idée, nous dit-il, est de répondre à la question « comment arriver à vivre ensemble, à être unis, à mettre notre foi unie en action ».

Le pasteur David Brown veut lancer ce message d’unité, dans une société en mutation où il est important que « l’Eglise joue un rôle d’exemple de vie entre cultures ».

« Nous sommes tous chargés du dialogue interreligieux », dit-il. L’œuvre des Églises Mosaïc est de « partager la bonne nouvelle comme les autres Eglises ».

Mais c’est également de venir en aide aux personnes dans une situation de précarité. Il cite ainsi l’exemple d’une Église qui accueille deux personnes sans abri depuis six mois en attendant de trouver une solution durable.

 

Faire connaître le projet

 

Mosaïc est devenu plus un « programme qu’un projet », dit le pasteur.

Mais « beaucoup de gens ne le connaissent pas ». C’est pourquoi il essaye d’assister aux réunions pastorales et contacte directement ses collègues : « je suis quelqu’un du terrain », insiste-t-il.

Cela lui permet également de découvrir de nouvelles Eglises. Mais un problème se pose à Paris qu’il n’a pas eu à Marseille : l’ampleur de la zone géographique. C’est pourquoi, à partir de septembre, il veut « organiser l’activité Mosaïc par zones », même si certaines activités resteront pour toute la région, comme la fête de la musique qui a lieu cette année à l’Eglise Saint-Paul.

 

Les objectifs du mandat

 

Le pasteur a deux buts : au niveau spirituel et au niveau pratique.

 

Au niveau spirituel, il veut « encourager l’unité dans le monde chrétien ». Il est nécessaire de « garder le respect pour l’autre, différent », dit-il avant d’ajouter que « le mal est content quand on est divisé ».
Mosaïc est en cela un « point de rencontre authentique ».

 

Au niveau pratique, dans les trois ans de sa mission, il souhaite « voir de plus en plus de pasteurs inclus dans l’activité Mosaïc ». Certains pasteurs se disent intéressés mais expliquent ne pas avoir le temps : David Brown dit que le « simple fait de participer au repas mensuel de Mosaïc » est déjà enrichissant et permet de multiplier les rencontres.

Il insiste sur son expérience au Maroc où il dit avoir « beaucoup appris avec [ses] amis musulmans », et leur avoir appris en retour : c’est un « vrai partage ».

 

Interview du pasteur David Brown dans Courrier de mission

 




Week-end ABS à Sète : rencontres et retrouvailles

Le week-end du 20 juin, une rencontre des ABS (Après-Bac-Service) a eu lieu à Sète. Retour sur ces journées.

Pendant trois jours, du 20 au 22 juin, les jeunes du programme ABS se sont retrouvés à Sète pour une rencontre organisée par le Défap.

Au programme : activités récréatives et culturelles, et bilan de l’année.

 

Le groupe des ABS à Sète

 

Des retrouvailles appréciées

 

Au cœur du programme, un temps d’animation et de réflexion.

Le thème de la discussion portait autour de la question suivante : comment profiter au mieux des opportunités de contacts qui se créent lorsqu’on vient en métropole ?

 

C’est le Pasteur d’origine togolaise Hope Nenonene qui a animé ce temps de partage. Il a fait part de sa propre expérience en Nouvelle-Calédonie, où il a passé six ans en tant qu’envoyé auprès de l’Eglise protestante locale et de l’Alliance Scolaire. Il a su parler aux étudiants en évoquant d’abord son vécu : événements enrichissants et difficultés auxquelles il a dû faire face. Il a ensuite invité les étudiants à répondre à quelques questions sur leur ressenti quant à la rencontre entre cultures calédonienne et métropolitaine.

Les participants ont bien répondu aux sollicitations. Ils ont proposé des animations et apporté leur vision au débat en évoquant les efforts nécessaires à leur intégration dans un environnement nouveau.

 

Temps d’animation

Ils sont cependant très contents de leur séjour : ce fut pour eux une année de découverte et c’est ce qui leur a le plus plu.

 

Le programme de suivi et accompagnement du Défap a été très apprécié par les étudiants, notamment en ce qui concerne les rencontres : ils ont beaucoup aimé avoir du temps pour se retrouver et être ensemble, temps trop rares d’après eux. En effet, les étudiants vivent tous dans des villes différentes.

 

Un programme chargé et varié

Après quelques complications mineures de voyage, les étudiants ont pu profiter de leur première journée : joutes à Sète et promenade dans la ville. Le soir, ils avaient quartier libre et ont pu se retrouver entre eux.

Le lendemain, ils ont fait une balade à bord d’un bateau à voile, accompagnés par des moniteurs qui leur ont expliqué la vie et la tradition marine de la ville, premier port de pêche de la Méditerranée, avant de participer au temps d’animation assuré par le pasteur Nenonene.

 

Activité nautique – ABS

La date n’était pas choisie au hasard : le soir, ils ont pu profiter de la fête de la musique au centre-ville et écouter divers style musicaux.

Le dernier jour, le programme était exclusivement culturel avec une visite du musée Paul Valery et une attention particulière portée à l’histoire de ce poète.

 

Plusieurs étudiants ont envoyé leurs remerciements au Défap pour ce week-end de rencontres et de retrouvailles, en déplorant le manque de temps.

 

Groupe des ABS à Sète

C’est d’ailleurs le dernier week-end ABS qui a lieu à Sète. Cela faisait quinze ans que les réunions avaient lieu dans cette ville.




Réunion ERM : discussions autour du Forum Défap 2016

La réunion des équipes régionales mission avait à son programme plusieurs sujets, dont celui du Forum Défap 2016. Retour sur cette journée du 4 juin 2015.

Méditation

 

Réunion ERM

 

Elle a été assurée par le pasteur David Brown, nouveau responsable du réseau Mosaïc pour la région île de France. Il a ouvert ce temps à la guitare et a ensuite proposé une réflexion biblique autour de l’immigration, un sujet qu’il connaît bien car, missionnaire américain, il a longtemps vécu au Burkina Faso, au Maroc, et maintenant en France.

A partir de plusieurs passages bibliques, il a parlé de ce sujet : Luc 4, versets 18-19, sur « l’expression de notre mission sur terre », puis Esaïe 49, verset 6, qui décrit cette mission comme « voir, réagir et bénir ».

Il existe des « murs qui divisent nos vies » et qui « nous empêchent de réagir, de mettre notre foi en action », ajoute-t-il, et l’histoire de Jésus et de la Samaritaine (Jean 4), montre bien l’existence de ces murs entre certaines communautés.

En outre, la Lettre aux Ephésiens (2, versets 14 à 16) rappelle que Christ « a renversé le mur qui entretient la haine ». La croix crée « un nouveau peuple, une nouvelle réalité basée sur l’amour inconditionnel et infini de Dieu, sans différence entre les hommes, dit-il. La croix fait tomber les murs qui nous séparent, mais c’est à nous de la laisser faire. »

 

Forum Défap 2016

 

Les représentants des régions ont réfléchi à l’organisation de cet événement et à la manière de le rendre le plus interactif possible.

Le Forum, où les représentations régionales seront limitées, a pour objectif de rédiger des thèses nouvelles sur la mission, alimentées par une réflexion de chaque région. Une équipe de synthèse sera en charge de préparer un texte récapitulatif de ce qui se dira étape par étape durant le Forum.

Un blog a déjà été mis en place qui relaie des articles provenant des régions.

L’accent a été également mis sur l’importance de la jeunesse qui « fait aussi partie de la dynamique missionnaire », comme l’a rappelé Anne-Laure Danet.

L’idée est en effet d’avoir des « mini-forums » dans chaque région : partout des groupes seront formés et se rassembleront dans des lieux où il leur sera possible de visionner le Forum en direct et donner ainsi leur avis, notamment par le biais de Twitter. Les équipes régionales sont chargées d’organiser dans leur région ces différents lieux de « mini-forum » le samedi 9 janvier de 14h à 16h30.

La pasteure Anne-Laure Danet a insisté également sur le fait que le Forum est une façon de mobiliser les Eglises et leur dire qu’elles sont « toutes missionnaires », qu’elles possèdent « toutes cet engagement ».

 

Réunion ERM

 

Mosaïc

Le Projet Mosaïc, créé en 2006, a pour but de favoriser la rencontre et la collaboration entre chrétiens protestants de diverses cultures et origines.

 

Les équipes régionales sont chargées d’aider les Eglises à vivre des liens concrets avec les Eglises du projet Mosaïc. Chaque correspondant local a pour tâche de veiller à établir ces liens localement.

 




« À Maurice, ‘God is One’ »

Iris et Frank Reuter sont partis trois mois à l’Île Maurice dans le cadre d’une activité missionnaire. Ils assurent des formations sur les activités d’animation et s’occupent de l’école du dimanche. Ce projet de travail avec l’Eglise est soutenu par le Défap. Iris Reuter nous livre ici son témoignage.

« « Plus de la moitié des Français ne se réclament d’aucune religion », titre le journal Le Monde dans son édition du 7 mai 2015. Quelle différence avec la société d’ici, à l’île Maurice.

En balade au bord de la mer, j’arrive à la plage joliment dénommée « Le Bouchon ». Au bord de l’eau, un petit autel hindou. À quelques pas de là, une minuscule chapelle dédiée à Marie. Je roule en voiture et, au bord d’un port, quelques panneaux peints aux couleurs du drapeau mauricien (rouge comme le flamboyant, bleu comme le ciel, jaune comme le soleil, vert comme la canne à sucre), portent des inscriptions : l’environnement propre = santé. Et juste en dessous : « God is One ». Dans les villages, des murs sont peints avec des phrases : « Un esprit positif est un esprit paisible », ou « Un esprit positif est un environnement sain ».

Les religions, hindouisme, christianisme et islam, coexistent d’une manière naturelle. Chacun a son Dieu, pratiquement tout le monde est croyant. Il semble aller de soi que transcendance et immanence sont un. Je ne sais pas si la société est plus tolérante ou plus juste pour autant, je ne la connais pas encore assez, mais le fait est que les religieux ont souvent lutté pour les droits des engagés (Gandhi et ses collaborateurs), l’éducation pour tous (Jean Le Brun, fondateur de l’Église presbytérienne), ou encore  l’abolition de l’esclavage. La religion n’est donc pas vécue comme un « opium du peuple », mais comme la recherche d’une vie meilleure pour tous.

Je me sens bien dans une telle perception de la religion. Temple hindou, église catholique ou mosquée, on se sent le bienvenu, même si on ne partage pas la religion. Je me sens à l’aise dans une telle société. C’est si différent de la France, où la suspicion pèse sur toute religion. Pour moi, la religion, ou plutôt la foi, est une dimension naturelle et qui donne du sens pour l’humain et je me reconnais dans l’esprit de tolérance et d’accueil vécu ici.

Eglise Saint Columba à Phoenix

 

Mais comme toujours, tout n’est pas rose pour autant. Ainsi, il paraît que lors des recensements, le gouvernement (issu de la majorité hindoue) cherche à occulter les milliers de conversions des hindous au christianisme, notamment vers les mouvements évangéliques et pentecôtistes. Certains disent que le dialogue interreligieux sert notamment à éviter « que tout n’explose ». Lors des mariages mixtes de femmes chrétiennes avec un homme hindou ou musulman, souvent ces dernières doivent quitter leur religion d’origine. Mais est-ce là une question de religion ou de relation entre les sexes ?

Certes, je pense qu’au fond, chaque religion (mais pas pour autant chaque croyant !) a la conviction de détenir la vérité. Mais si cela n’empêche pas de vivre en tolérance avec le voisin qui ne croit pas la même chose, cela me va. Si cela permet de pratiquer en toute simplicité, cela me va. Car au fond : God is One… même si les religions sont multiples. »

Iris Reuter