Assemblée générale de la CEPF 2026 : une communauté au cœur des recompositions du protestantisme

Les vendredi 28 et samedi 29 août 2026, la Communauté des Églises protestantes francophones (CEPF) a tenu son Assemblée générale au 102 boulevard Arago, dans les locaux de la Maison des Missions du Défap, à Paris. Deux journées consacrées à la vie de la communauté, aux réalités vécues par les Églises membres et aux perspectives pour les années à venir.

Cette Assemblée générale a notamment permis de revenir sur une première année de mandat pour le président de la CEPF, Jean Luc Blanc, marquée par de nombreuses visites et rencontres avec les Églises de la communauté. De la Guyane à Mayotte, de la Réunion au Maroc, en passant par le Caire, Alexandrie, Berlin ou encore la Martinique et la Guadeloupe, ces déplacements témoignent de l’importance des liens qui unissent les différentes Églises francophones. « Ces visites sont aux fondements de notre vécu communautaire », rappelle le président dans son rapport.

Une communauté qui entretient ses liens

La CEPF repose sur une organisation institutionnelle volontairement légère. Sa vie interne s’articule notamment autour de réunions régulières du Comité directeur et du bureau. Mais son action s’inscrit surtout dans un réseau de partenariats particulièrement riche : le Défap, Fédération protestante de France, Églises de France, Action chrétienne en Orient (ACO), DM-échange et mission, Amitiés huguenotes et autres partenaires contribuent à faire vivre cette communauté et à accompagner les Églises dans leurs réalités locales. Le Défap, membre associé de la CEPF, soutient activement l’action de la Communauté en finançant l’envoi de pasteurs et en accompagnant plusieurs projets portés par ses Églises membres à travers le monde.

Des Églises aux réalités multiples

Les visites effectuées au cours de l’année et les présentations effectuées par les différents représentants d’Église au cours de l’assemblée générale ont permis de mesurer la diversité des situations auxquelles les Églises de la CEPF sont confrontées.

L’accueil d’un nouveau pasteur en Guyane, la reconstruction d’une Église à Mayotte après le passage du cyclone Chido, les évolutions démographiques de l’Église en Égypte : autant de réalités qui appellent un accompagnement attentif et témoignent de la force d’une communauté capable de se soutenir et d’avancer ensemble.

Au-delà des situations propres à chaque Église, l’Assemblée générale a permis de mettre en lumière une transformation plus large. Les Églises membres de la CEPF elles-mêmes connaissent depuis plusieurs années des évolutions importantes. Nombre d’entre elles ne sont plus simplement des prolongements du protestantisme historique français à l’étranger : elles sont désormais des communautés multiculturelles, largement nourries par les dynamiques du protestantisme africain.

Cette réalité fait écho aux recompositions actuellement à l’œuvre dans le protestantisme français. Par son expérience, la CEPF dispose ainsi d’un point de vue particulier pour réfléchir aux enjeux liés à l’internationalisation, aux migrations, à l’interculturalité et à l’évolution des communautés protestantes.

Ces échanges témoignent d’une communauté attentive à son fonctionnement, mais surtout désireuse de préserver ce qui fait sa richesse : la rencontre entre des Églises implantées dans des contextes différents, le partage d’expériences et la solidarité. À l’issue de ces deux journées, la CEPF poursuit ainsi son chemin dans un paysage protestant en pleine recomposition. Forte de son expérience des transformations culturelles et ecclésiales, elle entend continuer à prendre sa part dans la réflexion sur l’avenir du protestantisme francophone et dans la construction de liens entre les Églises, en France et au-delà des frontières.




Le Défap aux Antilles : une mission dans un contexte de vacance pastorale

Du 3 au 12 juillet 2026, Vincent Nême-Peyron, secrétaire général du Défap, et Jean-Luc Blanc, président de la Communion des Églises protestantes francophones (CEPF), se sont rendus aux Antilles pour rencontrer et accompagner les Églises locales de Martinique et de Guadeloupe. Cette visite intervient seulement quatre mois après une précédente mission menée par Jean-Pierre Anzala et Vincent Nême-Peyron, consacrée notamment au bilan de la suffragance longue durée du pasteur Pierre Thiam. Elle poursuivait ainsi un double objectif : soutenir les deux communautés dans une période de vacance pastorale et participer à la nouvelle Assemblée générale de l’Église de Guadeloupe, après avoir rencontré ses responsables.

En Martinique, une communauté petite mais dynamique

En Martinique, la mission a permis de nombreux échanges informels avec les responsables de l’Église protestante réformée de Martinique (EPRM), au cours de visites et de repas. Vincent Nême-Peyron et Jean-Luc Blanc ont également participé à une réunion du conseil presbytéral, qui a notamment permis de dresser le bilan de l’année de ministère de Pierre Thiam et d’échanger sur l’organisation de la vie de l’Église en son absence. Plusieurs projets ont été abordés, parmi lesquels l’achat d’un terrain, l’organisation d’une exposition et la mise en place de journées « portes ouvertes » pour mieux faire connaître l’Église et favoriser le développement de la communauté.

La participation au culte a également été l’occasion de mesurer la réalité de cette communauté, qui rassemble aujourd’hui une quinzaine de personnes. Malgré cette faible affluence, les échanges témoignent d’une Église fraternelle, active et portée par une réelle dynamique collective. La présidente, Mylène Filin, joue notamment un rôle important dans cette dynamique grâce à son engagement et à son charisme fraternel. Le départ de Pierre et Marie-Madeleine Thiam a par ailleurs constitué un moment particulièrement fort, marqué par plusieurs témoignages de reconnaissance et des cadeaux offerts par les membres de la communauté.

En Guadeloupe, accompagner la vie de l’Église

La seconde partie de la mission s’est déroulée en Guadeloupe, où Vincent Nême-Peyron et Jean-Luc Blanc ont participé à l’Assemblée générale de l’Église, réunissant seize de ses membres.

La rencontre a débuté par une courte aumônerie proposée par Pierre Thiam, invitant les participants à réfléchir à la manière dont la présence du Christ peut éclairer les débats et les décisions de l’Église. Cette introduction spirituelle a précédé la reprise des travaux de l’Assemblée générale, sous la conduite de Marie-Ginette Duflo, présidente du conseil presbytéral. La participation à cette AG constituait un objectif majeur de la mission : au-delà des questions d’organisation, il s’agissait de soutenir la communauté dans une période de transition et de contribuer à la reprise d’un dialogue au sein de l’Église.

Le lendemain, le dernier culte de Pierre Thiam aux Antilles a rassemblé une trentaine de personnes. Jean-Luc Blanc en a assuré la prédication et une confirmation de baptême y a été célébrée. Un temps d’envoi et de bénédiction, conduit par Corinne Nême-Peyron, a ensuite permis à la communauté de rendre hommage à Pierre et Marie-Madeleine Thiam avant leur départ. Un moment convivial a enfin réuni les paroissiens autour d’un apéritif.

Une mission d’écoute

Cette mission aura ainsi permis de prendre le pouls des deux Églises antillaises à un moment charnière de leur histoire. En Martinique comme en Guadeloupe, la vacance pastorale constitue un défi pour des communautés aux effectifs parfois réduits, mais elle fait également émerger des capacités d’engagement et d’initiative locales. Les rencontres ont permis d’identifier les projets portés par les Églises, d’échanger sur leur organisation future et de les accompagner dans cette période de transition. Au-delà des réunions institutionnelles, cette visite a surtout été un temps d’écoute, de dialogue et de présence fraternelle. Elle rappelle l’importance de l’accompagnement des Églises partenaires par le Défap et la CEPF.




Formation CPLR : Regards croisés entre la France et le Sénégal

Du 16 au 26 juin 2026, la Maison des Missions, à Paris, a accueilli un stage de formation pastorale organisé par la Communion protestante luthéro-réformée (CPLR), le Service protestant de mission Défap et la CEVAA. Pendant dix jours, vingt pasteures et pasteurs venus de France, de Belgique et du Sénégal se sont retrouvés pour réfléchir ensemble aux défis du témoignage chrétien dans des contextes culturels et religieux contrastés.

Aujourd’hui, de nombreux ministres des Églises protestantes françaises exercent leur ministère dans des paroisses de plus en plus multiculturelles, sans pour autant avoir eu l’occasion de vivre une expérience internationale ou de découvrir d’autres réalités ecclésiales. Face à cette évolution, la CPLR et le Défap ont souhaité proposer une formation favorisant la rencontre interculturelle et l’ouverture à la dimension missionnaire, afin d’enrichir les pratiques pastorales et le regard porté sur les mutations du christianisme contemporain.

Inscrit dans le cadre de la formation permanente des pasteurs, le stage, intitulé « Contextes minoritaires ou sécularisés : regards croisés sur le témoignage entre la France, la Belgique et le Sénégal », a réuni des ministres de l’Église protestante unie de France, de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, de l’Église protestante unie de Belgique, de l’Église luthérienne du Sénégal et de l’Église protestante du Sénégal. Conçu comme un parcours en deux temps, il faisait suite à une première session organisée à Dakar en 2025. Cette seconde rencontre, à Paris, avait pour objectif de poursuivre les échanges, de partager les expériences pastorales et de renforcer les liens entre les Églises partenaires dans une démarche de réciprocité et d’enrichissement mutuel.

Le dialogue interreligieux et interculturels au cœur du stage

Comment témoigner de sa foi lorsque l’on appartient à une minorité religieuse ? Ou dans une société où la pratique religieuse recule ? Ces questions ont constitué le fil rouge de ce stage.

D’un côté, les pasteurs français et belges ont découvert la réalité du Sénégal, où les chrétiens représentent environ 5 % de la population dans un pays majoritairement musulman. Dans ce contexte, le témoignage chrétien se construit quotidiennement dans le dialogue, la coexistence et le respect des autres traditions religieuses. De l’autre, les pasteurs sénégalais ont été confrontés à la réalité française, marquée par la pluralité des convictions et l’éloignement d’une partie de la population des institutions religieuses.

Tout au long du stage, conférences, visites de terrain et échanges en groupes ont permis aux participants de confronter leurs expériences. Les pasteurs ont partagé leurs interrogations sur la manière d’accueillir des personnes aux parcours très divers, de dialoguer avec d’autres religions ou encore d’annoncer l’Évangile dans des sociétés profondément différentes.

Regards croisés sur des contextes culturels différent

Au-delà des questions liées au témoignage chrétien, le stage a également été l’occasion d’aborder plusieurs enjeux contemporains qui traversent aujourd’hui les Églises. Des temps de réflexion éthique ont permis aux participants de dialoguer sur des sujets parfois sensibles, comme la place des femmes dans le ministère pastoral, les questions liées à l’homosexualité ou encore l’évolution des sociétés face aux mutations culturelles.

Ces échanges ont révélé des approches souvent très différentes selon les contextes ecclésiaux et culturels. Loin de chercher à gommer ces divergences, les organisateurs ont privilégié une démarche d’écoute et de compréhension mutuelle.

Pour plusieurs participants, ces temps de dialogue ont constitué l’un des moments les plus marquants du stage. Ils ont montré qu’il est possible d’aborder des questions complexes sans renoncer au respect de l’autre, dans une démarche où la réflexion théologique se nourrit de la rencontre interculturelle.

Des liens renforcés entre Églises partenaires

L’un des temps forts du programme résidait dans l’immersion de chaque participant au sein de la paroisse de son binôme. Les pasteurs sénégalais ont été accueillis en France et en Belgique afin de partager le quotidien de leurs homologues : préparation des cultes, visites pastorales, vie communautaire et célébrations.

Cette immersion a permis de découvrir concrètement des pratiques pastorales parfois différentes. Les pasteurs sénégalais ont observé le fonctionnement de paroisses confrontées aux défis de la sécularisation, tandis que leurs collègues européens avaient auparavant découvert, au Sénégal, des communautés marquées par une présence importante des familles et des jeunes.

Cette réciprocité constitue l’un des fondements du programme porté par la CPLR et le Défap. En favorisant la rencontre de personne à personne, le stage contribue à tisser des liens durables entre les Églises partenaires et à favoriser le dialogue interculturel et une compréhension commune des défis auxquels elles sont confrontées aujourd’hui.

Au-delà des échanges théologiques et des découvertes culturelles, ce stage a surtout rappelé que la mission se nourrit de la rencontre. En confrontant leurs expériences, les pasteurs ont appris à mieux comprendre les réalités vécues par leurs partenaires et à porter un regard renouvelé sur leur propre ministère. Une expérience qui, bien au-delà de ces quelques jours de formation, ouvre la voie à une coopération durable entre les Églises et à une pratique pastorale toujours plus attentive aux défis d’un monde pluriel.




Quelle place pour les femmes dans l’Église en contexte africain?

Dans de nombreuses Églises africaines, les femmes constituent la majorité des fidèles, assurent une grande partie de la vie communautaire, participent à l’évangélisation, à la catéchèse, à la solidarité et à la transmission de la foi. Pourtant, leur présence contraste encore avec leur faible accès aux espaces de décision et de leadership. Cette contradiction a été au cœur des réflexions portées par les conférences de Robert Bahizire, Gertrude Kamgue Tokam et Fifamé Fidèle Houssou Gandonou.

À travers des approches historiques, théologiques et éthiques, ces interventions montrent que la question de la place des femmes dans l’Église n’est pas seulement une question sociale ou institutionnelle. Elle touche directement à la compréhension de l’Évangile, à la justice, à la dignité humaine et à la mission même de l’Église en Afrique.

Une place centrale mais souvent invisibilisée

Les trois conférences partent d’un même constat : les femmes sont indispensables à la vie de l’Église, mais restent largement marginalisées dans les responsabilités ecclésiales.

Gertrude Kamgue Tokam souligne que les femmes demeurent « sous-représentées » dans les sphères de gouvernance, aussi bien dans la société que dans les Églises africaines. Malgré les progrès de la formation théologique féminine, « plus on évolue dans les sphères de décision et de responsabilité dans l’Église, moins elles sont présentes » observe-t-elle. Cette situation crée un paradoxe profond : les femmes assurent souvent la vitalité spirituelle et communautaire des paroisses, mais leur parole demeure limitée lorsqu’il s’agit de gouvernance, de théologie ou de ministère pastoral.

Robert Bahizire rappelle pourtant qu’avant la colonisation, plusieurs sociétés africaines accordaient aux femmes des responsabilités sociales, économiques et spirituelles importantes. Dans certaines sociétés matrilinéaires congolaises, les femmes jouaient un rôle déterminant dans la transmission du pouvoir, les alliances communautaires et les pratiques spirituelles. Selon lui, la colonisation et certaines missions chrétiennes ont contribué à réduire progressivement la femme à une fonction domestique et subordonnée. Les écoles missionnaires destinaient souvent les filles à devenir « de bonnes épouses » plutôt qu’à accéder à une véritable autonomie intellectuelle ou théologique.

Ainsi, les inégalités actuelles ne sont pas uniquement culturelles : elles sont aussi le produit d’une longue histoire religieuse et coloniale.

Le poids des lectures patriarcales dans l’Église

La conférence de Fifamé Fidèle Houssou Gandonou pousse l’analyse plus loin en dénonçant ce qu’elle appelle les « citadelles masculinistes », c’est-à-dire des structures sociales, culturelles et religieuses qui ont construit et sacralisé l’infériorité féminine. Pour elle, le problème ne vient pas seulement des institutions, mais également de certaines interprétations bibliques utilisées pour justifier la domination masculine. Elle affirme que l’Église a parfois été « complice de l’oppression de la femme » à travers des lectures patriarcales des textes bibliques.

Cette critique rejoint les réflexions de plusieurs théologiennes africaines citées par Gertrude Kamgue Tokam, qui dénoncent des traditions ecclésiales ayant associé leadership, autorité et pouvoir exclusivement aux hommes. Pour ces chercheuses, il devient nécessaire de « lire autrement la Bible », notamment parce que plusieurs femmes occupaient déjà des fonctions importantes dans les premières communautés chrétiennes, mais que certaines traductions et traditions ont progressivement invisibilisé leur rôle.

Le leadership féminin comme enjeu théologique

L’un des apports majeurs des trois conférences est de montrer que le leadership féminin ne doit pas être perçu comme une imitation du pouvoir masculin ou comme une revendication purement politique.

Gertrude Kamgue Tokam insiste sur une conception chrétienne du leadership fondée sur le service, les dons spirituels et la participation à la mission de l’Église. Elle appelle les communautés chrétiennes africaines à passer d’une simple présence féminine à une véritable implication dans les espaces décisionnels.

De son côté, Fifamé Houssou Gandonou développe une vision éthique du féminisme africain basée sur la réciprocité et la dignité humaine. Selon elle, le féminisme chrétien ne cherche pas à opposer les femmes aux hommes, mais à restaurer une humanité réconciliée où chacun peut vivre pleinement son identité donnée par Dieu. Elle explique également que « le féminisme libère aussi l’homme », en le débarrassant de l’obligation de domination comme condition de son existence sociale. Cette approche ouvre une perspective nouvelle : transformer les relations hommes-femmes dans l’Église non par confrontation, mais par coopération et réciprocité.

Une première piste essentielle est celle de la formation théologique des femmes. Pour Gertrude Kamgue Tokam, permettre aux femmes d’accéder pleinement aux études théologiques est indispensable pour renouveler la pensée ecclésiale et construire un leadership crédible et compétent.

Une deuxième piste réside dans la relecture des textes bibliques. Fifamé Houssou Gandonou appelle à déconstruire les interprétations patriarcales afin de retrouver une lecture libératrice des Écritures, centrée sur la dignité humaine et la justice.

Une troisième piste concerne la gouvernance ecclésiale elle-même. Les Églises africaines sont invitées à dépasser une logique de présence symbolique des femmes pour leur donner un véritable pouvoir de participation et de décision.

Enfin, les conférences insistent sur la nécessité d’une transformation spirituelle et culturelle plus profonde. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter des femmes dans les structures existantes, mais de repenser les relations au pouvoir, à l’autorité et au service à la lumière de l’Évangile.

Ces trois conférences convergent vers une conviction commune : la question de la place des femmes dans l’Église est une question théologique majeure. Une Église qui marginalise les femmes risque de contredire son propre message de justice, de dignité et de libération. En valorisant le leadership féminin, en ouvrant davantage les espaces de formation et de décision, et en relisant ses traditions à la lumière de l’Évangile, l’Église africaine peut devenir un véritable lieu de transformation sociale et spirituelle. L’enjeu dépasse la seule condition féminine. Comme le rappelle Fifamé Houssou Gandonou, « restaurer la dignité de la femme, c’est restaurer la dignité de l’humanité ».




Pourquoi l’interculturalité est devenue une question majeure pour les Églises ?

L’interculturalité ne relève plus d’une réflexion théorique, elle s’impose comme une expérience concrète dans de nombreuses communautés chrétiennes. Dans un même lieu de culte peuvent se côtoyer des traditions liturgiques différentes, des sensibilités théologiques diverses, des histoires marquées par des contextes sociaux, politiques ou religieux parfois très éloignés. Cette diversité peut être source d’enrichissement mutuel. Elle peut aussi générer des tensions lorsque les différences ne sont pas reconnues ou lorsqu’une culture est implicitement considérée comme la norme à laquelle les autres devraient s’adapter.

Le défi consiste à apprendre à se rencontrer réellement, à écouter l’autre, à recevoir ce qu’il apporte et à accepter d’être transformé par cette rencontre.

La diversité culturelle au cœur de l’Église 

La transformation de la démographie chrétienne est aujourd’hui un facteur central pour comprendre l’interculturalité comme enjeu majeur dans les Églises protestantes.

Pendant longtemps, notamment dans le protestantisme français marqué par l’héritage huguenot, les fidèles appartenaient à des lignées religieuses relativement stables. Aujourd’hui, cette continuité s’est largement affaiblie. Dans de nombreuses Églises, fidèles et pasteurs viennent désormais de continents, de cultures et d’histoires religieuses très différents. Le banc de l’église n’est plus homogène, mais devient un espace de rencontre mondiale.

En Europe, cette transformation est accentuée par une forte sécularisation. Les Églises y perdent de l’influence sociale et culturelle, dans des sociétés où une partie importante de la population se détache des institutions religieuses. Les sociologues parlent de « non-vertis » pour désigner ces personnes qui ont été socialisées dans une religion mais qui la quittent, contrairement aux « convertis » qui y entrent volontairement. Les chiffres illustrent ce recul de l’appartenance chrétienne institutionnelle : seuls environ 26 % des jeunes adultes se déclarent chrétiens en France.

Un autre changement majeur est géographique. Le christianisme n’est plus principalement européen. Il est aujourd’hui largement porté par l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine. Alors qu’au début du XXe siècle, la majorité des chrétiens vivaient en Europe (par exemple au moment de la Conférence d’Édimbourg en 1910), ce centre de gravité s’est déplacé vers le Sud global. Ainsi, le christianisme contemporain peut être décrit comme une religion majoritairement non-européenne, ce qui implique une diversité de formes : théologies, pratiques liturgiques, styles de prière, rapports à l’autorité religieuse, etc.

Dans ce contexte globalisé, les Églises locales, notamment dans les grandes villes, deviennent des espaces où se concentrent ces transformations. Une ville comme Paris illustre particulièrement ce phénomène : métropole mondiale, marquée par les migrations, elle rassemble des fidèles issus de très nombreux pays et traditions ecclésiales. Le protestantisme francilien reflète ainsi une forte diversité culturelle, liée aux migrations internationales (des centaines de nationalités représentées). Cette diversité ne concerne pas seulement les fidèles, mais aussi les formes d’Église elles-mêmes : certaines communautés historiques, souvent installées dans le centre de Paris, coexistent avec des Églises plus récentes, souvent évangéliques ou pentecôtistes, implantées en périphérie et issues des migrations.

Une question profondément théologique

La diversité culturelle n’est pas seulement une question sociologique. Elle interroge directement la manière dont les chrétiens comprennent l’Évangile et vivent leur vocation.

Les auteurs bibliques eux-mêmes témoignent de sensibilités différentes. Les évangiles ne racontent pas tous Jésus de la même manière ; les lettres de Paul répondent à des contextes culturels spécifiques, tandis que d’autres écrits du Nouveau Testament reflètent des préoccupations théologiques distinctes. Dès les premiers temps du christianisme, la question de l’unité dans la diversité est posée : comment annoncer un même Évangile à des communautés marquées par des langues, des cultures et des traditions différentes ?

L’histoire de l’Église prolonge cette dynamique. Les premiers théologiens ont dialogué avec la culture grecque et la philosophie antique pour exprimer la foi chrétienne. Plus tard, le christianisme s’est enraciné dans des contextes aussi variés que l’Europe médiévale, l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique latine, donnant naissance à des expressions multiples de la même foi. Chaque époque a cherché à articuler l’Évangile avec les questions, les aspirations et les défis de son temps. Ainsi, loin d’être une nouveauté, la rencontre entre cultures est inscrite au cœur même de l’histoire chrétienne. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est la conscience que ces différentes voix doivent pouvoir dialoguer sur un pied d’égalité, dans une relation de réciprocité plutôt que de domination.

Dépasser les héritages de domination

L’interculturalité conduit également à regarder avec lucidité l’histoire des relations entre les peuples et les Églises. Les héritages missionnaires et coloniaux continuent parfois d’influencer les représentations, les pratiques et les rapports de pouvoir. Certaines traditions théologiques ont longtemps été présentées comme universelles alors qu’elles étaient profondément marquées par leur contexte culturel particulier. Reconnaître cette réalité ne signifie pas renier l’histoire. Cela permet au contraire d’ouvrir un espace de dialogue plus équitable où chaque culture peut être entendue et reconnue. Cela appelle ainsi à une conversion du regard : passer d’une logique de domination à une logique de partenariat, d’écoute mutuelle et d’hospitalité.

Le véritable défi n’est pas la diversité culturelle en elle-même, mais la qualité de la relation entre les cultures et les Églises. L’interculturalité commence lorsque personne ne se place au-dessus de l’autre et que chacun accepte d’apprendre de l’autre. – Gilles Vidal, professeur et co-directeur du Centre Maurice-Leenhardt de recherche en Missiologie à l’IPT de Montpellier

Un forum pour relever le défi

C’est dans cet esprit que le Forum « Culture d’Églises ou Église des cultures… Le défi de l’interculturalité » réunira membres d’Églises, théologien.ne.s, chercheur.e.s, partenaires du Défap, envoyé.e.s, boursier.ère.s et acteur.rice.s de terrain.

Pendant trois jours, conférences, ateliers, témoignages, tables rondes et temps spirituels permettront d’explorer ensemble les enjeux bibliques, théologiques, anthropologiques et pratiques de l’interculturalité. Les participants réfléchiront à des pistes concrètes pour leurs paroisses, leurs mouvements et leurs projets communs.

Au-delà des échanges, l’ambition est de construire des relations durables, de favoriser l’émergence de formations à l’interculturalité et d’encourager l’organisation de forums locaux dans les régions et consistoires. Car la question demeure plus actuelle que jamais : l’Église sera-t-elle une juxtaposition de cultures ecclésiales ou deviendra-t-elle une véritable Église des cultures ? Le Forum 2026 propose d’ouvrir ensemble ce chantier essentiel pour l’avenir du témoignage protestant.

Informations pratiques

📅 Du vendredi 2 octobre au Dimanche 4 octobre 2026

📍Domaine du Lazaret, 34200 Sète

🎫 Forum ouvert à tous dans la limite des places disponibles




Les Jeudis du Défap : Modifications constitutionnelles et longues mandatures en Afrique – Le replay

Les modifications constitutionnelles destinées à prolonger les mandats présidentiels constituent aujourd’hui l’un des débats les plus sensibles en Afrique. Souvent présentées comme des instruments de stabilité politique et de continuité du développement, elles suscitent également de nombreuses critiques de la part de la société civile, des juristes et des responsables religieux. Lors de sa conférence intitulée « Un regard éthico-théologique sur la problématique des modifications constitutionnelles pour les longues mandatures en Afrique », le pasteur et docteur en théologie Benjamin Kokou Gabiam a proposé une réflexion qui dépasse le cadre strictement juridique. Son analyse interroge la légitimité morale du pouvoir à travers les enseignements bibliques et les principes éthiques de justice, de responsabilité et de bien commun.

Les révisions constitutionnelles : entre légalité et légitimité

Selon Benjamin Kokou Gabiam, la Constitution ne doit pas être considérée comme un simple instrument juridique. Elle constitue un cadre destiné à limiter l’exercice du pouvoir et à protéger les citoyens contre l’arbitraire. Si la révision constitutionnelle est un mécanisme légal prévu par les textes, elle ne devient pas automatiquement légitime sur le plan moral.

Depuis les années 2000, plusieurs pays africains ont modifié leur Constitution afin de permettre à leurs dirigeants de rester plus longtemps au pouvoir. Ces réformes sont souvent justifiées par la nécessité d’assurer la stabilité politique ou de poursuivre des programmes de développement. Cependant, elles sont fréquemment perçues comme des manœuvres destinées à préserver des intérêts particuliers plutôt qu’à servir l’intérêt général.

Le conférencier rappelle ainsi qu’une réforme constitutionnelle doit toujours être évaluée à la lumière de sa finalité. Une modification qui renforce l’État de droit et les libertés publiques peut être bénéfique. En revanche, lorsqu’elle vise principalement à maintenir un dirigeant au pouvoir, elle risque d’affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions et de compromettre l’équilibre démocratique.

La longévité au pouvoir à l’épreuve de l’éthique biblique

La question de la longévité au pouvoir ne reçoit pas, selon l’orateur, de réponse simple ou absolue. D’un côté, un dirigeant qui reste longtemps en fonction peut assurer une certaine continuité des politiques publiques, favoriser la stabilité et conduire des réformes de long terme. Cette situation peut être particulièrement utile dans les contextes de sortie de crise ou de reconstruction nationale.

D’un autre côté, la durée excessive du pouvoir comporte des risques importants. Elle peut entraîner l’affaiblissement des contre-pouvoirs, la personnalisation du pouvoir, la corruption et la réduction des espaces démocratiques. Lorsque les institutions de contrôle deviennent dépendantes de l’exécutif, l’État de droit se fragilise progressivement.

Pour éclairer cette réflexion, Benjamin Kokou Gabiam s’appuie sur le texte de Romains 13. L’apôtre Paul y invite les croyants à reconnaître l’autorité politique comme une institution nécessaire à l’ordre social. Toutefois, cette autorité n’est pas absolue. Elle est appelée à servir le bien commun et demeure responsable devant Dieu. La Bible ne justifie donc pas l’obéissance aveugle aux gouvernants ni les abus de pouvoir.

Le conférencier rappelle également que les Écritures associent la prospérité d’une nation non à la durée d’un règne, mais à la justice. Les textes bibliques mettent en garde contre les dérives du pouvoir sans contrôle et soulignent l’importance de l’humilité, de la responsabilité et de l’écoute. Ainsi, la longévité au pouvoir n’est ni un bien ni un mal en soi : tout dépend de l’usage qui en est fait et de la solidité des institutions qui l’encadrent.

Pour une gouvernance fondée sur la justice et le bien commun

Afin d’évaluer la pertinence d’une modification constitutionnelle, le pasteur Gabiam propose trois critères éthiques fondamentaux : la justice, la vérité et l’humilité du pouvoir.

La justice exige que toute réforme soit orientée vers le bien commun et la protection des plus vulnérables. Une Constitution ne doit pas être modifiée au bénéfice d’un individu ou d’un groupe, mais dans l’intérêt de la nation.

La vérité et la transparence impliquent que les processus de révision se déroulent dans un climat de dialogue, de consultation et de participation citoyenne. Une réforme menée dans l’opacité ou sans véritable débat public perd une grande partie de sa légitimité.

Enfin, l’humilité du pouvoir constitue un principe essentiel de l’éthique biblique. Le dirigeant est appelé à se considérer comme un serviteur du peuple et non comme le propriétaire de sa fonction. Sa capacité à accepter l’alternance et à préparer sa succession est un signe de maturité démocratique.

Le conférencier souligne également le rôle important des Églises et des leaders religieux. Sans s’engager dans des logiques partisanes, ils ont pour mission de rappeler les exigences morales de la gouvernance, de défendre l’État de droit et de promouvoir la réconciliation lorsque les crises politiques divisent les sociétés.

La réflexion de Benjamin Kokou Gabiam met en lumière une idée essentielle : la légitimité du pouvoir ne dépend pas de sa durée, mais de sa capacité à servir la justice, la paix et le bien commun. Les modifications constitutionnelles ne doivent jamais être évaluées uniquement à partir de leur légalité formelle, mais aussi à partir de leur portée éthique et de leurs conséquences sur la démocratie. Pour l’Afrique, le défi consiste à construire des institutions capables de concilier stabilité politique, responsabilité des dirigeants et respect de l’État de droit. Dans cette perspective, la Constitution demeure non seulement un texte juridique, mais aussi un pacte moral destiné à protéger les peuples et à garantir une alternance pacifique du pouvoir.




Comment l’Église joue-t-elle un rôle essentiel dans la solidarité ?

L’Église ne se limite pas à un espace spirituel. Elle agit au cœur des réalités humaines, sociales et politiques. Dans de nombreux contextes, notamment en Afrique, elle représente un acteur de proximité capable de mobiliser les communautés, défendre la dignité humaine et porter des initiatives concrètes de solidarité. À travers son engagement pour la justice sociale, l’écologie, l’égalité et le développement, l’Église devient un véritable pont entre les besoins locaux et les enjeux mondiaux.

La place de l’Église dans la société

Le rôle de l’Église auprès des communauté locales

L’Église occupe une place centrale dans la vie quotidienne de nombreuses populations. Elle accompagne les personnes dans les moments essentiels de l’existence : naissance, éducation, maladie, deuil ou crise sociale. Cette présence de proximité lui confère une autorité morale et une capacité d’action uniques.

Dans la conférence des Jeudis du Défap de Flore Badila Loupe, pasteure et docteure en théologie, sur le rôle de l’Église dans la société, il est rappelé que la mission prophétique de l’Église consiste à « dénoncer les injustices sociales, défendre le respect du droit humain, affirmer la dignité de la personne humaine, œuvrer pour la justice sociale et la sauvegarde de la création ». Cette mission dépasse largement le cadre religieux : elle engage l’Église dans la transformation de la société.

En Afrique notamment, l’Église est souvent présente là où les institutions publiques sont fragiles ou absentes. Elle soutient les populations vulnérables, favorise l’entraide et participe à la cohésion sociale. Son ancrage communautaire lui permet d’agir durablement et de construire des dynamiques collectives fondées sur la solidarité.

Un puissant levier de sensibilisation

Grâce à son implantation locale, l’Église possède également une forte capacité de sensibilisation. Elle ne transmet pas seulement des discours : elle forme des consciences, influence les comportements et encourage des pratiques solidaires.

Dans la conférence des Jeudis du Défap sur « l’Église et écologie en contexte africain », Marcel Ngirinshuti, vice Doyen à la Faculté des Technologies de l’Information et de la Communication, souligne que les Églises africaines peuvent faire de l’écologie « une pratique communautaire, intégrée à la vie quotidienne et à la spiritualité ». Par leurs écoles, leurs cultes, leurs groupes de jeunes ou leurs réseaux communautaires, elles sensibilisent à des enjeux essentiels comme la protection de l’environnement, la justice sociale ou le vivre-ensemble.

Cette capacité de mobilisation permet aussi de relier les réalités locales aux grands défis contemporains : changement climatique, pauvreté, violences sociales ou discriminations. L’Église devient alors un espace d’éducation citoyenne et de transformation sociale.

Une vision fondée sur la dignité humaine, la justice sociale et la sauvegarde de la création

Une solidarité enracinée dans la dignité humaine

L’engagement de l’Église repose sur une conviction fondamentale : chaque être humain possède une dignité inaliénable. Cette vision pousse les communautés chrétiennes à défendre les plus vulnérables et à lutter contre toutes les formes d’exclusion.

Dans la conférence des Jeudis du Défap avec Fifamé Fidèle Houssou Gandonou sur la réflexion sur les fondements éthiques du féminisme, il est affirmé que « le féminisme, bien compris, est une branche de l’éthique qui vise l’excellence humaine ». L’objectif n’est pas d’opposer les personnes entre elles, mais de restaurer une humanité réconciliée, fondée sur la réciprocité et le respect mutuel. Cette approche rejoint la mission sociale de l’Église : défendre les droits des femmes, lutter contre les violences et promouvoir une société plus juste. L’Église est ainsi appelée à questionner certaines pratiques culturelles ou interprétations religieuses qui entretiennent les inégalités.

L’écologie comme engagement spirituel et social

La solidarité portée par l’Église s’exprime également dans son engagement écologique. Face à la dégradation de l’environnement et à ses conséquences sur les populations pauvres, de nombreuses communautés chrétiennes développent des initiatives concrètes.

Marcel Ngirinshuti rappelle que « protéger l’environnement n’est pas seulement un enjeu écologique, c’est un acte de solidarité avec les plus vulnérables ». L’écologie devient alors une question de justice sociale et de foi. Des Églises participent aujourd’hui à des projets de reforestation, de gestion durable de l’eau, d’agriculture communautaire ou de sensibilisation environnementale. Elles montrent qu’il est possible de concilier protection de la création et lutte contre la pauvreté.

Cette vision s’appuie sur une compréhension biblique de la création comme un don confié à l’humanité. L’être humain n’est pas propriétaire absolu de la terre : il en est le gardien.

Une solidarité qui relie les peuples

L’Église joue aussi un rôle essentiel dans la solidarité internationale. Grâce à ses réseaux, elle relie des communautés de différents pays autour de projets communs et d’un engagement partagé pour la justice et la paix. Les Églises deviennent ainsi des espaces de dialogue interculturel, de coopération et de soutien mutuel. Elles permettent de faire entendre les réalités vécues localement dans les débats mondiaux sur le développement, les droits humains ou la justice climatique.

Le Défap, un pont entre les réalités locales et les enjeux mondiaux

Un acteur historique de la solidarité internationale

Défap joue un rôle majeur dans cette dynamique de solidarité. Service protestant de mission, il accompagne depuis de nombreuses années des Églises et des partenaires dans différents pays, notamment en Afrique.

Le Défap agit comme un pont entre les réalités locales et les enjeux internationaux. Son action repose sur l’échange, la coopération et la réciprocité entre les Églises partenaires. Il soutient des projets répondant à des besoins de communautés liés à l’éducation, à la formation théologique, à l’écologie, aux droits humains ou encore à l’autonomisation des femmes.

Par exemple, le CIPCRE porte un projet visant à améliorer l’assainissement et la protection de l’environnement dans les villages d’Agbonan et de Kpanoukpadé, au Bénin, grâce à la valorisation des déchets agricoles et ménagers. Par la production de biogaz, de compost et l’installation d’un système solaire de pompage d’eau, il encourage une gestion écologique des ressources et des pratiques énergétiques durables.

L’envoi et l’accueil de volontaires

Le Défap favorise également les échanges humains grâce à l’envoi et à l’accueil de volontaires. Ces expériences permettent la rencontre entre cultures, le partage de compétences et la construction de relations durables entre communautés de différents pays. Les volontaires participent à des projets éducatifs, sociaux ou environnementaux et découvrent d’autres réalités humaines. Cette mobilité contribue à faire vivre une solidarité concrète, fondée sur la rencontre et l’engagement réciproque.

Conclusion

L’Église joue un rôle essentiel dans la solidarité parce qu’elle agit au plus près des réalités humaines. Par son ancrage local, sa capacité de sensibilisation et son engagement pour la dignité humaine, elle contribue à construire des sociétés plus justes et plus fraternelles.

Qu’il s’agisse de justice sociale, d’écologie, d’égalité femmes-hommes ou de solidarité internationale, l’Église peut devenir un véritable acteur de transformation. À travers des organisations comme Défap, cette solidarité prend une dimension mondiale, reliant les communautés locales aux grands défis contemporains et rappelant qu’aucune société ne peut avancer durablement sans justice, sans dignité et sans fraternité.




Un regard éthico-théologique sur la problématique des modifications constitutionnelles : Rendez-vous le 28 mai

Dans le cadre des conférences « Les jeudis du Défap », Benjamin Kokou Gabiam, Pasteur de l’Église Méthodiste du Togo, vous donne rendez-vous le jeudi 28 mai pour présenter ses travaux sur  » un regard éthico-théologique sur la problématique des modifications constitutionnelles pour les longues mandatures en Afrique ». Cette rencontre offrira d’abord un temps de présentation du chercheur et de ses travaux, suivi d’un espace de dialogue ouvert avec les participants. 

Je m’inscris à la conférence

Le parcours de Benjamin Kokou Gabiam

Benjamin Kokou GABIAM est pasteur de l’Église Méthodiste du Togo, docteur en Théologie, option Éthique et directeur du Département de formation, d’éducation chrétienne et d’animation théologique de l’Église Méthodiste du Togo. Il est également aumônier des Méthodistes togolais de la diaspora et auteur de deux ouvrages intitulés : Le Saint-Esprit et les esprits dans le contexte togolais, et Les prénoms et leurs sens.

Pourquoi parler des modifications constitutionnelles pour les longues mandatures en Afrique ?

Les modifications constitutionnelles pour les longues mandatures en Afrique sont devenues une pratique courante dans de nombreux pays du continent. Elles sont souvent justifiées par les gouvernements comme une nécessité pour assurer la stabilité politique et le développement économique. Or, ces modifications constitutionnelles sont utilisées pour prolonger le mandat des dirigeants au pouvoir, ce qui conduit à une concentration excessive du pouvoir et à une érosion des droits de l’homme. Ce phénomène des coups d’Etat constitutionnels ne cesse de susciter des débats parmi les citoyens, les organisations de la société civile et les leaders religieux. Les conséquences de ces situations sont, entre autres, la répression de l’opposition, la corruption, l’instabilité politique et des conflits violents. S’il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu et, si les autorités qui existent, ont été établies par Dieu (Romains 13 : 1-2), quelle perspective éthico-théologique dans ce contexte de modifications constitutionnelles pour un avenir de paix sur le continent africain ?

Je m’inscris à la conférence




Les Jeudis du Défap : Le rôle de l’Église dans la politique – Le replay

Lors de la conférence mensuelle des Jeudis du Défap ayant eu lieu le 9 avril 2026, Flore Badila Loupe a livré une réflexion approfondie sur le rôle de l’Église évangélique du Congo dans la sphère politique. Son intervention met en lumière une tension persistante entre engagement prophétique et réserve institutionnelle.

Dès l’ouverture, la conférencière rappelle que la question des rapports entre Église et politique traverse toute l’histoire du christianisme. Entre méfiance et implication, les positions divergent, mais une constante demeure : la mission de l’Église — annoncer l’Évangile, défendre la dignité humaine et dénoncer les injustices — l’inscrit inévitablement dans l’espace public.

Pour éclairer cette problématique, elle s’appuie sur les réformateurs du XVIᵉ siècle, notamment Ulrich Zwingli et Jean Calvin. Le premier conçoit une société où Église et État sont étroitement liés au service du bien commun, tandis que le second distingue les deux sphères tout en prônant leur coopération. Ces approches montrent que la réflexion sur l’engagement politique de l’Église est ancienne et toujours d’actualité.

Dans le contexte de l’Église évangélique du Congo, Flore Badila Loupe souligne une position ambivalente. Si les fidèles sont encouragés à participer à la vie politique pour promouvoir la justice sociale, les responsables religieux, eux, sont soumis à des restrictions strictes. Cette contradiction révèle, selon elle, une difficulté à assumer pleinement la mission prophétique de l’Église.

La conférencière insiste sur le fait que l’Église ne peut rester en retrait face aux réalités politiques. Reprenant une formule marquante — « si vous ne faites pas la politique, la politique vous fait » — elle souligne que l’engagement citoyen est inévitable. Cette idée rejoint la pensée d’Aristote, pour qui l’être humain est fondamentalement un « animal politique », appelé à vivre en société et à contribuer au bien commun.

L’intervention mobilise également la doctrine des « deux règnes », qui distingue le spirituel et le temporel. Toutefois, loin de les opposer, Flore Badila Loupe insiste sur leur complémentarité. L’Église et l’État doivent entretenir une relation de partenariat, chacun jouant un rôle spécifique dans l’organisation de la société.

En conclusion, la conférencière appelle à une redéfinition du rôle de l’Église en Afrique. Elle plaide pour une institution plus engagée, capable de former des citoyens responsables, de dénoncer les injustices et d’accompagner les acteurs politiques. Dans un contexte marqué par de nombreux défis sociaux et politiques, l’Église est invitée à sortir de sa neutralité pour devenir un acteur majeur de transformation sociale.

Pour Flore Badila Loupe, l’enjeu est clair : rester fidèle à sa mission implique pour l’Église de s’impliquer dans la vie de la cité, non pas comme une force partisane, mais comme une conscience éthique au service du bien commun.




Le Défap en Guyane : l’installation du pasteur Côme Contazi

Du 2 au 8 mars 2026, une mission de terrain a conduit Vincent Nême-Peyron, secrétaire général du Défap, et Jean-Luc Blanc, président de la Communauté d’Églises Protestantes Francophones (CEPF) en Guyane pour accompagner l’installation du pasteur Côme Contazi. Un moment important pour une Église locale marquée par plusieurs années sans pasteur.

À Rémire-Montjoly, dans la banlieue de Cayenne, l’Église protestante de Guyane (EPG) retrouve un visage pastoral. Après une période prolongée sans ministre, la communauté a accueilli en janvier 2026 le pasteur Côme Contazi, originaire du Burundi et précédemment engagé au sein de l’Église Évangélique au Maroc.

Sa prise de fonction, prévue pour un an renouvelable, a donné lieu à une mission de terrain avec pour objectif d’accompagner cette nouvelle étape et mesurer les dynamiques à l’œuvre dans une Église locale.

Un Pasteur au cœur d’une communauté en attente

L’Église protestante de Guyane se caractérise par sa grande diversité. Composée majoritairement de fidèles d’origines africaine, antillaise et malgache, elle rassemble une trentaine de personnes lors du culte dominical, célébré dans l’église Sainte-Anne.

Au-delà de sa taille modeste, la communauté se distingue par la qualité de ses relations extérieures. Elle entretient des liens étroits avec d’autres Églises chrétiennes, évangéliques et catholiques, mais aussi avec la petite communauté musulmane, les aumôneries hospitalière et militaire, ainsi que les autorités civiles. Un ancrage local qui témoigne d’un sens du dialogue.

Sur place, les premiers retours sont encourageants. Le pasteur Côme Contazi apparaît attentif et déjà bien engagé dans la vie de la communauté, dont il connaît plusieurs membres.

Le Conseil presbytéral ne cache pas sa satisfaction : après plusieurs années sans pasteur, la présence d’un ministre est vécue comme un véritable renouveau. Les échanges menés durant la mission ont permis d’aborder en profondeur les enjeux du ministère pastoral et les perspectives de développement de la vie communautaire.

Un dialogue œcuménique encouragé

Parmi les temps forts de la mission figure une rencontre avec l’évêque de Guyane. Accueillant et ouvert, celui-ci a exprimé son attachement au dialogue entre confessions chrétiennes.

Il voit dans la présence d’un pasteur protestant un point d’appui pour renforcer les relations œcuméniques, et se montre favorable à des initiatives communes, comme la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Dans un paysage religieux complexe, marqué par la diversité des Églises évangéliques, il attend aussi de la communauté protestante un rôle de repère et de médiation.

Une installation festive

Le point culminant de la mission a eu lieu le dimanche 8 mars, avec le culte d’installation du pasteur Côme Contazi à l’église Sainte-Anne. L’événement a rassemblé une soixantaine de personnes, bien au-delà de l’assistance habituelle. Représentants de la société civile, responsables religieux de différentes confessions — évangéliques, catholiques, musulmans — ainsi que des acteurs institutionnels étaient présents, témoignant de l’importance de ce moment. Retransmis par une radio locale et couvert par la presse, le culte s’est déroulé dans une atmosphère à la fois solennelle et joyeuse. La prédication a été assurée par Vincent Nême-Peyron, tandis que la liturgie d’installation était coprésidée avec Jean-Luc Blanc. La présence de Christian Seytre, acteur clé de la venue du pasteur, a également marqué cette célébration. Au-delà de la cérémonie, c’est un véritable élan qui semble se dessiner. À l’issue du culte, un repas convivial a permis de prolonger les échanges, dans une ambiance chaleureuse.




Le Défap en Martinique et en Guadeloupe : le défi d’un ministère partagé

Du 12 au 23 février 2026, Vincent Nême-Peyron, secrétaire général au Défap, et Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique, ont réalisé une mission terrain en Martinique et en Guadeloupe avec un objectif précis : assurer le suivi du ministère du pasteur Pierre Thiam. Originaire du Sénégal, ce dernier occupe une position particulière puisqu’il partage son engagement entre deux Églises protestantes réformées, chacune avec ses réalités propres : celle de Martinique (EPRM) et celle de Guadeloupe (EPRG).

Cette mission avait pour but d’évaluer son intégration et de recueillir les impressions des responsables locaux.Dans les Églises protestantes réformées des Antilles, la réalité pastorale évolue. Moins de pasteurs, des communautés dispersées, et des attentes renouvelées : autant de défis qui appellent des organisations inédites. C’est dans ce contexte que s’inscrit le ministère du pasteur Pierre Thiam. Malgré cela, les responsables locaux ont salué son sens de l’écoute, sa capacité d’adaptation et son tempérament calme et bienveillant. Ils ont également souligné la qualité de son engagement et sa capacité à s’inscrire dans des contextes variés.

Au-delà du cas individuel, cette mission met en lumière une tendance plus large : celle de ministères partagés, appelés à se multiplier face aux contraintes démographiques et organisationnelles des Églises. Maintenir un lien fort avec deux communautés, sur deux îles, exige du temps, de l’énergie et une coordination fine.




Le rôle de l’Église dans la politique : Rendez-vous le 9 avril

Dans le cadre du cycle « Les jeudis du Défap », une conférence en ligne se tiendra le jeudi 9 avril, de 18h30 à 20h, autour de la thématique « Le rôle de l’Église dans la politique » avec Flore Urbaine BADILA LOUPE. Cette rencontre offrira d’abord un temps de présentation de la chercheuse et de ses travaux, suivi d’un espace de dialogue ouvert avec les participants. Un moment privilégié d’échange, de réflexion et de partage, invitant chacun à approfondir sa compréhension de la position de l’Église dans ses rapports avec l’État et celui lié à l’évangélisation et à l’engagement social.Je m’inscris à la conférence

Le parcours de Flore Badila Loupe

Flore Urbaine Badila Loupe est pasteure de l’Église Évangélique du Congo (EEC) et docteure en théologie (PhD), spécialisée en éthique. Titulaire d’une licence en philosophie, d’une licence et d’un master en théologie, elle est la première femme à avoir été nommée doyenne de la Faculté de théologie de l’Université Protestante de Brazzaville, après en avoir été vice-doyenne de 2020 à 2024. Elle y est également responsable du département d’éthique.

Engagée dans la vie ecclésiale et académique, elle est vice-présidente de la Conférence des ecclésiastiques de l’EEC, membre du Conseil synodal, vice-présidente de l’Union des femmes évangéliques du Congo et secrétaire générale du Cercle des théologiennes. Auteure de Le rôle de l’Église dans la politique : quel prisme pour le devenir de la cité ? (Éditions CLE, 2024), elle contribue activement à la réflexion sur les liens entre foi, éthique et société.

Pourquoi parler du rôle de l’Église dans la politique ?

« Il est établi que la problématique de la politique continue toujours à défrayer la chronique dans l’univers des théologiens engagés. Sur ce, nous ne dérogeons pas à la règle. C’est pour cela, nous soulevons, dans une approche éthique, avec virulence et dextérité, la sempiternelle question du rapport entre l’Église et la politique. En effet, la question a suscité de nombreuses équivocités, des controverses au sein de certaines sensibilités intellectuelles ou au sein des penseurs. De par sa mission prophétique qui est celle de dénoncer les injustices sociales, de promouvoir la dignité de la personne humaine, de sauvegarder la création ; l’Église en général et les Églises Protestantes en particulier ont une conception péjorative de la politique.

Par conséquent, le rôle que devrait jouer l’Église dans ses rapports avec l’État est celui lié à l’évangélisation et à l’engagement social. Il est de bon aloi que ce rôle déterminant de l’Église dans la politique est presque occulté. Il doit être pris au sérieux pour un meilleur avenir de la société. Car tous ceux qui dirigent l’Église et la cité sont des élus de Dieu pour l’accomplissement de son œuvre et devraient parler le même langage.

Dans une démarche assez corsée, l’auteure Flore Urbaine BADILA LOUPE présente le rôle combien éminent qu’ont joué les prophètes de l’Ancien Testament dans l’orientation des rois à l’instar d’Ésaïe, d’Élie, de Nathan, de Jérémie, etc. Il ressort que ces prophètes ont été au service des rois et de la nation d’Israël. Certains ont connu la persécution du fait qu’ils ont annoncé aux rois leurs égarements et leurs chutes ; d’autres ont vécu une liberté parce que les rois les ont écoutés. Le souhait de l’auteur est d’avoir des prophètes, c’est-à-dire des ecclésiastiques qui soient au chevet des rois des temps présents, c’est-à-dire des présidents des républiques pour leur dire que leur gouvernance n’honore pas leurs peuples. Si les prophètes peuvent le faire, le monde entier en général et l’Afrique en particulier sortiraient de la servitude, de la tyrannie et aspireraient au mieux-être de ses populations. »

Je m’inscris à la conférence