Cameroun : le Cepca à la rencontre du protestantisme français

Du 24 novembre au 4 décembre, le Secrétaire général et le responsable de la Communication du Conseil des Églises protestantes du Cameroun (Cepca) sont en visite en France. Leurs objectifs : évoquer des thèmes cruciaux pour le Cameroun, comme la crise anglophone, avec le Défap et la Fédération protestante de France ; et favoriser un rapprochement des diverses Églises camerounaises en France, notamment en organisant un culte commun, prévu le 2 décembre au sud de Paris.

La façade du bâtiment du Cepca à Yaoundé, où il voisine avec l’Upac © Cepca

Le Cameroun est un pays dans lequel le protestantisme a laissé une empreinte profonde. Les missions protestantes s’y sont succédé du XIXème au XXème siècle, venues des États-Unis, des divers pays d’Europe – ce qui inclut la SMEP, la Société des Missions Évangéliques de Paris, l’ancêtre du Défap. Les protestants ont construit les premières écoles, les premiers hôpitaux, la première université : l’Université protestante d’Afrique centrale (l’Upac), à Yaoundé. S’ils ne sont plus majoritaires, les protestants représentent encore aujourd’hui 26% de la population, le catholicisme étant à 40%, et l’islam à 20%. Les communautés protestantes les plus représentées sont les évangéliques, les baptistes, les presbytériens et les luthériens.

Dans ce pays où la vie religieuse est très active et très présente dans l’espace public, le Conseil des Églises protestantes du Cameroun (le Cepca) représente onze Églises luthériennes, réformées, baptistes et anglicanes. Anciennement nommé Fédération des Églises et Missions évangéliques du Cameroun (Femec), il est l’un des principaux partenaires du Défap dans le pays. Il représente, à travers ses diverses Églises membres, plus de 9 millions de fidèles, 10.000 temples (paroisses et lieux de cultes), environ 15.000 pasteurs, évangélistes et catéchistes ; ainsi que plus de 400 structures hospitalières (40% des hôpitaux camerounais sont des structures confessionnelles), et près de 1600 écoles.

Du 26 novembre au 2 décembre, deux représentants du Cepca sont en visite en France : il s’agit de son Secrétaire général, le pasteur Paul Ngando Mbende, et de son responsable de la Communication, le pasteur Gustav Ebai Tabi. Ils se sont entretenus lundi avec Jean-Luc Blanc, Secrétaire général du Défap, avant de rencontrer mardi François Clavairoly, Président de la Fédération protestante de France. Rencontres et entretiens.


Quels sont les principaux objectifs de votre visite en France ?

Pour aller plus loin :

Pasteur Paul Ngando Mbende, Secrétaire général du Cepca : Le bureau exécutif du Cepca ayant été renouvelé depuis le mois de mai 2018, il était indispensable de renouer les contacts avec nos partenaires. La venue au Cameroun du Secrétaire général du Défap, le pasteur Jean-Luc Blanc, a été pour nous le facteur déclencheur qui nous a décidés à lancer ces visites. Nous sommes à Paris depuis le samedi 24 novembre ; notre première rencontre a eu lieu ce lundi, au Défap. Nous avons eu l’occasion d’évoquer avec Jean-Luc Blanc l’évolution de la crise anglophone au Cameroun ; le plan stratégique du Cepca pour la période 2017-2021, notamment sur les questions des migrations et de la santé ; ainsi que les moyens de permettre un rapprochement des protestants camerounais présents en France, afin de faciliter le dialogue avec le Défap et la Fédération protestante de France.

En ce qui concerne la crise anglophone, en quoi se manifeste l’implication des Églises ?

Pasteur Gustav Ebai Tabi, Secrétaire Exécutif chargé du Département de l’Information et de la Communication : Les divers milieux religieux ont élaboré des actions de plaidoyer communes au sujet de la crise. Protestants, catholiques, musulmans, orthodoxes travaillent ensemble, appellent tous à une cessation des violences et à une reprise des activités normales dans les écoles, qui ont été visées par des prises d’otages. Pour nous tous, cet arrêt des violences est un préalable indispensable avant toute reprise des discussions. Et beaucoup de gens au Cameroun comptent sur cette implication des leaders religieux, sans qu’ils prennent parti, pour aider à retrouver une atmosphère de paix. Ainsi, à l’occasion de la Journée internationale de la Paix, nous avons organisé tous ensemble une cérémonie commune, en y invitant des représentants de la société civile, de l’armée, du gouvernement, de la sphère religieuse…

Qu’attendez-vous du protestantisme français sur ce sujet ?

Paul Ngando Mbende : C’est un sujet complexe et nous sommes encore en train de jeter les bases pour voir comment le protestantisme français, à travers le Défap et la Fédération protestante de France, peut manifester sa solidarité. Cette visite doit justement y contribuer.

À gauche, le Secrétaire général, le pasteur Paul Ngando Mbende ; à droite, le pasteur Gustav Ebai Tabi, Secrétaire Exécutif chargé du Département de l’Information et de la Communication © Défap

Quels sont vos objectifs en matière de santé ?

Gustav Ebai Tabi : Un des projets que nous avons évoqués avec le Secrétaire général du Défap, c’est la création d’une centrale d’approvisonnement en médicaments essentiels. C’est un thème qui nous tient à coeur et qui est très important pour nous, sachant que la santé est un département très développé au sein du Cepca : les diverses Églises membres du Cepca gèrent un total de 38 hôpitaux et 380 centres de santé. Or, trop souvent, les médicaments qui sont importés au Cameroun sont des génériques qui viennent d’Asie, et ne sont pas toujours efficaces…

Qu’envisagez-vous en direction des Églises camerounaises de France ?

Paul Ngando Mbende : Nous avons pour but de promouvoir un rapprochement de ces diverses Églises, qui sont très diverses, notamment en organisant un culte commun. Le but étant de permettre au Défap et à la FPF d’avoir des interlocuteurs bien identifiés au sein des Églises camerounaises, pour faciliter les contacts. Ce culte commun est prévu le 2 décembre à Issy-les-Moulineaux. Le Défap a accepté d’accueillir une réunion de pasteurs qui doit permettre de l’organiser. Nous espérons jeter des jalons afin de construire un petit groupe qui assurerait à la fois le rôle d’interface avec le Cepca, et d’interlocuteur pour le protestantisme français.

Dans quel autre domaine visez-vous à vous rapprocher du protestantisme français ?

Gustav Ebai Tabi : Nous recherchons des partenariats en termes d’information et de communication. Nous avons une radio, Protestant Voice Radio (PVR), un journal, Regards Protestants, un centre de ressources qui est riche en archives… Nous avons aussi développé un projet «Jeunesse et communication de paix» : il s’agit de former des jeunes dans des quartiers défavorisés pour qu’ils produisent des émissions de radio sur ce qu’il se passe près de chez eux…

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Être en mission ensemble, le défi des Églises aujourd’hui

Cet entretien avec Jean-Luc Blanc, Secrétaire général du Défap, a été réalisé avec le concours et les moyens techniques de Campus Protestant. Derrière les questions sur la mission aujourd’hui se profilent toutes les interrogations liées à une mondialisation qui tantôt rapproche, et tantôt désunit. Si au XIXème siècle, il s’agissait d’apporter l’Évangile au-delà des mers et d’implanter des Églises, aujourd’hui, le principal défi est de maintenir des relations entre Églises devenues autonomes. «On pourrait vivre sans : le Sud pourrait vivre sans le Nord, le Nord pourrait vivre sans le Sud, souligne Jean-Luc Blanc. Mais on veut continuer à cheminer ensemble, à s’interpeller mutuellement.»

 

Retrouvez également cet entretien sur le site de Campus Protestant.

Réalisation : Jean-Luc Mouton, pour Campus Protestant.




Premier Forum chrétien francophone : moins de murs, plus de ponts entre les Églises

Une expérience à vivre, des échanges centrés non sur un dialogue théologique mais sur les cheminements de foi des divers participants : c’est ce qu’a proposé pendant trois jours, du 28 au 31 octobre 2018, le premier Forum chrétien francophone organisé à Lyon. Une initiative directement inspirée du premier Forum Chrétien Mondial, qui depuis 2002 a essaimé dans divers pays sous la forme de Forums régionaux et nationaux. Avec comme temps fort une célébration ouverte à tous le soir du mardi 30 octobre, sur le thème «Moins de murs, plus de ponts entre les Églises».

Du 28 au 31 octobre s’est tenu à Lyon le premier Forum chrétien francophone. Durant ces trois jours, ce sont quelque 220 chrétiens de Belgique, du Luxembourg, de Suisse et de France, qui ont eu l’occasion de se retrouver. Ils appartenaient aux Églises catholiques, orthodoxes, issues de la Réforme, anglicanes mais aussi évangéliques et pentecôtistes. Leurs échanges ont été centrés, non pas sur un dialogue théologique mais sur leur expérience personnelle et leur cheminement de foi. Avec la volonté de «se mettre à l’écoute du Seigneur, partager nos itinéraires spirituels, nouer des amitiés, laisser retentir entre nous ce passage de Marc 3,12-14 :

Il monte dans la montagne
et il appelle ceux qu’il voulait.
Ils vinrent à lui et il en établit douze
pour être avec lui et pour les envoyer prêcher

Entre autres temps forts de l’événement, une célébration exceptionnelle a eu lieu le mardi 30 octobre à 19h30, sur le thème «Moins de murs, plus de ponts entre les Églises».

«Si nous en ressortons avec une connaissance réciproque grandie, nous aurons gagné notre pari»

Pour aller plus loin :
– Écoutez ci-dessous quelques émissions diffusées sur RCF :

Cette initiative s’appuyait sur la vision du Forum Chrétien Mondial, formulée en 2002 afin d’offrir un espace de rencontre entre des responsables ecclésiaux de toutes traditions et expressions, et sur l’expérience des premiers Forums de 2007 au Kenya, de 2011 en Indonésie et de 2018 en Colombie. Un des participants français, Daniel Thévenet, pasteur pentecôtiste de l’agglomération lyonnaise et président des Églises de Réveil en France, était revenu enthousiasmé par ces initiatives ; il avait proposé au Comité des Responsables d’Églises à Lyon (CREL) de s’en inspirer, pour organiser le premier événement du genre en zone francophone. Lyon est une ville avec une forte activité œcuménique et semblait toute indiquée pour accueillir une telle rencontre. Le Comité des Responsables d’Églises à Lyon est déjà à l’origine d’initiatives comme la célébration commune de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Il rassemble les représentants des Églises partenaires de la création de RCF (Radio Chrétienne Francophone) en 1982. Cette instance de concertation réunit l’Église catholique, l’Église copte, l’Église arménienne apostolique, l’Église anglicane, la Fédération Protestante de France et l’Église baptiste.

Pour que ce premier premier Forum chrétien francophone puisse voir le jour, un comité spécial d’organisation a été mis en place et a travaillé plus de deux ans, à partir de juillet 2016. Il réunissait des Français, des Belges et des Suisses, des représentants de l’Église Protestante Unie de France, des catholiques, des orthodoxes, le Secrétaire général du Forum Chrétien Mondial, le Secrétaire général adjoint du Conseil œcuménique des Églises, la Communauté de Taizé, la Communauté du Chemin Neuf…  La Fédération Protestante de France y était ainsi représentée par Anne-Laure Danet, responsable du service œcuménique et qui a longtemps travaillé au Défap (retrouvez c-dessous une interview en vidéo, et lisez ci-contre son témoignage : Le Forum Chrétien : La rencontre avec l’autre.)

«Dans les relations œcuméniques, on ne se satisfait jamais de la chaise vide. On doit toujours se demander : qui manque autour de la table ? C’est l’objectif de ce Forum», soulignait dans les colonnes de La Croix, au deuxième jour de l’événement, Marie-Jo Guichenuy, déléguée épiscopale à l’œcuménisme pour le diocèse de Lyon et membre du comité d’organisation. «Si nous en ressortons avec une connaissance réciproque grandie, nous aurons déjà gagné notre pari, car il ne s’agit pas d’une conférence académique ou institutionnelle, mais bien d’une expérience à vivre.»

 

Retrouvez ci-dessous une sélection d’interviews précédant ce premier Forum chrétien francophone :

 

Le forum chrétien francophone en un clip, diffusé par la FPF sur sa page Facebook :

 

Message du pape François pour l’ouverture du forum chrétien francophone :

 

Et pour finir, quelques photos de l’événement partagées par la page Facebook du Forum chrétien francophone de Lyon :




Message final de la dixième Assemblée Générale de la Cevaa

«Heureux ceux qui procurent la paix». Ce verset extrait de Matthieu 5, verset 9, qui accompagnait le thème de l’AG de Douala («Le chrétien et l’intolérance religieuse»), sert aussi d’introduction au message final qui a été adopté le lundi 22 octobre 2018, pour être adressé aux diverses Églises membres de la Communauté. Un verset qui «résonne comme une invitation à prendre au sérieux notre mission d’être artisans de paix dans le monde».

La photo de famille de la dixième Assemblée Générale de la Cevaa, octobre 2018 © Cevaa

 

Message final de la 10ème Assemblée Générale de la Cevaa

 

Mesdames et Messieurs,
Chères sœurs et chers frères en Christ,

 

Nous, délégué-es de la Cevaa, réuni-es en Assemblée Générale du 15 au 23 octobre 2018 à Douala, Cameroun, vous adressons nos fraternelles salutations en Christ. « Heureux ceux qui procurent la paix » (Matthieu 5,9) résonne comme une invitation à prendre au sérieux notre mission d’être artisans de la paix dans le monde ; la Cevaa étant une grande famille d’Églises qui prend en considération le fait que c’est ensemble que nous pouvons mieux répondre à l’appel de Jésus-Christ. L’Assemblée Générale composée de plus de 60 membres s’est focalisée lors de ses dixièmes assises sur la thématique Le chrétien et l’intolérance religieuse. Se mettre du côté de celles et ceux qui sont stigmatisés dans les sociétés européennes, faire face à des intolérances intra-chrétiennes et au radicalisme chrétien, renforcer la volonté de chercher une cohabitation pacifique avec les croyants d’autres traditions religieuses, visiter l’intolérance qui habite chaque délégué-e à sa façon, cela nous a préoccupé-es dans des discussions et regards croisés. Par le détour d’intervenants qualifiés pour insuffler des méthodes et des mécanismes face à l’intolérance, par l’étude de textes bibliques ouvrant des espaces de partage et d’interrogations, par l’écoute mutuelle des situations complexes de plusieurs Églises, nous avons ouvert un chapitre de réflexion et d’action important.

Le Secrétaire Général, dans son rapport d’activité, a constaté que presque toutes les Églises membres de la Cevaa ont, durant les deux dernières années, eu un projet ou une visite dans le cadre de la Communauté. Trois aspects ont été soulignés avec un soin particulier :

  • La Jeunesse, toujours en mouvement, a réussi à faire adopter une nouvelle stratégie Jeunesse qui cadre son activité et ouvre de nouvelles possibilités.
  • Le Projet Solidarité Santé a présenté son rapport final après trois ans de travail pour renforcer dix hôpitaux d’Églises. Une délégation de l’Église évangélique vaudoise d’Italie, qui a financé le projet à travers sa structure « Otto Per Mille » (OPM), a rejoint l’Assemblée pour souligner la qualité du travail effectué. La chargée de mission pour la Santé, la Dr. Mathilde Guidimti, a reçu le mandat de faire un rapport pour poursuivre sa mission. Une plaquette d’information est à disposition.
  • L’Action Commune décidée au Sénégal en 2014 a été mise en œuvre dans nos Églises et à travers un certain nombre de séminaires régionaux. Alors qu’elle est arrivée au terme d’un intense travail autour du thème, les délégué-es ont décidé de la poursuivre encore deux ans.
Pour aller plus loin :

L’Assemblée a reçu avec joie l’adhésion complète de l’Église Protestante de la Réunion. Des boursiers continuent leurs études, une dizaine de personnes sont engagées dans la Communauté pour servir une autre Église en tant qu’envoyé-e. Des séminaires de formation biblique et d’animation (AEBA) ont été dispensés dans plusieurs régions fidèlement à l’appel de la Cevaa : la p/Parole au peuple. Ces formations dispensées aux femmes étaient aussi des occasions de rencontres au-delà des frontières d’Églises. Le secteur des projets a distribué un « Guide pratique pour l’élaboration des projets Cevaa » que les directions des Églises et les délégué-es ont reçu ; il devra être rendu disponible pour tout organisme propre aux Églises qui développera l’idée de soumettre un projet. Des copies supplémentaires sont à commander au secrétariat de la Cevaa. En outre, l’Assemblée a discuté et adopté une procédure clarifiant le processus d’élection au sein de la Communauté.

La Cevaa est aussi en lien avec différentes instances et nous avons pu saluer des invités et écouter des messages de la Conférence des Églises de toute l’Afrique (CETA), et des organisations missionnaires : DM échange et mission à Lausanne (Suisse), Défap à Paris (France), VEM à Wuppertal (Allemagne). Ils ont tous souligné la pertinence de notre thème concernant l’intolérance religieuse.

Les délégué-es ont dû traiter une thématique douloureuse : la diminution importante de certaines contributions financières. Il fallait donc et il faudra encore dans l’avenir, resserrer les secteurs d’activité et le soutien à des projets de la Communauté. En groupes régionaux et en groupes multi-régions, l’Assemblée Générale a trié dans les possibilités d’augmenter les recettes et de diminuer les dépenses. Mais à moyen terme, les Églises membres de la Cevaa devront augmenter substantiellement leur solidarité par des dons importants, et peut-être la Cevaa devra-t-elle chercher à soutenir certains projets et activités par des fonds extérieurs aux Églises. Le budget adopté pour 2019 est fortement déficitaire.

Travaux de groupes lors de la dixième Assemblée Générale de la Cevaa, octobre 2018 © Cevaa

Mais nous avons aussi pris conscience que bientôt (en 2021) la Cevaa fêtera ses 50 ans. Une joie partagée par tou-te-s les délégué-es ; de nombreux projets sont proposés. Cela confirme le désir intense de rester en communion et en interaction. En groupe de travail et avec l’appui du Conseil Exécutif de la Cevaa, quelques projets seront choisis et réalisés. Les idées gravitent autour de trois axes : repenser la vision de la Cevaa, célébrer et fêter, trouver un moyen de créer quelque chose qui reste, tel un livre de prières ou des chants.

Pendant la traditionnelle rencontre des femmes, les hommes se sont aussi réunis. Cette inhabituelle réunion a permis de découvrir que de nombreuses Églises créent des liens entre les hommes à travers différentes structures, et certaines vont probablement s’en inspirer pour oser rassembler aussi les hommes entre eux.

Le culte d’ouverture mené avec entrain et joie par l’Union des Églises baptistes du Cameroun en collaboration avec l’Église évangélique luthérienne du Cameroun, a encouragé les délégué-es à vivre cette Assemblée Générale dans la joie du Seigneur. Accueillie par des chants et de nombreuses salutations, dont celle du Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, l’Assemblée Générale s’est déroulée dans un climat de confiance mutuelle et d’ouverture les uns envers les autres. Le culte de clôture célébré à Béthel, dans le quartier d’Akwa, a porté dans la prière les défis à relever, et l’envoi pour continuer à vivre ensemble l’Évangile et l’Église en mission.

Nous confions à votre intercession différents sujets de prière qui ont été soulevés durant l’Assemblée :

  • Les Églises qui sont menacées de divisions internes ;
  • Les Églises afin qu’elles vivent l’appel du Christ à procurer la paix et non l’intolérance religieuse ;
  • Pour les nombreux pays dans lesquels vivent et se développent les Églises membres de la Cevaa, et qui connaissent des contextes politiques inquiétants ou instables ;
  • Pour les familles qui cherchent un équilibre entre cultures et Évangile, entre traditions et ouverture ;
  • Pour la vie financière de la Communauté ;
  • Pour les délégué-es qui étaient absent-es pour des raisons de santé ou autres événements.

Nous vous saluons très fraternellement et espérons continuer à tisser des liens entre les Églises membres de la Cevaa, afin de renforcer toujours plus le témoignage de la vie et de l’œuvre de Jésus-Christ.




Cameroun : un colloque sur le ministère pastoral féminin

À l’occasion de la dixième Assemblée Générale de la Cevaa, qui s’est tenue du 15 au 24 octobre à Douala, poursuite de notre survol du pays et des activités du Défap. La pasteure Florence Taubmann, qui fait partie de l’équipe des permanents du Service protestant de Mission, a ainsi participé au cours de l’été à une rencontre organisée par Madeleine Mbouté, doyenne de la faculté de théologie protestante de Ndoungué, sur le ministère pastoral féminin.

La «photo de famille» du colloque, juillet 2018 © Défap

«Ministère pastoral féminin : mimétisme ou vocation divine ?» Tel était le thème de la rencontre organisée fin juillet 2018 par Madeleine Mbouté, doyenne de la faculté de théologie protestante de Ndoungué (Cameroun). Une cinquantaine de femmes y ont participé, la plupart occupant un poste pastoral, quelques-unes étudiantes et d’autres évangélistes. Des intervenant(e)s ont nourri les discussions à partir d’exposés sur l’Ancien et le Nouveau Testament, mais aussi sur l’histoire et l’avenir du ministère féminin au Cameroun et en France.

Pour aller plus loin :

Les femmes, qui peuvent entrer dans le ministère pastoral depuis le début des années 2000 au sein de l’Eglise évangélique du Cameroun, constituent environ 10 % du corps pastoral. Répondant à un questionnaire, elles ont témoigné en général d’une forte conscience personnelle de leur rôle et d’une bonne reconnaissance de leurs paroissiens, même si leurs collègues hommes bénéficient encore d’une prééminence dans l’attribution des postes.

Lors du colloque, la parole a été bien distribuée à l’ensemble des participantes, entre la génération des aînées et celle des plus jeunes, avec un réel désir de transmission. Ont été également abordées des questions d’éthique sexuelle, non seulement autour de problèmes de harcèlement, mais du point de vue de la responsabilité des femmes dans le maintien du respect qu’on leur doit.

Ce colloque a été l’occasion d’envisager de nouvelles rencontres régulières de pasteures et théologiennes, comme il y en avait dans le passé, mais plus depuis un certain temps.

Florence Taubmann




Cameroun : retour en images sur la dixième AG de la Cevaa

Ce grand rendez-vous réunissant les délégués des 35 Églises membres de la Cevaa, dont font partie les Églises constitutives du Défap (EPUdF, UEPAL et Unepref), s’est tenu du 15 au 24 octobre 2018 à Douala, capitale économique du Cameroun. Avec notamment des réflexions sur la vie financière et sur les célébrations des cinquante ans de la Cevaa en 2021. L’ensemble de cette Assemblée Générale était placé sous le thème «Le chrétien et l’intolérance religieuse», qui a donné lieu à divers ateliers, séances d’animation et tables rondes. Résumé en images.




Cameroun : la mosaïque des protestantismes

Survol de la vie des Églises protestantes au Cameroun, où s’est tenue en ce mois d’octobre 2018 la dixième Assemblée Générale de la Cevaa : présent depuis le XIXème siècle, le protestantisme a laissé son empreinte dans l’histoire du pays. Les protestants ont fondé les premiers hôpitaux, les premières écoles, la première université… Mais dans un pays à la diversité fourmillante, ils sont eux-mêmes partagés en de multiples Églises, que tente de fédérer le Cepca, le Conseil des Églises protestantes du Cameroun. Le protestantisme camerounais est aussi confronté aux difficultés que connaît le pays, et qui ont pesé sur la présidentielle du 7 octobre : notamment les affrontements dans les régions anglophones, et la poursuite des violences dues à Boko Haram.

Culte d’accueil de la dixième AG de la Cevaa à Douala, octobre 2018 © Cevaa

Le Cameroun est un pays qui pourrait être un continent. Plus de 200 ethnies et autant de langues, réparties dans des milieux naturels très contrastés : c’est une «Afrique en miniature», comme on l’entend parfois dans la bouche de Camerounais. Dans ce paysage fourmillant, le protestantisme s’est implanté de longue date, apportant l’Évangile dès le XIXème siècle, avec tout d’abord les baptistes, incarnés par le Jamaïcain Joseph Merrick et l’Anglais Alfred Saker. Ils ont été suivis par les presbytériens américains, puis par des arrivées successives de missionnaires d’Europe, dont ceux de la Société des Missions Évangéliques de Paris. Les protestants ont construit les premières écoles, les premiers hôpitaux, la première université : l’Université protestante d’Afrique centrale, à Yaoundé. Sa faculté de théologie, où se retrouvent de futurs pasteurs, mais aussi des étudiants catholiques ou musulmans, accueille aujourd’hui dans une perspective interdénominationnelle des étudiants venant de différents pays des sous-régions d’Afrique Centrale et de l’Afrique de l’Ouest, et bénéficie du soutien de la Cevaa. C’est dans une école protestante qu’a été composé l’hymne national camerounais ; et il n’est pas rare de voir en pleine ville des panneaux publicitaires affichant des versets bibliques pour le compte de telle ou telle Église.

Pour aller plus loin :

Mais le protestantisme n’est plus majoritaire au Cameroun. Selon des estimations officielles, il représente aujourd’hui 26% de la population, le catholicisme étant à 40%, et l’islam à 20%. Il porte l’héritage des missionnaires successifs qui ont fondé autant d’Églises dans les diverses régions du pays : à l’ouest les baptistes, au nord les luthériens, au sud la mission américaine… Une géographie dont l’évolution se poursuit avec la croissance plus récente d’Églises pentecôtistes qui font concurrence aux Églises dites «historiques». À ces lignes de partage s’en ajoutent d’autres, parfois internes aux Églises, en fonction des ethnies, créant de sensibles jeux d’équilibre, voire des conflits, dans la gestion des diverses instances ecclésiales. Une situation qui n’est pas propre aux Églises, dans un pays où structures étatiques et structures traditionnelles se superposent sans s’opposer, où l’on peut retrouver des héritiers des dynasties royales, des lamibé ou des sultans, en poste dans des ministères à Yaoundé. À cela s’ajoute encore le poids de l’histoire : la division entre Cameroun francophone et Cameroun anglophone, héritage des colonies allemandes passées sous mandat français et britannique à l’issue de la Première Guerre Mondiale… Fédérer les protestants camerounais peut donc sembler une entreprise hasardeuse ; c’est néanmoins le projet du Cepca, le Conseil des Églises protestantes du Cameroun, avec lequel le Défap et la Cevaa entretiennent des liens réguliers. Anciennement nommé Fédération des Églises et Missions évangéliques du Cameroun (Femec), il rassemble aujourd’hui onze Églises luthériennes, réformées, baptistes et anglicanes du pays.

Les Églises face aux défis du Cameroun

Bible dans le temple Nazareth Deïdo, de l’Union des Églises baptistes du Cameroun (UEBC), Douala © Cevaa

Outre la complexité de ce paysage ecclésial, le protestantisme camerounais est lui aussi confronté aux difficultés que connaît le pays, et qui ont pesé sur la récente élection présidentielle. Des rendez-vous électoraux traditionnellement tendus ; celui du 7 octobre, auquel se présentait une nouvelle fois Paul Biya, 85 ans dont presque 36 ans à la tête de l’État camerounais, s’est tenu dans un contexte de violences au cœur des régions anglophones et de persistance des déprédations attribuées à Boko Haram. On estime ainsi à 200.000 le nombre de personnes ayant fui les régions anglophones, craignant à l’approche du scrutin une multiplication des affrontements entre militaires et séparatistes. Un conflit qui trouve ses origines tout autant dans l’histoire du pays – divisé par le Traité de Versailles, réunifié durant les années 70-80 dans des circonstances vécues par les non-francophones comme une annexion – que dans ses problèmes de gouvernance et de représentation des anglophones dans l’appareil d’État. Si, dans les régions concernées, les séparatistes bénéficient d’un réel soutien, auquel s’ajoute l’aide de communautés camerounaises aux États-Unis ou au Royaume-Uni, ils sont eux-mêmes divisés, et les violences sont propices au banditisme qui fleurit sur fond de revendications politiques. Un lourd défi pour les Églises et le Cepca, qui tente de garder les liens et dont les instances reflètent un délicat équilibre : son nouveau président, Samuel Forba Fonki, élu fin mai, est issu d’une Église anglophone, la Presbyterian Church in Cameroon ; les deux vice-présidents sont issus de l’Église presbytérienne camerounaise et de l’Union des Églises évangéliques au Cameroun, le secrétaire général de l’Union des Églises baptistes du Cameroun…

Pendant ce temps, au nord, le groupe Boko Haram, mouvement insurrectionnel mêlant islam rigoriste et magie traditionnelle, continue ses embuscades en profitant de la porosité des frontières sur les pourtours du lac Tchad. Depuis 2014, il serait responsable de plus de 2000 morts dans l’Extrême-nord du pays, à quoi il faut ajouter les enlèvements, destructions matérielles, vols de bétail : sur la période 2012-2016, le ministère camerounais de l’élevage, des pêches et des industries animales (MINEPIA) chiffre le préjudice pour l’économie du pays à 90 milliards de francs CFA, soit près de 137 millions d’euros. Une violence, et des déplacements réguliers de population, face auxquels les Églises se retrouvent là aussi en première ligne : dans l’Extrême-nord, c’est particulièrement le cas de l’Église fraternelle luthérienne du Cameroun, dont est issu Robert Goyek, prédécesseur de Samuel Forba Fonki à la présidence du Cepca…

Et à ces deux crises s’en est ajoutée, juste après le scrutin, une troisième : la crise post-électorale qui a débuté lorsque, moins de 24 heures après la fermeture des bureaux de vote, et contre toute attente, l’un des huit candidats affrontant Paul Biya lors de la présidentielle a revendiqué la victoire. Il s’agissait de Maurice Kamto, ancien ministre et seul parmi les challengers du président sortant à avoir su obtenir le soutien d’un autre candidat, le juriste Akere Muna. Finalement, après une série d’audiences devant le Conseil constitutionnel retransmises par les principaux médias camerounais, afin d’étudier les recours post-électoraux, Paul Biya a sans surprise été proclamé vainqueur par des institutions toutes acquises à sa cause. «L’élection a été libre, équitable et crédible en dépit des défis liés à la sécurité dans les régions anglophones», a insisté le président du Conseil constitutionnel. Les scores officiels semblaient sans appel : 71,28 % des suffrages exprimés sur l’ensemble du pays, 92,91% dans le Sud, 89,21% dans l’Extrême-Nord, 81,62% dans le Nord… Divers candidats de l’opposition, outre Maurice Kamto, ont néanmoins dénoncé des fraudes électorales. Au niveau des Églises, ce sont les évêques camerounais, par la voix du président de la Conférence épiscopale, Monseigneur Samuel Kleda, qui ont émis des doutes sur la fiabilité de tels résultats. Les manifestations ont été interdites et des forces de police déployées pour dissuader toute tentative de protestation dans la rue. 

Le Cepca, partenaire du Défap au Cameroun
Le Conseil des Églises protestantes du Cameroun regroupe l’ensemble des onze Églises issues de la Réforme dans ce pays, et s’est ouvert récemment à six Églises associées de tendance plus évangélique/pentecôtiste. Le Cepca représente environ 9 millions de fidèles, 10.000 temples (paroisses et lieux de cultes), environ 15.000 pasteurs, évangélistes et catéchistes, 1580 écoles, collèges, lycées et instituts de formation, environ 300 hôpitaux et centres de santé, une quinzaine d’institutions universitaires. La formation des aumôniers fait actuellement partie de ses grands chantiers, qu’il mène en lien avec le Défap. Autre projet en cours réunissant Défap et Cepca : la mise en place d’un soutien à l’enseignement confessionnel dans le nord du pays.

 




Aperçus de l’Assemblée Générale de la Cevaa au Cameroun

Début de la dixième Assemblée Générale et information des délégués sur le déroulement des groupes de maison et des ateliers, culte d’ouverture à Nazareth Deïdo (UEBC) : retrouvez en images… et en musique, les principaux moments de la première journée de l’AG de la Cevaa à Douala, le lundi 15 octobre 2018.

Et pour conclure, un extrait musical de la matinée du 15 octobre :




Rencontres avec l’Église Protestante Africaine : «la mission se construit à trois»

Si l’Église Protestante Africaine ne fait pas partie des partenaires historiques du Défap, des rapprochements ont lieu depuis quelques mois. Ils ont été initiés à travers la composante française de l’EPA, qui, en nouant des liens avec les Églises de France, a permis d’entrer en relation avec l’Église mère au Cameroun. Souvent aujourd’hui, la mission implique ainsi un triptyque : une Église issue de l’immigration, son «Église mère», et les Églises de France.

Exemple d’action de l’EPA : un groupe de pygmées musiciens © Défap

 

L’EPA (Église Protestante Africaine) est une Église presbytérienne (réformée) camerounaise qui a pour spécificité de faire ses cultes en langues locales. C’est une composante forte de son histoire : issue, à l’origine, des travaux de la mission presbytérienne américaine, elle a commencé à s’organiser comme une Église autonome en 1934 précisément par souci de la défense de la langue kwasio, un dialecte employé principalement en Guinée équatoriale, mais également au Cameroun dans la région du Sud. Initialement concentrée dans la région de Lolodorf, l’Église s’est étendue depuis à d’autres régions du pays.

L’EPA n’est pas un partenaire historique du Défap. Pourtant, ses orientations théologiques auraient pu nous rapprocher, mais les aléas de l’histoire en ont décidé autrement et l’avaient conduite à développer des liens plutôt avec le Département Missionnaire Suisse : DM-échange et mission, l’équivalent du Défap pour les Églises protestantes de Suisse francophone.

Être ensemble missionnaires ici et là bas

Un temple de l’Église Protestante Africaine © Défap

Mais, depuis quelques mois, de nouvelles relations naissent et se développent. Elles sont le fruit de rencontres entre des paroisses de l’Epudf (Église protestante unie de France), de l’Uepal (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine), les communautés de l’EPA en France et le Défap. C’est parce que la composante française de l’EPA est en train de se rapprocher des Églises de France que nous sommes entrés en relation avec l’Église mère au Cameroun de manière à mieux la connaître et la comprendre. Nous pourrons ainsi mieux accueillir ces frères et sœurs camerounais et être ensemble missionnaires ici et là bas !

Comme souvent aujourd’hui, la mission se construit à trois : une Église issue de l’immigration, l’Église «mère» et nos Églises de France. C’est dans cet esprit que le Secrétaire Général de l’EPA, le pasteur Massaga, est venu en France visiter leurs communautés et rencontrer le président de la Fédération protestante de France (FPF), le pasteur François Clavairoly, ainsi que le Défap. Ces diverses rencontres qui ont eu lieu début octobre permettent d’envisager de beaux rapprochements dans un avenir proche.




Session retour 2018 : les images de la dernière journée

Chants et méditation matinale, travaux de groupe et mises en situation pour bien appréhender les problématiques de la réinsertion en France une fois revenu de mission : retour sur la dernière journée de la session retour 2018 des envoyés du Défap, tout en images… et en musique.

Et pour terminer en musique, le chant qui a accompagné la méditation matinale : Yoann et Coralie ont invité les participants à chanter «Chaîne d’amour».

 




Session retour : l’heure du bilan

Moments de joie, de découverte, de découragement, d’accomplissement : la première partie de la «session retour», au matin du 6 octobre, a permis aux divers envoyés du Défap revenus de mission d’échanger entre eux et de faire un bilan de leur engagement à l’international.

Photo de groupe de la session retour d’octobre 2018 © Défap

Ils sont une quinzaine réunis dans la «salle de cours» au deuxième étage du 102 boulevard Arago. Une quinzaine d’envoyés du Défap de retour de mission : il y a là des Services civiques partis pour une dizaine de mois, des Volontaires de Solidarité Internationale partis parfois pour des missions de plusieurs années, jusqu’à neuf ans… Ils reviennent de Madagascar, de Tunisie, du Bénin, du Sénégal, d’Égypte, du Congo… La lumière du soleil de ce début de matinée d’octobre peine à rivaliser avec l’éclairage de la «salle de cours», dont les tables disposées en «U» sont parsemées de feuilles où les envoyés commencent à tracer des lignes colorées qui s’entrecroisent. Nous sommes au début du premier module de la session retour des envoyés : «Le retour, vécu et partage».

«Les conceptions de l’efficacité ne sont pas les mêmes»

Pour aller plus loin :

Circulant au milieu des tables, Laura Casorio, responsable des envoyés et qui s’occupe de cette «session retour» avec Caroline Mpessa Lobe, donne les dernières consignes. «Il est important, au cours d’une telle session, de ne pas avoir seulement une évaluation personnelle, mais aussi un moment d’évaluation partagée. Ce matin, il s’agit de travailler la première partie. Je vous propose de vous inspirer de ce que nous avions vu lors de la formation au départ : la courbe de l’expatriation. On part toujours dans l’enthousiasme de la découverte. Puis, sur le terrain, on découvre la réalité, assez différente de ce qu’on imaginait. Du coup, il faut trouver une stratégie pour s’adapter. Il y a des hauts et des bas… Vous allez dessiner la courbe de votre mission. Quels sont les événements qui ont marqué un changement, un retournement de tendance ? Cet après-midi, on travaillera le deuxième aspect avec Florence Taubmann : rester en contact. Et on s’attachera à cette question : le travail que vous avez fait là-bas, comment le valoriser ?»

Autour des lignes colorées dont se couvrent les feuilles blanches, on échange, on commente ; chacun est ensuite invité à raconter l’histoire de sa propre courbe. On parle de moments de joie, de découverte, de découragement, d’accomplissement… et de tous les souvenirs qui restent, parfois de manière brute, parfois avec, déjà, un certain recul. Certains n’évoquent que de bons souvenirs. D’autres veulent déjà repartir, et construire dans ce pays qu’ils ont découvert. Une envoyée reconnaît «des tempêtes, des orages, jusqu’à la fin où tout s’est amélioré». Une autre glisse : «Pour moi, ce qui est dur, c’est le retour. Je suis restée neuf ans en Tunisie, la réadaptation en France est difficile».

«Il y a de la bonne terre, à côté des terrains arides»

Un arbre pour noter réussites, coups de blues, difficultés et accomplissements © Défap

Puis, tous ensemble, les participants sont invités à noter des éléments de leur expérience sur une grande feuille où est dessinée la silhouette d’un arbre. Que restera-t-il de leur expérience, qui participera à la croissance de l’arbre et se retrouvera dans la verdure du feuillage ? Qu’est-ce qui tombera près des racines, au milieu des feuilles mortes ?

Après la pause et l’indispensable photo de groupe de la session, place à des témoignages plus fouillés, à base de photos, de vidéos : les participants se divisent en deux groupes pour le deuxième module de la matinée : «Ma mission : lieu, Église et structure d’accueil, vie quotidienne». Cette fois, chacun raconte les circonstances de sa mission, les difficultés rencontrées, les visions différentes du monde qui parfois se heurtent. «Les conceptions de l’efficacité ne sont absolument pas les mêmes entre la France et Madagascar», commente ainsi une envoyée.

Comme le soulignait dès le début de la matinée Tünde Lamboley, qui fait partie des permanents du Défap, lors de sa méditation ouvrant la session retour : «Vous qui êtes partis vous mettre au service des autres, vous êtes partis avec vos forces et vos faiblesses. Le bilan de ce que vous avez accompli lors de votre mission, vous avez sûrement commencé à le faire, et vous continuerez. Ni le semeur, ni le terrain ne sont parfaits. Nous devons accepter à l’heure du bilan de nous mettre sous le regard bienveillant d’un autre ; lui sait ce que vous avez accompli, pour que les graines semées dans la bonne terre poussent – car il y a de la bonne terre, à côté des terrains arides.»

Franck Lefebvre-Billiez




Session retour 2018 : les images de la première journée

Au-delà des témoignages et des bilans, des solutions à trouver pour rester en contact et stimuler de futurs engagements, des conseils aux futurs envoyés basés sur leur expérience personnelle, beaucoup de choses se vivent et se partagent entre volontaires revenus en France au cours d’une «session retour» du Défap. Retour sur la première journée à la manière d’un blog, tout en images.

Et pour terminer en musique, quelques notes venues tout droit de Madagascar : Yoann ouvre l’après-midi de la session retour des envoyés par un petit air de kabosy (ou kabosse), instrument malgache typique.