Israël/Palestine : « une situation de dépression »

 

Cette visite avait deux objectifs :

– participer à la réunion annuelle des coordinateurs nationaux EAPPI, vingt personnes venues des quatre coins du monde qui envoient des Accompagnateurs Œcuméniques dans les territoires palestiniens ;

– être en relation avec une Eglise pentecôtiste membre de la Communauté d’Églises protestantes francophones à l’étranger (Ceeefe), elle-même membre de la Fédération Protestante de France.

 

Logo EAPPI

 

Situation socio-politique

 

Les Palestiniens sont dans une véritable situation de dépression, explique Bertrand Vergniol : ils sont vraiment écrasés dans une situation sans espoir. C’est une « situation où ils sont corsetés, humiliés, volés », ajoute-t-il.

En face, on voit des populations israéliennes qui rêvent de vivre en sécurité, en paix et qui voient que ce n’est pas possible avec les bouffées de violence survenues ces derniers temps. Ils voient s’envoler la possibilité d’une cohabitation pacifique. D’autres pratiquent le déni de ce qui se passe.

Cela crée une psychose et des actes violents, comme la « guerre du couteau », qui est survenue sans prévenir. Il n’existe aucune organisation collective derrière, ce sont des actes solitaires.

La situation des territoires occupés joue dans la mentalité israélienne « comme un trou noir », dit Bertrand Vergniol : on ferme les yeux et on la voit détruire le pays. « Israël est occupé par l’occupation », conclut-il.

 

Les envoyés

 

Le secrétaire général du Défap a rencontré deux envoyés EAPPI présents sur place : Jacques Toureille et Claude Smith, dont nous partageons régulièrement les témoignages.

 

Claude Smith à Jérusalem

A droite, Claude Smith DR

 

Jacques Toureille se trouve à Hébron, où il est auprès des gens, où il les soutient.

Claude Smith se trouve à Jérusalem, avec la même mission. Elle explique que, le problème de la guerre, c’est qu’à cent mètres de là, ce n’est plus la guerre…

Tous deux travaillent au nom du protestantisme français : c’est un travail important pour le Défap que d’être auprès de ces femmes et hommes qui vivent une situation indescriptible.

 

Jacques Toureille

Au centre, Jacques Toureille DR

 

Rencontres

 

Lors de son séjour, le secrétaire général du Défap a également rendu visite à l’ITJ-FTJ, institut et faculté de théologie de Jérusalem. Il a prêché dans une Eglise attenante, de mode pentecôtiste.

Il a aussi rencontré le Consul général de France à Jérusalem et le directeur de l’école biblique.

 

 

Retrouvez tous les témoignages de Jacques Toureille et Claude Smith :

EAPPI : de nouveaux affrontements en Israël/Palestine

La vie quotidienne dans la zone de tir 918

« Etre ou ne pas être hiérosolymitain (jerusalemite)…

Le conte de trois cités

 

 




Rencontre entre jeunes étudiants de Nouvelle-Calédonie

 

Quarante-quatre jeunes du programme ABS se sont retrouvés au Défap pour leur première rencontre depuis leur arrivée en France : nouvelle session 2015 et promotions précédentes ont pu ainsi échanger sur leurs expériences.

 

Visite de Paris à vélo, DR

Un ancien du programme s’est également joint à ce groupe pour leur présenter le Défap, les actions de l’institution en Nouvelle-Calédonie et parler de sa propre expérience au sein des ABS. Il a terminé ses études au sein de ce programme et se trouve aujourd’hui toujours en France pour une nouvelle formation.
Il leur a expliqué ce que signifie le statut d’ABS, qu’est-ce qu’être un étudiant au sein de ce programme, et a expliqué la valeur-ajoutée de celui-ci par rapport à une formation sans accompagnement.

 

Ouvrages sur la Nouvelle-Calédonie à la Bibliothèque du Défap, DR

Ouvrages sur la Nouvelle-Calédonie à la Bibliothèque du Défap, DR

 

Objectifs

 

Cette rencontre avait trois objectifs principaux :
– faciliter la rencontre et le partage d’expériences entre les jeunes du programme ;
– faire le point sur leur intégration et les formalités administratives ;
– leur faire mieux connaître la culture et les traditions de métropole.

 

Un programme chargé

 

C’est pour ces raisons que les jeunes ont visité des institutions françaises et des hauts lieux touristiques de Paris, avec notamment une visite guidée en vélo.

 

Ils ont visité le Sénat avec l’assistant du sénateur de la Nouvelle-Calédonie et lui ont offert un geste coutumier sur les marches du Sénat.

Claire-Lise Lombard, bibliothécaire du Défap, a présenté un historique des relations entre le Défap et la Nouvelle-Calédonie : relations avec l’Eglise, missions, témoignages écrits et vidéos, photos etc. Cela a permis aux jeunes de voir le Défap comme un interlocuteur qui fait partie de leur tradition et non pas imposé.

Deux faits surprenants sont alors survenus : un des jeunes a retrouvé la photo de son arrière-grand-père dans un des albums photos consultés, et quelqu’un a retrouvé un ancien recueil de chants de la première tradition de l’île du Maré, une des îles de Nouvelle-Calédonie. Deux ABS ont reconnu un des chants – un chant de louanges et remerciements – et ont travaillé dessus afin de pouvoir le chanter au Sénat, comme cadeau en fin de visite. Le but était de remercier l’assistant du sénateur qui les a accueillis et accompagnés dans une visite historique et constitutionnelle de cette assemblée.

 

Les ABS sur les marches du Sénat

Les ABS ont également fait du travail de groupe à travers des ateliers. Ils ont pu aussi vivre ensemble pendant quelques jours et profiter des temps libres pour se retrouver entre eux et échanger autour de leurs expériences.

Par ailleurs, chacun s’est placé sur la carte de France avec un post-it portant son nom et ses études, pour repérer qui est où.

 

Les ABS sur la carte de France, DR

Les ABS sur la carte de France, DR

 

Un autre temps fort du séjour fut la rencontre avec la délégation de l’Eglise luthérienne du Sénégal, présente au Défap au même moment : ce fut l’occasion pour eux de découvrir, pour la première fois, l’histoire et la culture kanak.

 




Le conte de trois cités

 

Semez encore les mêmes graines de licence et d’oppression rapaces, et elles produiront aussi sûrement les mêmes fruits, chacune selon son espèce” (in Dickens, Le conte de deux cités)

Ma maison sera appelée une maison de prière, mais vous, vous en faites une caverne de voleurs” (in La Bible, Matthieu 11 :13)

 

Susiya, DR

Jacques Toureille, troisième personne en partant de la gauche, DR

 

On a beaucoup parlé de Susiya l’été dernier, et les médias occidentaux ont largement couvert l’histoire de ce petit campement palestinien de 350 âmes, installé à une dizaine de kilomètres au sud d’Hébron, dans les collines qui dominent le désert du Néguev. Le campement abrite une cinquantaine de familles déplacées à de nombreuses reprises depuis 1948. Les recours juridiques lancés au cours des années n’ont pas empêché ces déplacements brutaux, et la destruction par l’armée israélienne des habitations, abris pour le bétail, et citernes de stockage de l’eau. Au printemps, les derniers recours juridiques ont été rejetés par la commission chargée des dossiers (présidée par un colon israélien !) et de nouvelles destructions ont semblé imminentes. Alertée par les ONG et par les habitants du campement, la communauté internationale s’est émue de cette situation alarmante, et une vingtaine d’ambassadeurs de divers pays sont venus sur place pour témoigner de leur soutien à la petite communauté. Tout l’été, les accompagnateurs du programme EAPPI se sont succédés 24h sur 24h, et 7 jours sur 7. Pour l’instant donc, pas de destructions…jusqu’à nouvel ordre.

 

La situation du village de Susiya illustre parfaitement la lutte que mènent depuis des années les populations de ces petits villages palestiniens isolés dans la Zone C pour conserver les terres qu’ils occupent depuis des générations, et où de nombreux bédouins venus du Néguev en 1948 ont trouvé refuge. La Zone C, telle qu’elle est définie par les accords d’Oslo en 1995, c’est en grande partie cette bande jouxtant la frontière avec la Jordanie à l’Est, représentant 60% de la Cisjordanie, et qui est placée sous contrôle total d’Israël. Beaucoup des habitants palestiniens historiques ont quitté la zone sous la pression des occupants israéliens, mais y vivent encore près de quatre cent mille paysans et bédouins, dans une multitude de petits villages.   C’est dans cette zone également, qu’au mépris du droit international, Israël a soutenu la création de cent cinquante colonies et d’une centaine d’avant-postes, où sont venus s’installer environ sept cent mille colons au cours des trente dernières années (données du Bureau des Nations Unies pour les Affaires Humanitaires).

 

Alors, il peut être intéressant de revenir sur la situation de Susiya, dans cette note intitulée, en plagiant Charles Dickens, “le conte de trois cités”. La première cité, c’est Susiya la ville antique. Le week-end, il n’est pas rare que des touristes israéliens y viennent en visite, sous la protection des soldats du camp militaire voisin. Les ruines témoignent des vagues de peuplement qui se sont succédées au cours des siècles, synagogue, mosquée, basilique, traces d’habitats divers sur un vaste périmètre. Au 19ème siècle, des visiteurs de passage remarquent l’importance des ruines et la présence de bergers s’abritant dans des cavernes et utilisant des citernes anciennes pour abreuver leurs troupeaux. Plus récemment, l’organisation “Rabbis for Human Rights” observe que le site est habité par des familles installées là depuis des générations, ou, pour certaines, d’installation plus récente après avoir été chassées en 1948 de la région d’Arad au nord du Néguev. En 1986, le site est déclaré zone archéologique par les autorités israéliennes, les familles palestiniennes qui y vivaient sont expulsées, et leurs habitations et citernes détruites par l’armée.

 

Site archéologique de Susiya, DR

Site archéologique de Susiya, DR

 

La deuxième cité, c’est la colonie israélienne de Susiya, construite en parfaite violation du droit international, puisqu’une puissance occupante n’a ni le droit d’exproprier ou de déplacer par la force les populations locales, ni d’y encourager l’installation de sa propre population. Chargé de planifier l’implantation de nouvelles colonies, le planificateur israélien Plia Albeck avait pourtant estimé au début des années 80 qu’il était difficile d’envisager la création d’une colonie à Susiya, car les les documents à sa disposition  montraient que “la plupart des terrains [étaient] entre les mains de familles arabes”.

Et cependant, la création de la colonie de Susiya est décidée dès 1983. Depuis, la colonie est en expansion constante et compte en juin 2015 un peu plus de mille colons ; elle occupe une surface de 150 ha prises sur les terres des familles palestiniennes.

De plus, l’accès à 200 ha supplémentaires de terres agricoles est interdit ou limité car ces terres sont situées à proximité immédiate de la colonie. La colonie dispose d’une vaste piscine, et est branchée sur les réseaux d’eau et d électricité installés par Israël. Une ferme modèle aux dimensions impressionnantes a été installée pour l’élevage de vaches laitières et de chèvres.

Tout cela dans la plus parfaite illégalité, alors qu’à deux kilomètres, un petit fermier palestinien possédant une dizaine de vaches et une petite installation de traite automatique s’est vu notifier un avis de démolition dès que sa ferme a été installée. Montés sur des quads ou perchés sur des miradors, colons et soldats surveillent les moindres mouvements de leurs voisins palestiniens.

 

Colonie israélienne de Susiya, DR

Colonie israélienne de Susiya, DR

 

La troisième cité, c’est Susiya la palestinienne, un assemblage invraisemblable de tentes dépareillées, structures métalliques rouillées, carcasses de voitures transformées en poulaillers, abris pour les moutons recouverts de tôle ondulée. Pas de rattachement aux réseaux d’eau et d’électricité, mais des panneaux solaires et réservoirs d’eau installés par une NGO israélo-palestinienne, Comet ME, et des toilettes par la Communauté Européenne. Pas non plus de route d’accès, contrairement au site archéologique et à la colonie, mais une méchante piste pierreuse que les autorités israéliennes interdisent d’améliorer. Là vivent une cinquantaine de familles, environ 350 personnes. Une école et un bâtiment médical ont été construits un peu plus loin. Peint sur les rochers, l’improbable “Susiya for ever (Susiya pour toujours) ”.

Les autorités israéliennes semblent pourtant bien déterminées à se débarrasser une fois pour toutes de ces voisins encombrants. Les ordres de démolitions se sont succédés, et des destructions et expulsions ont eu lieu à plusieurs reprises, en particulier en 2001 et en 2011. Mais les habitants ont résisté, et reconstruit à chaque fois leurs abris de fortune. Il est étonnant de voir qu’Abu Jihad, le chef d’une des principales familles de Susiya, les Nawaja, reste serein devant une telle adversité. Comme nous l’a dit Nasser, l’un de ses fils, très actif dans la défense de la communauté, “mon père et son père avant lui habitaient déjà ici alors que l’état d’Israël n’existait pas encore ; alors, comment peut on nous dire maintenant que nous ne sommes pas chez nous? ”.

 

Abu Jihad Nawaja, DR

Abu Jihad Nawaja, DR

Et pourtant, les tracasseries des colons ou de l’armée sont incessantes. Il y a quelques jours, nous participions à la cueillette des olives en compagnie d’une joyeuse bande de paysans et paysannes, et leur ribambelle d’enfants. Soudain, des soldats ont surgi du haut de la colline, armés jusqu’aux dents et pointant leurs armes sur notre petit groupe. Ils n’ont pas su trop que faire tant que nous étions présents, mais ont demandé aux paysans de partir immédiatement dès que nous avons eu le dos tourné. Les enfants, quant à eux, n’ont guère prêté attention à ces gaillards menaçants, habitués qu’ils sont à voir quotidiennement à la télévision des scènes de violence inouïe, passées en boucle.

 

Campement palestinien de Susiya, DR

Campement palestinien de Susiya, DR

 

La résistance de Susiya, c’est tout un symbole et il n’est guère de jour sans qu’un groupe international ou une organisation d’activistes ne visite le campement. Alors, on peut se demander si on n’en fait pas trop, quand bien d’autres villages palestiniens doivent se débrouiller seuls. Mais il est certain que si Susiya n’avait pas mobilisé l’aide internationale, elle aurait été rasée à ce jour, comme deux villages voisins détruits récemment dans la zone voisine de Masafer Yatta. Et la menace est permanente. Les engins de l’armée se présentent toujours à l’aube, sans préavis, souvent au début de l’hiver, car alors les personnes délogées n’ont d’autres ressources que de partir rapidement avec leur bétail pour s’abriter du froid et trouver refuge auprès d’une communauté voisine. Ne doit-on donc pas élargir la “plateforme” de Susiya et ce qu’elle représente pour les petits villages de la zone C, tous menacés de disparition s’ils ne reçoivent le soutien immédiat de la communauté internationale ?

 

Dans un monde “normal”, la cohabitation, et même l’intégration de ces trois « cités » aurait semblé naturelle. Une petite ville aurait pu voir le jour, regroupant les communautés palestinienne et israélienne, avec ses commerces, ses services publics, ses écoles, et ses lieux de récréation pour les enfants. Aux alentours, fermes et plantations d’oliviers ; et le site archéologique, correctement mis en valeur et accessible à tous, constituant une source significative de revenus et d’emplois pour la ville. A Susiya, malheureusement, comme partout ailleurs dans ce beau pays, rien n’est encore normal…

 

Mais ne faut-il pas continuer de vivre et d’espérer, toujours ? Alors, avec les habitants de Susiya, tous les habitants de Susiya, faisons nôtres ces paroles gravées par un auteur anonyme sur un mur incertain pendant la seconde guerre mondiale : “Je crois dans le soleil même quand il ne brille pas, je crois dans l’amour même quand je ne le sens pas, je crois en Dieu même quand il est silencieux.”

 

Jacques Toureille
1er novembre 2015




Eglise protestante de Djibouti : une double actualité

 

Du 1er au 15 octobre 2015, l’actualité aura été double à l’Eglise Protestante de Djibouti : elle aura associé le début d’une formation qui s’adresse aux handicapés djiboutiens (Anglais, Informatique), et le chantier de rénovation de la façade du temple. Une coïncidence parlante à y regarder de près.

 

Groupe de jeunes handicapés, EPED, DR

Jeunes suivant la formation DR

 

En effet, qu’est-ce que rénover une façade? En français, le mot “façade” est piégé. Il évoque le masque, le jeu des apparences, que nous comprenons en les opposant à ce qui se passe “derrière la façade”. Le sens de la rénovation entreprise était différent. Il m’a été donné par les jeunes handicapés djiboutiens qui passaient chaque jour devant le chantier pour rejoindre leur salle de classe. Je les saluais et ils me disaient bonjour ainsi chaque jour. Pour garder leur souvenir, je leur ai demandé vers la fin de mon séjour de pouvoir les prendre en photo.

 

Quelques-uns hésitèrent, mais beaucoup acceptèrent avec joie. Je pense qu’il n’est pas facile pour un handicapé d’être pris en photo, mais dans ce lieu où ils étaient considérés au-delà de leur handicap par l’équipe de l’EPED*, la photo devenait l’expression d’un lien rénové en quelque sorte. Apparaître sur une photo répondait sans doute pour eux à une réelle considération qu’ils recevaient dans l’église.

 

On est loin ici du masque, du jeu de représentation et du mot “façade” comme il est compris en français. La représentation – ici la photo – est un lien, un attachement, une réponse, une participation qui engage et qui fait confiance.

C’était vrai pour eux et c’était vrai pour notre chantier aussi : rénover la façade du temple signifie rénover un lien avec les autres dans cette ville, une considération pour les autres qui engage l’Eglise tout entière.

 

Le chantier de Djibouti DR

Le chantier, DR

 

Les passants dans la rue ont vu chaque jour ces handicapés entrer par le portail toujours entre-ouvert, et, par le même portail entrebâillé, ils ont vu le chantier de rénovation de l’ancienne façade fissurée : il y a avait là une parabole vivante sur ce qu’est l’Eglise, sur sa manière de s’inscrire dans la ville et sur la part qu’elle prend dans cette société musulmane.

 

Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont rendu ce chantier possible par leurs dons ! La phase suivante, d’ici la fin 2015 nous l’espérons, sera de rénover la toiture. La communauté locale, qui s’est fortifiée au cours de ces dernières années, a l’intension de s’y investir au maximum de ses moyens ; elle se structure pour cela. Continuons à soutenir cette communauté et ce lieu de rayonnement unique dans l’Est de l’Afrique !

 

Nicolas Westphal
L’architecte du projet de rénovation

 

* Église protestante évangélique de Djibouti




Congo : un référendum « à la soviétique »…

 

Après les violentes manifestations de la semaine précédente, qui ont fait quatre morts et une dizaine de blessés, le jour du référendum était appréhendé avec crainte tant par la population que par… les forces de l’ordre, finalement peu sûres de n’être pas débordées. Mais toutes les opérations de vote se sont déroulées dans le calme. Rendu public au matin du 27 octobre par le gouvernement, le résultat serait « oui » à la nouvelle constitution à 92,2 %, avec un taux de participation de l’ordre de 72 %. Des scores… soviétiques.

 

A Dolisie, ville au Sud-Ouest de la République du Congo DR (Source : Momo-fait-de-la-photo)

 

Tous les leaders de l’opposition ont protesté, tant contre les conditions dans lesquelles se sont déroulés les scrutins que contre l’absence de toute commission électorale indépendante, voire même de simples observateurs tandis qu’eux-mêmes étaient menacés, placés sous surveillance ou assignés à résidence. Certains, comme Clément Mierassa, du Parti social-démocrate congolais (PSDC), ont parlé de fraudes et de « tripatouillages », ce qui est loin d’être une première.

 

En l’absence de contrôle indépendant, les journalistes locaux ont fait office de témoins. Selon les articles parus dans la presse, dans les quartiers nord de Brazzaville, réputés proches du pouvoir, la participation, timide le matin, a finalement été relativement importante, avec de petites files d’attente. En  revanche dans les zones sud, acquises à l’opposition, les bureaux de vote sont restés déserts.

 

Comment expliquer cette désaffection ? Un certain nombre de citoyens n’avaient pas reçu leur carte d’électeur, ce qui n’est nullement étonnant vu que ce référendum avait été décidé un peu à la va-vite. Le ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, Zéphirin Mboulou, a reconnu que dans cinq des sous-préfectures  situées dans le sud du pays, le vote n’avait pas pu avoir lieu, pour « diverses raisons », ce qui relève du même flou entourant ce scrutin précipité.

 

Ensuite, les deux plateformes de l’opposition, unies dans un même rejet de la proposition du président de la république, Denis Sassou Nguesso, avaient appelé au boycottage des urnes. Enfin, les violences et les barrages filtrants, par exemple dans les quartiers de Bacongo et de Makélékélé, avaient fait fuir les habitants en situation précaire et la plupart n’étaient pas rentrés chez eux dimanche.

 

Le Défap a actuellement deux jeunes envoyées qui résident dans le quartier de Makélékélé. Durant les jours de troubles, elles ont fidèlement obéi aux consignes de sécurité de l’ambassade de France et sont restées chez elles. Ce sont les responsables de l’Église qui, mieux rompus aux débordements populaires, venaient chaque jour leur rendre visite et leur apporter du ravitaillement.

 

Conséquence de toute cette opération : la nouvelle constitution comporte désormais un article 65 qui stipule que le président est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable deux fois et l’article 66 ne fixe plus aucune limite d’âge pour se présenter à l’élection, hormis un plancher établi à 30 ans révolus. Nouvelle république signifiant remise à zéro du « compteur de mandats » pour le président sortant, Sassou Nguesso peut donc à nouveau briguer, en 2016, la magistrature suprême. Il sera alors âgé de 73 ans et pourra, sauf accident de l’histoire, rester en poste jusqu’en 2031, date anniversaire de ses 88 ans. Là non plus, ce ne sera même pas une « première » : le chef de l’État zimbabwéen, Robert Mugabe, réélu en 2013 à l’âge de 89 ans, poursuit actuellement, un peu à la va-comme-je-te-pousse mais toujours avec autorité, son sixième mandat… De toute évidence, Denis Sassou Nguesso n’a pas fini de faire parler de lui.

 

Valérie Thorin




L’Église luthérienne du Sénégal : une petite jeune qui monte, qui monte !

 

Entre le 18 et le 25 octobre 2015, le Défap a eu le plaisir de recevoir, en visite officielle, le pasteur Mamadou Thomas Diouf, président de l’ELS, accompagné par son vice-président, le pasteur Pierre Adama Faye et la trésorière  générale du mouvement des femmes, Aïssatou Ndiaye.

 

C’est la première fois que vous venez à Paris dans le cadre de vos fonctions dans l’Église luthérienne du Sénégal. Qu’est-ce qui motive votre visite ?

Notre but initial était double : d’abord nous voulions réaffirmer les relations d’amitié qui nous lient avec les Églises de France, et ensuite remercier le Défap et la Cevaa, qui nous épaulent quotidiennement dans nos activités.

 

Délégation de l'ELS à Paris avec le pasteur Jean-Luc Blanc du Défap

Délégation de l’ELS à Paris avec le pasteur Jean-Luc Blanc du Défap (de gauche à droite : Jean-Luc Blanc, Thomas Diouf, Aïssatou Ndiaye, Pierre Adama Faye) DR

 

Vous aviez un programme assez chargé…

Oui, il nous fallait d’une part rencontrer les différents responsables des institutions protestantes françaises, à commencer le secrétaire général de l’Église protestante unie de France, Didier Crouzet et le président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace-Lorraine, que nous avons vu à Strasbourg. Nous avons également rencontré l’inspecteur ecclésiastique, Jean-Frédéric Patrinsky, et le responsable de l’entraide luthérienne, qui finance des projets dans notre pays. D’autre part, en région parisienne comme en Alsace, nous voulions faire le tour des paroisses qui travaillent avec nous, afin de dépasser la distance géographique qui nous sépare, et mettre des visages sur les noms !

 

Racontez-nous, en bref, l’histoire de votre Église… Comment les Sénégalais ont-ils rencontré le protestantisme luthérien ?

L’ELS a été fondée en 1974, date de l’arrivée – tardive, par rapport à d’autres pays africains – de missionnaires luthériens en provenance de Finlande. Ils se sont d’abord installés à Mbour, sur la côte, au sud de Dakar, notre capitale. Ils se sont ensuite enfoncés dans les terres vers l’est, en pays sérère. Là, ils ont aussi été bien accueillis – c’est la téranga [bon accueil, ndlr] sérère qui a joué – et ils ont annoncé l’Évangile avec grand succès. Du coup, nous avons de nombreuses communautés dans la région de Fatick.
Aujourd’hui, nous avons vingt-quatre pasteurs qui officient dans treize paroisses. Une partie de la communauté se consacre à l’annonce de l’Évangile, notamment en organisant des « caravanes d’évangélisation » qui vont dans les villages. Il y a toujours onze missionnaires finlandais dans la région, dont deux à temps partiel et de plus en plus de fidèles : presque 7 500 cette année.

 

Il y a d’autres Églises protestantes au Sénégal, où en est le projet de rassemblement de ces Églises à l’intérieur d’une fédération, comme en France ?

 

Nous avons effectivement parlé, avec la Fédération protestante de France, d’un rapprochement institutionnel possible entre nous-mêmes, l’Église Protestante du Sénégal (EPS) [fondée en 1862 par un missionnaire de la Société des missions évangéliques de Paris, l’ancêtre du Défap, ndlr] et l’Église Méthodiste du Sénégal.
Ce projet n’est pas nouveau et nous avons déjà des organismes communs, à commencer par le Comité évangélique pour la santé. Nous organisons chaque année, généralement entre le 17 et le 25 janvier, une semaine œcuménique et, bien sûr, nous nous invitons aussi mutuellement aux grandes fêtes. Les relations entre les femmes sont également très fortes, elles organisent régulièrement des réunions de prière en commun.

En octobre 2014, nous avons co-organisé, avec l’EPS, l’assemblée générale de la Cevaa, preuve que nous travaillons parfaitement bien ensemble, mais nous avons besoin de conseils pour créer une union visible et durable, à l’image de ce que vous avez, en France. C’est ce que nous avons expliqué à Georges Michel, le secrétaire général de la Fédération protestante de France.

 

Le Sénégal est un pays à majorité musulmane, quels sont vos rapports ?

La cohabitation est tout à fait pacifique et le dialogue islamo-chrétien est permanent. L’État est laïc et chacun peut choisir sa religion en toute liberté. Le pasteur Pierre Adama Faye, notre vice-président ici présent, est issu d’une famille musulmane par exemple. Il a commencé son parcours tout enfant à l’école coranique, puis il est allé à l’école catholique, une référence en matière d’éducation et, comme son frère ainé, il s’est converti au protestantisme luthérien au contact des missionnaires finlandais, en participant aux camps de jeunes et aux caravanes. Vous voyez…  ça fonctionne !

 

Quels sont les projets en cours avec le Défap ?

Le Défap finance pour nous la création de matériel catéchétique et ces dernières années il a octroyé une bourse pour un master en théologie. Nous avons également un projet d’édification d’un dispensaire. Par ailleurs, diverses aides en provenance de paroisses ou de comités d’entraide nous parviennent via le Défap.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné lors de votre séjour en France ?

La première chose qui nous a frappés et qui est vraiment différente dans notre pays, c’est « l’ancienneté » des communautés françaises : on voit bien plus de personnes âgées que de jeunes dans les cultes, dans les activités paroissiales etc. En Afrique, et au Sénégal comme ailleurs, c’est le contraire, nous avons beaucoup de jeunes.

 

Il y a aussi la question, toujours pendante chez nous, du ministère des femmes. Les paroissiens rencontrés aimeraient vraiment que l’ELS puisse avoir des femmes pasteures. Nous travaillons en ce sens, mais nous devons aussi tenir compte de notre contexte social et culturel. Cela dit, l’ELS forme désormais des femmes à la théologie, il y aura donc peut-être bientôt une ordination féminine…

 

Nous avons aussi constaté à quel point les Églises disposaient de moyens financiers importants pour faire vivre leurs communautés, alors même qu’il n’y a relativement peu de fidèles. Et paradoxalement, les responsables craignent de s’affirmer publiquement, comme s’il y avait une barrière infranchissable entre le domaine public et les activités religieuses. Un effet de votre perception de la laïcité, peut-être…

 




« Etre ou ne pas être hiérosolymitain (jerusalemite)…

…Ce n’est pas la question. La question est : comment le prouver et le rester ? » Article de Claude Smith, envoyée EAPPI pour le Défap, sur la situation des Palestiniens à Jérusalem-Est.

Claude Smith est Accompagnatrice oecuménique à Jérusalem, envoyée par les Églises protestantes françaises.

 

Rue Jaffa, Jérusalem DR

Rue Jaffa, Jérusalem Ouest DR

 

« Avant 1947, la totalité de Jérusalem était palestinienne. Après la partition de la Palestine par les Nations Unies cette même année, l’ONU a qualifié Jérusalem de zone internationale. Israël a envahi Jérusalem Ouest et a établi une frontière « de facto » connue sous le nom de Ligne Verte, chassant des dizaines de milliers de Palestiniens de cette partie de la ville. En 1967, Israël a occupé puis annexé Jérusalem-Est. L’occupation et l’annexion de Jérusalem-Est sont illégales selon la législation internationale.

 

Mais bien que la communauté internationale reconnaisse cette occupation, Israël ne cesse d’agrandir la ville à son profit, en empiétant sur la ligne verte, le gouvernement installe des « colonies » en plein centre et autour de tous les villages palestiniens, rendant ainsi la ville impossible aux habitants originaires de JERUSALEM. Les Israéliens appellent cette évolution « l’unification » de Jérusalem. En 1967, cela signifiait l’accès aux lieux saints juifs, le mur des Lamentations dans la vieille ville qui avait été refusé depuis la fondation de l’Etat d’Israël en 1948.

 

Pour les Palestiniens, c’est une autre histoire. Juste après l’occupation de 1967, Israël a organisé un recensement des habitants de Jérusalem et tous ceux qui n’étaient pas dans le pays à ce moment-là  pour diverses raisons – voyage à l’étranger, études à l’étranger – ont perdu leur droit à revenir chez eux, définitivement ! D’un seul coup, plus de 40 000 Palestiniens ont perdu leur appartenance à cette ville alors que leurs familles y vivaient depuis plusieurs générations.

 

Cartes de résidents

 

Israël a annexé Jérusalem-Est et déclaré qu’elle faisait partie d’Israël. Et pourtant, alors qu’ils paient des impôts à Israël, les Palestiniens qui vivent à Jérusalem-Est ne reçoivent pas la citoyenneté israélienne mais doivent faire la demande d’une Carte de résident perma-nent (carte bleue) et, malgré ce terme de permanent, cette demande doit être régulière-ment renouvelée.

 

Ce statut correspond à celui d’étranger alors qu’il s’agit de personnes résidant sur leur propre terre.
Cette carte n’est transmissible ni au conjoint ni aux enfants : d’où de nombreux problèmes de scolarisation…

Les Palestiniens qui vivent à Jérusalem-Est et qui ont un enfant doivent demander au Ministère de l’Intérieur une carte de résident pour celui-ci. Israël accorde à l’enfant une carte temporaire valable deux ans seulement et qui doit aussi être régulière-ment renouvelée. Il y a actuellement environ 10 000 enfants palestiniens qui vivent sans autorisation à Jérusalem-Est et qui n’ont par conséquent pas accès à l’éducation et la santé.

 

Pour obtenir le renouvellement de cette carte, les Palestiniens doivent prouver aux autorités israéliennes que Jérusalem-Est est leur « centre de vie », qu’ils y ont une habitation, un tra-vail, qu’ils y font des études etc. Dans ce but, ils doivent fournir quantité de documents, dont l’assurance santé et des factures d’eau ou d’électricité remontant à plusieurs années, que beaucoup de Palestiniens n’ont pas.

 

En conséquence, de nombreux Palestiniens qui n’avaient jamais vécu ailleurs qu’à Jérusalem-Est ont perdu leur carte de résident.

Et, une fois expulsés, ils n’ont plus le droit de revenir. Ceux qui ont vécu ailleurs pendant plus de sept ans perdent définitivement le droit de revenir y vivre.

 

La loi sur la citoyenneté interdit aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza d’entrer à Jérusalem pour un regroupement familial. Ceci a fait que des époux ont été séparés l’un de l’autre et des enfants de leurs parents.

 

11 000 cartes de résident ont été retirées à des Palestiniens ces 20 dernières années…

Les Palestiniens sont au nombre de 260 000 environ sur 800 000 habitants de Jérusalem.

 

Le Mur de séparation dans la région de Bethléem DR

Le Mur de séparation dans la région de Bethléem DR

 

Démolition de maisons

Silwan, faubourg de Jérusalem-Est, est particulièrement visé par les démolitions et les expul-sions.
Dans ce quartier, les maisons palestiniennes sont détruites pour faire place à un centre tou-ristique et archéologique, un parc national israélien appelé « cité de David ». Ne serait-ce qu’à Silwan, plus de 1 000 Palestiniens s’attendent à la perte de leur maison.

 

Il est pratiquement impossible pour des Palestiniens d’obtenir un permis de construire. Presque toutes les demandes, dont l’enregistrement coûte très cher, sont refusées et il faut attendre parfois des années pour avoir la réponse.

Mais les familles palestiniennes de Jérusalem-Est ont besoin d’agrandir leur espace vital. Elles le font sans avoir reçu l’autorisation et doivent alors vivre dans la crainte de recevoir un ordre de démolition.

 

Ce document, s’ils le reçoivent, est assorti d’une amende. La police et l’armée israéliennes escortent les bulldozers, et les familles sont sommées de sortir de chez elles le plus rapide-ment possible en emportant le plus de biens possibles. Ils doivent payer le coût de la démoli-tion, qui peut atteindre des centaines de milliers d’euros. Ceux qui ne peuvent pas payer risquent la prison. Avec 70% des Palestiniens de Jérusalem-Est vivant sous le seuil de pauvre-té, certains sont obligés de détruire eux-mêmes leur maison.

 

Ceux qui ont les moyens, comme un de nos voisins, achètent ou construisent une maison familiale plus grande dans les villages alentours (plusieurs frères avec femme, enfants et leurs vieux parents) mais gardent leur petit appartement à Jérusalem, avec quelques af-faires, pour ne surtout pas perdre leur carte de résident. Pour venir « chez eux » à Jérusa-lem, ils doivent franchir les check points. S’ils se font attraper, ils perdent définitivement leur carte, la possibilité de travailler à Jérusalem et d’y vivre à nouveau et prennent toujours le risque de voir la maison familiale détruite. »

 




Cameroun : des inondations dévastatrices

 

« Recevez nos fraternelles salutations en Christ.

Par la présente, nous venons vous tenir informés que nous avons eu une grande inondation qui s’est encore répétée dans nos zones d’action d’évangélisation, notamment dans l’arrondissement de Maga dans le département de Mayo-Danay et l’arrondissement de Zinah dans le Logone-et-Chari à Kousseri.

 

Cartes du Cameroun : 1 – en rouge, le département de Mayo-Danay, 2 – en rouge, le Logone-et-Chari ; au  niveau de l’étoile, Kousseri (Source : Google Maps)

Il y a eu des grandes pluies qui ont détruit plusieurs villages. Le Logone [NDR : fleuve à la frontière entre le Cameroun et le Tchad] étant débordé par les pluies venant de Bongor et ses environs, il est sorti de son lit, emportant tout sur son passage, détruisant des cases qui, dans la zone, sont faites en terre battue, des champs de mil, de riz, de maïs rasés, et emportant aussi les animaux des éleveurs en nombre incalculable.

Il y a beaucoup de populations déplacées vers les zones élevées.

Nous vous tenons informé de difficultés des catastrophes naturelles qui viennent s’ajouter aux malheurs de ces populations éprouvées en insécurité.
Nous sommes sur le terrain pour évaluer les dégâts.

GOYEK Robert
Président d’EFLC et du CEPCA
»




« Agir ensemble pour un développement intégral »

 

Le Secaar souhaite donner la possibilité à tout individu de pleinement s’épanouir dans un cadre de vie harmonieux, avec des besoins de base assurés (nutrition, santé, éducation, formation professionnelle).

L’association est engagée dans des actions de développement et d’intensification des échanges afin de mieux valoriser les expériences de chacun : elle assure conception, élaboration, gestion, suivi et évaluation de projets de développement. Elle souhaite ainsi avoir une approche globale des problèmes liés au développement (techniques, matériels, mais aussi socioculturels et spirituels).

 

 

Logo du Secaar

Logo du Secaar

 

Que fait le SECAAR ?

 

Le SECAAR met en place :

 

– des formations théologiques ;

– des échanges d’expériences entre tous les acteurs pour aider les communautés ;

– des actions de soutien et d’accompagnement dans le développement entreprises par les Eglises ;

– un centre de ressources pour le développement, disponible sur leur site internet ;

– un manuel de réflexion sur le message biblique à partir d’expériences de terrain ;

– des offres de prestations de services sous forme de conseils, d’études, de formations, de suivi et d’évaluation d’actions ou programmes de développement.

 

Quelles sont les principes du Secaar ?

 

Le Secaar a cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi).

 

Rapide historique

 

Fondé en 1988 au Bénin, le Secaar est un réseau de dix-huit Eglises et Organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe qui travaillent ensemble dans le cadre de l’animation rurale.

L’organisme a officiellement été constitué en 1994 à Yaoundé, au Cameroun : il devient association internationale. En 1996, un bureau de coordination des activités ouvre à Abidjan.

Le siège se trouve aujourd’hui à Lausanne, en Suisse, et le secrétariat exécutif à Lomé, au Togo. Cette coordination permet de valoriser les ressources locales et d’assurer un meilleur échange et partage de savoirs sud-sud et sud-nord.

 

Site du Secaar

 




La vie quotidienne dans la zone de tir 918

 

« Il est 7 heures du matin, et le jour se lève à peine sur la plaine de Jinba. Au loin, les premiers contreforts du Néguev émergent de la brume. Tout est calme et paisible dans le petit campement de Ziad, où nous venons de passer la nuit. Seul le hurlement des chacals et l’aboiement d’un chien isolé sont venus troubler le silence nocturne. Ziad s’est levé bien avant l’aube ce matin, et après avoir prié par deux fois comme le lui commande sa religion, il s’est activé sans relâche pour apporter fourrage et maïs à ses cent vingt brebis, réparties dans deux enclos de fortune.

Ziad vit seul ici dans une petite maison très simple. Le confort bien rudimentaire semble le satisfaire. L’électricité est fournie par des panneaux solaires, et l’eau collectée dans des citernes. Une ONG locale a installé récemment des toilettes dans une construction séparée. Quelques oliviers et un figuier agrémentent la petite plateforme où il se tient quand il a un instant de repos. Un petit paradis sur terre donc. Et pourtant !

 

Le jour se lève sur la plaine de Jinba et le Néguev DR

Le jour se lève sur la plaine de Jinba et le Néguev DR

 

En fait, cela fait six ans que Ziad a pu revenir dans ce hameau constitué de quelques masures de pierre accrochées à flanc de montagne et de cavernes creusées dans les falaises calcaires. Deux autres familles ont vécu ici jusqu’en 2011, mais sont reparties depuis, à cause des difficultés quotidiennes et de l’insécurité. La femme de Ziad et son dernier fils sont eux aussi partis pour habiter la petite ville voisine. Auparavant, en 1999, la zone avait été déclarée zone militaire, et les populations expulsées. Et ce retour n’est cependant que très aléatoire, car depuis les accords d’Oslo en 1995, la zone a été classée en zone C, c’est à dire sous contrôle de l’armée israélienne, et Ziad peut être chassé de nouveau à tout moment et sans préavis.

 

Ziad apportant le thé du matin DR

Ziad apportant le thé du matin DR

 

Dans cette zone, toute l’infrastructure et les services publics sont mis en place par Israël. Selon le droit international, tous les habitants de la zone, israéliens ou palestiniens, ont les mêmes droits et devraient recevoir les mêmes services publics. Force est de constater, cependant, que les populations palestiniennes sont totalement négligées. Le système de routes, l’alimentation en eau, le rattachement au réseau électrique, et les autres services publics, sont organisés uniquement en fonction des besoins de l’état d’Israël et des colonies et avant-postes israéliens.

Quant aux populations palestiniennes qui vivent dans cette zone (300.000h), habitants historiques et réfugiés, elles doivent se débrouiller avec des moyens rudimentaires et l’aide bien faible de l’autorité palestinienne et des organismes internationaux pour couvrir leurs besoins essentiels. Et les initiatives, quelles qu’elles soient, semblent systématiquement contrecarrées par les services administratifs de la zone, dans les faits une émanation de l’armée israélienne.

 

 

 

A titre d’exemple, et bien que la zone ait été habitée depuis des temps ancestraux par les populations locales, comme en témoignent de nombreux vestiges, toute construction nouvelle ou réparation de construction existante doit faire l’objet d’un permis. Cette autorisation concerne les maisons individuelles, les écoles, les pistes d’accès, les citernes, les panneaux solaires, les bergeries et poulaillers : tout ce qui constitue le minimum nécessaire le plus élémentaire pour ces populations rurales ou nomades, est soumis a un permis préalable.

Et les permis ne sont pratiquement jamais attribués : dans l’ensemble de la zone C, sur 13 000 demandes de permis déposées, moins d’une centaine ont été acceptées au cours de l’année passée. Par voie de conséquence, beaucoup de constructions ont été érigées sans permis, et la plupart font donc l’objet d’arrêtés de démolition. L’armée peut intervenir à tout moment pour démolir les constructions frappées par ces arrêtés. De plus, beaucoup de petits propriétaires terriens, pourtant en possession de titres dûment établis, se voient spoliés de leurs terrains par les colons ou l’état israélien, et les recours vers les autorités judiciaires aboutissent très rarement.

 

Mais revenons à la raison qui nous a amenés à passer la nuit avec Ziad le 13 octobre dernier.  La veille à la tombée du jour, sept colons habitant un avant-poste voisin (qu’ils ont surnommé «la Ferme de Lucifer» !), étaient venus couper le tuyau d’alimentation en eau de sa citerne, et sa maisonnette et sa bergerie étaient privées d’eau. L’infortuné Ziad n’avait eu d’autre ressource que d’appeler les fermiers d’un campement voisin, Susiya, situé à quelques kilomètres de là. Il avait peur, en effet, que ces mêmes colons reviennent pendant la nuit et ne commettent d’autres exactions.

 

La ferme de Lucifer DR

La ferme de Lucifer DR

 

Ces colons, et ceux d’une colonie voisine, n’en étaient d’ailleurs pas à leurs premiers méfaits. Ils viennent très régulièrement troubler la vie de Ziad et celle des habitants de la plaine de Jinba, en contrebas de la bergerie de Ziad. Le dimanche précédent, ils avaient bloqué la piste d’accès avec de gros blocs de pierre, et les instituteurs, arrivant au matin de la ville voisine de Yatta, avaient dû déplacer ces blocs afin de poursuivre leur chemin.

Cette piste est pourtant cruciale pour les habitants de la zone car elle est utilisée pour acheminer les denrées et matériaux essentiels, et également sert de passage aux travailleurs palestiniens qui vont travailler quotidiennement dans la ville israélienne voisine de Arad (de fondation très ancienne, et dont il est fait référence à plusieurs reprises dans la Bible. Des fouilles ont d’ailleurs montré que Jinba était une halte fréquentée, aux temps bibliques, sur la route de Beer-Schéba à Jéricho).

 

Ziad réamorce le système DR

Ziad réamorce le système DR

 

Dans cette plaine vivent 350 à 400 personnes réparties dans quatre ou cinq hameaux, principalement des bédouins réfugiés en Cisjordanie depuis 1948, et qui nomadisaient auparavant dans la région de Beer-Schéba (bédouins déplacés, donc, en violation du droit international). Une école y a été construite en 2015, qui reçoit quotidiennement 35 élèves, garçons et filles, pour les sept premières années d’enseignement. L’école et la plupart des constructions sont frappées d’arrêtés de démolition par l’administration militaire.

 

L’armée israélienne a quitté depuis quelques années la base qu’elle occupait dans cette plaine, mais continue à y revenir régulièrement, pour y conduire des séances de tir et et des manœuvres, sans guère se préoccuper des troubles causés aux habitants du lieu. Toute la journée d’ailleurs, l’air est rempli du vacarme des chasseurs de l’armée qui patrouillent à haute altitude, et il n’est pas rare qu’un hélicoptère militaire survole les hameaux ou que des véhicules militaires les traversent, pour une inspection plus rapprochée.

 

Ce soir, Ziad sera de nouveau seul dans sa maisonnette de pierre. Son repas sera constitué d’un peu de potage, de pain trempé dans de l’huile d’olive, et d’un verre de thé. Il se couchera ensuite vers 20h00, après la dernière prière sur soir, en espérant que la nuit sera calme, et qu’il retrouvera ses brebis lorsque l’aube poindra, comme tous les matins. »

Jacques Toureille
14 octobre 2015




EAPPI : de nouveaux affrontements en Israël/Palestine

 

Jacques Toureille, envoyé EAPPI, écrivait le 11 octobre, une semaine après son arrivée sur le terrain :

 

 

« Comme vous pouvez sans doute le voir dans la presse, les incidents quotidiens se sont multipliés ces dernières semaines, à la suite d’incursions répétées de juifs orthodoxes sur l’esplanade des mosquées (le Temple des Monts) à l’occasion des fêtes juives, alors qu’ils ne peuvent venir y prier en principe qu’à des heures bien précises, ce qui a suscité des réactions violentes de la communauté musulmane.

 

La situation s’est beaucoup tendue à Jérusalem, et des incidents répétés ont eu lieu, incidents qui ont conduit au bouclage de la vieille ville, et à un accès restreint à l’esplanade des mosquées (les hommes musulmans de moins de 50 ans n’ont pour l’instant plus le droit de venir y prier). La tension est montée un peu partout, sans que l’on pense pour l’instant qu’un mouvement de plus grande ampleur se dessine. De nombreux incidents ont eu lieu dans diverses villes, Bethléem, Hébron, Naplouse en particulier, et sur la ligne de séparation avec la bande de Gaza.

 

Carte Israël/Palestine

Carte de la région DR

 

Pour notre zone de placement (Yatta), la situation a été plus calme et s’est limitée principalement à des affrontements ponctuels entre colons et population palestinienne. (…)

 

Des demandes d’accompagnement de plus en plus fréquentes proviennent des paysans ou bédouins craignant des incursions nocturnes depuis les colonies israéliennes ou « outposts » voisins de leurs campements. En revanche, les demandes d’accompagnement de bergers sont moins fréquentes. De nouvelles demandes d’accompagnement sont attendues lorsque la cueillette des olives va commencer (dans deux ou trois semaines), car il est fréquent que les colons viennent perturber la cueillette. Au cours de cette première semaine de présence, j’ai d’ailleurs passé avec un autre EA deux nuits chez des bédouins semi-sédentarisés*. »

 

« La plupart des bédouins de la région de Yatta viennent du Néguev et ont été déplacés par la force vers la Cisjordanie en 1948.  Ils vivent dans des campements de fortune établis dans la zone C, et sont susceptibles d’être déplacés de nouveau à tout moment. »

 

ASeefer-Panneaux solaires endommagés par les colons-61015

Panneaux solaires endommagés par les colons, 6 octobre 2015 DR

 

Début octobre, Claude Smith, présente à Jérusalem, partage aussi ses impressions :

 

« (…) En ce moment comme vous le savez, il y a des « incidents », ou « clashes » comme on dit ici, partout dans la Cisjordanie et Jérusalem-Est où je me trouve. Mais, en même temps, d’un quartier à l’autre, c’est très différent.

Nous sommes juste hors des murs, près de la Porte d’Hérode, et c’est plutôt calme. Mais ce matin, Via dolorosa, dans la vieille ville, il y a eu une tentative de meurtre pendant que nous étions en réunion et, de nouveau, on ne pouvait plus sortir, pour quelques heures seulement. Les Palestiniens ont l’habitude…
Dimanche, nous étions à Bethlehem où deux palestiniens ont été tués, dont un enfant de 13 ans du camp de Aida (…). Depuis dimanche soir, on envoie des gaz lacrymogènes dans les rues, et, depuis lundi, ce sont des tirs.

Nous avons parlé avec un archevêque arménien, responsable des relations œcuméniques, un vieux monsieur digne et plein d’humour, lui-même réfugié palestinien de 1948, et il évoquait la possibilité d’une 3ème intifada. (…)

 

Nous avons rendu visite à des familles palestiniennes qui vivent sous les remparts, dans une zone qu’Israël veut transformer en jardin appelé « natural reserve » et, donc, les maisons de ces gens doivent être détruites…

Ils nous ont montré l’ordre de démolition pour la semaine prochaine. (…)

Ces gens nous ont accueillies si amicalement, nous exprimant leurs remerciements parce que notre présence compte beaucoup pour eux. Ils espèrent qu’on va répercuter leur histoire sur nos blogs et dans la presse. (…)

 

Les juifs Israéliens qui militent pour la paix et avec qui nous travaillons sont très clairs dans leur position.

Ils disent que raisonnablement il n’y a aucune raison d’espérer, d’entrevoir une résolution du conflit, mais qu’en même temps, ils ont un espoir (fou !), comme nous d’ailleurs, que quelque chose pourrait changer, c’est pour ça qu’ils continuent. Et c’est aussi pour ça que nous sommes là (sans prétention aucune). »

 

En savoir plus sur le programme EAPPI

 




L’EPS : une Eglise en expansion

 

Le pasteur Mendy est responsable de la paroisse de Dieuppeul à Dakar.
Il a rendu visite au Défap dans le cadre d’une formation pastorale assurée par l’institution.

 

La vie au Sénégal

Les dernières élections ont mis au pouvoir le président Macky Sall. Celui-ci est « en train de tout faire pour lutter contre la corruption ». Il a mis en place une structure dédiée pour « poursuivre les personnes citées dans des malversations ». Il est aidé en cela par certaines organisations internationales.

 

Quant à la situation sociale, elle est tendue : pénurie d’eau, problèmes d’électricité mais également d’inondations, et problèmes scolaires… Les syndicats se battent pour une meilleure situation. Il faut « prier pour cette situation », dit le pasteur Mendy.

 

Pasteur Mendy

 

L’Eglise Protestante du Sénégal

Cette Eglise est issue de la Société des Mission de Paris (SMEP) de 1862 : elle est la deuxième Eglise reconnue officiellement par le gouvernement sénégalais, après l’Eglise catholique.

En effet, l’EPS est « invitée aux manifestations » étatiques, telle l’investiture du président, la fête de l’indépendance ou la cérémonie des vœux du chef de l’Etat.

 

L’EPS maintient également de « bonnes relations avec les autres Eglises du Sénégal », comme l’ELS (Eglise Luthérienne du Sénégal) ou l’Eglise méthodiste unie du Sénégal. Une « idée de création d’association d’un Conseil Chrétien avec ces deux Eglises » est d’ailleurs en train de voir le jour.

 

Outre les protestants, l’ELS entretient de bonnes relations avec les musulmans et avec l’Eglise catholique. « Nous avons souvent des échanges avec l’Eglise catholique » : notamment, chaque année, une semaine de prière pour l’unité des chrétiens est organisée au mois de janvier.

L’EPS vit ainsi en bonnes ententes avec les autres religions du pays.

Elle possède également des écoles gérées par l’APES (Association protestante d’entraide du Sénégal) qui est le bras séculier de l’Eglise.

Elle est constituée de trois paroisses : deux à Dakar (Plateau et Dieuppeul) et une à Saint-Louis (Khor).

Environ 1000 membres constituent cette Eglise, avec trois pasteurs consacrés et un pasteur stagiaire.

 

L’EPS & le Défap

 

Le Défap soutient l’EPS dans plusieurs projets. Aujourd’hui, il est particulièrement investi dans la création d’un Centre de formation professionnelle à Saint-Louis qui va être inauguré au mois de novembre 2015. C’est suite à un legs que le Defap a pu financer ce projet. Le gros œuvre des bâtiments a été réalisé sous forme de « chantier école » et a utilisé la technique du géo-béton, une manière de construire plus écologique. Le Centre sera inauguré en novembre 2015 et le pasteur Jean-Luc Blanc, du Défap, participera à cette inauguration.

 

Par ailleurs, à la demande de la Cevaa, le Défap est investi dans la formation permanente des pasteurs de l’EPS. A tour de rôle, ceux-ci viennent en France pour participer à des stages CPLR (organisme pour la formation permanente des pasteurs) avec leurs homologues français ainsi qu’à des stages pratiques sous la responsabilité de pasteurs de nos Eglises. C’est donc dans ce cadre-là que le pasteur Mendy a séjourné en France au mois d’octobre 2015.