L’assassin n’est pas celui que l’on croit !

Actuellement responsable de l’équipe Mission de son Consistoire et membre de l’équipe Mission de l’inspection ecclésiastique de Colmar, Olivier Richard-Molard est pasteur. Il est spécialisé dans les questions interreligieuses, la laïcité et la citoyenneté. Il a notamment été professeur du « fait religieux » à l’IUFM d’Alsace-Strasbourg pendant dix ans. Il a également été membre du Cabinet du Président de la Région Alsace, Philippe Richert, comme chargé des cultes, et ce durant trois ans. Voici sa réaction face à la dernière Une de Charlie Hebdo.

Une de Charlie Hebdo, DR

Une du numéro spécial de Charlie Hebdo, DR (site du journal)

 

Charlie Hebdo démontre, par cette page de couverture de son dernier numéro, une parfaite connaissance de l’essence même d’une religion dans son aspect paradoxal.

 

Dans le Judaïsme, le Christianisme ou l’Islam, l’amour de Dieu et  du prochain en sont les pierres angulaires et Charlie le sait parfaitement alors qu’il semble faire provocation avec sa caricature de Dieu.

 

Oui, l’assassin court toujours…au nom de Dieu et toujours il courra. Ce fut le sinistre temps des Croisades où les chrétiens, au nom d’un tombeau à récupérer, celui du Christ,  ont tué, assassiné, décimé. Oui, aujourd’hui est le temps, tout aussi sinistre, de ces délinquants « djihadistes » d’un « Etat » criminel qui, eux aussi, se targuent d’agir au nom de Dieu. Mais, non, l’assassin n’est pas celui que l’on peut penser, imaginer. Ce Dieu de la couverture de Charlie nous ramène à ce dont nous sommes tous capables et l’histoire nous le rappelle. C’est la  face sombre et paradoxale de nos religions qui n’existent que par nous-mêmes, nous qui sommes capables du bon, du bien, du juste et du vrai comme du mal, du crime,  de la mort et du pire.

 

L’assassin c’est moi, c’est toi, c’est nous infidèles, pour beaucoup, à un Dieu d’amour que prônent pourtant  nos religions dans leurs fondements ou tout simplement infidèles à la vie  qui est  belle,  passionnante  si elle est partagée dans la joie, la justice, la fraternité, croyant ou non- croyant.

 

Charlie a raison, les assassins que nous pouvons être courent toujours, laissons Dieu à sa place. Notre pays, la France, a montré, après les atrocités des délinquants et fossoyeurs de l’Islam, que nous pouvons et devons espérer en une humanité meilleure, lutter pour cela. Ainsi continuons à courir dans ce sens et les assassins s’essouffleront.

 

Olivier Richard-Molard




Une ambiance familiale

Leslie Wanai a été stagiaire au Défap fin 2015. Jeune Calédonienne venue en France dans le cadre du programme ABS, elle a vécu un Noël loin des siens… enfin presque !

Elle a le regard vif et curieux de celle qui a tout à découvrir et n’est jamais au bout de ses surprises. Pourtant, c’est souvent elle qui crée l’étonnement quand elle évoque son histoire récente. Les cheveux sagement nattés, de grandes boucles d’oreilles qui accrochent la lumière, Leslie a le sourire communicatif et la gentillesse à fleur de peau. Elle est arrivée en 2013 pour faire un BTS « comptabilité / gestion des organisations » dans le cadre du programme Après-Bac-Service (ABS) géré par le Défap, lequel permet aux bacheliers calédoniens de venir faire leurs études en France (présentation du programme ABS).

 

Leslie Wanai, DR

Leslie Wanai, DR

 

Après une brève halte à Paris, elle a pris un train pour Aubenas, jolie commune de l’Ardèche qui allait l’accueillir et dont elle n’avait jamais soupçonné l’existence avant d’y être invitée. Arriver de Nouvelle-Calédonie en France, c’est débarquer de l’autre côté de la planète, dans un monde où tout est différent : le climat, l’environnement, le mode de vie, la culture… « J’étais surprise, mais j’ai aussi eu l’impression de surprendre, confie-t-elle dans un grand rire, on s’attendait à me voir arriver vêtue d’un pagne, avec un collier de fleurs autour du cou et j’étais en jean et en sweat-shirt. C’était un choc de part et d’autre ! »

 

Une stagiaire studieuse

 

Afin d’avoir une vue d’ensemble de l’organisation d’une institution comme le Défap, Leslie a travaillé pour différents services :

– Relations et solidarité internationale (RSI), pour apprendre le fonctionnement du programme ABS « de l’intérieur » et comment se passe la coordination avec les associations partenaires ;

– Le Pôle France, avec lequel elle a assisté au culte de l’Institut Protestant de Théologie et organisé le Noël du Défap ;

– Le service financier, où elle a pu voir comment on boucle un budget.

 

Trois expériences qui lui ont permis de toucher du doigt la différence entre une association et une entreprise commerciale.

Mais outre l’objet social, diamétralement opposé, c’est surtout la différence d’ambiance qui a touché Leslie : « Il y a une vraie joie de vivre et de travailler au Défap. On n’y est pas simplement salarié, on y est engagé. Tous y investissent leur compétence professionnelle et leur énergie, mais également leur art de vivre et leurs petits talents personnels. C’est un peu comme une famille, surtout au moment des fêtes de fin d’année. »

 

Noël ici et là-bas

 

« Dans ma tribu, raconte Leslie, Noël commence dès le 1er décembre et la fête dure un mois. Nous partageons tout : repas, veillées, cultes… Nous organisons des jeux, des activités sportives auxquelles participent jeunes et vieux, nous montons des saynètes pour raconter la naissance de Jésus, ou la fuite en Égypte. C’est l’été, il fait chaud et le soleil brille tous les jours ou presque ! Une atmosphère complètement différente de celle de la France, qui s’attend plutôt au froid et à la neige ! »

 

Du coup, le soir de la fête de Noël du Défap, lorsque le pasteur Florence Taubmann a décidé de mettre en scène ses collègues, secrétaire général compris, pour qu’ils jouent les différents personnages autour de la nativité, Leslie a été très émue. Ce n’est pas facile d’être loin des siens, de l’île qu’elle aime et de ses traditions à un moment aussi important. Elle a donc participé au spectacle en projetant des photos de ses noëls familiaux, en plein été calédonien… Tous les enfants présents la regardaient, fascinés par cette jeune fille venue de si loin, d’un pays où « le monde est à l’envers » !

 

Leslie n’en demeure pas moins étonnée de voir les temples si peu remplis, même pour le 25 décembre. « Chez nous, les parents préparent le repas et les enfants s’occupent du culte et de sa liturgie. L’église est à nous ! La cloche sonne vers 19 h : tous se rejoignent alors pour le spectacle et le culte, puis on va dîner », explique-t-elle. Et les cadeaux ? « Bien sûr, on se fait des cadeaux, mais il n’y a pas la même frénésie qu’ici… »

 

Des projets et encore des projets

 

Leslie achèvera son BTS en mai 2016. Elle souhaite ensuite s’inscrire en licence et, si tout va bien, continuer par un master puis un doctorat « audit comptable » le tout, assorti d’expériences professionnelles. Ensuite, elle rentrera « à la maison » et lancera sa propre entreprise. Pour l’instant, elle préfère rester à Aubenas, auprès de ceux qui l’ont accueillie. Ils ont appris à la connaître : « on s’aime comme si nous étions en famille », dit-elle avec chaleur. C’est mieux que de faire des allers-retours en Nouvelle Calédonie, où chaque départ est malgré tout un arrachement.

 




Cameroun : une jeunesse investie pour le climat

Le responsable des jeunes de l’Eglise Evangélique du Cameroun (EEC), Félix Nkam, était présent à la COP21 qui s’est terminée le 12 décembre 2015 à Paris. Cette participation est l’expression d’un engagement fort de l’EEC dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Quelques mots sur Félix


Félix est responsable des jeunes de l’EEC, en charge des projets, des programmes et des finances. C’est dans ce cadre qu’il s’occupe du programme pour la protection de l’environnement.

Mais ses fonctions ne s’arrêtent pas là. Il a participé, en tant que coordinateur, à la création d’un réseau de jeunes protestants d’Afrique Centrale, impulsé par la Cevaa.

Il est également représentant des jeunes d’Afrique au conseil de la VEM (Vereinte Evangelische Mission*). Il s’est ainsi rendu au Rwanda et au Congo, pour des formations sur la résolution pacifique des conflits.

* Mission évangélique unie, institution protestante allemande

 

Félix Nkam à la COP21, DR

Félix Nkam à la COP21, DR

 

Un engagement et des actes


En parallèle de la COP21 se tenait fin novembre la réunion des jeunes pour le climat, la COY11 (Conference of Youth). Intervenant, Félix a présenté la lutte contre les changements climatiques dans le cas des jeunes chrétiens. Il a été choisi pour représenter cette instance à la COP21.

De tous les jeunes présents, il était le seul à être issu d’un mouvement chrétien protestant d’Afrique centrale. L’idée lui est d’ailleurs venue d’organiser un forum de restitution pour informer ses jeunes concitoyens de la sous-région. Sa première action sera l’envoi d’un rapport sur l’événement.

La COY11 est constituée de jeunes volontaires qui œuvrent pour une prise de conscience globale des problématiques environnementales. Ils ont désormais la caution de certaines associations, le label COP21, et ont pu remettre à Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, leur mémento.

 

La parole, un outil inestimable


Félix insiste sur la nécessité pour les jeunes d’entreprendre eux-mêmes des actions. Il cite ce proverbe : « si chacun balaie devant sa porte, tout le village sera propre ». « Chacun doit entreprendre des choses dans sa localité », ajoute-il.

L’Eglise Evangélique du Gabon soutient ces projets. Elle a organisé une rencontre de jeunes, membres de la Cevaa, afin de parler, entre autres, des changements climatiques.**

Pour Félix, ce dialogue est indispensable : les jeunes doivent se rencontrer, échanger sur leurs expériences et trouver des activités de mobilisation pour modifier les comportements.

 

Le groupe de jeunes de la COY11, DR

Le groupe de jeunes de la COY11, DR

 

Félix a retenu deux choses importantes de la COY11 et de la COP21 :

– Le besoin d’entreprendre des actions personnelles et locales, sans attendre les accords. Il existe une « urgence environnementale » au niveau des localités, il faut y répondre par des actions, notamment des jeunes ;

– La nécessité d’organiser, au niveau de l’Eglise Evangélique du Cameroun, une journée internationale pour l’action climatique, afin de faire de la sensibilisation, avec l’appui des médias : camps de vacances écologiques, actions de reboisement etc.

 

On ne peut pas se passer de la communication et de l’information si l’on veut que les comportements changent, conclut Félix. Ce sont les petits agriculteurs qui sont les premiers touchés par les changements climatiques, et il faut les aider.

Son idée : créer un poste au niveau de l’Eglise, pour traiter des enjeux liés à l’environnement et protéger cette création que nous transmettrons à nos enfants.

 

** Retrouvez la déclaration des jeunes des Eglises membres de la sous-région Afrique centrale et de l’Est, à l’issue de la rencontre internationale de Libreville, Gabon (8-16 août 2015)

 

Lisez le manifeste de la COY11

 




Merci pour l’année écoulée ! / Confiance pour l’année à venir !

 

Merci pour l’année écoulée !

 

Mon âme, bénis l’Eternel !                

Que tout ce qui est en moi bénisse son saint Nom !     

Mon âme, bénis l’Eternel et n’oublie aucun de ses bienfaits !

Ps 103,1-2

 

Source : Thérèse Andrevon Gottstein  –
photo pour un futur projet de l’Institut Interreligieux Elijah Jérusalem http://elijah-interfaith.org

 

Seigneur,

Je regarde en arrière vers les années passées.

Je n’ai pu planifier ma vie, car j’étais incapable de la prévoir. Mais je devine la main qui me conduit.

Je m’émerveille du plan selon lequel tu as conduit ma vie, les courbes et les lignes droites de mon destin.

Tu m’as guidé et je discerne, après coup, que ce fut ta main.

Mes vœux furent nombreux à ne pas être exaucés et à présent je vois … cela était bon.

Je regarde en arrière et je te rends grâce.

Jörg Zink

 

Confiance pour l’année à venir !

 

Car auprès de toi est la source de la vie;
Par ta lumière nous voyons la lumière.

Ps 36,10

 

illustration méditation du jeudi

Source : Pixabay

   

Seigneur,

Tu m’offres cette nouvelle année  comme un vitrail à rassembler avec les 365 morceaux de toutes les couleurs qui représentent les jours de ma vie.

J’y mettrai le rouge de mon amour et de mon enthousiasme, le mauve de mes peines et de mes deuils, le vert de mes espoirs et le rose de mes rêves, le bleu ou le gris de mes engagements et de mes luttes, le jaune et l’or de mes moissons…

Je réserverai le blanc pour les jours ordinaires et le noir où tu sembles absent.

Je cimenterai tout par la prière de ma foi et par ma confiance sereine en toi.

Seigneur je te demande simplement d’illuminer de l’intérieur ce vitrail de ma vie, par la lumière de ta présence et par le feu de ton esprit de vie.

Ainsi par transparence, ceux que je rencontrerai cette année y découvriront peut- être le visage de ton Fils bien-aimé Jésus-Christ notre Seigneur.

G. Lecleir

Tous nos vœux de joie et de paix pour l’année 2016 !

 




Le courage d’espérer

 

Pour joindre le geste à la parole, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président du Défap, se rend à Bangui entre le 23 et le 26 décembre pour les célébrations de Noël.

 

« Quel était donc le vrai courage du pape François ? Venir à Bangui en pleine période de troubles intercommunautaires ? Même si d’aucuns, pour n’avoir pas à le protéger, ont beaucoup insisté sur les risques qu’il courait, il semblerait bien que nul n’ait eu l’intention de s’attaquer à lui. Les Casques bleus des Nations unies, appuyés par la force française Sangaris, lui ont assuré un rempart efficace. Le danger principal était-il de se rendre à ma mosquée centrale ? Les militaires postés sur les minarets ont permis que les musulmans du quartier PK 5 puissent enfin sortir de leur isolement contraint en toute sécurité. Était-ce dans le stade dit « des 20 000 places » ? Là, ce sont 2 500 scouts qui ont été mobilisés pour s’assurer que tout aille bien.

Non, son vrai courage a été d’espérer, de croire en l’homme centrafricain, en sa capacité à dépasser les haines d’aujourd’hui pour reconstruire une nation unie.

C’était un courage nécessaire tant il semble faiblir chez ceux-là même qui en faisaient preuve jusque-là. Depuis fin septembre, la population centrafricaine a le sentiment d’être livrée à elle-même. Les forces internationales, après avoir été débordées les 26 et 27 septembre dernier, lors des événements qui ont fait plus de soixante-dix morts, paraissent désormais se désintéresser des milices armées qui continuent à endeuiller villes et campagnes. Les instances politiques ne montrent guère davantage de volonté de sortir de la crise et les élections sont maintenant prévues pour la fin décembre. Quant aux chefs rebelles, ils paradent impunément au milieu des représentants officiels des Nations unies, déclarant leur opposition aux élections et leur souhait d’une nouvelle transition… dont ils tireraient de nouveaux profits, à n’en pas douter.

Le pape François a eu du courage pour redonner un peu d’espérance. Pour que des mots simples comme « nous sommes frères », « pardon », « vivre ensemble » et « aimer » soient à nouveau prononcés. Pour que les jeunes musulmans enfermés dans le « ghetto » du quartier PK 5 sortent pour la première fois depuis des semaines vêtus de t-shirts à l’effigie du pape et viennent rejoindre les chrétiens dans le stade, pour la célébration finale.

Du courage pour espérer. Il en faudra encore beaucoup et les Centrafricains devront s’inspirer du pape François pour résister.

Du courage pour reconstruire. Il en faudra au futur président de la république et à son gouvernement, mais il sait déjà que tous ceux qui ont préparé, accompagné, prié pour la visite du pape seront prêts à accompagner cette nouvelle étape dans la reconstruction du pays.

Du courage pour espérer, il en faudra pour convaincre les anciens amis de la Centrafrique de ne pas s’en détourner, une fois la paix revenue.

Mais si la paix est fragile, l’espérance est forte, comme celle que le pape François vient de montrer. Et elle est communicative. Pendant deux jours, les Centrafricains se sont dit les uns aux autres, toutes confessions confondues : « Oui, nous pouvons vivre ensemble ».

Jean-Arnold de Clermont
Président du Défap.
»

 

Retrouvez régulièrement sur notre site les dernières nouvelles de Centrafrique.




« L’Action Commune » : qu’est-ce que c’est ?

 

Qu’est-ce que l’Action Commune ? Quel est son but ? Comment ce travail est-il réutilisé dans les paroisses de France ? Le pasteur Jean-Luc Blanc, du Défap, nous apporte des précisions à ce sujet.

 




ABS un jour, ABS toujours

 

De Sarraméa à Bordeaux

 

Jonathan Tholo est originaire de Nouvelle-Calédonie, et plus précisément de son île principale La Grande Terre. Il a grandi dans les montagnes, au village de Sarraméa, au nord-ouest de Nouméa.
Arrivé il y a cinq ans, ce jeune Kanak a fait le voyage jusqu’à la métropole pour suivre des études supérieures.

Il termine désormais son Master 2 et prépare les concours de la fonction publique, catégorie A et A+.

 

Remise de diplôme (au centre, Jonathan), DR

 

Son périple l’a amené dans plusieurs villes de France : il débute son DUT en gestion des entreprises, spécialité Ressources Humaines, à Bourges, où il passe deux ans. Avec cette formation, attiré par le droit, il décide de demander son équivalence pour entrer en troisième année de droit à Tours. Il y obtient une maîtrise en droit public.

Sa soif d’apprendre ne s’arrête pas là. Apprenant que l’université de Bordeaux propose un des meilleurs masters en droit international de métropole, il s’y installe et obtient son diplôme de M2 en septembre 2015.

 

Hasard d’un chemin de vie peu commun, la directrice de ce master est l’un de ses anciens professeurs de Nouvelle-Calédonie, rencontrée lors d’un semestre de droit. C’était l’époque où il se lançait dans les démarches pour intégrer le programme ABS (NB : le calendrier étant différent entre Nouvelle-Calédonie et métropole, il avait six mois de battement entre l’obtention de son bac et le début du DUT).

ABS, une seconde famille

 

Dès le départ, Jonathan savait qu’il ne quitterait jamais son île. Se former ailleurs oui, mais pour mieux revenir et participer à l’émancipation de la Calédonie.

Une rencontre va être déterminante, celle avec Lucette Poigoune, décédée il y a deux ans et autrefois responsable du programme ABS. Elle l’a aidé à avancer dans ses démarches et à consolider son projet. Sans elle, il n’aurait peut-être pas osé se lancer dans l’aventure.

 

Les ABS au Sénat, automne 2015 (DR)

Les ABS au Sénat, automne 2015 (DR)

 

L’ « Après-Bac-Service », c’est la première étape de ce parcours hors norme.

 

Pour lui, ABS, « c’est avant tout une famille » : un groupe d’étudiants, des responsables en France, au Défap, et à Nouméa. « On a créé des liens, c’était une aventure : la préparation, l’organisation du départ, la formation, l’accueil, les rencontres etc. »

Ce sont des petits groupes soudés, dont la cohésion a grandi tout au long du parcours, et ce pour le bien de chacun.

Les rencontres ABS, deux par an, sont un moment important qui permet de se remonter le moral et de se motiver, quand l’éloignement d’avec la famille se fait trop sentir, ou que les températures chutent beaucoup…

 

ABS, c’est aussi un suivi pédagogique, qui permet à de jeunes Calédoniens de ne pas se perdre dans les démarches administratives.

« Pascale* et Elisabeth** m’ont apporté une aide vitale, car il y a toujours des petites barrières qui nous bloquent », dit Jonathan. « Le Défap a été d’une très grande aide, et Pascale fait un travail formidable ».

Jonathan répète à plusieurs reprises ce mot, « famille ». Cela fait trois ou quatre ans qu’il n’est plus dans le programme, mais il entretient toujours des liens avec les anciennes promotions. Et avec les nouvelles. Depuis sa maîtrise, son projet professionnel étant plus clair et bien cadré, il fait partie du programme « Cadres Avenir »***.

 

Les ABS au Louvre, DR

Les ABS au Louvre, DR

 

Il propose désormais son aide à Pascale pour organiser les rencontres et aider les jeunes : il est lui-même passé par là et veut apporter son expérience aux nouveaux, et faire passer des messages qui sont pour lui importants. Il n’a d’ailleurs manqué aucun rendez-vous depuis deux ans.

Il est également engagé au sein de la Fédération nationale des étudiants calédoniens, qui lance plusieurs chantiers au niveau national pour la jeunesse calédonienne en métropole.

* Pascale Audo, en charge du suivi des étudiants ABS au Défap
** Elisabeth Marchand, autrefois en charge des envoyés et du programme ABS au Défap
*** « Le Programme Cadres Avenir accompagne pédagogiquement des personnes qui, disposant d’une expérience professionnelle de plusieurs années, ont pour objectif de parvenir à un poste de cadre moyen ou supérieur nécessaire au développement économique de la Nouvelle-Calédonie et souhaitent reprendre un cursus d’études supérieures en métropole. »

Prochaine rencontre

 

Jonathan est en train de préparer la prochaine rencontre ABS avec le Défap, qui aura lieu fin février 2016 à Évian. Au programme : sortie ski et – c’est l’une de ses idées – une visite des institutions à Genève, ville qu’il connaît bien. Un programme à la fois ludique et pédagogique.

 

Une dette de cœur…

 

Jonathan insiste : dans sa culture, le respect et la reconnaissance sont primordiaux.
Il en parle toujours aux nouvelles promotions : il comprend pourquoi les politiques ont décidé de lancer le programme ABS et celui de Cadres Avenir.

 

« Je sors d’une tribu du fin fond de la montagne. Jamais mes parents n’auraient pu financer mes études en métropole. Pour nous, c’était impensable : cette vie-là, c’est pour les autres ! ABS et Cadres Avenir m’ont donné la possibilité de réaliser mes rêves. Je ne serai jamais assez reconnaissant, car ce programme a changé ma vie. Après le collège, je me suis lancé dans un BEP secrétariat, dans un lycée professionnel. Ensuite, j’ai eu mon bac général. Alors, passer d’un BEP à la préparation du concours de l’ENA, un concours pour les hautes fonctions publiques en métropole, ça paraît vraiment improbable. »

…et des obligations qui n’en sont pas vraiment

 

Avec le programme Cadres Avenir, Jonathan « doit » huit ans à la Nouvelle- Calédonie.

Pour lui, ce n’est pas véritablement une obligation : son objectif a toujours été de retourner travailler « pour le pays ». Avant cela, il lui faudra accomplir quelques années en administration centrale, mais cela ne lui pose aucun problème.

Tout cela dépendra également de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : réclamera-t-elle son indépendance ?

 

Pour le moment, il suit son chemin, comme tout métropolitain le ferait.

Une fois les compétences nécessaires acquises, il retournera là-bas, « au pays ». Parce que la base de son engagement, c’est de partager ce qu’il a reçu avec les siens.

 




Les couleurs des fleurs et de la misère

 

Vue sur Antananarivo, DR

 

Comme Antananativo est belle au soleil couchant ! Maisonnettes colorées, arbres en fleurs – ah, les jacarandas autour du Lac Anous… – on a l’impression que les douze collines de terre rouge se parlent et se répondent par les escaliers et les ruelles en dédale. Dominée par le palais de la reine, symbole de la nation malgache, la capitale de la Grande Île s’étend, au cœur du pays, sur les flancs d’une arête rocheuse qui culmine à plus de 1 400 mètres. Au-delà de la cité, les rizières offrent leur vert tendre à perte de vue.

 

Cette beauté un peu magique ne résiste hélas pas à la promenade détaillée. Au pas à pas, dans les rues ou à bord de bus surchargés, comment ne pas être pris à la gorge par la pauvreté sur les trottoirs défoncés de Tana ? Derrière les visages souriants, comment ne pas voir le règne sombre de la misère, celle qui fait disparaître des  enfants derrière la mendicité : noirâtres de saleté, ces gosses des rues,  pieds nus et en guenilles, sont si nombreux, couchés sur des cartons dans les tunnels enfumés par les voitures brinquebalantes. Des gosses qui mendient avec agressivité… De quoi d’autre que la violence, la rapine et l’ordure leur vie peut-elle être faite ? Un rat mort au pied d’un escalier, des venelles jonchées de détritus, c’est là tout leur univers, avec ces quelques bâtiments en construction au centre d’Antananarivo, maigre abri nocturne pour quelques-uns, les autres dorment sur les trottoirs. L’indigence, c’est la loi du plus fort…

 

Il ne faut certes pas enfermer Madagascar dans cette misère qui crie aux yeux du monde, résister aux statistiques récentes qui placent la Grande Île parmi les cinq pays les plus pauvres de la planète. Des hommes et des femmes y vivent également décemment, sans doute mieux en province qu’à la capitale. Bien sûr, ils sont toujours à la merci de l’accident, de la maladie ou du chômage, car de système de protection sociale il n’y a pas pour le Malgache moyen. Il n’y a pas de filet pour celui qui tombe, sauf à utiliser la solidarité familiale. Et je salue ici l’action des multiples Églises et congrégations qui servent le peuple avec leurs écoles, leurs orphelinats, leurs dispensaires… Je salue l’action des envoyés du Défap en leur sein. Je salue ces professeurs de mathématiques qui, dans un lycée au toit de tôle, sans fenêtre, avec juste un tableau noir et des craies, enseignent les intégrales  à des jeunes de terminale, assis à quatre par bancs. Et je salue aussi ces jeunes qui, à l’orée de leur vie, travaillent pour réussir.

 

Il faudrait, me disait un ami, « un exode urbain » à Madagascar, un mouvement qui permettrait aux gens de retourner vivre à la campagne. Il faudrait des « serviteurs » qui viendraient développer des activités lucratives au service du peuple. Il de me citer des exemples d’entreprises qui savent allier éducation populaire et production lucrative.

 

Les  constructions montées par les Chinois « sont utiles au développement du pays » nous a dit l’ambassadeur de France, Véronique Vouland-Aneini, arrivée en août dernier : « bien que montant des bâtiments de piètre qualité, et usant d’une main d’œuvre journalière corvéable à merci, elles fournissent emplois et infrastructures. »

 

Les marchés battent leur plein et les foules, toujours jeunes, déambulent sur la chaussée, tant les petits commerces ont envahi les trottoirs. Que vend tout ce petit peuple, toute la journée assis qui par terre ou sur un seau ? Quelques oranges, des bananes, d’improbables téléphones portables made in China, pourquoi pas des roulements à billes et même des chaussures soi-disant de marques !

 

« Hélas commentait l’une de mes connaissances, enfant, j’ai appris que Madagascar était le quatrième exportateur de  riz au monde. Or aujourd’hui, pour nourrir son peuple, elle doit importer du riz ! » Certains de mes amis malgaches voient la main de la France dans les malheurs de la Grande Ile : l’ancienne puissance colonisatrice tirerait les ficelles pour ses propres intérêts aux dépends de ceux du peuple malgache. L’explication paraît courte, même si le rejet symétrique de la faute à la seule mal gouvernance locale paraît également insuffisant.

 

L’ambassadeur de France, qui a siégé au Conseil d’administration de l’Agence française de développement, nous a interrogés : « Comment participer au développement de Madagascar sans lui imposer notre propre modèle ce qui, de toute façon, est voué à l’échec ? Vous les religieux, vous connaissez les difficultés d’arriver dans un pays avec un message qui lui est étranger… Vous avez connu des heurs et des malheurs. Comment tirer des enseignements de votre expérience ? » Bonne question !

 




« Noël à Beyrouth »

 

« Alors que les familles libanaises s’apprêtent à célébrer Noël, que les rues de Beyrouth, à l’image de toutes les capitales du monde, scintillent en rouge et blanc, affichant l’apparence du bonheur, le mot « espérance » a-t-il encore un sens ici ?

 

Le sapin de Noël national et la mosquée Al-Hariri, centre de Beyrouth, 2008, DR

Le sapin de Noël national et la mosquée Al-Hariri, centre de Beyrouth, 2008 (Source : Flickr)

 

Depuis presque 6 mois, les poubelles quittent les beaux quartiers pour s’entasser aux abords de la ville, dans ces banlieues pourries où vivent les pauvres, les réfugiés. Un peu plus, un peu moins… qu’est-ce que ça peut bien leur faire après tout ? La crise des poubelles, symbole d’une crise plus profonde, a donné naissance à des mouvements de contestation citoyenne : « Vous puez ! » ; tags et slogans en anglais et en arabe montrant du doigt les vrais fautifs, « les saboteurs de la République » comme les appelle chaque matin le quotidien l’Orient-le-Jour.

 

Noël ici, c’est aussi la présence de 1 300 000 réfugiés Syriens, familles dont la plupart sont sans emploi, sans école, sans maison, sans avenir, est-ce encore une vie ?

Noël ici, c’est la guerre ou le blackout aux frontières Nord, Sud et Est. Au Liban, il n’y a guère que la Méditerranée qui offre aux regards l’illusion de la liberté vers l’occident.

Le Liban, pas encore guéri de sa guerre civile, traverse une crise profonde, majeure au dire des spécialistes, voyant ses élites intellectuelles s’hémophiliser vers des horizons plus sécures, plus prospères.

Noël ici, c’est donc tout cela à la fois, lassitude, incertitude et inquiétude, mises en scène dans une désinvolture, une légèreté et un humour déconcertants qui font, entre autre, le charme des Libanais.

 

Dans ce chaos généralisé, l’Eglise protestante française fait comme toutes les autres : elle prie, elle chante, elle célèbre ! Elle tourne ses regards vers Celui dont les pieds ont laissé une empreinte indélébile dans la terre levantine, la mémoire et les cœurs. Elle espère contre toute espérance, elle croit malgré le spectacle affligeant qui se joue sous ses yeux ; elle pleure et rie en même temps, parce qu’ainsi va la vie au Liban.

 

Nous resserrons nos rangs, sœurs et frères d’un même Père, amis de passage ou résidents de cette petite mais vivace « communauté des hauts de la Colline » pour vous souhaiter, sœurs et frères des Eglises CEEEFE un Noël plein de ce que votre cœur désire.

 

En Christ qui vient, Pierre Lacoste, pasteur. »

 




Mission Eben-Ezer : un acteur de cœur en Haïti

 

Petit tour d’horizon

 

La Mission Eben-Ezer a son siège aux Gonaïves, dans le nord-ouest d’Haïti. ONG haïtienne, fondée en 1969 en tant que communauté, elle est reconnue comme telle depuis 1986.
Le personnel se compose principalement de Haïtiens, appuyés par quelques étrangers, dont le Dr Claire Chappuis.

Cette ONG porte une vision globale du développement : « Un regard chrétien qui embrasse l’homme total » comme dit le pasteur Charles Guillot, directeur des radios Ebène. Elle est active à la fois dans le secteur de l’agriculture, de la santé et du développement économique (entreprenariat et coopératives), mais aussi de l’éducation à tous les niveaux (de la maternelle à l’université).

 

Un groupe d’enfants de l’orphelinat, DR

Les Gonaïves, un environnement incertain

 

Berceau de l’indépendance haïtienne, car c’est dans cette ville que celle-ci a été proclamée le 1er janvier 1804,  les Gonaïves illustre parfaitement les conséquences du désastre social et climatique qui menace les populations : les gens y vivent dans des conditions déplorables et la ville est l’un des endroits les plus exposés aux catastrophes naturelles (ouragans, inondations etc.).

En 2004, la tempête tropicale Jeanne a ravagé le pays : plus de la moitié des Haïtiens qui ont péri habitaient aux Gonaïves. En 2008, la ville a à nouveau échappé de peu à une inondation totale.

 

Ces catastrophes ne sont pas un hasard, elles s’expliquent par la localisation des Gonaïves : sur la côte du golfe de Gonâve, elles reposent sur ce qu’on appelle « un lit majeur », c’est-à-dire « la partie du lit d’un cours d’eau inondée seulement en cas de crue ». Par ailleurs, la déforestation massive des collines alentours facilite l’apparition de coulées de boue lors d’orages.

Le Dr Claire Chappuis et la Mission

 

Le Dr Chappuis est bénévole au sein de la Mission depuis 1985.

 

Un enfant parrainé, Oranel (DR)

Un enfant parrainé, Oranel (DR)

 

Elle est en charge de nombreuses tâches :

– le secrétariat exécutif du Centre Eben-Ezer, avec notamment l’aide à la rédaction de projets de toutes sortes ;

– le soutien à l’organisation de l’école pilote internationale (EPI)*, et plus précisément de ses relations avec le CNED (Centre national d’enseignement à distance, organisme français), et la scolarisation au moyen du parrainage ;

– le soutien à l’Université Chrétienne d’Haïti (UCH) notamment par le biais d’un programme éducatif « Santé et Développement », et par la formation des jeunes avec des séminaires « Vin Aprann Renmen » (Viens apprendre à aimer), dont le but est la prévention contre le sida et la gestion des relations garçons-filles.

Le Défap apporte son soutien aux actions de la Mission depuis toujours. Il accompagne le Dr Chappuis avec l’appui des Eglises de France. Deux envoyés ont déjà rejoint l’institution au cours des dernières années, notamment Karine Rinaldo qui a passé deux années complètes à Eben-Ezer, de 2012 à 2014.

 

Le bus de l'EPI, DR

Le bus de l’EPI, DR

 

Le secrétaire général du Défap s’est rendu en Haïti on octobre 2015. Renforcer les relations entre le Défap et Eben-Ezer s’inscrit comme une volonté forte et indispensable.

* NDR : Cette école fonctionne selon le système français, avec inscription au CNED. Elle compte environ une centaine d’élèves, de la maternelle à la terminale, et enseigne le créole, le français et l’anglais, en plus des autres matières.

Plus d’informations sur la mission Eben-Ezer et la mission du Dr Claire Chappuis




Hélène et Michel Brosille : un engagement fort à Madagascar

 

Du 21 septembre au 3 décembre 2015, Hélène et Michel sont retournés à Madagascar, un séjour double qui se situe, sur le plan institutionnel, dans le cadre des envois courts.

Accueillis au sein de l’Eglise luthérienne malgache, ils travaillent à l’Ecole Normale Luthérienne (appelée SFM – initiales malgaches), un centre de formation d’instituteurs et professeurs fondé par les missions norvégiennes. L’Église luthérienne norvégienne est présente depuis plus de deux cents ans dans la Grande île.

 

Sur le terrain de sport, avec des élèves maîtres en stage, DR

Sur le terrain de sport, avec des élèves maîtres en stage, DR

Les promotions – en général deux par an – sont composées d’une centaine d’élèves. Leur formation, à leur arrivée, est diverse : les « élèves maîtres » ont le brevet des écoles ou le bac et sont âgés de 18 à 35 ans. Pour certains d’entre eux, c’est la première fois qu’ils quittent leur village pour loger à l’extérieur, en l’occurrence dans l’internat. Du coup, l’ambiance du lieu est un peu particulière : chaque étudiant est amené à découvrir les différentes régions de Madagascar à travers ses relations avec les autres élèves maîtres.

 

À Madagascar, selon l’Unicef, à peine 9 % des enfants sont scolarisés en maternelle. Par ailleurs, avant la crise de 2009, 83 % des enfants allaient à l’école primaire, un taux tombé aujourd’hui à 73 % et qui peine à se relever. On comprend l’intérêt que porte l’Eglise à la formation de maîtres pour les écoles primaires.

 

De nouveaux défis

 

Depuis septembre 2015, un nouveau projet a débuté à la SFM, en accord avec les bailleurs de fonds (la mission norvégienne), et qui représente un vrai défi : inclure des professeurs et des enfants handicapés dans le cursus scolaire des enfants valides.
Leur but : démontrer le rôle crucial de l’inclusion d’enfants handicapés dans le système scolaire « normal ».

Actuellement, quatre aveugles et trois sourds font partie des élèves maîtres. L’idée consiste à apprendre à ces futurs professeurs à adapter leur pédagogie en fonction des élèves et de leur handicap, potentiel ou avéré.

 

Inauguration de la nouvelle salle de sciences, DR

Inauguration de la nouvelle salle de sciences, DR

 

L’autre grande nouveauté est la communication dans la langue des signes. Elle nécessite une réorganisation et un aménagement du temps ainsi qu’une forte évolution pédagogique. La difficulté est d’adapter la pédagogie pour que les traducteurs en langage des signes n’aient pas trop de mal à faire leur travail, et ajuster les supports, visuels ou tactiles, au handicap.

C’est un effort supplémentaire demandé aux formateurs, mais qui porte ses fruits : autrefois isolés voire rejetés, les handicapés sont désormais pris en charge.

 

Par ailleurs, Michel enseigne à chaque élève maître à être un agent de développement de l’environnement. En effet, la formation intègre des volets « pratiques » dans lesquels on apprend aux enfants ce que signifie protéger son environnement : il s’agit non seulement de sauvegarder la nature et respecter les écosystèmes, mais également de se comporter comme un citoyen responsable, développer son village et entretenir des relations harmonieuses avec autrui.

Cours à l’extérieur concernant l’environnement et le rôle de l’enseignant, DR

Un programme de remise à niveau

L’avantage dont disposent Hélène et Michel Brosille, c’est de bien connaître le terrain. Pendant deux ans, ils ont pu observer le fonctionnement de l’Ecole normale. Ils font partie de l’équipe des formateurs et essayent de donner l’opportunité aux élèves maîtres de parler français.

Paradoxalement, la bibliothèque représente à la fois un « plus » certain, mais également un défi à relever, car, dans une culture de tradition orale, donner l’habitude de la lecture aux stagiaires n’est pas chose facile, tout comme la pratique du français de l’anglais et la découverte de l’informatique.

 

Dès qu’ils ont achevé leur cursus, les élèves maîtres espèrent obtenir un emploi car l’école a bonne réputation. Certains passent des concours qui leur permettent de postuler ailleurs que dans l’enseignement, d’autres obtiennent leur baccalauréat.

 

Cependant, la vocation première de l’école reste la formation des enseignants destinés à alimenter les écoles luthériennes malgaches. Ce n’est qu’au vu du modeste salaire qui leur sera versé (l’équivalent de 30 € par mois en moyenne, que l’on doit ramener à l’échelle économique du pays où, selon la Banque mondiale, le revenu brut par habitant est de l’ordre de 36 dollars (32 €) par mois) que l’on comprend que certains utilisent cette formation comme un tremplin pour améliorer leur sort.

 

Hélène Brosille a fait un sondage : sur dix promotions de la SFM, soit un millier d’enseignants environ, 70 % restent dans l’éducation, mais seulement 40 à 45 % au sein de l’Eglise. Les autres, pour la plupart, entrent dans la fonction publique, où les salaires sont plus élevés.

Des conditions particulières

Depuis deux ans, l’école reçoit l’électricité grâce à un barrage hydraulique local. Un privilège, car il n’y a que 11 % de la population, notamment en ville, qui y a aujourd’hui accès. L’internat dispose également de l’eau courante.

 

Côté matériel, le Défap – qui a par ailleurs financé le laboratoire de sciences – offre à chaque élève maître, avec des amis, un dictionnaire et un livre d’aide à la lecture. Le ministère malgache de l’Éducation nationale fournit, quant à lui, des manuels. Hélas, ceux-ci sont parfois très complexes, au point qu’il arrive même qu’ils soient inutilisables dans la pratique.

 

Remise de dictionnaires, livres et de bibliothèques pratiques, DR

Ancrer l’éducation dans la réalité

Pour Hélène et Michel Brosille, il est important d’intégrer dans l’enseignement ce qui participe des habitudes et du vécu des élèves. Par exemples, Michel propose aux élèves maîtres des sorties durant lesquelles ils peuvent ramasser des plantes afin de cultiver eux-mêmes celles qui leurs sont familières.

 

Ce programme ne pourrait exister sans l’aide des Eglises de France et du Défap et c’est ainsi que se vit l’Église universelle, dans une foi de tous les jours qui unit les chrétiens d’un bout à l’autre de la planète.

 




D’eau et de feu

Méditation du jeudi 10 décembre 2015 – En ce temps de l’Avent nous prions pour nos envoyés de Tunisie

illustration méditation du jeudi

La foule interrogeait Jean, disant : Que devons-nous donc faire?

Il leur répondit : Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même.

Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : Maître, que devons-nous faire?

Il leur répondit : N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné.

Des soldats aussi lui demandèrent : Et nous, que devons-nous faire?
Il leur répondit : Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde.

Comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ, il leur dit à tous: Moi, je vous baptise d’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.

C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations.

Luc 3,10-18

 

illlustration de la méditation du jeudi

Source : Pixabay

 

Que devons-nous faire ?

La voix de celui qui crie dans le désert a été entendue.

Et des voix inquiètes, sincères, lui répondent, le sollicitent : Si nous avons mal agi, si nous n’avons pas fait ce qu’il fallait, ou si nous avons fait ce qu’il ne fallait pas faire, si nous nous sommes comportés injustement…

Comment pouvons-nous réparer ? Que devons-nous faire ?

Alors Jean répond très simplement, par la loi et la sagesse de Dieu : Accomplissez les commandements qui vous ont été donnés, soyez généreux, justes, honnêtes.

Mais si cela ne vous suffit pas, si vous imaginez un Messie-champion  à votre convenance, si vous attendez qu’il vienne vous protéger des dangers de la vie, si vous espérez de lui une bonne petite religion à bon marché, des passe-droits et des privilèges, alors sachez que c’est par un baptême de feu qu’il vous fera naître à la vie nouvelle, et par ses exigences qu’il fera de vous ses disciples et ses amis, car il n’est pas venu abolir la loi de Dieu mais l’accomplir, ce Dieu qui veut le droit, la justice, et la bonté sur cette terre, ce Dieu qu’avec lui vous nommerez Père.

 

bandeau méditation du jeudi

 

Nous prions pour nos envoyés en Tunisie, pour les chrétiens et tout le peuple tunisien.

 

Ô notre Dieu, ce monde est le tien, aide-nous à le faire tien.

Cette Création vit de ton amour, aide-nous à la faire vivre de ton amour
Ce monde marche vers l’avenir que tu lui donnes, aide-nous à le faire marcher
Vers l’avenir que tu lui donnes.

Tu fais de nous tous tes enfants, aide-nous à vivre comme tes enfants
Tu prépares de bonnes œuvres pour chacun de nous
Aide-nous à accomplir ces bonnes œuvres.

Ô notre Dieu, si nous ne croyons pas, si nous n’agissons pas,
Les ténèbres nous envahiront
Et tout ce que nous aurons espéré,
Tout ce que tu auras voulu perdra toute existence.

Mais si nous croyons, si nous agissons,
Les ténèbres nous envahiront sans doute
Mais la lumière y brillera
Nous verrons ton nouveau ciel, ta nouvelle terre
Et tu feras par la puissance qui agit en nous
Infiniment au-delà
De ce que nous demandons ou pensons par Jésus-Christ.

Evan Lewis, Dunedin, Nouvelle Zélande,trad.Gilles Castelnau.

illustration méditation du jeudi

Source : Pixabay