Stage de pasteurs au Bénin : retour d’expériences

Tous les jours, à partir d’aujourd’hui, retrouvez sur Facebook un témoignage de pasteur actuellement au Bénin.

Photo de groupe, stage CPLR (Bénin), avril 2016

Photo du groupe lors de la séance d’ouverture de la session du stage CPLR (Bénin), avril 2016

Nous vous l’annoncions la semaine dernière, le pasteur Jean-Luc Blanc est au Bénin dans le cadre d’un stage de pasteurs.

Tous les jours, il nous envoie un texte écrit par l’un des participants, racontant son expérience.

Retrouvez-les à cette adresse : https://www.facebook.com/defapmission/notes

 




Pâques à Jérusalem

Corinne Mérer, envoyée en Israël/Palestine, raconte ses impressions après avoir vécu les fêtes de Pâques à Jérusalem.

Il est émouvant  et étrange d’être ici pour célébrer le temps de Pâques.

Émouvant de relire dans les Evangiles l’entrée de Jésus à Jérusalem et de suivre le même chemin depuis Bethanie jusqu’ aux portes de la ville en compagnie de 12 000 fidèles agitant des rameaux de palmiers et acclamant son nom par des chants joyeux, en toutes langues.

 

Procession des rameaux, DR

Procession des rameaux, DR

 

Émouvant, le vendredi saint, de regarder ces mêmes pèlerins parcourir le chemin de croix dans les ruelles étroites de la vieille ville, marchant derrière les franciscains en bure brune, les popes tout de noir vêtus, coiffés de hautes toques garnies de voiles qui leur descendent jusqu’à mi-dos, et les patriarches en violine et blanc.

 

Devant l'église, DR

Devant l’église, DR

 

Émouvant, mais pour le moins étrange : il n’est pas question en effet que les processions se mélangent ; l’heure et le temps de passage dans l’église du Saint Sépulcre sont soigneusement et longuement négociés  les semaines précédentes entre les dignitaires des différentes Eglises catholiques : latine, arménienne, ou grecque. Alors, de nombreux soldats et policiers israéliens, fusil d’assaut en bandoulière, assurent l’ordre, déplacent les barrières au fil de l’avancée des processions, bloquant ici, laissant passer là.

Les Eglises protestantes, anglicanes,  luthériennes, écossaises quant à elles sont absentes : ce n’est pas leur culture.

Nos divisions entre chrétiens  crucifient à  nouveau Jésus.

 

La procession, DR

La procession, DR

 

Émouvant, étrange mais aussi révoltant ce vendredi saint.

Le matin, avant le début  des processions, j’étais au check-point de Qalandya comme tous les vendredis. Mais ce 25 mars, en raison des fêtes pascales et de la fête juive de Purim qui cette année tombent en même  temps, les habitants de la Westbank, chrétiens comme musulmans, doivent présenter un permis spécial,  délivré seulement pour raison médicale. Être âgé de plus de 55 ans ne suffit plus pour aller prier sur les lieux saints. Ce 25 mars, le nombre de Palestiniens refoulés  au check point est ainsi bien supérieur à celui des autorisés.

Fête sainte pour les uns, restrictions supplémentaires pour les autres.

 

Émouvant, étrange, révoltant. Pourtant, comme une bouffée d’espérance, j’ai aperçu sur la placette qui jouxte celle de l’église du Saint Sépulcre quatre jeunes israéliens de six à huit ans, kippa sur la tête regardant passer la procession les yeux écarquillés. A côté d’eux un scout palestinien et un militaire suivaient le spectacle avec le même  émerveillement.

 

Des enfants israéliens regardent passer la procession, DR

Des enfants israéliens regardent passer la procession, DR

 

Cette semaine se termine par une grande joie et beaucoup d’émotions : j’assiste au service de Pâques dans l’église luthérienne de Redammeer. En ce jour, communauté orientale de langue arabe et occidentale de langue anglaise de la paroisse se sont réunies pour fêter ensemble, dans un culte bilingue, Christ ressuscité.

Christ  est ressuscité, il est vraiment ressuscité.

 




Le Défap au Bénin : formation des pasteurs et projets en cours

C’est à l’occasion d’un stage de formation des pasteurs français et béninois que le pasteur Jean-Luc Blanc se rend au Bénin vendredi 1er avril. Il en profitera également pour effectuer un tour d’horizon des projets soutenus sur place par le Défap.

Le CPLR (Conseil Permanent Luthéro-Réformé) a mis en place cette formation permanente depuis maintenant une dizaine d’années. Elle organise dans ce cadre, tous les deux ans, un stage à l’étranger pour les pasteurs luthériens et réformés. 2014 fut l’année du Maroc, 2016 sera béninoise. La formation portera sur « le développement durable et la fin du monde ». Cette thématique sera abordée de manière transversale : articulation avec le monde professionnel, rapport à l’utopie que propose les nouveaux modes de pensée liés au développement durable, concept de responsabilité et d’espérance…

 

Jean-Luc Blanc et une envoyée du Défap au Bénin, Ganvié (Bénin), 2015, DR

Jean-Luc Blanc et une envoyée du Défap au Bénin, Ganvié (Bénin), 2015, DR

 

Mais son séjour ne portera pas sur ce seul événement. Il en profitera pour rendre visite à l’envoyé du Défap, Nicolas Fines, sur place pour dix mois. Il n’oubliera pas non plus de prendre des nouvelles des projets ambitieux portés par le Défap au Bénin. Projet avec l’Université Protestante de l’Afrique de l’Ouest (UPAO) pour l’envoi d’un professeur de théologie, soutien à la bibliothèque, aide à l’édition d’un manuel de catéchisme dans les langues locales, rencontre avec les responsables de l’université et cerise sur le gâteau, le soutien à la radio de l’Eglise, en coopération avec Alain Meyer, financée par la Cevaa et DM-échange et mission.

 

Rendez-vous au prochain flash info Bénin, la semaine prochaine !




Paix & environnement au programme du RIEP

Le RIEP, ou Réseau International de l’Enseignement Protestant, tient sa première assemblée générale courant mars. Retour sur les projets du réseau.

Cette structure associative a deux ans. À l’occasion de la première assemblée générale ordinaire, revenons sur les cinq projets qu’elle propose de soutenir (Présentation du RIEP).

 

Le bureau du RIEP, DR

Le bureau du RIEP, DR

 

Le premier est l’ouverture d’une école pilote au Rwanda avec formation sur la protection de l’environnement. Celle-ci serait d’abord dispensée aux enseignants, afin qu’ils puissent développer des « clubs d’amis de l’environnement ». À cela s’ajouteraient une émission de radio, animée par les élèves, et sur le plan pratique, des actions de reboisement sur les terrains de l’école pilote et aux alentours. Le projet durerait deux ans dans cet établissement, mais l’objectif final est qu’il soit étendu à d’autres écoles, voire même à toute la communauté.

 

Les deuxième et troisième projets concernent la République Démocratique du Congo, et plus exactement les deux Kivu.

Au nord Kivu, dans un contexte où les tensions inter-communautaires sont très fortes, y compris au sein même des établissements scolaires protestants, l’objectif est de développer des formations conjointes à la paix et à la protection de l’environnement : comme au Rwanda voisin, l’idéal serait que des clubs se créent autour des écoles afin et que les communautés se sentent également concernées.

Au sud Kivu, le thème de l’environnement est lié à un souci d’amélioration sanitaire et de l’hygiène, afin d’éviter la propagation de maladies contagieuses. Pour cela, la coordination des écoles protestantes souhaite développer des projets d’adduction d’eau, construire des latrines et, parallèlement, lancer des opérations de reboisement. Une formation du corps enseignant et des parents est également prévue.

 

En Haïti, la fédération des écoles protestantes a pour ambition la modification en profondeur du rapport de la population à son environnement, afin de faire de ce dernier un moyen de sortir de la pauvreté. Elle propose déjà une formation sur les comportements en cas de catastrophe naturelle (article sur MB Loze https://www.defap.fr/etre-envoye/temoignages-1/soutenir-les-structures-locales-un-geste-indispensable). Par ailleurs, elle souhaite développer des activités agricoles génératrices de revenus, comme des plantations autour des écoles, tout en intégrant dans les établissements des formations professionnelles en agronomie.

 

Enfin, au Congo-Brazzaville, le projet consiste à intégrer des communautés minoritaires, notamment pygmées, au sein de la société civile, à travers l’école. Les obstacles sont nombreux, liés au manque de moyens et aux discriminations.

 

Après l’assemblée générale de mars, le bureau – composé de trois personnes –  se retrouvera à Paris les 19 et 20 avril.

 




Un camp de réfugiés en Palestine, la vie quotidienne et les arrestations…

Témoignage de Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine.


    Il fait de nouveau froid sur les hautes collines du sud de la Judée et la pluie s’est remise à tomber. Le « service », un de ces innombrables minibus jaunes qui sillonnent la Palestine nous dépose pour quelques shekels à l’entrée du camp de réfugiés d’Al’Arrub, à mi-chemin entre Hébron et Bethléem. L’entrée du camp est sur la droite. Ismail Hajajreh, un solide jeune homme de 24 ans, blouson de cuir, pantalon clair et cheveux noirs lissés nous attend là, sous l’auvent d’une modeste épicerie. Les environs sont animés : les passants se saluent ou s’interpellent et plusieurs véhicules sont stationnés, voitures individuelles, taxis et minibus en attente de clients pour Bethléem. Les présentations sont rapidement faite Laurent, Luisa, Anaïs, Corinne. Ismaïl a la bonne allure du gendre idéal, belle prestance et sourire chaleureux. Il entre dans la boutique et nous offre des cafés en guise de bienvenue. De l’autre côté de la route sur laquelle voitures et camions passent à vive allure dans des vrombissements de moteurs et des éclaboussements d’eaux, se dresse un mirador gris surmonté de caméras et entouré de rouleaux de barbelés. Trois soldats casqués, dont une jeune femme blonde montent la garde derrière des plots de béton au pied de la tour, et leurs fusils d’assaut pointent l’entrée du camp. Je suis dans la ligne de mire, et j’empoigne mon appareil pour saisir l’instant, mais l’un des soldats me fait signe que non. « Nous sommes en Palestine, tu peux photographier qui tu veux, ils sont chez nous » me lance Ismaïl avec un grand éclat de rire.

 

Dans la ligne de mire, à l’entrée du camp d’Al Arrub
Dans la ligne de mire, à l’entrée du camp d’Al Arrub

 

   À quelques centaines de mètres au nord en suivant la route du côté opposé du camp, se dresse Beit Al Baraka, «la maison de la bénédiction », une ancienne mission presbytérienne américaine transformée en 1995 en auberge de jeunesse pour pèlerins, dont la propriété est aujourd’hui contestée, et revendiquée par les israéliens d’une colonie voisine. L’endroit est stratégique, car s’ils occupaient Beit Al Baraka, la route serait vraisemblablement fermée par l’armée pour protéger ces derniers, or c’est la voie principale qui relie Hébron à Bethléem. Les colons organisent fréquemment des marches sur cette route pour manifester leur détermination, lançant au passage des pierres sur l’entrée du camp. Les gamins répondent. Les soldats du mirador ouvrent alors le feu pour protéger les colons et la situation dans les parages est en permanence tendue.


   Le camp de réfugiés, 1km x 1km, c’est la norme habituelle pour les camps de Palestine a été créé en 1948/1949, après la déclaration d’indépendance et la victoire israélienne, pour accueillir des Palestiniens expulsés de la partie israélienne ou fuyant les combats, les massacres ou leurs villages saccagés, « la Nakba » disent les Palestiniens, « la catastrophe », symbole de la perte de leur intégrité et de leur exil. Tous les camps de réfugiés, qu’ils soient en Cisjordanie (Palestine), dans la bande de Gaza, au Liban, en Jordanie ou en Syrie ont été installés à la même époque dans le cadre l’UNRWA, un programme spécial des Nations Unies destiné à leur venir en aide. Les réfugiés Palestiniens ont un statut particulier, différent du régime international garanti par le Haut Comité aux Réfugiés (HCR). Si ce statut leur assure une meilleure visibilité politique et symbolique, il est en revanche défini de façon discrétionnaire par les États d’accueil en fonction de leurs propres intérêts nationaux. Toutefois cette différence de traitement a été soutenue dès l’origine par les États arabes mais aussi par les Palestiniens eux-mêmes qui voient dans la reconnaissance de cette spécificité l’assurance du maintien de leur droit au retour sur leurs terres, ce qu’évidemment les autorités israéliennes contestent.
                                    
 

Dans le camp d’Al Arrub

Dans le camp d’Al’Arrub


   L’enseignement primaire et le service de santé sont assurés par les Nations Unies, et certaines prestations sont fournies (eau, électricité, enlèvement des ordures…), procurant ainsi quelques avantages aux réfugiés qui font grincer les dents les Palestiniens qui ne bénéficient pas du statut… Celui-ci est transmissible aux descendants, mais peut se perdre si l’on cesse de résider dans le camp au-delà d’une certaine durée. On compte aujourd’hui, selon l’UNWRA, 59 camps officiels au Moyen-Orient et plus de 4 millions de réfugiés.
   Ceux d’Al’Arubb proviennent à l’origine de 37 villages du sud de la Palestine rasés par les Israéliens, le grand père d’Ismaïl était l’un d’entre eux, et Ismaïl nous montre sa première maison, une petite construction basse en ciment, avec toit plat et une seule ouverture, à flanc de colline. Une maison plus grande accueille aujourd’hui la famille, accolée à l’ancienne habitation du grand-père.


   Ne serait son statut, le camp d’Al’Arrub où nous pénétrons ressemble à une ville ordinaire, avec ses écoles, ses boutiques, son centre médical, son embrouillamini de maisons à demi-terminées, ou au contraire surélevées d’un ou deux étages : les extensions se font en hauteur, car les limites du camp sont fixées… pour 99 ans, tel est le bail pour lequel le terrain a été loué par les Nations Unies. Personne ne sait ce qui passera en 2047, si à cette échéance la question palestinienne n’a pas été réglée. C’est demain, Ismaïl sera dans la force de l’âge. Aujourd’hui, le camp compte 12 000 habitants.


  « Vous êtes les bienvenus nous avait-il déclaré lorsque nous avons franchi la porte d’accès, votre présence est un acte de résistance ».


  Des enfants jouent dans la rue, poussant un ballon, comme tous les enfants du monde, les petites filles nous font des signes de la main du haut des balcons (ici les fenêtres ne sont pas grillagées, car les colons ne peuvent y lancer des pierres). Les enfants sont partout. Ismaïl est lui-même d’une famille de huit, c’est la norme basse ici ; « mon père, nous dit-il, m’expliquait que c’était notre armée ». Les juifs religieux sont dans la même démarche, on ne manque de le remarquer dans la partie juive de la vieille ville de Jérusalem, ou dans Mea She’Arim. Qui va gagner la guerre des berceaux ? Une question qui préoccupe certainement le gouvernement israélien.


« Je suis sûr que nous pouvons vivre en paix avec les Israéliens, poursuit Ismaïl, beaucoup d’entre-eux sont de la même origine que nous ; nos parents, nos ancêtres avaient l’habitude de vivre ici côte à côte, beaucoup étaient amis. Le problème, ce sont les colons qui viennent de l’étranger, avec d’autres coutumes, d’autres habitudes. Ils ne se sentaient pas bien dans leurs pays d’origine, ils ne sentent pas bien ici. En fait ils se haïssent eux-mêmes. Beaucoup sont à moitié dérangés). On leur dit : venez ici, ce n’est pas cher, vous êtes chez vous. Et en plus on leur donne le permis de tuer, de nous tuer, en étant protégé par l’armée. Ils doivent retourner d’où ils viennent ».


   Nous passons devant le centre médical. « C’est là que tu vas-travailler ? » demandais-je à Ismaïl qui termine ses études d’infirmier à Bethléem. « Oui, certainement au début, mais après j’ai d’autres projets… Mon rêve c’est de faire évoluer les choses, ce sera long… Il faut changer les esprits… quand je dis changer les esprits, c’est ne pas haïr, ne pas tuer… La première chose, c’est de ne pas tuer…  Nous non plus on ne doit pas tuer, cela mène à rien, cela donne des prétextes aux colons et aux Israéliens. Comment pourtant ne pas comprendre la haine quand on a pour seul horizon les barbelés et les check-points, quand on ne peut pas même aller voir nos familles à Jérusalem, notre ville à nous aussi, à 30 km d’ici. Mais ne pas haïr, ne pas tuer. Il faut changer les esprits ».


   Les murs des maisons, des ateliers et des boutiques sont couverts de graffitis : Al’Arrub est réputé pour ses artistes de rue qui dessinent,  portraits des « martyrs » tués par les soldats israéliens après  jets de pierres, attaques réelles ou supposées au couteau,  symboles de la « Nakba » (un petit bonhomme vu de dos, mains croisés sur les reins), jeunes enfants ou adolescents, foulards sur le visage lançant des bouquets de fleurs sur le « mur », et ce touchant dessin d’une enfant palestinienne vêtue de rose, fouillant(« body search ») un soldat israélien courbé face au mur, bras levés en croix comme les soldats le font ici, mais eux écartent à coups de bottes les pieds de leurs victimes, et leurs retournent un bras après l’autre, sans ménagement.

 

 

La Nakba


   Nous arrivons à la maison d’Ismaïl, construite sur plusieurs niveaux. Béton brut. Sa mère, sans voile, est occupée à des tâches ménagères, une de ses sœurs vient nous saluer. Thé à la menthe, assis par terre sur des coussins, autour de la pièce, selon la tradition d’ici. Ismaïl nous raconte son arrestation, le 17 mars 2013 :
   « Il était juste après minuit, mon père s’était levé pour se faire du café, moi j’étais dans ma chambre, déjà couché, je surfais sur internet. J’ai entendu du bruit, et j’ai vu de la lumière sous la porte. Je suis descendu avec mon casque sur la tête. Mon père était là avec trois soldats, je savais qu’ils allaient m’arrêter. Avec un de mes amis, nous avions peint des inscriptions sur les murs d’une maison du camp, à proximité de la sortie. J’avais vu les caméras du mirador nous filmer, je les avais vues s’orienter. J’ai gardé le sourire. Mon père m’a dit : « enlève tes écouteurs ». Le capitaine m’a dit : « donne-moi ta carte d’identité et ton téléphone », j’ai continué à sourire. Il m’a dit : « je suis capitaine, tu dois répondre, tu es recherché ». Je lui ai dit : « mon petit frère dort, ne le réveille pas ». Quinze soldats sont entrés. J’ai dit au capitaine : « j’ai le droit d’emporter mes affaires et d’embrasser mes parents ». Un autre de mes frères est entré. Un soldat l’a poussé du pied ; je l’ai attrapé par le cou et je l’ai poussé par terre. Mon frère a fait la même chose. Il y avait deux soldats sur le sol, les autres ont armé leurs fusils d’assaut et les ont pointés sur nous. Le capitaine m’a dit : « j’ai le droit de te tirer dessus ». Je lui ai répondu : « fais-le ». Il a dit aux autres : « dans deux minutes on l’emmène ». Mon père m’a descendu des vêtements. J’ai dit au capitaine : « laisse-moi embrasser mes parents, sinon je porterai plainte ». Ils ont allumé un fumigène devant la porte pour que mes parents ne me voient pas partir ; la dernière chose que j’ai aperçu en me retournant, ce sont les larmes de ma mère.  Sur le chemin de la sortie du camp, ils m’ont poussé avec leurs fusils. Je continuais à sourire. L’un des soldats m’a dit : « tu joues les héros »; je lui ai répondu : « détache – moi les mains, tu verras si je suis un héros, tu t’en souviendras ». Ils m’ont amené en voiture vers la prison pour l’interrogatoire. Là-bas, un autre capitaine m’a dit « bienvenue au centre d’interrogatoire », je lui ai répondu « merci ». Les trois jours suivants, je n’ai rien répondu. Ils étaient en colère de me voir sourire. L’un m’a dit « je vais t’enlever ton putain de sourire », je lui ai répondu « le seul qui peut me l’enlever, c’est celui qui me l’a donné, c’est Dieu… ».


   Ismaïl continue de nous raconter son interrogatoire, puis sa condamnation à cinq mois de prison, puis sa détention dans une prison du désert. Il faisait la vaisselle des gardiens en échange de cigarettes. Il n’en garde pas un mauvais souvenir.


« Après les cinq mois un capitaine est venu avec trois soldats et il m’a dit « tu es libre, ne vas pas faire le jihad ! ».


   Nous le questionnons : « Et l’intifada de Jérusalem ? » « Je ne suis pas pour cela, nous devons nous défendre autrement. Cela donne des prétextes aux Israéliens. Ne pas haïr, ne pas tuer ».

 

La jeune fille et le soldat
La jeune fille et le soldat


   Nous avons déjà avalé trois thés à la menthe. Ismaïl doit regagner son école de Bethléem. Il plie soigneusement sa blouse blanche que sa mère vient de repasser, et la fourre dans son sac. Nous saluons sa mère. Nous retraversons le camp avec lui, heureusement la pluie a cessé. Des chats roux fouillent dans les bennes à ordure, et les gamins poussent un ballon. Tout le monde se salue au passage. Derniers regards aux graffitis.


   Même agitation à la sortie du camp que lors de notre arrivée. On prend date pour venir visiter deux familles dont les enfants sont en prison. Ismaïl s’engouffre dans un « service » pour Bethléem. Nous traversons prudemment la route, car les voitures et les camionnettes filent à toute allure. Juste en face du mirador. Les soldats israéliens nous suivent du bout de leurs armes. La blonde n’est plus là, c’est maintenant un falasha, visage anguleux des Ethiopiens, qui nous pointe. Nous hélons un « service » qui nous dépose quinze minutes plus tard à Hébron.


   A l’heure où j’écris (vendredi 18 mars à 20h30) j’apprends par un message d’alerte – nous les recevons régulièrement par téléphone –  qu’un nouvel « incident » vient de se produire au carrefour de Gosh Etzion à un km au nord du camp d’Al Arrub. Un palestinien tué par un soldat.


                                                      Laurent Mérer, à Hébron, le 18 mars 1016

          

L’équipe EAPPI au camp de réfugiés d’Al’Arrub avec Ismaïl

L’équipe EAPPI au camp de réfugiés d’Al’Arrub avec Ismaïl

 




Pâques : visite du Défap en Centrafrique

Le secrétaire général et le président du Défap se rendent en Centrafrique fin mars 2016 à l’occasion de la consécration d’un pasteur, lors du week-end de Pâques.

Le président du Défap, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, était présent en Centrafrique lors du résultat de l’élection présidentielle et la victoire de Faustin-Archange Touadéra, début mars. Ce fut l’occasion pour lui de préparer sa prochaine visite.

 

Logo Centrafrique, DR

 

C’est en compagnie du secrétaire général du Défap, le pasteur Bertrand Vergniol, qu’aura lieu ce prochain séjour programmé du 25 mars au 1er avril 2016. Ils seront donc présents lors de la prise de fonction du président Touadéra, le 31 mars.

 

Cette visite se fait à l’occasion de la consécration de la pasteur Jacqueline Habitat de l’Eglise Protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCR), le dimanche de Pâques (27 mars). Le pasteur Vergniol portera la prédication lors de ce culte.

 

En-dehors de la préparation de cette visite, le président du Défap a mené une journée de formation du conseil presbytéral de l’EPCR, renouvelé il y a peu, début mars. Il a notamment abordé avec eux les questions relatives aux liens entre conseil et pasteurs mais aussi sur la manière d’établir un projet de vie pour l’Eglise. C’est un travail qui va se poursuivre dans les mois qui viennent, avec les visites des pasteurs Bernard Croissant et Henri Fischer, familiers de la RCA et de l’EPCR.

 

Lors de la visite avec le secrétaire général, différentes rencontres avec les partenaires du Défap sont prévues. L’objectif : faire le point sur l’avancée du programme 2015-2018, « solidarité avec la RCA ».

 




Pâques à Bruxelles, Ben Gardane, Bamako et Grand Bassam

Nous mettons notre logo en berne jusqu’au lundi de Pâques, en solidarité avec les victimes des attentats de Bruxelles en Belgique, de Bamako au Mali, de Ben Gardane en Tunisie et de Grand Bassam en Côte d’Ivoire.

Logo en berne

 

Notre logo en berne, signe de tristesse et de solidarité avec les victimes des attentats terroristes.

Notre logo, constitué d’une croix, signe de Jésus le Christ, compagnon et Dieu, Celui qui nous accompagne et nous appelle.

Notre logo qui embrasse le monde, signe de l’amour qui porte la création et que nous partageons.

En ce temps pascal, vendredi saint jour de la tristesse et de la mort, samedi jour de l’absence et du vide, dimanche jour de la victoire de Dieu sur la mort nous partageons ces signes avec tous les visiteurs.

 

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap




Association Granier : écologie & agriculture

L’association Abel Granier intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. La fertilisation réalisée à l’aide de procédés écologiques est un de ses engagements majeurs. Le Défap soutient cette association à l’aide de bourses.

L’association apporte son aide à différents acteurs de terrain : exploitations agricoles, coopératives et fermes écoles. Elle soutient aussi des étudiants en agronomie et les aide à s’installer comme agriculteurs sur des terres à réhabiliter. Ces actions sont menées en concertation, entre chrétiens et musulmans, par le biais d’une réflexion théologique sur la Création et sur la place du monde végétal dans la société.

Le Défap est engagé dans ce projet depuis quelques années déjà et avec le soutien de l’Union des Eglises Protestantes d’Alsace et Lorraine (UEPAL) ainsi que de quelques paroisses en région PACA.

Mme May Granier, en charge de l’association, a répondu à nos questions.

 

Quel est le but de l’association ?

L’association met en œuvre une formation pratique et continue pour une agriculture respectant l’environnement, pour la préservation des sols vivants, et pour le bien être des hommes et des femmes. Cette action de formation s’exerce principalement en Tunisie, car c’est l’un des pays les plus exposés actuellement aux risques aggravants de désertification due au réchauffement climatique : une augmentation des températures de 2 degrés sur les dix dernières années a été constatée (Rapport de la FAO – 2010 et mars 2016), avec une perte de 15 000 ha/an par stérilisation progressive des sols.

 

Quelles sont ses origines ?

 

L’origine de l’association est une expérience du pasteur Abel Granier qui, de 1953 à 1969, avec le soutien de sa femme Jane Olivès, botaniste formée à la connaissance des plantes méditerranéennes, a réhabilité entièrement une ferme en zone semi-aride en Tunisie. L’association est née en 2001 grâce à des personnes qui voulaient participer à une véritable transmission de ces savoirs et savoir-faire.

 

Logo de l'association, DR

Logo de l’association, DR

 

Quels projets sont en cours de développement ?

Trois projets sont en cours ou en préparation actuellement :

 

1) un projet « Ensemble pour une agriculture durable et environnementale » consiste en la création de groupes d’agriculteurs volontaires autour d’une culture principale commune. Il s’agit de développer les échanges d’expérience et de compétences entre agriculteurs et surtout de créer la mutualisation des besoins et services ainsi que l’organisation des commercialisations. L’association joue le rôle de coach et de facilitateur.

 

2) Un projet « Plantes et terroirs » concernant l’identification et la multiplication des plantes alimentaires ou fourragères spontanées des zones arides est en cours de préparation. Il permettrait de résoudre en partie le problème du manque de pâturages pour les petits et moyens élevages. Il assurerait surtout la pérennité d’espèces précieuses capables de survivre et produire même dans des terrains fortement salés. Ce projet a été demandé par de petits agriculteurs qui souhaitent s’assurer une certaine autonomie de ressources.

 

3) Un projet « cultures associées, plantes partenaires » est également en cours de montage. Il s’agit de sensibiliser les agriculteurs aux diverses formes de l’agroforesterie*. Une stratégie de culture à la fois antique et moderne pour une meilleure utilisation des sols en copiant la nature et en assurant une couverture végétale maximale contre la chaleur estivale durant 4 à 6 mois et les faits d’érosion.

* « Culture associant la production forestière à une production agricole temporaire ou non », source : Larousse.

Pouvez-vous nous parler du projet de boursiers développé avec le soutien du Défap ? Quelles sont les perspectives pour l’avenir à ce sujet ?

Les jeunes qui s’orientent vers la profession d’agronomes reçoivent une formation accélérée théorique mais ne disposent que d’une expérience agricole limitée à quelques semaines de stage thématique. Il en résulte un chômage important de ces diplômés car leur employabilité est faible par rapport aux demandes des institutions et des exploitants.

 

Un agronome en formation explique les travaux menés, DR Association Abel Granier

Un agronome en formation explique les travaux menés, DR Association Abel Granier

 

Malheureusement, aucun système de bourses satisfaisant ne permet actuellement aux étudiants issus de familles rurales démunies d’accepter la charge supplémentaire de la spécialisation en agronomie. Or, il est évident que fermiers et éleveurs demandent un accompagnement technique de qualité pour adapter leurs pratiques au changement climatique : l’association a donc souhaité assurer par le projet « Agri-Avenir » la formation pratique de jeunes filles, surtout, et de jeunes hommes qui s’engagent dans les spécialisations et les recherches agronomiques utiles au développement de cultures environnementales. Il s’agissait aussi de permettre aux jeunes de comprendre que la recherche doit descendre directement dans le champ pour être comprise et utilisée par l’agriculteur.

 

Grâce au soutien du Défap en 2014 et 2015, trois jeunes agronomes ont pu aller jusqu’au bout de leur formation universitaire, d’une part, tout en recevant une formation professionnelle pratique sur le terrain, d’autre part : Soumaya (12 mois de formation), Bilel (18 mois), Zied (10 mois) ont été ainsi portés jusqu’à l’aboutissement de leur projet personnel.

Ils bénéficient ainsi d’une expérience utile pour la suite : Soumaya et Bilel ont ainsi trouvé du travail, et Zied devrait se lancer dans la recherche sur les milieux lagunaires ou arides et salés du sud de la Tunisie, après la fin de sa thèse, au printemps 2016.

 

Une autre boursière, Mariem, passionnée par les modes cultures biologiques, va être formée sur douze mois.

 

D’autres étudiant(e)s s’adressent également à nous pour pouvoir procéder à la recherche et à la multiplication de certaines plantes médicinales et fourragères capables de vivre dans des sols secs et salins.

Il est très encourageant de voir des jeunes portés par une véritable vocation pour une agriculture d’avenir, mais si triste de constater le peu de chances pour eux de trouver les moyens de financer leur formation et leur insertion professionnelle dans le secteur qui leur tient à cœur. Je dois dire que la solidarité et la fraternité témoignées à travers le projet Défap les touchent énormément.

 

Quelles sont les perspectives de l’association dans son ensemble ?

 

L’association Abel Granier est devenue une référence pour un certain nombre d’établissements d’enseignement supérieur agricole et pour certaines organisations professionnelles qui se structurent progressivement après 2011.

Ses compétences sont également fréquemment requises, à titre de consultant bénévole, lors des forums et séminaires de décideurs ou de bailleurs de fonds pour les projets gouvernementaux.

 

Une association fille, l’Association Tunisienne d’Agriculture Environnementale, rassemble déjà une quarantaine de membres et commence à mettre en œuvre de petits projets ponctuels avec des agriculteurs en difficultés dans deux gouvernorats du centre du pays.

 

Plus prometteur encore, l’association est sollicitée pour participer à des projets initiés par les deux principales organisations professionnelles d’agriculteurs en Tunisie, par d’autres associations locales, par des offices nationaux.

 

Enfin, nous avons été récemment contactés à nouveau pour une extension de l’association en Algérie, au Maroc… A suivre !

 




Petit matin au check point de Qalandya

Comment on entre à Jérusalem quand on est un travailleur palestinien.

Corinne, Accompagnatrice Oecuménique en Israël/Palestine pour le programme EAPPI, raconte une de ses expériences.

 

4h30 du matin. 

À cette heure les bus n’ont pas commencé leur service. Un taxi nous dépose, Anna et moi, à un immense rond-point encore désert que des lampadaires antiques éclairent d’une lueur blafarde. Anna est l’une de mes compagnes de Jérusalem, finlandaise filiforme et toujours souriante. Au centre de l’esplanade se dresse une tour en béton, genre mirador blindé, hérissée de haut-parleurs et de caméras. Sur le quart du pourtour, le fameux mur : une succession de panneaux de béton de huit mètres de hauteur solidement réunis les uns aux autres. Nous sommes à Qalandya, le plus important check-point de Cisjordanie.

Mais nous sommes pour le moment du « bon côté », c’est-à-dire du côté de Jérusalem, des lieux saints, des grands hôpitaux, et surtout du travail.

 

Le checkpoint

Checkpoint de Qalandya, DR

 

C’est le côté que souhaitent rejoindre ce matin, comme tous les matins de la semaine, des centaines de travailleurs Palestiniens, chrétiens et musulmans, qui vivent dans les Territoires Occupés.

Je passe de l’autre côté. Cette opération, qui permet de rejoindre la Cisjordanie, dénommée aussi Palestine, Territoires Occupés ou Westbank selon les interlocuteurs, ne présente aucune difficulté : il suffit de franchir deux tourniquets métalliques.

J’arrive ainsi à l’intérieur du vaste centre de contrôle pour piétons qu’est Qalandya, côté Palestine : un immense hangar de tôles tordues ou cassées, au sol défoncé, équipé de rares bancs métalliques autrefois rouges. Un mince filet d’eau qui coule sur une antique vasque de pierre permet de se rafraîchir ou de faire ses ablutions avant la prière. Dans un coin, des toilettes délabrées. Les relents d’urine et de tabac froid me prennent à la gorge.

 

Une centaine de Palestiniens, des hommes pour la plupart, attendent déjà. L’air hagard, mal réveillés, les mains enfoncées dans les poches de leur hoody ou de leur blouson, bonnet, casquette ou capuche enfoncé sur la tête, je les vois frissonner dans le vent glacial qui s’engouffre entre les tôles disjointes.

Ils piétinent, en file indienne devant l’un des étroits couloirs – tout juste la largeur d’un homme – constitués de hautes barrières métalliques et surmontés d’un épais grillage, débouchant sur des tourniquets qui permettent l’accès à l’espace du contrôle proprement dit. Me vient à l’esprit l’image des bestiaux qui défilent vers les abattoirs. Au plafond, au milieu d’un entrelacs de barbelés, des oiseaux virevoltent ; à Qalandya ce sont les hommes qui vivent en cage… 

 

Dans une large guérite vitrée certainement bien chauffée, une jeune soldate israélienne manipule sans se presser l’ouverture des tourniquets ; j’aperçois son thermos de café, mais aussi la console de jeux vidéo qui semble davantage l’intéresser que la manœuvre d’ouverture. Pendant qu’elle joue, les hommes attendent, battant la semelle, recroquevillés dans leurs nippes.

 

5h30.

La foule déborde maintenant largement à l’extérieur du hangar. L’aube pointe et une fine pluie s’invite à la cérémonie. Quatre jeunes gens tentent de grappiller quelques mètres de queue pour se mettre à l’abri, mais leurs compagnons d’infortune défendent leurs places, et nos resquilleurs filent sous les invectives, retrouvant la pluie et le froid.

La soldate, une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, a les yeux rivés sur son écran et en oublie d’actionner les tourniquets. Je tente d’attirer son attention, mais les vitres sont épaisses. Quand je parviens enfin à capter son regard, elle détourne rapidement les yeux et retourne à son écran ; le jeu, ou le film, sont certainement plus excitant que le poussoir du tourniquet.

La foule se met à gronder et à taper sur les grilles; les hommes se pressent, se bousculent et la clameur enfle ; je les sens exaspérés. Il ne faut pas longtemps avant qu’une dizaine de soldats lourdement armés n’apparaissent, fusils d’assaut approvisionnés. En quelques secondes le calme revient, les queues se reforment en bon ordre, mais les visages sont tristes et résignés ; on allume des cigarettes.

  
Soudain, des éclats de rire. Ce n’est pas fréquent dans ce lieu de misère. Dans l’un des couloirs-cages j’aperçois trois jeunes hommes, l’âge des soldats du camp d’en face, s’esclaffer, probablement de la bonne histoire de l’un d’entre eux. En un instant la vie reprend ses droits, elle continue…

 

Check point Qalandya, source : Wikimedia Commons

Check point de Qalandya (source : Wikimedia commons)

 

5h30, c’est aussi l’heure de la prière pour les musulmans pratiquants. Plusieurs se mettent à l’écart et déploient entre les bancs, sur le sol jonché de gobelets de cartons et de mégots, un improbable sac de plastique ou leur veste pour y poser le front. Ils sont en rang, tournés vers la sortie des tourniquets qui, hasard ou ironie des constructions, est en direction de la Mecque. La queue n’avance guère pendant leur prière, ils reprennent place dans les couloirs-cages.

À nouveau une clameur. Les tourniquets ouvrent pourtant maintenant assez régulièrement. Je regarde les couloirs ; dans le dernier un homme corpulent tente de remonter en sens inverse car il a été refoulé au contrôle. Les autres s’écrasent contre les barrières pour lui permettre le retour. Il progresse à grand peine. Cette longue attente pour rien !

Les rires ont cessé. Mon jeune conteur d’histoire vient de franchir le tourniquet. Je le suis des yeux et le vois disparaître dans la deuxième partie du check- point où il fera à nouveau la queue pour le moment décisif, celui de l’inspection de son maigre baluchon et de ses papiers, à l’issue de quoi il pourra prendre un bus pour Jérusalem, s’il dispose du sésame, un permis de travail, un certificat de scolarité ou une « invitation » à un rendez-vous médical.

 

7h30.

Je rejoins Anna « du bon côté », il m’aura fallu une bonne heure pour passer. À son poste, elle a compté 2300 hommes. Ils s’engouffrent dans les bus blancs et bleus garés sur l’esplanade. Leur journée de travail va pouvoir commencer. Demain est un autre jour, mais ils seront là encore pour tenter le passage. Un nouveau matin à Qalandya…

 




AG du Défap : bien au-delà des comptes !

L’assemblée générale du Défap a eu lieu le 12 mars 2016 dans sa maison mère, au 102 boulevard Arago. Cette journée a permis de faire le point sur les choix effectués durant l’année passée et de dessiner les perspectives à venir pour la période 2015-2018.

La méthode a quelque peu changé depuis la naissance de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP), au XIXème siècle, mais l’enthousiasme est resté le même. Et c’est sous un ciel printanier que nous avons commencé cette belle journée, guidés pour le culte par le pasteur Jean-Luc Hauss.

Chacun s’est saisi de son petit papier vert pour effectuer le premier vote. Ordre du jour : adopté. Compte-rendu de l’assemblé générale 2015 : adopté. Les questions étaient nombreuses, qu’il s’agisse de l’organisation des délégués, de l’évolution des outils de communication, des résultats des comptes ou encore de la mise aux normes des locaux.

 

Vote au moment de l'AG, DR

Vote au moment de l’AG, DR

 

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap, nous a présenté son rapport. Il a rappelé en introduction cette belle et triste histoire portée par l’image symbolique du certificat de liberté. « Une histoire emblématique de ce qu’est la mission, hier et aujourd’hui. Une histoire d’hommes et de femmes, d’horizons lointains et de salles paroissiales. » Derrière le secrétaire général, c’est le pasteur qui nous invite à repenser notre action : « Qui sommes-nous ? Qu’est-ce que la mission ? Quel est l’horizon de nos actions ? ».

Son souhait ? « Engager le Défap vers une nouvelle croissance du nombre des envoyés et particulièrement dans le cadre des Églises fondatrices », maintenir les contributions et la capacité d’action du Défap, retrouver des moyens conformes à son activité et à son avenir ». Dire la mission, communier avec les Eglises sœurs, assurer la formation théologique et missiologique, participer à la solidarité et proposer, encore et toujours l’hospitalité, voici les engagements du Défap. Et pour l’aider dans cette tâche ambitieuse, un réseau international unique, composé d’hommes et femmes sur le terrain.

 

Discours de Bertrand Vergniol, DR

Discours de Bertrand Vergniol, DR

 

Laura Casorio, en charge des envoyés, a ensuite pris la parole, évoquant l’évolution de leur statut. Si l’on ne prend en compte que les envois longs, dix mois et plus, ils sont une centaine sur le terrain (c’est-à-dire les personnes sous contrat et leurs ayants-droit). Plusieurs types de contrats sont proposés, selon les besoins. Alors que les plus jeunes sont recrutés pour leur savoir-être, dans une volonté d’échange entre Eglises, les actifs déjà formés sont chargés d’une mission sur place répondant à un besoin précis.

Laura en a profité pour rappeler également le coût moyen d’un VSI, soit entre 12 000 et 15 000 euros, financés en partie par l’Etat et en partie par les partenaires. Trois postes sont à ce jour entièrement financés par le Défap.

Son analyse nous a amené à constater une évolution majeure dans la gestion des envoyés. Sur les vingt dernières années, on note une baisse significative de la durée des missions. Alors qu’autrefois on s’engageait sur des périodes de trois à cinq ans, on part désormais pour une ou deux années. Preuve que la démarche s’inscrit désormais dans un parcours de vie mieux défini.

 

Ce fut ensuite au tour de Claire-Lise Lombard, bibliothécaire du Défap, de prendre la parole. Sa présentation était axée – centenaire oblige – sur la période 1914-1918. Un temps trop court pour aborder plus aisément cette histoire commune qu’a partagée la SMEP avec les jeunes gens de cette époque tragique. L’absurdité et l’espérance ont navigué côté à côte durant quatre longues années. L’assistance a été invitée à découvrir le Je serai fusillé, de Jean-Philippe Guiton.

 

Après une courte pause, ce fut au tour du président de DM-échange et mission, Etienne Roulet, de prendre le micro. Une brève présentation pour rappeler le statut de cette association suisse et son histoire, commune et en partie héritière de celle de la SMEP, ses chantiers en cours et son approche budgétaire.

 

Déjeuner, DR

Déjeuner, DR

 

Le pasteur Jean-Luc Blanc, en charge du service Relations et Solidarités Internationales, a présenté le rôle majeur du Défap auprès des boursiers. Actuellement au nombre de huit, sous divers contrats, ces étudiants s’impliquent dans une recherche indispensable à leur mission future. Les questions liées au dialogue interreligieux concentrent une grande partie de leurs intérêts. Il faut également noter la force extraordinaire du réseau constitué par les anciens boursiers, dont certains sont même déjà en retraite. Ils ont tous eu, dans leurs pays respectifs, des responsabilités : doyen de faculté de théologie, dirigeants au sein d’Églises… Le Défap a ouvert des horizons, propices à l’acculturation, et les boursiers d’hier ont su saisir cette chance. Certains publié des articles ou des livres, en Afrique comme en Europe, d’autres ont créé des amicales, etc.
Depuis 2004, le Défap finance directement des boursiers et cherche activement du financement pour poursuivre ce projet indispensable.

 

Déjeuner, DR

Déjeuner, DR

 

Florence Taubmann, pasteur en charge du service Animations, a évoqué le prochain forum du Défap qui se déroulera à Sète du 28 au 30 octobre 2016. Membres de la Cevaa et équipes régionales y sont conviés. Ce sera l’occasion d’encourager la mission et de promouvoir le volet formation. Deux temps forts sont au programme : le premier, « Foi dans la mission, quels sont nos parcours ? » nous permettra de réfléchir à notre élan missionnaire, d’un point de vue personnel et via la collectivité. Le second, « Urgence missionnaire », sera placé sous le signe d’une lecture interculturelle et intertextuelle de la Bible. Conférences et ateliers viendront rythmer cette rencontre.

 

Le message du président, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, a rappelé à tout le monde l’importance de la mission dans la vie de chacun, comme dans la vie d’une paroisse. « La mission est écoute et partage ; elle est découverte, attention et ouverture ; elle est appel à sortir de nous-même pour nous ouvrir aux autres ; elle est tout le contraire de l’indifférence », a-t-il conclu.

 




Un container humanitaire pour le Cameroun

Luc Carlen est un ancien envoyé du Défap au Cameroun. Son engagement dans la Mission ne se dément pas. Aujourd’hui, il s’investit dans de nombreuses actions. Parmi elle, l’envoi d’un container au nord Cameroun.

Luc Carlen est infirmier libéral. Il a vécu avec sa famille deux années à Pouss à l’extrême nord du Cameroun. Parti en 2010 dans le cadre d’un VSI (Volontariat de Solidarité Internationale), il travaillait au sein d’un dispensaire. Mais son engagement ne s’est pas arrêté à son retour en France.

 

Un container pour le Cameroun, DR

Un container pour le Cameroun, DR

 

Durant ce séjour, Luc et sa femme, Naomy, se sont investis avec l’Eglise locale dans un projet de construction d’un cabinet dentaire, un besoin urgent. Il fallait intégrer au sein même du complexe ce type de compétence.
Depuis son retour, en 2012, Luc rassemble de l’équipement médical destiné à « l’aile » dentaire du dispensaire. Soutenu par le Défap, et avec l’aide de plusieurs personnes, il a récupéré du matériel supplémentaire pour les autres spécialités de l’hôpital et d’autres structures médicales de l’Eglise Luthérienne du Cameroun : lits, fauteuils gynécologiques, fauteuils roulants, etc.

Outre cela, des livres ont été récoltés pour l’Institut théologique de la région extrême-nord.

 

En train de remplir le container, DR

En train de remplir le container, DR

 

Tout ce matériel va transiter par container. En partenariat avec l’association « Triangle d’Afrique », dont la mission est de favoriser liens et échanges humanitaires et culturels entre la France et le Cameroun, les Carlen et les bénévoles l’ont rempli. Rempli d’objets récoltés durant un an, celui-ci est parti pour le port d’Anvers le lundi 29 février. Il devrait atteindre sa destination d’ici la fin du mois de mars.

 

En plus de l’envoi de matériel, le projet inclut la formation du personnel : l’infirmier chef du centre où Luc a travaillé débutera son apprentissage en septembre 2016, avec, de nouveau, le soutien du Défap.

 

Luc Carlen a été membre de la Coluréum (Commission luthérienne des relations avec les églises d’outre-mer). Il est actuellement membre de la commission des projets du Défap.

 




Vanessa Cavelier, Cameroun – Rhône-Alpes

Vanessa a travaillé sur un projet de la Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes de France, en tant que VSI, comme infirmière au sein de l’hôpital baptiste de Garoua au nord du Cameroun.