Manifestation à Beyrouth pour les droits des employés de maison

Le pasteur Lacoste et son épouse Christine, envoyés du Défap au Liban, ont participé cette année encore à une manifestation en faveur des droits des employés de maison.

Dimanche 1er mai 2016, l’Eglise protestante française de Beyrouth fermait ses portes et se mobilisait, comme l’an passé pour participer à la manifestation solidaire des travailleuses domestiques au Liban.

 

Manifestation Liban mai 2016, DR

Manifestation du 1er mai 2016 [DR EPFB]

 

La raison de cette manifestation ? Des revendications sociales et humanitaires.

Pourquoi cette date ? C’est celle choisie depuis six ans par les ONG spécialisées dans l’aide aux employées de maison.

 

Le défilé était composé d’environ trois cent personnes, principalement des employés de maison demandant plus de droits. En effet, ceux-ci « ne sont pas soumis au code du travail mais au système “Kafala” qui ne leur garantit que très peu de droits. Corvéable toute la journée, un seul jour de congé le plus souvent optionnel, passeports retirés, leur vie pendant les trois années que dure le contrat est entièrement soumise à l’arbitraire de leurs patrons », explique Christine Lacoste.

 

L’Eglise protestante française de Beyrouth est composée d’employés de maison malgaches, à 80%. Ils sont présents au culte le dimanche quand leurs employeurs le permettent.

 

« Leurs sourires, leurs chants empreints de joie réchauffent notre culte. “Ne soyez pas tristes! La joie qui vient du SEIGNEUR, voilà votre force!” (Néhémie 8 v 10) : Voilà l’appel que m’adressent mes sœurs malgaches », conclut Christine Lacoste.

 

Source : site de l’EPFB

 




Nouvelle-Calédonie : un voyage riche en rencontres

Le secrétaire général du Défap, le pasteur Bertrand Vergniol, s’est rendu durant plus de deux semaines en Nouvelle-Calédonie. Détails d’un voyage au programme ambitieux.

Bertrand Vergniol a assisté en tant qu’invité au Conseil exécutif de la Cevaa, réuni dans la tribu de Nepu, du 8 au 17 avril.

Comme à son habitude, il est allé à la rencontre des populations et des pasteurs locaux. Il note d’ailleurs un accueil organisé et chaleureux de la part de l’Eglise locale.

 

La coutume à Nepu, DR

La coutume à Nepu, DR

 

Il a, par la suite, effectué diverses visites. Au centre culturel Jean-Marie Tjibaou, à l’école pastorale de Béthanie – où il a notamment préparé la visite d’un groupe d’étudiants en France en octobre 2016 –, auprès du directeur de l’association Cadres Avenir et du responsable du programme Après Bac Service (dont le Défap est partenaire), avec l’Eglise protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC), notamment le président Wakira Wakaïné. Les autorités locales, le Haut-Commissaire en Nouvelle-Calédonie à Nouméa, Vincent Bouvier, et le Haut-Commissaire délégué pour les Îles Loyauté, Frédéric Eymard l’ont également reçu fort cordialement.

 

Ce voyage a permis au secrétaire général d’avoir un aperçu de la situation dans le pays. Le développement économique est remarquable depuis son dernier séjour, en 1994. La situation de la jeunesse, minée par le désœuvrement, est cependant inquiétante.

L’incertitude règne autour de l’avenir du territoire. Le référendum sur l’indépendance devrait se tenir en 2018. Nous avons envisagé, explique Bertrand Vergniol, avec le président de l’EPKNC, Wakira Wakaïné, qu’une délégation protestante calédonienne se rende en métropole, fin 2017-début 2018, pour présenter dans le protestantisme français et aux autorités politiques françaises (nouvellement élues en mai 2017) les enjeux de ce référendum. Le synode de l’EPKNC, en août 2017, sera un temps important de préparation du travail de cette délégation.

 

Case de chef à Lifou, DR

Case de chef à Lifou, DR

 

Le Défap & la Nouvelle-Calédonie

 

Le Défap entretient des relations étroites avec le territoire calédonien.

Il existe un souhait commun entre le Défap et les acteurs du protestantisme en Nouvelle-Calédonie de renforcer les liens qui les unissent.

Une équipe de huit aumôniers des hôpitaux de l’EPKNC et un groupe de vingt étudiants de Béthanie viennent d’ailleurs en métropole en juin et octobre 2016.

 

Bananier en terre à Do Néva (Houailou) avec des élèves du lycée agricole et leur professeur, DR

Bananier en terre au lycée agricole de Do Néva (Houailou) avec des élèves et leur professeur (au milieu, le pasteur Bertrand Vergniol), DR

 

Le Défap, depuis de nombreuses années, participe en outre au programme Après-Bac-Service (ABS) en suivant la vie extra-scolaire d’une soixantaine de jeunes Kanaks qui viennent poursuivre des études en France après leur bac. Les relations entre le Défap et le service « Cadres Avenir » qui suit les ABS pour le compte du gouvernement calédonien, restent bonnes.

Pour conclure, comme avec un appel, ce périple, plusieurs établissements ont exprimé le souhait d’accueillir à nouveaux des envoyés en leur sein.

Encore de beaux projets en perspective !

 




Délégation du Défap en Haïti : de nouveaux projets en vue

Une délégation du service protestant de mission s’est rendue à Haïti en avril, du 10 au 21, afin de faire le point sur les différents projets de collaboration.

Les Eglises protestantes d’Haïti se préparent à célébrer le bicentenaire du protestantisme dans le pays. De nombreuses initiatives ont été lancées lors de l’Assemblée Générale de la FPH (Fédération Protestante d’Haïti) début mai. Cet événement  a été aussi l’occasion de fêter les 30 ans d’existence de cette dernière.

 

délégation du défap en haïti

Laura Casorio et Sylvain Cuzent pour le Défap (DR)
Le président Exantus, le Secrétaire Général Aristil et l’officier projet / bicentenaire Jose pour la FPH

 

La diversité du protestantisme haïtien est l’un des aspects auxquels est confrontée la FPH, qui essaye de rassembler le plus grand nombre d’Eglises et organisations autour des célébrations prévues.

 

Une délégation du Défap, composée par Laura Casorio, chargée des envoyés et des relations avec Haïti, et de Sylvain Cuzent, chargé de mission, a pu rencontrer différents partenaires protestants, travailler à la collaboration dans le domaine social et environnemental, et préparer la participation du protestantisme français aux célébrations du bicentenaire en juillet 2016.

 

Depuis le tremblement de terre de 2010, le protestantisme français a soutenu plusieurs projets et initiatives :

– auprès des orphelinats avec des projets d’équipement en meubles et de soutien à des projets générateurs de revenus ;
– dans le domaine de la formation professionnelle pour les jeunes moins scolarisés ;
– en soutenant la création d’une pépinière pour aider au reboisement : une question urgente dans plusieurs régions au nord comme au sud du pays ;

– avec l’envoi d’une personne auprès de la fédération des écoles Protestantes en Haïti chargée de la gestion projets et recherche de nouveaux partenariats.

 

délégation défap Haïti

La délégation en visite dans une école impliquée dans la formation et les activités de reboisement, DR

 

Même si les interventions liées aux opérations humanitaires post-séisme sont terminées, une grande partie de la population et du territoire demeurent dans une situation de grande précarité et  la disparité sociale est toujours frappante. La délégation a manifesté encore une fois la volonté de poursuivre l’engagement du protestantisme français, par le biais du Défap et de la Fédération Protestante de France (FPF), aux côtés du protestantisme haïtien. Par ailleurs, de nouvelles formes de collaboration sont en cours de développement.

 




Que rien n’empêche d’entendre l’invitation de Dieu !

Nous prions pour nos envoyés au Liban et pour le peuple libanais

Quelques hommes vinrent de Judée à Antioche et se mirent à donner aux frères cet enseignement : « Vous ne pouvez pas être sauvés si vous ne vous faites pas circoncire comme la loi de Moïse l’ordonne. » Paul et Barnabas les désapprouvèrent et eurent une violente discussion avec eux à ce sujet. On décida alors que Paul, Barnabas et quelques autres personnes d’Antioche iraient à Jérusalem pour parler de cette affaire avec les apôtres et les anciens. Actes 15,1-2

Alors, toute l’assemblée garda le silence et l’on écouta Barnabas et Paul raconter tous les miracles et les prodiges que Dieu avait accomplis par eux chez les non-Juifs. Quand ils eurent fini de parler, Jacques prit la parole et dit :

« Frères, écoutez-moi ! Simon a raconté comment Dieu a pris soin dès le début de ceux qui ne sont pas juifs pour choisir parmi eux un peuple qui lui appartienne. Et les paroles des prophètes s’accordent avec ce fait, car l’Écriture déclare :

“Après cela je reviendrai, dit le Seigneur,
Pour reconstruire la maison de David qui s’était écroulée,
Je relèverai ses ruines et je la redresserai.
Alors tous les autres humains chercheront le Seigneur,
Oui, toutes les nations que j’ai appelées à être miennes.
Voilà ce que déclare le Seigneur, qui a fait connaître ses projets depuis longtemps.”

C’est pourquoi, ajouta Jacques, j’estime qu’on ne doit pas créer de difficultés à ceux, non juifs, qui se tournent vers Dieu. Mais écrivons-leur pour leur demander de ne pas manger de viandes impures provenant de sacrifices offerts aux idoles, de se garder de l’immoralité et de ne pas manger de la chair d’animaux étranglés ni de sang. Car, depuis les temps anciens, des hommes prêchent la loi de Moïse dans chaque ville et on la lit dans les synagogues à chaque shabbat. » Actes 15,9-12

 

Pixabay

 

On prêche volontiers et généreusement l’accueil dans nos Eglises.
Mais est-ce simple d’accueillir des nouveaux-venus ?

Oui à condition qu’ils soient comme nous, aiment et chantent les mêmes cantiques, adoptent nos rites, comprennent à demi-mot ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, se dit et ne se dit pas, évitent de parler trop fort, renoncent à prier de manière qui nous semble intempestive, acceptent notre relation très critique à la Bible  …. Et si ce n’est pas le cas ?

Transposons ces questions au Proche-Orient, dans les années 50 de notre ère, au moment où la première communauté de croyants juifs  s’enrichissait de nombreux non-juifs !   Ceux-ci, désirant devenir disciples du juif Jésus, devaient-ils  ou non observer la circoncision, la cacherout, le shabbat ? Devaient-ils devenir des chrétiens juifs aux côtés des juifs chrétiens ou non ?  Paul, Pierre, Jacques et les autres discutèrent longuement de ces questions. Ce fut le « premier concile » de Jérusalem.   

La règle qui prévalut fut qu’on ne devait » pas créer de difficultés à ceux, non juifs, qui se tournaient vers Dieu », mais qu’en retour on leur demandait de ne pas avoir de pratique qui puisse être choquante pour des juifs.

Cette mesure de sagesse, qui ne fut pas suivie de tous les effets escomptés, reste toujours d’actualité. Mais plutôt que la mettre en œuvre pour construire l’Eglise universelle et bigarrée, nous préférons bien souvent avoir des Eglises séparées, identitaires et uniformes, pour le grand dam de tous et la tristesse de Dieu.

 

Avec cette prière de Voltaire tirée de son Traité de la tolérance, nous prions et portons devant Dieu nos envoyés au Liban et tout le peuple libanais :

 

Ce n’est plus aux hommes que je m’adresse ;
C’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps :
S’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité,
Et imperceptibles au reste de l’univers,

D’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné,
A toi dont les décrets sont immuables comme éternels,
Daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ;
Que ces erreurs ne fassent point nos calamités.

Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ;
Fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ;
Que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps,
Entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules,

Entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées,
Entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ;
Que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes
Ne soient pas des signaux de haine et de persécution ;

Que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer
Supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ;
Que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer
Ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ;

Qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ;
Que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet,
Qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde,
Et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal,
Jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse,

Et que les autres les voient sans envie :
Car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible !
Si les fléaux de la guerre sont inévitables,

Ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix,
Et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers,
Depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII




« Gens de Dunkerque »

Valérie Thorin raconte son expérience au camp de Grande-Synthe.

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

 

À quoi rêve-t-elle, cette famille syrienne en promenade, l’homme et la femme, leurs trois enfants et une dame plus âgée à leurs côtés ? Marchant silencieusement le long de la grève, ils regardent davantage la mer que leurs bambins trop sages, qui leur donnent la main. À quoi rêvent-ils, ces deux Afghans accroupis sur un remblai du nouveau camp de réfugiés de Grande-Synthe ? Leur ombre ressemble à celle du commandant Massoud méditant devant les montagnes plissées dominant la vallée du Panchir. À quoi rêvent-ils, ces trois jeunes Syriens dans la force de l’âge, le regard dur et fixe ? Ils ont vu leur ville bombardée par le pouvoir de Damas, attaquée par les islamistes, puis par les Russes, espionnée par des drones non identifiés, réduite en poussière, les obligeant à fuir droit devant sans plus savoir à qui faire confiance. À quoi rêve-t-il, cet homme du PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, dont il a tagué le logo sur sa baraque en planches ? Il a traversé à pied toute l’Europe orientale, payé prix d’or des passeurs pour enjamber les frontières, dormi sous des cartons, mangé des racines et le voilà ici, à Dunkerque, presque au terme de son voyage. À quoi rêvent-elles, ces fillettes timides, qui se courbent et entrent à pas de loup dans la tente de l’école du camp ? Elles savent qu’elles ont échappé à la tyrannie des islamistes, dont l’objectif est de les contraindre à rester cloîtrées, illettrées et soumises, chez leurs parents puis chez leur mari. À quoi rêvent-ils ces Iraniens yazidis, pourchassés par islamistes, chiites, sunnites, au motif qu’ils seraient des « adorateurs du diable », et même par les chrétiens, qui les considèrent comme des hérétiques ? Passés les monts Zagros, ils ont longé le Tigre jusqu’à Kirkouk, capitale de l’ancienne Mésopotamie, erré jusqu’en Turquie où, après la barrière des monts Taurus, et l’immense plaine de l’ouest, ils ont embarqué sur un dangereux esquif pour la Grèce. Après la Bulgarie, la Serbie, la Croatie, la Slovénie et l’Italie, ils sont remontés jusqu’à Dunkerque. Un périple incroyable, de ceux dont rêvent les Occidentaux fortunés et qu’ils ont payé de leurs larmes, après y avoir englouti tout ce qu’ils avaient mis une vie à économiser.

 

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

 

Ils ne rêvent que de jeux et de rires, ces gamins agités et inquiets, qui roulent à toute berzingue dans le camp, juchés sur des vélos trop grands pour eux, mais si précieux pour se défouler.
Tous sont là rassemblés, dans ce nouveau camp de Grande-Synthe installé sur un terrain municipal, entre voie ferrée et autoroute. Pas le Pérou, mais tellement, tellement mieux que le camp du Basroch, situé à quelques kilomètres à peine, en bordure d’une zone résidentielle. Là, c’était l’enfer. Il n’en reste que des ruines, mais au plus fort de l’hiver, près de trois mille personnes y ont vécu, survécu plutôt. Partout, on pataugeait dans vingt centimètres de boue immonde. Des ordures, épluchures et détritus en tout genre, jonchaient le moindre centimètre carré de sol. Quelques latrines, bouchées depuis belle lurette, répandaient une odeur pestilentielle, difficilement supportable. Les reliefs de nourriture avaient fini par attirer des rats gros comme des chats, et même les corbeaux n’osaient plus s’approcher de ce cloaque. Village de tentes, de tissu et de carton, foyer de gale, de poux et de teigne, il était l’incarnation de la honte absolue, un marécage infâme. Bouleversant pour les riverains, lesquels, émus aux larmes, apercevaient les réfugiés au petit matin, grelottant et trempés, attendant silencieux et mornes un bienfaisant bol de café. « Et le soir, la puanteur et la saleté m’agressaient tant que je les haïssais… » avait confié un voisin, révélant la terrible et si humaine ambivalence de quiconque se trouve un jour confronté à la misère absolue devant sa propre porte.

 

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

 

L’on peut et l’on doit reconnaître à Damien Carême, maire de Grande-Synthe, d’avoir eu le courage politique et physique de faire déménager tout le monde vers le lieu-dit La Linière. L’État français ne l’y a pas aidé, bien au contraire. Là, avec le concours de Médecins sans frontière (MSF), des bungalows de bois pouvant accueillir quatre personnes, chauffables grâce à des réchauds à pétrole, ont été montés. La logistique générale a été confiée à l’association bretonne Utopia 56, spécialiste des… festivals, mais donc compétente pour gérer des milliers de personnes rassemblées en un même endroit. D’innombrables ONG, fournissant un roulement de quelque cent vingt bénévoles par jour, assurent l’entretien des infrastructures, le ravitaillement en vivres, en eau, en vêtements, en literie et autres produits de première nécessité, s’occupent également de l’adduction d’eau, de l’évacuation des déchets et du ramassage des ordures, de la santé et de l’éducation, bien sûr. MSF, la Croix-Rouge et Médecins du monde font des maraudes, il n’y a plus ni vermine, ni maladies. La solidarité joue à plein. Celle des habitants de Grande-Synthe, bien sûr, mais aussi celle de gens venus de plus loin, et même d’Angleterre.

 

Le premier camp humanitaire de France est né, le 9 mars 2016.




Mayotte

journee-ile-morte-Marche du 19 avril contre l'insécurité

La marche citoyenne, organisée le 19 avril dernier, pour dénoncer la violence et l’insécurité, a plongé l’île dans l’actualité. L’initiative était, il faut le dire, exceptionnelle à Mayotte.

Plus qu’un mouvement de contestation, de dépit ou de rejet, il s’agissait d’un témoignage  d’espoir dans l’avenir du département. Une action révélatrice de cet appétit de renouveau et un sursaut salutaire alors que les Mahorais sont terrorisés par la violence, les cambriolages et les agressions.

Rien ni personne n’est épargné. Le pasteur Faly Rajaonarison en témoigne : « L’Eglise Protestante Internationale de Mayotte, située dans la zone rouge de Mamoudzou, a été visitée par les cambrioleurs. On a perdu les matelas qu’on utilise pour le camp des enfants. Des fidèles ont été agressés par les voleurs sur la route qui mène à l’Église. Certains n’osent plus participer aux activités de l’Église le soir. 

Pour moi et ma famille, qui habitons à l’église, cette situation est notre quotidien.
Dès que je le peux, j’emmène mes enfants à l’école. Autrement, je les surveille quand ils sortent de l’église.

Pour nous rassurer, la préfecture a désigné un policier référent que nous pouvons appeler en cas de besoin. Chaque dimanche avant le culte, des patrouilles de police sont prévues.

On dit souvent que le problème n’est pas policier mais judiciaire, car la plupart des délinquants sont des mineurs et les policiers sont obligés de les relâcher après une arrestation. Pour ma part j’essaie de nouer des relations avec ceux qui rodent autour de l’église. Cela me donne le courage de ne pas avoir peur d’eux.

Ces mineurs sont, pour la plupart, des enfants des clandestins livrés à eux même. Il y a aussi des enfants nés de la polygamie, élevés par des femmes seules qui n’arrivent pas à assumer leur éducation et qui plongent dans la délinquance.

Tous ces problèmes sociaux ont poussés l’Eglise à mettre sur pied des actions sociales. Nous déclinons nos propositions autour de  trois axes : bourses aux vêtements, banque alimentaire et cours de soutien pour la préparation au baccalauréat.
Des initiatives déterminantes pour apaiser la situation et nouer le dialogue ».




Stage au Bénin : une expérience réussie

La semaine du 4 avril, trente-deux pasteurs se sont retrouvés au Bénin dans le cadre d’un stage CPLR (Communion Protestante Luthéro-Réformée).

Si l’on en croit les participants, chacun, Béninois ou Français, est ressorti de ce stage enrichi et heureux de l’expérience.

 

Déroulement

 

En commençant ce genre de stage, on ne sait jamais si le courant va passer et si un vrai partage pourra avoir lieu. Il suffit de tellement peu pour gâcher la fête… Mais à Porto-Novo, tous les ingrédients d’un stage réussi étaient là et ont pu être combinés de manière à ce que tous puissent vivre intensément ce stage. Stagiaires et animateurs ont mis ensemble leurs moyens, leur bonne humeur et leur énergie pour la réussite de ce séjour.

Outre la dimension théologique du stage, les pasteurs ont pu découvrir le Bénin à la rencontre de la culture et de l’histoire du pays.

 

Le groupe dans une pirogue à Ganvié, DR

Le groupe dans une pirogue à Ganvié, DR

 

Premier arrêt : Ouidah, haut lieu de l’animisme local, le Vaudou, avec le fameux temple des Pythons. Cela a permis aux stagiaires de prendre connaissances des religions traditionnelles béninoises mais aussi de découvrir la route des esclaves, sur laquelle Ouidah se trouve puisque c’est de là que les esclaves embarquaient pour ne jamais revenir. Ce fut l’occasion de relire cette page douloureuse  de notre histoire commune.

 

Deuxième arrêt : le village de Ganvié. Ce lieu a été créé par des gens qui fuyaient l’esclavage et se sont réfugiés sur l’eau, pour avoir de meilleures chances de se défendre.

 

Troisième arrêt : le centre de Songhai. Celui-ci a mis en place un mode de développement intégré, qui démontre que l’on peut produire à des coûts intéressants des produits de qualité et vivre correctement grâce à eux au Bénin. Le centre est également à l’origine d’une école d’agriculture.

La méthode de ce centre a été développée sur plusieurs sites au Bénin.

 

Les 32 participants – 16 Français, 16 Béninois, dont un intervenant français, un béninois, trois animateurs français, trois béninois – ont été logés à l’UPAO (Université Protestante d’Afrique de l’Ouest). Cela leur a permis de rencontrer les professeurs et étudiants. Au-delà du stage, ils ont été plongés dans un univers où ils pouvaient échanger et découvrir le pays.

 

Contenu du stage

 

C’est autour de la question « développement durable et fin du monde » que les intervenants ont été invités à s’exprimer. La question qui se pose derrière cette formulation un peu provocatrice est : comment interpréter ensemble, Européens et Africains, la question du développement durable et Comment l’articuler avec une pensée qui implique que ce n’est pas sur notre monde que l’on fonde le sens de la vie ?

 

Procession durant le culte, DR

Procession durant le culte, DR

 

Outre les interventions de théologiens français et béninois, le président du Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale), venu du Cameroun pour l’occasion, a présenté l’approche mise au point par cet organisme sur le développement durable. La Pasteure Fidèle Gandonou a abordé la question du Féminisme comme moteur du développement ; le responsable de la Diaconie de l’Eglise Méthodiste est venu présenter plusieurs expériences concrètes menées par l’Eglise…

Ces diverses approches se retrouvaient autour d’une analyse de l’inquiétude et de la peur de l’avenir qui habitent nos contemporains qui, justement, vivent avec la crainte que le monde ne dure pas. Car, quand on parle de développement durable, cela sous-entend souvent que l’on craint, justement, qu’il ne le soit pas !

 

Rencontre avec l’Eglise locale

 

Bien entendu, les pasteurs stagiaires ont eu l’occasion de rencontrer l’Eglise locale. Nos pasteurs français disent avoir été agréablement surpris : ils ont eu l’impression de se retrouver chez eux dans cette Eglise à la liturgie si proche des nôtres. Chacun a eu l’occasion de participer activement à l’animation d’un culte dans une paroisse de Porto-Novo ou Cotonou.

Le bilan est donc très positif ; et chacun réfléchit aux suites que pourrait avoir cet échange pour lui donner la chance de porter encore plus de fruits !

 




« Démolition punitive »

Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine, raconte l’histoire d’une démolition punitive d’une habitation.

Un message (du jeudi 31 mars à 08h48) de l’Agence des Nations Unies nous prévient : « Les forces israéliennes ont mené ce matin une opération de démolition punitive d’une maison d’habitation dans le quartier de Jabt Alshareef à Hébron. Pour plus d’information contacter le… ».

 

La maison appartient à la famille d’un jeune Palestinien, Ihab Maswada, tué par balle le 7 décembre dernier pour avoir poignardé un colon en ville. Son cousin, Abd al-Rahman, est tué deux jours plus tard rue Al-Shuhada au cours de l’attaque de deux Israéliens. Tous deux ont une vingtaine d’années. La tension est vive à cette époque à Hébron, après l’assassinat au check-point 56 par les forces israéliennes en novembre d’une jeune palestinienne de 18 ans, et le maquillage de cet assassinat en attaque. Si l’armée nie, personne à Hébron n’est dupe : un témoin a vu les soldats déposer un couteau près du corps de la malheureuse ; de ce fait les autorités israéliennes sont fébriles. Un portrait de la jeune fille dressé à l’entrée du check-point sera tronçonné quelques semaines plus tard pendant la nuit par l’armée.

 

La maison en ruines, DR

La maison en ruines, DR

 

A l’évidence, Ihab Maswada et Abd al-Rahman sont coupables. Terroristes, proclament les Israéliens. Résistance, affirment les Palestiniens. Les Français connaissent cette histoire : nos grands-pères qui tiraient sur des Allemands armés sous l’occupation étaient-ils des terroristes ou des résistants – des héros ? Ici, l’occupation dure depuis maintenant cinquante ans. Le seul horizon de ces jeunes, ce sont les murs, les check-points, les barbelés, l’humiliation des fouilles au corps, et les colons qui paradent, armés jusqu’aux dents. Les autorités palestiniennes et les Palestiniens raisonnables condamnent ces actes de jeunes désespérés qui font en réalité le jeu des colons et des Israéliens, en maintenant une tension qui justifie les déploiements de forces et l’accaparement de nouvelles terres pour « raison de sécurité ».

 

Notre ami Arrafat nous conduit vers Jabt Alshareef samedi 2 avril dans l’après-midi. La petite rue du quartier populaire qui descend à flanc de colline est encombrée. Un voisin nous montre la maison. Aucun signe extérieur d’exaction, mais dès que nous franchissons le seuil, le spectacle est désolant : toutes les cloisons intérieures du rez-de-chaussée ont été démolies à la masse. Il ne reste qu’un tas de gravats et les meubles disloqués. Cette partie de la maison était occupée par les parents. Nous montons à l’étage dans le salon où deux lits ont été installés.

Le frère nous raconte : « une centaine de soldats ont envahi et bouclé le quartier vers minuit. Plusieurs sont entrés chez nous et nous ont donné dix minutes pour évacuer les lieux. Nous sommes montés ici, au premier étage, et en bas ils ont défoncé les murs à la masse ». « Ils ont tiré une grenade lacrymogène dans la maison, et tout le monde s’est mis à pleurer », ajoute la maman de Maswada, une femme de belle allure dans la cinquantaine, digne sous son voile bleu à motifs blancs, assise en coin dans un fauteuil. Visiblement, elle est encore sous le choc, alors que le frère d’Ihab Maswada qui nous raconte la scène est plus serein. Les belles sœurs servent le café, les enfants jouent sur les deux lits. « Elle est fatiguée », nous dit le frère. Deux autres frères nous ont rejoints. Nous sommes une dizaine dans la petite pièce réaménagée pour héberger les parents.

Les autorités israéliennes, nous expliquent-ils, avaient établi un premier ordre de démolition dès février, resté sans effet. Un deuxième avait été dressé trois jours auparavant, et les soldats avaient dit au père de famille qu’il serait exécuté dans la semaine. « Mais nous avons été surpris quand ils se sont présentés peu après minuit », nous disent-ils.

 

Les démolitions punitives ont été instituées par le gouvernement Netanyahu à la mi-octobre, suite au regain de tension, et plusieurs ont été réalisées depuis cette date. Le mouvement s’est poursuivi malgré les recommandations du comité militaire israélien qui a déclaré qu’elles n’étaient pas dissuasives.

Les familles qui reçoivent des ordres de démolition peuvent faire appel de la décision, mais ces appels ont toujours été rejetés par la Haute Cour. Plusieurs organisations israéliennes condamnent ces sanctions collectives à l’égard des membres des familles qui n’ont commis aucun crime.

La maman s’endort tranquillement dans le fauteuil, tandis que les frères nous raccompagnent en nous remerciant chaleureusement de la visite. Denier passage au milieu des gravats. Outre les voisins très solidaires, nous sommes les premiers visiteurs à venir leur manifester notre solidarité.

 




« L’abîme appelle l’abîme »

Le président et le secrétaire général du Défap, les pasteurs Jean-Arnold de Clermont et Bertrand Vergniol, se sont rendus en République centrafricaine fin mars, pour le culte de Pâques. Le pasteur Vergniol revient sur ce séjour marquant.

Comment parler de la situation de Bangui sans évoquer ses quartiers dévastés ? C’est une ville abîmée qui nous accueille. La peur est palpable. Les habitants vivent depuis 2013 sous la menace permanente de bandits qui peuvent mettre à sac les écoles, les maisons, les commerces, la vie.

Les milices, chacune de leur côté, poursuivent leurs guerres. Le feu a balayé les rues et a laissé dans son sillage des dizaines de milliers de déplacés. Nus, sans rien d’autres que ce qu’ils ont pu, dans la précipitation, emporter. Enfants au dos et bras surchargés, ils survivent le long de l’aéroport, dans les terrains vagues, en tente ou sous des abris de fortune. La misère est poignante, et personne n’y échappe : femmes, enfants, anciens, blessés… tout le monde subit la violence de ce quotidien incertain. C’est dans ce climat que la France a annoncé le retrait de la force Sangaris. Qu’adviendra-t-il de cette trêve fragile ? Les armes que nous ne voyons plus feront-elles à nouveau entendre la plainte des innocents ?

 

Les pasteurs Vergniol (à gauche) et de Clermont (à droite), en RCA, mars 2016

Les pasteurs Vergniol (à gauche) et de Clermont (à droite), en RCA, mars 2016 (DR)

 

La nuit dépose un voile opaque qu’aucune lumière ne vient troubler. La ville est éteinte.  Quelques fantômes la traversent timidement. Mais les ténèbres ne sont pas seulement la privation de lumière, c’est l’état dans lequel on se trouve lorsque plus rien n’appelle à la vie.

 

Au milieu des blindés de l’armée française et des chars blancs de l’ONU se dessine pourtant un espoir.
Le 30 mars 2016, un nouveau président a été investi. Il hérite d’un pays qui a connu trois guerres civiles en moins de quinze ans. Cinq millions de Centrafricains qui comptent sur ce nouvel espoir. Sans police, sans argent, avec 40% de la population qui à moins de 15 ans : le défi est de taille. Cette jeunesse débordante ne se contentera pas d’attendre, il faut agir, et vite. La violence n’appartient pas encore au passé : victimes et bourreaux partagent le même quotidien.

 

Porter la parole de Dieu

 

Novembre 2015, le pape François prononce un discours exhortant les Centrafricains à « résister à la peur de l’autre ». Il se rend alors à la mosquée centrale de Bangui, dans le quartier du PK-5, théâtre d’atrocités pendant les massacres intercommunautaires de la fin 2013. Depuis cette prise de parole, le rang des forces qui appelaient à la violence s’est tari.

Les Trois Saints, le révérend Nicolas Guerekoyame-Gbangou, pasteur et chef de l’Eglise protestante centrafricaine, Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui et chef de l’Eglise catholique, et l’imam Omar Kobine Layama, président de la conférence islamique, sont également les artisans de cette paix civile.

En appelant chacun à se souvenir que l’autre est aussi son frère, les forces ecclésiastiques ont peut-être évité le scénario rwandais.

 

Protestant ici et là-bas

 

L’Eglise protestante du Christ Roi ne comptait peut-être que 400 ou 500 participants au culte de Pâques mais leur ferveur témoignait du message d’unité qu’ils portent pour le monde. Les protestants, mais pas seulement. Les hommes et les femmes de toutes horizons aussi. Ceux de l’extérieur, ceux qui ne pensent pas comme nous, ceux qu’il faut aimer malgré les différences car, comme le disait Matthieu (5 ;44), « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent ».

 

Cette Eglise réformée nous invite à nous souvenir que nous sommes aussi à Bangui.

 




Consolider les liens avec la Nouvelle-Calédonie

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap, se rend en Nouvelle-Calédonie du 9 au 23 avril 2016. Sa visite a deux objectifs : participer au Conseil exécutif de la Cevaa et se rapprocher du protestantisme sur place.

Le pasteur Bertrand Vergniol se rend en Nouvelle-Calédonie ce mois-ci.
Sa première semaine est consacrée au Conseil de la Cevaa, Communauté d’Eglises en mission à laquelle appartiennent les Eglises fondatrices du Défap.

 

Délégation de la Nouvelle-Calédonie - Clôture du 4ème festival des arts mélanésiens, Mwâ kâ. Nouméa, Nouvelle-Calédonie 2010. Source : Flickr

Délégation de la Nouvelle-Calédonie
Clôture du 4ème festival des arts mélanésiens, Mwâ kâ
Nouméa, Nouvelle-Calédonie 2010
Copyright : Sekundo .

 

La suivante sera l’occasion pour le secrétaire général de rencontrer les personnes de l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC). L’objectif : renforcer les relations avec le Défap et les Eglises protestantes de France.

En effet, le programme 2015-2018 du Défap vise à développer une plus grande proximité avec les protestants de Nouvelle-Calédonie. Pour mener à bien ces ambitions, Bertrand Vergniol ira à la rencontre des hommes et femmes qui font vivre l’Eglise locale, dont le pasteur Wakainé, président de l’EPKNC.

 

Le pasteur a aussi rendez-vous avec divers élus locaux : M. Vincent Bouvier, haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, et M. Frédéric Eymard, commissaire délégué aux îles Loyautés. Il est également prévu qu’il rencontre des responsables du programme Après-Bac-Service auquel le Défap participe activement et visite deux établissements de l’enseignement : le lycée agricole de Do Neva et le centre de formation théologique de Béthanie, sur l’île de Lifou.

 

Bertrand Vergniol porte un grand intérêt à être en contact avec la réalité des habitants calédoniens, en particulier à l’approche du référendum sur l’indépendance.

 

Un séjour qui promet des rencontres riches et authentiques !




La très éphémère école d’Abu Nwar

Témoignage sur une école éphémère en Israël/Palestine.

 

Je découvre  la communauté bédouine d’Abu Nwar un samedi de février.  Il y a moins de deux semaines que je suis arrivée et, nous essayons, avec mes collègues de l’équipe de Jérusalem, d’y voir clair dans les multiples zones aux statuts différents, disposées de part et d’autre du mur qui cercle la ville en zigzag. Il fait chaud ; nous sommes en visite dans un village palestinien des environs, en  conversation avec un groupe de femmes, mêlant  nos pauvres mots d’arabe à leurs pauvres mots d’anglais.  Heureusement les sourires et les mains expriment l’universel.

Soudain mon téléphone vibre ; c’est le principal outil de l’accompagnateur EAPPI, en plus de son passeport.

Le chef de la communauté  bédouine  d’Abu Nwar nous demande de venir dès que possible. Firaz, notre fidèle chauffeur et traducteur nous mène jusqu’au campement par des chemins de traverse, car toutes les routes ne sont pas autorisées aux voitures immatriculées en Palestine. Nous terminons par une très mauvaise piste. Nous découvrons un étonnant village dont les maisons sont faites de palettes de bois et de  barricades usagées couvertes de grandes toiles, les toits de vieilles tôles maintenues par de gros cailloux. Des moutons à  épaisse  toison brune et des chèvres courtaudes à longs poils soyeux broutent alentour les rares bosquets qui émergent au milieu d’un paysage de terre rouge  semé  de rochers blancs. Pas âme  qui vive…

Pourtant, surgit d’on se sait où, un homme s’approche de la voiture, c’est le chef du village, nous dit Firaz, on l’appelle ici le mouktar.

 

Abu Imad, la cinquantaine, a belle allure dans sa une longue robe grise, tenue traditionnelle  des  bédouins, la tête  ceinte  d’un keffieh à carreaux noirs et blancs. Il semble heureux de nous voir, sourit, hèle plusieurs membres de la communauté qui le rejoignent, tous des hommes, et nous invite à prendre place en rond sur des chaises plastiques hors d’âge, à côté d’un petit enclos abritant  deux balançoires et un toboggan vert : la cour de l’ancienne école.

Plusieurs minutes passent. Un gamin au sourire édenté nous apporte des verres de thé brûlant abondamment sucré. Après la première gorgée que le mouktar nous dévoile la raison de son appel.

Jusqu’à ce jour Abu Nwar, comptant 113 familles et 650 habitants, n’avait qu’une seule école composée  de deux « caravanes ». « Caravanes » est le terme employé ici pour désigner ce qu’on appelle chez nous des baraques de chantiers. Celles-là sont en simples tôle, sommairement assemblées. Dans la première s’entassent les quarante enfants de la maternelle tandis que trente élèves et trois professeurs se partagent l’autre, dans la pluie et le froid en hiver, par chaleur étouffante  en été. C’est la «vieille école « .

Hier soir, nous explique Abu Imad très  fier, les hommes du village ont monté  une nouvelle école : « regardez-la, dit-il en se retournant, juste à côté ».

Suivant son geste, nous découvrons trois autres caravanes disposées  en L, légèrement plus grandes que les premières, étincelantes  dans le soleil encore haut de l’après-midi. Sur l’une d’elle une immense affiche collée indique : « Payé par la France. Ministère des Affaires Etrangères. »

Abu Imad nous propose de visiter la nouvelle structure qui accueillera dès demain dimanche 70 élèves.

Ecole éphémère Abu Nwar, DR

Payé par la France… (DR)

Ecole éphémère d'Abu Nwar, DR

Surtout protégé du froid… (DR)

Si le sol reste inégal  car la dalle a été  sommairement et rapidement coulée, les murs et le toit sont cette fois en panneaux sandwich de tôle, garnis d’isolant. C’est assurément  d’un grand dépouillement mais plus grand et surtout protégé du froid et de la chaleur. Chaque porte est munie d’une serrure, l’ouverture des fenêtres est facile.

C’est un grand changement, pour ainsi dire le paradis et les bédouins sont à la fête, presque à la fête…

« Car cette nuit, vers minuit reprend Abu Imad qui a perdu son sourire, j’ai été  réveillé par des bruits de moteur. Je ne dors que d’un œil car ma communauté est sous menace permanente de déplacement  forcé ; je me suis  levé précipitamment et j’ai aperçu une dizaine de véhicules de l’armée israélienne et de l’administration civile, juste en haut du village. Les militaires et les civils prenaient des photos de la nouvelle école avec des appareils équipés de zooms impressionnants ».

Abu Imad a  de l’expérience. Quand l’administration civile prend des photos ce n’est pas pour faire un bel article sur la débrouillardise des habitants ou la générosité de la  France.

 

Nous sommes surprises que la construction de l’école ait pu être  connue si vite des services de l’État israélien : nos administrations ne nous ont pas habituées à une telle célérité.

Abu Imad devance nos questions. « Ce sont les colons alentour, nous explique-t-il le regard triste, qui nous surveillent en permanence et dénoncent chacun de nos actes ».

Voyant cette opération de repérage, le mouktar a alors craint la démolition  de l’école. Celle-ci est en effet  construite sans autorisation officielle car les permis de construire ne sont jamais délivrés, quand bien même il s’agit d’un programme humanitaire. C’est pourquoi il nous a appelés et demandés  de venir d’assurer une « présence  protectrice ». C’est l’essence de notre mission. L’expérience montre que lorsque des témoins  internationaux sont présents, les autorités israéliennes hésitent à agir.

 

Nous lui proposons alors de rester dormir mais Abu Imad refuse. Nous lui promettons de revenir demain pour voir les enfants dans leurs nouvelles classes.

Nous sommes de retour ce dimanche en début  d’après-midi, à temps pour assister la fin des cours. Comme hier le village semble désert. Comme hier Abu Imad surgit, mais il a un pauvre sourire sur les lèvres. Nous cherchons la nouvelle  école, mais il ne reste que la dalle.

 

Dans la nuit des ouvriers, protégés  par des dizaines de militaires lourdement armés  sont venus démonter les panneaux isolés et ont tout emporté.

Il ne reste, dans la main crispée  d’Abu Imad, que le trousseau des clés qui n’auront jamais servi.

 

Ecole éphémère d'Abu Nwar, DR

Il ne reste que la dalle… (DR)




Le camp de Grande Synthe : de la foi à la mission, la décision de participer !

Valérie Thorin et Florence Taubmann, du Défap, se sont rendus à Dunkerque pour visiter un camp de réfugiés et les associations d’entraide, les 21 et 22 mars 2016. La pasteur Florence Taubmann nous fait part de ses impressions dans cet article.

« Comme tout le monde nous étions sensibles au malheur des migrants. D’autant qu’habitant Dunkerque, nous les rencontrions dans la ville. Mais comment les aider? Cette question était si difficile que nous la portions sans doute à distance. Mais ce soir-là, réunis en conseil presbytéral, nous avons vécu un choc ; c’était comme si le Christ lui-même nous posait la question : alors que fais-tu de ton frère ? Et c’était inenvisageable pour les conseillers de se quitter sans avoir répondu, même si nous n’étions pas tous d’accord sur la réponse ! »

Que s’était-il passé ?

Les membres de la commission entraide de l’Eglise protestante unie de Dunkerque sont très émus en évoquant pour nous, autour d’un repas fraternel, ce parcours qui les a conduits à devenir bénévoles au camp de Grande Synthe, à la lisière de Dunkerque, avec entre autre la spécialité « douches et sanitaires ». Le fameux soir du conseil est celui où, ayant appris qu’à la suite d’un crime commis sur l’un des leurs, une quinzaine de chrétiens iraniens devaient être sortis du camp, ils ont entendu l’appel à l’aide de Matthieu Bösiger, officier de l’Armée du Salut, qui hébergeait ces hommes dans ses locaux. C’est ainsi que tout a commencé, puis est venu l’engagement, avec des bénévoles d’autres associations, toutes coordonnées par le Carrefour des Solidarités, à agir sur le terrain, dans un camp qui est passé en quelques mois de 80 à 1500 personnes !

 

L'entraide, DR

L’entraide, DR

 

Il y a la fois de la douleur et de la ferveur dans la voix de nos amis quand ils évoquent l’état épouvantable de ce premier camp – où l’on marchait souvent dans la boue jusqu’à mi-jambe et où des familles avec enfants campaient à même le sol au milieu de rats –, et le courage politique du maire de Grande Synthe qui, sans l’accord de l’Etat, mais en coordination avec MSF, a organisé un nouveau camp aux normes internationales, avec de petits chalets en bois bien isolés du sol et sur un terrain viabilisé.

 

Tout n’est pas parfait, loin de là, car le nouveau camp se situe entre l’autoroute et la voie de chemin de fer, ce qui peut s’avérer dangereux pour les quelques 150 enfants présents sur les lieux. Mais des travaux ont été engagés, il ne manque aux sanitaires que l’arrivée d’eau chaude, et des espaces communs sont plus ou moins en cours de réalisation pour la convivialité, l’éducation et l’enseignement.

 

Dans le camp de Grande Synthe, DR

Dans le camp de Grande Synthe, DR

 

Nos amis dunkerquois partagent pourtant leurs doutes, leurs questionnements, leurs difficultés, avec quelques responsables d’associations que nous avons eu la chance de rencontrer sur place. Déjà l’inquiétude plane sur l’avenir du camp, car l’Etat ne voit pas d’un bon œil la pérennisation de la situation actuelle. Les 1500 personnes hébergées, la plupart kurdes irakiens, sont en droit de demander l’asile politique à la France, et susceptibles d’être accueillies en divers endroits du territoire. Pour l’Etat le camp devrait donc être démantelé; or l’objectif des migrants reste l’Angleterre, même si le passage de la Manche est devenu de plus en plus difficile. Des pétitions ont été signées pour les soutenir et pour protester contre l’entêtement de l’Etat. 

 

Mais dans la situation actuelle des passeurs en tous genres font la loi et ils sont protégés car ils représentent le seul espoir. Certains vont loin dans l’exigence de rémunération, non seulement pour le voyage mais aussi pour la vie quotidienne. Ainsi il leur arrive de taxer les douches, la nourriture et tous les biens de consommation qui sont pourtant gracieusement offerts.

 

Mais si cela rend très difficile le travail des bénévoles, un autre problème, inattendu, s’y ajoute. L’ampleur de la générosité, le « surgissement » de nouveaux groupes ou associations qui arrivent souvent pour participer à l’aide de manière intempestive, depuis la France, la Belgique, l’Angleterre ou ailleurs,  rend l’organisation logistique extrêmement compliquée. Le trop-plein de nourriture ou de vêtements apportés peut vite devenir un problème et générer un énorme gaspillage. En même temps il ne faut décourager personne car une centaine de bénévoles par jour sont nécessaires pour le nettoyage, les douches, les distributions, la sécurité…

 

Dans le camp de Grande Synthe, DR

Dans le camp de Grande Synthe, DR

 

En ce jour ensoleillé de mars nous en rencontrons plusieurs, à pied d’œuvre dans la grande allée centrale. Et nous visitons trois tentes d’une vingtaine de m2 chacune, dévolues à l’accueil des enfants de trois à 7 ans pour l’une, de 7 à 16 ans pour l’autre, et la troisième aux mères avec leurs enfants. Entre jeux, déguisements, apprentissage scolaire, un petit nombre d’enfants est occupé. Mais les autres jouent à l’extérieur ou parcourent le camp à vélo. On voit peu de femmes, beaucoup d’entre elles étant confinées dans leur petit chalet, et ce sont les hommes, jeunes, qui emplissent l’espace extérieur. Alors avec pudeur est évoquée la question des différences culturelles. Les hommes dominent et ne sont pas habitués à s’occuper des tâches matérielles, y compris le nettoyage des douches après passage. Et autant l’hygiène corporelle est importante autant le lieu public peut vite se transformer en décharge. Mais est-ce différence culturelle ou conséquence d’une situation de traumatisme ? D’autant que le désoeuvrement de tous est frappant, et le portable sans cesse vissé à l’oreille, confident des nouvelles de là-bas, des difficultés d’ici, et de l’espoir tenace du passage outre-Manche. Quand nous suggérons que peut-être ces jeunes gens s’ennuieraient moins s’ils pouvaient participer à la tenue du camp, les responsables nous apprennent qu’ils n’ont pas le droit de les faire travailler. « Et tout est si précaire, celui qui est ici aujourd’hui aura disparu demain ; même des familles parviennent à passer, on ne sait dans quelles conditions … »

 

Et la religion ? La plupart sont musulmans mais le pasteur évangélique qui nous accompagne a déjà rencontré des chrétiens – dont ceux qui ont dû être évacués d’urgence, et cela relève de sa mission que d’annoncer l’Evangile. L’idée a germé de construire un espace interreligieux dans le camp, mais il ne pourra être en dur. Néanmoins sur cette question les responsables associatifs et nos amis de l’entraide sont plus que prudents. La question religieuse recèle d’indéniables dangers, et l’option défendue est que les gens se rendent en ville dans les différents lieux de culte, ce qui pourra favoriser les rencontres avec les habitants.
Ceux-ci sont partagés quant à l’accueil des migrants dans leur ville. Si certains soutiennent l’action du maire, d’autres expriment leur angoisse ou leur rejet. Il faut dire que la région est assez sinistrée sur le plan économique et qu’il y a beaucoup de chômage. Et sans doute une part de malaise tient à la pérennisation d’une situation d’urgence qui ne peut évoluer autrement du fait que les migrants ne sont que de passage, refusent de rester en France, et qu’il en arrive toujours de nouveaux !

 

En attendant l’action continue, sous la responsabilité d’une nouvelle association, Utopia56, venue de Bretagne et spécialiste des questions de sécurité. Et malgré questions et difficultés,  nos amis de l’Entraide suivent fidèlement l’inspiration qu’ils ont reçue lors de ce fameux conseil presbytéral. Leur engagement est-il reçu comme un cadeau spirituel au bénéfice de la communauté ? A cette question ils ne savent que répondre, car tout le monde n’est pas d’accord dans l’Eglise. Sans doute faudra-t-il du temps pour vraiment partager cette expérience avec tous.