Pâques : le Défap s’adresse à vous

 

Les Rameaux à Bangui, Pâques à Paris…

La Passion de Bangui
Je rentre de Bangui en République centrafricaine.

En 2013-2015 ses habitants ont vécu l’abomination de la désolation établie là où elle ne doit pas être (Evangile de Marc 13.14) : la ville mise à sac, des milliers de victimes, des quartiers ravagés, des centaines de milliers de déplacés.

Ce fut la désolation du Jeudi Saint, quand la trahison s’annonce (Marc 14.10-11), le drame du Vendredi Saint, lorsque le Juste est frappé, jugé, condamné (Marc 15.11-15).

La violence pure s’est calmée à Bangui, elle règne toujours en province.

Les Rameaux à Bangui
J’ai participé au culte des Rameaux à l’Eglise protestante du Christ Roi.
C’était dimanche dernier, nous fêtions l’entrée de Jésus à Jérusalem (Marc 11.1-10). Les enfants dansaient, les chorales chantaient, la pasteur banguissoise prêchait l’espérance, l’aumônier français baptisait deux bébés. Il faisait chaud, les enfants couraient partout, les oiseaux piaillaient dans les arbres… un beau dimanche de fête.

 

Culte des Rameaux, temple de Bangui, 2017, DR

 

Des naissances à Bangui
Nous logions dans la Communauté des Béatitudes.
Des religieux, des religieuses vivent là sur un grand terrain cultivé entouré de murs. Tout est paisible aujourd’hui. Mais lors des évènements, plus de trente mille personnes y ont trouvé refuge dix-huit mois durant. Ils se sont installés partout sous des abris de fortune, dans les couloirs, dans le poulailler, dans les vergers. Il a fallu les nourrir, apporter de l’eau, les soigner, éliminer les déchets… « Pas un mort en dix-huit mois, zéro dysenterie » m’a dit le Père supérieur mais « nous avons eu quatre cents accouchements ».

Les réfugiés sont rentrés maintenant dans leurs quartiers : ils étaient hier « déplacés » on les appelle aujourd’hui « retournés ».

 

Ecole Sica III, Bangui, 2017, DR

Pâques à Paris et à Bangui
À Bangui et à Paris nous vivons le week-end de Pâques. Sur les pas du Christ, Jésus de Nazareth, acclamé puis vilipendé, crucifié et vivant nous marchons ensemble, en ce temps de Pâques. Nous partageons la même vie désolante et joyeuse, les mêmes terreurs, les mêmes attentes. Nous prierons les uns pour les autres. Nous chercherons la fraternité, seul signe d’éternité que Dieu nous donne, en la personne de Jésus, le Christ. Et nous relirons ces deux derniers versets de l’Evangile de Marc : en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents… Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la parole par les signes qui l’accompagnaient.

 

Jeune fille dans la Communauté des Béatitudes, avril 2017, DR

 

 

Bertrand Vergniol, pasteur
Secrétaire général du Défap, Service protestant de mission.

 




Allez dire : « il est revenu d’entre les morts  » !

Méditation du jeudi 13 avril 2017 – En ce temps de Pâques nous prions pour nos envoyés à Madagascar et pour tout le peuple malgache.

Source : Pixabay

Après le sabbat, dimanche au lever du jour, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent voir le tombeau.

Soudain, il y eut un fort tremblement de terre ; un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la grosse pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect d’un éclair et ses vêtements étaient blancs comme la neige. Les gardes en eurent une telle peur qu’ils se mirent à trembler et devinrent comme morts.

L’ange prit la parole et dit aux femmes : « N’ayez pas peur. Je sais que vous cherchez Jésus, celui qu’on a cloué sur la croix ; il n’est pas ici, il est revenu de la mort à la vie comme il l’avait dit. Venez, voyez l’endroit où il était couché. Allez vite dire à ses disciples : « Il est revenu d’entre les morts et il va maintenant vous attendre en Galilée; c’est là que vous le verrez.» Voilà ce que j’avais à vous dire. »

Elles quittèrent rapidement le tombeau, remplies tout à la fois de crainte et d’une grande joie, et coururent porter la nouvelle aux disciples de Jésus.

Tout à coup, Jésus vint à leur rencontre et dit : « Je vous salue ! » Elles s’approchèrent de lui, saisirent ses pieds et l’adorèrent. Jésus leur dit alors : « N’ayez pas peur. Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »

Matthieu 28, 1-10

 

Ce récit de la résurrection a souvent été utilisé pour rappeler à ceux qui exprimaient des réticences à la prise de parole des femmes dans l’Église que la bonne nouvelle de la résurrection a d’abord été transmise par elles. Mais si cette présence féminine nous enseignait tout autre chose ?

A l’époque où les évangiles ont été rédigés, les témoins directs de la résurrection commençaient à disparaître et une nouvelle question se posait :  les gens allaient-ils encore croire et se convertir si plus personne ne pouvait leur dire : “j’ai vu” ? Il était donc important de montrer que la Foi ne dépérit pas au cours de sa transmission. L’auteur le fait avec deux arguments :

– le premier témoignage était le plus faible, le moins fiable, puisqu’il était celui de femmes ! En effet, à l’époque  le témoignage des femmes n’avait pas  de valeur juridique ; les femmes n’étaient  même pas autorisées à témoigner.  Le rôle des femmes n’est donc pas très positif dans ce texte. Il souligne la faiblesse du premier maillon de la chaîne de transmission.

–  tous les doutes chez les premiers « chrétiens » se trouvent au début, juste après la résurrection. Le fait d’avoir vu génère moins de certitudes que d’avoir entendu.   C’est un peu comme si les évangélistes disaient  : « vous n’avez pas vu, c’est mieux pour vous . La transmission est plus sûre que l’expérience directe ».

Les récits de résurrection dévalorisent le contact direct au profit de la parole transmise. Celui qui entend la bonne nouvelle de la résurrection a autant, sinon plus de chances, que le premier témoin car ce n’est pas la vue mais Dieu lui-même qui  produit en lui la foi dans le Ressuscité. 

La bonne nouvelle est que la foi ne pâtit donc pas de l’éloignement de l’événement fondateur !

 

 

 


 Orphelinat de Tangaïna Antananarivon, © Laura Casorio

En ce temps de Pâques nous prions pour nos envoyés à Madagascar et pour tout le peuple malgache avec cette prière tirée d’un chant malgache :

 

QUE POUVONS-NOUS T’OFFRIR SEIGNEUR ?
Seigneur, que t’offrirai-je pour te remercier de tous tes bienfaits ?
Tu me réponds : Offre-moi tes mains vides, je les comblerai de biens surabondants.

Seigneur, que t’offrirai-je pour te remercier de la force que tu m’as donnée ?
Tu me réponds : Offre-moi tes ignorances, je les changerai en sagesse sans pareille.

Seigneur, que t’offrirai-je pour te remercier de la sagesse que tu m’as léguée ?
Tu me réponds : Offre-moi tes misères, je les changerai en salut pour autrui.

Seigneur, que t’offrirai-je pour te remercier de ton précieux salut ?
Tu me réponds : Offre – moi tes péchés, je les changerai en amour qui ne s’éteint pas.
Oui, Seigneur, je t’offre tout cela, en toute confiance.
Sois remercié, sois béni, sois loué !

 

 

 

 

 

 




Au service de la jeunesse camerounaise

 

Jonathan, vous êtes actuellement au Cameroun et vous avez « conçu » votre mission qui est issue d’un projet personnel, monté en collaboration avec le Défap. Ce n’est pas une démarche habituelle.

C’est vrai, j’étais parti en 2011 dans un échange interculturel au Cameroun avec le Défap. Début 2016, l’envie m’a repris de retourner dans ce pays, pour revoir les amis rencontrés lors de ce premier projet. Par chance, la possibilité de partir en mission s’est présentée. C’était pour moi l’occasion de vivre une immersion complète dans la culture camerounaise avec l’organisme de formation Intercordia.

J’ai donc pris la décision de partir, non pas à la rencontre de mes amis, mais en mission. Educateur de profession, j’ai voulu confronter mon savoir à une autre réalité et une autre culture. Mais je ne pouvais pas partir sans dimension spirituelle et religieuse. C’est pour cela que j’ai choisi une structure d’obédience protestante et surtout que j’ai demandé au Défap de me soutenir dans cette mission, dans l’élaboration et la réalisation.

 

Après toutes les démarches nécessaires, vous êtes installé au Cameroun depuis quelques mois. Comment s’est passée l’intégration ?

Aujourd’hui, cela fait 4 mois que j’ai commencé à travailler comme éducateur dans l’association AHP²V à Baham (Association Humanitaire pour la Promotion des Personnes Vulnérables). Cette structure accueille 25 jeunes (de 6 à 25 ans) socialement vulnérables. Leur vulnérabilité vient d’un handicap physique, d’un retard mental, ou d’une situation difficile à la maison, voire de leur statut d’enfant abandonné. Pour ceux qui connaissent un peu le secteur médico-social en France, cela englobe l’ensemble du panel des structures françaises (IME, IMPro, MECS, …).

Les jeunes ici sont accompagnés individuellement pour leur permettre de s’autonomiser et de prendre en main leur destin. Le centre propose de l’alphabétisation, des formations professionnelles (bijoux, couture, bougies, meubles en bambou, …), un soutien scolaire mais aussi le centre permet aux jeunes accueillis d’être opérés et rééduqués.

Quand je suis arrivé, étant éducateur sportif, on m’a dit : « tu animeras le sport et tu participeras aux différentes activités en fonction de tes envies et disponibilités ».
Je me suis rapidement rendu compte que le sport était vraiment minoritaire dans le programme (une demi-heure par semaine) et que ma place était principalement dans l’alphabétisation et les travaux du champ. Les encadrants quittent tous le centre à 16h pour permettre aux jeunes de s’entraider, de développer leurs compétences de vivre ensemble et de travaux quotidiens (nettoyage, cuisine, vaisselle…) mais ce n’est pas toujours aisé.

J’ai dû ainsi dépasser mes fonctions, prenant plus de place dans l’organisation et dans la gestion du temps, afin de permettre à chacun le meilleur développement possible.

 

Et au-delà de l’aspect professionnel ?

Dans ma mission, je cherchais aussi le côté spirituel, et j’ai été très surpris de la façon de voir la religion dans le centre. Ici, nous prions et méditions le lundi matin avec tous les jeunes, quelle que soit leur confession et le message qui est régulièrement passé est celui du travail. Il est demandé à chacun de travailler ce qu’il peut pour le bon fonctionnement du centre, que Dieu pourvoit aux gens qui travaillent. Le mot d’ordre pourrait être « aide-toi, le ciel t’aidera »  et « pardonnons-nous les uns les autres pour qu’un monde de paix soit possible ».

J’étais venu en mission pour découvrir une autre façon d’accompagner le handicap, mais je me suis rendu compte qu’ici, comme ailleurs, l’accompagnement commence par la mise au centre du facteur humain. Ici, comme en France, les encadrants essaient de prendre en considération la personne accueillie dans toutes ces dimensions, sa volonté, ses désirs…

 

Le travail social au Cameroun est-il si différent de celui que l’on connaît en France ?

Là où je vois la différence avec la France, c’est dans le soutien des institutions. Ici il n’y a pas de financement de la part de l’Etat et c’est un combat quotidien pour assurer la ration des enfants et financer les opérations des jeunes.

Je remercie toutes les personnes qui me soutiennent dans cette mission, qui me portent dans la prière, et ceux qui aideraient à la vie du centre ou pour les opérations des cinq jeunes qui sont toujours en attente.


( de gauche à droite ) Jonathan Lafont, le directeur du centre et Jean-Luc Blanc du Défap, DR




Attentats en Egypte : le Défap réagit

 

Alors que l’état d’urgence vient d’être déclaré pour trois mois dans un pays meurtri, le Défap adresse ses sentiments de fraternité et de solidarité aux familles endeuillées, à tous ceux qu’il connait en Egypte et au peuple égyptien.

 

source : Blog Copte




Vraiment Dieu met sa force dans notre faiblesse !

Méditation du jeudi 6 avril 2017. En avançant vers la fête des rameaux et la semaine de la passion, nous prions pour nos envoyés en Egypte et pour tous les égyptiens.

Le Seigneur Dieu m’a enseigné ce que je dois dire, pour que je sache avec quels mots je soutiendrai celui qui faiblit.
Chaque matin, il me réveille, il me réapprend à écouter, comme doivent écouter les disciples.
Le Seigneur Dieu m’ouvre les oreilles, et je ne lui résiste pas, je ne recule pas.
J’offre mon dos à ceux qui me battent, je tends les joues à ceux qui m’arrachent la barbe.
Je ne cache pas mon visage aux crachats, aux insultes.
Le Seigneur Dieu me vient en aide, c’est pourquoi je ne m’avoue pas vaincu, je rends mon visage dur comme la pierre, je sais que je n’aurai pas le dessous. Esaïe 50 4-7

 


Source: Pixabay

 

Les chants du serviteur du Prophète Esaïe nous entraînent vers des profondeurs inattendues, là où un échange intime avec Dieu transforme notre regard sur l’être humain, sa vie, le sens de sa souffrance et de ses relations avec les autres. « Le Seigneur Dieu m’ouvre les oreilles, et je ne lui résiste pas, je ne recule pas. »

En ce serviteur souffrant les chrétiens ont vu une préfiguration de Jésus-Christ crucifié et ressuscité, les juifs la figure symbolique du peuple juif fidèle à son Dieu à travers les persécutions millénaires.


Entrant dans la semaine de la passion, chacun d’entre nous est invité à méditer ces paroles de Dieu, et leur écho chez l’apôtre Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Corinthiens 12, 9-10


Il ne s’agit ni de démission ni d’un goût malsain pour la souffrance, mais de cette force d’âme qui nous est donnée quand nous nous ouvrons à la présence transformante de Dieu en nous et au milieu de nous.
C’est dans la prière que nous prenons conscience de cette présence, mais aussi chaque fois qu’écoutant l’appel de notre Père, nous nous tournons vers notre prochain afin d’exprimer pour lui «ce que nous devons lui dire, et que nous sachions avec quels mots nous le soutiendrons dans sa propre faiblesse. »

 

 


Source: Pixabay

En avançant vers la fête des rameaux et la semaine de la passion, nous prions pour nos envoyés en Egypte et pour tous les égyptiens.

Seigneur Jésus, ton entrée à Jérusalem apporte la joie, l’allégresse aux habitants de cette ville.

Nous Te prions pour ton Eglise : qu’elle soit signe de joie pour ce monde !

Que nos frères et sœurs en Terre Sainte puissent se réunir pour Te louer !

Seigneur Jésus, l’acclamation du peuple qui T’accueille laisse rapidement la place à la condamnation qui Te met sur le chemin de la Passion.

Nous Te prions pour ceux qui sont abandonnés par leurs proches, qui sont trahis : qu’ils puissent retrouver l’espoir pour continuer leur vie !

Seigneur Jésus, Tu as été trainé devant des tribunaux humains.

Nous Te prions pour les prisonniers : qu’ils soient traités avec justice et que leur existence d’êtres humains soit respectée !

Seigneur Jésus, en traversant la mort Tu nous montres le chemin qui mène à la vie éternelle.

Nous Te prions pour tous ceux qui placent en Toi leur confiance : que leur foi et leur espérance s’enracinent toujours plus en Toi, afin qu’à leur tour, ils puissent témoigner de la victoire de la vie !

Dieu de tendresse et d’amour, reçois toutes les prières qui se murmurent dans le cœur de chacun en ce dimanche.

Viens révéler ton Visage miséricordieux à ceux qui Te cherchent désespérément sur leur propre chemin de passion, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

 




Au Maroc : migrants et croyants

La situation est préoccupante mais pas désespérée pour Jean-Louis. En effet, l’état marocain a lancé récemment une deuxième campagne de régularisation. Plus de 17 000 demandes ont déjà été reçues pour cette nouvelle vague de régularisation. Ce qui est nouveau, c’est que de plus en plus mineurs non accompagnés figurent parmi les migrants.
Le CEI fait partie des organismes instructeurs. Face à la diversité des situations, il met en place des réponses adaptées aux besoins.
Les aides sont d’abord, des aides d’urgence médicale, alimentaire ou d’hébergement. Le CEI achète notamment des bâches plastiques pour construire des cabanes. A Fès, où ils sont nombreux désormais, les terrains vagues et les abords des gares accueillent ces camps officieux.

L’aide accordée à ceux qui restent plus longtemps concerne les projets professionnels : acheter du matériel pour se lancer dans une activité de plomberie ou de peinture par exemple.
Un programme de formation pour les jeunes a été mis en place par Brot fur die Welt et Evangelische Kirsche de Rhénanie (EKIR). La scolarisation des enfants de migrants a également son programme, financé par l’école du dimanche des Eglises de France. Ce programme vise à scolariser ces enfants dans les écoles privées, pour des raisons linguistiques et de formalités administratives, un point qui devrait être résolu dans les mois à venir.

Jean-Louis Ntoumba a rappelé également que le problème n’était pas seulement celui du Maroc mais aussi celui de tous les pays concernés, pays d’origine et de destination,
qui doivent prendre en charge leurs responsabilités.

 

 

 

 

 

 

 




Résister à la tentation de puissance

Longtemps à la recherche de la terre promise, les Israéliens ont vécu des siècles de persécution et d’errance. Fin 47, ils ont posé leurs bagages dans une Palestine coupée en deux suite à la décision de l’ONU. Depuis cette date, le nombre d’Israéliens en provenance de tous les pays du monde ne cesse de croitre et leurs velléités d’agrandir leur territoire aussi. Palestiniens et Israéliens se retrouvent donc au centre d’un conflit dont l’issue semble insoluble malgré les efforts de certains chefs d’Etat. La vie quotidienne dans ces territoires est difficile : présence militaire permanente, violences, provocations,destructions … Cette situation d’insécurité grandissante fait le jeu des extrémistes. Les Israéliens, peuple de l’Alliance, sauront-ils résister comme Jésus, à la tentation de puissance et de gloire ?

 

Téléchargez ici la lettre de Christopher Annandale.




La mission, ici et là-bas

Voilà quelques mois que je suis entré en fonction comme président du Service Protestant Mission – Défap et il me revient de délivrer aujourd’hui un message à notre Assemblée générale. Oui, je n’ai pas encore une vision très globale ni une compréhension en profondeur du Défap, mais je mesure ici et là les joies et les peines de notre service commun. Oui, je le dis d’emblée : le Défap est une pépite missionnaire pour ses Eglises membres.

Le Défap est une pépite déjà pour les nombreuses personnes talentueuses qui participent à son activité. Il y a des envoyés et des bénévoles de tous âges, de tous horizons, des théologiens, des salariés, des partenaires telles que de nombreuses associations et surtout la Cevaa, cette communauté d’Eglises en mission dont les trois Eglises mandatrices de Défap sont membres. Le Défap s’inscrit dans un gigantesque réseau de relations. Il est même un noeud de relations qui le transforme en caisse de résonance de ce qui se passe au près comme au loin. Si sa maison commune ne peut accueillir tout le monde, je vous assure que le monde entier y est représenté !

Le Défap est une pépite aussi et surtout par ce dont il vit : la mission qui ne cesse de se déployer depuis l’envoi par le Christ ressuscité de ses disciples pour annoncer l’Evangile et la conviction que la mission est soutenue par son Esprit. Les Eglises fondatrices, elles-mêmes en mission, mandatent le Défap pour faire vivre en elles la dimension universelle de la mission.
Il m’est arrivé d’entendre ici et là que certains membres de nos Eglises, voient dans la mission là-bas une survivance du passé. Il y a tant à faire ici, pourquoi aller ailleurs ? Pour ceux-ci le Défap n’est pas ou n’est plus une pépite. Il est plutôt une pierre qui plombe la vie spirituelle et financière des paroisses et des Eglises locales et régionales. Pourtant qui n’a jamais été traversé par une telle question, ne serait-ce qu’une fraction de seconde ? Le lieutenant de l’ADS, Matthieu Bösiger au forum missionnaire du Défap en octobre dernier à Sète rappelait: « ce n’est pas l’Eglise qui a besoin de la mission mais la mission qui a besoin de l’Eglise ». Pour ma part, j’ajoute ceci :

1. Oui, le Défap hérite d’un passé de la mission du 19ème et du 20ème siècle en partie. On se souvient qu’à l’époque la Mission développée par les sociétés évangéliques en France et ailleurs est née à la marge des Eglises, à leur côté et parfois contre elles. On se souvient également que, toujours à cette époque, la mission est vue comme une expansion géographique du christianisme à partir d’un centre, l’Europe, vers des périphéries, l’outre-mer. Or les choses ont bien changé depuis car les Eglises nées de la mission sont autonomes et se retrouvent au sein de la Cevaa. Et puis aussi car la mission, parce qu’elle est spirituelle, est transformatrice. Le COE a adopté un texte à Busan en 2013 qui est une affirmation sur la mission et l’évangélisation dans des contextes en évolution. Intitulé « Ensemble vers la Vie », le texte affirme que la spiritualité de la mission est transformatrice, notamment au §29 quand il dit : La spiritualité́ de la mission conteste et cherche a  transformer tous les systèmes et valeurs qui détruisent la vie, ou  qu’ils soient a  l’oeuvre – dans nos économies, nos politiques et même nos Eglises.

2. Oui, si les Eglises locales, régionales et nationales font l’impasse sur la dimension internationale de la mission, elles risquent de se priver d’une possibilité de vivre une véritable transformation spirituelle. Vivre la dimension universelle de l’Eglise, dans ce monde globalisé, donne aux communautés une force spirituelle extraordinaire à condition qu’elles soient accueillantes et se laissent interroger par les chrétiens venant d’ailleurs et réciproquement. Cette force de transformation spirituelle des communautés chrétiennes est aussi une réponse à ceux qui voient le Défap comme un lieu qui parle des étrangers et de ce fait est parfois mal reçu.

Le Défap est une pépite, mais comme toute pépite, comme tout joyau, il a quelques imperfections !
D’abord, cela rappelle que la mission se fait sous la croix du Christ. Ensuite, je veux pointer ici une faiblesse, à l’image, j’imagine, des Eglises qui la mandatent et qui a trait à ce qu’une membre de l’EPUdF me disait il y a quelques mois. Professeur d’université, spécialiste de la littérature du XVI°, devenue protestante, elle déclare que si la relation singulière entre le croyant et Dieu est fondamentale, elle regrette néanmoins que son Eglise oublie combien la création entière est au bénéfice du salut (Rm 8). Le texte « Ensemble pour la vie » du COE est comme une réponse à ce questionnement. Le §4 précise : Il est vital de reconnaitre la mission de Dieu dans un sens cosmique et d’affirmer que toute vie – la totalité́ de l’oikouméné – s’inscrit dans le tissu de vie de Dieu.

Sans doute, le Défap doit prendre davantage sa part dans sa mission de sensibilisation des Eglises membres à cette dimension écologique. Il ne s’agit pas ici d’obéir à un réflexe de type bobo, mais de promouvoir une théologie partagée qui prend en compte la globalité du salut en Christ. D’autant que certaines Eglises de la Cevaa sont de plus en plus directement concernées par le dérèglement climatique et la montée des eaux. Je pense par exemple aux ïles du Pacifique, mais aussi aux nombreuses inondations et tempêtes qui font des ravages y compris en France. De plus un rapport de l’ONU de 2015 annonce 250 millions de réfugiés climatiques à l’horizon 2050. On peut espérer que le nombre de réfugiés sera moindre si les décisions de la COP 21 sont mises en route et respectées sur la durée.
Je conclue en affirmant encore une fois que le Défap est une pépite pour la sensibilisation des Eglises à la dimension universelle de leur mission. Parce qu’il croit que la mission est spirituelle et donc qu’elle est une force transformatrice, le Défap engage seul ou en partenariat un grand nombre d’actions. Je voudrais en citer 5 parmi d’autres très nombreuses.

1. La vie spirituelle au Défap avec des temps de culte réguliers. La méditation du Jeudi sur le texte du dimanche suivant. Mesdames et messieurs les prédicateurs faites-en votre miel. Il est en ligne sur defap.fr tous les jeudi. C’est l’occasion pour les croyants et les communautés d’être stimulés dans leur dynamique missionnaire.

2. La réflexion théologique est constamment au coeur de la vie du Défap. Je vous renvoie à l’article de Jean-Luc Blanc intitulé Le Christ peut-il marcher sur les chemins de l’Islam –Méditations sur « l’entre-deux » paru dans le numéro 9 de la Lettre du Défap. Je vous renvoie également au travail initié par Florence Taubmann au forum de Sète qui stimulera également la vie spirituelle des communautés chrétiennes avec le thème des lectures discutantes et de l’écoute confessante et spirituelle de la Bible.

3. Les envois de volontaires, envois courts et longs. Il y a une opportunité remarquable aujourd’hui en la matière, notamment avec les volontaires du service civique international pour les 18-25 ans. Les personnes envoyées voient l’étranger et sa culture d’une autre façon. A leur retour, ils peuvent donner un nouveau dynamisme spirituel aux paroisses d’autant plus que ces envoyés ont vécu un temps de formation de qualité avant leur départ et à leur retour. Laura Casorio vous en dira davantage.
4. Faire travailler les Eglises sur la dimension universelle de la mission nécessite la consultation d’ouvrages et revues théologiques d’une part et d’autre part de pouvoir faire appel à une mémoire pour mieux mesurer le chemin parcouru. Le Défap offre les deux. Chacun peut consulter la bibliothèque et également ses archives. C’est ainsi l’occasion de rappeler que la mission a été autrefois dans certains champs de mission aux avant-postes de la lutte contre l’esclavage. Claire-Lise Lombard vous en dira plus.

5. Enfin, il faut rappeler combien le Défap participe avec de multiples partenaires à des actions innovantes en matière de mission et dynamise la mission des Eglises en faisant appel à des compétences. Je prends l’exemple de l’Institut OEcuménique de formation théologie Al Mowafaqa à Rabat, proche de l’Eglise Evangélique au Maroc, laquelle a une dimension sociale forte de présence dans les camps de réfugiés.

En tant que président, il me faut également parler de la vie institutionnelle du Défap. Celle-ci me serait assez étrangère sans un partage constant d’informations et de questions avec le secrétaire général, très impliqué dans sa mission. Il veille sur la Maison de la Mission et son fonctionnement, il donne des impulsions, il rend visite aux Eglises avec lesquelles le Défap est en relation. C’est dire à quel point son temps est pris. Qu’il soit remercié pour ce temps qu’il me donne. La commission Echange de Personnes, la Commission des Projets, la Commission financière, la commission de communication, les rencontres des Equipes Régionales Mission, les rencontres avec les associations portées fonctionnent régulièrement grâce à ceux qui président les commissions et aux exécutifs et aux autres salariés chargés de les accompagner. L’équipe d’accueil accomplit également sa mission avec le sourire et compétence et cela fait du bien aux personnes accueillies. Encore merci à toutes les équipes de salariés et de bénévoles sur le pont. Le bureau et le conseil se réunissent régulièrement. Le conseil est tenu informé des voyages accomplis par les secrétaires exécutifs, et c’est toujours un temps fort de partage. Il a pris le temps de réfléchir à son fonctionnement. Il va prendre du temps pour toiletter les statuts et le Règlement intérieur pour mettre davantage ces deux textes en cohérence l’un avec l’autre. Ce sera également l’occasion de vérifier si des articles doivent être modifiés ou non suite à la récente décision de l’Uepal de verser directement sa cible à la Cevaa à partir de 2018.

Quand je vois le nombre de personnes, jeunes et adultes, qui se portent volontaires dans le cadre du VSI ou VSCI, quand je vois combien d’étudiants étrangers sont en relation grâce aux bourses avec le Défap et ce malgré les obstacles érigés pour freiner leur venue en France, quand je vois combien la Parole de Dieu libératrice est annoncée en paroles et en actes, à temps et même à contretemps, ici et là-bas, je suis à reconnaissant à Dieu de ce qu’il accompli à travers tous.

 

Téléchargez ici le message dans son intégralité au format pdf

Téléchargez également ici le rapport du secrétaire général, Bertrand Vergniol ainsi que le rapport d’activité 2016.




Déliez Lazare et laissez-le aller !

Méditation du jeudi 30 mars 2017. Nous entrons dans la 5ème semaine du Carême et nous prions pour notre envoyé au Liban, sa famille et tous les libanais.

   
Source: Pixabay

Un homme appelé Lazare tomba malade. Il habitait Béthanie, le village où vivaient Marie et sa soeur Marthe — Marie était cette femme qui répandit du parfum sur les pieds du Seigneur et les essuya avec ses cheveux, et c’était son frère Lazare qui était malade. — Les deux soeurs envoyèrent quelqu’un dire à Jésus : « Seigneur, ton ami est malade. »

Lorsque Jésus apprit cette nouvelle, il dit : « La maladie de Lazare ne le fera pas mourir ; elle doit servir à montrer la puissance glorieuse de Dieu et à manifester ainsi la gloire du Fils de Dieu. » Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare.

Or, quand il apprit que Lazare était malade, il resta encore deux jours à l’endroit où il se trouvait, puis il dit à ses disciples : « Retournons en Judée. » Les disciples lui répondirent : «Maître, il y a très peu de temps on cherchait à te tuer à coups de pierres là-bas et tu veux y retourner ? » Jésus leur dit : « Il y a douze heures dans le jour, n’est-ce pas ? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde.  Mais si quelqu’un marche pendant la nuit, il trébuche, parce qu’il n’y a pas de lumière en lui. » Après avoir dit cela, Jésus ajouta : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais aller le réveiller. » Les disciples répondirent : « Seigneur, s’il s’est endormi, il guérira. » En fait, Jésus avait parlé de la mort de Lazare, mais les disciples pensaient qu’il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit alors clairement : « Lazare est mort. Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, parce que ainsi vous croirez en moi. Mais allons auprès de lui. » Alors Thomas — surnommé le Jumeau — dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec notre Maître! »

Quand Jésus arriva, il apprit que Lazare était dans la tombe depuis quatre jours déjà. Béthanie est proche de Jérusalem, à moins de trois kilomètres, et beaucoup de Juifs étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler de la mort de leur frère.

Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle partit à sa rencontre ; mais Marie resta assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que même maintenant Dieu te donnera tout ce que tu lui demanderas. » Jésus lui dit : « Ton frère se relèvera de la mort. » Marthe répondit : « Je sais qu’il se relèvera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ; et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » — « Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu, celui qui devait venir dans le monde. » Sur ces mots, Marthe s’en alla appeler sa soeur Marie et lui dit tout bas : « Le Maître est là et il te demande de venir. »

Dès que Marie eut entendu cela, elle se leva et courut au-devant de Jésus.  Or, Jésus n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Quand les Juifs qui étaient dans la maison avec Marie pour la consoler la virent se lever et sortir en hâte, ils la suivirent. Ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva là où se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Jésus vit qu’elle pleurait, ainsi que ceux qui étaient venus avec elle. Il en fut profondément ému et troublé, et il leur demanda : «Où l’avez-vous mis ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens et tu verras. » Jésus pleura. Les Juifs dirent alors : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais quelques-uns d’entre eux dirent : « Lui qui a guéri les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas aussi empêcher Lazare de mourir ? »

Jésus, de nouveau profondément ému, se rendit au tombeau. C’était une caverne, dont l’entrée était fermée par une grosse pierre. « Enlevez la pierre », dit Jésus. Marthe, la soeur du mort, lui dit : « Seigneur, il doit sentir mauvais, car il y a déjà quatre jours qu’il est ici. » Jésus lui répondit : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, je te remercie de m’avoir écouté. Je sais que tu m’écoutes toujours, mais je le dis à cause de ces gens qui m’entourent, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » Cela dit, il cria très fort : « Lazare, sors de là ! » Le mort sortit, les pieds et les mains entourés de bandes et le visage enveloppé d’un linge. Jésus dit alors : « Déliez-le et laissez-le aller. » Jean 11,1-44

 

 

Quel long et mystérieux récit que celui de la résurrection de Lazare ! Tout détail nous fait signe et nous invite à méditer. Retenons le retard de Jésus, souligné comme volontaire de sa part, jugé tragique par tous ceux qui pleurent le mort bien-aimé. « Ah s’il avait été là ! »

Mais il faut que Lazare meure, car tout homme est mortel ! Il faut que Lazare meure, qu’on le pleure, et que Jésus lui aussi pleure !

Il faut que Lazare meure car c’est de la mortalité que jaillit la Parole de vie.  « Le fait que chaque instant puisse être le dernier le rend précisément éternel. Seulement la mort, à chaque instant possible, rend l’amour plus fort qu’elle, car elle ouvre la vie à l’amour rédempteur. » suggérait le philosophe juif Franz Rosenzweig dans son livre l’Etoile de la Rédemption.

Ce passage obligé par la mort, dont Jésus porte la vive conscience, c’est celui qu’il va vivre lui-même jusqu’au bout : mourir afin que vive et se révèle pleinement l’amour.

Mais cet amour ne s’accomplit que dans le mouvement suivant, dans un appel à vivre, quand Jésus, délié de la mort, s’adresse à nous tous comme à ses disciples : « Déliez Lazare et laissez-le aller ! »

Le retard de Jésus – le retard de Dieu – ce que nous ressentons comme tel au moment de nos épreuves humaines, est en réalité le temps de sa présence poignante à nos côtés, au milieu de nous, dans l’épaisseur de nos réalités et de nos vies. Nous ne sommes jamais abandonnés !

 

 


Source: Pixabay

Nous prions pour notre envoyé au Liban, sa famille et le peuple libanais, avec cette prière de Sœur Myriam (1925-2010, qui fut Prieure des diaconesses de Reuilly.
 

Être là, Seigneur, lorsque la nuit tombe.

Être là, comme une espérance : peut-être allons-nous toucher le bord de Ta lumière …

Être là, Seigneur, dans la nuit, avec au fond de soi cette formidable espérance : peut-être allons-nous aider un homme, très loin de nous, à vivre.

Être là, Seigneur, n’ayant presque plus de parole, comme au fond du cœur qui aime, n’ayant plus de regard ailleurs que sur ce point de feu d’où émerge la vie qui nous change en flamme.

Être là, Seigneur, comme un point tranquille tourné vers Toi.

Être là avec tous ceux qui nous tiennent à cœur, et savoir que nous nous entraînons tous dans Ta lumière, et pas un instant n’est perdu.

Être là, Seigneur, nous abreuver à la Source qui indéfiniment coule.

Dieu de paix dont la paix n’est pas de ce monde,
Dieu d’une vie qui abolira toute mort,
Dieu compagnon qui Te tient tous les jours en nous, et entre nous,
Sois avec nous maintenant et pour l’éternité. Ainsi-soit-il. »

 




Maroc : s’engager contre l’exclusion des migrants

Comment vous êtes-vous engagé auprès du CEI ?

Je travaille avec le CEI ( Comité d’Entraide International) qui est le service diaconal de notre église. Je ne suis pas pasteur mais de formation scientifique. J’ai fait de la biologie médicale. En 2011 j’ai travaillé comme coordinateur de projets bénévole au niveau du comité, j’étais alors responsable du bureau local de l’EEAM à Rabat. En mars 2013, j’ai été recruté comme coordinateur de projet national. Je suis toujours à la paroisse de Rabat même si, dans le cadre de mon travail, je suis amené à me déplacer en dehors de ce périmètre.


(de gauche à droite) William Ledy (un des anciens agents du CEI), le pasteur Carlos FUNK (envoyé du DEFAP au CEI entre 2012 et 2015) et Jean-Louis Ntumba

En quoi consiste votre mission ?

Je m’occupe de la mise en œuvre de certains projets comme d’un programme de bourses envers les étudiants et un projet de formation professionnel auprès de migrants, qui sont en situation administrative irrégulière. Ce dernier projet existe depuis 2011. L’idée au départ était que les migrants, en situation irrégulière, en forment d’autres en situation irrégulière. Le projet a depuis évolué. Aujourd’hui, il y a aussi des ateliers en interne, dans la paroisse, faits par des migrants mais aussi des marocains.

Je connais très bien les difficultés que rencontrent les migrants. Moi aussi j’ai été boursier. En 2004, je suis venu ici dans le cadre de mes études. Lorsque je suis arrivé, on m’a aussi vendu du rêve. On m’a dit que j’allais étudier dans des meilleures conditions alors que ce n’était pas le cas. Je me sens très proche des migrants. J’aurais pu être à leur place. On ne peut pas rester ici à ne rien faire.  En Afrique, rien n’est stable. On n’est jamais à l’abri d’un conflit, d’une crise humanitaire….ça peut arriver à tout le monde, il faut aider ceux qui sont en difficulté.

Comment le CEI assiste-t-il les migrants ?

Le Maroc accueille beaucoup d’étudiants de tous les pays d’Afrique. Il arrive souvent que ces étudiants rencontrent des difficultés financières. Notre église a développé des bourses pour aider ces étudiants subsahariens. Chaque année, à partir de septembre, nous lançons un appel à candidatures dans nos paroisses. Cette année cela concerne une centaine d’étudiants.
Nous proposons également une aide au retour. C’est-à-dire que nous pouvons contribuer au rapatriement de l’étudiant à la fin de ses études. Nous réglons les billets d’avion et les arriérés des étudiants avec leurs écoles lorsque cela est nécessaire.

Toutes nos équipes travaillent dans nos paroisses, qu’il s’agisse des bénévoles ou des « agents » (qui bénéficient d’un modeste soutien financier). Les agents et les bénévoles font le lien entre les bénéficiaires (c’est-à-dire les migrants) et notre organisme.
Chaque semaine, nous ouvrons les portes de notre paroisse pour les personnes en difficulté. Notre personnel les écoute, les reçoit et les oriente vers des structures partenaires. Au quotidien, nos équipes locales sont présentes dans huit villes marocaines (Rabat, Casablanca, Tanger…). Cela représente une quarantaine de personnes.

Nous avons accueilli de nombreux migrants jusqu’à aujourd’hui.  Pour la seule paroisse de Rabat, 602 personnes se sont rendues dans nos permanences ces six derniers mois.
Les migrants que nous rencontrons viennent en majorité du Nigéria. Mais nous rencontrons des difficultés de communication. Car nos équipes sont toutes francophones et ces personnes sont anglophones. Ensuite, les migrants peuvent venir du Cameroun, de la République Démocratique du Congo. Nous accueillons aussi des jeunes mineurs venus de Guinée, de Côte d’Ivoire et des Congolais ou encore des Centrafricains. Toute l’Afrique de l’Ouest et une partie de l’Afrique Centrale sont représentées ici.

 


(au centre ) Jean-Louis Ntumba avec les étudiants boursiers du CEI

de l’année universitaire 2014-2015, dec 2014, DR

 

Quels sont les besoins du CEI ?

Actuellement, le bureau national du CEI réfléchit à ses ressources humaines. Il a beaucoup évolué en quelques années. En 2011 il n’y avait que quatre équipes locales, aujourd’hui elles ont doublé. Les activités ne sont plus basées que sur des bénévoles. Nous avons besoin d’avoir des ressources humaines stables. Nous envisageons un noyau commun dans chaque équipe. Nous aimerions éviter d’avoir des départs impromptus de bénévoles. La migration ne finira pas, il y aura toujours des besoins. Mais c’est une population vulnérable qui a de nombreux besoins (logements, alimentation, formation…).

 

Qu’attendez-vous des Eglises françaises ?

Nos attentes sont simples. Nous souhaitons d’abord que cette collaboration puisse continuer. Car les Eglises nous aident énormément. Actuellement, nous finalisons le projet « accueil de l’enfant », qui est centré sur les mères migrantes, afin que leurs enfants puissent être scolarisés. Ce programme a reçu un vrai soutien des Eglises françaises et nous les en remercions.

Nous avons également monté un projet de rapatriement des migrants en situation de vulnérabilité. Nous souhaiterions que les Eglises françaises puissent sensibiliser les migrants sur les réalités économiques des pays d’accueil, avant leur départ.

 


(au centre) Jean-Louis Ntumba avec des stagiaires de la formation professionnelle du CEI,
le jour de la remise de leurs attestations, juin 2014, DR




Bientôt l’Assemblée Générale !

Programme du samedi 1er Avril 2017

  • Accueil des délégués
  •  Culte d’ouverture ( pasteur François Clavairoly )
  • Appel des délégués

Installation du Bureau de l’Assemblée Générale
Ordre du Jour
Compte-rendu de l’AG du 12 mars 2016

  • Rapport du Secrétaire Général, Bertrand Vergniol
  • Message du Président, Joël Dautheville
  • Intervention des Secrétaires exécutifs
  • Parole à la Cevaa et aux invités
  • Présentation des comptes 2016 par le Trésorier, Stéphane Griffiths

Rapport de la Commissaire aux comptes
Débats et vote
Affectation des résultats
Présentation du budget 2017

  • Débat et vote du budget 2017
  • Table ronde Eglises en mission

« La mission ici et là-bas », partage d’expériences par trois témoins

  • Synthèse
  • Conclusion de l’AG et paroles d’envoi

 

Votes lors de l’Assemblée Générale de mars 2016, DR




En direct de Brazzaville

« Avant de partir, j’avais fait trois ans de formation pour obtenir un diplôme d’ergothérapeute. L’envie de partir à l’étranger pour une mission humanitaire m’a toujours intéressée. Je me disais que ce n’était peut-être qu’un rêve et que je n’aurais peut-être pas le courage de le faire. Le désir de changement et le besoin de rencontrer m’ont fait avancer dans mes choix concernant mon projet de vie.
Une de mes amies, Eline, était partie au Caire en 2014. Elle m’a confortée dans l’idée de choisir le Défap, car la formation au départ était complète et que l’accompagnement durant la mission était continu. J’ai donc décidé de partir en mission VSCI. J’avais déjà voyagé, j’étais partie au Mexique et au Maroc. L’Afrique était un continent qui m’attirait beaucoup et j’avais envie de découvrir cette culture. Lorsque Laura, la responsable des envoyés, m’a parlée de cette mission en République du Congo, j’ai tout de suite postulé. »

 

Arrivée à Brazzaville

« J’ai débarqué à Brazzaville un vendredi, le 9 septembre 2016. L’objectif de la mission était d’apporter un « appui à un projet de santé communautaire ». Tout s’est dessiné une fois sur place. J’ai défini mes tâches en harmonisant les besoins du département santé de l’EEC et mes compétences professionnelles. Aujourd’hui, je collabore au dépôt pharmaceutique et parallèlement à cela je tente de réduire les situations de handicap que rencontrent des enfants, des femmes, des hommes et des personnes du troisième âge. Mon travail de rééducation s’effectue à deux endroits. D’un côté je suis la seule avec une formation professionnelle paramédicale dans un des centres médico-sociaux de l’EEC et de l’autre je travaille en collaboration au sein d’une équipe dynamique de kinésithérapeutes ! »

 


Salomé Fels avec l’équipe du centre médico-social de l’EEC, DR

 

Une mission incroyablement riche

« Début octobre, j’ai été rejoint par Marine puis Jennifer avec qui je partage mon quotidien et certaines missions au sein du département santé. Seule c’est bien mais à plusieurs c’est encore mieux !

Parallèlement à mon engagement au sein du département santé de l’EEC, j’ai souhaité donner de mon temps et de ma personne dans une association locale. Ainsi je suis bénévole à L’Œuvre Notre-Dame des Veufs et Orphelins du Congo (ONDV&OC). Cette association, qui oeuvre pour la solidarité, vient en aide aux populations vulnérables pour améliorer leurs conditions de vie. Dans un autre contexte, ce projet associatif me permet de m’investir différemment dans la vie Congolaise.

Depuis mon arrivée, je suis vraiment heureuse ! Je pense « qu’être heureux ce n’est pas avoir un ciel sans tempête, une route sans accident de la circulation, un travail sans fatigue, relations sans désillusions. Être heureux c’est trouver la force dans le pardon, l’espoir dans les batailles, la sécurité sur la scène de la peur, l’amour dans les désaccords. » Mon arrivée me parait tellement loin et, en même temps, je me rappelle exactement dans quel état d’esprit je me sentais, intriguée par l’inconnu, stressée et paradoxalement apaisée. Je ne savais pas à quoi m’attendre en choisissant de partir pour de nouveaux horizons, mais je me souviens qu’un ami m’avait dit ceci, « tu n’as rien à prouver à personne ». C’est ce qui m’a portée pour ce nouveau départ ! A postériori, il me semble que la générosité, l’accueil et la bienveillance des gens que j’ai pu rencontrer (voisins, collègues de travail, acolytes des cours de danse, membres de l’Eglise) ont énormément contribué à ce que je me sente bien ici, avec eux et parmi eux.

 


Salomé pendant sa mission, DR

 

Professionnellement, mes missions ont évolué, les relations avec les patients que je prends en charge aussi, et avec mes collègues nos relations se sont endurcies, et même approfondies. Bref, de manière générale, chaque jour est différent et je m’efforce de prendre le temps d’être là aujourd’hui et maintenant pour accompagner chaque personne que je rencontre dans ma mission, même si on doit accepter de faire face à quelques obstacles de temps en temps.

Avant la fin de ma mission, j’aimerais créer des affiches avec pictogrammes et images pour parler de la prévention du dos, en expliquant quelles positions adoptées, quels exercices d’étirement et de musculation il est possible d’effectuer au quotidien … Etant donné le nombre important de cas de lombalgies ici, je souhaiterais sensibiliser les personnes atteintes et leur entourage. Le lieu s’y prête puisque les bancs où attendent les patients et un lieu de passage et d’échange. »

 


Salomé Fels et le Dr Ponguy-Kinanga, DR

 

Des évènements marquants

« Depuis que je suis en République du Congo, j’ai été marquée par de nombreux cultes auxquels j’ai pu assister. Je viens de Normandie. Dans ma petite paroisse, perdue dans les collines normandes, nous sommes en moyenne quinze personnes. Alors imaginez-vous arriver dans un énorme temple d’où le son des chants rythmés résonne jusque dans la rue, avec des fidèles qui sont là pour vous placer à votre arrivée ? C’est incroyable ! Ce qui m’aura le plus marquée pendant les cultes restera les prédications, qui pour ma part me semblent moralistes plutôt qu’instructives, à condamner l’Homme pour ses péchés sur terre plutôt que de proposer une réflexion sur comment faire raisonner la parole de Dieu dans notre vie.

J’ai été aussi très touchée lorsque, pour la première fois et après avoir longuement discuté avec quelqu’un, au moment de se quitter celle-ci m’a dit « on est ensemble ». Convergence harmonieuse de mots pour témoigner des retrouvailles qui suivront prochainement cette séparation. C’est une belle expression.

Mais je pourrais aussi vous dire que ce qui m’a marquée c’est lorsqu’une maman a refusé que je prenne en charge son enfant, au centre de polio, parce que j’étais blanche ou encore lorsque j’ai gouté un safou, fruit ressemblant à une olive citronnée que j’aime beaucoup. Cette expérience est vraiment riche ! C’est tellement agréable d’être dérangée, de sortir de ses habitudes pour aller rencontrer l’Autre dans sa différence et se dire combien une simple rencontre est pleine de richesses.

En me retournant sur le chemin déjà parcouru je me rends compte que j’ai plus reçu que je n’ai donné, que jusque-là mes savoirs-être ont primé sur mes savoir-faire … et parfois quand je me questionne sur ce que deviendra cette mission à mon départ, si je vais laisser une trace, je me dis qu’il vaut peut-être mieux partager « d’abord qui nous sommes avant de partager ce que nous avons ».

Je sortirai enrichie de cette expérience qui m’a appris à vivre et apprécier chaque instant présent, à être là. Et j’ose croire, tel N. Mikhalkov, que « tant que nous saurons aimer nous vivrons longtemps et heureux » ! »

 

Pour la deuxième année consécutive, le Défap envoie des volontaires au département santé de l’EEC. Le recrutement pour la rentrée 2017-2018, pour l’envoi de deux autres personnes, est déjà en cours. Si vous souhaitez envoyer votre candidature, contactez-nous par mail :  envoyes@defap.fr