Il n’est pas venu pour juger mais pour sauver !

Et tout comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut aussi que le Fils de l’homme soit élevé afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle.

En effet, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Celui qui croit en lui n’est pas jugé, mais celui qui ne croit pas est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Et voici quel est ce jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leur manière d’agir était mauvaise.

En effet, toute personne qui fait le mal déteste la lumière, et elle ne vient pas à la lumière pour éviter que ses actes soient dévoilés.

Mais celui qui agit conformément à la vérité vient à la lumière afin qu’il soit évident que ce qu’il a fait, il l’a fait en Dieu. Jean 3,14-21

 

 


Sculpture représentant le serpent d’airain de Moïse, sur le mont Nébo, en Jordanie.
Œuvre de l’artiste italien Giovanni Fantoni

 

Le serpent biblique est à la fois un symbole de mort et un symbole de vie. Dans le livre des Nombres, Moïse a brandi un serpent de bronze aux yeux des hébreux afin de les sauver des morsures des serpents brûlants du désert.

Mais comment le Fils de l’homme peut-il être comparé à un serpent ? Aurait-il ce double pouvoir de vie et de mort, lui qui est Prince de la vie ?

L’enseignement de l’évangéliste Jean est toujours complexe. Jésus n’est pas venu pour juger et condamner le monde mais pour le sauver, pour faire vivre les humains qui placent en lui leur confiance et non pour les faire périr.

Cependant son rayonnement est tel que, par peur ou pour d’autres raisons, certains refusent de l’accueillir, se jugeant et se condamnant eux-mêmes. Par privation de sa lumière, par éloignement de son amour, par refus de boire à la source qui sauve.

La grande question, le grand scandale théologique est : comment des êtres humains peuvent -ils choisir le mal et les ténèbres plutôt que l’amour et la lumière ? Le font-ils sciemment ? Quelle est la terrible force qui veut mettre en échec l’amour de Dieu pour ses créatures ?

Heureusement, le lien de foi et de confiance fondé en Jésus-Christ, Fils de Dieu envoyé aux nations, se transmet d’âge en âge, comme un fil d’or qui nous maintient accrochés à la vie éternelle.

 

 


Source : Pixabay

En entrant dans cette troisième semaine du Carême nous prions pour notre envoyé à Djibouti et sa famille.

Seigneur, mon Dieu,
Toi qui es la lumière des aveugles et la force des faibles,
Toi qui es aussi la lumière des voyants et la force des forts,
Sois attentif à ma prière,
Ecoute les appels que je lance du plus profond de ma misère.
Car si tu ne m’entends pas et si tu te détournes de moi,
Où puis‑je aller et à qui m’adresser ?

Ô mon Dieu, achève d’illuminer mon esprit :
Ta parole est ma joie, plus agréable que toutes les richesses, tous les honneurs et tous les plaisirs.
Ne me laisse pas, Seigneur, sans la plénitude de tes dons
Ne m’abandonne pas.
Je suis comme une plante qui a besoin que tu l’arroses en la favorisant de tes grâces.

Seigneur, aie pitié de moi, exauce mon souhait.
Fais, par ta miséricorde, que je trouve grâce devant Toi,
Pour me faire découvrir les merveilles de ta parole.
Amen.
.

Saint Augustin, Confessions XI

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Jean 3,14-21 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :

 




Un pasteur volant pour les Antilles

Le pasteur Charles-Daniel Maire lors d’un culte en Guadeloupe © DR

A l’image de la population du reste des Antilles, l’Église Protestante Réformée de la Guadeloupe est très diverse. On y trouve une trentaine de familles guadeloupéennes, mais aussi malgaches et même alsaciennes ; et de nombreux paroissiens de passage, venus pour quelques mois ou quelques années. C’est une petite communauté, mais vivante, et qui aspire à porter son témoignage dans la société. C’est surtout une Église jeune, née dans les années 90, lorsque la fin du service militaire obligatoire en France a conduit à la réduction du dispositif des aumôneries militaires.

La communauté protestante guadeloupéenne fait partie des Églises de sensibilité luthéro-réformées présentes aux Antilles, en Guyane, à la Réunion et à Mayotte, que le Défap accompagne notamment en contribuant à financer des postes pastoraux. Depuis décembre 2017, ce poste est occupé par Charles-Daniel Maire, parti en Guadeloupe pour quatre mois avec son épouse Evelyne, en attendant le recrutement d’un pasteur à plus long terme. Tous deux sont d’anciens envoyés de la Mission Biblique en Côte d’Ivoire et ont passé environ 25 ans en Afrique.

«Le jingle de l’aéroport est le même que celui d’Abidjan»

Pour aller plus loin :
Comment l’Église de Guadeloupe prend racine
Le soutien du Défap aux communautés protestantes d’Outre-mer
Le site de l’Église protestante de Guadeloupe…
… et la page de l’association diaconale « Men a lespwa »

La particularité de ce poste pastoral est qu’il inclut à la fois les territoires de Guadeloupe et de Martinique. Entre les deux, 140 km d’océan à enjamber chaque semaine d’un coup d’aile tantôt vers une île, tantôt vers l’autre. Ce qui représente pas mal de temps passé dans les aéroports. Une situation que le pasteur Charles-Daniel Maire prend avec humour et philosophie : «Il y a de ces petits riens qui balisent nos journées comme des repères qui nous assurent que nous sommes toujours bien nous-mêmes : il y a le jingle de l’aéroport qui est le même que celui d’Abidjan ! Combien de fois l’avons-nous entendu ?» Charles-Daniel Maire a surtout trouvé une communauté qui a su faire preuve de sa capacité de mobilisation, que ce soit aux cultes ou lors des sessions de formation à l’animation biblique. Et un accueil, aussi bien en Guadeloupe qu’en Martinique, qui fait oublier les contraintes de ce poste de «pasteur volant». «Avec un week-end sur deux à la Martinique, le temps passe vite. Comme ici, session de formation à l’animation biblique le samedi et culte le dimanche. Les membres de l’Église se relaient pour m’héberger et me faire goûter à la gastronomie martiniquaise.»

Le principal défi, pour  l’Église Protestante Réformée de la Guadeloupe, est aujourd’hui d’acquérir de la visibilité. Au sein d’une population multiculturelle et multiethnique, les protestants de tradition luthéro-réformée représentent une petite minorité par rapport aux catholiques (en recul, mais toujours largement majoritaires) ou aux nouvelles Églises évangéliques d’implantation plus récente (Assemblées de Dieu, adventistes…). Présents jusqu’au XVIIème siècle, ils ont rapidement disparu après la Révocation de l’Édit de Nantes. Petite par la taille dans un paysage religieux saturé, où les religions monothéistes se mâtinent facilement de croyances traditionnelles venues du temps des anciens esclaves ou de croyances importées plus récemment par les coolies tamouls, l’Église Protestante Réformée de la Guadeloupe n’en dispose pas moins d’un réel potentiel de croissance. Si elle a été constituée, pendant des années, en grande partie par des travailleurs venus de métropole et destinés à y repartir, ce qui empêchait de construire des projets à long terme, elle a su depuis pousser des racines en se constituant un noyau fidèle et engagé, pour devenir une Église à l’image de la Guadeloupe elle-même. Elle a su prendre sa place au sein de la société. Notamment à travers son association diaconale, qui est aujourd’hui l’un de ses principaux outils de témoignage et favorise la visibilité de la communauté protestante dans le département. Elle s’est développée autour du projet « Men a lespwa » (« Main de l’espoir »), qui vise à accompagner les sortants de prison et les Personnes Placées Sous Main de Justice (PPSMJ).




Théologie et Mission d’hier et d’aujourd’hui au menu des étudiants de l’IPT

Deuxième «déjeuner-culte» au 102 boulevard Arago, 6 mars 2018 © Défap

Côte à côte dans la salle à manger au deuxième étage du 102 boulevard Arago, les pasteurs Tünde Lamboley et Florence Taubmann, qui s’occupent respectivement de la Jeunesse et des relations avec les paroisses au Défap, accueillent les nouveaux arrivants. De petits groupes se forment et les conversations s’engagent autour des tables pendant que les ultimes préparatifs s’achèvent en cuisine. Les convives se connaissent bien : ils arrivent de l’Institut Protestant de Théologie, et beaucoup d’entre eux participent pour la deuxième fois au «déjeuner-culte» du Défap. Florence Taubmann élève la voix pour couvrir le bruit des discussions : le repas va commencer. Chacun prend place. Au menu : prières, chants, débats théologiques – avec également, pour nourrir les corps aussi bien que seront stimulés les esprits, une entrée de crudités suivie d’un plat de pâtes à la bolognaise.

Pour ce deuxième «déjeuner-culte» au Défap, ils sont une vingtaine d’étudiants à avoir fait le déplacement. La salle à manger est un peu plus remplie que lors du repas du 6 février, qui avait constitué à la fois la première édition et la phase de test de ces nouveaux rendez-vous organisés au 102 boulevard Arago. Un indice encourageant sur le succès de l’initiative… Les convives sont répartis autour de deux tables. Des chansonniers circulent de main en main. Après la lecture du psaume 8 par Florence Taubmann, Tünde Lamboley, qui se tient à un bout de table, dirige la prière et invite l’assistance à chanter le cantique : «Toi qui es lumière»…

Des dispositifs d’envoi trop peu connus des protestants

Pour aller plus loin :
Premier «déjeuner-culte» avec les étudiants de l’IPT
Le site de l’Institut protestant de théologie…
… et la page Facebook de l’IPT

Lumière et ténèbres : cette dualité va être au cœur des échanges qui s’amorcent autour des tables, doublée du diptyque grâce/jugement. Le texte du jour, lu par Tünde Lamboley, est celui destiné au dimanche 11 mars : le troisième chapitre de l’évangile de Jean, versets 14 à 21. Un texte qui ne laisse aucun des convives indifférent et qui ouvre assez vite sur des débats dans lesquels se révèle une grande diversité d’approches et de conceptions théologiques. Faut-il redouter ce jugement dont parle l’apôtre Jean ? N’implique-t-il pas par avance l’idée d’une condamnation ? Faut-il l’entendre au contraire comme un jugement qui laisse la place à un repentir, un changement ? «Pour moi, intervient une participante, Jean 3:16, c’est un peu un résumé de toute la Bible : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ».» Et pour conclure ce moment de culte à l’issue du repas, une superbe prière sur la lumière écrite par la théologienne protestante Marion Muller-Colard…

Mais à ces débats théologiques s’ajoutent des questions plus pratiques et plus concrètes sur le Défap : son histoire, ses buts, ses moyens d’action, son organisation… Qu’est-ce qui a changé entre la Mission telle que la pratiquait la SMEP, l’ancêtre du Défap, et la Mission aujourd’hui ? Combien le Défap a-t-il d’envoyés, et dans quels pays ? L’intérêt de ces «déjeuners-cultes» est surtout de resserrer les liens entre deux institutions protestantes voisines. De l’IPT au Défap, il y a moins de 200 m… Mais la proximité géographique ne fait pas tout. Nombre d’étudiants n’ont jamais eu l’occasion de pousser la porte du 102 boulevard Arago. On trouve parmi eux les profils les plus divers ; tous ne se destinent pas à une vocation pastorale ; certains connaissent déjà bien le Service protestant de mission, d’autres fort peu, et tous ont des questions en suspens.

D’où l’idée d’organiser une rapide visite de la maison avant que tous les étudiants ne retournent à l’IPT. D’où l’idée, aussi, de faire participer des membres de l’équipe du Défap à ces repas, pour présenter leur travail : aujourd’hui, c’est au tour de Laura Casorio, qui fait partie du pôle Relations et Solidarités Internationales et s’occupe notamment des envoyés. L’occasion de faire le point sur les divers statuts, et sur les possibilités d’envoi qui existent. «Les envoyés peuvent partir pour quelques mois dans le cadre d’un service civique, une année en tant que Volontaires de Solidarité Internationale ; et il y a aussi des pasteurs qui peuvent occuper un poste à l’étranger ou dans les Territoires d’Outre-Mer», résume Tünde Lamboley. Des possibilités qui restent encore trop peu connues parmi les protestants…

Ci-dessous, retrouvez une présentation en vidéo d’un film de Pierre Vella sur l’IPT ; il a été diffusé sur France 2 lors de l’émission Présence Protestante du 17 mai 2015.

«On est toujours en marche. Il ne suffit pas de se dire : j’ai la foi…»




Des femmes du monde entier appellent à prier pour l’avenir de la création

L’affiche de la JMP 2018 © JMP

Le 2 mars prochain, sous le slogan «La création de Dieu est bonne», des femmes du monde entier appellent à des célébrations œcuméniques ainsi qu’à des actions en faveur de la création. Depuis 130 ans, le premier vendredi du mois de mars est ainsi déclaré Journée mondiale des femmes en prière. Mouvement œcuménique créé en 1887 aux États-Unis, cette journée est aujourd’hui suivie dans plus de 180 pays. Chaque année, un pays différent conçoit et rédige une célébration œcuménique pour le monde. Il s’agit alors de prier avec, et non pour les habitants du pays.

Cette année, ce sont les femmes du Suriname, petit pays d’Amérique du Sud situé entre le Guyana, le Brésil et la Guyane française, qui invitent à prier avec elles. Leur slogan s’inspire du texte de la création de Genèse 1, versets 1 à 31 et de cette parole de Dieu : «Voilà, c’était très bon», pour interroger les croyants sur leur responsabilité de chrétiens et l’avenir de la création. En France, cet appel sera suivi dans près de 300 lieux différents (retrouvez-en la liste ici).

Le Suriname est un petit État, grand comme un tiers de la France, constitué à 90% de forêt tropicale à la biodiversité spectaculaire. Mais ce pays, comme le souligne Odile Leleu, vice-présidente du comité national français de la JMP, dans sa présentation de la Journée mondiale des femmes en prière 2018, «ressent déjà les effets du changement climatique dû au réchauffement de la planète. La vie harmonieuse des humains, des animaux et de la nature est déjà déséquilibrée. Nous êtres humains, nous en sommes peut-être responsables mais en même temps nous sommes aussi celles et ceux qui pourraient apporter des solutions pour rétablir cette harmonie entre l’humanité et la création de Dieu. Nos sœurs de la JMP attirent notre attention sur la nécessité absolue de sauvegarder la création.»

Plus informations sur le site JMP France.
Plus d’informations aussi dans la lettre de février (pdf).
Et retrouvez de nombreuses idées d’animation
et de bricolage sur la page facebook de la JMP.




Des timbres pour le Congo

Alain Gilles au travail © Défap

Dans le local dédié à la philatélie, un étage en-dessous du hall d’accueil du Défap, les timbres s’accumulent par milliers, par kilos : en sacs destinés aux négociants qui les achètent au poids, ou regroupés par séries identiques dans des enveloppes de cent ; certains décollés, d’autres présentés sur des fragments d’enveloppes soigneusement découpés… S’activant au milieu de cet atelier, Alain Gilles, dynamique retraité et philatéliste passionné, présente les travaux en cours : «Nous recevons des timbres de toute la France. Tout fonctionne grâce au bouche-à-oreille : classiquement, quelqu’un dans une paroisse va passer le mot autour de lui, en demandant de récupérer des timbres pour le Défap ; une fois qu’il en a collecté suffisamment, il nous les envoie. Il nous faut alors les trier.»

Un véritable travail de bénédictin : l’expression fait sourire Alain Gilles, dont le père était catholique et la mère protestante. «Dans ma famille, se souvient-il, on pratiquait l’œcuménisme bien avant que ce soit à la mode.» En ce lundi 26 février, il est seul à s’activer dans le local, mais le service philatélie fonctionne grâce à l’implication de trois passionnés, tous bénévoles. Des séries de timbres disposées sur une table, face à l’entrée, témoignent d’ailleurs d’un travail de tri en voie d’achèvement. Outre Alain Gilles, il y a Geneviève Minssen et Jean Roman ; tout au long de l’année, les timbres, mais aussi les cartes postales qu’ils réceptionnent, trient, regroupent et revendent leur permettent de récolter des fonds qui vont financer des bourses pour des étudiantes à plus de 9000 km de Paris : à Kananga, en République démocratique du Congo.

Une université si loin de Kinshasa…

Pour aller plus loin :
RDC : fiche pays et actualité du Défap
Des timbres pour aider les étudiantes de l’UPRECO
Des bibles pour Kananga
Visite en images de l’UPRECO
Pour aider les étudiantes de l’UPRECO, vous pouvez aussi retrouver les timbres proposés par le service philatélie sur la boutique du Défap, en cliquant ici.

Kananga, l’ancienne Luluabourg fondée en 1884 sur la rive de la rivière Lulua, est la capitale du Kasaï-Occidental – une province enclavée, loin de la capitale Kinshasa, isolée des centres de décision par des centaines de kilomètres de routes impraticables. On n’y accède que par avion. C’est là que se trouve l’UPRECO (Université Presbytérienne du Congo), l’une des trois universités protestantes avec lesquelles les Églises de France sont en lien dans ce pays à travers le Défap. Outre la théologie, on y enseigne le droit et l’agronomie. Aussi délaissée par les autorités et privée de moyens que l’est la ville de Kananga elle-même, l’UPRECO a pourtant un rôle essentiel à jouer dans cette région extrêmement pauvre où les jeunes n’ont pas les moyens d’aller étudier dans les grandes villes plus développées. La situation est particulièrement difficile pour les étudiantes, qui vivent dans une grande pauvreté : très peu de filles ont les moyens de suivre des études, car les familles, quand elles le peuvent, choisissent de financer plutôt les études des garçons.

Les relations entre les protestants de France et cette université se sont développées suite à un séjour de professeurs français à l’UPRECO, qui sont revenus particulièrement touchés par la situation des étudiants de Kananga. Ces liens prennent aujourd’hui la forme d’un soutien direct à la faculté de théologie, d’envois d’enseignants… Ils passent aussi par des bourses d’appoint pour les étudiantes. Et voilà comment les timbres triés à Paris aident à soutenir l’Université Presbytérienne du Congo : au cours des dernières années, les revenus de la philatélie du Défap ont permis de financer en moyenne 10 bourses par an.

Toutes les bonnes volontés sont bienvenues

Etudiantes de l’UPRECO en compagnie de Jean-Luc Blanc, du Défap © Défap

C’est un travail de longue haleine pour les trois bénévoles. «On est un peu débordé», reconnaît en souriant Alain Gilles, qui dit consacrer entre 25 et 30 heures par semaine au service philatélie du Défap : «J’emporte régulièrement du travail chez moi». Heureusement, il y a des habitués qui envoient ponctuellement, chaque année, la collecte faite dans leur paroisse : «nous avons des correspondants jusqu’en Suisse», souligne Alain Gilles. Dans le meilleur des cas, les timbres sont envoyés déjà décollés, ce qui simplifie la tâche des bénévoles ; sinon, il faudra redécouper soigneusement, un à un, chaque morceau d’enveloppe où restent attachées les précieuses vignettes… Il y a aussi, plus rarement, des legs de collectionneurs.

Mais, outre le travail sur les timbres, il faut aussi organiser la participation du Défap aux expositions et aux rencontres qui permettront d’entrer en contact avec des acheteurs. Elles sont fréquentes en région parisienne, où les cercles philatéliques sont nombreux. La dernière en date a eu lieu à Bois-Colombes, les 10 et 11 février 2018. Pour compléter l’équipe des bénévoles du Défap, le concours de nouvelles bonnes volontés serait le bienvenu – que ce soit au siège du Défap ou comme correspondant en paroisse. Pas besoin pour ça d’être philatéliste : il faut surtout avoir du temps disponible. Et accepter de se laisser surprendre.

Timbres en cours de tri au service philatélie du Défap © Défap

«On peut découvrir des choses passionnantes», s’enthousiasme Alain Gilles, en revenant sur le thème de l’exposition de Bois-Colombes : la femme, vue à travers les timbres et les cartes postales. Lui-même, à travers son activité de bénévole, a pu renouer avec une passion d’enfance, après avoir passé toute sa vie active dans le milieu du bâtiment ; mais le monde du timbre ne demande qu’à s’ouvrir à ceux qui sont prêts à le découvrir. Précisément, la Fédération Française des Associations Philatéliques organise chaque année une opération promotionnelle d’envergure nationale appelée «Fête du Timbre», qui a notamment pour but de susciter l’intérêt des non-philatélistes. Plus d’une centaine de villes participeront à ce grand rendez-vous prévu les 10 et 11 mars 2018, dont le thème sera «l’automobile et le sport». L’occasion, peut-être, de se découvrir une nouvelle passion ; et, pourquoi pas, de soutenir les étudiantes de Kananga aux côtés du Défap…

 

Le Défap en République Démocratique du Congo :
  Le Défap travaille en lien avec les universités protestantes suivantes:
    – L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa);
    – L’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu);
    – L’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga).
  Toutes ces universités comportent une faculté de théologie.
  Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en RDC notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de boursiers.

 




Transfiguration sur la montagne !

Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les conduisit sur une haute montagne où ils se trouvèrent seuls.

Il changea d’aspect devant leurs yeux ; ses vêtements devinrent d’un blanc si brillant que personne sur toute la terre ne pourrait les blanchir à ce point.

Soudain les trois disciples virent Élie et Moïse qui parlaient avec Jésus.

Pierre dit alors à Jésus : «Maître, il est bon que nous soyons ici. Nous allons dresser trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie.» En fait, il ne savait pas que dire, car ses deux compagnons et lui-même étaient très effrayés.

Un nuage survint et les couvrit de son ombre, et du nuage une voix se fit entendre :

«Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le !»

Aussitôt, les disciples regardèrent autour d’eux, mais ils ne virent plus personne ; Jésus seul était avec eux.

Tandis qu’ils descendaient de la montagne, Jésus leur recommanda de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme se relève d’entre les morts.

Ils retinrent cette recommandation, mais ils se demandèrent entre eux : «Que veut-il dire par « se relever d’entre les morts » ?» Marc 9,2-10

 

 


Source : Pixabay

A la montagne de Galilée que la tradition situera au Tabor, Jésus ne se rend pas seul mais il prend avec lui trois des douze disciples. Il veut leur faire vivre une expérience singulière, en plus des enseignements et des guérisons auxquels ils ont assisté. Il désire leur faire voir – de quel regard ? – la présence resplendissante, insaisissable de Dieu en lui et par lui insaisissable. Mais aussi le compagnonnage de Moïse et d’Elie, qui pourrait rappeler que ce Dieu à la présence éblouissante est bien le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, Dieu des rois et des prophètes.

Alors comment ne pas désirer éterniser le moment ? On comprend la tentative d’installation, même précaire, lancée par Pierre ! Ne faut-il pas inscrire dans l’espace cette rencontre trans-temporelle entre Jésus, Moïse et Elie, afin de se prouver qu’il ne s’agit pas d’un rêve mais aussi d’en maîtriser les effrayants effets ? Pourtant l’objectif de Jésus n’est pas de s’installer, mais de marcher. Et comme s’il fallait à son baptême une confirmation, de la nuée vient encore une voix pour dire : «Celui-ci est mon Fils bien -aimé : écoutez-le !»

Ainsi cet état de grâce s’inscrit, non dans l’espace minéral de la montagne, mais dans la temporalité humaine. Le projet d’éterniser l’illumination ou la vision ne peut être réalisé sous peine de conduire à l’idolâtrie. L’extrême rapprochement de Dieu n’est que de passage.

D’ailleurs Jésus lui-même avant cette scène éblouissante a prévenu ses disciples : Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit tué et qu’il se relève trois jours après.

Faut-il alors comprendre la transfiguration comme un récit initiatique, où les disciples Pierre, Jacques et Jean reçoivent comme une consolation anticipée, et surtout la ferme assurance pour l’avenir et les siècles des siècles que le Fils de l’homme défiguré et le Christ en gloire sont une seule et même personne. Mais pour l’heure, Jésus leur demande de ne rien dire de ce qu’ils ont vu et entendu, et eux-mêmes sont encore incapables d’en comprendre le sens.

 

 


Source : Pixabay

Nous prions pour tous nos envoyés avec cette prière de Saint Augustin :

Autant que je l’ai pu.
Autant que tu m’en as donne de le pouvoir
Je t’ai cherché.
J’ai désiré voir par l’intelligence ce que je croyais
J’ai beaucoup étudié et beaucoup peiné.

Seigneur, mon Dieu,
Mon unique espérance,
Exauce-moi,
De peur que par lassitude,
Je ne veuille plus te chercher
Mais fais que toujours,
Je cherche ardemment ta face

Donne-moi la force de te chercher
Toi qui m’as fait te trouver
Et qui m’as donné l’espoir
De te trouver de plus en plus.

Devant toi est ma force,
Devant toi est ma faiblesse.
Garde ma force,
Guéris ma faiblesse.

Devant toi est ma science,
Devant toi est mon ignorance;
Là où tu m’as ouvert,
Accueille-moi quand je veux entrer:
Là où tu m’as fermé,
Ouvre-moi quand je viens frapper.

Que ce soit de toi que je me souvienne.
Toi que je comprenne,
Toi que j’aime.
Augmente en moi ces trois dons,
Jusqu’à ce que tu m’aies réformé tout entier.




Cameroun : un voyage, des rencontres, et des projets solidaires

Les participants au séjour seniors solidaires © Espérance Nord-Sud

Vous êtes rentré il y a quelques jours du Cameroun, où vous avez passé près de trois semaines dans le cadre d’un séjour «seniors solidaires» : quel bilan en tirez-vous ?

Richard Dahan : C’était vraiment un voyage original, en-dehors des normes : il n’est pas courant que des «seniors» (l’âge des participants allait de 65 à 80 ans) vivent un séjour dans un pays aussi lointain de manière aussi sereine. Je dois tout d’abord signaler qu’il n’y a eu aucun problème ni de transport, ni de santé ; et tous ont pu vivre pleinement la réalité de la vie camerounaise, sans aucune barrière et dans la simplicité de la rencontre, dans l’acceptation de la culture de l’autre. Outre le groupe venu de France, nous avions toujours avec nous plusieurs amis camerounais qui ont contribué à nous faire entrer dans l’intimité du pays. Tous les participants étaient très motivés, et nous avons vécu une belle cohérence, une entente dans la diversité.

Ce voyage, soutenu par le Défap, était originellement destiné à des membres de paroisses des Cévennes, de Nice, de Thonon-les-Bains ou d’Aulnay-sous-Bois qui avaient déjà eu l’occasion de s’engager au Cameroun ; mais sont venues s’y ajouter des personnes rencontrées d’une manière tout à fait différente, par le biais d’une association montée dans mon village du Gard, Mandagout, pour accueillir des familles de migrants. Quand ces personnes ont entendu parler de ce voyage, à travers des rencontres faites dans cette association, elles ont manifesté le désir d’y participer. Nous leur avons bien signalé qu’il s’agissait d’un séjour dans un milieu d’Église ; et bien que n’étant elles-mêmes liées à aucune Église, elles nous ont dit que ça ne leur posait aucun problème. Une fois sur place, ces personnes se sont très bien intégrées au groupe et nous ont dit qu’un tel séjour changeait beaucoup le regard qu’elles portaient sur les autres – et qu’il pouvait même les aider à mieux comprendre les migrants rencontrés à Mandagout…

Quels ont été les moments marquants de votre séjour ?

Pour aller plus loin :
Cameroun : un voyage pour renouer trente ans de liens solidaires : présentation du séjour «seniors solidaires»
Cameroun : fiche pays et actualité du Défap

Nous avions trois objectifs pour ce voyage : la solidarité, l’échange, la connaissance du pays. Nous ne voulions pas être seulement dans le «faire», mais aussi dans la rencontre. En ce qui concerne l’aspect solidaire de notre séjour, à Douala, nous avons tout d’abord participé à l’inauguration des nouveaux locaux du centre médical «La Solidarité – SOS-Santé», dont nous avons soutenu financièrement la reconstruction. C’était un moment fort, avec la présence de personnalités locales de diverses communautés, une chorale, un repas, un culte, des témoignages… La reconstruction de ce dispensaire représentait pour nous tous un gros projet. Ensuite, nous avons travaillé sur notre projet de cuiseurs économiseurs de bois, qui permettent de cuisiner en utilisant beaucoup moins de combustible que les méthodes traditionnelles. Quatre ateliers ont été installés : deux à Douala, un à la faculté de théologie de Ndoungué, un à Matomb, en pays bassa… Tous fonctionnaient selon le même modèle, en deux temps : d’abord une partie théorique, puis une partie pratique. Ces ateliers ont attiré beaucoup de monde, nous y avons vu notamment des groupes de femmes très motivées. Certains des participants sont repartis avec leur cuiseur ; d’autres pourraient bien en faire un commerce, et ce serait une réussite que ce projet permette de générer du travail. Il a de nombreux avantages, dont certains nous ont été révélés par nos partenaires camerounais et que nous ne soupçonnions pas : à l’origine, tout part d’une préoccupation environnementale – économiser le bois pour limiter la déforestation. Ce projet est donc tout à fait adapté aux zones rurales. Mais même dans une grande agglomération comme Douala, nous nous sommes rendus compte que le bois coûte très cher, et que des cuiseurs qui permettent d’utiliser moins de combustible y sont aussi très intéressants. En outre, comme ils limitent les rejets de fumée, ils permettent de protéger les yeux des personnes qui cuisinent…

Les cuiseurs fabriqués sur place © Espérance Nord-Sud

Les échanges ont été forts et nombreux. A la faculté de théologie de Ndoungué, par exemple, nous avons pris part à toute une réflexion sur l’écologie et la sauvegarde de la Création, à partir du livre de Genèse. Nous avons visionné les films Demain et Sur le chemin de l’école, qui ont donné lieu à des discussions très intéressantes. C’était extraordinaire de voir nos amis camerounais aussi passionnés ; et frappant, aussi, de voir non seulement des étudiants en théologie, mais aussi des enfants qui participaient… A l’université de Dschang, nous avons été accueillis par un professeur et nous avons pu rencontrer diverses personnalités, et une journée a été consacrée aux questions liées à l’écologie, aux rencontres internationales type COP23, aux problème de déforestation en Afrique. Nous avons aussi rencontré des responsable de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) avec lesquels nous avons échangé sur la situation politique camerounaise.

Sur le chapitre de la connaissance du pays, nous avons eu aussi des rencontres dans une chefferie. Il est très intéressant de voir que dans l’Ouest du pays se met en place une «route des chefferies», qu’il existe un musée dans lequel on peut voir un très bel exposé sur la culture et la tradition camerounaises…

Quelles sont les suites à prévoir après ce séjour au Cameroun ?

Ce séjour était important à nos yeux pour assurer la pérennité de notre association, et comme tremplin pour l’avenir. Un avenir qui tournera autour de deux projets (le soutien au dispensaire de Douala et la poursuite des ateliers de cuiseurs économiseurs de bois), avec deux développements possibles en réflexion : un voyage en France de responsables camerounais, et un soutien à une association de Dschang qui accompagne des aveugles. Il faut savoir que les aveugles sont victimes d’un fort rejet au sein de la société camerounaise ; et nous avons été d’autant plus impressionnés, lors de notre séjour, en découvrant le travail de cette association.

Pour conclure, je voudrais dire que, malgré la pauvreté très présente et malgré une certaine impression de fatalité face à toutes les difficultés que connaît le Cameroun (conflit dans les régions anglophones, inquiétudes liées aux prochaines échéances électorales), nous avons été impressionnés par la personnalité de nombreux Camerounais, notamment des jeunes, qui portent des projets pour leur pays. Ils sont habités par une vision et une espérance, portés par une volonté qui nous montre qu’en dépit des obstacles, rien n’est perdu. Ce sont eux qui nous donnent vraiment le désir de poursuivre notre action.




L’espérance au cœur des ténèbres

Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé © Défap

La rencontre a eu lieu début novembre à l’Institut Protestant de Théologie (IPT), à Paris : Jürgen Moltmann l’Allemand, Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé le Centrafricain – deux univers qui se croisent et se parlent. Le premier, venu à l’IPT pour une conférence, est un survivant de la Seconde Guerre mondiale : né en 1926 à Hambourg, il a connu l’enrôlement dès 14 ans au sein des Jeunesses hitlériennes. Puis au sein de la défense anti-aérienne de l’armée allemande. Fait prisonnier en 1945, il a passé les trois années suivantes dans divers camps. Et c’est là qu’il a reçu un Nouveau Testament des mains d’un aumônier américain, et rencontré divers groupes chrétiens et étudiants en théologie. Retournant enfin chez lui en 1948, pour retrouver sa ville natale réduite en ruines par les bombardements américains, il a commencé à réfléchir à une théologie de l’espérance adressée à ceux qu’il qualifie de «survivants de sa génération». Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé, pour sa part, est né en 1984 en République centrafricaine ; il a été pasteur de l’Église évangélique Béthanie, à Bangui, de 2006 à 2013. Il a bénéficié d’une bourse du Défap pour étudier le dialogue des cultures et des religions à l’institut Al Mowafaqa, au Maroc ; depuis 2015, toujours avec l’aide du Défap, il étudie à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris) où il prépare un doctorat. Son sujet d’étude : la théologie de Moltmann, et plus précisément la façon dont elle est reçue par les protestants francophones…

Un sujet qui, pour Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé, reflète bien plus qu’un choix académique. «Jürgen Moltmann a connu une vie de souffrance, il a connu les bombardements, la prison, il a perdu tous ses proches dans la guerre : et c’est dans ce contexte qu’il a expérimenté la Croix. J’ai aussi vécu la guerre en Centrafrique ; j’ai aussi été personnellement touché, ma famille a été durement frappée, mes amis proches ont été tués ; et même si je n’y vis pas actuellement, je ressens fortement qu’il y a en Centrafrique beaucoup de gens qui continuent d’y vivre des choses terribles, et qui ont vraiment besoin d’un message d’espérance. Or Moltmann, à travers tout ce qu’il a vécu, réussit à nous parler d’un Dieu non pas lointain, mais bien présent ; un Dieu qui compâtit à la douleur et qui intervient, qui agit.»

«Pour une Église qui n’a pas peur de la rencontre»

De gauche à droite : la rencontre entre Jürgen Moltmann et Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé © Défap

L’intérêt de Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé pour le parcours et la théologie de Jürgen Moltmann n’est pas récent, mais il n’a fait que se renforcer avec l’aggravation de la crise centrafricaine : «Je l’avais déjà étudié quand j’étais en licence à la faculté de théologie évangélique de Bangui (la Fateb). Déjà à cette époque, Moltmann  m’avait beaucoup intéressé. Mais quand est venu le moment de déposer mon sujet de doctorat, la situation de mon pays s’était tellement dégradée que je me suis demandé : en tant que théologien, y a-t-il un message d’espoir que je puisse porter ? Des experts de l’Onu évoquent régulièrement des signes avant-coureurs de génocide, les populations sont désespérées, elles ne savent si elles vont s’en sortir… Je me suis alors rendu compte que théologie de Moltmann répond aux besoins de tout ce que traverse mon pays depuis bientôt sept ans. Et au-delà de ses travaux, par ses prises de position, il soutient aussi l’engagement de l’Église dans la société.  Jürgen Moltmann rappelle quelle attitude avait Jésus-Christ vis-à-vis des autorités politiques ; comment il faisait face aux dirigeants de son temps, n’hésitait pas à dénoncer, attirer l’attention… C’est là le rôle que Moltmann veut pour l’Église : selon lui, l’Église n’est pas hors de la société, elle est dans la société, et tout ce qui concerne la société concerne aussi l’Église. L’Église a ainsi un rôle à jouer en matière de protection de l’environnement, elle peut lutter contre la xénophobie à travers des programmes inter-communautaires ; elle peut légitimement s’engager dans les relations œcuméniques, dans le dialogue avec d’autres religions…»

A travers ses travaux, Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé espère aussi contribuer à mieux faire connaître un théologien qui est, curieusement, mieux connu chez les catholiques et dans le monde anglo-saxon qu’au sein du monde protestant francophone. «Dans les milieux protestants, Moltmann est très critiqué, notamment chez les évangéliques, qui le classent parmi les théologiens libéraux. Il est vrai que sa théologie encourage une foi ouverte, une Église ouverte, qui ne soit pas introvertie… Une Église qui n’a pas peur de la rencontre et du dialogue. Ainsi qu’il est écrit dans les lettres de Paul : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme »…»

Franck Lefebvre-Billiez




Carême 2018 : une soif de justice

Le Carême désigne la période de quarante jours précédant Pâques durant laquelle le croyant est invité à méditer sur sa propre vie en ayant à l’esprit le cheminement du Christ jusqu’à la Croix. Cette démarche spirituelle a notamment pour but de raviver la foi et de sortir le Chrétien de son inertie, de son endormissement en le poussant à abandonner sa routine quotidienne.

La Réforme n’a en rien contesté l’importance du Carême pour la spiritualité, mais elle n’impose pas la pratique de la pénitence. Actuellement, les Églises de la Réforme ont malgré tout la volonté de marquer ce temps de Carême par l’organisation de nombreuses actions incitant le croyant à aller vers les autres (sous formes de don ou d’action humanitaire par exemple). En nuançant, on peut dire que certains luthériens, en Alsace-Moselle, à Paris, commencent le Carême avec le mercredi des Cendres, comme les catholiques, que les réformés ont institué des conférences de Carême, et que les Églises protestantes sont plus autonomes que les paroisses catholiques.

Mais pour tous, cette période représente un moment privilégié pour traduire l’engagement spirituel en actes ; et un temps où les chrétiens peuvent s’unir pour plus de justice. Voilà pourquoi, cette année encore, la période de Carême est marquée par de nombreuses initiatives sociales, humanitaires ou pour préserver l’environnement :

 

Le mouvement «Chrétiens unis pour la terre» propose un carême pour la terre, un temps sans viande et sans poisson, un temps où on s’engage à mieux respecter ses propres limites et celles de la terre. Tout un faisceau d’arguments se rejoignent pour porter cette proposition de carême sans viande et sans poisson; des arguments écologiques, des arguments philosophiques, des arguments éthiques, des arguments sociaux… qui se complètent et se répondent dans les différents chapitres de cet article. Soulever la question de la consommation de viande (et également de poisson) dans notre société occidentale n’est pas anodin et engendre tout un cortège de questionnements corollaires qui rejoignent nos interrogations en tant que chrétiens.

 

 

En lien avec avec RCF (la radio chrétienne), «Chrétiens unis pour la terre» propose le mot «sobriété» comme porte d’entrée au Carême. Jusqu’au Vendredi Saint, tous les jours du lundi au vendredi, à deux reprises, une première fois à 6h26 le matin et une seconde fois à 13h10, Chrétiens Unis pour la Terre propose une méditation pour vivre le carême autrement, de façon sobre, écologique, consciente. Chaque méditation fait découvrir une courte citation de la Bible ou de la tradition chrétienne, l’éclaire et invite chacun à l’incarner concrètement dans sa vie par des gestes simples.

 

 

«Sept semaines pour l’eau» est une campagne annuelle du Réseau œcuménique de l’eau (ROE) du Conseil œcuménique des Églises. Les réflexions biblico-théologiques fournies cette année sont basées sur la crise de l’eau dans la région Amérique latine/Caraïbes et prennent en considération les questions de justice et de paix. Pendant ce Carême 2018, diverses activités autour des Sept semaines pour l’eau ont lieu dans la région, à commencer par le lancement de la Campagne de Carême sur la Justice de l’Eau à Bogota en Colombie. Par ailleurs, le Forum mondial de l’eau se déroule également au Brésil pendant la période du Carême, du 18 au 23 mars 2018.

 

Retrouvez ci-dessous une interview, en anglais, de Dinesh Suna, coordinateur du ROE

 

 

À ne pas manquer : les conférences de Carême Protestant 2018. Les conférences de carême inaugurées par le pasteur Boegner en 1928 à la radio qui s’appellent depuis 1981 « Carême Protestant » montrent la démarche des protestant pour s’approprier cette période. C’est un temps de réflexion assidue pour mieux accueillir en soi le paradoxe que représente le Salut apporté par celui qui meurt sur une croix et qui manifeste la justification par Dieu de tous ceux qui croient, s’en remettent à Dieu pour donner du sens à leur vie. Chaque dimanche sur France Culture du 18 février au 25 mars 2017, de 16 heures à 16 h 30, les conférences de Carême seront assurées par Laurent Schlumberger Pasteur de l’Église Protestante Unie de France sur le thème : « Du zapping à la rencontre » : Mobilités contemporaines et mobile de Dieu. Des migrations aux pratiques sportives, de l’accélération sociale aux brassages culturels, ou de la flambée des burn-out à l’engouement pour les « nouveaux départs », pourquoi les mobilités deviennent-elles porteuses de tant de promesses et de tant de détresses ?

Ci-dessous, retrouvez une interview de Laurent Schlumberger présentant ces six émissions :




Résister à la tentation des tentations !

Un lépreux vint à Jésus, se mit à genoux devant lui et lui demanda son aide en disant : « Si tu le veux, tu peux me rendre pur. »

Tout de suite après, l’Esprit le poussa dans le désert. Jésus y resta pendant quarante jours et il fut tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient. Marc 1,12-15

 

 


Source : Pixabay

Nous n’aimons pas que Dieu ait un lien avec le mal et la tentation, sinon pour nous en préserver. C’est ce qui ressort de la nouvelle traduction du Notre Père « Ne nous laisse pas entrer en tentation ! », et non plus « Ne nous soumets pas à la tentation ! »

Et pourtant ! C’est bien l’Esprit de Dieu qui pousse Jésus au désert pour qu’il soit tenté. Ce même Esprit vient de descendre sur lui au moment de son baptême sous forme d’une colombe alors qu’une voix le nommait « Mon fils bien-aimé » !

Qui est ce Satan qui le tente ? L’adversaire ! Le diviseur ! L’accusateur du genre humain ! Celui qui sème la zizanie entre les hommes et la confusion entre le vrai et le faux, le bon et le mauvais, la vie et la mort !

Mais quelle est la tentation que subit Jésus ? A la différence de Matthieu et de Luc, Marc ne fait pas le récit des trois tentations du pouvoir matériel, politique et spirituel.

Cela nous oblige à réfléchir à la tentation des tentations, à la tentation qui serait le fondement de toutes les autres. Cette tentation est liée à ce que nous avons de plus précieux, notre foi en Dieu. De la même manière que pour Jésus elle était liée à son identité de Fils de Dieu.

De quoi s’agit-il ? De se prendre soi-même pour Dieu ! Ou encore de projeter sur Dieu les valeurs perverses du diable : la haine au lieu de l’amour, la domination au lieu du service, la mort au lieu de la vie !

C’est aussi ce que Jésus appellera ailleurs le péché contre l’Esprit, le seul à être impardonnable. Mais dans le désert il fut entouré, protégé, par les anges et les bêtes sauvages !

 

 


Source : Pixabay

Nous prions pour notre envoyé au Cameroun et pour nos frères et sœurs camerounais. Pour entrer dans ce temps de Carême, nous lisons cet extrait de la règle des diaconesses de Reilly :

La douceur évangélique ne peut être un pacte avec la faute et le péché.
La terrible douceur du Christ chasse les démons et purifie le temple.

Le dépouillement des œuvres de ténèbres s’opère par la main de Dieu mais aussi par des mains humaines, des circonstances humaines.

Humilié par toi-même, par les autres et par Dieu, ne perds pas courage mais repens-toi.

La porte de Dieu est toujours ouverte et d’un instant à l’autre paraîtra son visage.

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Marc 1,12-15 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :

 




Profession : sauveteurs d’hôpitaux

De gauche à droite : les pasteurs Jean-Luc Blanc (Défap) et Bessala Mbesse (EPC) ; le docteur Perrot © Défap

Comme beaucoup de projets missionnaires, tout a commencé par une aventure individuelle et un rêve : l’aventure et le rêve de Célin Nzambé, réhabilitateur reconnu d’hôpitaux au Cameroun. Ce pays qu’il a découvert comme envoyé de la Cevaa, Célin Nzambé y est resté avec le projet bien arrêté et un peu fou de rendre à la vie des établissements appartenant à l’Église Presbytérienne Camerounaise (EPC), jusqu’alors abandonnés par tous, où plus personne ne voulait ou n’osait se faire soigner. «Il est arrivé sans rien de plus que ses valises, animé d’un véritable esprit missionnaire», témoigne le docteur Jean-Pierre Perrot, cardiologue de la région rochelaise qui vient régulièrement lui prêter main-forte. «Les hôpitaux qu’il a repris en main connaissaient une véritable spirale descendante : des difficultés économiques entraînant une baisse de la qualité des soins, donc une méfiance des patients, donc moins de monde à soigner et encore moins de moyens… Et au bout du compte un défaut général d’entretien, à quoi s’ajoutaient des dettes fiscales…  Célin Nzambé a réussi à inverser la tendance. Grâce à son abnégation, y compris salariale, et grâce à la qualité de ses soins, un peu d’oxygène arrive petit à petit dans ces hôpitaux.» Un projet au long cours qu’il mène avec le soutien du Défap et de plusieurs paroisses françaises, notamment de La Rochelle.

Il faut dire qu’être chirurgien en hôpital, dans de nombreuses régions du Cameroun, c’est déjà plus qu’une aventure, c’est un sacerdoce. Bâtiments vétustes, matériel inexistant, médicaments manquants, personnel mal payé et peu motivé… Comme pour beaucoup de pays de la région, le système de santé camerounais est en piteux état et l’un des premiers problèmes qui se pose au patient au moment d’entrer à l’hôpital, c’est… le paiement des soins. Alors que dans le passé avait été mis en place un système reposant sur la gratuité des soins pour les malades, de nombreux pays ont inversé la logique au cours des années 80 en mettant en place de nouveaux systèmes reposant sur le paiement direct des prestations par le patient. Avec des résultats catastrophiques aussi bien pour la santé publique que pour le financement des hôpitaux.

«Célin Nzambé a pu rendre les hôpitaux rentables»

Pour aller plus loin :
Cameroun : fiche pays et actualité du Défap
A l’impossible, nul n’est tenu : entretien avec Célin Nzambé

Même si la tendance a commencé à s’inverser à partir des années 2000 avec l’instauration par divers gouvernements de soins gratuits (le Sénégal a d’abord rendu gratuits les soins aux personnes âgées, avant d’étendre en 2013 la gratuité aux enfants de moins de 5 ans, suivant en cela l’exemple du Niger), le Cameroun reste à la traîne et les dégâts sont colossaux : on compte en moyenne 2 médecins pour 10.000 habitants et les hôpitaux généraux ne sont tout simplement pas accessibles au plus grand nombre. Dans un tel contexte, les hôpitaux privés, notamment ceux fondés par des Églises, ont un rôle nécessaire auprès de la population.

Les missions américaines – et en particulier la mission presbytérienne, présente dans le pays dès 1871 – avaient précisément créé un réseau d’hôpitaux à la qualité reconnue ; mais victimes de mauvaise gestion et de la dégradation générale du système de santé camerounais, nombre de ces établissements ont tout simplement été abandonnés. D’où le projet dans lequel s’est lancé le docteur Célin Nzambé : rendre à leur usage initial ces bâtiments dans lesquels le personnel, faute d’être payé, s’était tout simplement installé pour y vivre avec femmes et enfants ; former ou reformer des équipes médicales, acquérir matériel et médicaments, vaincre les réticences de la population locale (quitte pour cela à faire de la publicité sur les marchés)… Un projet missionnaire autant que médical, porté par un homme qui se définit autant comme pasteur que comme médecin… Son premier projet de réhabilitation d’hôpital, il l’a lancé pour l’Union des Églises Baptistes du Cameroun (UEBC). Désormais, il travaille pour l’EPC. La tâche est immense : une quinzaine d’hôpitaux à réhabiliter. Le travail est en bonne voie pour quatre d’entre eux.

Au-delà des hôpitaux, d’autres projets

Célin Nzambé © DR

Et depuis un peu plus d’un an, Célin Nzambé peut compter sur le soutien du docteur Jean-Pierre Perrot. Il fait des séjours d’un mois au Cameroun, trois fois dans l’année, pour consolider le fonctionnement des premiers hôpitaux réhabilités. Une manière de rendre plus concret le soutien des paroisses françaises. «Célin Nzambé a pu rendre les hôpitaux rentables, ce qui a permis de payer le personnel qui avait accepté de travailler sans salaire ou presque, d’améliorer le matériel, de fidéliser les patients… Pour ma part, je viens en appui de l’équipe médicale : je fais des consultations en cardiologie, de la formation, et j’essaie de développer un partenariat entre ces hôpitaux et la France, via le Défap», témoigne-t-il.

Outre l’engagement de La Rochelle, des fonds ont été collectés pour l’œuvre de santé de l’EPC dans les paroisses de Valence, Villeneuve-Saint-Georges ; une infirmière de Valence pourrait aussi venir appuyer les docteurs Nzambé et Perrot… Et au-delà de ces engagements personnels, le projet permet aussi de renforcer les liens entre les Églises de France et l’EPC. Lors de la dernière visite du docteur Perrot au siège du Défap, à Paris, en novembre 2017, était aussi présent le pasteur Bessala Mbesse, Secrétaire Général AG/EPC depuis janvier 2017. «C’est, pour notre Église, une manière d’officialiser cette démarche», a souligné ce dernier. Les collaborations avec le Défap se développent désormais aussi sur le plan de la formation théologique, avec des échanges de professeurs entre les facultés de Foulassi et d’Aix-en-Provence, ainsi qu’une bourse pour un étudiant en théologie de l’EPC.

Quant à Célin Nzambé, il rêve déjà d’aller plus loin. Par exemple en mettant sur pied une mutuelle de santé, à laquelle pourraient participer tous les hôpitaux de l’EPC. Après avoir amélioré l’offre de soins, il pourrait ainsi en diminuer significativement le coût pour les patients.

Franck Lefebvre-Billiez




D’Abraham aux modernes pratiques sportives, mobilités d’hier et d’aujourd’hui

Le voyage d’Abraham d’Ur à Canaan, tableau du peintre hongrois József Molnár © Magyar Nemzeti Galéria

 

Pourquoi avoir choisi la mobilité comme thème de cette série de conférences pour les émissions de Carême protestant ?

Laurent Schlumberger : Je suis frappé par l’importance croissante des mobilités de toutes natures dans notre vie quotidienne et dans les manières que nous avons de nous les représenter dans notre vie et notre monde. Elles ont toujours existé ; mais aujourd’hui, elles se renforcent.

La nouveauté, c’est surtout qu’elles sont devenues une forme d’injonction. Autrefois, c’était plutôt le fait d’être stable qui était valorisé ; aujourd’hui, on contraire, on valorise la mobilité et on dévalorise la stabilité. J’ai voulu réfléchir à cette valorisation croissante durant cette période de carême, que l’on décrit généralement comme un chemin – un chemin vers Pâques ; et réfléchir au croisement des mobilités d’aujourd’hui et des mobilités dans la Bible.

 

Car dans la Bible aussi, la mobilité est très présente…

Il y a plusieurs niveaux de mobilité dans la Bible.

  • Sur un premier plan, celui des mobilités géographiques, on peut dire qu’elles sont omniprésentes : dans l’Ancien Testament, on n’arrête pas de bouger – on parlera d’exode ou d’exil pour le peuple d’Israël. Dans le Nouveau Testament, Jésus parle de lui-même comme n’ayant «pas un  endroit où reposer sa tête» ; quant à l’apôtre Paul, il ne tenait tout simplement pas en place.
  • Sur un deuxième plan, la mobilité est valorisée dans la Bible lorsqu’il s’agit de la relation avec Dieu : ce sont les appels à la conversion, les vocations adressées à des individus… Il y a là une autre forme de mobilité, non seulement physique, mais aussi intérieure : une mobilité à la fois géographique et existentielle. Pensons au message adressé par Dieu à Abraham : «Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai».
  • Sur un troisième plan, Dieu lui-même se présente comme mobile. Ce qui va à l’encontre de toutes nos représentations classiques d’un Dieu trônant dans le ciel, au milieu des nuages, immuable… La Bible nous montre au contraire un Dieu toujours en marche, non seulement se déplaçant mais aussi évoluant dans ses pensées, ses décisions… Et Jésus, à travers ses paraboles, peut nous montrer aussi des images étonnantes de la mobilité de Dieu…

 

Mais si la mobilité est déjà tellement présente dans la Bible, pourquoi cet accent mis jusqu’alors sur la stabilité ?

Pour aller plus loin :
Carême protestant : « Du zapping à la rencontre »
Le site de Carême protestant
Carême 2018 : annonce sur le site de l’EPUdF
Annonce sur le site de Fréquence Protestante

Nous avons longtemps vécu dans une société où les évolutions étaient extrêmement lentes : les changements sociaux se faisaient sur plusieurs générations. Alors qu’aujourd’hui, nous assistons à des bouleversements à l’échelle d’une seule et même génération…

La Bible, elle, a été écrite sur un temps long ; et à l’échelle de ce temps long, elle met déjà l’accent sur la mobilité – mobilité de Dieu et de la foi. Un des enjeux de réflexion actuellement est : comment vivre notre foi dans un monde mouvant, liquide, mobile, en relation avec un Dieu que nous percevons comme immobile ? Plutôt que de nous accrocher à un passé rêvé comme immuable, nous devrions changer nos représentations de Dieu pour vivre notre foi aujourd’hui.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez