RDC : déclaration de l’Église du Christ au Congo

DECLARATION DU COMITE EXECUTIF NATIONAL DE L’EGLISE DU CHRIST AU CONGO
TENU A KINSHASA DU 19 AU 22 FEVRIER 2018

 

Visite de la délégation de l’ECC au Défap © Défap

Peuple de Dieu,

Nous, Membres du Comité Exécutif National de l’Église du Christ au Congo, réunis en 53ème Session ordinaire, conformément en l’article 17 de la Constitution de l’ECC, du lundi 19 à jeudi 22 Février 2018, au Centre d’accueil Mgr Dr Shaumba à KINSHASA/GOMBE, sous le thème « Faisons de la RDC le principal sujet de notre joie » tiré de Psaumes 137, verset 6b, pour examiner la marche de notre Église et la situation sociopolitique de notre pays ;

Conscients de la mission nous confiée par le Seigneur Jésus Christ, de cultiver et de protéger la création dont la RDC ;

Vu l’identité protestante en cette 501ème année de la célébration de la réforme protestante qui consiste en la piété, l’équité, le travail et la charité ;

Conscients de notre mission de produire les justes conformément aux Proverbes 29 :2a: « Quand les justes sont nombreux, le peuple est dans la joie » et aux Proverbes 14 :34a : « La justice élève une nation » ;

Déterminés à promouvoir le rêve collectif congolais qui vise le vivre ensemble heureux ;

Considérant la situation sociopolitique qui prévaut actuellement dans notre pays, la République Démocratique du Congo ;

Par ces motifs,

Devant la nation et l’histoire ;

Rappelons les faits ci-après conformément à notre déclaration du 23 novembre 2017 :

1. Sur le plan sécuritaire :

L’Église du Christ au Congo continue à déplorer la persistance des violences et de l’insécurité dans certaines villes et quelques villages de la RDC, qui risquent de compromettre le processus électoral en cours.

2. Sur le plan socioéconomique :

Le peuple Congolais continue à croupir dans la misère et la précarité qui s’empirent de jour en jour.

3. Sur le plan politique :

Pour aller plus loin :

Étant témoins de manifestations organisées par nos compatriotes pour réclamer l’application intégrale de l’accord de la Saint Sylvestre du 31 Décembre 2016, nous avons observé les cas de violence et de pertes en vies humaines. La liberté de manifestation étant garantie, sur pied de l’article 26 alinéas 1 de la constitution de notre pays, l’Église du Christ au Congo déplore d’une part le non-respect des procédures légales dans l’organisation des dites manifestations et d’autre part, la répression disproportionnée des forces de sécurité. En sus, nous constatons la persistance de l’absence de la loi organique, prévue par l’article 26 alinéas 4 de la Constitution, qui fixerait les mesures d’application.

Par ailleurs, nous constatons la confusion dans la gestion des Institutions politiques actuelles de notre pays causée par l’existence de deux textes légaux à savoir la Constitution et l’Accord politique de la Saint-Sylvestre.

Par conséquent,

Devant Dieu et devant l’histoire, l’Église du Christ au Congo formule les recommandations suivantes pour faire de la RDC le principal sujet de notre joie :

1. A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE.

– Assurer la sécurité des personnes et de leurs biens sur l’ensemble du territoire, veiller au respect du calendrier électoral s’impliquer personnellement pour faire respecter intégralement la constitution et l’accord de la Saint Sylvestre prêter une oreille attentive aux différentes revendications des acteurs politiques en vue de baliser la voie pour des élections apaisées.

2. AU PARLEMENT.

– Voter dans un plus bref délai, la loi organique portant fixation des mesures d’application des manifestations publiques.
– Voter toutes les lois justes et nécessaires pour l’organisation des élections, en l’occurrence, la loi sur la répartition des sièges.

Philippe Kabongo, le professeur Honoré Muenyi Kamuinga, et André Bokundoa, président de l’ECC, au Zénith pour le grand culte de Protestants en Fête à Strasbourg © Freddy Mulongo

3. AU GOUVERNEMENT.

– Honorer les engagements relatifs au financement de la CENI pour l’organisation des élections prévues au 23 décembre 2018,
– Poursuivre la libération des prisonniers politiques et la résolution effective des cas emblématiques pour la décrispation politique de notre Pays,
– Réajuster et payer les salaires des fonctionnaires au taux budgétaire

4. AU POUVOIR JUDICIAIRE.

– Mettre fin à des procès qui dévalorisent la dignité humaine,
– Arrêter d’instrumentaliser la justice pour des fins politiques,
– Subordonner l’appareil judiciaire aux règles de droits nationaux et internationaux,

5. AUX SERVICES DE SECURITE.

– Mettre fin à la désacralisation des lieux de culte,
– Cesser de se substituer en appareil judiciaire dans la procédure d’interpellation,
– Respecter les limites de leur compétence dans l’exercice de leurs fonctions,

6. A LA COMMISSION ELECTORALE NATIONALE INDEPENDANTE.

– Tenir à la vérité et la transparence soutenues publiquement,
– Informer régulièrement l’opinion de l’évolution du processus,
– Encourager la CENI à mettre tout en oeuvre pour que les élections aient lieu le 23 décembre 2018,

7. AUX ACTEURS POLITIQUES.

– Faire preuve de la responsabilité citoyenne – S’engager à l’éducation civique et électorale de leurs membres – S’impliquer de bonne foi dans le processus électoral

8. A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE.

– Jouer franc jeu dans l’accompagnement du processus électoral et le développement intégral de la RDC

9. AUX CONFESSIONS RELIGIEUSES.

– Favoriser le cadre de dialogue interconfessionnel sincère en vue de réaliser le rêve collectif Congolais ;
– Encourager les confessions religieuses d’assurer leur rôle prophétique

AG de la FPF, fin janvier © Fédération protestante de France

10. AUX MEDIAS.

– Vérifier les informations avant de les publier,
– Rester professionnels et faire preuve d’éthique de responsabilité

11.AU PEUPLE CONGOLAIS.

– S’exercer à la construction de la conscience collective pour faire de la RDC le principal sujet de notre joie,

12. AUX CHRETIENS PROTESTANTS.

  • Aux fidèles :

– Se mobiliser pour les élections du 23 décembre 2018,
– Manifester les ambitions politiques en vue de bénéficier du soutien de l’Église

  • Aux Clergés :

– Encourager, soutenir et accompagner les fidèles qui ont des ambitions politiques,
– Organiser les formations sur l’éducation civique et électorale;
– Continuer à prier pour la paix dans notre pays

Confiante de voir toutes les promesses de Dieu sur la RDC s’accomplir les unes après les autres, l’Église du Christ au Congo encourage les différents acteurs sociopolitiques, chacun en ce qui le concerne, de ménager aucun effort en vue de trouver une issue favorable au processus électoral sus-évoqué. C’est de cette manière que nous pouvons faire de la RDC le principal sujet de notre joie.

Que l’Éternel Dieu bénisse la RDC,
Que l’Eternel Dieu bénisse le peuple Congolais,
Que l’Eternel Dieu bénisse l’ECC !

Fait à Kinshasa, le 22 Février 2018.

 

Pour le Comité Exécutif National de l’ECC

Mgr Gabriel UNDA YEMBA
Modérateur du Synode National
Rév. Dr André BOKONDOA Bo-LIKABE
Président National et Représentant Légal

 




Sommes-nous aussi la foule ?

Quand ils approchèrent de Jérusalem, près des villages de Bethfagé et de Béthanie, ils arrivèrent au mont des Oliviers.

Jésus envoya en avant deux de ses disciples : « Allez au village qui est là devant vous, leur dit-il. Dès que vous y serez arrivés, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis . Détachez-le et amenez-le-moi. Et si quelqu’un vous demande : « Pourquoi faites-vous cela ?», dites-lui :  «Le Seigneur en a besoin, mais il le renverra ici sans tarder.»

Ils partirent donc et trouvèrent un âne dehors, dans la rue, attaché à la porte d’une maison. Ils le détachèrent.

Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur demandèrent : « Que faites-vous ? Pourquoi détachez-vous cet ânon ? »

Ils leur répondirent ce que Jésus avait dit, et on les laissa aller.

Ils amenèrent l’ânon à Jésus ; ils posèrent leurs manteaux sur l’animal, et Jésus s’assit dessus . Beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, et d’autres y mirent des branches vertes qu’ils avaient coupées dans la campagne. Ceux qui marchaient devant Jésus et ceux qui le suivaient criaient : « Gloire à Dieu ! Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur ! Que Dieu bénisse le royaume qui vient, le royaume de David notre père ! Gloire à Dieu dans les cieux ! »

Jésus entra dans Jérusalem et se rendit dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, il partit pour Béthanie avec les douze disciples, car il était déjà tard. Marc 11,1-11

 


Source : Pixabay

 

Pourquoi Jésus n’est-il pas entré secrètement à Jérusalem ? Pourquoi ce cortège royal ?

Est-ce pour anticiper la future inscription sur la croix : «Jésus de Nazareth roi des juifs »?

Est-ce pour accomplir la prophétie du prophète Zacharie (9,9) : «Sois transportée d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, le petit d’une ânesse» ?

On peut également penser à la bénédiction prophétique prononcée par Jacob sur son fils Juda : « Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda, ni le bâton souverain d’entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne le Schilo ( le messie), et que les peuples lui obéissent. Il attache à la vigne son âne, et au meilleur cep le petit de son ânesse. » (Gen. 49,11)

Depuis Abraham et Moïse, en passant par Balaam, Saül, David, ânes et ânesses ont rendu de fiers services à l’époque où le cheval était encore inconnu, et leurs charges n’étaient pas seulement matérielles. Dans la tradition juive, c’est l’âne qui portera le messie, et ceci symbolise sa domination sur la matérialité, en associant les mots hamor et homer, l’un signifiant âne, et l’autre matière en hébreu.

Dans notre récit cet âne est celui dont « le Seigneur a besoin », selon la parole de Jésus à ses disciples quand il les envoie requérir l’humble animal dans un village voisin.

Alors chacun va jouer son rôle, les disciples, l’âne, et la foule. Jésus connaissant l’âme humaine a sans doute prévu la réaction de liesse qui allait saluer son entrée à Jérusalem. Cette foule n’attend-elle pas quelque chose, quelqu’un, en lien avec son espérance de libération du joug romain ? D’autant plus que la fête qui se prépare est celle de Pessah, où l’on commémore la sortie de l’esclavage d’Égypte.

Mais les rameaux brandis par les présents sont également associés à une autre fête de pèlerinage, celle de Souccot, marquée par l’attente de la venue du Messie, et où les pèlerins chantaient le Psaume 118 : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Pourtant à l’ombre des acclamations se prépare la tragédie à venir, que Jésus a annoncée à plusieurs reprises : « Il faut que le Fils de l’homme meure et qu’il ressuscite le troisième jour. » Est-ce la même foule qui l’acclame aujourd’hui et qui réclamera sa mort dans quelques jours ? La question reste entière. Mais le salut sera pour tous !

 

 


Source : Pixabay

Nous prions pour notre envoyé à la Réunion, sa famille et toute l’Église en partageant cette prière « de nos humbles frères les ânes. »

Donne-nous, Seigneur, de garder les pieds sur terre et les oreilles dressées vers le ciel
Pour ne rien perdre de ta Parole.
Donne-nous, Seigneur, un dos courageux
Pour supporter les hommes les plus insupportables !
Et un gosier héroïquement fidèle à son vœu de ne pas boire quand il a soif.
Donne-nous d’avancer tout droit en méprisant les caresses flatteuses autant que les coups de bâton.
Donne-nous d’être supérieur aux injures et à l’ingratitude, car c’est la seule supériorité que nous ambitionnons.
Nous ne te demandons pas de nous faire éviter toutes les sottises,
Car Aristote dit qu’un âne fera toujours des âneries.
Donne-nous seulement de ne jamais désespérer de la Miséricorde
Si gracieuse pour les ânes si disgracieux…
Selon ce que disent les pauvres humains qui n’ont rien compris aux ânes ni à toi,
Mon Dieu qui a fui en Égypte avec un de nos frères
Et qui as fait ton entrée prophétique à Jérusalem sur le dos d’un des nôtres.
Amen !

 

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Marc 11,1-11 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :

 




Centrafrique : guérir du traumatisme

Déplacés de la région de Bohong fuyant les exactions de la Séléka et accueillis en août 2013 par l’Église luthérienne du village de Ndogue-la-Douane © EELRCA pour Défap

Officiellement, la République centrafricaine a tourné la page de la guerre civile. Mais c’est un pays qui reste profondément meurtri. Sur le plan politique, la reconstruction est en marche : le 23 juillet 2014 a marqué la signature d’un accord de cessation des hostilités à Brazzaville ; une nouvelle Constitution a été approuvée fin décembre 2015 par référendum ; un nouveau président a été démocratiquement élu, l’ancien Premier ministre Faustin-Archange Touadéra. Mais les violences perdurent et des régions entières sont encore sous le contrôle de milices qui font régner la terreur ou monnayent leur «protection». Environ 2,3 millions de Centrafricains, soit la moitié de la population, survivent grâce à l’aide humanitaire. Plus des trois-quarts des habitants du pays sont toujours en situation d’extrême pauvreté. Sur le million de Centrafricains qui ont fui les violences à partir de mars 2013, on dénombre encore aujourd’hui 384.000 personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et plus de 467.000 réfugiés au Cameroun, au Tchad, en République démocratique du Congo et en République du Congo. Un peu plus de la moitié des structures sanitaires du pays sont en état de fonctionner, un quart disposent d’une source d’énergie et 2% d’accès à l’eau potable.

Si les Églises seules ne peuvent relever un pays, elles ont un rôle d’accompagnement de la population irremplaçable quand les structures collectives sont détruites, l’État défaillant, et que le gouvernement peine à imposer sa légitimité au-delà des limites de la capitale, Bangui.

Éviter la résurgence des affrontements interconfessionnels

Pour aller plus loin :

Au cours des dernières années, le Défap a tout particulièrement accompagné l’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCRC), membre de la Cevaa et présente dans la capitale (lire : Poursuivre l’accompagnement de l’Église à Bangui). Mais il est aussi en lien avec d’autres Églises qui interviennent dans d’autres régions, dans des conditions tout aussi difficiles et qui ont les mêmes besoins ; c’est notamment le cas de l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine (EELRCA), dont une délégation, composée du président Samuel Ndanga Toue et de l’administrateur Patrick Kelembho, était présente le samedi 17 mars lors de l’Assemblée Générale du Défap.

L’EELRCA regroupe 120.000 membres à travers 544 «congrégations» (paroisses) ; elle compte 74 pasteurs et 540 «catéchistes diplômés» ; elle est présente surtout dans la partie Ouest du pays. Elle est en lien plutôt avec des partenaires américains (ELCA) mais a entretenu aussi pendant de longues années des relations avec les protestants de France via la Colureum (Commission luthérienne des relations avec les Églises d’outre-mer), aujourd’hui intégrée au Défap. Intervenant devant les participants de l’AG du Défap, son président a rappelé brièvement son histoire (sa création en 1930 par les missionnaires américains comme partie du Synode Général de l’Église Évangélique Luthérienne du Cameroun, jusqu’à son indépendance en 1973), ses missions (regroupées en trois volets : évangélisation, formation, diaconat), et surtout ses défis actuels en lien avec la situation du pays.

De l’urgence à la reconstruction

Intervention de la délégation de l’Église Évangélique Luthérienne de République Centrafricaine à l’Assemblée générale du Défap © Défap

Si, pendant la phase la plus aiguë de la guerre civile, le besoin primordial était d’apporter une aide matérielle d’urgence aux déplacés et sinistrés, désormais il faut se soucier de reconstruire. L’une des tâches les plus difficiles auxquelles sont confrontées les Églises en RCA est de désamorcer les tensions communautaires. «Aujourd’hui, a souligné Samuel Ndanga Toue, toutes les Églises travaillent ensemble pour la paix. Et il existe pour cela une plateforme commune regroupant catholiques, protestants et musulmans». Si un affrontement interconfessionnel généralisé a été évité durant les années 2013-2014, c’est déjà en grande partie grâce à des responsables religieux qui ont refusé de voir la religion instrumentalisée. Mais le risque est toujours très présent. «Le souci majeur c’est de faire comprendre aux Centrafricains et Centrafricaines qu’ils doivent s’accepter, se pardonner en vue de la réconciliation. Ils doivent comprendre que les seigneurs de guerre ont instrumentalisé la religion pour parvenir à leur fin ; et en le faisant ils ont bel et bien réussi à faire voler en éclats la coexistence pacifique qui régnait au pays.»

Tout comme l’EPCRC, l’EELRCA accompagne aussi les victimes de violences. Comme l’a souligné son président, l’Église «a organisé un séminaire ayant pour thème Guérir du traumatisme. Cette formation des formateurs avait pour objectif la prise en charge des personnes traumatisées pendant la crise qui a secoué le pays.» Elle accompagne les femmes, particulièrement ciblées par les violences, les jeunes dont une grande majorité sont sans activité et constituent toujours un vivier pour les recruteurs des groupes armés ; elle doit en même temps faire face à une situation matérielle très difficile, qui la pousse à chercher des ressources. Et pour relever tous ces défis, elle est en quête de soutien.




Assemblée générale du Défap : le message du président

 

 

Chers frères et sœurs en Christ,
Comme nous le savons tous :

La place des religions dans la société est en crise

Image de l’Assemblée Générale du Défap © Défap

Voici trois articles de presse que je partage avec vous.

  1.  Le 12 janvier 2018, le journal Le Monde fait paraître un article intitulé Le Parlement égyptien veut légiférer contre l’athéisme. Pourtant le Président Al-Sissi a affirmé à notre délégation en visite au Caire en novembre dernier qu’il était attaché à la liberté de croire et à celle de ne pas croire !
  2.  Dans le numéro du 8 février 2018 de l’hebdomadaire protestant Réforme Alain Joubert fait paraître un article dans le courrier des lecteurs. Il raconte, alors qu’il est dans le transilien il ouvre son livre intitulé Jésus de Nazareth avec en couverture une magnifique descente de la croix. Un voisin «d’apparence arabe», écrit-il, change alors de place, un autre voisin de type européen, la soixantaine, l’apostrophe: «On en a marre! Vous ne voyez pas que vous gênez les autres avec votre livre ! Si vous êtes croyant, c’est votre problème. Vous pouvez lire ça chez vous ; mais ici, on est dans un pays laïc. C’est à cause des croyants qu’il y a les guerres et les massacres. » Alain Joubert ajoute : une dame très BCBG du même âge approuve ses propos !
  3.  Toujours dans Réforme, le numéro du 1er mars 2018 fait état du rapport du préfet Gilles Clavreul sur Laïcité, valeurs de la République et exigence minimales de la vie en société demandé par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Valentine Zuber, auteure de l’article, est historienne et spécialiste de l’histoire de la liberté religieuse en Europe occidentale et de la laïcité en France. Elle attire l’attention du lecteur sur le risque induit par ce rapport d’une dérive de la laïcité vers une religion politique. D’où sa conclusion: Il faut donc décidément dénoncer ces tentatives abusives de neutralisation autoritaire de la société et œuvrer à démasquer cette « laïcité » dogmatique qui prend des allures de religion politique.
Message du président du Défap © Défap

Voici trois exemples parmi beaucoup d’autres qui témoignent clairement que la place des religions est aujourd’hui en crise.

Il n’y a pas que le place des religions, et donc de la laïcité qui est remise en cause. Beaucoup de valeurs, de traditions, sont bousculées par la préoccupation écologique, l’arrivée de l’intelligence artificielle qui bouleverse déjà la nature du travail et supprime des métiers avant éventuellement d’en créer d’autres mais avec quelle rémunération. A cela s’ajoute la montée du transhumanisme, l’épuisement du modèle de la société de consommation, le rôle du médecin amené aussi à évoluer fortement, etc. La vie dans toutes ses dimensions est impactée par ces profonds changements techniques, sociétaux, éthiques et religieux. On mesure que ces changements sont à l’œuvre mais on ne mesure pas ce qui va apparaître. On sait ce qu’on perd, mais on ne sait pas ce qu’on gagne. D’où un sentiment paradoxal fait d’inquiétude et d’angoisse pour le lendemain mais aussi fait d’espoir avec l’émergence de nouvelles opportunités.

Les Églises aujourd’hui sont en crise sur la façon d’évangéliser, la reconnaissance ou non par la société de son message. À son niveau le Défap est en crise tout comme les Églises qui le mandatent.

La pertinence de l’outil Défap est en crise

Pour aller plus loin :

Écoutons les questions qui ne cessent d’être posées au Défap : a-t-on encore besoin d’avoir des envoyés alors que l’évangélisation est à faire dans notre pays et que l’argent des Églises diminue ? Faut-il encore continuer cette mission qui n’est pas sortie du colonialisme ? Alors que le flux des immigrés pose problème, le Défap parle encore des étrangers ! Faut-il encore travailler avec certaines Églises du Sud qui veulent venir évangéliser en France sans liens avec les Églises locales ? Des permanents du Défap s’interrogent aussi : où va le Défap ? Dans quelle direction devons-nous aller ? Comment mieux travailler avec la Cevaa ? Toutes ces questions et toutes celles que chacun porte en lui-même sont légitimes. Dans cette crise, et peut-être grâce à elle, l’action courageuse et créative du Défap depuis tant d’années suscite chez les personnes qui vivent une expérience interculturelle des évolutions personnelles, qui font sens pour elles. Leurs témoignages sont comme des pépites qui éclairent la vie des Églises et stimulent la dynamique missionnaires des Églises locales et des paroisses.

Au cœur de cette crise, des pépites missionnaires

Elles éclairent d’une manière singulière l’action du Défap. Elles stimulent les Églises locales et les paroisses dans leur mission.

1. À titre d’exemple, voici quelques courts extraits du Journal des envoyés de décembre 2017, qu’ils soient Volontaires du Service Civique International VSCI réservés aux 18-25 ans ou Volontaires de la Solidarité Internationale VSI.

a. Lygia SAUVE Assistante d’éducation, volontaire du service civique dans un complexe scolaire de l’EPMB à Cotonou / BENIN écrit :
…J’intègre, peu à peu, la culture du pays, mon esprit s’ouvre à la différence et je suis curieuse d’apprendre encore de « l’autre ». J’ai le sentiment de ne plus réfléchir comme je pouvais le faire jusque-là, d’une façon presque étriquée ; je peux prendre davantage de recul face à certaines situations qui se présentent. …

b. Pauline CICORELLI Pharmacienne, volontaire du service civique au département synodal de santé de l’EEC à Brazzaville / CONGO :
C’est pendant ces premières semaines que j’ai eu le plaisir de découvrir la religion protestante côté congolais. Mes premiers cultes sont marqués par leurs multiples chorales et leurs magnifiques chants, serrer la main de chacun de ses voisins afin de simplement se dire bonjour et enfin la promesse d’abandonner les péchés pour suivre Jésus par les nouveaux convertis…
… Les différences culturelles, l’éloignement familial et amical et l’adaptation ne sont pas tous les jours faciles. Cependant chaque jour, sans exception, je me répète : « ça vaut le coup !« . Ce partage et ces échanges que je vis quotidiennement resteront gravés en moi et je sais déjà qu’il va être difficile de partir. …

Le président du Défap présentant les délégués de l’EELRCA © Défap

c. Un professeur de théologie de l’IPT à la faculté de théologie de Montpellier en Ancien Testament, Dany Nocquet, a été envoyé par le Défap en novembre 2017 auprès de la faculté de théologie protestante de l’Église évangélique du Congo à Mansimou dans la banlieue de Brazzaville. Il a écrit un courrier au Défap en forme de bilan. Voici sa conclusion :
Ce fut une joie d’avoir vécu ce temps et d’avoir ressenti cette « douleur non dite », mais perceptible, de frères et sœurs de notre Église. Dans ce cadre, ce fut un vrai bonheur d’avoir pu partager une autre façon de lire le vieux Testament. Il me semble avoir ouvert une fenêtre et permis de lire « autrement » les textes bibliques en mettant à distance les présupposés théologiques et moraux qui si souvent enferment les Écritures. Pour combien de temps la fenêtre demeurera-t-elle ouverte ? Quoiqu’il en soit, de tels échanges sont nécessaires pour mieux se comprendre mutuellement, et participent d’une solidarité à promouvoir toujours plus pour construire, malgré tout, une part de l’Église invisible. Le soutien et l’investissement du Défap dans de telles rencontres sont plus que jamais indispensables pour le protestantisme européen.

2. Pour continuer l’énumération de quelques exemples de ce qui se vit grâce au Défap, je vous propose de façon aléatoire l’intitulé de quelques thèses récentes rédigées par les boursiers que le Défap a la joie d’accueillir au nom des Églises. Si le Défap envoie des personnes, il accueille également entre autres des boursiers.
a. FAIRE ÉGLISE ENSEMBLE : DÉFI OU ILLUSION ? Le cas des immigrés en France par JEAN PATRICK NKOLO FANGA  in Cahiers de l’Institut Lémanique de Théologie Pratique.
b. Église et conditionnements culturels : sortir des rétrécissements éthiques par André Zabulon Djarra du Bénin
c. Trinité : entre trithéisme et monothéisme par Kpédonou Jérémie Gandonou du Bénin.
d. Apport de l’Église à la consolidation de la démocratie au Bénin par Elie Tchepko
e. Les défis catéchétiques de l’Église en zone de conflits par Nelly Mfoutou du Congo

3. On ne peut oublier non plus l’action de la Bibliothèque et des Archives du Défap qui contribuent à l’action missionnaire en ouvrant sa fabuleuse mémoire aux chercheurs et en réunissant un grand nombre de publications et de livres sur la mission. Grâce à sa notoriété, même le musée du Quai Branly a fait appel aux Archives du Défap pour illustrer son exposition « L’Afrique des routes » en automne dernier.

On pourrait ajouter à tout cela les témoignages innombrables de celles et ceux qui ont participé aux échanges d’Église, aux formations communes de pasteurs, à la réalisation des projets, etc. Malgré l’obtention toujours plus difficile des visas, l’action du Défap offre la possibilité d’une transformation des regards et des préjugés des uns sur les autres. A l’heure des fake news et de l’amplification des préjugés par les réseaux sociaux et l’information continue, vivre la mission partagée comme cela se fait au Défap est un bon antidote ! Ces différentes actions sous forme d’échange de personnes et de projets partagés font découvrir les réalités des autres Églises, suscitent en retour un regard renouvelé sur sa propre Église, permettent de comprendre que les Églises ont des atouts et des faiblesses et qu’il est nécessaire, utile et pertinent de mettre ensemble les expériences pour vivre la mission de Dieu. En ce sens le Défap participe à stimuler l’action missionnaire des paroisses et des églises locales.

L’institution Défap est en crise

  1.  La récente décision de l’Uepal de verser sa contribution directement à la Cevaa met en crise le modèle du Défap tel qu’il a été pensé à sa création en 1971. Le Département évangélique français d’Action Apostolique composé des cinq Églises luthériennes et réformées était alors chargé communautairement de soutenir financièrement la Cevaa et de relayer son action. En quoi le modèle 1971 ne convient plus ? Par quoi le remplacer ? Que faut-il garder ?
  2.  Le Secrétariat du Défap connaît également des difficultés. La démission de son Secrétaire général le 13 janvier dernier en témoigne. Était-ce un conflit comme semble le dire Bertrand Vergniol lorsqu’il précise, je cite : «le pasteur Bertrand Vergniol a présenté sa démission au Conseil du Défap réuni le 13 janvier 2018 suite à une incompatibilité durable entre l’équipe en place et l’exercice du ministère de Secrétaire général tel qu’il le concevait» ? Ou bien est-ce une crise dont il faudrait préciser les contours ? Le Conseil du Défap du 13 janvier 2018 a estimé que l’équipe ad hoc qu’il a nommée pour faire fonction de Secrétaire général doit travailler sur les articulations au sein du Défap. Cette crise, ou ce conflit, a généré beaucoup de souffrance aussi bien chez Bertrand Vergniol que chez les permanents du Défap mais aussi chez les membres du Bureau, du Conseil et autres commissions à des degrés divers. Dans cette crise majeure, je rends hommage à tous les acteurs et à toutes les instances qui ont été à la hauteur de la situation et ont cherché à préserver la dynamique missionnaire. L’équipe des permanents est au travail, Bertrand Vergniol assure les missions données par l’équipe ad hoc, les commissions et les instances fonctionnent. La situation est encore fragile mais la mission du Défap se poursuit. Merci à tous.
  3.  Sur le plan financier, le Défap doit faire face à la perte du programme ABS et à une diminution sensible de la contribution de l’EPUdF. D’où la nécessité d’un redéploiement en interne des activités mais aussi d’être plus performant pour aller à la recherche de financements extérieurs de projets lesquels doivent s’inscrire dans l’esprit du Défap.

Ce n’est pas parce que le Défap est entraîné dans une crise qui le dépasse qu’il faut le supprimer ! Que serait une Église sans la dimension d’Église universelle ? Que deviendrait une Église qui marginalise la dimension internationale ? Ne risque-t-elle pas de se replier sur elle-même et ses problèmes et par voie de conséquence d’affaiblir le message du Christ ?

Quel est le sens de cette crise multiforme ?

Toute crise suscite, pour un temps donné, une période aigüe et douloureuse. Cela est vrai pour les Églises du Nord comme du Sud, de l’Est comme de l’Ouest. Car la mondialisation et les nouvelles techniques remettent en question les modes de vie ecclésiale, elles interrogent le sens profond de la mission de Dieu. Mais toute crise est une opportunité. Pour les Églises : celle de témoigner de l’Evangile à nouveaux frais, celle de permettre de découvrir ou redécouvrir pour soi et pour d’autres la puissance de la parole de Dieu en Jésus-Christ pour aujourd’hui. Je propose à votre méditation trois citations qui malgré leur radicalité donnent du souffle à un témoignage renouvelé des chrétiens.

Si on en croit Théodore Monod, on n’a pas encore essayé le christianisme.

Si on entend Jacques Ellul, l’alliance du trône et de l’autel, le constantinisme, au lieu de christianiser l’empire a paganisé l’Église. « Comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Église ait donné naissance à une civilisation, à une culture en tout inverse à ce que nous lisons dans la Bible… Si bien que, d’une part, on a accusé le christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges qui ne sont en rien contenus dans le texte et l’inspiration d’origine et, d’autre part, on a modelé progressivement, réinterprété la Révélation sur la pratique qu’en avaient la chrétienté et l’Église.»

Si on lit l’interview par Réforme de Jean-François Colosimo, essayiste et théologien orthodoxe sur son livre Aveuglements il est plein de confiance. «Vous n’êtes donc pas désespéré ?» lui demande Réforme. «Pas du tout. La seule urgence est de revenir au travail théologique, non pas de manière scolaire, mais en vue de l’évangélisation. Partout ailleurs dans le monde, le christianisme ne fait que commencer. S’il venait à finir en Europe, ce ne serait jamais que la preuve de notre manque de foi.»

Ces réflexions concernent toutes les Églises, qu’elles soient anciennes ou récentes, qu’elles soient dynamiques ou essoufflées, du Sud, de l’Est, de l’Ouest comme du Nord. Ce n’est parce que les temples sont remplis que les Églises n’ont pas de faiblesses. Ce n’est par parce qu’il y a une participation clairsemée au culte que les Églises n’ont pas d’atout. Ces réflexions nous aident à penser que le témoignage évangélique, que la mission chrétienne en paroles et en actes est profondément attendu. Dans un contexte de repli identitaire il fait bon rappeler comme le dit cette confession de foi lue par Didier Fiévet lors de l’émission protestante sur France Culture du 11 Mars 2018: Nul besoin de cultiver une identité : elle nous est gratuitement donnée. Sans condition, sans mérite. C’est là notre liberté ! Dans un contexte d’une recherche toujours plus grande de liberté, annoncer que Jésus, le Christ est une autorité qui libère fait sens. Dans une société qui a de plus en plus peur de l’autre, de l’étranger, l’appel du Christ reprenant un des fondamentaux de l’Ancien Testament à aimer son prochain est un appel à la vie et les Béatitudes un formidable don : celui du sens de sa vie.

Le Défap, comme la Cevaa sur un autre plan, est à la croisée des cultures, des questions et des espérances. Les Églises doivent véritablement être ensemble avec toute leur diversité pour dynamiser la mission là où elles vivent.

Appel au Défap et aux Églises membres à se lancer dans une dynamique refondatrice du Défap pour 2021

Dans ce contexte de crise multiforme qui est le nôtre, et dans cette attente de nos contemporains d’une parole qui fasse sens pour eux, une parole de confiance, je lance un appel au Défap. J’appelle le Défap à entrer dans une dynamique refondatrice sur sa ou ses missions et son institution. J’appelle la Cevaa à bien vouloir rejoindre une telle dynamique. J’appelle les Églises membres du Défap à oser cette refondation grâce à tout le travail d’évaluation qu’elles ont fait précédemment dans les années 1992-1993. J’appelle les Églises membres de la Cevaa à faire chemin ensemble sur cette thématique. Non pas pour la recherche d’un seul bien-être ecclésial, mais pour un mieux missionnaire. Non pas pour satisfaire à la mode du zapping permanent. Mais pour rendre plus crédible et plus pertinent le fait que la mission à l’internationale sert la mission intérieure et réciproquement.

Bertrand Vergniol pensait fêter le bicentenaire de la SMEP en 2022. Or la SMEP a eu deux héritiers : la Cevaa, aujourd’hui Communauté des Églises en Mission et le Défap, aujourd’hui Service Protestant de Mission. Je ne sais pas s’il est opportun ou non de fêter en tant que tel le bicentenaire de la Société des Missions Évangéliques de Paris, la SMEP, laquelle n’existe plus. Mais je sais que fêter le jubilé du Défap et de la Cevaa est une manière de rappeler d’où on vient et de faire mémoire de la SMEP. Je sais aussi que prendre le temps de cette fête c’est aussi prendre le temps de chercher à mieux se projeter dans l’avenir pour les décennies qui viennent dans un monde qui évolue rapidement, sans cesse et en profondeur.

Comment le Défap peut-il aider, stimuler, les Églises locales et paroisses dans leur ministère d’évangélisation ? Comment peut-il mettre ses compétences à l’interculturel, son expertise internationale au service des Églises membres pour les aider dans leur mission ?

Pour mieux répondre à ces questions, j’appelle le Défap à entrer dans une réflexion refondatrice pendant ces trois prochaines années pour vivre le cinquantenaire du Défap et de la Cevaa, si elle le souhaite, en 2021 avec une vision et une action renouvelées au service du seul Seigneur Jésus, le Christ !

Joël Dautheville
Mars 2018

 

 

Retrouvez ci-dessous quelques images de l’AG du Défap (à retrouver sur la page Facebook du Défap):

 

 




Le président de l’Église du Christ au Congo à la rencontre des protestants de France

Philippe Kabongo, le professeur Honoré Muenyi Kamuinga, et André Bokundoa, président de l’ECC, au Zénith pour le grand culte de Protestants en Fête à Strasbourg © Freddy Mulongo

Élu le 19 août dernier président national de l’Église du Christ au Congo (ECC), le pasteur André Bokundoa-Bo-Likabe est arrivé à la tête de la principale Fédération protestante de RDC dans un contexte de fortes tensions politiques, marqué par des manifestations violemment réprimées réclamant le départ du président Joseph Kabila. Des tensions qui n’épargnent pas les Églises : car pour tenter de rétablir un dialogue jusqu’alors rompu entre le président et les partis d’opposition, l’Église catholique a, dans un premier temps, joué un rôle de médiateur, obtenant un accord, dit «de la Saint-Sylvestre», en vertu duquel des élections libres et transparentes devaient être organisées avant la fin de 2017.

Accord qui n’a jamais été respecté, ce qui a poussé les évêques congolais à renoncer à cette médiation et à réclamer à leur tour une rapide alternance politique. Depuis lors, c’est une organisation proche de l’Église catholique, le Comité laïc de Coordination (CLC), qui a pris la tête de la contestation. Après avoir organisé trois marches pacifiques de chrétiens contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila, toutes violemment réprimées, il a diffusé lundi un appel à la population intitulé «Jusqu’au bout nous irons!».

Le soutien des protestants de France à l’ECC

Pour aller plus loin :

L’Église catholique est, de ce fait, devenue une cible du pouvoir au même titre que les partis d’opposition, et sa position a poussé les autres Églises à s’impliquer à leur tour. De sorte que désormais, les protestants sont eux aussi directement menacés. Ce qu’illustre le cas du pasteur François-David Ekofo : après avoir dénoncé, lors d’un service commémorant le 17ème anniversaire de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, les lacunes de l’autorité et de la justice en RDC devant l’actuel chef de l’État et ses proches, il a dû quitter précipitamment le pays.

Des intimidations qui n’ont pas fait renoncer le pasteur  Bokundoa à sa liberté de parole : «Nous sommes appelés des protestants parce que nous protestons toujours contre ce qui n’est pas juste. Bien-aimés, nous voulons vous rassurer : nous sommes protestants et nous devons le rester. Nous n’abandonnerons pas notre identité pour une autre», a-t-il déclaré le lundi 19 février à l’ouverture de la 53ème session ordinaire du Comité exécutif national de l’ECC. Et de citer le livre de Proverbes (29-2) : «Quand les justes se multiplient, le peuple est dans la joie ; Quand le méchant domine, le peuple gémit».

AG de la FPF, fin janvier © Fédération protestante de France

Les menaces ciblant les Églises en RDC ont suscité un mouvement de solidarité allant bien au-delà des frontières de la République démocratique du Congo. Fin janvier, l’assemblée générale de la Fédération protestante de France, réunissant près de 170 délégués représentant 30 unions d’Églises et plus de 500 œuvres, communautés et associations (dont le Défap), a voté une recommandation apportant un soutien sans réserve à l’Église du Christ au Congo et à son nouveau président, face à «la situation sécuritaire et de tensions politiques en République Démocratique du Congo» et à «la répression que subissent dans ce pays les chrétiens qui réclament des élections crédibles et la cessation des violences politiques». Ce message a été transmis en février au pasteur Bokundoa par le pasteur Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarités Internationales au sein du Défap, alors en visite en RDC.

Ce samedi 17 mars, le pasteur Bokundoa est arrivé en France, ce qui devrait lui permettre de rencontrer divers représentants du protestantisme français, ainsi que des membres des Églises congolaises. Son arrivée a coïncidé avec l’Assemblée Générale du Défap. Il doit être reçu en début de semaine à la Fédération Protestante de France. Son premier voyage à l’étranger avait déjà été pour la France : il était en effet à Strasbourg pour les célébrations des 500 ans de la Réforme, en tant qu’invité d’honneur de la FPF.




RDC : les défis des protestants congolais

Le pasteur Jean-Luc Blanc, du Défap, en compagnie de la doyenne et de l’équipe de la Faculté de Théologie de Goma © Défap

Traverser un quartier populaire de Kinshasa, pour un visiteur français et, de surcroît, protestant, c’est une expérience que l’on n’oublie pas. À chaque coin de rue ou presque, des dizaines d’Églises aux dénominations les plus diverses, parfois logées dans d’imposants bâtiments pour les plus prospères d’entre elles, parfois recevant les fidèles sous un simple toit de tôle ondulée posé sur des piquets. Aujourd’hui en République démocratique du Congo, au sein d’une population de 77 millions d’habitants (c’est le pays le plus peuplé d’Afrique francophone) et à 80% chrétienne, le protestantisme représente une part de 40%. Une partie des centaines d’Églises qui se sont implantées dans la seule capitale sont marquées par l’influence pentecôtiste et charismatique ; mais en ce qui concerne les Églises protestantes traditionnelles, elles sont pour la plupart membres d’une même grande fédération : l’Église du Christ au Congo (ECC). Le protestantisme français est en relation directe avec elle, et lors de son dernier voyage en RDC, en février, Jean-Luc Blanc, du service Relations et Solidarités Internationales du Défap, a notamment rencontré son nouveau président, le pasteur André Bokundoa.

Depuis son accession à la souveraineté en 1960, la RDC a connu une histoire chaotique et tout, dans ce territoire, en porte les marques. L’économie : en dépit de ses richesses naturelles, la RDC figure parmi les pays les plus pauvres du monde et se situe au 176ème rang (sur 187) de l’indice de développement humain calculé par l’Onu. Les infrastructures : à Kinshasa même, les routes goudronnées sont une minorité, et l’on trouve à l’entrée de la ville une ancienne voie de chemin de fer reconvertie en marché. La vie politique : le pays a connu une multitude de conflits et l’une de ses provinces, le Nord-Kivu, est ravagée par la guerre, contrôlée par des milices et échappe au pouvoir central depuis des années. L’actuel président, Joseph Kabila, à la tête de l’État depuis la mort de son père, Laurent-Désiré Kabila, en 2001, gouverne depuis décembre 2016 sans mandat. La vie religieuse n’a pas échappé à cet aspect chaotique de l’histoire de la RDC, et la multiplication des dénominations en est un des symptômes…

L’ECC, à la fois Fédération et Église… et cible du pouvoir

Pour aller plus loin :

Il y a pourtant des facteurs d’unification à ne pas négliger. L’Église du Christ au Congo rassemble 95 communautés ecclésiales différentes (on préférera parler de «communautés» plutôt que «d’Églises» au sein de l’ECC), dont 70 sont présentes dans la seule ville de Kinshasa. Un partenaire de taille… et surtout, une institution représentant un protestantisme moins divers qu’il n’y paraît : l’ECC cumule les caractéristiques d’une Fédération et d’une Église. Toutes les dénominations qui la composent se retrouvent lors d’un même synode. Et d’une communauté à l’autre, les théologies dialoguent, les liturgies se rapprochent. Les facultés de théologie jouent pour cela un grand rôle : entre les communautés baptiste, anglicane ou mennonite, on retrouvera des pasteurs qui ont fréquenté les mêmes universités et suivi les mêmes cours.

Le Défap travaille justement avec cinq universités protestantes en RDC, toutes membres du RUPA (le Réseau des Universités Protestantes d’Afrique), garant d’un bon niveau académique, et qui disposent chacune d’une faculté de théologie. Dans un pays aussi vaste que la RDC et où le fait religieux est aussi prégnant, ces universités présentent des promotions impressionnantes : 9000 étudiants pour l’Université Protestante du Congo à Kinshasa, dont 300 en théologie ; 3225 étudiants pour l’Université Évangélique en Afrique (Bukavu) dont 686 en théologie ; 3000 étudiants pour l’Université Libre des Pays des Grands Lacs à Goma, dont 380 en théologie… Au sein de ces facultés se rencontrent des élèves issus de communautés ecclésiales différentes, entretenant ainsi le dialogue œcuménique. Parmi leurs responsables figurent souvent d’anciens boursiers du Défap. Les relations avec la France se concrétisent aussi à travers des échanges de professeurs. En outre, le Défap reçoit des étudiants boursiers et des professeurs en congé de recherche.

«Message fraternel et de prière» des protestants de France

Mais l’omniprésence du religieux dans l’espace public a d’autres conséquences, notamment dans l’actuelle période de troubles politiques. Des conséquences qui, indirectement, interrogent aussi les protestants de France. Car avec la multiplication des manifestations réclamant le départ de Joseph Kabila, une médiation a été lancée sous l’égide de l’Église catholique, seule institution disposant du poids et de la reconnaissance suffisante au sein de la société congolaise pour être acceptée comme arbitre par toutes les parties, ce qui a permis la signature d’un accord. Accord dont le non-respect a poussé les évêques à réclamer à leur tour une rapide alternance politique. Depuis lors, c’est une association de laïcs liés à l’Église catholique qui a pris la tête de la contestation, poussant les autres Églises à s’impliquer à leur tour, au risque de devenir également des cibles privilégiées de la répression. C’est la situation dans laquelle se trouve désormais l’ECC (lire : République démocratique du Congo et Centrafrique à l’honneur lors de l’AG du Défap).

D’où la recommandation votée fin janvier à Paris lors de l’assemblée générale de la Fédération protestante de France ; et lors de sa rencontre avec le pasteur Bokundoa, Jean-Luc Blanc était aussi porteur d’un message de soutien des protestants de France, «un message fraternel et de prière face aux menaces dont font l’objet les dirigeants de l’Église».

Franck Lefebvre-Billiez

Le Défap en République Démocratique du Congo :
  Le Défap travaille en lien avec les universités protestantes suivantes:
    – L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa);
    – L’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu);
    – L’Université Évangélique en Afrique – UEA (à Bukavu);
    – L’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga).
  Toutes ces universités comportent une faculté de théologie.
  Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en RDC notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de boursiers.

 




Mourir comme le grain pour porter du fruit !

Quelques Grecs se trouvaient parmi ceux qui étaient venus à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête. Ils s’approchèrent de Philippe, qui était de Bethsaïda en Galilée, et lui dirent: « Maître, nous désirons voir Jésus. » Philippe alla le dire à André, puis tous deux allèrent le dire à Jésus.

Jésus leur répondit : « L’heure est maintenant venue où le Fils de l’homme va être élevé à la gloire. Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : un grain de blé reste un seul grain s’il ne tombe pas en terre et ne meurt pas. Mais s’il meurt, il produit beaucoup de grains. Celui qui aime sa vie la perdra, mais celui qui refuse de s’y attacher dans ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, il doit me suivre ; ainsi, mon serviteur sera aussi là où je suis. Mon Père honorera celui qui me sert. »

« Maintenant mon coeur est troublé. Et que dirai-je ? Dirai-je : Père, délivre-moi de cette heure de souffrance ? Mais c’est précisément pour cette heure que je suis venu. Père, donne gloire à ton nom ! » Une voix se fit alors entendre du ciel : « Je l’ai déjà glorifié et je le glorifierai de nouveau. » La foule qui se trouvait là et avait entendu la voix disait : « C’était un coup de tonnerre ! » D’autres disaient : « Un ange lui a parlé ! » Mais Jésus leur déclara : « Ce n’est pas pour moi que cette voix s’est fait entendre, mais pour vous. C’est maintenant le moment où ce monde va être jugé ; maintenant, le dominateur de ce monde va être chassé. Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai à moi tous les humains. »

Par ces mots, Jésus indiquait de quel genre de mort il allait mourir. Jean 12,20-33

 

 


Source : Pixabay

 

L’évangile de Jean est complexe car Jésus renverse volontairement le sens des mots. Quand il parle d’élévation et de gloire, il n’évoque pas la puissance et l’éclat, mais la terrible réalité de la croix.

Il a ressuscité Lazare, il est entré à Jérusalem sous les acclamations. Des grecs prosélytes présents à Jérusalem pour participer à la Pâque juive désirent le rencontrer…

Alors il comprend que son heure est venue, il sait qu’il va souffrir, il avoue être troublé. Pourtant, à la différence de ce qui passe à Gethsémané dans les autres évangiles, il ne demande pas à Dieu son Père de l’épargner, car en communion avec lui, il connait déjà et accepte l’inéluctable passage par la souffrance. Il en va de la manifestation de la vérité, il en va de la victoire de la lumière sur les ténèbres.

L’image du grain qui meurt pour porter du fruit, dans sa simplicité, est pleine de consolation. Certainement pour Jésus, mais surtout pour tous ceux qui le suivent et le servent. Car en mourant il les attire à lui pour les inscrire dans sa résurrection et sa vie éternelle.

 

 


Source : Pixabay

Nous prions pour nos envoyés à Madagascar et pour tout le peuple malgache à travers cette prière du grain de blé qui pourrait être celle d’un grain de riz.

Grain de blé,
Je suis si peu de chose
Posé au creux d’une main.
Grain de blé,
Je suis vraiment minuscule
Dans l’immensité d’un champ.
Grain de blé,
Je m’enfonce profond
Jusqu’au cœur de la terre.
Grain discret,
Je me fais oublier
Mais mon cœur veille.
Grain donné,
L’attente se fait
Dans mon lit de terre.
Grain qui meurt,
Je me vide de moi-même.
Grain levé,
Tige et feuilles me tirent vers la lumière.
Grain qui fleurit,
Vive la vie remplie de fruits !

Glem

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Jean 12,20-33 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :

 




Partir en mission, oui… mais avec quel bagage ?

Vue des travaux des ERM lors de la réunion du 15 mars © Défap

La Mission implique l’idée de mouvement. À plusieurs titres : il s’agit d’aller vers les autres, mais aussi d’accepter de se décentrer pour permettre la rencontre, voire de se laisser bousculer dans ses convictions… Dès lors, que doit-on garder ou laisser pour répondre à cet appel ? La question était au cœur du travail sur la dynamique de la Mission proposé le jeudi 15 mars par le pasteur Florence Taubmann, chargée des relations avec les paroisses au sein du Défap, lors de la réunion des ERM. Tout au long de l’année, les Équipes Régionales Mission, composées à la fois de pasteurs et de laïcs, travaillent avec les régions et les Églises locales pour soutenir leur dynamique missionnaire ; les rencontres organisées à intervalles réguliers au siège du Défap, à Paris, sont l’occasion à la fois d’échanger des nouvelles et d’initier des réflexions sur la Mission. Pour susciter les débats en ce 15 mars, divers textes bibliques illustrant l’envoi… et une conférence filmée de Clair Michalon de janvier 2012 intitulée «Les Roms, derniers porteurs de notre culture d’origine». Ce sociologue, ancien envoyé au Gabon, spécialiste de l’interculturel, a participé il y a un certain nombre d’années aux formations des envoyés du Défap. Aujourd’hui c’est une de ses collègues, Évelyne Engel, qui a pris le relais.

Quel rapport entre les Roms et la Mission ? En fait, à travers cette intervention d’un peu plus d’un quart d’heure, Clair Michalon revisite avec humour et pertinence l’histoire humaine depuis ses plus lointaines origines, décrivant le passage de l’état de nomades à celui de sédentaires et toutes les «inventions» qui l’ont entouré : celle de l’agriculture, du travail, de la propriété… Avec tout ce qui en découle comme rapport à l’espace et aux ressources naturelles, comme mythes fondateurs et comme visions du monde antagonistes.

Vous pouvez voir cette intervention ci-dessous :

La Mission implique-t-elle, pour celles et ceux qui la portent, de redevenir nomades ? Le pasteur Dina Radafiarijaona (ERM Centre-Alpes-Rhône) a plutôt mis en avant la notion d’interdépendance. En soulignant tout d’abord la persistance «d’une part de nomade en nous», même au sein d’une société de sédentaires : une telle dimension est nécessaire chez les pasteurs amenés à passer d’un poste à l’autre, mais aussi dans d’autres métiers (les militaires par exemple). Et en soulevant cette question plus spécifique à la Mission : «entre ceux qui partent en voyage et reviennent ensuite pour donner des nouvelles, raconter une forme de liberté ; et ceux qui ont peur de partir mais sont prêts à accueillir, comment cultiver la reconnaissance, et surtout l’interdépendance ?» À ses yeux, «dans le ministère pastoral, on est amené à dire profondément l’interdépendance».

«Dieu sait prendre l’être humain dans toute sa complexité»

Pour aller plus loin :

Outre le film de Clair Michalon, les textes bibliques choisis pour stimuler les réflexions, qui ont été menées lors de travaux de groupes, tournaient autour de l’envoi d’Abraham, et de celui des Douze par Jésus. Avec à chaque fois une remise en contexte et des questions entrant en résonance avec ce que peuvent être aujourd’hui nos propres conceptions de la Mission. Ainsi pour Abraham, dont l’apparition dans le texte biblique est précédée par le récit de la dispersion par Dieu des constructeurs de la tour de Babel, étaient d’abord présentés sa famille, ses épreuves, ses projets en repartant de la généalogie décrite au chapitre 11 de Genèse (versets 26 à 32). Une histoire marquée par la stérilité de la femme d’Abram, la mort de son frère Haran, le départ de la famille pour Canaan… D’où cette première série de questions : «Et nous-mêmes, quelles histoires de ceux qui nous ont précédés, quelles joies, quelles réussites, quelles souffrances portons-nous en nous-mêmes ?» Étaient ensuite repris l’appel de Dieu à Abram (Genèse 12, 1 à 6) et son arrivée en Égypte, avec ces questions : «Pouvons-nous actualiser l’appel d’Abram et la question de la place de sa famille, de ses relations ? Interpréter ses épreuves ? Contextualiser les dangers qu’il court et fait courir aux siens ? La suite du récit nous montrera la fécondité d’Abram et sa transformation intérieure, symbolisée par son nouveau nom : Abraham.»

De même pour l’envoi des Douze, tel que décrit dans l’évangile de Marc (chapitre 6, 7-13 : «pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie…»), les questions tournaient autour de leurs origines, du contexte de leur vocation, de ce qu’ils avaient déjà vécu avec Jésus, du contenu de leur mission et des épreuves à traverser. «Nous sommes toujours héritiers d’un contexte, d’un milieu familial, d’un parcours personnel, a souligné Florence Taubmann à l’issue des travaux de groupes ; et en même temps, il y a toujours la possibilité d’une rencontre, d’un événement qui nous déconnecte totalement. Il y a toujours une part de liberté irréductible. C’est intéressant à prendre en compte dans notre mission, dans le message que nous annonçons. Intéressant aussi de voir que Dieu sait prendre l’être humain dans toute sa complexité.»

Comment valoriser l’expérience des envoyés ?

Déjeuner partagé avec la délégation de l’EELRCA © Défap

Invitée à participer à cette journée de rencontre des ERM, Laura Casorio, chargée notamment des envoyés au sein du Défap, a présenté un projet de parrainage d’envoyés. L’idée étant de créer du lien entre les Églises, les paroisses, et les envoyés du Défap, en s’appuyant pour cela sur les membres des Équipes Régionales Mission. À l’origine de ce projet, un double constat : les Églises sont demandeuses de plus de nouvelles… et les envoyés de retour seraient souvent disponibles pour témoigner en paroisse de ce qu’ils ont vécu au sein d’Églises sœurs à l’étranger, mais sont trop peu sollicités. Dès lors, comment créer, grâce aux ERM, des échanges pendant la mission, qui perdurent une fois celle-ci terminée, et permettent de valoriser l’expérience de l’envoyé ? Quelques pistes ont été évoquées comme la mise en relation des envoyés avec les ERM avant leur départ, l’échange de nouvelles entre paroisses et volontaires durant la mission, la participation des volontaires à des animations missionnaires en paroisse après la fin de leur mission…

Et comme cette réunion intervenait deux jours avant l’Assemblée Générale du Défap, à laquelle a été invitée à participer une délégation de l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine (l’EELRCA), une rencontre a été organisée à la mi-journée entre les délégués de Centrafrique déjà arrivés en France, et les membres des Équipes Régionales Mission. Les relations du Défap avec la RCA se sont surtout concentrées ces dernières années autour de Bangui, et des projets liés à l’Église Protestante Christ-Roi de Centrafrique. L’invitation de cette délégation devrait permettre de resserrer les liens avec l’EELRCA, qui regroupe aujourd’hui 120.000 membres à travers 540 congrégations (paroisses).

Ci-dessous, retrouvez un diaporama reprenant quelques images des travaux de cette journée :




Service civique : le pouvoir d’être utile

Le pouvoir d’être utile, nouvelle campagne du Service Civique © Agence du Service Civique

Le slogan, diffusé depuis le 7 mars sur de multiples supports, vous est peut-être déjà familier : «Le pouvoir d’être utile». Tout comme les premières images de la nouvelle campagne lancée par l’Agence du Service Civique… Des visages et des engagements : «En prenant soin des autres, je soigne mon avenir» ; «En aidant les plus fragiles, je me découvre une vraie force»… Les exemples de missions sont tirés de situations réelles avec un accent mis à la fois sur leur diversité, et sur ce que reçoivent les volontaires à titre personnel en apportant aux autres. Qu’il s’agisse de s’engager dans l’intergénérationnel, l’aide aux plus démunis, le soutien scolaire, la préservation de l’environnement ou l’accès à la pratique sportive par tous… Cette grande campagne se décline sous la forme d’un film (réalisé par Benjamin Nicolas et programmé jusqu’au 11 avril à la télévision, avant un nouveau passage en septembre), de neuf affiches (photographiées par Alexi Hobbs et diffusées dans 556 gares) et de nombreux relais sur les réseaux sociaux. Elle a été lancée à la veille du huitième anniversaire d’un dispositif qui a déjà attiré plus de 270.000 volontaires de tous horizons depuis sa création, et qui bénéficie d’une reconnaissance croissante.

Le Service Civique, destiné aux 16-25 ans, permet d’effectuer une mission d’intérêt général dans une association, une collectivité ou un établissement public de six à douze mois. En 2017, 125.000 jeunes ont réalisé une mission dans une des 10.000 structures d’accueil partenaires, publiques et associatives. Selon les résultats de la 3ème édition du baromètre Ifop et de l’enquête de satisfaction menée auprès de 20 000 anciens volontaires, dévoilés le 6 mars par l’Agence du Service Civique, 94% d’entre eux le recommanderait à un(e) ami(e).

«Une école de la vie»

Pour aller plus loin :

Pour 2018, le gouvernement a alloué 448 millions d’euros au financement du Service Civique. L’objectif est d’accueillir 150.000 jeunes, a souligné Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale chargé également de la Jeunesse, saluant «une école de la vie». La reconnaissance et la valorisation par l’ensemble de la société, notamment le monde éducatif et professionnel, restent des enjeux clés pour poursuivre la montée en puissance de ce dispositif, comme l’a souligné le président de la République dans son discours à la jeunesse du 31 décembre dernier. C’est dans ce contexte que s’inscrit le Club de valorisation du Service Civique en entreprise présenté en ce mois de mars par l’Agence du Service Civique.

Chaque année, le Défap envoie en mission une quinzaine de volontaires dans le cadre du Service Civique – un nombre qui va croissant. Ils ou elles peuvent être assistant(e) d’éducation pour l’apprentissage du français dans une école tunisienne ou au Bénin, travailler auprès d’un orphelinat au Caire ou à Madagascar… Des missions qui tournent essentiellement autour de l’enseignement ou de la santé, mais peuvent aussi concerner le développement durable ; des missions qui permettent, aussi, de découvrir des pays très divers et offrent l’opportunité de travailler dans un contexte interculturel – autant d’éléments susceptibles d’être valorisés dans la suite d’un cursus ou comme première expérience professionnelle. En s’ouvrant aux autres, on se révèle à soi-même. C’est aussi ça, le pouvoir d’être utile.

 

28 avril : une journée pour répondre à toutes vos questions
Les missions que propose le Défap, étant tournées vers l’international et supposant une certaine autonomie de la part des volontaires, sont destinées prioritairement à de jeunes adultes. Vous avez entre 18 et 25 ans, et vous êtes intéressé(e) par le Service Civique ? Rendez-vous le samedi 28 avril au 102 boulevard Arago, à Paris, pour une journée d’information organisée en partenariat par le Défap – Service protestant de mission et Visa Année Diaconale. Vous en apprendrez plus sur le dispositif, les missions que nous vous proposons pour partir à l’automne 2018, et vous pourrez échanger avec l’équipe du Défap qui répondra à vos questions. Renseignements par mail ou en téléphonant au 01 42 34 55 55.

 




«Transformer et guérir un monde qui souffre»

Participants de la conférence d’Arusha du Conseil œcuménique des Églises. Photo: © Albin Hillert/COE

«Nous ne sommes pas simplement ici pour discuter, en tant qu’experts en œcuménisme ou en missiologie. Nous sommes ici pour nous interroger, pour écouter, pour comprendre quelle est la transformation à laquelle Dieu nous appelle.» C’est par ces mots qu’Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (COE) a ouvert le jeudi 8 mars la Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation à Arusha, en Tanzanie, sous le thème «Agir selon l’Esprit: appelés à être des disciples transformés.» En cette année 2018, le thème de la Conférence a été établi à partir du passage biblique de Galates 5.25 : «Si nous vivons par l’Esprit, laissons-nous aussi conduire par l’Esprit.» Le défi lors de cette Conférence est de comprendre ce que signifie pour les Églises, leurs membres et toutes celles et tous ceux qui travaillent en lien avec la mission, que d’être transformés par l’Esprit Saint, et ce que signifie participer à l’action de l’Esprit pour transformer et guérir un monde qui souffre. Plus d’un millier de participants du monde entier se sont rassemblés pour l’événement, organisé par l’Église évangélique luthérienne en Tanzanie, qui se termine le 13 mars.

La première Conférence missionnaire mondiale s’était tenue à Édimbourg, en Écosse, en 1910, et cette date est depuis considérée comme marquant le début du mouvement œcuménique international. Depuis lors, une série de conférences ont été organisées toutes les décennies. Lorsque le Conseil international des missions, l’un des fruits d’Édimbourg, a été incorporé au Conseil œcuménique des Églises en 1961, ce dernier a repris la tâche consistant à organiser régulièrement des Conférences missionnaires, à travers la création d’une Commission de mission et d’évangélisation (CME). Le but étant d’offrir aux Églises, aux personnes et aux mouvements impliqués dans les travaux de mission et de témoignage, de partager des réflexions, des expériences, des questions et des découvertes concernant les contenus et les méthodes du témoignage chrétien aujourd’hui. Avec pour objectif de permettre aux Églises et aux organisations missionnaires de mieux travailler ensemble dans la mission.

La mission et les marges

Pour aller plus loin :

Ces conférences mondiales sur la mission permettent aussi aux membres du COE de vivre concrètement une forme d’œcuménisme «plus large» grâce à la pleine participation des délégués de l’Église catholique romaine, présents aux côtés de ceux des églises évangéliques et pentecôtistes, et des mouvements missionnaires.

Mais qu’entend-on aujourd’hui par des termes tels que la mission et l’évangélisation? Beaucoup de choses ont changé depuis 1910 et la conférence d’Édimbourg. Par rapport à la conception de la mission alors en vigueur, qui mettait surtout l’accent sur l’implantation d’Églises et sur l’évangélisation, la réflexion et les pratiques des Églises ont radicalement évolué. Pour beaucoup d’entre elles il s’agit plutôt aujourd’hui de chercher à travailler avec les populations dans les zones de conflit, dans les régions du monde les plus touchées par le changement climatique, et dans des situations où la survie économique et les droits des populations sont menacés. Ce long processus de déconstruction et de reconsidération du concept de mission a été possible grâce à l’inclusion et à l’écoute de la pluralité des voix, cultures, regards, pratiques, besoins qui composent la mosaïque humaine et les Églises : les voix et les critiques des femmes, des jeunes, des populations du Sud, des minorités, des personnes handicapées, des marginalisés et des exclus.

Participants de la conférence d’Arusha du Conseil œcuménique des Églises. Photo: © Albin Hillert/COE

Un processus de long terme, toujours en cours, et qui provoque encore aujourd’hui de profonds questionnements, comme en témoigne le pasteur Gwenaël Boulet, représentant de l’Église protestante unie de France, qui suit sur ce blog dédié la conférence d’Arusha. «L’essentiel des conférences, études et échanges, note-t-il, portent sur la mission du disciple à aller vers les marges : les aveugles, les affamés, les boiteux, les prisonniers de notre époque. Autant le dire, il y a comme un air de théologie de la libération qui souffle par ici. Je dirai même une théologie de la libération à l’heure africaine, rythmée par les chœurs qui bien souvent sont accompagnés de danses (…) Allons vers les marges, car c’est là que Dieu nous appelle ! Oui, oui bien sûr, comment dire le contraire ? Comment ne pas reconnaître qu’il y a des personnes qui ne sont pas entendues, sur lesquelles le regard porte à peine et qui sont aujourd’hui ce Christ qui a faim, qui a soif, qui est captif, dont nous parle l’Évangile ? Comment en chrétiens pouvons-nous ignorer des réalités que l’Évangile nous appelle à transformer ?»

«Mais de quelles marges parlons-nous réellement ? Du Sud pauvre, dont le Nord riche serait le centre ? Des jeunes, des femmes, des handicapés, dont les vieux, les hommes, les personnes valides seraient le centre ? Des personnes sans Église, des personnes qui n’ont jamais entendu l’Évangile, des personnes de l’autre côté du seuil, dont il conviendrait encore de définir le centre ? (…) Pour l’heure la conférence a fait le choix de définir les jeunes, les femmes et les Africains comme des marges et de leur donner la parole.»




Tanzanie : un rendez-vous mondial sur la Mission

Ouverture de la conférence d'Arusha du Conseil œcuménique des Églises. Photo: © Albin Hillert/COE

Parmi les organisations chrétiennes internationales, le Conseil œcuménique des Églises est un «poids lourd» : une communauté de 348 Églises membres représentant plus de 500 millions de chrétiens. Les Églises membres du COE sont présentes dans toutes les régions du monde et comprennent la plupart des Églises orthodoxes, ainsi qu'un grand nombre d'Églises anglicanes, baptistes, luthériennes, mennonites, méthodistes, moraves, réformées… L'Église catholique n'est pas membre, bien qu'elle collabore pour certains sujets.

Tous les dix ans, le Conseil œcuménique des Églises organise une Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation – une tradition qui remonte à la Conférence d'Édimbourg, en 1910. Cette année, cette grande réunion se tient à Arusha, en Tanzanie. Elle s'est ouverte le 8 mars en présence de près d'un millier de délégués (dont des représentants français) et durera jusqu'au 13 mars. Le thème en est : «Agir selon l’Esprit: appelés à être des disciples transformés».

La conférence compte aborder la mission comme une activité polyvalente. Les différentes dimensions du témoignage, de l’engagement pour la justice et la réconciliation, des dialogues seront abordées. Elle mènera une réflexion approfondie sur différentes questions soulevées par les pratiques missionnaires dans un monde en mutation.

Où suivre le déroulement de cette conférence ?

Pour aller plus loin :

Cette conférence s’inscrit par ailleurs dans le cadre général des célébrations du 70e anniversaire du COE, comme l'a rappelé jeudi dans son discours d'ouverture Mme Agnes Abuom, première femme et première Africaine présidente de l’histoire du Conseil œcuménique des Églises, membre de l’Église anglicane du Kenya. L’oratrice principale, la pasteure Mutale Mulenga-Kaunda, chercheuse postdoctorale à l’Université du KwaZulu-Natal, s’est dite pour sa part honorée d’assister à cette rencontre œcuménique, d’autant plus qu’elle s’ouvrait le jour de la Journée internationale de la femme.

Jusqu'au 13 mars, il sera possible de suivre quotidiennement le déroulement de la conférence, à la fois à travers les communiqués et les mises à jour du COE (la plupart sont en anglais, mais il y a d'ores et déjà des comptes-rendus en français), ainsi que sur ce blog dédié, où l'on trouve une présentation de la rencontre par Claire Sixt-Gateuille, responsable des relations internationales de l’Église protestante unie de France. L'EPUdF étant représentée sur place par le pasteur Gwenaël Boulet, qui alimente aussi ce même blog depuis Arusha. Avec en bonus le chant de l'assemblée :

 

 

Et également ce diaporama reprenant quelques-unes des photos de l'ouverture de la conférence, reprises sur sa page Facebook par la Cevaa, également représentée à ce grand rassemblement d'Arusha :

 




Quelles laïcités ?

Buste de Marianne © Wikimedia Commons

Les protestants ont longtemps été, en France, les meilleurs défenseurs de la laïcité, qui leur permettait d’exister dans un espace public libéré d’une traditionnelle hégémonie catholique. Mais le durcissement des débats au cours des vingt dernières années entre les tenants d’une laïcité «ouverte», et les défenseurs d’une laïcité «stricte», les a conduits à souhaiter affirmer un peu plus leur identité protestante. Le débat n’a rien de neuf : comme le notait le grand historien de la laïcité Jean Baubérot le 23 septembre 2017, invité à s’exprimer à l’Hôtel de Ville de Paris à l’occasion des 500 ans de la Réforme, «Jules Ferry parlait déjà de religion laïque pour signifier qu’il ne figurait pas parmi ses adeptes. Mais celles et ceux qui entretiennent un rapport religieux à la laïcité sont, en fait, des monothéistes séculiers, et leur Déesse-laïcité exige de ses fidèles qu’ils n’aient pas d’autres divinités devant Sa face.» Ce débat ancien a néanmoins eu tendance à être monopolisé ces dernières années par ces fameux «monothéistes séculiers», qui bien que «quantitativement minoritaires (…) dominent pourtant la scène médiatique et se croyaient, il y a quelques mois encore, hégémoniques sur la scène politique.»

Face à ces partisans d’un effacement pur et simple du fait religieux dans l’espace public (le pasteur Laurent Schlumberger, alors président de l’Église protestante unie de France, parlait d’une volonté de «laïcisation de la société, c’est-à-dire que l’espace public devienne neutre sur le plan religieux»), les mises en garde n’ont pas manqué. Lors des vœux de la Fédération Protestante de France, son président François Clavairoly s’interrogeait ainsi le soir du 24 janvier dernier, en présence du Premier ministre Édouard Philippe : «Qui peut oser penser que la spiritualité est une dimension facultative de l’existence, la transcendance un sujet d’ordre privé n’ayant aucun rapport avec l’élaboration des valeurs de notre société qui font de l’humain ce qu’il est ?». Or dans ce débat, le chef de l’État n’a pas hésité à prendre position, appelant les protestants à jouer le rôle de «vigies de la République» et plaidant ouvertement pour une laïcité ouverte, en soulignant : «Votre identité de protestants ne se construit pas dans la sécheresse d’une sociologie, mais dans un dialogue intense avec Dieu et c’est cela, ce que la République respecte.»

«Il n’y a pas de consensus sur la définition et la portée de la laïcité»

Emmanuel Macron s’exprimant lors du colloque « Protestantismes convictions et engagements » (capture écran de la conférence de presse diffusée sur Twitter)

Le rapport que le préfet Gilles Clavreul a remis au gouvernement il y a quelques jours doit être replacé dans ce contexte de débat ravivé entre conceptions opposées de la laïcité. Titré «Laïcité, valeurs de la République et exigences minimales de la vie en société», il s’ouvre sur un constat : «force est de constater qu’il n’y a pas de consensus sur la définition et la portée de la laïcité, et que la dynamique de ces dernières années est plutôt centrifuge que centripète (…) Cette instabilité est source d’incertitudes, d’incompréhensions, parfois même de conflits». Ce travail avait été commandé en septembre 2017 par le ministère de l’Intérieur, sur la demande de l’Observatoire de la laïcité. Concrètement, Gilles Clavreul avait été chargé de faire des propositions pour améliorer la coordination des administrations publiques en matière de laïcité. Son rapport va en fait bien au-delà, traçant un tableau plutôt sombre des menaces pesant sur la laïcité qui a aussitôt provoqué de nombreuses critiques, à commencer par celle de Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité.

Gilles Clavreul n’est pas un inconnu dans ce domaine : ancien directeur interministériel de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie (Dilcrah), ce conseiller à l’Elysée de François Hollande est devenu au fil du temps un proche de Manuel Valls. Il revendique une posture engagée en matière de laïcité, quitte à sortir volontiers de son devoir de neutralité, ce qui lui a valu des passes d’arme vigoureuses sur les réseaux sociaux avec des associations comme le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) ou avec diverses personnalités comme le journaliste Edwy Plenel ou le chercheur Pascal Boniface. Il est l’un des membres fondateurs du mouvement «Printemps républicain», qui revendique une vision stricte de la laïcité.

«Islam rigoriste, catholiques intégristes, mouvements évangéliques et juifs orthodoxes»

Pour aller plus loin :
Laïcité, migrants : les protestants endossent le rôle de «vigies»
L’hommage d’Emmanuel Macron aux protestants, «vigies de la République»
« Laïcité, valeurs de la République et exigences minimales de la vie en société » : Rapport Clavreul, février 2018
« Qu’est-ce que la laïcité ? » sur le site www.gouvernement.fr
Le site de l’Observatoire de la laïcité

Pour ce travail d’enquête, Gilles Clavreul a recueilli, entre le 22 octobre et le 15 janvier, de nombreux témoignages d’acteurs associatifs et d’agents de l’État. Il s’est déplacé surtout dans des départements à «dominante urbaine» (Bouches-du-Rhône, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, Nord, Bas-Rhin, Rhône, Yvelines), ainsi que dans un département rural, la Meuse. Il conclut de ses observations et des témoins qu’il a interrogés que «les manifestations d’affirmation identitaire inspirées par la religion se multiplient et se diversifient, même si les situations sont très hétérogènes d’un territoire à l’autre. (…) Les contestations de la laïcité et des principes républicains se manifestent dans des proportions nettement plus significatives dans les territoires de la géographie prioritaire de la politique de la ville». Selon lui, «ces manifestations et les perturbations qu’elles entraînent sont le fait, dans la grande majorité des cas, d’un islam rigoriste voire radical, mais concernent également catholiques intégristes, mouvements évangéliques et juifs orthodoxes». Il en conclut que «si la “laïcité dans les textes” est largement observée, la “laïcité dans les têtes”, et plus largement l’adhésion aux principes républicains, reculent par endroits». Gilles Clavreul formule en outre un certain nombre de recommandations :

  • conditionner le soutien de l’État (subventions, emplois aidés) au respect de la laïcité
  • former tous les agents de l’État à la laïcité d’ici 2020
  • intégrer la laïcité dans les épreuves du Bafa
  • établir une cartographie précise des «situations problématiques»
  • établir un «corps de doctrine» sur les «atteintes à la laïcité»

Mais selon Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, ce rapport «ne répond pas vraiment à la demande initiale» et ne donne pas réellemet de piste pour une meilleure coordination des administrations publiques. Quant au travail d’enquête, il est resté assez limité et s’est cantonné à des faits déjà connus de l’Observatoire de la laïcité. Jean-Louis Bianco a critiqué notamment le fait que ce document repose surtout sur quelques dizaines de témoignages. Il a dit regretter «le manque de rigueur méthodologique de ce rapport…et la méconnaissance d’actions déjà mises en œuvre par les pouvoirs publics». Voilà en tout cas le débat relancé.

Franck Lefebvre-Billiez
 

Pour une rapide présentation de l’histoire et des enjeux de la laïcité en France, retrouvez ci-dessous «La laïcité en trois minutes (ou presque)», film de l’association Coexister, lauréat d’une mention spéciale du Prix de la laïcité de la République française 2016 :