Le Défap au Congo-Brazzaville et en RDC : Renforcer les partenariats théologiques

Du 20 au 31 octobre 2025, Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique au Défap, a mené une mission stratégique au Congo-Brazzaville et en République démocratique du Congo. Cette mission s’inscrit dans l’engagement de longue date du Défap en faveur de la formation théologique universitaire, du renforcement des institutions partenaires et du développement de relations fondées sur un partenariat durable. Elle avait pour objectifs principaux d’assurer le suivi des coopérations existantes, d’évaluer les besoins exprimés par les partenaires et d’identifier de nouvelles perspectives de collaboration à moyen et long terme.

Au cœur de cette mission : la rencontre avec plusieurs universités protestantes et acteurs institutionnels majeurs, à Brazzaville, Kinshasa, Goma, Bukavu, Kananga et Boma, afin d’évaluer les coopérations existantes, d’identifier de nouveaux besoins et d’ouvrir des perspectives concrètes pour l’avenir, dans des contextes marqués par de fortes contraintes économiques et structurelles.

Consolider les universités partenaires et encourager leur autonomie

La visite de l’Université Protestante au Congo (UPC) et des universités partenaires en RDC (UPRECO, ULPGL Goma et Bukavu, UEA, UAC de Boma) a permis de mesurer le dynamisme du réseau universitaire protestant, tout en mettant en lumière les défis structurels auxquels ces établissements sont confrontés : infrastructures vieillissantes, besoin de mobilité des enseignants, digitalisation des enseignements, financement de la recherche et soutien aux étudiants.

Dans chaque rencontre, le Défap a été reconnu comme un partenaire de confiance, engagé non seulement dans l’octroi de bourses, mais aussi dans une réflexion plus large sur l’autonomie financière des universités, le développement de projets générateurs de revenus, la valorisation de leurs ressources propres et la préservation de leur patrimoine. Cette approche marque un changement de paradigme partagé : passer d’une logique de dépendance à une véritable interdépendance, fondée sur la coresponsabilité et la durabilité des institutions.

Soutenir la formation théologique, en particulier celle des femmes

Un axe fort de la mission a porté sur la formation théologique des femmes, soutenue de manière constante par le Défap. À Goma et Bukavu notamment, les responsables universitaires ont exprimé leur reconnaissance pour les bourses accordées, qui ouvrent des perspectives nouvelles aux étudiantes et renforcent leur place dans la vie académique et ecclésiale.

Ce soutien appelle aujourd’hui un plaidoyer plus large, afin que les Églises locales reconnaissent pleinement l’importance de la formation théologique des femmes, y compris pour l’accès au ministère pastoral. Le Défap est ainsi encouragé à poursuivre et à amplifier son action dans ce domaine, en dialogue étroit avec les responsables ecclésiaux et académiques africains.

Développer la recherche, la mobilité et les coopérations internationales

La mission a également permis d’identifier des pistes concrètes de développement académique : programmes d’échanges de professeurs, congés de recherche pour doctorants et enseignants, mutualisation des cours entre universités, création de centres spécialisés – notamment pour la traduction de la Bible en langues locales – et accompagnement de la formation continue des pasteurs.

Le Défap est sollicité comme facilitateur de partenariats interuniversitaires Nord-Sud, Sud-Nord et Sud-Sud, notamment avec des institutions françaises comme l’Institut protestant de théologie, ainsi qu’avec les acteurs de la diplomatie universitaire et culturelle française présents dans la région. Ces coopérations visent à renforcer la qualité de l’enseignement, à soutenir la recherche et à favoriser la circulation des savoirs.

Au terme de cette mission dense et riche en rencontres, un constat s’impose : le Défap joue un rôle clé dans le paysage de la formation théologique francophone en Afrique centrale. En accompagnant ses partenaires dans leurs transformations, en soutenant la recherche, la mobilité et la formation des femmes, et en favorisant des partenariats structurants, le Défap contribue à bâtir des institutions théologiques solides, ouvertes sur le monde et ancrées dans leurs réalités locales.

Cette mission au Congo-Brazzaville et en RDC marque ainsi une étape importante dans le renforcement de partenariats appelés à se consolider dès les prochaines années, au service des Églises, de la formation universitaire et des sociétés africaines.




Lettre de Nouvelles : Chaque jour est rempli de beauté

Ambre, volontaire en service civique, a entamé sa mission récemment au sein de la communauté de Mamré. La communauté est active auprès des enfants venant de familles nombreuses et démunies avec l’organisation d’activités, l’enseignement du français et la préparation de repas.

👋🏾 Salama !

Déjà un mois que j’ai posé le pied sur le sol malgache. Les journées sont courtes, pourtant j’ai déjà vécu tellement de péripéties ! À mon arrivée, j’étais émerveillée à l’idée de découvrir ce magnifique pays et sa culture si différente de la mienne. Très vite, j’ai compris que ce qui rend Madagascar si attachant, c’est avant tout son peuple. Les Malgaches sont incroyablement accueillants, souriants, joyeux et surtout, ils adorent faire la fête ! (Et ça tombe bien, parce que moi aussi j’adore danser 😄). Je crois sincèrement que c’est un peuple qui me correspond et avec qui je me sens profondément à ma place. Avec Noémie, nous avons aussi la chance de vivre dans une maison parfaite pour nous, perchée sur les hauteurs, avec une vue panoramique sur une partie de Tana. Un vrai petit cocon.

🌍 Découverte et réalité

Je dois avouer que, n’ayant jamais voyagé en dehors de l’Europe, j’ai été marquée par la pauvreté que j’ai pu voir ici. Croiser des enfants ou des adultes affamés, demander de l’argent… c’est une réalité difficile à accepter. Au début, je ne savais pas trop comment réagir. Puis, au fil du temps, je m’y suis malheureusement « habituée » et je le regrette.

🔍 Une situation particulière

Ce qui m’a aussi un peu manqué à un moment, c’est la sociabilité. À cause de la situation politique du pays, la vie quotidienne a parfois été un peu restreinte. J’étais malgré tout très fière de voir les Malgaches se battre pour leurs droits fondamentaux, avec courage et détermination. Nous avons d’ailleurs vécu les coupures d’eau et d’électricité, ce qui fait aussi partie de la réalité ici. Mais forcément, ces événements ont eu des conséquences : moins de liberté de déplacement, peu de sorties, et donc peu de rencontres. Avec Noémie, nous avions prévu de nous inscrire à des cours de danse et de participer à différentes activités, mais tout cela a été mis en pause. Heureusement, la situation commence à revenir à la normale. Et même si nous aimons beaucoup notre compagnie, j’ai la chance de vivre tout ça avec Noémie, une vraie partenaire d’aventure. Je suis sincèrement heureuse de vivre cette expérience avec elle. On partage tout : les moments de galère, les fous rires, les découvertes… Nous avons hâte de rencontrer davantage de monde et de vivre de nouvelles expériences ensemble !

⛪️ Vie auprès des sœurs de Mamré

Nous vivons à côté des sœurs de Mamré, des femmes profondément attachantes et dévouées. J’ai eu la chance de découvrir leur manière de vivre, de prier, et leur foi inébranlable. Étant moi-même croyante, leur engagement envers Dieu m’émeut énormément. Avec Noémie, nous avons même assisté à la messe du dimanche avec elles , un peu long (haha) mais… Mora Mora ! Nous aimons beaucoup discuter avec elles, car elles sont très intéressantes, mais parfois, obtenir une information peut être fatiguant et un vrai défi, pas toujours très clair mais ça fait partie du charme !

👧 À l’orphelinat

Depuis peu, nous avons commencé notre mission à l’orphelinat. Les enfants sont adorables, pleins d’amour et d’énergie. J’aime passer du temps avec eux, jouer, les aider dans leurs devoirs , même si la barrière de la langue rend parfois les choses un peu compliquées ! C’est un échange constant, plein de rires, de tendresse et d’apprentissage.

🍍 Saveurs

Et puis, comment ne pas parler de la nourriture ! J’aimais déjà la cuisine malgache avant de venir, mais la redécouvrir ici, c’est un vrai bonheur. Les saveurs sont si différentes de celles qu’on connaît en France. Et les fruits ! Mangues, bananes, ananas… un vrai paradis pour une amatrice de fruits comme moi.

En résumé

Ce premier mois à Madagascar a été une véritable aventure humaine et spirituelle. Entre découvertes, surprises, émotions et rencontres, je suis profondément reconnaissante. Ici, chaque jour est rempli de beauté, d’authenticité et d’apprentissages précieux.

 

Ambre Kadi Télécharger la lettre




Lettre de Nouvelles : Un accueil chaleureux

Je suis Pasteur Bernard FOLLY, VSI au poste à Djibouti auprès de l’Eglise Protestante Evangélique de Djibouti (EPED). J’occupe le poste de Directeur du Centre de Formation et des Œuvres Sociales de l’EPED. Je suis marié et père de famille. Cela fait bientôt deux mois que ma famille et moi avons posé nos valises à Djibouti. Le temps y file d’une manière étonnante, comme si les journées se succédaient deux fois plus vite. Le climat, chaud et sec, façonne notre quotidien et nous invite à adapter nos rythmes et nos habitudes. Ces premières semaines ont été riches en rencontres, en découvertes et en défis, et je rends grâce pour l’accueil reçu et pour l’apprentissage quotidien que cette mission m’offre.

Accueil et intégration

Dès notre arrivée, l’accueil de la communauté a été chaleureux et soigneusement préparé, depuis l’arrivée à l’aéroport jusqu’à notre installation. Ayant déjà rencontré certains membres en avril dernier, j’ai constaté une attention particulière à notre égard. Lors du premier culte, la transition des salutations formelles à des échanges personnels pleins de curiosité et d’intérêt a favorisé très vite une relation de confiance entre nous et les fidèles. Ces moments d’écoute et de partage sont, à mon sens, essentiels pour briser les barrières entre le pasteur et la communauté.

Composition de la communauté

La communauté de l’EPED — Église Protestante Évangélique de Djibouti — est majoritairement composée d’expatriés, ce qui en fait un lieu de grande richesse culturelle. On y retrouve des Malgaches, Congolais, Kényans, Français, Coréens, Japonais, Américains et bien d’autres, ce qui nourrit des échanges interculturels précieux. Quelques Djiboutiens chrétiens participent également au culte.

Le peuple Djiboutien

J’ai été touché par la gentillesse, le sens de l’hospitalité et le calme intérieur des Djiboutiens. Leur respect et leur accueil envers les étrangers sont remarquables. Un trait culturel marquant est la consommation du khat, souvent visible en fin de matinée chez de nombreux hommes dont la joue semble gonflée. J’ai aussi noté un style vestimentaire fortement influencé par la culture yéménite : hommes en pagnes et chemises légères, femmes en tenues longues et couvrantes. Cette esthétique contraste avec mes repères culturels d’origine, mais elle porte une cohérence sociale et identitaire forte. La gastronomie locale, mêlant influences orientales et africaines, propose des plats épicés et parfumés; j’ai particulièrement apprécié le poisson yéménite et des spécialités éthiopiennes. Le français est la langue officielle et administrative, tandis que l’afar et le somali dominent les échanges de la rue et des commerces.

Paysages et réalités du pays

Djibouti offre des paysages spectaculaires : collines arides et caillouteuses, failles tectoniques impressionnantes et panoramas d’une beauté saisissante. Le lac Assal, d’un blanc salin éclatant, et les failles liées au mouvement des plaques tectoniques m’ont particulièrement marqué. Les secousses sismiques sont fréquentes et, dès notre premier jour, nous avons ressenti un tremblement de terre qui nous a fort effrayés. Sur le plan économique, le port reste le moteur principal du pays. Les ressources naturelles sont limitées et une grande part des denrées, notamment les produits tropicaux, sont importés. Le coût de la vie est élevé; le logement et l’électricité pèsent lourdement sur le budget des ménages. La présence de nombreux réfugiés en situation précaire est une réalité poignante. Beaucoup vivent dans la rue; les enfants des rues, en grande majorité originaires d’Éthiopie et de Somalie, sont particulièrement vulnérables.

Projets de l’EPED

  • Alphabétisation

Un programme d’alphabétisation est lancé en septembre, par l’EPED en partenariat avec Caritas Djibouti et soutenu par l’Ambassade de France. L’objectif est d’enseigner la lecture et l’écriture en français aux enfants des rues et de les orienter ensuite vers le LEC (Lire, Écrire, Compter), une école spécialisée gérée par l’Église catholique. Ces enfants sont tous de la religion musulmane. Mes premiers contacts avec ces enfants ont été très émouvants; malgré leurs Vulnérabilités, ils manifestent une joie immense à franchir le seuil de l’Église. La fragilité de leur situation est toutefois manifeste : certains sont arrêtés et reconduits à la frontière, ce qui entrave la continuité des activités éducatives.

  • Coupe et couture

En partenariat avec l’ANPH (Agence Nationale des Personnes Handicapées), l’EPED a initié un second projet de formation en coupe et couture pour des femmes en situation de handicap. Ce projet vise à favoriser leur autonomie financière tout en valorisant le recyclage textile : les vêtements usagés sont transformés en sacs et objets artisanaux vendus sur le marché local. Cette formation vient à peine de débuter.

Formations professionnelles à venir

Nous préparons des formations en carrelage, électricité et plomberie, en collaboration avec l’ANPH et avec l’appui de l’Union européenne. Ces programmes visent à développer des compétences techniques locales et à améliorer l’employabilité des bénéficiaires.

Religion et spiritualité

L’islam occupe une place centrale dans la vie sociale et civile de Djibouti. La semaine de travail commence le dimanche et s’achève le jeudi; le vendredi, jour de prière, la plupart des commerces ferment. Cette organisation illustre l’importance de la pratique religieuse au quotidien. Le christianisme est présent et toléré; Églises catholique, protestante, orthodoxe éthiopienne et autres missions coexistent dans un climat de respect mutuel et de tolérance.

Vie familiale et adaptation

Sur le plan familial, l’adaptation se passe globalement bien malgré des imprévus. Malgré les vaccinations reçues avant notre départ du Togo, les enfants, puis ma conjointe et moi avons contracté la varicelle; heureusement, les soins ont permis un rétablissement complet. La scolarisation des enfants s’est bien déroulée; ils se sont intégrés rapidement et se sont fait des amis. Nous sommes reconnaissants pour l’accompagnement divin et communautaire qui nous soutient dans cette transition. Ces deux premiers mois à Djibouti ont été riches en apprentissages, rencontres et réalisations. Entre la diversité culturelle, les défis sociaux et les projets d’insertion que nous portons à l’EPED, cette mission m’enseigne la patience, l’humilité et la beauté du service. Je rends grâce pour chaque pas franchi et pour les futurs projets qui permettront d’accompagner encore davantage les plus vulnérables.

Pasteur Bernard FOLLY Envoyé VSI

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Le Défap au Sénégal : un projet au cœur des enjeux de développement rural

Le 1er novembre 2025, dans le cadre de sa mission au Sénégal, Maëlle Nkot, responsable des projets et des partenariats au Défap, a visité la paroisse de Mbetite, relevant de l’Église Luthérienne du Sénégal (ELS). Cette visite avait pour objectif de faire un point d’étape sur un projet de mini-forage soutenu par le Défap, destiné à améliorer l’accès à l’eau et à soutenir des activités agro-pastorales génératrices de revenus.

Un village confronté à la rareté de l’eau douce

Situé dans la région de Fatick, à environ 250 kilomètres de Dakar, Mbetite est un village rural regroupant une paroisse composée de huit congrégations issues des villages environnants. L’accès à l’eau douce y constitue un enjeu majeur. L’eau du réseau public est salée, obligeant les habitants — y compris ceux raccordés — à s’approvisionner dans des puits situés dans les bas-fonds.C’est dans ce contexte qu’un projet de mini-forage a été lancé, avec une ambition double : répondre à un besoin vital et permettre le développement d’activités agro-pastorales susceptibles de générer des revenus pour la paroisse, notamment dans un contexte ecclésial fragilisé par le retrait de la mission finlandaise et la prise en charge locale des salaires pastoraux.

Les réalisations du projet de Mbetite

Le constat dressé lors de la visite est contrasté. Les infrastructures prévues ont bien été réalisées : forage, réservoir, portail, grillages de sécurisation des parcelles. Toutefois, le forage, d’une profondeur de 24 mètres, capte une eau salée, le rendant impropre à l’usage prévu. Cet imprévu limite fortement l’impact immédiat du projet, mais n’annule pas les réalisations déjà engagées ni la dynamique communautaire enclenchée.

Malgré l’absence d’eau douce exploitable, les fonds mobilisés ont permis plusieurs avancées significatives. Des arbres fruitiers — manguiers et citronniers — ont été plantés après l’abattage d’arbres sauvages, marquant une volonté d’inscrire le projet dans une perspective de long terme. Une personne sera chargée de l’arrosage de ces arbres avec de l’eau douce livrée par citerne, même si cette solution ne peut s’appliquer au maraîchage. La communauté prévoit également la construction d’un poulailler. Celle-ci est volontairement différée à la saison des pluies afin d’éviter les pertes liées aux fortes chaleurs. La paroisse a par ailleurs profité de cette dynamique pour engager des réfections utiles à la vie communautaire, notamment la construction de toilettes accessibles au public et l’aménagement de salles destinées au futur poulailler.

Des pistes pour l’avenir du projet

Plusieurs options techniques ont été évoquées. L’hypothèse d’un forage plus profond (jusqu’à 80 mètres) a été suggérée, mais nécessite impérativement l’avis d’un géologue ou hydrologue afin d’en évaluer la faisabilité. L’option d’un système de filtration a été écartée, jugée trop coûteuse, énergivore et inadaptée à un usage agricole. Le renforcement des grillages est également envisagé pour protéger les parcelles des animaux en période de sécheresse. Au-delà des difficultés, la visite a été marquée par la détermination et l’optimisme de la communauté. Ngor Sene, président de la paroisse, a souligné que le projet bénéficie à l’ensemble du village. La plantation des arbres symbolise cet état d’esprit : ne pas se laisser paralyser par l’absence d’eau, mais continuer à agir. L’accueil réservé à la délégation du Défap a été particulièrement chaleureux, témoignant d’une profonde reconnaissance pour ce soutien.




Lettre de Nouvelles – Manahoana !

Shékina, volontaire en service civique, a entamé sa mission en septembre au sein de l’orphelinat Akanisoa, à Antsirabe, Madagascar. À travers cette lettre de nouvelles, elle partage la richesse de son engagement ainsi que les découvertes humaines et culturelles qui jalonnent son quotidien.

Je vous écris depuis Antsirabe, où j’ai commencé ma mission au sein de l’orphelinat Akanisoa. Les premiers jours ont été riches en émotions. J’ai été accueillie avec beaucoup de douceur et de simplicité, comme si je faisais déjà partie de la famille. Ici, chacun prend soin de l’autre, et cette attention quotidienne m’impressionne beaucoup. La vie à l’orphelinat est rythmée par la foi et la communauté. Chaque matin, nous commençons la journée par un culte suivi de cantiques. Le soir, nous terminons aussi la journée par des cantiques et une prière autour du repas. Ce moment, partagé comme un rituel, crée un lien très fort entre tous. Ce n’est pas seulement une habitude, c’est un vrai temps de gratitude et d’unité. J’apprends énormément en observant cette manière naturelle qu’ils ont de remercier pour chaque chose, même la plus simple.

Quand les enfants rentrent de l’école, je les aide pour les devoirs. Certains viennent me chercher spontanément pour me montrer leurs cahiers, d’autres s’assoient près de moi sans rien dire mais avec un grand sourire. On sent qu’ils sont heureux qu’on prenne du temps pour eux, individuellement.

Ensuite vient le moment des jeux. J’ai découvert le jeu des billes, extrêmement populaire ici. Les enfants y jouent tous les jours, avec une concentration et un enthousiasme incroyable. Ils m’apprennent leurs techniques, et je dois avouer que j’en perds souvent… mais l’important, c’est ce moment de complicité qui se crée. Quand ils rient aux éclats parce que je tire “à côté”, j’ai l’impression de partager bien plus qu’un jeu. Ce qui me touche le plus, c’est cette joie qui ne dépend pas du matériel, mais du lien humain. Ils possèdent très peu, mais ils offrent énormément : des sourires, de la tendresse, de la confiance. Je sens déjà que cette expérience va profondément me marquer.

Dans cette région, le quotidien est marqué par des habitudes très ancrées dans la culture locale. Par exemple, le transport ici est un véritable défi en soi. Les taxi-brousse, des minibus souvent bondés, sont le moyen de transport le plus courant, reliant les villes entre elles, mais aussi les villages aux villes. C’est une expérience à part entière : on y trouve une diversité incroyable de passagers, de marchandises, et souvent de musique malgache qui réchauffe l’atmosphère. Côté nourriture, je découvre avec émerveillement la richesse des plats malgaches. Le riz est omniprésent, toujours accompagné de viande, de poisson ou de légumes. Le romazava fait partie de mes découvertes préférées, tout comme les fruits locaux, savoureux et abondants.

Pendant plusieurs semaines, le pays a traversé une période agitée. À Antananarivo et dans plusieurs grandes villes, dont Antsirabe, des manifestations menées par de nombreux jeunes ont éclaté pour dénoncer les difficultés du quotidien, les coupures d’eau et d’électricité et pour réclamer des changements politiques. Ces rassemblements ont parfois dégénéré, entraînant des tensions avec la police et l’armée. Ces événements rappellent combien la population aspire à une vie meilleure, plus juste, et à un avenir stable pour les enfants comme ceux que j’accompagne chaque jour.

Malgré ce contexte, j’ai pu observer la force tranquille d’un peuple qui, malgré les difficultés, garde l’espérance et le sourire.

Mandra-pihaona

Shékina

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Les Jeudis du Défap : Éthique protestante et proposition sociétale – Le replay

Le Jeudi 11 décembre, le rendez-vous mensuel du Défap accueillait Richard Macaire Lengo, docteur en sociologie et enseignant-chercheur à l’Université Marien Ngouabi et à l’Université Protestante de Brazzaville. La conférence de Richard Lengo s’inscrit dans une réflexion sociologique approfondie sur la transformation des normes morales au sein de l’Église évangélique du Congo (EEC). À partir du thème proposé par le DEFAP, « Éthique protestante et proposition sociétale », l’auteur articule une analyse de la mutation de l’éthos protestant dans un contexte marqué par de profondes recompositions sociales, politiques, économiques et culturelles. L’étude part d’un constat emblématique : la surprise exprimée par une autorité politique face à un cas de mauvaise gestion financière impliquant l’Église protestante, surprise résumée par l’exclamation « même les protestants ». Cette réaction révèle la perte d’un capital moral historiquement associé au protestantisme congolais.

L’objectif de la communication est donc de comprendre comment une institution historiquement porteuse de valeurs de rigueur, de vérité et d’intégrité en est venue à intégrer des logiques de déviance largement présentes dans la société globale.

Un protestantisme longtemps perçu comme un modèle moral

Pendant plusieurs décennies, le protestantisme congolais a incarné un idéal d’intégrité et de rigueur morale. Héritée de la période missionnaire et renforcée par le réveil spirituel de 1947, cette identité reposait sur la transparence financière, l’honnêteté, la sobriété et la primauté de la vérité, le kédika. Les fidèles protestants bénéficiaient d’un fort crédit social, notamment dans les secteurs de la gestion, de l’administration et de la justice, au point que leur appartenance religieuse était perçue comme un gage de fiabilité. L’Église évangélique du Congo apparaissait alors comme un repère éthique majeur dans la société.

Crises sociales et inversion des valeurs

Selon Richard Lengo, cet héritage moral s’est progressivement érodé sous l’effet de profondes mutations sociales. Les conflits armés des années 1990, la pauvreté persistante, le chômage et l’affaiblissement de l’État de droit ont contribué à une inversion des valeurs, où la déviance tend à devenir la norme. La montée en puissance de l’argent comme principal critère de reconnaissance sociale, combinée à la multiplication des instances de socialisation — notamment les réseaux sociaux — fragilise la transmission des valeurs éthiques. Insérée dans ce même environnement, l’Église n’échappe pas à ces logiques et se trouve elle aussi influencée par les dérives du monde profane.

Quand la vocation devient un emploi

L’analyse souligne enfin le rôle central des dynamiques internes à l’Église dans la mutation de l’éthos protestant. Le ministère pastoral, autrefois fondé sur l’appel et la vocation, est de plus en plus perçu comme une opportunité professionnelle dans un contexte de chômage massif. Cette professionnalisation du pastorat entraîne une instrumentalisation de la vocation religieuse et une perte de légitimité morale des responsables ecclésiastiques. Les résultats de l’enquête montrent que cette évolution constitue la principale cause de la dégradation de l’éthos protestant, marquant la fin de l’exceptionnalisme protestant et révélant, au-delà du cadre religieux, les dysfonctionnements profonds de la société congolaise.




La philatélie au Défap : un service discret, une solidarité bien réelle

Au sein des locaux du Défap, un service aussi discret qu’essentiel poursuit sa mission de solidarité internationale : la philatélie. Bien plus qu’un art du collectionneur, elle devient ici un levier concret de financement au service de l’éducation et de l’égalité des chances. Six bénévoles retraités œuvrent avec patience et précision pour donner une seconde vie aux timbres reçus. Yves, passionné depuis l’enfance, trie et classe minutieusement les pièces qui arrivent chaque semaine tandis que Roger, cartophile, s’attache quant à lui aux cartes postales. Ensemble, ils accomplissent un travail de fourmi dont les bénéfices alimentent un projet crucial : l’accès à l’enseignement supérieur pour des jeunes filles en République Démocratique du Congo.

Des bourses d’études pour les jeunes filles de l’UPRECO

Depuis 2018, le Défap soutient l’UPRECO (Université Presbytérienne du Congo), l’une des institutions de notre réseau les plus fragilisées. Implantée dans le Kasaï, région éloignée des centres décisionnels et marquée par l’instabilité, l’université subit une précarité chronique : bâtiments en dégradation, professeurs impayés, infrastructures limitées. Dans ce contexte difficile, les jeunes filles sont les premières victimes. Coutumes, pauvreté, mariages précoces ou précarité les éloignent trop souvent des études.Pour répondre à cet enjeu, l’UPRECO a mis en place, avec l’appui du Défap, un programme de bourses destiné aux étudiantes issues de familles très pauvres. Ces bourses financent les frais académiques, la documentation et une partie des soins médicaux. Les candidates sont sélectionnées par une commission spécifique, sur la base de critères exigeants : obtention du diplôme d’État, engagement chrétien, réputation dans la communauté et situation de grande vulnérabilité. Dix jeunes filles bénéficient ainsi chaque année de ce soutien, qui ouvre la voie à une licence en trois ans.Ce programme trouve ses origines dans un engagement porté autrefois par la Fédération des Femmes Protestantes Suisses, repris depuis par le Défap lorsque ce financement s’est arrêté. Aujourd’hui, la quasi-totalité des ressources permettant de poursuivre cette action provient… du service Philatélie. Or les revenus tirés des ventes de timbres diminuent, alors même que les besoins dans la région s’intensifient.

Comment contribuer ?

Le service Philatélie du Défap collecte, trie et vend les timbres reçus, aussi bien à des particuliers qu’à des grossistes. Chacun peut contribuer à ce travail de solidarité :

  • en donnant de vieilles collections ou des timbres récents,
  • en achetant les lots préparés par les bénévoles (pochettes de 100 timbres identiques, timbres de valeur, cartes triées par thèmes ou pays).

Les visiteurs peuvent prendre rendez-vous pour découvrir les collections sur place et échanger avec les bénévoles. Chaque timbre confié ou acheté participe directement à ouvrir l’avenir d’une étudiante du Kasaï. Derrière ces petits morceaux de papier se joue une grande cause : permettre à des jeunes filles de poursuivre leurs études, de gagner en autonomie et de devenir, demain, des actrices du développement de leur communauté.

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Le Défap à Djibouti : au plus près des acteurs et des projets de l’EPED

Du 16 au 23 octobre 2025, Vincent Nême-Peyron, secrétaire général du Défap et Jean-Luc Blanc, président de la Communauté des Églises Protestantes Francophones (CEPF) se sont rendus à Djibouti pour assurer le suivi du partenariat avec l’Église Protestante Évangélique de Djibouti (EPED), rencontrer les acteurs engagés sur le terrain et faire le point sur les projets en cours. La mission visait également à rencontrer le pasteur Bernard Folly, nouvel envoyé en VSI, et à échanger avec les deux autres volontaires portés par le Défap.

À Djibouti, le Défap renforce son partenariat avec l’EPED

Pour le Secrétaire général du Défap, cette mission constituait une première découverte du pays, de l’EPED, un espace mixte, cultuel et social, et des femmes et des hommes qui le portent. L’objectif était d’exprimer la gratitude du Défap aux autorités djiboutiennes, tout en réaffirmant que l’EPED s’inscrit dans un réseau solide, étroitement relié au protestantisme français. Les échanges avec les agences d’État et les organisations internationales ont permis de revenir sur les projets déjà menés et d’esquisser les prochaines étapes. Parmi les actions évoquées figurent la formation en infographie destinée aux personnes porteuses de handicap en partenariat avec l’ANPH, le soutien à l’enseignement du français assuré par l’Ambassade de France, ainsi que la mise en place de sessions de coupe et couture pour de jeunes filles, qui repartiront avec leur machine à coudre. Le dialogue a également porté sur le développement d’une filière de formation en énergie solaire menée avec le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, lequel mobilise des enseignants du secteur public, ainsi que sur la formation des enseignants à la prise en charge des enfants à besoins spécifiques, dans une perspective d’inclusion renforcée.

Cette mission a permis de rencontrer le pasteur Bernard Folly, nouveau directeur du centre de formation en Volontariat de Solidarité Internationale. Après une période initiale d’installation, il est soucieux de s’intégrer pleinement, en travaillant d’une part en lien avec Pierre Tshimanga, administrateur de l’EPED mais aussi en apprenant l’anglais. Formé en éco-agriculture, il nourrit l’ambition de mettre ses compétences au service de nouveaux projets dans ce domaine, malgré un climat local peu propice qui rend ce défi particulièrement exigeant.

Un temps a été consacré à la rencontre des nombreux partenaires de l’EPED notamment l’aumônerie protestante aux armées présent au culte francophone, l’Agence nationale des personnes handicapées (ANPH) qui accompagne l’organisation dans ses projets de formation et enfin l’ambassade de France à Djibouti.

Des temps forts au cœur de la mission

Parmi les temps forts de la mission, deux célébrations cultuelles ont eu lieu : un culte anglophone le vendredi matin, puis un culte francophone le dimanche soir. La communauté, véritable mosaïque multiculturelle réunissant des fidèles malgaches, congolais, camerounais, sénégalais, angolais, français, américains, coréens, japonais ou encore kenyans, témoigne d’une diversité théologique assumée. La prédication dominicale était assurée par le pasteur Vincent Nême-Peyron, devant une assemblée de 50 à 60 personnes, un niveau de participation similaire pour chacune des célébrations.

Le séjour a également été marqué par un temps de dialogue interreligieux organisé à l’occasion de la Journée internationale de la paix. Dans les salons d’un grand hôtel de la capitale, représentants chrétiens et musulmans ont échangé autour des enjeux de coexistence et de collaboration sociale. Si certains responsables musulmans étaient présents, les imams invités avaient décliné la participation. La table-ronde, présidée par Jean-Luc Blanc, a permis d’aborder sans détour des sujets sensibles, notamment la question de la dhimmitude. Tous les participants ont toutefois souligné la qualité des relations intercommunautaires à Djibouti et exprimé leur souhait de renforcer les initiatives communes au service de la société.

Cette mission confirme la solidité et la pertinence du partenariat engagé avec l’EPED. Elle a offert un aperçu concret du travail d’une Église solidement enracinée dans la société djiboutienne et engagée au cœur d’enjeux humains et sociaux. La diversité des collaborations menées avec les institutions nationales et les organisations internationales présentes sur place témoigne de la rigueur, de la prudence et de l’efficacité de son action.




Soutenons le volontariat international




Éthique protestante et proposition sociétale : rendez-vous ce 11 décembre

Pour l’édition à venir des Jeudis du Défap, le Service protestant de mission reçoit Richard Macaire Lengo, chercheur congolais dont le travail éclaire avec finesse les liens entre religion, société et transformations contemporaines. Sa conférence, intitulée « Éthique protestante et proposition sociétale », s’inscrit dans un contexte où les Églises sont confrontées à de profondes mutations sociales et théologiques. En prenant appui sur le cas de l’Église Évangélique du Congo (EEC), il s’agira d’interroger comment un héritage protestant marqué par le rigorisme moral et un fort idéal de cohérence biblique peut évoluer au contact des dynamiques sociales, économiques et culturelles actuelles.

Cette rencontre prolonge une relation féconde entre le Défap et Richard Lengo, dont les séjours de recherche financés par le Défap ont joué un rôle déterminant dans l’avancement de ses travaux et dans le développement d’un regard sociologique ancré dans la francophonie protestante.

Je m’inscris à la conférenceLe parcours de Richard Macaire Lengo

Richard Macaire Lengo est docteur en sociologie, Maître Assistant CAMES, enseignant-chercheur à l’Université Marien Ngouabi et à l’Université Protestante de Brazzaville. Né le 6 mai 1972 à Bokagna, il mène aujourd’hui une carrière intellectuelle reconnue dans l’étude du religieux et des mutations sociales au Congo et dans l’espace francophone.

Son parcours est marqué par une trajectoire atypique : après une première formation en sociologie du travail (2001-2002), il doit interrompre ses études faute de soutien avant d’y revenir en 2012 avec un master en ressources humaines. Inscrit en thèse en 2014, il se heurte aux limites structurelles du système académique congolais — manque de bibliothèques spécialisées, déficit d’encadrement — jusqu’à ce que le Défap intervienne en 2019, lui permettant un séjour de recherche décisif à Paris. Cette bourse contribue directement à la finalisation et à la soutenance de sa thèse en 2021, événement mis en lumière sur le site du Défap.

Un second séjour en 2023 renforce encore sa production scientifique : finalisation de son premier ouvrage, intégration au laboratoire Groupe Société, Religion et Laïcité (GSRL), participation à des séminaires, présentations de ses travaux et reconnaissance au sein de la communauté des chercheurs. Par l’accompagnement apporté, le Défap devient pour lui un partenaire essentiel dans le déploiement d’une recherche rigoureuse et contextualisée.

Pourquoi parler de l’éthique protestante et proposition sociétale ?

Le sujet proposé — la mutation de l’ethos protestant au sein de l’EEC — ouvre sur une réflexion fondamentale : quel est le rôle de l’Église dans la société contemporaine ? Richard Lengo part du constat d’un écart grandissant entre l’idéal historique du protestantisme congolais et certaines pratiques actuelles. Jadis, l’EEC portait une identité religieuse marquée par le réveil spirituel scandinave : un protestantisme rigoureux, cohérent, fondé sur une éthique morale forte qui avait profondément modelé la société congolaise.

Aujourd’hui, selon le chercheur, cet « exceptionnalisme protestant » semble s’éroder. Des comportements qualifiés de « pratiques du monde » émergent dans l’espace ecclésial : logiques de pouvoir, dérives morales, tensions institutionnelles. Comment une Église, chargée de gérer les biens de salut, peut-elle être à son tour « convertie par le monde » ?

Ce questionnement dépasse largement le seul contexte congolais : il interroge la manière dont les Églises africaines, francophones et plus largement protestantes évoluent au sein de sociétés traversées par la modernité, la globalisation, les crises économiques ou les recompositions culturelles. L’analyse de Richard Lengo articule ainsi dynamiques internes (théologiques, institutionnelles) et dynamiques externes (mutations sociales, pressions politiques, transformations culturelles), offrant une lecture sociologique fine de ces changements.

En invitant ce chercheur, le Défap poursuit sa mission : soutenir une réflexion théologique et sociétale ancrée dans la pluralité du protestantisme mondial et nourrir le dialogue entre Églises partenaires. La conférence sera l’occasion de comprendre comment l’éthique protestante peut encore aujourd’hui inspirer une proposition sociétale crédible, pertinente et porteuse de transformation.

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Haïti, le prix de l’indépendance : Retour sur le colloque de la Plateforme Haïti

La Plateforme Haïti : un réseau de solidarité entre protestantismes français et haïtien

La Plateforme Haïti regroupe depuis 2008 plusieurs organisations protestantes françaises engagées aux côtés de la Fédération Protestante d’Haïti (FPH). Née après le cyclone qui a ravagé l’Artibonite, elle répond à un constat simple : Haïti traverse des crises profondes qui exigent une coopération structurelle, pas seulement de l’urgence.

Ses missions :

  • coordonner les actions humanitaires et sociales ;
  • partager l’information entre acteurs français et haïtiens ;
  • évaluer les projets portés par les partenaires haïtiens ;
  • informer le public français sur l’actualité d’Haïti ;
  • valoriser les initiatives menées sur le terrain.

Elle réunit notamment le SEL, ADRA France, le Défap, La Cause, la Mission Biblique et des représentants des Églises haïtiennes en France. En 2025, face à une situation nationale dramatique, la Plateforme intensifie son rôle d’alerte et de réflexion, notamment autour de la question de la dette d’indépendance qui marque encore le pays.

Pourquoi un colloque sur “Haïti, le prix de l’indépendance” ?

Le colloque s’inscrit dans le bicentenaire de 1825, année où la France a imposé à Haïti une indemnité de 150 millions de francs-or pour reconnaître son indépendance. Cette dette — financée par des emprunts coûteux — a absorbé pendant un siècle une grande partie des recettes du pays, freinant son développement et laissant des traces durables : infrastructures sous-financées, État affaibli, inégalités croissantes et dépendance extérieure.

Aujourd’hui, Haïti traverse une crise sans précédent : effondrement des institutions, violences des gangs, crise alimentaire, déplacements massifs. La question de la justice historique redevient centrale.

En avril 2025, Emmanuel Macron reconnaît une « faute morale » mais n’annonce aucune réparation. Une commission franco-haïtienne est créée, mais sans engagements financiers. Dans ce contexte, la Plateforme Haïti souhaite relancer le débat et offrir un espace de réflexion en rassemblant historiens, économistes, théologiens, sociologues et acteurs de terrain.

Trois jours pour comprendre l’histoire, les blessures et les chemins possibles

Ouverture avec la projection du documentaire “Haïti, la rançon de l’indépendance”

L’événement s’est ouvert par la projection du film de Wandrille Lanos, enquête rigoureuse menée entre Paris et Port-au-Prince, explorant les archives diplomatiques françaises et celles de la Caisse des Dépôts. Le documentaire revient sur l’histoire de l’indépendance de 1804 et sur la mécanique financière qui a piégé Haïti dans un siècle de remboursement. Cette soirée introductive a permis d’entrer dans la complexité historique qui allait structurer les débats du lendemain.

Un colloque d’experts à la Fédération Protestante de France

La journée s’est ouverte par un discours de Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France, suivi par Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, soulignant l’enjeu mémoriel, politique et moral de cette histoire partagée.

Retour historique et crise actuelle

Le politologue Jacques Nési a retracé deux siècles de vie politique haïtienne, montrant comment la dette a contribué à fragiliser l’État et à alimenter instabilité, corruption, conflits internes et dépendances étrangères. Son analyse du prix politique de la dette a trouvé un écho direct dans l’exposé de Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU, qui a décrit sans détour la réalité actuelle du pays : des gangs surarmés contrôlant des pans entiers du territoire, un État paralysé, une mission internationale en difficulté, une insécurité alimentaire critique et un effondrement économique généralisé.

Les conséquences multiformes de la dette : économie, sociologie, théologie

Trois experts — Denis Cogneau, Henri Claude Telusma, Corinne Lenoir — ont proposé une analyse croisée exceptionnelle :

Économiquement, la dette haïtienne de 1825 équivalait à 240 % du revenu annuel national, un record mondial. À titre de comparaison, l’indemnité imposée au Maroc par l’Espagne en 1860 représentait 2 % de son revenu annuel. Aucun autre pays n’a subi une charge aussi lourde à la naissance de son indépendance.

Sociologiquement et philosophiquement, la dette a engendré :

  • une peur symbolique de la liberté, intériorisée comme un risque ;
  • une survalorisation du blanc, perçu comme détenteur du pouvoir légitime ;
  • une psychologie collective de la punition : la réussite comme menace ;
  • un impact spirituel profond : fragilisation de la foi chrétienne, lourde d’ambivalences liées au passé colonial.

Religieusement, le christianisme coexiste avec le vaudou, perçu comme une résistance culturelle et un ancrage identitaire autonome. La dette a façonné ces dynamiques spirituelles.

Restitution, réparations, coopération : quelles voies possibles ?

Dans une intervention très attendue, le géographe Jean-Marie Théodat a interrogé les enjeux concrets d’une restitution : Qui devrait payer ? À qui ? Sous quelle forme ? Pour quels objectifs collectifs ? Il a plaidé pour une coopération caribéenne renouvelée, structurée et non uniquement symbolique.

Un temps spirituel et communautaire

Le colloque s’est conclu par un culte animé par la communauté haïtienne du temple de l’Étoile. Un moment de prière, de mémoire et de solidarité, accompagné d’une invitation adressée à toutes les paroisses : consacrer un temps d’information, de recueillement et de soutien à Haïti.

Conclusion

Le colloque « Haïti, le prix de l’indépendance » a su mettre en lumière une réalité essentielle : la situation actuelle d’Haïti n’est pas le produit du seul présent, mais celui de siècles de domination, d’indemnités illégitimes, de catastrophes naturelles, d’ingérences et de dysfonctionnements internes.

En rassemblant experts, acteurs humanitaires, théologiens, politiques et communautés protestantes, la Plateforme Haïti a offert un espace rare : un lieu pour comprendre, nommer les injustices et ouvrir des pistes d’avenir.




Le Défap accueille une nouvelle promotion de volontaires de réciprocité

Du 4 au 6 novembre, nos locaux ont accueilli sept jeunes volontaires venus du Togo, du Bénin et d’Égypte, venus se préparer à leur mission de volontariat en France. Pendant quelques jours, l’espace s’est transformé en véritable lieu de rencontre, d’apprentissage et de partage interculturel.

Le volontariat en réciprocité

Le volontariat de réciprocité permet d’accueillir en France des jeunes issus de pays où sont également envoyés des volontaires français. Il s’inscrit dans le cadre du volontariat international d’échange et de solidarité, favorisant un équilibre dans les échanges. Depuis sa création, le Défap porte la volonté de renforcer l’envie de rencontre et de changement. Partir et venir pour découvrir de nouvelles personnes et vivre d’autres réalités de vie ou une manière différente de faire Église. Ce dispositif renforce les liens de coopération, encourage une compréhension mutuelle entre les sociétés et ouvre la voie à un regard nouveau sur le monde. Pour les volontaires comme pour les Églises et structure d’accueil, il constitue une expérience précieuse, fondée sur l’échange, la solidarité et l’apprentissage interculturel.

« Le volontariat en réciprocité peut également servir de facilitateur dans les relations interculturelles parfois complexes dans nos structures dans nos œuvres et dans mouvements » Vincent Nême-Peyron, secrétaire général du Défap.

Une formation du Défap

Durant ces deux journées de formation, les volontaires ont pu découvrir le Défap et ses missions, visiter la bibliothèque et les archives, participer à un atelier sur la communication… et profiter d’une visite de Paris ! Un programme pensé pour nourrir leur réflexion, leur donner des repères, tout en leur permettant de tisser leurs premières relations en France.

« C’était vraiment impressionnant de voir ce groupe de volontaires créer des liens aussi rapidement. En quelques heures à peine, une véritable cohésion s’est installée entre eux. Nous avons rencontré des profils profondément engagés dans la vie de leurs Églises, animés par une grande motivation et un vrai sens du service. Tous expriment le désir sincère de s’investir pleinement dans leurs missions et de contribuer activement à la dynamique de leurs structures d’accueil en France. » Caroline Mpessa Lobe & Anne-Sophie Macor, responsables volontariat

Des parcours uniques, des missions variées

Derrière chaque volontaire, une histoire singulière. Parmi les volontaires nous avons eu l’opportunité de rencontrer Magloire venu du Togo, c’est la première fois qu’il vient en France et il va découvrir la ville de Colmar lors de son service civique en Animation et accompagnement à la scolarité d’enfants et de jeunes. De son côté, Asanat vient d’Égypte et elle avait déjà effectué un service civique à Strasbourg, aujourd’hui elle revient en tant que volontaire de solidarité international. Des parcours d’études différents, des expériences multiples, mais un même désir les réunit : celui de se mettre au service des autres avec des compétences uniques. Ainsi, Vianney apportera ses compétences en communication à la fondation La Cause. Tandis que Carmelle et Jacob s’engageront auprès de personnes âgées ou en situation de handicap au Sonnenhof, à Bischwiller.

« C’est ma première expérience de volontariat […] la découverte de la France, la découverte d’autres personnes, le métissage culturel, le travail en équipe, c’est ce qui m’a motivé à faire ce travail et à opter pour cette mission » Carmelle, Volontaire en Service Civique