Évangélisation en Europe francophone

Chers amis, frères et sœurs,

A la suite du colloque qui s’est tenu au Défap le 11 octobre : « Vers une nouvelle économie de la mission : Parole aux Églises », nous avons prévu un Forum du 8 au 10 mai 2020 à Sète sous forme d’ateliers de la mission : « Chrétiens tous ensemble : quelle(s) mission(s) partager ? » ; Aujourd’hui nous ne savons pas du tout si cet événement pourra avoir lieu. Cependant nous vous invitons à y travailler en partageant deux articles à télécharger ci-dessous, écrits par le Pasteur Evert van de Poll, de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France, qui est professeur en sciences religieuses et en missiologie à la faculté évangélique de Louvain en Belgique.

Paradoxe de l’Europe ; en quoi est-elle encore « chrétienne » ? par Evert VAN DE POLL

Dans quel sens l’Europe est-elle « postchrétienne » ? par Evert VAN DE POLL

Ces deux textes font partie du livre publié sous la direction de Hannes Wiher, Évangélisation en Europe francophone. Charols, Excelsis 2016.

enfant lisant la Bible © Pixabay




Les collectionneurs au rendez-vous…

La première vente de timbres de collection directement dans les locaux du Défap, boulevard Arago à Paris, a eu lieu le 29 février dernier. Les vignettes, rares et précieuses pour certaines, communes pour d’autres, étaient vendues soit en vrac, soit à l’unité. En sus, des cartes postales – timbrées, bien sûr – étaient également proposées aux collectionneurs.

L’annonce de cette vente avait été diffusée non seulement dans les journaux spécialisés et dans les clubs, mais également et dans le magazine Paroles protestantes, sur la radio Fréquence protestante (100.5 FM) et au sein des paroisses parisiennes. Du coup, un public relativement nombreux a défilé au Défap toute la journée, attiré par le caractère exceptionnel de l’événement.

 

Geneviève Minssen © Défap

Geneviève Minssen et Alain Gilles, les deux bénévoles responsables du service Philatélie au Défap, ont accueilli et orienté collectionneurs, amateurs et simples curieux. « Certains viennent parce qu’ils sont passionnés et recherchent un timbre en particulier. En général, ceux-ci font déjà partie d’un club philatélique », explique Alain Gilles. D’autres se déplacent par curiosité, ou pour soutenir l’un des projets du Défap, comme cette dame venue de Belgique : « Ma mère a vu l’information et je suis venue pour soutenir la mission », confie-t-elle en examinant les timbres. Elle repartira quelques instants après avec un lot de vrac.

Les fonds récoltés – près de 500 euros – vont en effet servir à financer des bourses pour les étudiantes de l’Université presbytérienne du Congo (UPRECO), à Kananga, au centre de la République démocratique du Congo. Il s’agit de l’une des universités protestantes avec lesquelles les Églises de France sont en lien dans ce pays, à travers le Défap. Cette relation se traduit dans sa globalité par un soutien direct à la faculté de théologie, l’échange d’enseignants et plus spécifiquement par des bourses versées directement aux étudiantes qui suivent les enseignements délivrés à l’UPRECO en théologie, droit ou agronomie.




Retour sur la rencontre des Coordinations de la Cevaa

La rencontre annuelle des Coordinations de la Cevaa a eu lieu du 27 janvier au 02 février 2020 à Jacqueville, en Côte d’ivoire, dans le village d’Abreby.

L’ensemble des participants aux Coordinations Cevaa 2020 © Défap

Elle a rassemblé une vingtaine de délégués des Églises membres et organismes partenaires (Défap et DM-échange et mission). Le Défap était représenté par les pasteurs Basile Zouma, secrétaire général  et Tünde Lamboley, secrétaire exécutive, responsable de la formation théologique. Le DM, était quant à lui, représenté par son directeur, le pasteur Nicolas Monnier et M. Jean-Daniel Peterschmitt. L’Église méthodiste unie, membre de la Cevaa qui a organisé l’accueil, a trouvé un cadre de travail adapté pour permettre à la délégation de joindre l’utile à l’agréable.

Un temps pour réfléchir et travailler ensemble

Les Coordinations (pôle animations et pôle projets) sont des commissions techniques mises en place par l’Assemblée générale. Le pôle Animations est chargé de l’examen des demandes de bourses des Églises membres, ainsi que de l’examen des projets jeunesse. Le pôle Projets et échange de personnes est chargé de travailler sur les actions de témoignage et de solidarité des Églises.

Les discussions et débats autour de ces projets ont permis de toucher du doigt les préoccupations des Églises membres, leurs actions et les domaines d’activités qu’elles souhaitent développer. Il a été souligné le soin et l’attention particulière que chaque Église a consacré à l’élaboration et la présentation de ses projets.

Le séjour s’est clôturé le dimanche 02 février par un culte au temple du Jubilé à Cocody où la délégation a vécu avec la communauté EMU-CI, un temps fort de communion.

Culte de clôture des Coordinations Cevaa © Défap




Haïti au cœur des préoccupations du Défap

La papaye, ressource agricole en développement en Haïti

Le Défap est engagé en Haïti au moyen d’une Plateforme dédiée, mise en place par la Fédération protestante de France en lien avec celle de Haïti et coordonnée par le Défap. Elle est composée de tous les acteurs qui interviennent sur le terrain, à savoir notamment la Fondation La Cause pour les orphelinats, le SEL (service d’entraide s’occupant notamment de parrainage d’enfants), la Mission biblique (liée à l’Union des Églises baptistes sur place), ADRA et le pasteur de l’Église du Nazaréen, paroisse composée par des Haïtiens installés en France, en lien étroit avec une Église homologue en Haïti. Cette Plateforme est un lieu de rencontre et de coordination.

Mise en place entre 2007 et 2008, cette Plateforme a été particulièrement efficace lors du séisme de janvier 2010. Les conséquences de cette catastrophe ne sont pas encore totalement résorbées, les pertes humaines ayant été très élevées et nombre d’infrastructures fortement endommagées. La Plateforme continue donc son travail, sous l’égide du Défap et en toujours en lien avec les structures protestantes haïtiennes, en particulier avec la Fédération des écoles protestantes d’Haïti (FEPH). De nombreux projets sont encore actifs et suivis. En 2010, les protestants avaient donné plusieurs centaines de milliers d’euros pour relancer les activités économiques et les écoles.

Les liens présents entre les partenaires au moment du séisme avaient permis de recevoir des informations nombreuses et fiables, avec pour résultat la conception un plan d’intervention correspondant exactement aux besoins des Églises sur place. Une délégation s’était d’ailleurs immédiatement rendue dans le pays avec pour mission de mettre en route des programmes d’urgence, certes, mais aussi destinés à être concrétisés dans la durée. Les institutions ecclésiales ne sont pas spécialisées, en général, dans les actions d’urgence, mais elles se sont mobilisées et sont parvenues à se coordonner de façon notablement efficace. Grâce au pasteur Philippe Verseils, envoyé à Port-au-Prince durant deux ans, qui s’est occupé de leur gestion, les fonds ont été employés au mieux.

Considérée comme « zone rouge » par le ministère français des Affaires étrangères, c’est-à-dire comme un pays où l’on ne doit pas se rendre sauf nécessité absolue, Haïti ne peut plus recevoir d’envoyés. L’insécurité et la violence en ville deviennent difficiles à supporter y compris par la population locale : baisses drastiques des approvisionnements en carburant et même en vivres, délestages en électricité, criminalité galopante, la grogne sociale monte et explose sporadiquement en manifestations de rue, durement réprimées.

Le Défap continue à faire fonctionner la Plateforme, qui se concentre sur son soutien aux institutions locales. La force de l’engagement et leur dévouement est remarquable : lors de son Assemblée générale, la Fédération haïtienne des écoles protestantes a validé un plan stratégique visant à renforcer les capacités d’accueil des écoles et la formation continue. L’éducation est cruciale en Haïti, la formation des futurs citoyens restant l’une des clefs les plus prometteuses pour améliorer à la fois la société et la vie des hommes. La mise à niveau des enseignants doit donc être soigneusement suivie. La Plateforme, faute de pouvoir envoyer des jeunes volontaires, s’occupe de récolter des fonds pour aider cette institution.




« La Mission et les autres. Évènements et grands textes »

Le Centre Maurice-Leenhardt, en partenariat avec le Service protestant de mission – Défap, organise le jeudi 27 février 2020 une journée d’étude intitulée : « La Mission et les autres. Évènements et grands textes ». de 10h à 17h.
Au Défap, 102 boulevard Arago 75014 Paris

Programme :

Marc Boss, IPT-Paris : « Le Parlement mondial des religions : 1893, 1993, 2018 »

Pierre Diarra, Institut catholique de Paris – ISTR et Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, « La lettre apostolique Maximum illud, cent ans après »

Claire-Lise Lombard, Service protestant de mission-DEFAP : « Le scoutisme à Madagascar : méthode de recherche et sources »

Soutenance de Mémoire M1 de M. Désiré Andrianarivo : « La vie et l’organisation des tirailleurs malgaches protestants en France en 1916-1917 ». Jury : Gilles Vidal, Marc Boss

Inscriptions auprès du secrétariat de la Faculté de Montpellier : secretariat@iptmontp.org

Contact : M. Boss / G. Vidal

https://iptheologie.fr/programme-cml-2019-2020-2




«Un homme crie dans le désert»

Méditation du jeudi 5 décembre 2019. Nous prions pour nos envoyés au Laos. Évangile du deuxième dimanche de l’Avent.

Bougies de l’avent © Maxpixel

En ce temps-là, Jean-Baptiste parut dans le désert de Judée et se mit à prêcher : « Changez de comportement, disait-il, car le Royaume des cieux s’est approché ! » Jean est celui dont le prophète Ésaïe a parlé lorsqu’il a dit :

« Un homme crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
faites-lui des sentiers bien droits ! »

Le vêtement de Jean était fait de poils de chameau et il portait une ceinture de cuir autour de la taille ; il mangeait des sauterelles et du miel sauvage. Les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de toute la région voisine de la rivière, le Jourdain, allaient à lui. Ils confessaient publiquement leurs péchés et Jean les baptisait dans le Jourdain.

Jean vit que beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venaient à lui pour être baptisés ; il leur dit alors : « Bande de serpents ! Qui vous a enseigné à vouloir échapper au jugement de Dieu, qui est proche ?  Montrez par des actes que vous avez changé de mentalité et ne pensez pas qu’il suffit de dire en vous-mêmes : « Abraham est notre ancêtre. » Car je vous déclare que Dieu peut utiliser les pierres que voici pour en faire des descendants d’Abraham ! La hache est déjà prête à couper les arbres à la racine : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise avec de l’eau pour montrer que vous changez de comportement ; mais celui qui vient après moi vous baptisera avec le Saint-Esprit et avec du feu. Il est plus puissant que moi : je ne suis pas même digne d’enlever ses chaussures. Il tient en sa main la pelle à vanner et séparera le grain de la paille. Il amassera son grain dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint jamais. »

Matthieu 3, 1-12

Pieter Brueghel : Le Sermont de Saint-Jean Baptiste (Szépmüvészti Museum – Budapest 1566) © Wikimedia Commons

Il y a l’éthique du quotidien, faite de règles, d’attentions, d’efforts, d’examens de conscience, de réparations. Et il y a l’exigence radicale dictée par la perspective de la révélation, celle que porte Jean le Baptiste et que nous sommes invités à revivre au temps de l’Avent. Les deux sont nécessaires ; elles se complètent, s’enrichissent, et se tempèrent.

L’homme du désert n’est pas un bâtisseur de communauté ou un Sage de la loi, mais un prophète. Il ne nous dit pas comment vivre, mais plutôt comment ne pas mourir. La repentance qu’il prêche n’a pas de visée pédagogique dans la durée, mais elle signifie un bouleversement total et profond de tout ce qui est connu et convenu.

Par son genre de vie ascétique Jean le Baptiste incarne cette liberté de pouvoir tout remettre en question, tout déconstruire, afin de reprendre pied dans l’essentiel, qui est l’amour créateur de Dieu. Alors il nous offre le baptême d’eau comme une merveilleuse chance de purification et de ressourcement.

Mais comment comprendre le baptême de feu et d’Esprit qu’il annonce pour l’avenir ? N’est-il pas difficile de reconnaître dans les paroles de condamnation de Jean l’amour pardonnant et rédempteur du Christ Jésus ?

 

Nous prions pour nos envoyés au Laos.

Seigneur,
Dans le silence de ce jour naissant,
je viens te demander la paix, la sagesse et la force.
Je veux regarder aujourd’hui le monde
avec des yeux tout remplis d’amour,
être patient compréhensif et doux.
Voir au-delà des apparences tes enfants
comme tu les vois toi-même,
et ainsi ne voir que le bien en chacun.
Ferme mes oreilles à toute calomnie,
garde ma langue de toute malveillance,
que seules les pensées qui bénissent
demeurent dans mon esprit,
Que je sois si bienveillant et si joyeux
que tous ceux qui m’approchent sentent ta présence.
Revêts-moi de ta bonté, Seigneur,
et qu’au long de ce jour, je te révèle.
Amen.




COP 25 : #Time for action

«#Time for action» – le moment d’agir : c’est le slogan choisi en ce début décembre pour la COP 25, rendez-vous réunissant des représentants de près de 200 États et destiné à faire le point sur les engagements internationaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Des préoccupations que devraient porter nombre de représentants de la société civile, en dépit de la délocalisation du sommet, initialement prévu au Chili, à Madrid ; et au sein des Églises aussi, les plaidoyers ou les actions en faveur du climat s’organisent.

District de Kurigram, nord du Bangladesh : un enfant patauge dans les eaux sur le chemin de l’école lors des inondations d’août 2016. © UNICEF/Akash

L’Ifema, au Campo de las Naciones, à Madrid : c’est là, dans ce vaste bâtiment disposant de 200.000 m2 de surface utile, que se tient pendant un peu moins de deux semaines la COP 25, la 25ème Conférence des Parties, censée coordonner les efforts internationaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Un rendez-vous délocalisé en urgence : prévu à l’origine au Chili, il a dû trouver un nouveau pays d’accueil du fait des forts mouvements de contestation sociale lancés dans ce pays. Au pied levé, l’Espagne s’est proposée – proposition acceptée par l’Onu ; avec à la clé un défi pour le pays organisateur, qui disposait d’un mois à peine pour organiser l’événement, alors même que des élections législatives avaient lieu le 10 novembre ; et un problème quasi-insoluble pour un bon nombre des 25 000 délégués initialement attendus à Santiago, en particulier des milliers de participants issus de la société civile venus assister aux débats et tenter d’influencer les négociateurs officiels. Pour l’ONG internationale ActionAid, la relocalisation de la COP «présente de réels obstacles à la participation de pays du Sud et de la société civile», notamment concernant les visas et les coûts. D’où le risque que les plus concernés par le changement climatique soient justement les plus mal représentés à cette COP 25… Mais au-delà d’ActionAid, nombre d’observateurs craignent que ce rendez-vous ne soit pas à la hauteur de l’urgence, en dépit du slogan choisi : «#Time for action»: le moment d’agir.

L’Ifema, à Madrid © Wikimedia Commons

L’accord de Paris de 2015 prévoyait que les quelque 200 pays signataires révisent d’ici fin 2020 leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour l’instant, 68 pays se sont engagés à revoir à la hausse ces engagements. Mais en dépit de leur nombre, ils ne représentent que 8% des émissions mondiales. Les principaux concernés, comme la Chine ou l’Union Européenne, n’ont pas encore dévoilé leur position ; quant aux États-Unis, ils ont confirmé leur retrait de l’accord de Paris l’an prochain.

Les questions environnementales ne sont plus du seul ressort des spécialistes ou des militants

Et entre-temps, les émissions de CO2 augmentent dans le monde. Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), l’objectif de rester sous les 2°C de réchauffement n’aurait une chance d’être atteint qu’en restant en-deçà de la barre des 450 ppm de CO2 – cette unité en «parties par million» étant ce qui permet de mesurer la concentration d’un gaz dans l’atmosphère. Or, le dernier record en la matière a été enregistré le 15 mai dernier par l’Agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) à Hawaï : 415,64 ppm. Il y a 11 ans, en 2008, ce taux était inférieur de 25 ppm. Autant dire qu’à ce rythme, la barre des 450 ppm de CO2 sera allègrement dépassée avant 20 ans. Alors qu’avant l’ère industrielle, le taux de concentration du CO2 dans l’atmosphère oscillait autour des 280 ppm. Les rejets industriels étant aggravés par la déforestation, puisque les végétaux fixent le carbone de l’atmosphère ; avec comme conséquence supplémentaire un recul drastique de la biodiversité, car avec les forêts qui disparaissent, ce sont autant d’espèces animales et végétales qui déclinent. En 2018, 12 millions d’hectares de forêts tropicales ont disparu. Pour la seule forêt amazonienne, ce sont 1,3 million d’hectares qui ont disparu l’an dernier. Les effets du changement climatique se font désormais sentir partout, y compris dans les zones tempérées : en témoigne la canicule inédite qu’a connue la France au cours de l’été 2019, avec des températures jamais enregistrées depuis qu’il existe des relevés internationaux, c’est-à-dire depuis 1880. Ainsi, le 28 juin dernier, c’est un record de 46,2 degrés qui a été enregistré à Verargues, dans l’Hérault. Il y a vingt ans seulement, un tel événement aurait paru relever de la science-fiction. Mais il ne s’agit plus de science-fiction…

Carte animée des anomalies de températures enregistrées au niveau mondial entre 1880 et 2017 © Nasa/Akash

Au Sommet Action Climat qui s’est tenu fin septembre au siège des Nations Unies à New York, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé un vibrant appel à l’adresse des dirigeants du monde, leur rappelant qu’ils avaient l’obligation «de tout faire pour mettre fin à la crise climatique». Lors de la Conférence de Bonn sur le changement climatique (SB50), en juin dernier, Patricia Espinosa, Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), a prévenu que la communauté internationale doit se «montrer à la hauteur de (sa) responsabilité collective» et veiller à ce que l’ambition de l’action pour le climat soit rehaussée dans la mesure du possible «afin que les pires conséquences du changement climatique soient évitées». Et d’insister : «Nous ne pouvons plus nous permettre des progrès graduels pour lutter contre le changement climatique – nous devons procéder à des changements profonds, transformationnels et systémiques dans l’ensemble de la société, ce qui est crucial pour un avenir à faibles émissions, hautement résilient et plus durable».

Alors que les conséquences des changements climatiques, de la déforestation, de l’épuisement des ressources naturelles font peser des menaces sur l’avenir de toute l’humanité, et notamment des plus fragiles, les questions environnementales ne sont plus du seul ressort des spécialistes ou des militants écologistes. Les Églises s’en sont également saisies, aux côtés de nombreux mouvements citoyens. Au niveau international, les initiatives sont nombreuses ; et dans ces plaidoyers de chrétiens en faveur de la création, l’implication du Conseil œcuménique des Églises est particulièrement révélatrice : dès les années 1970, le COE a contribué à l’élaboration du concept de communautés durables. Depuis l’adoption, en 1992, de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, il est présent à toutes les conférences de l’ONU sur le climat.




La bonté de Dieu ne dédaigne personne

Méditation du jeudi 21 novembre 2019. Nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso.

© Maxpixel

Le peuple se tenait là et regardait. Les chefs juifs se moquaient de lui en disant : « Il a sauvé d’autres gens ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie, celui que Dieu a choisi ! » Les soldats aussi se moquèrent de lui ; ils s’approchèrent, lui présentèrent du vinaigre et dirent : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Au-dessus de lui, il y avait cette inscription : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’insultait en disant : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous avec toi ! » Mais l’autre lui fit des reproches et lui dit : « Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même punition ? Pour nous, cette punition est juste, car nous recevons ce que nous avons mérité par nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » Puis il ajouta : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras pour être roi. » Jésus lui répondit : « Je te le déclare, c’est la vérité : aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » 

Luc 23,35-43

Titien : le Christ et le bon larron (peint aux alentours de 1566) © Wikimedia Commons

Ne sommes-nous pas bouleversés par cet ultime moment de l’évangile écrit par Luc ? Ne ressentons-nous pas une émotion proche de celle que nous fait vivre la parabole du fils prodigue quand celui-ci, désespérant d’être encore considéré comme fils par son père, se voit relevé, embrassé, fêté par lui ?

En présence de Jésus-Christ l’inespéré surgit avec la force d’une source venue des profondeurs de la rédemption. À l’instant sombre et tragique de la passion, où les âmes sont déchirées comme les corps en croix, l’humain résiste en ce délinquant resté juste au-delà de ses méfaits. À l’opposé de son autre compagnon de malheur, des magistrats et des soldats sarcastiques, il plaint Jésus, l’innocente, lui parle, et place en lui son espérance, aussitôt exaucée qu’énoncée : « Dès aujourd’hui tu seras avec moi dans la vie ! »

Si nous avons un trésor à transmettre, une plaidoirie à prononcer, un appel à lancer, une consolation à offrir, à nos contemporains comme aux humains de toutes générations, il s’agit bien de cette merveilleuse bonté de Dieu qui ne dédaigne aucun être en ce monde.

Ô merci Jésus, Messie pour toute la terre habitée, d’avoir avoir accepté d’incarner cette divine vérité, jusqu’à en mourir !

 

Nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso.

Seigneur,
Dans un monde sans foi ni espérance,
Même si on me traite de fou je prierai.
Même si on se ligue contre moi, je prierai encore plus fort.
Même si on m’emprisonne, je conduirai vers toi prisonniers, geôliers et juges.

Aide- moi à susciter l’espérance parmi les désespérés, les étrangers, les réfugiés, les exclus.
Seigneur, à cause de toi, je crois que rien n’est perdu :
Que ton amour envers les hommes demeure le même.

Je te prie pour les semeurs de tristesse et de mort,
Pour les responsables irresponsables de ce temps,
Pour ton Église émiettée sur la terre,
Pour l’avènement du temps promis
Où le partage équitable se fera entre les nantis et les démunis,
Entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest.

Seigneur apprends-moi à prier,
À compter sur toi,
À œuvrer avec toi,
À prier encore et encore avec foi et persévérance.

Samuel Noutanewo




Vers une liturgie qui fait place à toutes les cultures ?

Les questions de liturgies et de cultures sont intimement mêlées au sein des Églises, dès lors qu’elles accueillent des paroissiens de différentes origines. Avec des risques d’incompréhensions et des difficultés à décoder les codes des uns et des autres… Une problématique à laquelle travaille depuis longtemps le Défap, puisqu’il était impliqué dès l’origine du projet Mosaïc et que cette question des relations entre communautés de différentes origines au sein des Églises fait partie des réflexions de sa refondation… Mais les questionnements concernent en fait tous nos voisins européens. Pratiquement dans les mêmes termes. En témoigne la journée récemment organisée par l’Office Protestant de la Formation, chargé de former les pasteurs et les diacres des Églises réformées de Suisse romande. Avec des intervenants comme Karen Smith, dont le ministère d’aumônier à l’université d’Ifrane, au Maroc, est soutenu par le Défap ; ou encore Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa à Genève pour initier des rapprochements avec des communautés chrétiennes genevoises issues de la migration, et qui travaille notamment à un guide pour célébrer ensemble.

Détail de l’affiche de présentation de la journée de formation © DR

Qu’est-ce qui, dans une célébration religieuse, dans un culte, relève strictement du religieux… ou de la culture ? Où trouver des possibilités de rapprochements, de meilleure compréhension mutuelle, sans confondre différences théologiques et distance culturelle ? Le problème se pose de manière de plus en plus aiguë pour nombre d’Églises en Europe, confrontées à un double mouvement qui modifie leur composition en profondeur : d’une part, une sécularisation de plus en plus marquée des sociétés, qui peut aller dans certains cas jusqu’à des tentatives d’éradiquer toute référence au religieux de l’espace public ; et la mondialisation (ou globalisation) d’autre part, qui en favorisant les mouvements de populations, permet l’arrivée dans des paroisses parfois vieillissantes de nouveaux paroissiens, issus d’Églises proches sur le plan de la théologie et de la liturgie, mais éloignées par leur contexte…

Face à ces changements, les Églises locales se trouvent parfois démunies : la bonne volonté seule ne suffit pas pour faire Église ensemble. Les communautés locales peuvent aussi vivre ces évolutions avec un sentiment d’isolement, percevant mal ces mutations «à bas bruit», ainsi que les a qualifiées le sociologue Sébastien Fath, et ayant d’autant plus de difficultés à s’y adapter – surtout lorsque d’autres Églises se créent dans leur voisinage, très différentes dans leur manière de vivre leur foi, et qui, elles, sont en croissance.

«La globalisation nous invite à passer à une autre étape»

L’image de la mosaïque est particulièrement parlante ; elle a été largement reprise, ce qui illustre déjà en soi l’ampleur des questionnements qui traversent les Églises d’Europe. On la retrouve en France, mais aussi en Suisse ou en Italie. On peut penser bien sûr au projet Mosaïc, créé en France en 2006 pour favoriser la rencontre et la collaboration des chrétiens protestants de diverses cultures et origines : il a été mis en place au sein de la Fédération Protestante de France, à partir d’une réflexion lancée au sein du Défap et en partenariat avec la Cevaa. On retrouve cette même image dans le titre de la journée qui a été organisée le vendredi 15 novembre 2019 par l’Office Protestant de la Formation, chargé de former les pasteurs et les diacres des Églises réformées de Suisse romande. Il s’agit d’un service (dans la terminologie suisse, on parlera d’un «office») de la Conférence des Églises Réformées Romandes (la CER).

Les échanges et les ateliers se sont déroulés à la Chapelle des Charpentiers, à Morges, commune du canton de Vaud, au bord du lac Léman. Parmi les organismes impliqués dans la préparation de cette journée, on trouvait notamment la Faculté autonome de théologie protestante de Genève, ou encore DM-échange et mission, l’équivalent suisse du Défap. Et parmi les intervenants, à la fois des théologiens et des connaisseurs de la réalité du terrain, avec une place significative faite à des personnalités illustrant les activités du Défap ou de la Cevaa dans le domaine de l’interculturel… Aux côtés de Enrico Benedetto, professeur à la Faculté vaudoise de théologie, on trouvait ainsi Claudia Schulz, pasteure de l’UEPAL et référente Mosaïc dans l’Eurométropole de Strasbourg. Aux côtés d’Antoine Schluchter, pasteur de la Vallée, on trouvait Francis Muller, pasteur à Terre Nouvelle, à Mulhouse, qui s’occupe entre autres tous les vendredis, avec les bénévoles de l’Église protestante unie de France, d’une table ouverte pour des étudiants démunis de l’Université de Haute-Alsace, notamment des Kabyles. Était aussi invitée Karen Smith, aumônière de l’Université Ifrane, au Maroc, dont le poste est soutenu par le Défap, et qui vient régulièrement dans des paroisses françaises pour parler des relations interreligieuses dans le contexte marocain ; ainsi que le pasteur togolais Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa pour l’Église Protestante de Genève : présent en Suisse pour initier des rapprochements avec des communautés chrétiennes genevoises issues de la migration, il travaille notamment à un guide pour célébrer ensemble. Il a pu constater par exemple l’importance des codes, et notamment des codes culturels, dans les relations entre Églises : des codes qui doivent être décryptés sous peine de produire des malentendus. Il était présent à Morges ce 15 novembre avec Gabriel Amisi, responsable du ministère «Témoigner ensemble à Genève».

Un travail qui rejoint les réflexions lancées au sein du Défap, comme le soulignait en janvier dernier Jean-Luc Blanc dans Paroles Protestantes – Est-Montbéliard : «la globalisation nous invite à passer à une autre étape : construire une théologie et une Église interculturelles. Il ne s’agit plus seulement de développer une théologie africaine en Afrique, une théologie chinoise en Chine, mais une réflexion théologique commune, qui mette en synergie en les valorisant toutes ces théologies culturellement marquées. En France, en tous cas, c’est devenu une nécessité. Les Églises de notre pays sont amenées à faire de la place à des hommes et des femmes venant d’ailleurs, qui veulent à la fois garder leur culture d’origine tout en intégrant celle qui les accueille. Ils ne veulent abandonner ni l’une ni l’autre. Nombre de nos frères et sœurs, assis le dimanche sur les mêmes bancs d’Église que nous, partagent une double identité ecclésiale : celle de leur Église d’origine et celle de leur Église d’accueil.»




Lettres de Jean Beigbeder : un rendez-vous exceptionnel à Tananarive

Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap, et Faranirina Rajaonah, professeure émérite d’histoire à l’Université Paris Diderot et membre du Cessma (Centre d’Études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques), sont intervenues le 26 octobre dans la capitale malgache pour présenter leur ouvrage, Lettres de Tananarive, Jean Beigbeder à son père. La rencontre avait été organisée par le Musée de la Photographie de Madagascar.
Claire-Lise Lombard et Faranirina Rajaonah intervenant au Musée de la Photographie de Madagascar © Défap

 

«Il existe un patrimoine photographique malgache peu connu, essentiellement du fait qu’il est davantage conservé en-dehors de Madagascar» ; quant aux collections de photos qui se trouvent encore sur place aujourd’hui, elles restent tout aussi méconnues, «en raison des difficultés d’accès ou du manque de visibilité des photothèques où elles sont conservées». C’est en partant de ce constat que l’historienne Helihanta Rajaonarison, auteure d’une thèse soutenue à l’Université de Tananarive en 2014 intitulée Sociétés et photographie : les usages sociaux de la photographie à Tananarive (milieu XIXe-milieu XXe siècle), a lancé le projet du Musée de la Photographie de Madagascar. Il a été inauguré en novembre 2015, avec le lancement d’un site internet et l’organisation d’une exposition à l’Alliance française de Tananarive. Depuis lors, le musée est installé à Andohalo, dans l’ancienne résidence des maires de Tananarive, une grande bâtisse des années 1930 située sur les hauteurs de la capitale malgache.

Lettres de Tananarive – Jean Beigbeder à son père, 1924-1927, disponible chez Hémisphères

Outre les expositions (le musée dispose de quatre salles de projection et diffuse aux visiteurs des mini-documentaires vidéos à voir en français et en malagasy), des rendez-vous réguliers sont organisés : c’est le cas du «Café-Histoire», qui a lieu une à deux fois par mois. Il s’adresse aussi bien au grand public qu’aux passionnés d’histoire et de photographie, et donne lieu à des tables rondes sur des sujets comme l’histoire de la diplomatie malgache, les croyances ancestrales malgaches… C’est dans le cadre de ces rencontres que Faranirina Rajaonah et Claire-Lise Lombard sont intervenues le 26 octobre pour présenter leur ouvrage Lettres de Tananarive, Jean Beigbeder à son père. Faranirina Rajaonah est spécialiste en histoire sociale et culturelle de Madagascar au XXe siècle, a été professeure d’Université à Tananarive puis à Paris-Diderot. Elle a dirigé ou codirigé des ouvrages sur Madagascar et le Sud-Ouest de l’océan Indien, et participé à diverses publications. Elle est membre du Comité scientifique de l’Histoire générale de l’Afrique de l’Unesco pour des volumes à paraître en 2019. Claire-Lise Lombard est pour sa part la responsable de la bibliothèque du Défap. À travers cet ouvrage et cette correspondance de 132 lettres envoyées à son père, toutes deux ont fait revivre le témoignage d’un responsable de mouvement de jeunesse, fondateur du scoutisme à Madagascar dans les années 1920 : Jean Beigbeder, Z’oeil de chouette pour les éclaireurs (il y voyait fort mal), ou Rabeigy pour les Malgaches, qui a marqué à la fois plusieurs générations de Malgaches et de Français.

Une pérégrination d’une heure trente sur les traces de Jean Beigbeder

En plus des lettres proprement dites, l’ouvrage a été illustré – ce qui expliquait son intérêt pour le Musée de la Photographie de Madagascar – par des clichés d’époque issus à la fois de fonds publics et privés. D’où un regard en miroir entre toutes ces missives à travers lesquelles ce docteur en droit, convaincu des vertus du scoutisme dans la formation du citoyen, évoquait son travail, sa vie quotidienne ainsi que les nouvelles venues de France… et les photographies montrant les lieux, et la société malgache qui était alors à un tournant, avec la montée de la contestation anticoloniale.

Devant une assistance à la fois détendue et attentive, très mélangée, malgache et française, mêlant public averti et simples curieux, et en présence du conseiller culturel de l’ambassade de France ainsi que de la journaliste et écrivaine Michèle Rakotoson, Claire-Lise Lombard et Faranirina Rajaonah ont retracé en une heure trente le parcours de ce protestant béarnais transplanté en terre malgache entre 1924 et 1927. Une pérégrination par les textes, avec des morceaux choisis de la correspondance de Jean Beigbeder, et en images, avec une projection commentée de photographies illustrant l’ouvrage. Elles ont emmené leurs auditeurs de sa découverte de Tananarive… à ses relations avec le milieu colonial et la «famille missionnaire», mais aussi avec l’élite malgache ; de son travail au sein de la jeunesse tananarivienne, à ses voyages à travers la Grande Île… Sans oublier ses talents de chroniqueur, qui font revivre les grands événements de la vie politique, sociale et culturelle d’alors.

Jean Beigbeder, médiateur culturel, dans ce moment colonial ? Questions et échanges ont permis de croiser les regards pour tenter de répondre à cette question, et peut-être aussi d’ouvrir de nouvelles pistes.

Retrouvez ci-dessous quelques aperçus, à la fois du «Café-Histoire» du 26 octobre consacré aux lettres de Jean Beigbeder, et du Musée de la Photographie de Madagascar ainsi que de ses expositions.

Lettres de Tananarive – Jean Beigbeder à son père

Auteur : LOMBARD, CLAIRE-LISE ; RAJAONAH, FARANIRINA
Éditeur : HEMISPHERES
ISBN : 9782377010417
Date de parution : 16/07/2019




La Cevaa en conseil au Togo

Du 21 au 27 octobre 2019, la Cevaa a tenu son conseil exécutif à Lomé. Le secrétaire général du Défap, le pasteur Basile Zouma, y assistait pour la première fois en tant qu’invité.

Une fois au nord, une fois au sud : tous les six mois, la Cevaa tient son conseil exécutif dans un pays différent, en vertu d’une pratique bien établie selon laquelle les réunions sont accueillies à chaque fois par une Église différente. En ce mois d’octobre 2019, le conseil avait lieu à Lomé, au Togo, et il était accueilli conjointement par l’EEPT (l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo) et l’EMT (l’Église Méthodiste du Togo). Le secrétaire général du Défap, le pasteur Basile Zouma, y assistait pour la première fois en tant qu’invité.

Défap et Cevaa : deux institutions ayant chacune ses spécificités et son identité, mais engagées toutes deux dans la même mission. «Elles sont nées toutes deux en 1971, comme deux branches d’une même volonté missionnaire, a souligné Basile Zouma. Toutes deux auront bientôt 50 ans.»

«Une utopie mobilisatrice»

La Cevaa, c’est cette Communauté de 35 Églises, présentes dans 24 pays et sur quatre continents, qui partage avec le Défap l’héritage de la Société des Missions Évangéliques de Paris, la SMEP. Si le Défap a poursuivi ses activités dans la maison du 102 boulevard Arago, à Paris, et continué le rôle de service missionnaire des Églises de la tradition luthéro-réformée qui le constituaient, la Cevaa, quant à elle, a reçu la charge de faire vivre la grande famille d’Églises nées des travaux de la SMEP. Les activités du Défap se développent donc prioritairement avec des Églises de la Cevaa… mais pas seulement ; car depuis la naissance du Défap et de la Cevaa, d’autres partenariats ont pu être noués, d’autres relations établies.

Cette double naissance et cette histoire commune ont été soulignées tout récemment lors d’un colloque organisé au Défap, le 11 octobre : «le mot qui est revenu à cette occasion, a souligné Basile Zouma, c’est celui de gémellité. La Cevaa et le Défap comme deux faces d’une même pièce…» Même si, a-t-il reconnu, «être de la même famille n’est pas une garantie de paix. Pour cela, il faut un effort commun, il faut faire des choix de vie communs, et faire parfois des compromis pour rester ensemble sur le même chemin.» Entre ces deux institutions que sont la Cevaa et le Défap, ont pu exister des incompréhensions. «Les institutions, a encore souligné Basile Zouma, sont vitales, fondamentales ; lors du colloque du Défap, quelqu’un a évoqué l’image de vases. Mais ces vases ne sont rien s’ils ne contiennent pas un liquide précieux : celui de la bonne nouvelle de l’Évangile pour les hommes.»

«En tant que Secrétaire général du Défap, a encore insisté Basile Zouma, je ne peux pas faire l’économie de situer la place du service Protestant de Mission par rapport à cet ensemble : je dirais que je le vois comme un élément de soutien à la Communauté et à la communion. Défap et Cevaa restent fortement liés ; mais une fois que les jumeaux sont nés, chacun prend son envol. Il faut accepter que l’un ou l’autre puisse suivre le cours de sa vie et ouvrir librement un chemin de rencontre. Le chemin que suit l’un n’est pas forcément le chemin de l’autre, mais il faut trouver les espaces pour construire ensemble.»




«Quel défi pour la mission dans nos sociétés éclatées ?»

Nouveau retour sur le colloque du Défap, qui s’est tenu le 11 octobre au 102 boulevard Arago, à Paris : nous reprenons ici l’intervention de Frédéric de Coninck, professeur de sociologie et membre d’une Église mennonite de région parisienne, qui s’interroge sur la manière dont les transformations de notre société influent sur les nouveaux enjeux de la mission. Cette intervention a été diffusée par Fréquence Protestante dans l’émission «Vendredi culture».

Intervention de Frédéric de Coninck © Défap

 

«Quel défi pour la mission dans nos sociétés éclatées ?»

«Vendredi culture», sur Fréquence Protestante

 

«Si proche et si loin les uns des autres : quel défi pour la mission dans nos sociétés éclatées ?» Derrière cette question, qui donnait son titre à l’intervention de Frédéric de Coninck lors du colloque du 11 octobre du Défap, s’en profile une autre, sous-jacente : celle de la proximité géographique par rapport à la proximité sociale. Il y a aujourd’hui un brouillage complet sur ce plan dans notre société. On peut vivre côte à côte, mais sans se connaître.

Depuis les années 70, analyse Frédéric de Coninck, on assiste dans nos sociétés à un double mouvement : ce qui est loin devient proche (ce qui représente autant d’opportunités pour la mission) ; mais parallèlement, ce qui est proche géographiquement s’éloigne…

Le loin est devenu proche :

  • Les moyens de transport rapides se sont démocratisés. De 1995 à 2000, l’usage de la voiture a été multiplié par 10. On peut désormais fréquenter une Église loin de chez soi, sans aller dans celle qui est la plus proche géographiquement.
  • Les migrations dans l’UE sont devenues bien plus faciles.
  • Les moyens de télécommunication ont explosé (plus précisément à partir de 1997 : l’usage des téléphones portables et celui d’internet ont décollé la même année).
  • Les cultures se diffusent au-delà de leurs frontières d’origine. Aujourd’hui, on peut avoir des connaissances culinaires, ou de musiques, ou de publications, venues de l’autre bout de la planète.
  • Les dynamiques économiques, les problématiques écologiques, les épidémies, le terrorisme international, la circulation de l’argent noir, nous connectent les uns aux autres. Avec quelles conséquences pour la mission ? Un des aspects de la mission, c’est aussi l’interpellation du politique; mais désormais, de quel politique parle-t-on ? On est face à des problématiques communes, globales; si on veut être pertinent aujourd’hui en matière de mission, il faut pouvoir l’annoncer, littéralement, «jusqu’aux extrémités de la terre»…

Parallèlement, le proche est devenu loin : ce qui représente un point dur.

  • L’idée d’une culture dominante telle que la voyait Bourdieu est moins évidente… Pour chacun de nous, les référents se sont multipliés (nous n’avons plus une culture homogène).
  • Nos appartenances sociales se sont entrecroisées : disparition de l’appartenance à des cercles concentriques.
  • Les leaders d’opinion sont multiples : il n’y a plus de leaders capables d’entraîner une société entière.
  • Les appartenances sociales se sont émiettées : est-ce une chance, ou une difficulté pour se rendre proche de l’autre ?

Désormais, l’ailleurs est près de chez nous : nous nous sentons proches de personnes qui habitent loin (car ayant les mêmes référents, les mêmes manières de s’exprimer), mais loin de personnes qui habitent près (on dit à peine bonjour à celui qui habite en face). Ce qui pose le défi de l’incarnation dans un tel contexte. Même en Église locale : au sein d’une même paroisse, où l’on se connaît depuis longtemps, il peut y avoir des frottements…