L’Église première : une Église disruptive ?

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 28 janvier 2021. Nous prions pour nos envoyés en Guadeloupe.

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Désaccord à propos de la circoncision

Quelques hommes, qui étaient descendus de Judée, enseignaient aux frères : Si vous ne vous faites pas circoncire selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. Paul et Barnabé ayant eu avec eux une violente dispute au cours du débat qui s’ensuivit, on décida que Paul, Barnabé et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem, devant les apôtres et les anciens, pour parler de cette question. L’Église leur fournit ce dont ils avaient besoin pour le voyage. Comme ils passaient par la Phénicie et la Samarie, ils racontaient en détail la conversion des non-Juifs et causaient une grande joie à tous les frères. Arrivés à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les apôtres et les anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux. Alors quelques membres du parti des pharisiens qui étaient devenus croyants se levèrent pour dire qu’il fallait circoncire les non-Juifs et leur enjoindre d’observer la loi de Moïse.

Le débat à Jérusalem

Les apôtres et les anciens se rassemblèrent pour examiner cette affaire. Après un vif débat, Pierre se leva et leur dit : Mes frères, vous le savez : dès les tout premiers jours, Dieu a fait un choix parmi vous pour que, par ma bouche, les non-Juifs entendent la parole de la bonne nouvelle et deviennent croyants. Et Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit saint tout comme à nous ; il n’a fait aucune différence entre nous et eux, puisqu’il a purifié leur cœur par la foi. Maintenant donc, pourquoi provoquez-vous Dieu en imposant aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons été capables de porter ? En fait, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, de la même manière qu’eux.

Toute la multitude fit silence, et l’on écouta Barnabé et Paul raconter tous les signes et les prodiges que Dieu avait produits, par leur entremise, parmi les non-Juifs. Lorsqu’ils se turent, Jacques dit : Mes frères, écoutez-moi ! Syméon a raconté comment, pour la première fois, Dieu est intervenu pour prendre parmi les nations un peuple à son nom. Les paroles des prophètes s’accordent avec cela, comme il est écrit :

Après cela, je reviendrai
et je relèverai la tente de David qui était tombée,
j’en relèverai les ruines
et je la redresserai,
afin que le reste des humains recherchent le Seigneur,
oui, toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué,
dit le Seigneur, qui fait ces choses connues depuis toujours.

C’est pourquoi, moi, je suis d’avis de ne pas créer de difficultés aux non-Juifs qui se tournent vers Dieu, mais de leur écrire qu’ils s’abstiennent des souillures des idoles, de l’inconduite sexuelle, des animaux étouffés et du sang. Depuis les générations anciennes, en effet, Moïse a dans chaque ville des gens qui le proclament, puisqu’on le lit chaque sabbat dans les synagogues.

Une décision et une lettre communes

Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, ainsi qu’à toute l’Église, de choisir parmi eux des hommes et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabé : Judas, appelé Barsabbas, et Silas, des dirigeants parmi les frères. Ils les chargèrent de cette lettre :

Vos frères, les apôtres et les anciens, aux frères non juifs qui sont à Antioche, en Syrie et en Cilicie, bonjour ! Nous avons appris que quelques individus sortis de chez nous, auxquels nous n’avions donné aucun ordre, vous ont troublés et inquiétés par leurs discours. Après nous être mis d’accord, il nous a paru bon de choisir des hommes et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont livré leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous avons donc envoyé Judas et Silas, qui vous apporteront de vive voix le même message. En effet, il a paru bon à l’Esprit saint et à nous-mêmes de ne pas vous imposer d’autre fardeau que ce qui est indispensable : que vous vous absteniez des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés et de l’inconduite sexuelle ; vous ferez bien de vous garder de tout cela. Adieu. Actes 15,1-29

 

 

L’Église première : une Église disruptive ?

Quel extraordinaire dynamisme missionnaire chez ces premiers croyants habités par le souffle de l’Esprit ! Leur motivation première ? Non pas la recherche d’une puissance financière ou d’une forte notoriété. Mais le souci irrépressible d’aller à la rencontre de tous, ici et là-bas, pour annoncer en paroles et en actes la bonne nouvelle du salut en Jésus, le Christ. Ces envoyés ont beaucoup de joie à prêcher. Cependant les difficultés ne leur ont pas été épargnées : persécutions diverses, emprisonnements de Pierre, de Paul, exécution de Jacques frère de Jean, etc. Les premières communautés ont été également traversées par des conflits théologiques comme celui que rapporte ce chapitre 15 des Actes né de la rencontre entre des croyants juifs et non-juifs. Pour résumer : un non-juif, devenu disciple de Jésus, doit-il devenir juif et être circoncis pour être sauvé par Jésus ? Question importante car elle met en jeu la place de la loi de Moïse dans cette communauté chrétienne naissante diversifiée. La communauté décide de se rassembler pour parler de cette question. Pierre prend la parole et constate que les non-juifs reçoivent l’Esprit-Saint comme les juifs. Il formule un élément de réponse théologique en forme de question : «Pourquoi provoquez-vous Dieu en imposant aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons été capables de porter ? En fait, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, de la même manière qu’eux.» Et Jacques de conclure en invitant les non-juifs chrétiens à ne pas commettre d’actions particulièrement scandaleuses pour les juifs. Ce conflit est réglé.

Cette dynamique missionnaire a-t-elle contraint les apôtres à être disruptifs par rapport à la loi de Moïse en les coupant de leur tradition juive ? À leurs yeux, certainement pas à lire leurs prédications ! Ils ont réinterprété la Bible à la lumière du salut offert par le Christ. Leur foi en Christ est une manière nouvelle de vivre le judaïsme.

Des tensions surviennent néanmoins relativement tôt dans l’histoire entre le judaïsme rabbinique et le judaïsme chrétien. Après la chute du Temple en 70 de notre ère, s’est constituée peu à peu une orthodoxie juive rabbinique qui a éloigné des juifs considérés alors comme membres de différentes sectes, dont les juifs chrétiens.

Puis de façon récurrente, les juifs ont été l’objet d’un antijudaïsme chrétien avec des persécutions. Par la suite, l’antijudaïsme s’est transformé en antisémitisme : pogroms, shoah. L’AG de la Communion des Églises protestantes d’Europe (CEPE) a adopté en 2001 le texte Église et Israël. L’un des points importants parmi d’autres de ce texte évoque le titre de «Peuple de Dieu». Comme l’écrit à ce sujet la professeure Élisabeth Parmentier, présidente de la CEPE à cette époque, «le document tente à la fois de reconnaître pleinement ce titre aux juifs tout en montrant que les chrétiens le comprennent dans un autre sens, qui n’enlève rien à la primauté des juifs dans l’œuvre du salut». Un peu plus loin elle évoque un autre point important de ce texte : «Ce document reconnaît le judaïsme comme une voie de salut et remet en cause l’affirmation classique de la théologie réformatrice que le christianisme aurait relayé le judaïsme.»

Questions pour nous tous :

  • Notre Église ressent-elle ce besoin irrépressible d’annoncer la bonne nouvelle ici et là-bas sans craindre d’aller hors de ses murs ?
  • En quoi la mission de l’Église a-t-elle renouvelé notre compréhension des Écritures, revitalisé notre vie ecclésiale, permis d’accueillir celles et ceux qui ne sont pas du sérail ?
  • Quel est aujourd’hui le type de relations que nous entretenons avec le judaïsme ?

 

 

Prions avec le patriarche Athenagoras :

Sans l’Esprit Saint Dieu est lointain, Jésus est dans le passé et l’Évangile reste lettre morte.
Sans l’Esprit Saint l’Église n’est plus qu’une simple association,
l’autorité, une forme de domination,
la mission, une vulgaire propagande,
la liturgie, une conjuration des esprits et la vie chrétienne, une morale esclavagiste.
Viens Seigneur au milieu de nous.

Athenagoras
Texte du Défap 1997




La mission encore et toujours…

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 21 janvier 2021. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar.

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À Iconium, la même chose se produisit : Paul et Barnabé entrèrent dans la synagogue des Juifs, et parlèrent de telle façon qu’un grand nombre de Juifs et de Grecs devinrent croyants.

Mais ceux des Juifs qui avaient refusé de croire se mirent à exciter les païens et à les monter contre les frères. Paul et Barnabé séjournèrent là un certain temps. Ils mettaient leur assurance dans le Seigneur : celui-ci rendait témoignage à l’annonce de la parole de sa grâce, et il leur donnait d’accomplir par leurs mains des signes et des prodiges.

La population de la ville se trouva divisée : les uns étaient pour les Juifs, les autres pour les Apôtres. Il y eut un mouvement chez les non-Juifs et chez les Juifs, avec leurs chefs, pour recourir à la violence et lapider Paul et Barnabé. Lorsque ceux-ci s’en aperçurent, ils se réfugièrent en Lycaonie dans les cités de Lystres et de Derbé et dans leurs territoires environnants. Là encore, ils annonçaient la Bonne Nouvelle.

Or, à Lystres, il y avait un homme qui était assis, incapable de se tenir sur ses pieds. Infirme de naissance, il n’avait jamais pu marcher. Cet homme écoutait les paroles de Paul. Celui-ci le fixa du regard et vit qu’il avait la foi pour être sauvé. Alors il lui dit d’une voix forte : « Lève-toi, tiens-toi droit sur tes pieds. » L’homme se dressa d’un bond : il marchait. En voyant ce que Paul venait de faire, les foules s’écrièrent en lycaonien : « Les dieux se sont faits pareils aux hommes, et ils sont descendus chez nous ! » Ils donnaient à Barnabé le nom de Zeus, et à Paul celui d’Hermès, puisque c’était lui le porte-parole.

Le prêtre du temple de Zeus, situé hors de la ville, fit amener aux portes de celle-ci des taureaux et des guirlandes. Il voulait offrir un sacrifice avec les foules. Informés de cela, les Apôtres Barnabé et Paul déchirèrent leurs vêtements et se précipitèrent dans la foule en criant : « Pourquoi faites-vous cela ? Nous aussi, nous sommes des hommes pareils à vous, et nous annonçons la Bonne Nouvelle : détournez-vous de ces vaines pratiques, et tournez-vous vers le Dieu vivant, lui qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils contiennent.

Dans les générations passées, il a laissé toutes les nations suivre leurs chemins.

Pourtant, il n’a pas manqué de donner le témoignage de ses bienfaits, puisqu’il vous a envoyé du ciel la pluie et des saisons fertiles pour vous combler de nourriture et de bien-être. »

En parlant ainsi, ils empêchèrent, mais non sans peine, la foule de leur offrir un sacrifice.

Alors des Juifs arrivèrent d’Antioche de Pisidie et d’Iconium ; ils se rallièrent les foules, ils lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville, pensant qu’il était mort. Mais, quand les disciples firent cercle autour de lui, il se releva et rentra dans la ville. Le lendemain, avec Barnabé, il partit pour Derbé. Ils annoncèrent la Bonne Nouvelle à cette cité et firent bon nombre de disciples. Puis ils retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie . Actes 14,1-2

 

 

Comment est-il possible qu’une parole de grâce, d’espérance et de vie puisse faire naitre chez les uns la joie et la liberté, et provoquer chez d’autres un effondrement existentiel, suscitant des réactions violentes ? A Iconium, Paul et Barnabé sont confrontés à ces positions extrêmes.

Sommes-nous en mesure de comprendre aujourd’hui à quel point la bonne nouvelle de l’évangile, délivrée par Paul et Barnabé, a été un message révolutionnaire, bousculant les repères, chamboulant les certitudes, établissant un système de valeurs totalement étranger au monde ambiant ? Deux mille ans de christianisme nous ont donné le temps d’apprivoiser la religion chrétienne, au point de considérer parfois le message de l’évangile comme désuet, dépassé, et de réduire le scandale de la croix à l’état de bijou qui se porte autour du cou.

Mais retournons à Iconium, où la belle dynamique de la mission se poursuit, portée à bout de bras par deux hommes audacieux, Paul et Barnabé, dans un esprit de compagnonnage et de complémentarité. Même quand leur fidélité à Jésus le Christ les met en danger de mort ! Miracle (un homme qui guérit), malentendu (sont-ils des dieux incarnés ?), mise à mort (lapidation de Paul) jalonnent leur passage…L’évangile est-il à ce prix ?

Seul celui qui a été relevé et rendu à la vie peut à son tour témoigner, avec une confiance inébranlable, de Celui qui désormais donne sens à toute son existence. Seul celui ou celle qui désire ardemment partager ce qu’il a reçu de plus précieux peut donner sans compter.

L’évangile est-il encore cette bonne nouvelle qu’il est impossible de garder pour soi, tant elle brûle en notre cœur et nous lance vers les autres ?

 

 

Prions :

Merci pour Jésus, le Christ.
Par son passage à travers la mort,
Il a orienté le voyage des hommes définitivement vers la vie.
Nous t’en prions,
Père de Jésus, et notre Père :
Que la joyeuse nouvelle de la résurrection demeure brûlante en nous.
Quelle nous accompagne comme une parole et une musique obstinée,
Afin qu’en transfigurant notre vie, elle parvienne à tous nos frères
Et les réjouisse dans leur patient pèlerinage de chaque jour.
Amen.




«Un dispositif qui va contraindre l’expression de la vie cultuelle»

Alors que le texte «confortant le respect des principes de la République» doit être débattu à partir de ce lundi en commission spéciale à l’Assemblée nationale, le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France, a redit sur le plateau de Télésud les doutes et les inquiétudes du protestantisme français.

François Clavairoly sur le plateau de l’émission «L’entretien du jour» © Télésud

Les députés de l’Assemblée nationale ouvrent en commission spéciale ce lundi les débats autour du projet de loi «confortant le respect des principes de la République». Plus de 1700 amendements ont été déposés ; une partie d’entre eux ont été déclarés irrecevables dès dimanche par la commission pilotée par l’ancien président de l’Assemblée nationale et ancien ministre François de Rugy. Alors qu’une tribune «Associations présumées coupables ?» a été publiée par le Mouvement associatif, groupement qui affirme représenter une association sur deux en France, le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France, invité sur le plateau de l’émission «L’entretien du jour» de Télésud, a une fois de plus exprimé les doutes du protestantisme français.

 

Au cours de cet entretien d’une vingtaine de minutes diffusé le 14 janvier, à quelques jours de l’ouverture des débats, le président de la FPF a notamment eu l’occasion de rappeler ce qu’implique le régime de laïcité dont s’est dotée la République : «L’État, ou la République, ne reconnaît aucun culte, mais organise l’espace juridique pour que tous les cultes puissent s’exprimer dans la société (…) L’État est laïc, la République est laïque, mais la société, elle, doit être le lieu où peuvent se vivre les différents cultes présents sur le territoire.» La laïcité est ainsi «un principe politique juridique. Elle n’est pas une valeur que nous pourrions tordre en essayant, au nom de la laïcité, de neutraliser religieusement la société, c’est-à-dire d’effacer tout ce qui pourrait ressembler à du religieux.»

D’où les inquiétudes suscitées au sein de la FPF par le projet de loi «confortant le respect des principes de la République», qui, a souligné François Clavairoly, «au lieu de favoriser l’expression cultuelle» risque de mettre en place «un dispositif qui va contraindre l’expression de la vie cultuelle. Il ne faudrait pas qu’un tel projet de loi contraigne les religions ou les mette sous contrôle (…) Il ne faut pas, au nom de la lutte contre l’extrémisme, mettre en doute la liberté de culte et la liberté d’expression».

Cet entretien intervenait quelques jours après son audition devant la commission spéciale de l’Assemblée Nationale, au cours de laquelle le président de la FPF était venu avec Jean-Daniel Roque présenter le plaidoyer de la FPF contre certains aspects inquiétants de ce projet de loi.

Consultez le plaidoyer de la FPF concernant ce nouveau projet de loi ci-dessous.




Loi sur les principes républicains : la FPF redit ses inquiétudes à Médiapart

Quelques jours après l’audition de la Fédération Protestante de France par la commission spéciale créée par l’Assemblée nationale sur le «Projet de loi confortant le respect des principes de la République», le pasteur François Clavairoly a pu réaffirmer les doutes du protestantisme français lors de l’émission «À l’air Libre» de Médiapart. L’appel lancé par la Fédération Protestante de France a déjà été repris par les trois Églises fondatrices du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref.

François Clavairoly sur le plateau de l’émission «À l’air Libre» © Médiapart

Invité sur le plateau de l’émission «À l’air Libre» de Médiapart le 11 janvier, le pasteur François Clavairoly, président de la FPF, a une fois de plus exprimé les doutes du protestantisme français concernant le projet de loi confortant les principes républicains. Était également invité, le grand rabbin de France, Haïm Korsia sur le même sujet.

 

(François Clavairoly et Haïm Korsia à partir de 24’30)

L’interview intervient une semaine après son audition devant la commission spéciale de l’Assemblée Nationale, au cours de laquelle le président de la FPF était venu avec Jean-Daniel Roque présenter le plaidoyer de la FPF contre certains aspects inquiétants de ce projet de loi.

Consultez le plaidoyer de la FPF concernant ce nouveau projet de loi ci-dessous.




En 50 années de vie, le Défap a tissé sa toile…

La Mission est beaucoup plus ancienne que les 50 ans du Défap, fondé en 1971 à la suite de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP). 2021 sera l’occasion de fêter le jubilé du Défap, de poser un regard reconnaissant sur ces cinq décennies. L’occasion aussi de dire ensemble les nouveaux visages de la mission dans le monde ouvert et multilatéral d’aujourd’hui. Et de redire la pertinence de la relation et de la rencontre réelle entre des hommes et des femmes de mondes différents. Retrouvez l’émission Courrier de Mission diffusée sur Fréquence protestante, dans laquelle Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque, répond aux questions de Florence Taubmann (pôle animation France) sur cet événement.

En 50 années de vie, le Défap a tissé sa toile, réseau de relations à la dimension du monde : de la Nouvelle-Calédonie au Cameroun, du Togo au Nicaragua, de Madagascar au Congo etc.

Mosaïque de visages et autant d’itinéraires. Brefs séjours ou généreuses tranches de vie. Des générations de coopérants et de volontaires – parmi eux de très nombreux étudiants en théologie et de pasteurs–, ont été formés, envoyés, accompagnés par le Défap de 1971 à aujourd’hui. En sens inverse, des étudiants, des pasteurs, des enseignants,… venant d’horizons géographiques et ecclésiaux les plus variés, ont été accueillis chez nous de façon à s’y sentir… comme chez eux ! Et impossible d’oublier les échanges de jeunes, les échanges de pasteurs, les formations de pasteurs Nord-Sud etc.

Les 50 ans du Défap, avec Claire-Lise Lombard et Florence Taubmann

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 25 novembre 2020 sur Fréquence Protestante

 

Le défi de ces « déplacements » qui ont in-carné la Mission ? Cultiver, chez les uns comme chez les autres, la découverte, le goût de l’autre / de l’Autre ! Développer « ouverture d’esprit, sens de la solidarité, du partage, de la justice, détachement des réalités matérielles » pour que, de retour chez eux, les uns comme les autres s’engagent pour un monde plus fraternel, pour une Église ouverte sur le grand large. Quoi de plus réjouissant, enthousiasmant, riche d’espérance ?

Des vies irriguées !

Alors, 1971-2021, un cinquantenaire « jubilatoire » pour « récolter les fruits de la mission ? » Il ne s’agit pas de commémorer pour commémorer. Plutôt de prendre acte de ce qui s’est vécu. De ces rencontres synonymes de décentrements culturels, d’élargissements spirituels, de communion fraternelle. N’en doutons pas : sans bruit, elles ont irrigué, animé, fortifié des vies personnelles et des vies communautaires, celles de nos institutions, Églises, œuvres, mouvements, ici et là-bas, sur plusieurs décennies.

Au-delà d’une fraternité humaine par-delà les frontières, il s’agit d’y (re-)découvrir pour aujourd’hui autant de signes de la communion de l’Église universelle. Et d’y trouver des sources d’inspiration pour imaginer en 2021 de nouvelles pistes pour faire Église – et même faire société.

Nous nous sentons en ce moment sous une chape de plomb, peu propice aux effusions, aux célébrations ? Il y a pourtant tant de choses à inventer pour célébrer ! Et puis, le franchissement d’obstacles, de frontières en tout genre, n’est-ce pas, après tout, une spécialité missionnaire ? Alors, OSONS! En 2021, osons partager avec les autres ces expériences «missionnaires » qui nous ont transformés. Nous n’en sommes pas propriétaires. Osons être des porteurs d’espérance !

Mais pour cela, nous avons besoin de VOUS ! De vous qui avez été envoyés un jour, d’hier ou d’avant-hier, sans bien savoir où vous alliez ! Et nous avons besoin de vous qui avez été accueillis ici… Vous TOUS qui avez fait le choix de la confiance !

Claire-Lise Lombard
Bibliothèque et Archives




Le protestantisme alerte et conteste

Le protestantisme français se mobilise au sujet du « Projet de loi confortant le respect des principes de la République ». L’appel lancé par la Fédération Protestante de France a déjà été repris par les trois Églises fondatrices du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref.

L’audition de François Clavairoly et Jean-Daniel Roque à l’Assemblée nationale © LCP

Le protestantisme veut aujourd’hui lancer une alerte sur les risques que comporte ce projet de loi qu’il juge dangereux pour les libertés. Quatre points de vigilance sont relevés :

  • la mise en question de la capacité de plaidoyer et d’actions des associations 1901 ;
  • la mise en question possible de la liberté de conscience et de culte ;
  • le contrôle renforcé de la liberté de l’exercice du culte ;
  • La fragilisation des petites associations cultuelles par de nouvelles dispositions sans équivalent pour les associations 1901.

La FPF appelle ses membres à réagir, vous trouverez un modèle de lettre à envoyer à un.e élu.e (maire, député, sénateur..). 

La commission spéciale créée par l’Assemblée nationale a auditionné lundi 4 janvier les représentants des cultes chrétiens, juif et bouddhiste. (Les responsables du Conseil français du culte musulman devraient être entendus le 11 janvier). Le protestantisme était représenté par le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France et M. Jean-Daniel Roque, membre du bureau et conseiller juridique.




RDC : un ancien boursier du Défap à la tête de l’ECC/Sud-Kivu

L’Église du Christ au Congo est l’un des «poids lourds» de l’espace protestant francophone : cumulant les caractéristiques d’une Église et d’une fédération, elle revendique plus de 25,5 millions de membres. Dans la seule province du Sud-Kivu, elle représente 2,25 millions de membres répartis dans plus de 2500 Églises locales. Le 13 décembre a vu l’installation officielle de son nouveau comité provincial, élu en janvier dernier, lors d’un culte à Bukavu ; le nouveau président de l’ECC/Sud-Kivu, Lévi Ngangura Manyanya, professeur d’Ancien Testament à la Faculté de théologie protestante de l’Université libre des Pays des Grands Lacs, est un ancien boursier du Défap.

Le culte marquant l’installation officielle des membres du comité dirigeant provincial de l’Église du Christ au Congo © RTNK

Il y a bien loin de Paris à Bukavu, de la chapelle du boulevard Arago à l’Église de la 8ème CEPAC Sayuni ; pourtant, la cérémonie qui s’est tenue le dimanche 13 décembre dans ce quartier de la capitale de la province du Sud-Kivu avait un lien très réel avec le Défap. Ce culte marquait l’installation officielle des membres du comité dirigeant provincial de l’Église du Christ au Congo, choisis le 23 janvier 2020 lors d’un synode électif tenu à Bukavu. Et le nouveau président provincial, le professeur Lévi Ngangura Manyanya, qui succède à Mgr Kuye Ndondo Wamulemera, est un ancien boursier et un ami du Défap.

Pour matérialiser leur installation, des insignes du pouvoir ont été remis au président de l’ECC notamment «la Bible, la croix, la charte et le sceau de l’Église du Christ au Congo». Le nouveau président provincial s’est engagé à servir le peuple de Dieu dans l’unité et la prière pour que la paix règne sur toute l’étendue de la RDC.

La RDC, plus vaste pays protestant d’Afrique francophone

Le professeur Lévi Ngangura Manyanya lors de l’élection du nouveau comité dirigeant provincial, le 23 janvier 2020 © Radio universitaire ISDR Bukavu

Pour bien se représenter ce qu’est l’ECC/Sud-Kivu, il faut d’abord avoir en tête ce qu’est la République Démocratique du Congo : le plus vaste et le plus peuplé des pays protestants de l’Afrique francophone. Dans cette seule province du Sud-Kivu, l’ECC revendique plus de 2,25 millions de membres, près de 3000 écoles, une trentaine de communautés ecclésiastiques et plus de 2500 Églises locales, plus de 6400 pasteurs, 326 institutions sanitaires, quatre universités regroupant plus de 3600 étudiants… À l’échelle du pays, regroupant une population de 77 millions d’habitants qui est à 80% chrétienne, le protestantisme représente une part de 40% ; et dans ce protestantisme congolais, l’Église du Christ au Congo cumule les caractéristiques d’une Fédération et d’une Église. Elle rassemble 64 communautés ecclésiales différentes (on préférera parler de «communautés» plutôt que «d’Églises» au sein de l’ECC), et toutes ces dénominations différentes se retrouvent lors d’un même synode. L’Église du Christ au Congo regroupe ainsi, au niveau national, 25,5 millions de membres répartis en 320.000 paroisses.

Lévi Ngangura Manyanya, nouveau président provincial de l’ECC pour le Sud-Kivu, était déjà doyen de la Faculté de théologie de Goma et professeur d’Ancien Testament. Il est aussi l’un des rares théologiens africains à être régulièrement publiés en Europe. Pour son livre «L’ancêtre Jacob – Israël et ses origines selon Genèse 25-36», publié en 2014 aux éditions Olivétan, il avait bénéficié d’une bourse du Défap afin de faire des recherches en France. Il avait auparavant écrit «Figures des femmes dans l’Ancien Testament et traditions africaines» (éditions L’Harmattan, avril 2011) et «La fraternité de Jacob et d’Esaü – Quel frère aîné pour Jacob ?» (chez Labor et Fides, octobre 2009).

Le Défap en République Démocratique du Congo :
  Le Défap travaille en lien avec les universités protestantes suivantes:
L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa);
L’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu);
L’Université Évangélique en Afrique – UEA (à Bukavu);
L’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga).
Toutes ces universités comportent une faculté de théologie.
Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en RDC notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de boursiers.



COP 21 : 5 ans après, quel bilan ?

Ce 12 décembre 2020 marquait les 5 ans de l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat. Si un tel anniversaire est en général un moment de célébration, en cette occasion, la commission écologie – justice climatique de la FPF a exprimé bien plutôt sa vive préoccupation et appelé, une fois encore, à un sursaut.

Chaque année depuis 2015 il a été constaté par l’ONU qu’un grand fossé demeure entre les engagements et les actions mises en œuvre par les États et ce qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs adoptés à Paris. Cela vaut pour les réductions d’émissions de gaz à effet de serre, mais aussi pour l’adaptation, la résilience ou le soutien financier et technologique aux plus vulnérables.

La France elle-même, malgré quelques efforts, faillit à son ambition. Le Haut Conseil pour le Climat constate dans son rapport 2020 : « les actions climatiques de la France ne sont pas à la hauteur des enjeux ni des objectifs qu’elle s’est donnés ». Comment comprendre, en particulier, qu’après avoir dépassé son premier budget carbone (2015-2018) de 61 millions de tonnes équivalent CO2, le pays hôte de la COP21 ait à nouveau manqué son objectif en 2019, réduisant ses émissions de 0,9 % au lieu des 1,5 % visés ?

La commission se réjouit toutefois des nouvelles récentes, qu’il s’agisse du retour prochain des États-Unis dans l’Accord de Paris, de l’engagement de la Chine vers la neutralité carbone en 2060 ou de la décision de l’Union Européenne de porter son objectif de réduction d’émissions nettes à 55 % en 2030. Elle espère que ces signaux positifs créeront un climat favorable à des choix et à des actions qui mettent enfin le monde sur la trajectoire à même de contenir le réchauffement à 1,5 °C.

Un tel projet n’écarte pas seulement des menaces, il peut garantir des moyens de subsistance, créer de nouveaux emplois, améliorer la santé, sauvegarder des beautés naturelles, protéger des espèces et aller vers un monde plus juste et pacifique. Nous l’appelons de nos vœux et prenons notre part à l’effort, comme en témoigne, après 3 ans d’existence, l’atteinte de la barre des 500 communautés chrétiennes labellisées Église verte.

Martin Kopp
Président de la commission Écologie et justice climatique de la FPF




En chemin vers les Ateliers de la mission

Pourquoi des «Ateliers de la mission» ? Parce que la mission fait face à de nouveaux enjeux, qui nécessitent un nouveau témoignage ; parce que la distinction entre mission au près et mission au loin s’atténue avec la porosité des frontières ; parce que l’interculturalité se vit désormais au sein de chaque Église… Autant de problématiques qui seront au cœur du forum que le Défap organise en avril 2021, dans la foulée du colloque d’octobre 2019 qui a rassemblé au Défap près d’une centaine de représentants de l’EPUDF, de l’UEPAL et de l’UNEPREF, ses Églises fondatrices, autour du thème: «Vers une nouvelle économie de la mission: Parole aux Églises !».

«Nous avons devant nous un chantier complexe et passionnant. En même temps que le Défap réexamine son passé, ses richesses et s’interroge sur les nou­veaux contextes de sa mission, les Églises elles-mêmes, à la fois malmenées et enrichies par les défis actuels de notre monde, se posent des questions sur la manière de vivre leur(s) mission(s) aujourd’hui.

Nous avons donc tout à gagner en poursuivant en­semble notre réflexion et en bâtissant des projets com­muns. En tant que service protestant de mission de ses trois Églises fondatrices, le Défap se situe à la fois en leur cœur et à leur frontière, grâce aux relations privilégiées qu’il entretient avec des Églises d’ailleurs, à travers la Cevaa et au-delà. Cette position est riche, car elle rend attentif à la fois au trésor commun, qui est l’Évangile de Jésus-Christ, et aux différences d’expression de la foi et de la spiritualité chrétiennes. Cette attention fait naître des questions simples et profondes: sommes-nous vraiment conscients, les uns et les autres, que le christianisme, dont nous sommes tous héritiers, est un trésor en termes de spiritualité, de vision de l’homme et du monde? Peut-il y avoir un élan, un désir missionnaire sans cette convic­tion? Non pas dans un esprit de conquête, mais de par­tage, auprès comme au loin.

Un défi et une chance

Car nous apprenons chaque jour que, d’une part, le christianisme ne cesse de s’enrichir d’apports théolo­giques et spirituels venus des quatre coins du monde et des cultures, et que d’autre part nous nous inscrivons dans un monde de pluralisme religieux. Ces données nous obligent à penser, à réfléchir, à inventer, et cela représente un défi et une chance.

Lors des «Ateliers de la mission» qui se tiendront en avril 2021, après avoir revisité la mission vécue au sein du Défap et de la Cevaa depuis 50 ans, nous nous inter­rogerons sur l’actualité de la mission, intérieure comme extérieure, car elles sont désormais entrecroisées. Quelles sont nos capacités et nos modes de témoignage, impli­cites et explicites, mais aussi nos difficultés? En travaillant ensemble en atelier, autour des questions d’évangélisa­tion, de transmission intergénérationnelle, de formation interculturelle, de communication, d’entraide et de solida­rité, nous tenterons de partager de nouvelles dynamiques communes. Pour enrichir ce travail de réflexion, nous aurons la chance d’avoir avec nous des frères et sœurs venus de Suisse, du Maroc, de Tunisie, du Bénin et du Cameroun. »

Florence Taubmann

Les Ateliers de la Mission : déjà des questions

À l’heure qu’il est, nous ne savons pas si le Forum/Atelier des 9-11 avril 2021 pourra se tenir en «présentiel» et si nos invités étrangers pourront nous rejoindre. Mais nous pouvons déjà réfléchir aux questions ci-dessous.

  • Si la mission du chrétien est de partager l’Évangile, comment comprenons-nous ce partage ? Évangélisation explicite et/ou implicite au cœur des sociétés ? Pouvons-nous interroger notre désir et nos motivations ? En quoi la présence de chrétiens venus d’autres pays et d’autres cultures peut-elle changer nos manières de voir ?
  • Vivons-nous la transmission de la foi entre les générations comme une mission essentielle et universelle ? Quels freins théologiques, culturels, sociétaux rencontrons-nous ? Pouvons-nous échanger sur nos méthodes d’enseignement, nos manières de témoigner auprès des plus jeunes ?
  • Si nous considérons que le multiculturalisme est un enrichissement pour la société et les Églises, que proposons-nous pour que les nouveaux arrivants et ceux qui les accueillent puissent se rencontrer, s’expliquer, se comprendre ? Quels outils, quelles formations pour les communautés, les pasteurs, les étudiants, les professeurs ?
  • Si la mission est partage de la Parole, « de partout vers partout », elle se traduit par des projets concrets d’entraide et de solidarité. Du service de proximité au partenariat urbi et orbi, quelle articulation, quelle complémentarité, entre le croire et le faire ?



Une réflexion sur «les fruits du Défap»

S’il n’est pas rare de s’interroger sur les «fruits de la Mission» ou de l’œuvre missionnaire, cette interrogation renvoie le plus fréquemment, dans le milieu protestant, à l’héritage de la Société des Missions Évangéliques de Paris. Que dire alors du Défap, né en 1971 et qui fête son cinquantenaire en 2021 ? De quelle spécificité peut-il se prévaloir ? L’article que nous reproduisons ci-dessous a été présenté par Gilles Vidal, professeur d’Histoire du christianisme à l’époque contemporaine à l’institut protestant de théologie de Montpellier, lors de l’AG du Défap du 30 mars 2019 : reprenant la réflexion sur les «fruits de la mission» visibles aujourd’hui à travers le Défap, il évoque ici les «enfants de la mission», les rencontres permises grâce aux activités et aux échanges du Défap, et la mémoire : «non seulement la mémoire des missionnaires européens, mais la mémoire des peuples et des Églises qui font partie de l’histoire et du présent du Défap».

Gilles Vidal (à droite) lors de l’après-midi de l’AG du Défap consacrée aux «fruits de la mission»

Premier fruit : nos enfants

Le premier fruit du Défap est à comprendre au sens très concret, celui de nos entrailles : ce sont nos enfants. Je m’explique : dans beaucoup de pays, on ne dit pas le Défap mais la Défap, preuve qu’il y a un féminin possible à cette vénérable institution. La Défap a donné naissance à beaucoup d’enfants. Telle Abraham, sa postérité est nombreuse et répandue sur toute la terre. Ce sont :

  • des enfants de missionnaires, de coopérants ou d’envoyés Outre-Mer qui sont nés ou ont grandi dans un pays étranger,
  • des enfants qui sont nés de couples dont l’un des conjoints est envoyé du Défap, l’autre issu de l’Église d’accueil partenaire d’un autre pays
  • des enfants de boursiers ou d’envoyés d’Outre-Mer par des Églises-sœurs —expression qui démontre qu’il faut une mère !— nés en France, ils sont enfants du Défap…

Quelle est la particularité de ces enfants ? Ce sont naturellement les plus beaux, les plus intelligents car ce sont les nôtres, c’est entendu. Mais surtout ce sont des enfants qui ont eu une immense chance ­— ils le disent eux-mêmes— d’avoir pu faire l’expérience de l’autre/Autre. Et ils se caractérisent généralement par :

  • une certaine ouverture d’esprit,
  • une grande sensibilité à l’altérité,
  • un sens aigu de la solidarité, du partage, de la justice en luttant contre contre le racisme par exemple,
  • une véritable tendance à relativiser certaines valeurs comme l’attachement aux biens matériels : après un cyclone ou une alerte au Tsunami, ils sont contents d’être vivants et tant pis si quelques affaires ont disparu…

D’un point de vue théologique, ces enfants du Défap me rappellent la métaphore qu’utilisait Calvin pour désigner l’Église : «si l’incarnation du Christ est bien le moyen singulier et premier par lequel Dieu s’accommode à nous, l’Église est un des moyens extérieurs ou secondaires par lesquels Dieu s’approche et se rend accessible.» L’Église est pour Calvin «la société où la foi peut naître, se nourrir et se renforcer, grâce à la double médiation de la parole et des sacrements, même si Dieu reste naturellement libre de communiquer sa grâce sans passer par l’Église (1)

Bien sûr, le Défap n’est pas une Église, mais au service des Églises, et il porte des fruits, dans cette même fonction de matrice qui est celle de l’Église : il nourrit, protège, éduque, soigne des enfants au sens très concret comme au sens spirituel. Ici, chez nous, et là-bas.

Des enfants qui s’engagent pour un monde plus fraternel ou, à tout le moins, plus solidaire et plus juste. Voilà le premier fruit du Défap, nos enfants, notre richesse.

Deuxième fruit : nos rencontres

Toute personne fréquentant le Défap à un moment ou à un autre, à quel titre que ce soit, fait des rencontres sur deux plans : personnels et communautaires.
Où puis-je, dans la même journée, croiser la Ministre de l’Éducation du Togo, le fils d’un ancien missionnaire de Nouvelle-Calédonie, un pasteur du Sud-Ouest (dont la mère est née au Lésotho), une femme pasteur hongroise, un professeur d’histoire cévenol ? Au 102 Bd Arago ! John Wesley a dit «le monde entier est ma paroisse», on peut le paraphraser sans honte : «le monde entier est au Défap» !

Parlons d’abord des rencontres personnelles :

  • qui, parmi les envoyés, ou anciens envoyés, n’a pas noué de relations amicales, et même plus qu’amicales, fraternelles avec des personnes d’autres Églises au service duquel il ou elle se trouvait ? Des relations intenses, qui durent, se transmettent même sur plusieurs générations. Il s’agit ici de relations transnationales.
  • mais les envoyés sont rarement isolés, dans leur Église ou institution d’accueil. Se nouent ici encore de solides amitiés entre envoyés et leurs familles : ceux qui sont là quand on arrive, ceux qui là sont en même temps, ceux qui prennent la suite… Ces amitiés, il s’agit ici de relations infranationales, peuvent aussi durer longtemps, prendre parfois la forme de réseaux, agacer même car cela peut faire un peu penser aux Anciens Combattants : il y a les anciens du Togo, de Madagascar, de la Calédonie, etc. Ces rencontres, ces amitiés qui sont aussi le fruit du Défap, sont inestimables, sans lui, elles n’auraient pas pu avoir lieu et l’on serait passé à côté de tant de «belles personnes» comme disent les Québécois.

Abordons ensuite les rencontres communautaires :

En effet, à travers le Défap, ce sont des Églises, des paroisses, des écoles ou Facultés, des hôpitaux, des orphelinats ou autres lieux que l’on fréquente. Des familles se créent, avec leurs temps de joie comme leurs temps d’épreuve. Et la rencontre se fait dans les deux sens : les boursiers du Défap ici — que l’on pense au programme ABS mis en place après les Accords de Matignon en 1988 — les envoyés, là-bas. Là encore ce type de rencontre est inestimable : il peut être drôle, il peut être solennel, il peut être tragique, marqué par le deuil : Je pourrai ici partager, si nous en avions le temps, bien des expériences d’une incroyable richesse humaine et spirituelle…

D’un point de vue théologique, l’on pourrait observer ici que tous les liens créés par ces rencontres qui relèvent de l’interculturalité ne sont pas si exceptionnels. Bien des expatriés, bien des fonctionnaires du Ministère des Affaires Étrangères ou de personnes travaillant dans les multinationales connaissent ce type d’expériences. Après tout, nous ne faisons que prendre part à la fraternité universelle et sa diversité qui fait que «tout être humain est appelé à entrer dans la dynamique de l’amour, du don et de la libération. Donner et recevoir, participer aux échanges, vivre la réciprocité et entrer dans la dynamique du don, voilà ce qui est souhaité dans les sociétés humaines (2)» comme l’exprime le professeur Pierre Diarra.

Certes, mais pour le Défap, celui ou celle qui vit ces rencontre se situe dans la conscience de faire partie d’un ensemble plus vaste que la fraternité humaine : l’Église universelle qui va «au-delà du don et du contre-don, au delà de la réciprocité … pour tendre vers la gratuité manifestée en Jésus-Christ (3)». La mission vécue dans la rencontre devient relève alors de l’ordre de la grâce.
Ces rencontres appellent de la part de tous la plus haute vigilance : il s’agit d’éviter les réflexes identitaires, les replis communautaristes, et l’agacement de celles et ceux qui critiquent les Anciens combattants de la mission est on ne peut plus légitime si ces derniers vivent leurs relations sur un mode exclusiviste.

La rencontre, personnelle ou communautaire, amène forcément à un déplacement, culturel certes, mais fondamentalement vécu sur la toile de fond de l’Église universelle. Elle conduit à un déplacement dans la foi, à une «intranquilité» pour reprendre l’expression de Marion Muller-Colard : «Intranquille est-on lorsque l’on se laisse regarder dans les yeux et interroger jusqu’au fond de soi-même par la parole singulière d’un autre. Et souvent, cet autre qui nous retourne n’était pas celui attendu (4).»

Ce deuxième fruit du Défap, la rencontre, nous déplace et nous décentre dans notre foi.

Troisième fruit : notre mémoire

Le troisième fruit du Défap que je nous engage à croquer sans modération est la mémoire. Non seulement la mémoire missionnaire, mais la mémoire des missionnaires. Non seulement la mémoire des missionnaires européens, mais la mémoire des peuples et des Églises qui font partie de l’histoire et du présent du Défap.

Qui aujourd’hui, dans l’immédiateté induite et encouragée par la technologie omniprésente dans notre société, se soucie du passé et des enseignements que l’on peut en tirer ? Et pourtant… Le Défap, par sa bibliothèque, ne porte pas un fruit, mais constitue une véritable plantation de fruits exotiques cultivés avec soin par notre bibliothécaire d’une main experte ! C’est le paradis des linguistes et des anthropologues qui pourront trouver dictionnaires, grammaires, iconographie rare, parfois unique. Le paradis des historiens ayant accès aux témoignages des institutions et des personnes, parfois à leur intimité, ce qui est très émouvant. Le paradis des théologiens devant la montagne de Bibles, catéchismes, recueils de chants d’Églises du monde entier, dans des langues inimaginables.

D’un point de vue théologique, cette immense richesse, ce «trésor caché» pour paraphraser l’Évangile se trouve là, sous nos pieds, dans les tréfonds et au rez-de-chaussée du Défap. Dans son commentaire du célèbre texte de Mat. 28, «Allez et de toutes les nations, faites des disciples», le théologien Jacques Mathey donne un sens très particulier à ce «Allez». Il écrit ceci : «Allez, cela signifie-t-il partir au bout de monde ? C’est sûrement l’une des significations du texte… mais peut-être pas la première comme le montre la comparaison avec Mat. 9,9-13. Jésus et les disciples y mangent avec des gens de mauvaise vie. Les Pharisiens […] critiquent Jésus […] qui s’adresse à tous en disant “Allez et apprenez que Dieu veut la miséricorde et le sacrifice“. Allez, c’est exactement le même verbe que dans notre texte […] il signifie : restez là où vous êtes, mais vivez différemment, changez d’optique. Apprenez à voir les choses sous l’angle de Dieu. Matthieu 28 concerne la mission au près autant qu’au loin (5)».

Voilà donc le troisième fruit du Défap, cette mémoire ­— très bien ­— conservée qui affleure et donne accès au savoir distancé, mais toujours bien vivant. Savoir sur soi-même, savoir sur les autres, savoir sur l’Autre. Trois savoirs qui rendent confiants pour l’avenir de la mission.

Mais il est temps de conclure. Pour être en bonne santé, les médecins recommandent cinq fruits et légumes par jour. J’en ai proposé trois à savourer délicieusement :

  • nos enfants et leur souci d’ouverture, de tolérance et de justice,
  • nos rencontres qui rendent concrètes l’Église universelle,
  • notre mémoire qui nous oblige à changer notre regard et à apprendre sans cesse du passé pour vivre l’espérance.

Gilles Vidal, Institut Protestant de Théologie – Faculté de Montpellier
30 mars 2019

 

(1) Emidio Campi, « Jean Calvin et l’unité de l’Église », Études Théologiques et Religieuses 2009/3, p. 4. En ligne : www.cairn.info

(2) Pierre Diarra, Évangéliser aujourd’hui, Le sens de la mission, Paris, 2018, Edition Mame, p. 32.

(3) Ibidem

(4) Marion Muller-Colard, L’intranquilité, Paris, Bayard, 2016, p.86

(5) Jacques Mathey, Vivre et partager l’Évangile. Mission et témoignage, un défi, Brière, Cabédita, 2017, p. 82.

 




Entrée dans le temps de l’Avent : Veillez !

Méditation du jeudi 26 novembre 2020. Nous prions pour nos frères et sœurs du Nicaragua et d’Amérique centrale, frappés par deux cyclones meurtriers.

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Attention ! Ne vous endormez pas, car vous ne savez pas quand le moment viendra.
Ce sera comme lorsqu’un homme part en voyage: il quitte sa maison et en laisse le soin à ses serviteurs, il donne à chacun un travail particulier à faire et il ordonne au gardien de la porte de rester éveillé.
Restez donc éveillés, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra: ce sera peut-être le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin.
S’il revient tout à coup, il ne faut pas qu’il vous trouve endormis.
Ce que je vous dis là, je le dis à tous: Restez éveillés! »
Marc 13,23-37

 

 

Face à la terrible épreuve qu’il sait proche, Jésus vient d’ouvrir les yeux de ses disciples sur le sens de l’histoire. Tout sera détruit, à commencer par le Temple, le monde s’affolera et gémira, la violence se déchaînera, mais les disciples du maître veilleront ; ils sauront décrypter tout cela. Non par d’intelligents calculs astrologiques, mais en demeurant présents, confiants et fidèles. La vie est plus forte que la mort. Il s’agit de ne pas se laisser réduire au désespoir, mais d’ouvrir la perspective pour voir Dieu toujours à l’œuvre. Être vigilant, cela signifie ne pas fuir la réalité, garder mémoire des promesses de Dieu, et offrir à la nuit les flammes de la joie qui ne s’éteint jamais.

En cette année d’épidémie, gardons cette lumière de midi en plein minuit. Certes nous avons vu notre quotidien complètement bouleversé ; nos projets, nos certitudes ne se conjuguent plus au futur mais au conditionnel. Nos économies sont frappées de plein fouet, le déferlement des milliards de dette a un goût de catastrophe, les pires rumeurs se répandent. Mais n’oublions pas que le mot apocalypse signifie avant tout révélation, et que de nombreux veilleurs, femmes et hommes de bonne volonté, sont à pied d’œuvre dans nos villes, nos campagnes, nos banlieues, nos sociétés, symbolisant par leur présence, leurs gestes, leurs engagements, la généreuse bonté de notre Père qui, du haut de son ciel, veille sur nous.

 

 

Nous prions avec la Pasteure Corinne Akli :

Seigneur, avec toi nous entrons dans cette nouvelle année liturgique.
Une première bougie sur la couronne de l’Avent nous annonce le secret de Noël, ton cadeau pour l’humanité.
Tu t’es offert toi-même.
Tu as donné la ligne mélodique du ténor et tu tiens bon pendant que nous accordons nos voix à la tienne.
Voix de soprano ou d’alto,
Voix rauques des ouvriers du chantier,
Voix frêles de nos colocatures.
Et tu envoies ton souffle pour accorder le timbre de nos voix au chant de la terre et à l’hymne des cieux.
Voyageur infatigable, tu nous as laissé le champ libre et le plain chant !
C’est à nous aujourd’hui de mettre en œuvre la partition de cette hymne permanente que tu mets à notre portée.
Donne-nous le courage de persévérer dans l’écoute mutuelle, la joie du travail bien fait, la coopération et la recherche de l’harmonie.




En confinement, chanter et prier ensemble

Comment garder le lien au sein des Églises en période de confinement ? Des ressources existent pour ne pas rester isolés – notamment en ligne. Playlists et cantiques sur Youtube, cultes en ligne : petit tour d’horizon de ce que proposent les Églises membres du Défap. En attendant le retour des cultes en «présentiel», toujours conditionné à une amélioration de la situation sanitaire…

© Maxpixel.net

 

Même en version «allégée», ce deuxième confinement en quelques mois – confinement longtemps attendu et redouté – n’en reste pas moins lourd à porter et à vivre… et la vie d’Église ne fait pas exception. Avec son quota d’incertitudes : quand sera-t-il de nouveau possible de se retrouver lors d’une célébration commune ? «Afin de tracer des perspectives, qui reposeront sur l’amélioration des conditions sanitaires, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont rappelé l’horizon fixé autour du 1er décembre prochain par le président de la République», ont indiqué les services de Matignon. Rendez-vous le 1er décembre, donc… et d’ici là, l’incertitude demeure. Une seule chose est sûre : si les cultes reprennent à cette date, ce sera dans un cadre très strict. Le ministère de l’Intérieur doit proposer un nouveau protocole «sous huit à dix jours», a indiqué le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly.

En attendant, les initiatives qui ont fleuri sur le web restent toujours aussi utiles et essentielles pour maintenir le lien. Cultes en ligne, chants et recueils virtuels de cantiques : chanter seul ou ensemble, mettre du rythme dans les journées, se laisser porter par les notes et les voix des autres, en ce nouveau temps de confinement il est toujours possible d’expérimenter «Que chanter c’est prier deux fois». Qu’il s’agisse d’animer des cultes et d’enrichir les vidéos, d’égayer un groupe de partage, de prier, de travailler en musique pendant le confinement ou après, diverses chaînes spécialisées se sont créées sur Youtube, dont celle-ci.

Et pour continuer à vivre sa foi en communion malgré le confinement, les Églises membres du Défap ont mis en ligne des listes de ressources, notamment avec des rendez-vous de cultes en vidéo : voici celles mises en ligne par l’Église protestante unie de France   :

L’UEPAL a aussi mis à disposition une liste de paroisses faisant des cultes en ligne : disponibles sur les sites internet des Églises, en live Facebook ou par Zoom, les initiatives sont nombreuses. Retrouvez-les ici.

Enfin, la Fédération Protestante de France, outre ses programmes propres, a elle aussi relayé des initiatives des Églises :