Adresse du protestantisme : Pauvreté

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Isabelle Richard et Jean Fontanieu, la présidente et le secrétaire général de la Fédération de l’Entraide protestante (FEP) rappellent aux candidats que la fraternité est une promesse de la devise nationale à laquelle ils devront s’atteler.
 
 




Madagascar après le passage du cyclone Batsirai

Le cyclone a ravagé une bande côtière de plus de 150 km de long au sud-est de l’île, abattant arbres et maisons, submergeant les cultures et coupant les routes. Si les envoyés du Défap étaient dans des villes qui sont restées relativement épargnées, ils donnent des nouvelles des dégâts dans les régions directement impactées.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Des vents de plus de 170 km/h, avec des rafales à 235 km/h – et surtout, la pluie tombant en déluge, les inondations et la boue : dans les zones directement touchées par Batsirai, ni les arbres, ni les maisons traditionnelles n’ont résisté. Et même les bâtiments en dur se sont souvent retrouvés privés de toit. Après avoir fait des dégâts croissants à l’île Maurice, puis à La Réunion, le cyclone a atteint la côte sud-est de Madagascar samedi soir vers 20 heures (soit 18 heures en France), frappant de plein fouet toute la région comprise entre Mananjary et Mahanoro. Il a ensuite traversé l’île d’est en ouest en perdant de la puissance, pour rejoindre le canal du Mozambique au niveau de Tuléar.

C’était la deuxième tempête à atteindre Madagascar depuis le début de l’année – la précédente, Ana, moins violente mais accompagnée de fortes pluies, ayant fait 55 morts à la fin du mois de janvier. Batsirai était suivie par les météorologues depuis le 24 janvier, et les deux tiers de Madagascar avaient été placés en état d’alerte alors que la dépression se renforçait à l’approche de la grande île, jusqu’à être classée « cyclone tropical intense ».

À Mananjary, la rue principale est un champ de ruines

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Si les villes où se déroulent les missions des envoyés du Défap ont été relativement épargnées, celles de la région côtière sont en grande partie détruites. À Mananjary, la rue principale ressemble à un champ de ruines, encombrée de débris d’arbres et bordée de frêles constructions dont les toitures en tôle se sont envolées. Seules quelques bâtisses en béton ont résisté. Les habitants traumatisés ne savent ni où dormir, ni où trouver de quoi subsister, et en appellent aux autorités. C’est dans cette ville que la fondation La Cause, proche du Défap, soutient deux centres d’accueil pour enfants : le centre Akanay Fanantenana et le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés), qui ont tous deux subi de gros dégâts. À Mahanoro, où le Défap a financé une salle de classe, beaucoup d’arbres et de maisons sont également à terre, les rues sont inondées ; mais les nouvelles des partenaires recueillies par Louise, ancienne envoyée du Défap dans cette ville, sont plus rassurantes. Plus à l’intérieur des terres et plus au nord, à Fandriana, Antsirabe et en remontant vers Tananarive, la capitale, les envoyés du Défap font état d’un impact décroissant de la tempête.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Les informations les plus complètes sur les conséquences du passage de Batsirai sont venues de Michel Brosille, qui effectue régulièrement des missions courtes pour le Défap et se trouve en ce moment à Fandriana : si le bilan au soir du 7 février faisait état de 21 morts, le nombre des sinistrés (70.355) et des déplacés regroupés dans des hébergement d’urgence (62.048, disséminés dans 154 sites) donne une idée des ravages subis par l’île. Pas moins de 211 écoles ont subi des dégâts, allant de salles partiellement détruites à des bâtiments privés de toit, avec pour conséquence l’impossibilité pour 9271 élèves de reprendre les cours. Du côté des infrastructures de communication, les autorités malgaches annoncent 17 ponts coupés et autant de routes – dont la RN7, qui traverse toute l’île du nord au sud. Ce qui aggrave encore la situation des zones les plus touchées, faute de possibilité d’y apporter de l’aide. Véronique Goy, qui travaille pour La Cause, évoque ainsi les stocks de riz de l’aide internationale qui ont été constitués au sud de l’île pour y lutter contre la famine causée par plusieurs années successives de sécheresse : si ces stocks sont bien là, encore faut-il trouver le moyen d’acheminer de l’aide là où les rafales de Batsirai et les inondations ont détruit les cultures… Dans toute la bande côtière au coeur de laquelle se situe Mananjary, les inondations et les glissements de terrain ont ravagé les champs. Or la route vers Mananjary est coupée.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Les organisations humanitaires présentes notamment dans le sud de l’île redoutent une nouvelle crise humanitaire. Entre les inondations qui ont frappé le centre du pays lors du passage de la tempête Ana, les dégâts de Batsirai et la sécheresse qui provoque la famine dans le sud, c’est une grande partie de l’île qui est désormais concernée. Le Coordonnateur humanitaire de l’ONU pour Madagascar n’hésite pas à lier directement cette succession de catastrophes au changement climatique.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR




Adresse du protestantisme : Autonomie et handicap

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, les pasteurs Guillaume de Clermont et Christian Galtier, responsables de la direction générale de la Fondation John Bost, interpellent les candidats sur la question de l’attractivité des métiers des secteurs sanitaire et médicosocial.
 
 




Adresse du protestantisme : Laïcité et place des religions

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Jean-Daniel Roque, Président de la commission Droit et liberté religieuse de la FPF et le pasteur François Clavairoly, Président de la FPF et président de la CRCF (de 2015 à 2022) présentent leurs questions à propos de la laïcité et de la place des religions en France.

Retrouvez ci-dessous l’Adresse du protestantisme concernant la Laïcité et la place des religions ainsi que l’Adresse du protestantisme complète.
 




Méditation du jeudi : De quel dieu tu parles, camarade ?

Méditation du jeudi 3 février 2022. Ne nous trompons pas de Dieu ! Car les dieux que nous nous faisons asservissent. Dieu, lui, libère.

Moïse au Mont Horeb, avec les Dix Commandements, par Rembrandt (1659) – Wikimedia Commons

Avant l’entrée en terre promise, Moïse s’adresse longuement au peuple d’Israël, façon de faire le point sur ce que le peuple a reçu de Dieu (essentiellement les dix paroles, ou dix commandements, donnés sur le Mont Horeb) et sur les recommandations à respecter pour vivre en vérité avec ce Dieu-là. L’enseignement porte en partie sur une mise en garde : il ne faut pas se tromper de Dieu. L’enjeu est de taille : rendre un culte à un Dieu qui n’est pas le vrai Dieu c’est s’égarer hors de l’alliance.

Le problème, c’est que les humains ont besoin de se représenter Dieu, alors que Dieu, de son côté, ne se montre pas. Forcément, à un moment, ça pose problème.

Voici ce que Moïse explique au peuple :

Puisque vous n’avez vu aucune forme, le jour où le Seigneur vous a parlé au milieu du feu, au Mont Horeb, prenez bien garde à vous ; de peur que vous ne vous fassiez une statue, une effigie, – quelle qu’elle soit! – modèle d’homme ou de femme, d’une bête sur la terre, d’un oiseau dans le ciel, bestiole ou poisson, de peur que levant les yeux vers le ciel, voyant lune, soleil et étoiles, tu ne sois entraîné à te prosterner devant eux et à les servir. Tout ça, je l’ai donné en partage aux païens, sous le ciel tout entier. Mais vous, le Seigneur vous a pris et vous a fait sortir de l’esclavage d’Égypte…
(Dt 4,15-19)

Dieu met en garde : les dieux que nous nous faisons asservissent. Dieu, lui, libère. Si nous les créons, nous nous inclinons devant eux et nous leur vouons un culte qui nous enferme. Dieu, lui, constate l’asservissement des humains et intervient pour ne pas les y laisser. Deux façons de penser le divin, deux réalités de nos vies.
Face à qui, à quoi nous inclinons-nous ? À quoi attachons-nous nos vies au point d’en être aliénés ? Ces questions nous font toucher du doigt une réalité anthropologique : les humains ont de toute façon un rapport au divin, mais ils ont une certaine propension à y mettre quelque chose de familier, plutôt qu’à faire confiance au Dieu qui ne se laisse pas saisir.

Cela a des conséquences pour la mission : quel Dieu annonçons-nous ? Un Dieu qui enferme (alors ce sera sans doute une idole) ou le Dieu qui libère ? Et qu’est-ce que ça veut dire concrètement, que Dieu libère ?

Parce que le débat n’est pas simple. Par exemple, si la mission chrétienne part du principe que l’animisme est une religion de la peur qui enferme ses adeptes dans une aliénation vis-à-vis de faux dieux, cela peut être interprété comme une raison suffisante pour imposer une autre forme religieuse qui, elle n’entretient pas la peur. Mais quel Dieu prêchons-nous alors ? Si c’est un Dieu qui menace de l’enfer les méchants et récompense les bons, est-ce qu’on ne prêche pas la peur ? Si c’est un Dieu qui exige le respect des conventions et de la norme pour ne pas risquer d’être en dehors des clous, est-ce qu’on ne prêche pas la peur ?

La mission exige alors, d’abord, un travail sur nos propres présupposés théologiques, c’est-à-dire sur ce que nous prêchons de Dieu : quel Dieu prêchons-nous ? Un Dieu qui enferme (une idole) ou un Dieu qui libère ?

Nous prions cette semaine avec notre envoyée au Congo Brazzaville, Lydia.

Seigneur,
Trop souvent nous t’enfermons dans notre imaginaire. Nous te voyons sur un nuage, au milieu d’un jardin luxuriant, sur une montagne au milieu du tonnerre. Nous te voyons à notre mesure, nous te voyons à la mesure de notre regard. Pardonne-nous.
Trop souvent nous pensons à ta place. Nous disons que tu es le vrai Dieu en présentant un dieu qui nous conforte dans nos habitudes. Pardonne-nous.
Viens ouvrir nos horizons, nos prisons, nos illusions sur toi. Viens nous donner le Souffle qui permet de parler de toi en vérité, ancrés dans une vraie liberté.
Notre espérance toute entière repose en toi : ne nous laisse pas l’oublier.
Amen




La FPF interpelle les candidats à l’élection présidentielle sur 10 thèmes

Écologie et justice climatique, égalité femmes-hommes, accueil de l’autre, refus du racisme et de la xénophobie, solidarité internationale : autant de thèmes qui trouvent des résonances fortes avec les activités du Défap. Ils sont présentés par la Fédération Protestante de France à travers une « Adresse du protestantisme aux candidats à l’élection présidentielle ».

Le protestantisme français veut prendre sa part dans le débat citoyen qui s’est ouvert en cette période électorale. Il désire formuler une adresse aux candidats et engager le dialogue avec eux dans le cadre des élections présidentielle et législatives 2022.

À partir du 2 février, pendant 10 semaines jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle, la Fédération protestante de France abordera tous les mardis une des 10 thématiques : Laïcité et place des religions ; Autonomie et handicap ; Pauvreté ; Europe et justice sociale ; Écologie et justice climatique ; Égalité femmes-hommes ; Exil et accueil des réfugiés ; Racisme et xénophobie ; Solidarité internationale ; Jeunesse et éducation. L’ordre des thématique est choisi en fonction de rendez-vous du calendrier et de la complémentarité des thématiques qui se suivent. Le mardi 8 mars, journée internationale des droits des femmes sera par exemple présentée l’adresse concernant l’Égalité Femmes-hommes.

L’Adresse du protestantisme est composée en 10 thèmes sélectionnés par le conseil de la FPF qui sont portés par des experts de ces questions : présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts qui viennent énoncer des questions vives sur un thème sur lequel ils sont acteurs légitimes.

Chaque thème comporte la même construction éditoriale : des éléments contextuels, 3 points-clés, une question aux candidats, un encart sur l’impact de la crise sanitaire sur la thématique.

L’ensemble de l’adresse sera transmis aux candidats et aux parlementaires et attendra des réponses écrites ou sous forme de rendez-vous en visioconférence avec les signataires et le président de la Fédération protestante de France. Retrouvez chaque semaine à la Une de protestants.org le focus sur une des 10 thématiques, une vidéo et une émission radio tous les 15 jours croisant deux thématiques qui se suivent : la prochaine sera un entretien croisé sur les questions laïcité et place des religions et autonomie et handicap entre François Clavairoly et Christian Galtier.

Les protestants pourront s’ils le souhaitent s’approprier et diffuser cette Adresse et inviter chacun.e au débat sur ces questions sensibles en famille, en paroisse, dans les pôles de la FPF, en société auprès des élus et des pouvoirs publics etc.

Cette Adresse publiée en partenariat avec l’hebdomadaire Réforme sera l’objet chaque semaine d’un article sur la thématique proposée. À retrouver sur www.reforme.net.




Méditation du jeudi : Mange et parle !

Méditation du jeudi 27 janvier 2022. Que nous apprend l’histoire du prophète Ézéchiel – et surtout cette parole si étrange qui lui est adressée : manger le livre que Dieu lui présente, avant d’aller parler aux Israélites ?

Le prophète Ézéchiel, par Michel-Ange, dans la chapelle Sixtine – Wikimedia Commons – domaine public

Il y a une façon tout à fait étrange de traiter la Bible : c’est de la manger ! Tenez, par exemple, le prophète Ezéchiel… N’allons pas trop vite cependant pour en tirer la conclusion que Dieu nous appelle à manger nos bibles, il faut faire le détour par l’histoire du bonhomme pour comprendre de quoi tout cela retourne.

Ézéchiel, donc, est fils de prêtre et prêtre lui-même. Comme la plupart des notables du peuple juif, il a été emmené de force à Babylone quand le roi Nabuchodonosor a envahi son pays. Pendant des années, il a été de ces exilés qui se demandent de quoi demain sera fait, et qui pleurent leur pays, leur histoire, la culture à laquelle ils ont été arrachés. C’est au bout de plusieurs années que Dieu lui a adressé la parole, au bord du fleuve Kebar, loin de Jérusalem. Il apparaît au milieu d’un arc-en-ciel – symbole de l’alliance passée avec Noé, on s’en souvient.

Ézéchiel, donc, raconte l’histoire de ce qui lui est arrivé :

Il me dit : « Toi, l’homme, mets-toi debout ; j’ai à te parler. » Pendant qu’il disait cela, l’Esprit de Dieu entra en moi et me fit tenir debout. J’écoutai donc celui qui me parlait. « Toi qui n’es qu’un homme, dit-il, je t’envoie auprès des Israélites, cette bande de rebelles qui se sont révoltés contre moi. Tout comme leurs ancêtres, ils n’ont jamais cessé de rejeter mon autorité. C’est vers ces gens à la tête dure et au caractère obstiné que je t’envoie. Tu t’adresseras à eux en disant : “Voici ce que déclare le Seigneur Dieu.” Alors, qu’ils t’écoutent ou qu’ils refusent de le faire parce qu’ils sont un peuple récalcitrant, ils sauront qu’il y a un prophète parmi eux.

« Quant à toi, l’homme, n’aie pas peur d’eux ni de leurs paroles. Ils te contrediront : ce sera comme si tu étais entouré de ronces et assis sur des scorpions. Cependant ne sois pas effrayé par les paroles ou par l’attitude de ce peuple récalcitrant. Tu leur répéteras ce que je te dirai, qu’ils t’écoutent ou refusent de le faire à cause de leur entêtement.

« Quant à toi, l’homme, ne te montre pas aussi récalcitrant qu’eux, écoute ce que j’ai à te dire. Ouvre la bouche et mange ce que je vais te donner. »

Je vis alors une main tendue vers moi ; elle tenait un livre en forme de rouleau. Il le déroula devant moi : il était écrit des deux côtés ; le texte était composé de plaintes, de gémissements et de cris de détresse.

Celui qui me parlait dit : « Toi, l’homme, mange ce rouleau qui t’est présenté, puis va parler aux Israélites. » J’ouvris la bouche et il me fit manger le rouleau. Il ajouta : « Toi, l’homme, remplis ton ventre et nourris ton corps avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai donc et, dans ma bouche, il eut un goût aussi doux que le miel.

Alors il reprit : « En route, l’homme, va auprès des Israélites et transmets-leur mes paroles. Je ne t’envoie pas auprès d’un peuple qui parle une langue étrangère difficile à comprendre, mais auprès du peuple d’Israël. Si je t’envoyais auprès des nombreux peuples qui parlent une langue étrangère difficile et même incompréhensible pour toi, ils t’écouteraient. Mais les Israélites, eux, ne voudront pas t’écouter, car ils ne veulent pas m’écouter. En effet, ils ont tous une forte tête et un caractère endurci. Cependant, je vais te rendre aussi obstiné qu’eux, tu auras la tête aussi dure que la leur ! Je rendrai ton front résistant comme le diamant, plus solide que le roc. Alors n’aie pas peur d’eux et ne sois pas effrayé…
(Ézéchiel 2 et 3,1-9)

N’aie pas peur, ne soit pas effrayé… Ces paroles, c’est à Ezéchiel que Dieu les adresse. Mais c’est nous tous qu’elles viennent interpeler. N’ayez pas peur… Et si la Bible, et Dieu à travers la Bible, nous dit « N’ayez pas peur », c’est justement qu’en temps ordinaire, nous avons peur… Peur du lendemain, de l’imprévu, de la folie du monde.

Lorsque Dieu dit à Ézéchiel, n’aie pas peur, il ajoute : mange ce livre. Ça, c’est bien la dernière chose à laquelle nous, nous aurions pensé pour faire face à peur ! Manger un livre ! Mange un livre et parle, dit Dieu. Mange le livre des lamentations du peuple, toute l’amertume, toute la colère, tout le découragement… mange l’histoire désespérée, les espoirs inaboutis, les révoltes sans lendemain. Et curieusement, tout cela, dans la bouche d’Ézéchiel, a goût de miel. Et curieusement, cela lui donne la force, le courage de faire face à la peur, et de parler.

Au fond, c’est une parabole de ce que nous faisons lorsque nous lisons la Bible. Nous ne la lisons pas comme un conte de fées, mais comme le livre qui nous raconte le monde, avec sa violence et ses compromissions, ses détours et ses accidents, ses malheurs et ses terreurs. Et puis ses beautés et son espérance. Lorsque nous lisons ce livre, lorsque nous « mangeons », nous grignotons, nous savourons ce livre, nous n’en tirons pas un savoir, une sécurité, qui nous protégerait de tout. La Bible ne recèle pas un savoir. La Bible, dans notre bouche, a un goût de miel. Elle nous dit « n’ayez pas peur », comme elle l’a dit à tant d’autres êtres humains avant nous. Et comme à eux, elle nous donne la parole… Parle, et n’aie pas peur… N’aie pas peur, et parle…

À notre tour, nous pouvons parler, sans peur. Nous pouvons dire au monde l’espérance qui nous porte. Nous pouvons consoler les exilés. Nous pouvons risquer une parole difficile, exigeante. Qui tient en ces quelques mots : n’ayez pas peur ! ne cédez pas à la peur ! Dieu aime le monde, que vous le sachiez ou non, Dieu aime le monde, et il ne se résout pas à l’abandonner. Il est venu jusqu’au cœur du monde pour nous y rejoindre, jusque dans le pire de notre humanité. Et il n’est pas prêt de déserter… Maintenant vivez ! et…

❝ Ne vous résignez pas à croire que Dieu est absent

N’ayez pas peur ! ayez confiance en vous, parce que c’est par vous que Dieu agit dans le monde.

N’ayez pas peur ! ce n’est pas le malheur qui a le dernier mot sur nos vies.

N’ayez pas peur ! ne vous résignez pas à croire que Dieu est absent, ne vous résignez pas à croire que vous êtes seul et que tout est perdu.

N’ayez pas peur ! quand la foule se jette sur une idée, quand la foule s’émeut et en reste à l’émotion dans de beaux élans spontanés et bruyants, vous, vous êtes fondés sur autre chose.

N’ayez pas peur de montrer à tous les humains la même tendresse que Dieu vous porte.

N’ayez pas peur ! soyez certains que c’est Dieu qui agit pour le bien, en nous et par nous, et ne craignez pas de vous abandonner à cette grâce qui agit. Nous serons peut-être obscurs, discrets, humbles, mais nous aurons le courage inébranlable que nous donne la grâce. Courage de dire « non » à tout ce qui avilit l’humain. Pas pour nous-mêmes, mais pour la gloire de Dieu et le bonheur de notre prochain. Tout simplement.

N’ayez pas peur… Amen

Nous prions cette semaine avec notre envoyée au Cameroun, Charline.

Seigneur,
Tu nous offres ta Parole comme un souffle de vent qui vient bousculer nos habitudes et nos certitudes.
Tu nous offres ta présence comme un roc solide sur lequel nous pouvons compter.
Tu nous offres ton espérance comme le rayon de lumière qui danse sur nos vies.
Tu nous offres la fraternité comme douceur pour construire nos vies.
Tu nous offres le courage comme bouclier.
Tu nous offres la parole, celle qui rassure, celle qui témoigne, celle qui accompagne et change le monde, à la mesure de ton amour.
Tu nous offres ton amour sans condition, comme la force qui anime toute notre vie.
Seigneur, merci pour tous ces dons, merci pour ta confiance.
Que la joie accompagne nos pas à l’ombre de ta main, aujourd’hui, demain, toujours
Amen




Oser lire la Bible ensemble !

« Efforcez-vous de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix. » Cette exhortation de l’apôtre Paul est le verset choisi par la Fédération protestante de France (FPF) pour guider ses actions durant l’année 2022. C’est dans cette vision d’unité que la FPF propose tout au long du mois de janvier cinq émissions intitulées « Oser lire la Bible ensemble ».


Cinq émissions de débats et discussions autour du thème de la lecture commune de la Bible, mais surtout à la découverte de la diversité protestante.

Cinq émissions d’une heure avec des intervenants spécialistes du lien entre les chrétiens, issus de cette grande diversité du protestantisme français.

Mais pour lire la Bible avec son prochain, encore faut-il le connaître ! Chaque émission est  l’occasion de découvrir les grandes lignes des courants du protestantisme français dans de courtes vidéos de présentation.

Un évènement à retrouver chaque mercredi à 20 h tout au long du mois de janvier sur le site internet et les réseaux sociaux de la Fédération protestante de France.

Les cinq émissions

1. Pourquoi lire la Bible ensemble ? (Diffusion le 5 janvier)

Comment lire la Bible avec mon prochain ? Sommes-nous prêts à faire ce pas vers l’autre, au-delà de nos différences et de nos divergences d’interprétation ? Mais surtout, dans quel but ? Sur le plateau du pasteur Jean-Luc Gadreau, la pasteure Anne-Laure Danet du service Relations avec les Églises chrétiennes de la FPF et le pasteur Vincent Miéville, président de la coordination évangélique de la FPF se prêtent à l’exercice. Ensemble, ils racontent leurs expériences œcuméniques et expliquent ce que la rencontre avec l’autre peut apporter.

2. Faire le lien entre les chrétiens (Diffusion le 12 janvier)

Valérie Duval-Poujol, théologienne baptiste, vice-présidente de la FPF et le pasteur Georges Michel, secrétaire général de la FPF sont deux grands artisans du lien entre les différents courants du protestantisme. Ils racontent l’importance de cette mission pour la Fédération protestante de France et comment elle s’y emploie au quotidien. Cela passe tout d’abord par aller à la rencontre de l’autre, au risque de se laisser bousculer, pour voir parfois des idées préconçues s’effondrer et pouvoir travailler main dans la main.

3. À la rencontre des évangéliques de la FPF (Diffusion le 19 janvier)

La grande famille des évangéliques est présente au sein de la FPF depuis sa création, notamment avec son président fondateur évangélique Edouard Grüner. C’est afin de présenter cette grande famille et de tordre le cou à certains clichés que la FPF a organisé en 2019 le colloque « Les évangéliques de la FPF, vers un nouvel élan ! »

La Fédération protestante de France a souhaité par la suite conserver par écrit les interventions et débats de la journée. Cet ouvrage édité chez Première Partie vous est présenté par Pierre-Yves Kirschleger, professeur à l’université Paul Valery de Montpellier, qui a participé au colloque et dirigé la rédaction de ces actes. Le second invité est Gabriel Monet, professeur de théologie pratique à la faculté adventiste de Collonges-sous-Salève présent à la table ronde du colloque.

4. « La Bible en 6 ans » un outil de communion (Diffusion le 26 janvier)

Le livret « La Bible en 6 ans » est le fruit de la collaboration entre la FPF, l’Alliance Biblique Française, la Ligue pour la Lecture de la Bible et l’Union des Fédérations des Églises Adventistes de France. À l’heure où les croyants passent de moins en moins de temps sur la Bible, cette liste de lecture œcuménique a pour ambition de rassembler quotidiennement tous les chrétiens autour d’un même passage. Jonathan Boulet, secrétaire général de l’Alliance Biblique et le pasteur Thierry André, chargé de mission Lien Fédératif à la FPF vous feront découvrir les atouts et les spécificités de cet outil de communion chrétienne.

5. Quels protestantismes pour demain ? (Diffusion le 2 février)

Les Églises protestantes sont diverses, parfois en mutation, notamment parmi les familles évangéliques. Le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France et le pasteur Jean-Luc Gadreau, responsable éditorial de l’émission radio SOLAÉ, le rendez-vous protestant sur France Culture, raconteront leurs rapports dans leurs différentes missions avec ces Églises variées et comment le message de la Bible permet de se retrouver entre les différentes dénominations protestantes. Aude Millet amènera ses deux invités à tracer les contours des évolutions du protestantisme français actuel.




Méditation du jeudi : Aujourd’hui…

Méditation du jeudi 20 janvier. C’est tous les jours, dans notre chemin avec Dieu, que le mot « aujourd’hui » nous est adressé. Qu’il nous soit donné de vivre vraiment ce « aujourd’hui » qui nous est offert.

Jésus enseignant dans la synagogue de Nazareth, XIVème siècle, fresque du monastère de Decani, Kosovo

Jésus se rendit à Nazareth, où il avait été élevé. Le jour du sabbat, il entra dans la synagogue selon son habitude. Il se leva pour lire les Écritures et on lui remit le rouleau du livre du prophète Ésaïe. Il le déroula et trouva le passage où il est écrit :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi,
il m’a choisi pour son service afin d’apporter la bonne nouvelle aux pauvres.
Il m’a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers
et aux aveugles le retour à la vue,
pour libérer les opprimés,
pour annoncer l’année où le Seigneur manifestera sa faveur. »

Puis Jésus roula le livre, le rendit au serviteur et s’assit. Toutes les personnes présentes dans la synagogue fixaient les yeux sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Ce passage de l’Écriture est accompli, aujourd’hui, pour vous qui m’écoutez. » Tous exprimaient leur admiration à l’égard de Jésus et s’étonnaient des paroles de grâce qu’il prononçait. Ils disaient : « N’est-il pas le fils de Joseph ? » Jésus leur dit : « Vous allez certainement me citer ce proverbe : “Médecin, guéris-toi toi-même.” Vous me direz aussi : “Nous avons appris tout ce que tu as fait à Capharnaüm, accomplis les mêmes choses ici, dans ta propre ville.” » Puis il ajouta : « Je vous le déclare, c’est la vérité : aucun prophète n’est bien reçu dans son pays. De plus, je vous assure qu’il y avait beaucoup de veuves en Israël à l’époque d’Élie, lorsque la pluie ne tomba pas durant trois ans et demi et qu’une grande famine sévit dans tout le pays. Pourtant Dieu n’envoya Élie chez aucune d’elles, mais seulement chez une veuve qui vivait à Sarepta, au pays de Sidon. Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël à l’époque du prophète Élisée ; pourtant aucun d’eux ne fut purifié de la lèpre, mais seulement Naaman le Syrien. »

Tous, dans la synagogue, furent remplis de fureur en entendant ces mots. Ils se levèrent, entraînèrent Jésus hors de la ville et le menèrent au sommet de l’escarpement sur lequel Nazareth était bâtie, afin de le précipiter dans le vide. Mais il passa au milieu d’eux et s’en alla.
(Lc 4,16-30)

En parcourant ce récit, le mot « aujourd’hui » attire notre attention : c’est un terme qui a une grande résonance théologique, surtout dans l’Évangile selon Luc.

Il est sur les lèvres des mages qui se répètent les paroles de l’ange – « Aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur » (Lc 2,11).

Il est sur les lèvres de ceux qui s’extasient devant les miracles de Jésus – « Nous avons vu aujourd’hui des choses étranges ! » (Lc 5,26).

Il est dans la bouche de Jésus qui s’invite dans la maison de Zachée – « Car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison… aujourd’hui le salut est venu pour cette maison » (Lc 19,5.9).

Il est adressé au brigand crucifié à côté de Jésus – « Amen, je te le dis, aujourd’hui tu. Seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,43).

C’est tous les jours, dans notre chemin avec Dieu, que le mot « aujourd’hui » nous est adressé.

Aujourd’hui, c’est le moment favorable pour construire notre humanité sous le regard de Dieu.

Aujourd’hui entraîne notre participation à la mission de Jésus lui-même.

Aujourd’hui, nous sommes envoyés porter la bonne nouvelle à travers chacune de nos vies.

Qu’il nous soit donné de vivre vraiment ce « aujourd’hui » qui nous est offert et qui ouvre, au cœur de nos vies, tous les possibles de Dieu !

Cette semaine nous prions pour nos envoyés en Tunisie, Ben, Patty et Stephanie.

Seigneur notre Père, merci pour la vie.
Merci pour toutes les nations sur la terre ; pour les différentes langues et cultures, et pour les bornes de leur demeure.
Merci Seigneur pour le salut en Jésus-Christ, pour son Église universelle et pour le lien d’amour qui nous unit. En Jésus, nous avons tout ce qui est nécessaire à la vie, donne-nous la sagesse de puiser en lui, dans une joie confiante.
Que ta présence et ta parole nous guident le jour et nous éclairent la nuit. Aide-nous à prendre courage devant les souffrances car Jésus a vaincu. Donne-nous d’être fiers même de notre détresse : elle produit la persévérance, qui produit la victoire dans l’épreuve, et de là, l’espérance.
Que ton Saint-Esprit nous console.
Ouvre grandes les portes de la liberté du culte et donne-nous ta paix.
Au nom de Jésus nous te prions, Amen

Grace Gatibaru (dans Parole pour tous)




Une semaine de prière pour l’unité des chrétiens

C’est au Conseil des Églises du Moyen-Orient qu’il a été demandé de choisir et d’élaborer le thème de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2022. Le thème de cette année est donné par ce verset de Matthieu 2:2 : « Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. »

Affiche de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2022 © unitedeschretiens.fr

Les chrétiens du Moyen-Orient sont heureux de proposer ce thème pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, conscients que le monde partage une grande partie de leurs souffrances et de leurs difficultés et aspire à trouver la lumière qui leur montrera la voie vers le Sauveur, lui qui sait comment surmonter les ténèbres.

La pandémie mondiale de COVID-19, la crise économique qu’elle a générée, et l’échec des structures politiques, économiques et sociales à protéger les plus faibles et les plus vulnérables, ont fait ressortir que tous ont besoin d’une lumière qui brille dans les ténèbres. L’étoile qui resplendissait au Levant, au Moyen-Orient, il y a deux mille ans, nous invite encore à nous rendre auprès de la crèche, là où le Christ est né. Elle nous conduit vers le lieu où l’Esprit de Dieu est vivant et agit, vers la réalité de notre baptême et vers la conversion du cœur.

« Quand le mal nous entoure, nous aspirons au bien »

Bien que les Églises et le peuple libanais aient été accablés par les conséquences quotidiennes d’une crise politique et économique persistante, et confrontés à la tragédie de l’explosion d’août 2020 à Beyrouth, qui a fait des centaines de morts et laissé des centaines de milliers de blessés ou de sans-abri, les chrétiens de différentes Églises du Liban et des pays voisins ont trouvé la force spirituelle de se rassembler et de préparer des ressources pour la prière, a déclaré le pasteur Odair Pedroso Mateus, secrétaire général adjoint par intérim du Conseil œcuménique des Églises (COE) et directeur de sa Commission Foi et Constitution.

Des chrétiens du Liban, de Syrie et d’Égypte ont préparé localement des ressources pour la prière. Comme le veut la tradition, celles-ci ont été finalisées par un groupe international représentant le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens de l’Église catholique romaine et la Commission Foi et Constitution du COE. Les ressources documentaires comprennent un service œcuménique de prière d’ouverture, des réflexions bibliques et des prières pour huit jours, ainsi que d’autres éléments de culte.

L’une des méditations note que, dans ce monde fragile et incertain, nous cherchons une lumière, un rayon d’espoir au loin. « Quand le mal nous entoure, nous aspirons au bien », peut-on lire dans cette méditation. « Nous le cherchons en nous, mais nous sommes si souvent accablés par notre faiblesse que nous perdons espoir. Notre confiance repose dans le Dieu que nous adorons. »

Photo servant de fond à l’affiche élaborée par le COE pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2022 © Albin Hillert/COE

La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens est une manifestation œcuménique chrétienne internationale qui se déroule chaque année autour de la Pentecôte dans l’hémisphère Sud et entre le 18 et le 25 janvier dans l’hémisphère Nord. Chaque année, les partenaires œcuméniques d’une région différente sont invités à préparer les textes. Le matériel pour 2022 est disponible en français ci-dessous. Pendant de nombreuses années, c’est l’association Unité Chrétienne, à Lyon, qui a adapté les documents internationaux pour le monde francophone européen. Elle a élaboré les outils nécessaires pour vivre la Semaine de prière pour l’unité chrétienne : création d’un visuel, publication de tracts et brochure comportant des éléments de réflexion biblique, spirituelle et théologique autour du thème et suggestions pour la prière et la célébration. Aujourd’hui, le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF) a pris le relais ; le matériel pour cette semaine 2022 est disponible sur le site https://semainedepriere.unitedeschretiens.fr/




Prosélytismes… au pluriel !

Pour son numéro 82, la revue Perspectives Missionnaires aborde la question sensible du prosélytisme. Une question qui interroge très directement la façon dont les Églises conçoivent et accomplissent leur mission. Ce numéro est par ailleurs le dernier à paraître sous forme imprimée : dès le n°83, PM rejoindra Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». Les archives de Perspectives missionnaires (soit 82 numéros) seront ainsi bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi & Vie.

Photo de couverture du n°82 de Perspectives Missionnaires © PM

Pour son passage du papier au numérique, notre revue Perspectives missionnaires a choisi d’aborder une question délicate, celle du prosélytisme. Une question qui interroge très directement la façon dont les Églises conçoivent et accomplissent leur mission. Jusqu’au XXe siècle, celle-ci était explicite : il fallait convertir des populations nouvelles au Christ pour suivre l’injonction du Ressuscité selon la finale de l’évangile de Matthieu : « Allez donc auprès des gens de toutes les nations et faites d’eux mes disciples » (Mt 28,19 BFC). Le prosélytisme ne faisait guère problème.

Depuis lors, nos sociétés ont changé ainsi que les sensibilités. Elles se sont sécularisées et les États, au nom de la laïcité, ont pour tâche de veiller à maintenir la paix religieuse sur leur territoire. La société pluraliste et multi-religieuse que nous connaissons en Occident place les Églises devant le défi de formuler d’une manière crédible le message réformateur de la réconciliation de Dieu avec les humains, et de la liberté offerte en Christ. En même temps, elle les met dans une situation quelque peu embarrassante. Cet embarras est notamment dû aux nombreuses réticences que provoque le terme d’évangélisation qui peut être compris comme un endoctrinement liberticide, une réduction individualiste faisant fi du tissu social, un zèle prosélyte qui met sous pression, un vis-àvis inégal entre possesseurs de la vérité et objets d’évangélisation, un événement qui se réduit à des paroles sans trouver sa concrétisation sur le terrain de la pratique sociale. De tels ressentiments sont nourris par des expériences du passé mais aussi du temps présent.

❝ Églises et religions se doivent d’être aujourd’hui facteurs de cohésion sociale et non de discorde ou de tension

Dans ce contexte, Églises et religions se doivent d’être aujourd’hui facteurs de cohésion sociale et non de discorde ou de tension. Or le prosélytisme a pris une connotation nettement péjorative, non seulement dans la société, mais également au sein des Églises elles-mêmes, gagnées par un esprit de tolérance et d’ouverture. Il apparaît comme une démarche « repoussoir » en opposition à une démarche d’unité dans laquelle les diverses confessions chrétiennes, voire les diverses traditions religieuses, se concertent pour porter un témoignage commun dans le monde.

Mais n’acceptons-nous pas trop facilement d’enfermer le prosélytisme dans une acception strictement péjorative ? Dans le refus de tout prosélytisme religieux, n’y a-t-il pas une forme de refus de la liberté de conscience et de religion ? Une difficulté d’accepter que l’autre change de croyance ? Ainsi Olivier Abel a-t-il écrit, de façon un peu provoquante, dans un numéro du quotidien La Croix de décembre 2003, un « éloge du prosélytisme » qui donnait de l’espace à ce qu’il appelait une « libre-conversation » des religions. Entre « gel confessionnel » chez certains, tendances à une forme de re-confessionnalisation chez d’autres, et identités fluides d’un certain post-confessionnalisme pour beaucoup d’autres encore, comment analyser ce à quoi nous assistons aujourd’hui ?

C’est ce type de questionnement qui nous a incités à faire le point sur ce que l’on entend par prosélytisme. Nous avons donc ouvert à frais nouveaux ce dossier en envisageant plusieurs angles d’approche. Les contributions qui suivent offrent une belle diversité de points de vue et de perspectives sur la question :

  • Une enquête néotestamentaire sur les débuts de la mission chrétienne avec le bibliste Simon Butticaz qui examine la question de savoir comment l’Église est devenue missionnaire ;
  • Une approche globale du prosélytisme avec le missiologue Hannes Wiher qui se penche sur les enjeux missiologiques ainsi que sur le témoignage chrétien dans les relations interreligieuses et interconfessionnelles ;
  • Une appréciation critique du prosélytisme dans le contexte de nos sociétés sécularisées par l’historien Jean-François Mayer ;
  • Le positionnement clair du mouvement oecuménique sur le prosélytisme par le théologien Jean-Luc Blondel ;
  • Une évaluation du prosélytisme d’un point de vue catholique romaine par Pierre Diarra, missiologue catholique ;
  • Une lecture du prosélytisme dans des pratiques ecclésiales contemporaines en Europe orientale et en Amérique latine par Jean Renel Amesfort.
  • Une analyse de stratégies d’évangélisation en milieu musulman au Liban avec la sociologue Fatiha Kaouès. Cet article particulièrement fouillé sera publié en deux parties. La première partie qui paraît dans ce numéro présente la théorie et la pratique d’évangélisation en milieu musulman de Georges Houssney, engagé auprès de diverses organisations missionnaires parmi lesquelles Campus Christian Fellowship.
  • Une seconde partie, qui présente la réflexion de Colin Chapman, un protestant évangélique très impliqué dans la réflexion sur l’activité missionnaire au Moyen-Orient et dans le dialogue interreligieux, paraîtra dans le prochain numéro de notre revue.

Ces diverses approches ne prétendent pas faire le tour d’un problème difficile et complexe. Mais elles ont la vertu, nous l’espérons, de montrer que le prosélytisme doit être examiné avec nuance et dans une perspective dialectique. En effet, l’appréciation qu’on en aura dépendra foncièrement de la théologie, de la sotériologie et de l’ecclésiologie de celui ou de celle qui l’étudie. Les différents auteurs en offrent des regards croisés qui enrichissent la réflexion et qui permettent de se faire une idée plus précise de la question telle qu’elle se pose aujourd’hui à nos Églises.

Avant de conclure cette introduction, il est judicieux de mettre encore en évidence deux éléments qui font partie de notre questionnement, mais qui n’ont pas fait l’objet d’un traitement particulier dans ce dossier : l’un concerne le contexte de nos sociétés libérales en Occident, l’autre porte sur un contexte plus large.

❝ Quelle différence de fond y a-t-il entre religion et monde politique, économique, associatif, ou même recherche spirituelle ?

Premièrement, on peut se poser la question : dans nos sociétés de « modernité-post » quelle différence de fond y a-t-il entre religion et monde politique, économique, associatif, ou même recherche spirituelle ? Car, contrairement à ce qui se passe pour les Églises et les religions, il y a bien des domaines où la recherche de membres ou d’adhérents est tout à fait tolérée, souvent au travers d’un prosélytisme décomplexé fait de propagande, de publicité, de campagne de communication. Partis politiques, syndicats, mouvements écologistes ou autres défenseurs de telle ou telle cause, promoteurs de tel ou tel produit, nombreux sont celles et ceux qui, aujourd’hui, font pression sur notre conscience en faisant appel à tous les moyens modernes de communication. Sans aller plus loin dans l’analyse, on peut avancer l’hypothèse selon laquelle c’est le lien souvent perçu – au passé comme au présent – entre religions, intolérance et violence qui pose problème et qui fait que les religions sont moralement interdites de prosélytisme contrairement à d’autres acteurs de nos sociétés.

Deuxièmement, et peut-être en contrepoint, il faudrait mettre en évidence le fait que, si, dans les sociétés libérales occidentales, le prosélytisme est mal perçu, il ne provoque pas des réactions menaçant fondamentalement la liberté de conscience et de culte. En revanche, il y a de plus en plus de pays où sont adoptées des lois anti-conversion qui sont nettement liberticides. Ce phénomène semble même en nette progression dans des contextes religieux très divers. Il pourrait être une réaction à l’effet de globalisation qu’exerce l’évolution de notre monde et il interroge fortement le rêve de société pluraliste et multiculturelle qui habite nos instances politiques et religieuses. Il n’est pas nécessaire de nous étendre davantage ici sur ce questionnement qui serait susceptible de susciter d’autres recherches et réflexions d’envergure.

Michel Durussel et Jean Renel Amesfort

 

Le sommaire de ce n°82

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis 40 ans Perspectives missionnaires.
Dès janvier 2022, PM rejoindra Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». Les archives de Perspectives missionnaires (soit 82 numéros) seront ainsi bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi & Vie. L’équipe de PM espère ainsi enrichir la palette des champs de recherche de la revue numérique.



Méditation du jeudi : Debout !

Méditation du jeudi 13 janvier. Comment nous sentirions-nous à la place d’Élie, qui après avoir agi avec zèle, puis avoir dû fuir ses ennemis dans le désert, se sent si désespéré qu’il veut mourir… et à qui Dieu répond : « Lève-toi et mange, car tu devras faire un long voyage ! » Et si ça ne s’arrêtait jamais ? S’il fallait toujours se relever et repartir ?

Philippe de Champaigne : « Le sommeil d’Élie » © Wikimedia Commons

« Le roi Achab raconta à Jézabel, sa femme, tout ce qu’Élie avait fait, en particulier qu’il avait mis à mort par l’épée tous les prophètes de Baal. Jézabel envoya un messager pour dire à Élie : « Si demain, à pareille heure, je ne t’ai pas traité comme tu as traité ces prophètes, que les dieux m’infligent la plus terrible des punitions ! » Élie prit peur et il s’enfuit pour sauver sa vie. Il se rendit à Berchéba, dans le pays de Juda ; là, il laissa son serviteur, puis il marcha pendant une journée dans le désert et il s’assit sous un genêt. Il souhaitait mourir et il dit : « Maintenant, Seigneur, j’en ai assez ! Reprends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes prédécesseurs ! » Il se coucha et s’endormit sous le genêt ; mais un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi et mange ! » Il vit en effet, posée près de sa tête, une de ces galettes que l’on cuit sur des pierres chauffées, et un pot d’eau. Après avoir mangé et bu, il se recoucha ; mais l’ange du Seigneur revint le toucher et lui dit : « Lève-toi et mange, car tu devras faire un long voyage ! » Élie se leva pour manger et boire, puis avec les forces trouvées dans ce repas, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu. »
(1 Rois 19,1-8, NFC)

« Lève-toi et mange ! Relève-toi, au boulot ! Tu es fatigué, la belle affaire ! Allez, debout, au boulot !  » Je serais à la place d’Élie, je n’apprécierais pas du tout qu’on me parle sur ce ton, ange ou pas, surtout si l’épuisement vient de mon zèle pour le Seigneur. Et pourtant… « Au boulot ! »… est-ce qu’il n’y a pas, dans notre vie de foi, de ces moments où une voix rugit à nos oreilles ces mots-là, comme ils résonnent à l’oreille d’Élie ? Est-ce qu’il n’y a pas, dans un repli secret de notre cœur, un Dieu qui exige que nous nous relevions, que nous époussetions notre revers pour nous rendre à peu près présentables, afficher un large sourire et remettre ça ? Faire comme si tout allait bien… alors qu’au fond, tout au fond de nous, bourgeonne le sentiment confus que ça va mal…

Pour Élie résonne donc cette terrible question : et si ça ne s’arrêtait jamais ? Question lancinante qui se pose à chacun, chacune de nous. Et si ça ne s’arrêtait pas ? Si cet épuisement était la fin de la route ? Si notre inquiétude pour l’avenir ne s’arrêtait pas ? Ou ce petit secret bien caché dont nous avons peur qu’il surgisse au grand jour, érodant un peu plus chaque jour notre joie de vivre ? Ou ce mal qui ronge notre corps ? Ou ce besoin compulsif de remplir notre vie avec quelque chose, n’importe quoi ? Ou ce perfectionnisme qui nous pousse à rechercher sans fin l’ultime exactitude, la véritable droiture, la clôture parfaite de ce que nous faisons ?

Et si ça ne s’arrêtait jamais ? Vous croyez être seul·e avec ce secret-là ? Et bien non. C’est le secret de notre humanité. C’est ce qui se cache au cœur de nos vies, qui que nous soyons, des plus saints et des plus soucieux de la loi de Dieu jusqu’au plus misérable d’entre nous. Cette peur-là fait partie de notre vie, et plus nous nous débattons avec elle, plus elle se resserre autour de nous : et si ça ne s’arrêtait pas ?

C’est un constat bien sombre, et on ne voit pas très bien en quoi ça constitue une bonne nouvelle.

❝ Le soupçon d’un abominable marché

Cette crainte chevillée à notre humanité – « et si ça ne s’arrêtait jamais ? » – en recouvre une autre, bien plus profonde encore. La crainte de ne pas être aimable. La crainte de ne pas être digne d’être aimé·e. Notre véritable question, ce qui est véritablement au fondement de notre humanité, c’est cette question-là : tant que ça dure, tant que je suis dans cette misère, qui pourrait donc m’aimer, m’aimer vraiment ? C’est une peur si profonde en nous que nous en venons à voir notre misère native comme cet empêchement absolu à être aimé.

Pour Élie, accablé par l’épuisement, par le découragement de devoir remettre en permanence en jeu toute sa vie au service d’un Dieu exigeant, comme pour nous, se pose en filigrane, en soubassement, la question : et si Dieu cessait de nous aimer ? Peut-il aimer, aimer vraiment, un·e misérable comme moi ? Et chacun d’y répondre à sa façon. Chez Élie, par le désespoir au point de vouloir mourir. En effet, à quoi bon vivre si nous ne sommes pas digne d’amour ? Si nous avons le sentiment que rien ni personne ne pourra jamais nous aimer, nous soulager de ce poids, à quoi bon vivre ?

Ce qui menace, ce qui nous menace tous, c’est que peu à peu, la certitude remplace le doute et nous amène finalement à croire « Non, je ne suis pas aimé·e » ; « Non, je ne serai jamais plus aimable »… Vous croyez que j’exagère ? Mais regardez le monde qui nous entoure ! Entre ceux qui courent à la performance, ceux qui vivent le nez sur leur smartphone pour être sûr de ne pas manquer la moindre info, le moindre appel, le moindre signe qui leur serait adressé, de n’importe où, pourvu qu’ils soient au courant, branchés, impeccablement disponibles, pour une miette de présence virtuelle et d’amour ! C’est eux, c’est vous, c’est moi…

C’est comme si le monde entier était aux prises avec le soupçon d’un abominable marché entre le Dieu de notre imaginaire et chaque seconde de nos vies : comme si Dieu, ce Dieu imaginaire, nous disait à chaque instant : « Ta perfection contre mon amour ! »

❝ La grâce renverse cette misère où tu te complais

C’est tueur. C’est tueur pour nous-mêmes, et tueur pour les autres. Parce que ça nous conduit finalement à haïr les autres. Quand on a bien trop peur d’être imparfait soi-même, l’autre n’est plus qu’un miroir grossissant qui vient nous rappeler cette terreur permanente. Surtout les plus faibles, ceux qui laissent paraître leur misère, leur imperfection, leur humanité, leur différence… ça fait le lit de tous les intégrismes. Et nous n’y échappons pas plus que les autres. Nous sommes appelés à une constante vigilance pour ne pas être emportés par cette peur. Peur, je le répète, qui niche dans ce marché sordide, comme si Dieu nous disait : ma grâce contre ta servitude. Comme si notre foi, comme si toute foi était toujours, forcément, atrocement, le lieu d’un épouvantable marchandage… Et certains sont plus doués que d’autres à ce marché. Certains savent se payer de mots, se sacrifier bien mieux que les autres, et en retirent plus de bénéfices… et que ça soit entre eux et un Dieu qui n’est qu’imaginaire n’enlève rien au fait que c’est tueur.

Un autre à avoir vécu cet épouvantable marchandage, si on en croit ce qu’il a écrit et qui nous est parvenu, c’est l’apôtre Paul. Il se débattait avec son orgueil, désespéré de vivre selon la volonté de Dieu mais incapable de voir en cela autre chose qu’un marchandage meurtrier. Voici ce qu’il écrit :

« Pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, une dure souffrance m’a été infligée dans mon corps, comme un messager de Satan destiné à me frapper et à m’empêcher d’être enflé d’orgueil. Trois fois j’ai supplié le Seigneur de me délivrer de cette souffrance. Il m’a répondu :  » Ma grâce te suffit ! Ma puissance s’accomplit au sein de la faiblesse. »  »
(2 Co 12,7-9a, NFC)

En écrivant cela, Paul nous parle d’abord de ce marchandage imaginaire qui se joue entre lui et ce Dieu de son imagination : voilà une épine, une épreuve de plus, l’étape ultime peut-être pour que Dieu enfin l’agréée, la souffrance qui suffira à régler la facture, s’il avait la chance de tenir le coup suffisamment longtemps. Il faut à Paul un retournement radical pour que la situation s’éclaire sous un tout autre angle et pour que le Dieu tueur de son imagination se révèle être le véritable Dieu qui s’adresse à lui par une parole de grâce. Ce renversement, cette conversion, tient à l’écoute de ce qui vient donner une autre réalité à l’épreuve.

Alors, la bonne nouvelle, elle est où ? Elle est là. Elle est là depuis toujours. C’est la grâce. « Ma grâce te suffit », nous dit Dieu. La grâce renverse cette misère où tu te complais, où tu vis sans pouvoir en sortir. La grâce renverse tout cela. Tu as peur de ne pas être aimé ? Dieu ne donnera pas de preuve qu’il t’aime – jamais ! – mais il te donne sa grâce, ce qui donne une autre couleur à ton existence, ce qui te permet de voir autrement ton existence. La foi, c’est tout simplement s’abandonner à cette grâce : se voir, ne serait-ce que l’espace d’un instant, comme Dieu nous voit. Aimé. Inconditionnellement aimé. D’un amour qui dépasse toute mort. C’est avoir confiance dans cet amour-là, et dans rien d’autre.

❝ L’amour de Dieu est gratuit. Ne cherche pas à effacer tes défauts, tes tares, tes malheurs

La grâce, c’est l’Esprit de Dieu qui vient souffler en nous un vent de liberté, qui vient nous désangoisser, nous répétant inlassablement que nous sommes fils et filles de Dieu, sans avoir à le mériter. Ce n’est alors plus l’angoisse qui dicte la règle. Si la peur reste l’hôte indésirable de nos vies, elle n’est pourtant plus au gouvernail. C’est désormais l’Esprit de Dieu, esprit d’adoption, esprit d’amour, qui travaille en nous à instaurer toujours davantage la confiance.

L’amour de Dieu est gratuit. Ne cherche pas à effacer tes défauts, tes tares, tes malheurs, sous prétexte que tant qu’ils sont là Dieu ne voudra pas de toi. Ouvre-toi simplement à la grâce qui te donne cet autre regard sur toi-même, regard de Dieu, regard d’amour, tendresse d’adoption, qui t’assure que tu es aimé, infiniment aimé. Oui, sa grâce nous suffit !

Ta véritable réalité, ta véritable identité, est ailleurs que dans ce qui t’accable. La grâce de Dieu, c’est ce qui te permet de vivre de cette véritable identité, dans cette véritable réalité. Ça vaut pour chacun de nous, et ça vaut aussi pour l’Église. Imparfaite et tellement aimée. Toujours insatisfaite d’elle-même – trop ouverte pour les uns, trop fermée pour les autres, toujours prête à se soupçonner d’infidélité, pleine d’étiquettes et d’écartèlements, de refus et de raideurs, si fatiguée et si découragée, si pleine d’envie de devenir puissante, glorieuse et efficace… « Pauvrette Église », disait Calvin ! Oui, l’Église est imparfaite, faillible et toute petite… et pourtant infiniment aimée, et pourtant corps du Christ ! Pas malgré tout cela, mais avec tout cela, et pour ouvrir à bien autre chose. Une autre réalité… ce Royaume, déjà présent, même si nous ne le voyons pas face à face. Non, ce n’est pas nous qui le faisons apparaître. Mais il vient… il vient, aussi certainement que Dieu nous aime.

Aussi certainement que la parole qui vient nous remettre debout n’est pas un ordre – c’est un cadeau. Debout ! Appuyés sur la grâce de Dieu, c’est possible !

Nous prions cette semaine pour les boursiers du Défap, ceux qui quittent leur pays pour venir étudier la théologie en France, échanger avec les professeurs et les étudiants de nos facultés, et permettre ensuite à d’autres de bénéficier de ces échanges. Qu’il leur soit donné un accueil chaleureux et la certitude que la grâce de Dieu les accompagne.

Que chacun·e de nous, aujourd’hui, demain, toujours, chemine à l’ombre de sa main.