Guerre en Ukraine, le protestantisme français se mobilise

Face à la guerre en Ukraine, la Fédération Protestante de France, dont le Défap est membre, lance un appel à la prière et à la solidarité. Les membres de la FPF se mobilisent par des actions concrètes. Asah, collectif des acteurs chrétiens de l’humanitaire dont fait aussi partie le Défap, détaille l’engagement en France et en Ukraine de ses membres.

Communiqué de la Fédération Protestante de France

Face au drame qui se déroule en Ukraine, le protestantisme français souhaite affirmer sa ferme condamnation des terribles menaces que le président russe fait peser sur l’Europe et le monde, engendrant cette guerre qui nous concerne et nous atteint tous.

Il demande aux chrétiens, y compris aux chrétiens de Russie, de prier et d’œuvrer pour que cesse cette guerre, et de manifester leur solidarité aux victimes, si nombreuses, qu’elle entraîne sur les routes de l’exil.

Les protestants français se sont toujours mobilisés au nom de leur foi et de leur histoire, pour offrir l’hospitalité aux réfugiés et déployer l’aide indispensable aux victimes des conflits et des violences des états.

Ainsi, dès les premiers moments de l’attaque russe contre l’Ukraine, les membres de la Fédération protestante de France (FPF), Unions d’Églises, associations, œuvres, communautés et mouvements, se sont mobilisés, chacun à son échelle et dans son domaine d’action, pour venir en aide mais aussi alerter et analyser la situation pour une juste appropriation, adaptation et concertation des actions de solidarité du protestantisme français.

Dans le même temps, il s’est mobilisé en lançant un appel à la générosité par le biais du dispositif Solidarité Protestante sous l’égide de la Fondation du protestantisme pour recueillir les dons nécessaires à cette mobilisation. Les dons collectés permettront notamment :

  • D’accueillir et d’accompagner dignement les réfugiés en France et notamment par l’action de la Fédération de l’Entraide protestante (FEP) qui coordonne ces actions.
  • De soutenir l’action solidaire de terrain auprès des populations de nos ONGs et réseaux d’Églises sœurs en Ukraine et en Pologne déjà sur place.

Nous savons aujourd’hui que l’accueil des ukrainiens en France sera un accueil de « passage » d’un pays à l’autre, qu’il nous faut créer des accueils adaptés à ces moments de transit sur notre territoire et être attentifs aux autres réfugiés dont nous avons toujours la responsabilité d’un accueil digne qui doit se poursuivre et perdurer.

Nous savons également que des inégalités de traitement de ces réfugiés aux frontières sont déjà constatées et nous nous inquiétons, en lien avec La Cimade, du sort de ces personnes en situation de danger bloquées aux frontières de l’Ukraine.

C’est dans cet esprit que nous serons solidaires et mobilisés face à cette guerre.

C’est la raison pour laquelle, en lien avec l’appel à la prière du Conseil d’Églises chrétiennes en France (CÉCEF) du 24 février 2022, la Fédération protestante de France vous demande de demeurer fidèle, solidaire et persévérant dans cet engagement, et vous invite à donner à Solidarité Protestante. Vos dons seront une partie de la réponse à ce drame et le signe que la foi chrétienne s’enracine dans le temps présent si cruel, dans l’espérance en Christ, imprenable.

« Efforcez-vous de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » (Ephésiens 4,3)

L’appel aux dons de Solidarité Protestante est consultable sur : https://donner.fondationduprotestantisme.org/ukraine

 

Les membres de la FPF s’engagent

La Fédération de l’Entraide Protestante mobilise ses forces pour s’engager et soutenir les populations au cœur du conflit et pour accueillir les réfugiés qui arrivent en France.

La Cimade demande une protection Européenne pour toutes les personnes qui quittent l’Ukraine et exhorte les pays limitrophes à laisser leurs frontières ouvertes et à respecter le principe de non refoulement, rappelant que l’accueil des personnes réfugiées est un principe fondamental du droit international qui ne saurait souffrir d’exception, et dénonce les discours abjects voulant conditionner l’accueil à des questions de culture, de religion, de couleur de peau…, ou ramenant celui-ci à une opportunité dont on pourrait « tirer profit ».

Le CASP, engagé historiquement pour les personnes venues d’ailleurs et expert dans l’accueil et l’orientation des personnes en demande d’asile, tente de répondre aux besoins d’accueil, d’orientation, en apporter des soins et un suivi psychosocial à ces nouveaux arrivant ukrainiens.

L’Armée du Salut est mobilisée sur place en Ukraine, Pologne, Roumanie et Moldavie pour venir en aide aux populations déplacées qui fuient l’Ukraine.

ADRA France se mobilise pour soutenir les actions menées en Ukraine ainsi que dans les pays voisins, pour accueillir les réfugiés.  Plusieurs centres d’accueil temporaires sont déjà prêts et un entrepôt a été mobilisé par ADRA pour collecter des dons (nourriture, draps, vêtements…) et les transporter sur place.

Médair apporte un soutien urgent aux familles déplacées et aux communautés qui les accueillent.

L’Alliance Biblique demande un soutien pour la Société biblique ukrainienne à Kiev. La Société biblique apporte à la population une aide pratique et spirituelle à travers des distributions de vivres, de vêtements, de produits d’hygiène, d’ouvrages bibliques (bibles, livres pour enfants), de jeux pour enfants.

La Fédération des Églises évangéliques baptistes de France nous informe qu’elle dénombre 2272 Églises baptistes sur le territoire ukrainien, ce qui en fait la première composante protestante du pays. La FEEBF s’est associée notamment à l’Alliance Baptiste mondiale pour ses actions de solidarité.

L’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine recense les besoins transmis par les Eglises luthériennes de Pologne et d’Ukraine sur son site.

L’Union des Fédérations Adventistes de France grâce à ses réseaux ADRA InternationalADRA UkraineADRA RussieADRA FranceADRA Belgique se prépare à prêter main-forte aux victimes de ce conflit.

 

Les actions d’Asah

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Asah est un collectif d’acteurs chrétiens de la solidarité internationale, dont fait également partie le Défap. Parmi ses membres, on trouve des organismes comme Adra, Medair, A Rocha, Portes Ouvertes : des représentants de toutes les facettes de l’engagement humanitaire chrétien. Voici quelques nouvelles de l’engagement des membres d’Asah pour l’Ukraine, qui n’ont pas déjà été répertoriés (comme pour Médair ou ADRA) dans le communiqué de la FPF :

  L’association La Gerbe a pu faire partir un camion jeudi dernier en direction de la Roumanie, en complément des transferts d’argent servant à acheter directement en Ukraine des produits de première nécessité tant que cela est possible. Un deuxième camion se prépare à partir jeudi 10 mars, cette fois en direction de l’Ukraine ! La ville d’Ecquevilly a apporté son soutien et a participé au financement de ce premier envoi, d’autres villes suivent comme Les Mureaux, Hardricourt, Verneuil sur Seine, Bazemont, … organisant des collectes pour La Gerbe et plusieurs chefs d’entreprises membres des EDC ont aidé à trier et préparer les marchandises. Une vraie chaîne de solidarité !
  L’association Partage Plus prépare également un semi remorque qui partira fin mars dont une partie ira à la frontière roumaine, proche de Siret. Une collecte de denrées alimentaires est prévue avec les commerçants de Saint-Paul-Trois-Châteaux et les villages alentours. Grâce à leurs partenaires historiques sur place, ces deux associations peuvent envoyer du matériel et assurer la distribution aux réfugiés de façon fiable et sécurisée.
  Le Secours Protestant a pu envoyer des équipes sur deux missions distinctes :

  • Aider à l’accueil des réfugiés à la frontière Roumanie/Ukraine,
  • Le transport de réfugiés depuis la frontière Pologne/Ukraine à destination de la France et plus particulièrement de l’accueil sur le secteur Chambéry (Savoie). A ce jour, déjà plusieurs personnes ont accueilli des réfugiés sur Chambéry.

  Le collectif ASAH participe à rassembler des offres de logement, si vous souhaitez accueillir des réfugiés chez vous, vous pouvez remplir ce formulaire.
  Une vraie concertation inter église et inter organisme s’est construite pour assurer l’accueil des réfugiés en Moldavie. L’OM fait partie de cette action concertée et a aussi rejoint le groupe crise du collectif ASAH. Les besoins plus particuliers sont la nourriture pour les réfugiés bloqués dans de longues files d’attente. OM est également présent dans les autres pays limitrophes et participe à l’accueil des réfugiés.
  En Ukraine même, l’association Écouter l’Enfant est en lien avec le centre Source de Vie situé à Oleksandriïa, qui accueille actuellement 27 enfants.
  Une association membre du collectif ASAH pense déjà à l’après. Comment est-ce que les Ukrainiens vont se reconstruire après ce traumatisme ? Alo!Mik en Albanie prévoit de pouvoir accueillir dans les prochains mois, des personnes ayant besoin de soutien psychologique et spirituel afin de les aider à se reconstruire dans un cadre de paix et d’amour. OM se prépare aussi à être un acteur de la reconstruction du pays, notamment au travers du projet Clean soul – clean city (projet de business as mission) avec le développement d’un système de pyrolyse de plastique pour produire du carburant pour favoriser l’emploi localement et nettoyer l’environnement.




Rencontre avec Brigitte Djessou, boursière du Défap

Pasteure et enseignante de Nouveau Testament à l’Université Protestante d’Afrique Centrale, Brigitte Djessou est présente pour quelques mois à Paris en tant que boursière du Défap, afin de suivre des cours à l’Institut Protestant de Théologie.

Brigitte Djessou photographiée dans le jardin du Défap © Défap

Quel est votre parcours, et quel est le but de la formation que vous suivez à Paris ?

Brigitte Djessou : Je suis pasteure de l’Église méthodiste unie Côte d’Ivoire (EMU-CI) ; j’ai été consacrée le 30 novembre 2003, et j’ai été affectée à divers postes jusqu’à 2010 et à mon entrée à l’UPAC (Université Protestante d’Afrique Centrale) en 2010, où j’ai fait un Master 2 en Nouveau Testament. En 2011, j’ai intégré l’école doctorale ; et j’ai eu mon doctorat en 2015. Depuis septembre 2017 et jusqu’à aujourd’hui, j’enseigne le Nouveau Testament à l’UPAC. Je suis à Paris dans le cadre d’études post-doctorales – c’est une sorte de formation continue : les méthodes pour enseigner évoluent, de nouveaux outils apparaissent, et en tant qu’enseignant, il est nécessaire de s’adapter. Je suis donc des cours de grec et de théologie à l’IPT (l’Institut Protestant de Théologie) pour me perfectionner. Tünde Lamboley (chargée du suivi des boursiers au Défap) m’a mise en relation avec Valérie Nicolet, Doyenne de la Faculté de Paris de l’IPT, pour établir mon programme.

Qu’est-ce qui caractérise vos cours à l’UPAC ?

La diversité. Nous avons des étudiants de niveaux très différents, venus d’horizons très divers, de pays différents, d’Églises différentes… Certains suivent un cursus à l’UPAC avant d’arriver en Master 2, mais d’autres viennent d’autres institutions… La première chose que je dois faire, c’est mettre tout le monde dans le même bain, vérifier les méthodes ; et rapidement, je demande à chacun de préparer une exégèse à partir de quelques versets en grec tirés du Nouveau Testament, puis de présenter son travail, à tour de rôle, devant tout le groupe. C’est une manière très efficace de confronter les diverses approches, de mettre en parallèle les diverses formations. Et c’est particulièrement enrichissant quand on en arrive à l’herméneutique (l’interprétation des textes bibliques), car c’est dans ce domaine que le poids du contexte dont chacun est issu apparaît le plus.

Quelle est la place des femmes dans l’enseignement à l’UPAC ?

Je suis la seule femme pasteure et théologienne parmi une douzaine d’enseignants. C’est dire s’il y a besoin d’une meilleure reconnaissance du rôle des femmes dans ce domaine ! Et la formation que je suis ici, en France, peut bien sûr y aider. Ce sera d’autant plus vrai si je parviens à en tirer une publication. Cela me permettra de donner plus de visibilité à mon travail, plus de crédibilité auprès des enseignants de l’UPAC, qui pourront ainsi se rendre compte que ça n’est absolument pas du tourisme… Et ça pourra motiver d’autres enseignantes à suivre.




Adresse du protestantisme : Egalité femmes-hommes

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Valérie Duval-Poujol, vice-présidente de la Fédération protestante de France, présidente d’Une Place pour elles, membre du Groupe Orsay, interroge les candidats sur les mesures qu’ils souhaitent mettre en œuvre pour renforcer l’égalité femmes-hommes dans la société ?
 




Rencontre avec le président de l’Église Évangélique du Congo

Le pasteur Juste Alain Gonard Bakoua préside depuis fin 2020 l’Église Évangélique du Congo, après quatre années de présidence d’Édouard Moukala qui ont laissé l’EEC en crise. En ce mois de mars 2022, il est en visite en France et de passage au Défap.

Le président de l’Église Évangélique du Congo, le pasteur Juste Alain Gonard Bakoua © Défap

C’est votre première visite officielle en France depuis que vous présidez l’EEC : quel est le principal but de votre venue et qui avez-vous eu l’occasion de rencontrer ?

Pasteur Juste Alain Gonard Bakoua  : Il s’agit de renouer avec les partenaires de l’EEC, après plusieurs années qui ont vu les relations se distendre. J’ai pu m’entretenir avec le Secrétaire général du Défap Basile Zouma, et échanger, en sa compagnie, avec la présidente de l’Église protestante unie de France, Emmanuelle Seyboldt. Nous étions accompagnés par Godefroy Tchoubou, président de la plateforme « Ensemble pour le Congo » qui est à la fois membre de l’EPUdF et de la communauté congolaise en France : il joue un rôle important de trait d’union.

Quelles sont vos attentes ?

Elles sont très importantes pour notre Église qui est en plein « relèvement » après des années difficiles. Elles concernent aussi bien la formation que les questions de santé, de jeunesse, de genre… En matière de formation par exemple, nous ambitionnons de relancer le cycle doctoral de la Faculté de Théologie Protestante de Brazzaville, mais pour cela, il nous faut former des enseignants et qu’ils puissent être accompagnés lors de leur cursus et de leurs recherches en France. Nous voudrions aussi mettre en place une gestion collégiale de l’université en y incluant d’autres partenaires : d’autres Églises ou d’autres centres universitaires, comme l’Université Protestante d’Afrique Centrale (Upac).

Et en France même ?

Il y a de grands besoins d’accompagnement de la diaspora congolaise, qui est très importante mais un peu dispersée. Il s’agit de favoriser le rapprochement avec les protestants de France mais aussi entre Églises congolaises implantées en France, pour aider au développement de communautés qui puissent être ouvertes sans perdre de leur identité.

Comment votre Église s’exprime-t-elle sur les principaux sujets politiques et sociaux du Congo-Brazzaville ?

L’EEC ne s’exprime pas de manière isolée. Il existe dans notre pays un Conseil œcuménique – dont j’assume en ce moment la présidence tournante, à la suite de Mgr Bienvenu Manamika, actuel archevêque de Brazzaville ; et les diverses Églises se coordonnent pour intervenir sur tous les sujets liés à la politique, au social, etc. C’est important pour l’EEC, mais aussi pour le Congo-Brazzaville lui-même : notre Église est la plus représentée dans le pays après l’Église catholique. Nous avons tous besoin d’union, car la situation de nos Églises a un impact direct sur l’unité de notre pays.




Carême protestant : «Dieu à l’épreuve de la vie quotidienne»

Les conférences de Carême inaugurées par le pasteur Boegner en 1928 à la radio, et qui s’appellent depuis 1981 « Carême Protestant », montrent la démarche des protestant pour s’approprier cette période. Chaque dimanche sur France Culture, du 6 mars au 10 avril 2022, de 16h à 16h30, les conférences de Carême sont assurées par le pasteur Arnaud Van Den Wiele, de l’Église Protestante Unie de Gap sur le thème : « Dieu à l’épreuve de la vie quotidienne ». À réécouter le lundi suivant à 21h45 sur Fréquence protestante, ou en podcast.

Peut-on faire Carême en étant protestant ? Tout dépend de la manière dont on envisage le Carême… Carême et protestantisme semblent ne pas vraiment aller ensemble, si on l’envisage de manière stricte et sous la forme d’un jeûne, et associer les deux termes comme le fait Carême protestant dans une série de conférences diffusées chaque année sur France Culture ne peut qu’impliquer une pratique bien différente.

Le Carême ne fait pas partie de la tradition protestante. Essentiellement pour des raisons historiques. Au tout début du protestantisme, les Réformateurs ne se sont pas prononcés à son sujet. Le carême était trop associé à un contexte de bonnes œuvres, à un esprit de contrition contradictoire avec l’idée de Grâce. Par la suite, tout ce qui ne relevait pas de la Grâce seule a été rapidement abandonné. De ce fait, le carême est tombé en désuétude chez les protestants, qui sont, de surcroît, relativement étrangers au fait de se fixer des règles de conduite pour une période particulière.

Que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien ?

Et pourtant, cela fait maintenant plusieurs années que les protestants retrouvent l’utilité de ce temps précédant Pâques. Il n’existe, bien entendu, aucune règle institutionnelle en la matière. Mais le Carême peut, dans notre vie chrétienne, correspondre à un temps de réflexion. Une période pendant laquelle on peut se demander, ou se redemander, ce que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien…

Pour cette saison 2022, par un parcours poétique et spirituel, du jardin d’Éden préfigurant la grande consommation à la descente de la Jérusalem céleste symbole de l’humanité de Dieu, le pasteur Arnaud Van Den Wiele brosse en six tableaux une vision renouvelée de la présence et de l’interpellation de Dieu, dans notre quotidien. Se nourrir, cultiver, s’identifier, se parer, trier et rejeter, vivre avec son prochain… Comment faire une place et donner accueil à ce Dieu – Christ qui vient à nous dans le quotidien de nos vies ? Or la foi c’est la réalité de ce qu’on espère, l’attestation de choses qu’on ne voit pas (Épître aux Hébreux, 11, v.1).

Ces conférences sont diffusées chaque dimanche sur France Culture, du 6 mars au 10 avril 2022, de 16h à 16h30. À réécouter le lundi suivant à 21h45 sur Fréquence protestante, ou en podcast.

Le programme des six conférences

  • 6 MARS : UNE THÉOLOGIE DES SUPERMARCHÉS ?
    GENÈSE 3, 22-24
  • 13 MARS : UNE THÉOLOGIE DES PLANTATIONS ?
    ESAÏE 28, 23-29
  • 20 MARS : UNE THÉOLOGIE DES MOTS DE PASSE ?
    JUGES 12, 4-7
  • 27 MARS : UNE THÉOLOGIE DES COSMÉTIQUES ?
    JEAN 12, 1-8
  • 3 AVRIL : UNE THÉOLOGIE DES REBUTS ?
    PHILIPPIENS 3, 8
  • 10 AVRIL : UNE THÉOLOGIE DES VOISINS ?
    APOCALYPSE 21, 9-27

L’histoire de Carême protestant

1928

Le Pasteur Boegner présente sa première conférence dans sa paroisse de l’Annonciation. Il sera suivi par bien d’autres pasteurs. Pendant l’occupation, le Pasteur Boegner se battra avec la censure allemande pour que ses conférences soient retransmises par la radio. Il gagnera. Les retransmissions n’avaient pas le retentissement qu’elles ont actuellement ; les postes de radio n’étaient pas aussi nombreux.

1981

Le titre de « Carême protestant » apparaît pour la première fois – une trouvaille qui va faire une percée fulgurante dans tous les milieux et qui est maintenant déposée comme une marque. Peu à peu, le cercle des auditeurs de toutes confessions s’agrandit et comprend 25% de catholiques intéressés par la pensée protestante. Les conférences sont éditées en brochures, en cassettes audio et en CD qui connaissent un bon succès. « Carême protestant » fait partie des émissions satellites de France Culture qui couvrent l’Europe et le bassin méditerranéen, jusqu’en Égypte.

Depuis 1997

« Carême protestant » a son propre site internet, et les prédications sont proposées en intégralité aussitôt après Pâques.

 




Madagascar : reconstruire et faire revivre

La solidarité du protestantisme français s’organise pour venir en aide aux enfants de Mananjary, ville qui a été détruite à plus de 90% par le cyclone Batsirai. Après l’appel aux dons de la Fondation du Protestantisme, voici le projet que mettent en place la fondation La Cause, le Défap, les Amis du Catja et ADRA. Le but étant de dépasser l’urgence, pour reconstruire sur le long terme. Pour cela, votre aide est essentielle.

Dégâts du cyclone Batsirai au Catja, à Mananjary © Catja

À Mananjary, tout est à reconstruire. Non seulement les bâtiments, mais surtout les relations au sein d’une communauté privée d’un seul coup de tout ce qui lui permet de vivre.

Sitôt après le passage du cyclone Batsirai, les grandes agences internationales comme le PAM (Programme Alimentaire Mondial), qui avaient anticipé la crise, ont commencé à acheminer nourriture et eau pour les milliers de personnes évacuées, puis regroupées dans des centres d’hébergement temporaire. Le milieu protestant n’est pas en reste : Medair, agence spécialisée dans l’urgence et présente à Madagascar depuis 2002, s’occupe en ce moment-même du problème de l’eau potable en désinfectant l’eau de puits contaminés après la tempête, pour lutter contre le risque de développement de maladies.

Mais l’urgence n’a qu’un temps. Voilà pourquoi un mouvement de solidarité regroupant plusieurs organismes français déjà impliqués à Madagascar est en train de se développer. Il associe pour l’heure le Défap, La Cause, les Amis du Catja, ADRA, et a obtenu un premier soutien de la Fondation du Protestantisme. Ce mouvement s’organise autour de la prise en charge des plus fragiles au sein de la société de Mananjary : les enfants abandonnés, recueillis dans des centres qui ont eux-mêmes été durement touchés par le cyclone.

Passer le cap de l’urgence

Les relations entre le protestantisme français et le protestantisme malgache sont établies de longue date ; elles ont perduré à travers les difficultés et les aléas politiques qu’a pu connaître la Grande Île depuis son indépendance. Les Malgaches constituent une communauté nombreuse et très impliquée dans de nombreuses paroisses de l’Église protestante unie de France. À Madagascar même, le Défap entretient des relations avec les deux principales Églises protestantes, la FJKM et la FLM, pour des projets et des envois de volontaires concernant surtout le domaine de l’enseignement. La fondation La Cause s’investit pour sa part surtout dans le domaine de l’aide à l’enfance, en soutenant des orphelinats, en organisant un programme de parrainages et d’adoptions internationales. Pour nombre de familles protestantes de France, les noms de Mananjary, du Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) et d’Akany Fanantenana sont déjà connus. Et entre La Cause et le Défap, les relations sont étroites. Des missions sont organisées en commun, Mananjary a été le lieu de mission de divers envoyés du Défap par le passé – même si les envoyés de 2021-2022 sont aujourd’hui présents plus au nord et à l’ouest. Et dans le livre d’or du centre Akany Fanantenana, on peut lire encore les mots et les signatures laissés au fil des ans par des visiteurs du Service protestant de mission.

Dégâts du cyclone Batsirai au niveau de la nurserie du centre Akany Fanantenana, à Mananjary © La Cause

Au Catja comme au centre Akany Fanantenana, les bâtiments ont souffert, bien sûr ; mais c’est surtout l’ensemble d’un écosystème qui a été ravagé. Cultures, basses-cours, élevages divers qui permettent d’alimenter le quotidien : il ne reste plus rien. Cela concerne les centres eux-mêmes, qui ont leurs propres cultures, mais aussi la population avoisinante avec laquelle ils entretiennent des relations d’échange et de solidarité. Se contenter d’approvisionner ces centres, ce serait les condamner à être longtemps dépendants d’une aide extérieure.

Objectif : revenir à une vie normale d’ici septembre

Pour passer ce cap de l’urgence, La Cause est en relation avec ADRA-Madagascar, dont les ingénieurs, sur place, évaluent les dégâts matériels et les besoins en termes de reconstruction. La plupart des habitations sont légères – mais depuis le passage de Batsirai, même les tôles à fixer sur les toitures ont vu leur prix croître démesurément. Et des bâtiments en dur ont parfois aussi subi des dégâts impressionnants. Parallèlement à cette première évaluation, il faut bien sûr fournir des denrées d’urgence, et prévoir de maintenir l’effort sur plusieurs mois. La Cause est la cheville ouvrière de ce travail, avec le soutien financier du Défap et avec l’appui technique d’ADRA. Verger, cultures vivrières, poules, puis mobilier pour les salles : le but est un retour à une vie aussi normale que possible à la rentrée de septembre.

Pour l’heure, les ingénieurs d’ADRA définissent les besoins matériels. L’association des Amis du Catja a lancé un appel au soutien de ses membres, dont beaucoup sont des parents d’enfants adoptés à Mananjary. Le Défap, La Cause, les Amis du Catja et ADRA pourront ensuite se coordonner pour définir ce que chacun prend en charge, en fonction des soutiens déjà obtenus de la Fondation du Protestantisme et des dons qui auront été récoltés.

Soutenir ces enfants et ceux qui les accueillent ne se fera pas sans vous. Nous avons besoin de vous. Aidez-nous à les aider.

Pour donner, plusieurs solutions :

Envoyer un chèque libellé « Reconstruction Mananjary 2022 » à l’ordre du Défap : Service protestant de Mission – Défap 102 Bd Arago – 75014 Paris
Par virement au Défap : DEFAP – Mission protestante – « Reconstruction Mananjary 2022 » – FR56 2004 1000 0100 0528 9E02 025 – PSSTFRPPPAR – Banque Postale

Ou alors par carte en passant par Hello asso et le formulaire ci-dessous :




Adresse du protestantisme : Ecologie et justice climatique

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Martin Kopp, président de la commission Ecologie et justice climatique de la FPF demande aux candidats s’ils font tout pour que leurs enfants et petits-enfants n’habitent pas sur une planète hostile.




Méditation du jeudi : L’incomparable force de Dieu

Méditation du jeudi 24 février. À quoi ressemble ce Dieu auquel nous croyons ? La pente naturelle de toutes les religions, c’est de nous le présenter régnant par la force. Mais la croix proclame sur Dieu tout le contraire de ce que les hommes conçoivent de Dieu.

L’adoration des bergers, Simon Vouet (1590-1649), dans l’église Saint-Pierre et Saint-Paul d’Évry-Courcouronnes, œuvre récemment classée au titre des monuments historiques après sa restauration – détail © Jacques Longuet, ancien adjoint à la Culture et au Patrimoine de la ville d’Evry

« Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature ne puisse s’enorgueillir devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance afin, comme dit l’Écriture, que celui qui s’enorgueillit, s’enorgueillisse dans le Seigneur. « 
(1 Co 1,26-31)

La plupart du temps, les êtres humains définissent Dieu comme tout ce qu’ils ne sont pas eux-mêmes : ils sont limités par leur humanité ; ils l’imaginent infiniment grand et infiniment puissant. Ils se sentent faibles et dérisoires à la surface de la terre ; ils le définissent comme le tout-puissant, une présence qui sature tout et déborde tout ce qui existe. Ils ont peur de la mort, alors ils le disent immortel et hors du temps. Ils ont l’impression de se traîner à ras de terre, et disent de lui qu’il est tout seul dans les cieux. Ils se sentent soumis à un destin, et disent que c’est lui qui en tire les ficelles et décide du sort du monde.

Au fond, tout ça nous parle de ce que les humains voudraient être, mais est-ce que ça nous parle vraiment de Dieu ? Oui, ça nous parle d’un Dieu qui serait tout l’inverse des humains. Et ça trahit surtout une véritable haine, une jalousie immense envers Dieu, qui nous travaille en sourdine.

❝ Se croire détenteur d’une vérité sur Dieu, c’est toujours se fourvoyer

Croire à ce Dieu-là nous condamne à un effroyable esclavage. Pour se sentir digne de lui, il faut se rendre inhumain, renoncer à son humanité, au doute, au chemin forcément sinueux. Il faut défendre bec et ongles cette image d’un Dieu terrible, qui contrôle tout, prévoit tout, exige tout. Et de préférence, il faut convaincre le reste de l’humanité qu’on est du bon côté de ce Dieu-là, qu’on est dans ses petits papiers et qu’il nous donne ainsi un peu de sa puissance, un peu de son pouvoir de tout contrôler. Il faut bien dire que c’est là la pente naturelle de toutes les religions.

Paul ne dit pas autre chose aux Corinthiens. Face à la remuante communauté de Corinthe, où s’esquissent des batailles terribles entre des courants différents, qui tous prétendent se réclamer du véritable Dieu, Paul choisit un autre langage. Il rappelle que se croire sage, se croire détenteur d’une vérité sur Dieu, c’est toujours se fourvoyer, et tenter d’écraser les autres pour se sentir un peu plus justifiés. Il quitte tout débat partisan, il renonce à dire qui a raison et qui a tort, pour questionner jusqu’au bout la question et redemander : mais au fond, de quel Dieu parlez-vous ? Il convoque alors une autre parole, dans une formule étrange : la parole de la croix. La folie de la croix. La croix proclame sur Dieu tout le contraire de ce que les hommes conçoivent de Dieu… Tout ce qu’ils croient comprendre sur Dieu, tout ce qu’ils croient savoir sur Dieu, tout cela est balayé.

La sagesse des hommes faisait de Dieu la figure des aspirations humaines. La folie de Dieu, c’est de renoncer à rentrer dans ce combat. C’est de mettre l’homme face à ses prétentions. C’est de lui révéler qu’en s’appuyant sur sa propre sagesse, l’homme passe à côté de Dieu. Entend-on vraiment l’incroyable nouvelle de la croix ?

❝ L’annonce d’un salut qui passe par la plus profonde injustice

Le tableau qui illustre cet article a été redécouvert par hasard dans une église de la région parisienne. C’est « L’adoration des bergers » de Simon Vouet : on note d’abord qu’il ne s’agit pas dans cette nativité de représenter des rois mages (qui ne sont de toute façon pas dans les textes bibliques) mais des bergers, dans le texte de l’évangile selon Luc. Et regardez le geste de Marie : elle tend la main comme en supplication, non seulement pour présenter cet enfant aux bergers, mais au monde tout entier, parce qu’il est le salut du monde entier. Un détail attire le regard au premier plan : l’agneau tenu par un des bergers. Le raccourci est saisissant : cet enfant au creux de la paille, faible livré aux aléas d’un monde violent, est aussi l’agneau qui sera sacrifié par pure malice, dans un déchaînement de violence que rien ne justifiait. Ce n’est pas une jolie histoire que raconte ce tableau : c’est l’annonce d’un salut qui passe par la plus profonde injustice, incompréhensible pour qui croit encore que Dieu vient régner par la force sur des humains qui n’attendent que ça.

Nous avons à prêcher cela – ce n’est pas vendeur. Ça complique beaucoup la mission de l’annonce de l’Évangile, un message aussi peu vendeur. Et pourtant, voyez par quelle beauté le peintre a représenté la scène : la beauté est là, oui. Encore faut-il avoir les yeux pour la voir, et le talent pour la représenter, malgré tout.

La beauté tient à une vérité qui s’impose, malgré nous : non, la force brute ne vainc pas vraiment dans ce monde, la victoire est ailleurs, tout simplement parce qu’aucun humain ne peut véritablement mettre sa confiance dans la force brute et le non-droit, on ne peut que s’y soumettre. Pourtant, c’est la confiance qui sauve le monde et nous donne de croire à ce salut. Ça n’a l’air de rien… mais ça change tout.




Madagascar : l’appel de la Fondation du Protestantisme

Deux semaines après le cyclone Batsirai qui avait causé la mort de plus de 120 personnes et fait 50.000 déplacés, le cyclone Emnati a touché à nouveau la côte sud-est de Madagascar ce mardi 22 février. La Fondation du Protestantisme, qui gère notamment la plateforme Solidarité Protestante dont fait partie le Défap, lance un appel aux dons, relayé par l’Eglise protestante unie de France.

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

La Fondation du protestantisme lance un appel à la générosité et à la solidarité pour subvenir aux besoins d’urgence d’une population parmi les plus pauvres au monde et fragilisée par le passage de plusieurs tempêtes.

Le cyclone tropical intense surnommé « Emnati » a frappé La Grande Île ce mardi 22 février ; d’après les prévisions, il devait s’abattre dans la même zone que le premier cyclone « Batsirai », le 5 février dernier. Les rafales de vents enregistrées lundi atteignaient déjà les 190 km/h.

L’œil du cyclone est arrivé sur la ville de Mananjary déjà largement dévastée il y a deux semaines. Il ne reste pas beaucoup de toits à arracher. Les sinistrés qui avaient pu s’aménager un abri de fortune sont certains de devoir recommencer.

Or l’aide humanitaire extérieure, surtout alimentaire venant de l’étranger pour les victimes du premier cyclone, est arrivée par voie aérienne à Tananarive. L’acheminement terreste reste une difficulté supplémentaire, sur des routes habituellement en très mauvais état et détériorées par les glissements de terrain et les coulées de boue qui ont fait plus de 120 victimes en 15 jours.

Merci par avance pour votre aide précieuse à la Fondation du protestantisme
qui marque votre solidarité auprès de Madagascar : faire un don

Retrouvez ci-dessous plus d’images de Madagascar :




Adresse du protestantisme : Europe et justice sociale

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, le pasteur Christian Krieger, président la Conférence des Églises européennes (KEK), président de l’Église réformée d’Alsace-Lorraine et président de la Fédération protestante de France (à compter du 1er juillet 2022), interroge les candidats sur le développement de la justice sociale dans les pays membres de l’Union Européenne.




L’urgence et le temps long

Les images d’une catastrophe, comme celles des ravages du cyclone Batsirai, appellent une réponse immédiate. Les actions d’urgence sont nécessaires : elles sauvent des vies. Mais au-delà, il s’agit de construire. À Madagascar, en Haïti, ou ailleurs, ce sont les relations établies sur le long terme qui permettent de sortir des interventions d’urgence. C’est précisément dans ces relations entretenues sur le temps long que se placent les actions du Défap.

Madagascar : image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

« Que faites-vous pour Madagascar ? »

La question a été posée à de multiples reprises au Défap depuis la diffusion des images montrant les destructions du cyclone Batsirai. Sur une bande côtière de 150 km de long, entre Mananjary et Mahanoro, tout a été ravagé : arbres abattus, rivières en crue, routes coupées, bâtiments à terre ou privés de toit, cultures inondées et perdues, alimentation électrique défaillante.

Pour Madagascar, les réponses à l’urgence sont en cours. La fondation La Cause, organisme protestant proche du Défap, a lancé un appel pour aider à reconstruire des orphelinats à Mananjary. Le Défap soutient pour sa part un projet de reconstruction lancé par ADRA-Madagascar, en lien avec ADRA-France ; le Défap et ADRA sont en partenariat via la plateforme Solidarité Protestante.

Mais la vraie question est plutôt : que faire après la phase d’urgence ? Ce n’est pas qu’un problème d’objectifs et de moyens, mais de relations.

Les interventions d’urgence : l’exemple d’Haïti

La même question aurait pu être posée à propos d’Haïti après le séisme de 2010. Une catastrophe sans précédent : 280.000 morts, 300.000 blessés et 1,3 million de sans-abris, une grande partie de Port-au-Prince détruite. Des images de destruction relayées dans le monde entier et qui ont suscité un élan de solidarité inédit. Une mobilisation internationale sans équivalent. Des promesses de reconstruction, 12 milliards de dollars collectés pour cet énorme chantier. Douze ans plus tard, les promesses de reconstruction n’ont pas été tenues. L’espoir s’est peu à peu transformé en gâchis. Un symbole l’illustre : le palais présidentiel, qui s’est écroulé lors du séisme, n’a toujours pas été reconstruit. Seul « effort » visible : les gravats ont été déblayés. Le nouvel hôpital est encore en construction. Le bâtiment qui doit accueillir l’ensemble des ministères aurait dû être inauguré en mars 2018. Les bâtiments reconstruits avec les moyens du bord ne sont toujours pas en mesure de résister aux séismes, fréquents dans la région : en témoignent les effets des secousses d’août 2021 et de janvier 2022.

Madagascar : élèves de Mahanoro, devant une salle de classe construite avec l’aide du Défap © Florence Taubmann, Défap

Au-delà de cette solidarité née de l’émotion, des images, et dont les résultats à moyen terme sont décevants, le protestantisme français entretient avec Haïti des relations de longue date. Dès 2008, le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la Fédération Protestante de France. En 2010, au moment du tremblement de terre, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants : la Mission Biblique, le Défap, la fondation La Cause, le SEL (Service d’Entraide et de Liaison), ADRA-France, l’Église du Nazaréen, le journal Réforme. Tous ces acteurs entretiennent depuis des années des liens privilégiés en soutenant des institutions (la Fédération Protestante d’Haïti), des écoles (via la FEPH, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, qui grâce à son réseau de 3000 écoles, revendique la scolarisation de 300.000 enfants), des orphelinats (à travers La Cause)… ADRA-Haïti, pour sa part, est impliquée dans un projet de reboisement crucial dans un pays où 95% des forêts ont disparu en 200 ans, provoquant érosion des sols, glissements de terrain et aggravant la fragilité du pays face aux intempéries. Autant de relations et de projets qui se sont poursuivis, au-delà des catastrophes et des aléas politiques.

Haïti : membres d’ADRA dans la zone frappée par le séisme d’août 2021 © ADRA Haïti

Les nécessités de l’urgence ne doivent pas oblitérer celles du temps long.

L’urgence, ce sont des vies à sauver. Ce sont des actions de court terme qui nécessitent un financement, des infrastructures, une logistique. Le Défap y est impliqué notamment à travers sa participation à la plateforme Solidarité Protestante, à laquelle il contribue financièrement, et à travers les partenaires de cette plateforme. Le comité de cette plateforme est piloté par la Fondation du Protestantisme et la Fédération protestante de France qui s’entourent d’ONG et d’institutions chrétiennes expertes dans l’aide humanitaire d’urgence et de crise.

Ces institutions et cette plateforme ne peuvent fonctionner que par la générosité des donateurs. Cette générosité, et le savoir-faire des organisations concernées, sont nécessaires. Mais l’urgence n’a qu’un temps. Les images de catastrophes s’oublient vite. Or il faut reconstruire. Et plus que cela : construire. Construire là où il n’y avait rien. Construire, au-delà des bâtiments détruits, des toits emportés par un cyclone ou des murs fissurés par un tremblement de terre. Car les dégâts matériels ne sont que peu de choses, face aux destins qu’il s’agit d’édifier.

Ces destins, ce sont notamment ceux d’enfants, à Madagascar ou Haïti, ou ailleurs, qu’il s’agit de former et d’équiper pour qu’ils puissent travailler efficacement à l’avenir de leur pays. En leur donnant des connaissances et une espérance.

Notre rôle premier, au Défap, c’est de travailler aux relations entre Églises.

Des partenaires de confiance, des relations entretenues sur la durée

Ces relations impliquent que les projets sont co-construits avec des partenaires présents sur place et qui connaissent bien les besoins, non seulement à court, mais aussi à long terme. Ces relations ont été consolidées par des décennies de compagnonnage et de confiance. Les Églises ont un rôle fondamental de lien social : elles aident à construire un vivre-ensemble. Elles agissent sur les représentations et sur les mentalités. Elles ne sont liées ni par le temps court des politiques ou des ONG, ni par les nécessités de l’urgence. En France, les obligations liées à la laïcité ont conduit nombre de structures liées aux Églises à se dédoubler, entre organisations ecclésiales et organisations à rôle social. Ailleurs, ce sont les mêmes structures qui prennent à charge les cultes, mais aussi des hôpitaux, des écoles, des organismes d’entraide. Elles sont intimement liées à la société. Elles prennent en charge les exclus, sont une voix qui plaide pour le respect de l’humain ; elles dépassent le présent et l’émotion, les intérêts privés. Quand l’importance du vivre-ensemble est prise en compte par les politiques publiques, les Églises peuvent et doivent être une aide. Car nul ne peut prétendre s’impliquer dans des actions ayant un impact sur la société en faisant abstraction de ses convictions les plus profondes, celles qui fondent son identité, sa conception du monde et de l’humanité. Quand les États sont défaillants – et les exemples sont nombreux, de Port-au-Prince à Bangui – elles peuvent devenir les seules structures qui tiennent debout.

Haïti : une envoyée du Défap auprès de la FEPH lors d’une intervention dans une école sur la gestion des risques et des désastres © Défap

Le Défap travaille dans les domaines de la santé, du développement local, de l’enseignement. Avec des partenaires connus de longue date. Ce ne sont pas des inconnus auxquels on tend la main en cas d’accident, mais des amis qu’il s’agit d’aider si le besoin s’en fait sentir. Des visages et des noms. Des destins que nous aidons à construire, depuis des années. Nos envoyés les ont rencontrés et les connaissent. Ces destins se forgent sur le temps long d’une vie humaine. Il peut s’agir d’un médecin issu d’un orphelinat d’Haïti. Il peut s’agir d’enfants apprenant le français à Madagascar, et qui pourront ainsi poursuivre leur cursus dans un pays où la connaissance du français conditionne l’accès à des études supérieures. Il peut s’agir d’un boursier venu faire des recherches en France, et appelé à jouer un rôle éminent dans son Église une fois de retour dans son pays. Tous ces destins sont autant de graines de changement. Pour éviter de sortir de l’urgence. Pour que ceux que nous aidons aujourd’hui après une catastrophe soient demain en mesure d’éviter de nouvelles catastrophes. Pour sortir de ce cycle dans lequel l’intérêt de l’autre n’est suscité que par des images de bâtiments détruits.

Notre rôle est d’aider à créer la possibilité d’un avenir.




Madagascar : solidarité et demandes d’aide après le cyclone Batsirai

Églises et organisations civiles se mobilisent à Madagascar pour venir en aide aux victimes de la tempête. La FJKM fait état de nombreuses églises et écoles détruites : « toute contribution possible pour aider à ces efforts de reconstruction serait très appréciée ». ADRA, avec laquelle le Défap est en lien via la plateforme Solidarité Protestante, prévoit un projet de reconstruction. La fondation La Cause, proche du Défap, lance un appel pour réparer deux orphelinats ayant subi de gros dégâts. Alors même qu’une nouvelle tempête approche, Dumako, qui devrait toucher des régions aux sols gorgés d’eau.

Jeunes mobilisés à Fianarantsoa pour venir en aide aux victimes du cyclone Batsirai, photo envoyée par Michel Brosille © DR

Ce pourraient être des images envoyées par une organisation humanitaire : des jeunes portant des sacs de denrées, une distribution de nourriture organisée dans un gymnase… À ceci près que ces volontaires intervenant après la catastrophe représentée par le cyclone Batsirai sont, non pas des membres d’ONG, mais des scouts malgaches. Les dégâts provoqués par la tempête dans tout le sud-est de Madagascar ont généré un élan de solidarité dans les villes moins touchées, comme ici, à Fianarantsoa, où de nombreux jeunes ont répondu à l’appel au volontariat pour aider et prendre en charge les victimes au gymnase Ambatomena. Environ 1700 personnes ont ainsi pu être reçues et soignées. De tels témoignages de solidarité, le Défap en reçoit régulièrement de la part de ses volontaires présents dans la grande île, qui ont eu la chance de travailler dans des régions (situées entre Antsirabé et Tananarive) et avec des partenaires ayant échappé au plus gros de la tempête.

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

Il n’en reste pas moins que les dégâts sont énormes. Quelques jours après le passage de Batsirai, le bilan officiel dépasse les 100 morts et les 70.000 personnes déplacées. La FJKM (Église de Jésus-Christ à Madagascar), principale partenaire locale du Défap avec la FLM (Église luthérienne malgache), et à laquelle sont liées nombre des structures qui reçoivent des envoyés du Service protestant de mission, a aussi lancé une évaluation exhaustive des destructions matérielles. En tout, ce sont 256 Églises qui ont subi des ravages, dont 164 ont été détruites entièrement, et 108 écoles qui ont été touchées, dont 55 détruites. Plus de 9000 élèves se retrouvent temporairement privés de possibilité de poursuivre leurs études. Sept villes ou régions synodales apparaissent particulièrement touchées : Mananjary (frappée de plein fouet par le cyclone), Fianarantsoa, Ambositra, Ambalavao, Manakara, Vatomandry (près de Mahanoro où le Défap a financé une salle de classe) et Toliara.

Une lettre de la FJKM au Défap

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

« Alors que des rapports continuent d’arriver, il est déjà évident que de nombreuses écoles et églises ont subi des dommages structurels majeurs (toits arrachés, bâtiments effondrés) » , indique le président de la FJKM, le pasteur Ammi Irako Andriamahazosoa, dans une lettre envoyée au Défap. « La FJKM lancera un appel aux Églises et aux individus (…) pour qu’ils contribuent à l’aide aux familles touchées et aux efforts de reconstruction (…). Toute contribution possible pour aider à ces efforts de reconstruction serait très appréciée. »

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

Les ravages sur les bâtiments, mais aussi sur les infrastructures (routes et ponts) ont été d’autant plus importants que le cyclone Batsirai a frappé Madagascar très peu de temps après la tempête Ana : moins violente, elle avait toutefois provoqué d’importantes inondations et s’était traduite par 55 morts. Et une autre menace se profile déjà : celle de Dumako, tempête tropicale qualifiée de « modérée », mais qui va toucher toute la côte nord-est de l’île alors que les sols sont saturés d’eau, les terres et les routes fragilisées.

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

La fondation La Cause, proche du Défap et qui soutient des centres d’accueil d’enfants à Mananjary, région ayant subi les plus gros dégâts, a déjà lancé un appel aux dons pour aider à la reconstruction du Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) et du centre Akany Fanantenana. Vous pouvez obtenir plus de détails et découvrir comment aider ici. Le Défap soutient pour sa part un projet de reconstruction lancé par ADRA-Madagascar, en lien avec ADRA-France ; le Défap et ADRA sont en partenariat via la plateforme Solidarité Protestante.

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