« L’Église universelle est notre paroisse »

Il y a dans chaque Assemblée Générale du Défap un double aspect : sur le plan formel, c’est un lieu qui permet de faire le point sur l’activité de l’année écoulée – avec notamment la présentation du rapport d’activités et des échanges entre l’équipe exécutive et les délégués ; c’est un lieu de prise de décisions et d’orientations… Mais au-delà de cet aspect institutionnel, c’est une occasion de réfléchir ensemble sur des sujets fondamentaux : la mission, ses moyens, la façon dont elle s’incarne… Ce samedi 26 mars, délégués et membres de l’équipe du Défap, réunis en visioconférence par Zoom, étaient ainsi invités à se pencher ensemble sur cette thématique, introduite pour l’occasion par Jean-Luc Blanc : « L’Église universelle est notre paroisse ».


Vue de l’Assemblée Générale du Défap en visioconférence – Capture écran

Dans les activités du Défap, les plus visibles, celles sur lesquelles il est le plus facile de communiquer, sont celles qui concernent l’étranger : la « mission au loin », que l’on a tendance à opposer facilement à la « mission au près » – une image directement héritée de la Société des Missions Évangéliques de Paris, dont les missionnaires, du XIXème au XXème siècle, ont contribué à implanter et faire vivre de nombreuses Églises protestantes loin de France. Mais c’est précisément pour sortir de cette image et de cet aspect de la mission que la SMEP s’est transformée, à partir de 1971, en deux entités distinctes, quoique sœurs : la Cevaa – Communauté d’Églises en mission, un organisme volontairement dépourvu de centre dans lequel toutes les Églises membres, issues de cette histoire commune entre le Nord et le Sud, pouvaient siéger à égalité, et au sein duquel devaient prévaloir les relations d’échange et de soutien mutuel ; et le Défap, désormais département missionnaire des Églises de France au sein de cet ensemble – même s’il a aussi acquis une individualité et noué des relations qui sont allées depuis au-delà de la seule Cevaa.

Est-il vraiment pertinent d’opposer « mission au loin » et « mission au près » ? Les enjeux de l’une ne rejoignent-ils finalement pas les enjeux de l’autre ? Les questions liées à la rencontre, aux relations interculturelles, ne se posent-elles pas aujourd’hui de manière tout aussi visible dans nos paroisses que dans les relations entre Églises au-delà des frontières ? Comment entendre, dans le contexte d’une mondialisation qui a tendance à effacer les identités en même temps qu’elle favorise les échanges, l’idée « d’Église universelle » ? Tous ces thèmes transparaissaient, de manière plus ou moins explicite, dans le sujet choisi pour alimenter les réflexions de l’Assemblée générale du Défap en ce 26 mars 2022 : « L’Église universelle est notre paroisse ». En l’absence de Pascale Renaud-Grosbras pour raisons de santé, c’est Jean-Luc Blanc, ancien Secrétaire général du Défap et ancien responsable du service Relations et Solidarités Internationales, qui avait été chargé de faire une présentation destinée à alimenter les échanges, avant des travaux en groupes.

L’universalité de l’Église dans les lettres de Paul

Repartant d’une perspective biblique, et tout particulièrement des lettres de Paul, Jean-Luc Blanc a souligné tout d’abord que la question de l’universalité de l’Église est étroitement liée à sa diversité. La communauté de Jérusalem, on le voit dans la Bible, a éclaté rapidement en tout un tas de communautés très diverses. Étonnamment, celle que l’on appelle la Grande Église n’avait rien à voir avec l’Église de Jérusalem que l’on voit dans les Actes. L’idée d’Église universelle a dû être pensée dès le départ : comment vivre ensemble avec une telle diversité au niveau des paroisses, des Églises ?

Quand on regarde l’épître aux Romains, chapitre 15, versets 23 et suivants, Paul écrit :

« ayant depuis plusieurs années le désir d’aller vers vous, j’espère vous voir en passant, quand je me rendrai en Espagne, et y être accompagné par vous, après que j’aurai satisfait en partie mon désir de me trouver chez vous. Présentement je vais à Jérusalem, pour le service des saints. Car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu s’imposer une contribution en faveur des pauvres parmi les saints de Jérusalem. »

On voit poindre déjà l’idée de visites aux Églises. Pour Paul, l’universalité de l’Église implique de visiter les Églises qui ne sont pas fondées par lui, qui ont une autre histoire. Dès le début apparaît aussi l’idée de partage des richesses.

Dans le chapitre 16 de Romains, Paul écrit encore :

« Je vous recommande Phoebé, notre sœur, qui est diaconesse de l’Église de Cenchrées, afin que vous la receviez en notre Seigneur d’une manière digne des saints, et que vous l’assistiez dans les choses où elle aurait besoin de vous, car elle en a donné aide à plusieurs et à moi-même. Saluez Prisca et Aquilas, mes compagnons d’œuvre en Jésus Christ, qui ont exposé leur tête pour sauver ma vie; ce n’est pas moi seul qui leur rends grâces, ce sont encore toutes les Églises des païens. Saluez aussi l’Église qui est dans leur maison. Saluez Épaïnète, mon bien-aimé, qui a été pour Christ les prémices de l’Asie. Saluez Marie, qui a pris beaucoup de peine pour vous. Saluez Andronicus et Junias, mes parents et mes compagnons de captivité, qui jouissent d’une grande considération parmi les apôtres, et qui même ont été en Christ avant moi. Saluez Amplias, mon bien-aimé dans le Seigneur. Saluez Urbain, notre compagnon d’œuvre en Christ, et Stachys, mon bien-aimé. Saluez Apellès, qui est éprouvé en Christ. Saluez ceux de la maison d’Aristobule. »

On voit apparaître ici, une nouvelle fois le partage des dons, mais aussi les échanges de personnes : Paul salue une bonne trentaine de personnes, qui ne sont pas issues de Rome. Il veut que les Églises de Rome fassent une place à celles et ceux qui ne sont pas des autochtones. Il souligne que l’étranger est un signe pour l’Église locale.
Paul n’est pas le fondateur de l’Église de Rome, il le sait bien ; et pourtant, il a écrit aux chrétiens de cette Église toute l’épître aux Romains : il leur écrit des choses qu’il peut voir en tant qu’observateur extérieur.

Sa théologie est une théologie en voyage : il prend des éléments des Églises qu’il traverse pour les adresser à d’autres. Des textes liturgiques, des hymnes… Il construit une théologie en rassemblant des éléments issus de diverses Églises.

L’universalité de l’Église et le projet de la Cevaa


Les Églises de la Cevaa dans le monde © Cevaa

Partage des finances, échange de personnes, élaboration d’une théologie multiculturelle : c’est exactement le projet initial de la Cevaa, tel qu’il a été voulu en 1971. Mais aujourd’hui, ne nous faudrait-il pas aller au-delà ? La solidarité que Paul demande aux Romains pour l’Église de Jérusalem indique un chemin. Comme l’a souligné Jean-Luc Blanc, les Églises de France, via le Défap, vivent une vraie communion avec des Églises d’autres continents, après y avoir envoyé des missionnaires qui ont implanté ces Églises. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, nous avons conscience que nous devons pouvoir dire l’Évangile dans diverses cultures. Mais il y a d’autres différences : des différences théologiques, d’appartenance ecclésiologique… Laurent Schlumberger écrivait que l’Église de demain serait post-dénominationnelle ou ne serait pas, annonçant la fin d’une période où le protestantisme a été divisé par tout un tas de partages et de clivages dénominationnels. Le Défap a déjà des partenaires qui vivent l’universalité de l’Église sur ce mode. Basile et moi avons ainsi vu au Maroc une Église se transformer en une Église multi-dénominationelle. La transition n’a pas été sans douleur, mais le chemin n’est pas impraticable. Au Congo-Kinshasa, les diverses Églises membres de la fédération protestante du Congo ont choisi de devenir l’Église du Christ au Congo, renonçant à leurs différences dénominationelles. Et le recul que nous avons aujourd’hui est suffisant pour voir que ça fonctionne ! Nos divisions dénominationelles, que nous avons exportées lors de l’envoi de missionnaires, ne sont donc pas indépassables. »

D’où cette question : « Ne faudrait-il donc pas nous engager dans une réflexion sur ce dépassement ? Nous n’avons pas les mêmes théologies ; mais les frontières théologiques d’aujourd’hui ne recouvrent pas les frontières dénominationelles classiques. Nous avons ainsi de bonnes relations avec des universités au Congo d’inspiration pentecôtiste. Cette version de l’universel est à travailler, au niveau de la paroisse locale, de nos régions et de nos institutions ecclésiales nationales, et au niveau des relations internationales. »

Les rapprochements et leurs limites

À l’issue de cette présentation, les délégués et membres présents de l’équipe exécutive du Défap ont été invités à travailler par groupes sur les questions suivantes :

  • Pensez-vous que l’universalité de l’Église doit aller jusqu’à un post-dénominationalisme capable d’intégrer nos divergences actuelles ?
  • Quelles limites voyez-vous à cette démarche ?
  • Comment pourrions-nous travailler à une mission qui aille encore plus dans le sens de l’universalité de l’Église que nous ne l’avons fait jusqu’ici ?
    • au niveau de la paroisse locale ?
    • au niveau de la France ?
    • au niveau du monde ?

Les retours sur ces réflexions de groupes ont donné lieu à des échanges très fournis, certains des participants soulignant par exemple les expériences qui se vivent déjà dans les Églises, les couples mixtes, les chants qui rapprochent des chrétiens issus d’Églises différentes… D’autres se sont interrogés sur les gestes du quotidien dans lesquels cette fraternité entre Églises peut se traduire : « Comment mieux vivre avec les Églises que l’on accueille dans nos locaux en région parisienne ? Comment vivre l’Église universelle au-delà du passage de la clé de la salle ? ». Ou se sont inquiétés des phénomènes possible de domination au sein d’une paroisse. Certains ont davantage pris en considération les perceptions des uns et des autres et l’importance du rapprochement dans le dialogue : « L’Église universelle est de l’ordre de la promesse, il s’agit d’accepter la rencontre de l’autre. Et ne pas faire de « mon » universel, une notion à imposer à l’autre. » D’autres ont souligné « les limites inhérentes à la lourdeur des institutions ». Bien souvent a été exprimée la crainte qu’une volonté de dépasser les frontières dénominationelles ne se fasse au prix d’un effacement des différences culturelles.

Une participante, tout en « mesurant la richesse de tout ce qui a été échangé », et se disant que « l’uniformité ne nous guette pas », a voulu mettre l’accent sur la nécessité, « au-delà des doctrines, de valoriser les cultures des uns et des autres ». Et d’ajouter : « Le post-dénominationalisme suppose-t-il d’aller vers un abandon de tout nom ? Non ! Nous avons besoin de marquer des identités. Ce qui n’empêche pas d’œuvrer ensemble. Il faut toutefois être attentif à ce qu’il n’y ait pas de phénomène de domination. Nous sommes confrontés, au Défap, aux Églises et aux diverses dénominations. On sent bien qu’il y a des tensions, des vécus différents, des organisations différentes ; ce qui pose des limites, que l’on peut dépasser, mais sans en ignorer la difficulté. Jusqu’où aller dans le partage ? Il faut commencer par ouvrir la Bible ensemble, tout en admettant que c’est un risque. La culture du débat d’idées doit être entretenue : d’où l’importance de penser à des formations pour mieux vivre le débat. »

Revenant sur ces échanges, Jean-Luc Blanc a tenu à insister en premier lieu sur le fait que « le dépassement des dénominations issues de ces derniers siècles ne peut en aucun cas être un abandon de nos identités. Les identités doivent rester plurielles, il ne faut pas tendre vers Babel et la recherche de l’uniformité ». Rebondissant ensuite sur l’idée, évoquée par l’un des participants, de créer une Église francophone d’Europe, il a souligné l’existence d’expériences allant dans ce sens dans d’autres parties du monde, par exemple en Afrique de l’Ouest, avec l’idée de mettre en place une fédération transnationale. Avant de conclure : « Si certaines Églises ont réussi à dépasser positivement le dénominationalisme, c’est aussi parce que la société a porté un regard différent sur l’Église. Au Maroc, l’Église s’est vécue comme une unité, y compris avec les catholiques, parce que le pays voyait les chrétiens comme un ensemble. »




Madagascar : le témoignage du pasteur Élia Rozy

Le pasteur Élia Rozy, de la FJKM (Église de Jésus-Christ de Madagascar) est le fondateur et gestionnaire, avec son épouse Émilienne, du centre Akanay Fanantenana. Cette structure accueille notamment des enfants abandonnés, pourvoit à leurs besoins, à leur éducation et leur donne un avenir. Il s’agit d’un des deux orphelinats que soutient la fondation La Cause à Mananjary – et qui ont été ravagés, comme toute la ville de Mananjary, par le passage du cyclone Batsirai début février. La Cause, le Défap, ADRA et les Amis du Catja se sont associés pour aider à reconstruire. Voici comment le passage de Batsirai a été vécu au centre Akanay Fanantenana.

Vue des dégâts après le passage du cyclone Batsirai au centre Akany Fanantenana © La Cause

ÉLIA ROZY, LE 14 FÉVRIER 2022

La forte tempête tropicale intense, le cyclone Batsaraï, a touché terre à Mananjary le samedi 5 février, tôt dans la matinée. Au fur et à mesure, sa force intense se déchaînait. Vers dix-huit heures, tout bascula dans des désordres indescriptibles avec bruits et fracas assourdissants accompagnés par de fortes rafales de vent et de pluie. À vingt heures, les tôles de la maison principale commencèrent à se détacher les unes après les autres, provoquant la ruée de pluie vers l’intérieur de la maison inondant toutes les chambres. Le paroxysme du déchaînement de la nature dure toute la nuit et ne s’estompe qu’à l’aube du 6 février. Les dégâts à l’Akany Fanantenana sont immenses : il n’y a plus de toiture sur la façade postérieure de la maison principale ; la maison des garçons est à découvert jusqu’à soixante-dix ou soixante-quinze pour cent ; dans ces deux maisons, tous les effets vestimentaires et scolaires sont imbibés d’eau, y compris la literie de toutes les chambres ; nos denrées facilement périssables (riz, farine) sont perdues car la maison de stockage n’a plus de toit ; seules la nurserie et la cuisine sont indemnes ; les légumes de notre jardin sont détruits, les arbres fruitiers déracinés (6 bananiers, 8 cocotiers, 2 manguiers, 1 oranger, 4 arbres de fruits à pain, 2 cerisiers) ; nos poulaillers, poules pondeuses et poulets de chair, piliers de nos activités génératrices de revenu, n’ont plus de toit, cinquante de nos poulets de chair sont tuées ; la cabane où nous entreposons le son et les provendes n’existe plus, les tôles et la cabane éparpillées, tout ce qui était dedans est perdu ; il n’y a plus de clôture entourant l’orphelinat ; le portail de fer est arraché, jeté au loin et gravement endommagé.

Plus de quatre-vingts douze morts sont recensés par le Bureau National de la Gestion des Risques et Catastrophes (B.N.G.R.C) dans la région Fitovinany et plus de mille deux cents dans toute l’Île, en date du 12.02.2022. L’orphelinat, Dieu merci, n’enregistre aucun dégât corporel, ni blessé, ni souffrant, les enfants vont bien, les adultes aussi.

Nous sommes confiants car la Sainte Bible dit : « Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse. C’est pourquoi nous sommes sans crainte quand la terre est bouleversée, et les montagnes chancellent au cœur des mers, quand les flots de la mer mugissent, écument, se soulèvent jusqu’à faire trembler les montagnes » (Ps 46.1-4).

Voilà en gros ce qui s’est passé à l’orphelinat Akany Fanantenana.

Voici le point sur les dégâts tel qu’évalués par La Cause, avant le passage des ingénieurs d’ADRA :

  • Bilan humain :
    Pas de blessé.
  • Bâtiments :
    La nurserie a résisté, le puits est encore accessible (eau à vérifier).
    Toitures du bâtiment principal et de la cuisine arrachées (destruction totale à l’intérieur).
    Bâtiment des garçons : structure endommagée.
    Panneaux solaires de la nurserie : détruits par criblage (pluie – déchets divers)
  • Cultures et élevages :
    Poulailler : totalement détruit (disparition des poulets).
    Cultures vivrières et vergers : totalement détruits.

« Nous sommes en train de réparer ce qu’on peut »

Dégâts du cyclone Batsirai au Catja, à Mananjary © Catja

Au Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés), même scène de désolation. Voici la manière dont les quelques heures durant lesquelles le cyclone s’est acharné sur Mananjary y ont été vécues, telles que racontées par les « Amis du Catja », association regroupant notamment des familles d’enfants adoptés ou parrainés sur place, et dont les responsables ont pu joindre le centre peu après la tempête :

Au CATJA, les enfants et le personnel se sont réfugiés dans la maison des bébés qui avait encore un toit.

Cinq maisons d’employés sont détruites, plusieurs toits se sont envolés, l’intérieur des maisons est inondé. Le verger est dévasté, les cultures ravagées, la basse-cour envolée, les ruches anéanties… Nous avons la gorge serrée en voyant le travail de toutes ces années être mis à mal.

Mais il faut se lever, réparer, reconstruire, mais aussi sécher, trier, rassurer les enfants et les jeunes, faire reprendre une vie aussi normale que possible.

Ils sont déjà à l’oeuvre ! Julie [qui gère le Catja] a écrit 48h après le passage du cyclone : « Nous sommes en train de réparer ce qu’on peut ».

Notre aide leur est indispensable, pour la reconstruction, pour l’achat de matériel et d’équipement, pour le verger et les poules, pour la nourriture.

Et voici le bilan établi par La Cause :

  • Bilan humain :
    Une fille de 13 ans toujours dans le coma, elle a reçu des branches sur la tête. Un membre du personnel a été tué.
  • Bâtiments :
    Maison de direction toiture détruite et intérieur totalement dévasté.
    Bâtiment des adolescents et salle préscolaire : toitures endommagées et intérieur dégradé.
    Bâtiment des filles : toiture partiellement arrachée et intérieur dégradé.
    Bâtiment traditionnel en bois : maison du personnel, cuisine et bureau d’accueil totalement détruits.
  • Cultures et élevages :
    Rizière : détruite.
    Champs et vergers : détruits.
    Ruches et basse-cours : détruits.

Pour donner, plusieurs solutions :

Envoyer un chèque libellé « Reconstruction Mananjary 2022 » à l’ordre du Défap : Service protestant de Mission – Défap 102 Bd Arago – 75014 Paris
Par virement au Défap : DEFAP – Mission protestante – « Reconstruction Mananjary 2022 » – FR56 2004 1000 0100 0528 9E02 025 – PSSTFRPPPAR – Banque Postale

Ou alors par carte en passant par Hello asso et le formulaire ci-dessous :




Une AG sous le signe de l’Église Universelle

Ce samedi 26 mars marque la date de l’Assemblée Générale 2022 du Défap. Une réunion particulière à plusieurs titres : elle se tient une nouvelle fois en visioconférence pour limiter les risques sanitaires ; et elle est marquée par la volonté de prendre en compte plusieurs grands défis qui se posent au Défap. L’un est d’ordre financier : c’est celui de la baisse des contributions des Églises membres. L’autre est écologique : c’est celui de la réduction de l’empreinte carbone du Défap. Dans le premier cas, la question sous-jacente est celle de la mission des Églises ; dans le deuxième, celle de la responsabilité de tous, y compris des institutions ecclésiales, vis-à-vis de la création. Et derrière ces deux questions se profile le thème de la dimension universelle de l’Église. Autant d’éléments rappelés par le président du Défap, Joël Dautheville, dans son message à l’Assemblée Générale.


Le président du Défap, Joël Dautheville, lors de la lecture de son message devant l’Assemblée Générale du Défap – Capture écran

 

Message du Président
Assemblée générale du 26 Mars 2022 en visioconférence

« L’Église parle de merveille parce qu’elle parle de Dieu, de l’éternité dans le temps, de la vie dans la mort, de l’amour dans la haine, du pardon dans le péché, du salut dans la souffrance, de l’espérance dans le désespoir. »

Je vous salue toutes et tous avec ces mots de Dietrich Bonhoeffer. Ils rappellent quelques points forts et lumineux de la vie des Églises alors même que notre Assemblée générale se déroule aujourd’hui de façon si particulière.

Particulière car, une fois de plus, elle est réunie en visioconférence, la pandémie n’étant pas terminée.

Particulière car une guerre fratricide a lieu sur le sol européen à 2000 km de la France fait beaucoup de morts et de blessés, jette sur la route de l’exil plus de 3 millions de personnes, surtout des femmes et des enfants et fait plus de 10 millions de personnes déplacées. La sidération causée par cette guerre est grande. Son traitement médiatique est si intense que, comme cela m’a été rapporté, quelques fidèles de nos Églises pensent que leurs Églises soutiendraient de façon privilégiée les victimes de la guerre en Ukraine à celles des catastrophes climatiques de Madagascar ou d’Haïti. Je rappelle ici que les Églises, à travers le Défap, la Fédération protestante et la Fondation protestante sont dans une dynamique de soutien aux victimes de guerres et de catastrophes naturelles.

Après cette précision je souhaite poursuivre notre réflexion sur l’Église universelle, thème de notre AG. Après le rapport du Défap donné au dernier SN de l’Epudf, après le mot du président dans le rapport d’activités, cette réflexion vient au moment où les discours de repli sur soi, voire de repli identitaires se font entendre dans la société comme dans les Églises et réinterrogent le sens de l’universel.

Quelques considérations théologiques et spirituelles

D’après Wikipedia, le symbole, en grec, est ce morceau de terre cuite cassée en deux permettant à des familles vivant dans des endroits différents de se reconnaître comme étant de la même famille. Sur le plan ecclésial, les Églises ont appelé Symbole des confessions de foi pour dire qu’elles se reconnaissent de la même Église du Christ. Précisément, avec le Symbole des Apôtres les fidèles confessent : « je crois la sainte Église universelle… ». On peut être étonné que très tôt les Églises aient confessé une telle universalité. D’où vient-elle ?

Cette notion d’universalité, de catholicité de l’Église vient, entre autres, me semble-t-il, de cette promesse de Dieu faite à Abraham en Genèse 12/3 qui traverse toute la Bible et le ministère de Jésus « … en toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Cette dynamique d’universalité n’est pas à comprendre comme la mondialisation néo-libérale échevelée qui ignore les cultures, les peuples et finalement les frontières. Cette dynamique reconnaît l’existence de frontières de toute sorte et cherche à dépasser le risque d’enfermement que ces frontières peuvent générer. De fait, l’universalité de l’Église est consubstantielle à son être même. On pourrait dire que c’est un autre mot pour exprimer que l’Église est mission et qui traduit le fait que l’amour de Dieu ne connaît pas de limites ni dans le temps ni dans l’espace.


Vue de l’Assemblée Générale du Défap en visioconférence – Capture écran

Si telle est notre conviction, il apparaît alors que c’est fondamentalement le même mouvement, celui de l’Esprit, qui est à l’œuvre quand les Églises annoncent l’évangile en paroles et en actes du bout du banc au bout du monde. Les réflexions sur la mission font apparaître que le processus d’acculturation et d’inculturation de l’évangile concerne aussi bien les relations avec des peuples que les liens avec les individus, avec des personnes rattachées à des classes sociales ou culturelles particulières. Cela a abouti à concevoir la mission, notamment pour les Églises de la Cevaa, comme un mouvement allant de partout vers partout à vivre dans le partage et la réciprocité.

Lors du cinquantenaire du Défap, et particulièrement grâce à l’exposition, j’ai redécouvert de façon vive, qu’en créant le Défap les Églises fondatrices ont posé de façon consciente ou non un acte prophétique. Lequel me direz-vous ? Le Défap leur rappelle à temps et à contretemps que l’Église est mission, que l’Église est universelle. Chaque paroisse, chaque église locale, chaque région, chaque Église nationale ne peut réfléchir, agir et vivre en autarcie. On n’est pas Église tout seul. Cette affirmation n’est pas le résultat d’une opinion ou le fruit d’une idéologie. Elle est tout simplement un donné biblique, théologique et ecclésiologique fondamental.

Si donc nous confessons que l’Église est universelle, sur le plan temporel et géographique, si nous croyons que c’est le même Esprit qui anime aussi bien la mission au près et la mission au loin, alors nous sommes invités à nous poser une question sur le plan institutionnel. Je la partage avec vous. Certains la trouveront stimulante, d’autre disruptive voire iconoclaste. J’ai souvent remarqué que la mission à l’international était vue comme extérieure à la mission intérieure et réciproquement. N’est-ce pas le moment de saisir l’opportunité de faire travailler ensemble les services de mission intérieure et extérieure des Églises membres du Défap, voire de les fondre en une seule entité institutionnelle et mettre ensemble les richesses de chacun pour un renouveau de la mission ?

Après quelques considérations théologiques et spirituelles, j’en viens à quelques considérations temporelles à travers lesquelles je souhaite partager un sujet d’inquiétude et une information.

Quelques considérations temporelles

Finances

Avant toute chose je souhaite remercier les Églises qui soutiennent la vie du Défap en mettant à disposition des pasteurs et des fidèles pour son fonctionnement. Je dis aussi ma gratitude pour les efforts financiers qu’elles font alors même que leurs ressources sont sur une tendance baissière. Les efforts faits par certaines régions de l’Epudf d’augmenter leur contribution au Défap est à saluer dans un tel contexte.

Lors de notre AG en mars 2018, j’avais lancé un appel aux Églises à entrer dans une dynamique de refondation du Défap. Les liens entre certaines Églises locales, régionales voire nationales avec le Défap se distendaient. Le financement du Défap ne cessait de baisser d’année en année. Quatre ans après cet appel, les ressources des Églises au budget 2022 ont baissé depuis 2018 de plus de 18%, c’est-à-dire environ 330 000€. Ne pas oublier que 40% des finances de l’Epudf sont adressées à la Cevaa. Depuis l’adoption du texte Convictions et Actions en mars 2021, les ressources ont baissé en un an de 160 000€ suite entre autres à une baisse abrupte de deux régions de l’Epudf. Le Défap est ainsi tiraillé entre d’une part les demandes faites par les Églises sur ses actions et d’autre part les moyens qu’elles lui donnent et qui peuvent baisser fortement d’une année sur l’autre. Or la gestion d’un organisme d’échanges, de mise en relation comme le Défap se fait sur le temps long. Le Défap, ce sont des employés et leurs familles, des envoyés et des boursiers qui sont accueillis, des engagements de solidarité parfois sur plusieurs années, des échanges de professeurs de théologie. D’où la difficulté de gérer un tel outil, il en est de même pour la Cevaa, quand les ressources baissent continuellement et parfois brutalement. C’est pourquoi je lance un appel aux Églises pour que le Défap ne soit pas étouffé avant que n’intervienne sa refondation. Les Églises pourraient-elles s’engager, par exemple, sur un programme de ressources pluri annuelles comme l’Epudf le fait depuis longtemps à l’endroit de l’Institut Protestant de Théologie ?

J’en viens maintenant à l’information à partager. Il s’agit de l’Empreinte écologique du Défap

Les Églises membres du Défap se préoccupent de plus en plus de leur empreinte écologique. Au dernier Synode national de l’Epudf intitulé « l’écologie : quelle(s) conversion(s) », Martin Kopp a rappelé que les émissions de carbone se font surtout au Nord et les dégâts surtout au Sud. En janvier 2022, le Conseil du Défap a décidé de prendre sa part dans la lutte contre le dérèglement climatique. Un tableau de bord des dépenses en carbone est effectué et sera tenu par le Secrétariat général. La Commission des Projets sera saisie pour rechercher des pistes concrètes de compensation carbone au sein de son réseau.

Envoi

Au nom du Défap, je dis ma gratitude et ma reconnaissance aux Églises, aux paroisses, aux régions qui soutiennent le Défap et se servent de cet outil.

Je dis également ma gratitude et ma reconnaissance à l’endroit de notre Secrétaire général, le pasteur Basile Zouma et de toute l’équipe qui permettent de mettre en forme quelques-unes des actions et convictions au service de la mission des Églises membres. Je la dis aussi aux membres du Conseil, du Bureau, et des Commissions Échange de Personnes, Finances et Travaux, et Projets. Toutes et tous s’impliquent pour stimuler au mieux la mission des Églises.

Dans un contexte financier tendu, dans un environnement national pas toujours porteur pour les religions, dans un contexte mondial plein de tensions et de défis y compris climatiques, le Service Protestant de Mission, grâce aux fidèles des Églises membres et des partenaires est un des lieux qui permet de toucher du doigt la joie de la mission à travers les échanges et les projets qui donnent du corps à la notion de l’universalité. C’est ce que nous allons vivre tout au long de cette assemblée.

Merci de votre écoute et Bonne Assemblée générale à toutes et tous !

Joël Dautheville




Adresse du protestantisme : Racisme et xénophobie

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, la pasteure Joëlle Razanajohary, secrétaire générale de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France (FEEBF) demande aux candidats quelles sont les pistes qu’ils souhaitent explorer pour développer davantage encore notre société de fraternité dans le pays des droits de l’Homme ?

 




Madagascar : aidez-nous à aider les enfants de Mananjary

Les ingénieurs d’ADRA sont sur place pour chiffrer le coût des réparations, la nourriture des orphelinats soutenus par La Cause est assurée pour trois mois… Mais après le passage du cyclone Batsirai, pour reconstruire à la fois les bâtiments, et l’équilibre dont dépendent ces centres pour pouvoir prendre soin des enfants abandonnés de Mananjary, nous avons besoin de vous. Le point sur ce projet mené en partenariat par La Cause, le Défap, ADRA et les Amis du Catja.


On chercherait en vain, aujourd’hui, des nouvelles de Mananjary dans l’actualité internationale. La sidération de la guerre qui ravage l’Ukraine a effacé tout le reste. Et le mouvement de solidarité, massif, qui s’est développé en Europe et en France, et dans lequel le protestantisme français tient toute sa place, fait malheureusement oublier d’autres drames, d’autres régions, d’autres Églises aussi, avec lesquelles nous avons pourtant des liens forts depuis longtemps.

Chaque année, la saison cyclonique apporte son lot de destructions de routes et de bâtiments à Madagascar ; mais cette année 2022 a commencé de manière catastrophique. Coup sur coup, entre début janvier et début février, deux tempêtes tropicales et deux cyclones ont traversé le pays. Sur la côte sud-est, la ville de Mananjary, frappée de plein fouet par le cyclone Batsirai, a été ravagée à 90%. La fondation La Cause, qui entretient des relations étroites depuis longtemps avec le Défap, a aussitôt lancé un appel aux dons en lien avec les « Amis du Catja » ; et le Défap a décidé de soutenir l’opération. Les « Amis du Catja » rassemblent en grande partie des familles ayant adopté un enfant de cet orphelinat, ou qui y parrainent un enfant. Le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) est un des deux orphelinats que La Cause soutient à Mananjary, l’autre étant le centre Akany Fanantenana. En tout, ils regroupent environ 180 enfants ; et ces centres, en temps normal, ont leurs cultures vivrières, leurs élevages, et des relations d’échanges avec la population, qui permettent aux structures de fonctionner et de subvenir aux besoins des enfants. La brutalité de la catastrophe Batsirai a tout à la fois détruit une partie des bâtiments et rompu ce fragile équilibre.

40.000 euros : le coût estimé pour faire revivre les orphelinats

Pour aider à la fois le Catja et le centre Akanay Fananatenana à prendre soin des enfants abandonnés de Mananjary, nous avons besoin de vous. La guerre en Ukraine n’amoindrit en rien les besoins de Mananjary. Au total, d’ici septembre, remettre sur pied les structures collectives, les équipements, ainsi que les cultures et les élevages devrait nécessiter dans les 40.000 euros. Récolter davantage permettrait en outre de préparer la rentrée dans de bonnes conditions en renouvelant aussi le mobilier et le matériel scolaire détruit. Récolter moins, cela signifiera que des besoins basiques ne seront pas pourvus.

Vue des dégâts après le passage du cyclone Batsirai © ULPGL

Les premières étapes ont consisté à apporter des biens de première nécessité, notamment alimentaires. La suite – l’évaluation des besoins en termes de renforcement ou de reconstruction des bâtiments – prendra nécessairement du temps. Les partenaires de l’opération – La Cause, le Défap, ADRA et les Amis du Catja – se répartiront ensuite le financement des divers besoins qui auront été identifiés sur place par les ingénieurs d’ADRA. Mais pour l’instant, dans tout le district de Mananjary – et pas seulement dans la ville elle-même – les habitants ont dû reconstruire de manière fragile et provisoire, en utilisant ce qu’ils pouvaient récupérer des matériaux abandonnés sur place par la tempête. Même des bâtiments « en dur » ont parfois perdu leur toiture ; quant aux fragiles habitations en toit de tôles, elles ont souvent été réduites en pièces. Pour avoir une idée de l’ampleur des dégâts, et du temps qu’il faudra pour effacer les traces du passage de Batsirai, voici encore quelques images prises au moment de la tempête :

Et des images de la ville au lendemain du passage de Batsirai :

Pour donner, plusieurs solutions :

Envoyer un chèque libellé « Reconstruction Mananjary 2022 » à l’ordre du Défap : Service protestant de Mission – Défap 102 Bd Arago – 75014 Paris
Par virement au Défap : DEFAP – Mission protestante – « Reconstruction Mananjary 2022 » – FR56 2004 1000 0100 0528 9E02 025 – PSSTFRPPPAR – Banque Postale

Ou alors par carte en passant par Hello asso et le formulaire ci-dessous :




Les cahiers « Dis-moi la mission » sont disponibles !

Le cinquantenaire du Défap a été non seulement une occasion de célébrer, mais aussi de lancer de nouvelles réflexions sur les changements auxquels sont confrontés nos Églises, nos paroisses. Avec une série d’initiatives dont « Dis-moi la mission », qui s’est traduite par la publication sur notre site internet, tout au long de l’année, de dix cultes, dix animations, dix témoignages d’hier et aujourd’hui, et dix pistes de réflexions autour de dix verbes en lien avec la mission. Un projet particulièrement bien reçu dans les paroisses, et que vous pouvez désormais retrouver sous forme de deux cahiers, « Animation » et « Célébration ». À commander ici !

Le Défap vient de fêter son cinquantenaire en 2021. En cinquante ans d’existence, le Service protestant de mission, né de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP), a su écrire sa propre histoire. Sa création, en 1971, s’inscrivait déjà dans un contexte de grands bouleversements internationaux, qui se traduisaient par de profondes évolutions dans le milieu des Églises. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui. La mission ne se limite plus à évangéliser au loin : il s’agit de faire vivre le lien entre communautés proches et lointaines.

La mission n’est donc plus unidirectionnelle, mais se vit dans un ensemble. Et elle concerne tous les aspects de la vie. Le Défap agit désormais au sein d’un écosystème : la Cevaa (regroupant nombre des Églises avec lesquelles le Service protestant de mission est en lien) ; des organisations d’Églises, des associations liées au milieu ecclésial ou de solidarité internationale…

Depuis sa fondation, le Défap a su s’adapter aux transformations du monde, aux changements de paradigmes en matière de relations avec les Églises sœurs, d’aide au développement ou de formation théologique. Si la diversité est inhérente au protestantisme, le paysage des paroisses françaises connaît depuis une trentaine d’années des mutations profondes. Il est désormais plus mélangé, plus coloré ; l’interculturel s’y présente à la fois comme une richesse et un défi. Derrière les questions sur la mission aujourd’hui se profilent toutes les interrogations liées à une mondialisation qui tantôt rapproche, et tantôt désunit. Si au XIXe siècle, il s’agissait d’apporter l’Évangile au-delà des mers et d’implanter des Églises, désormais, le principal défi est de maintenir des relations entre Églises devenues autonomes. Tout l’enjeu étant de continuer à cheminer ensemble et à s’interpeller mutuellement.

La porosité des frontières, actuellement, ne concerne pas les seuls biens et services marchands ; elle se traduit non seulement par des implantations d’Églises de migrants, mais aussi par l’arrivée de nouveaux paroissiens dans des Églises installées de longue date, entraînant la rencontre entre cultures au sein d’une même paroisse.

Les 50 ans du Défap ont été une opportunité tout à la fois de célébrer, et de multiplier les réflexions dans tous ces domaines. Et à cette occasion plusieurs projets ont vu le jour, dont celui de « Dis-moi la mission ». Nous avons produit et recueilli, tout au long de l’année, dix cultes, dix animations, dix témoignages d’hier et aujourd’hui, et dix pistes de réflexions autour de dix verbes en lien avec la mission.

Nos cultes et animations ayant été particulièrement bien reçus et utilisés dans plusieurs paroisses, nous avons décidé de les éditer en cahiers et des les offrir aux paroisses intéressées. Si vous souhaitez recevoir l’un de ces cahiers ou les deux, vous pouvez passer commande directement ici.

Vous pouvez déjà les lire en ligne sur Calaméo :

 

 

 

Et vous trouverez également ci-dessous d’autres supports d’animation qui pourraient vous intéresser.

 

Nos récentes publications
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L’escape game
Explorez le Défap de manière ludique en jouant à notre jeu de société Escape Game. De 1 à 4 joueurs, vous aiderez un envoyé à retrouver son passeport avant le départ de son avion. Vous pouvez emprunter l’exemplaire qui circule dans votre région, l’imprimer depuis notre site ou nous l’acheter (30€).
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L’exposition
Parcourez l’histoire du Défap, ses engagement et ses défis au travers de notre exposition en 12 panneaux. Vous pouvez nous l’emprunter, l’imprimer depuis notre site internet ou nous l’acheter (300€).
 
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La BD carnet de voyage
Découvrez les aventures de Manior et Maya illustrées dans le carnet de voyage « Les deux pieds en Afrique ». Cet ancien envoyé raconte avec humour et autodérision sa mission au Cameroun.
Vous pouvez nous l’acheter (19.90€) en nous écrivant.



Adresse du protestantisme : Exil et accueil des réfugiés

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Henry Masson, président de La Cimade propose d’arrêter d’investir dans la protection de nos frontières et d’utiliser plutôt cet argent pour pouvoir accueillir dignement les étrangers sur notre territoire.

 




Madagascar : un concert à Paris pour les enfants de Mananjary

Alors que tous les regards sont tournés vers l’Ukraine, n’oublions pas Madagascar ! Les dégâts dans la ville de Mananjary, détruite à 90% par le passage du cyclone Batsirai, contraignent toujours plusieurs dizaines de milliers d’habitants de la région à vivre dans les conditions les plus précaires. Le Défap s’est associé à la fondation La Cause, qui gère deux orphelinats sur place, ainsi qu’à ADRA et aux Amis du Catja, pour aider les centres d’accueil d’enfants abandonnés à retrouver une autonomie. Votre aide est essentielle ! La Cause organise un concert de soutien vendredi prochain : rendez-vous à 20 heures à l’Église américaine de Paris, 65 Quai d’Orsay, pour écouter les 80 choristes et musiciens de la Chorale Huit de Chœur de Versailles chanter pour Madagascar.

Dégâts du cyclone Batsirai au niveau de la nurserie du centre Akany Fanantenana, à Mananjary © La Cause

À Mananjary, nous avons plus que jamais besoin de votre aide. La Cause, cheville ouvrière du groupe qui s’est mis en place pour aider à la reconstruction après le passage du cyclone Batsirai, a pu obtenir des vivres pour les centres d’enfants abandonnés : de quoi tenir deux mois. Mais il faut sortir du cadre de l’urgence, rendre à ces centres leur autonomie pour qu’ils puissent de nouveau avoir les moyens de prendre soin des quelque 130 enfants hébergés sur place.

La situation à Mananjary, un mois après le passage du cyclone Batsirai, reste extrêmement précaire. Les habitants reconstruisent comme ils peuvent les habitations les plus légères, refixent des tôles sur les toitures arrachées (quand ils peuvent s’en procurer : les prix ont grimpé en flèche depuis la catastrophe), mais sont toujours dépendants de l’aide internationale pour subsister au quotidien. Outre les morts lors de la tempête et les 54.000 sinistrés recensés, il y a de nombreux blessés, qui n’ont pu être soignés correctement, comme en témoigne l’antenne locale de Médecins Sans Frontières.

L’évaluation des dégâts par les ingénieurs d’ADRA est en cours

Dans les deux centres d’accueils d’enfants soutenus par La Cause, le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) et Akany Fanantenana, il faut tout à la fois reconstruire et reconstituer élevages et cultures vivrières qui permettent habituellement de se nourrir au quotidien. Les ingénieurs d’ADRA évaluent les dégâts pour savoir quels bâtiments pourront avoir une nouvelle toiture, et ceux qu’il faudra en partie reconstruire car trop endommagés. Dans l’un comme dans l’autre centre, élevages et cultures vivrières ont été totalement détruits.

Dégâts du cyclone Batsirai au Catja, à Mananjary © Catja

Le Défap, La Cause, ADRA, les Amis du Catja ont lancé des appels aux dons. Tous participeront à financer la reconstruction. À l’initiative de La Cause, un concert de soutien est également organisé vendredi 18 mars à 20 heures, à l’Église américaine de Paris, 65 Quai d’Orsay (VIIème arrondissement). L’entrée sera libre, mais votre solidarité sera appréciée. Vous pourrez écouter les 80 choristes et musiciens de la Chorale Huit de Chœur de Versailles chanter pour Madagascar. Constituée en 1984 (sous l’appellation Chorale du Centre Huit) à partir de la chorale de la communauté protestante de Versailles, elle est dirigée depuis 2015 par Mata Zerbo, dont le souci premier est de permettre à chacun d’exprimer ce qu’il est au travers du chant, perpétuant ainsi l’esprit de la chorale initié par Pierrette Allaigre, sa créatrice, et cheffe durant 30 années. Le répertoire est celui des grandes œuvres musicales de la renaissance à nos jours. Il est très varié et s’enrichit chaque année de nouvelles œuvres. Vous pouvez trouver ci-dessous un aperçu du programme musical de cette soirée :

Au cours de la même soirée, l’artiste-peintre Marie-Dominique Willemot offrira l’une de ses œuvres (« Evanescence », acrylique sur toile de 2018) en faveur de l’action humanitaire de la fondation La Cause à Mananjary pour la reconstruction des centres détruits par le cyclone. Ce tableau magnifique, exposé par l’artiste lors du concert, sera mis en vente le même soir au prix exceptionnel de 500 euros minimum (cotation du tableau 1500 euros). Pour le réserver, merci de vous adresser aux représentants de la Chorale Huit de Chœur. Le paiement peut être effectué par chèque bancaire à l’ordre de la Fondation La Cause.

« Evanescence » acrylique sur toile de 2018 © Marie-Dominique Willemot

Nous vous rappelons aussi l’appel aux dons lancé par le Défap en soutien à La Cause. Pour donner, plusieurs solutions :

Envoyer un chèque libellé « Reconstruction Mananjary 2022 » à l’ordre du Défap : Service protestant de Mission – Défap 102 Bd Arago – 75014 Paris
Par virement au Défap : DEFAP – Mission protestante – « Reconstruction Mananjary 2022 » – FR56 2004 1000 0100 0528 9E02 025 – PSSTFRPPPAR – Banque Postale

Ou alors par carte en passant par Hello asso et le formulaire ci-dessous :




Liberté et missions protestantes : rendez-vous les 17 et 18 mars

Ces deux journées d’étude, qui se dérouleront à la fois au 102 boulevard Arago et Place Aurélie Nemours, sont organisées dans le cadre des travaux du GRER (Groupe de recherche sur l’Eugénisme et le Racisme) de l’Université de Paris, site Diderot. Elles visent à croiser les regards des missions protestantes francophones et anglophones sur les notions de liberté aux XIXe et XXe siècles en Afrique et en Océanie.

Détail de l’affiche du colloque

« Rendre la liberté » aux autochtones de la mission était l’essence même de l’institution missionnaire. Certains ont pu penser que la « civilisation chrétienne » avait pour mission de libérer les peuples de l’obscurantisme (fin de la magie noire, du cannibalisme, des crimes rituels, etc.), comme l’illustrent les activités de la missionnaire écossaise Mary Slessor au Calabar. Mais si la conversion au christianisme était, aux yeux des missionnaires, libératrice et libératoire pour les indigènes, que penser de la destruction et de la privation de leur culture au nom de la foi et du progrès ?

Qu’elles soient francophones ou anglophones, les missions, aux XIXe et XXe siècles, s’accordent, en grande majorité, sur le fait que, in fine, l’évangélisation des autochtones incombe aux autochtones eux-mêmes. Cependant, de la liberté d’accepter l’évangélisation à la liberté ecclésiale, voire politique, il n’y a qu’un pas. Or les missionnaires et leurs ouailles œuvrent dans le champ colonial français et britannique, ce qui interroge l’approche géopolitique de la liberté au sein du projet missionnaire dans un contexte colonial et post-colonial. Certaines Églises protestantes ont soutenu le régime colonial, y compris quand il débouchait sur des situations liberticides comme l’apartheid en Afrique du Sud, alors que d’autres s’y sont opposées. Quelles furent les limites à leur liberté auxquelles ces Églises furent confrontées ? Quelles formes de liberté ont-elles prônées ?

Priver de liberté cet Autre, qu’il soit un missionnaire indigène d’Afrique ou d’Océanie ou un missionnaire de souche européenne, ou au contraire lui accorder la liberté d’expression et d’ »être », relève du champ des altérités et des identités culturelles. La conception de la liberté est le fruit de cultures que missionnaires et autochtones véhiculent et confrontent au sein de la mission. C’est précisément au cœur de la mission que se font et se défont les libertés et les identités. Creuset des contradictions, la mission abrite et protège autant qu’elle déconstruit et détruit.

Détail de l’affiche du colloque

C’est cette question passionnante de la liberté et des missions protestantes que se propose d’explorer le colloque qui se tient les jeudi 17 et vendredi 18 mars, selon les modalités et le programme suivants :

Jeudi 17 mars 2022 : rendez-vous au Défap (102 Boulevard Arago, Paris 14e)

  • 14h00 : Ouverture du colloque : Basile Zouma secrétaire général du Défap. Claire Kaczmarek, Gilles Teulié.
  • 14h15 : Conférence inaugurale
    Gilles Vidal, Institut Protestant de Théologie, Faculté de Montpellier
      La théologie de la libération dans un contexte océanien (1990-2000). Approche comparative de deux théologiens kanak et ma’ohi contemporains.
  • 15h15 : Pause
  • 15h30-17h00. Atelier I : Défendre l’opprimé : la mission comme espace de l’humanisme ?
    Marie-Claude Mosimann-Barbier, Ecole Normale Supérieure de Paris-Saclay
      Le combat de John Philip contre l’esclavage en Afrique du Sud.
    Maud Michaud, Université du Mans
      La mission au service de l’humain : Alice Seeley Harris (1870-1970) et les campagnes humanitaires contre les atrocités du Congo de Léopold II.
    Marc Tabani, Aix-Marseille Université
      La « Loi de Tanna » : Histoire d’une théocratie presbytérienne aux Nouvelles-Hébrides (Vanuatu).
  • 17h00. Pause
  • 17h15. Visite des archives du Défap avec Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap.
  • 18h00. Apéritif dînatoire au Défap

Vendredi 18 mars 2022 : rendez-vous au GRER (Université de Paris-site Diderot, Place Aurélie Nemours, Paris 13e Bâtiment Sophie Germain, Amphi Turing)

  • 9h00 : Accueil
  • 9h30-10h30. Atelier II : Affirmer son identité : la mission comme fabrique de l’émancipation ?
    Vahi Tuheiava-Richaud, Université de Polynésie Française
      L’EPM, une église de traditions fortes à la recherche d’un nouvel équilibre : entre mutation ou rupture ?
    Chloé Pastourel, Université Clermont-Auvergne
      Entre influence et rejet des missions philanthropiques protestantes anglo-saxonnes dans la diffusion du panafricanisme durant la Conférence de l’enfance africaine en 1931.
  • 10h30-11h00. Pause
  • Clélia Lacam, Univ. Paris I Panthéon-Sorbonne / Institut des Mondes Africains
      La mission protestante en terre gabonaise : un espace de liberté féminine ? (1892-1914).
    Jean Paul Mountapmbeme, Université de Yaoundé I
      Identité africaine et Missions Protestantes : problématique de l’altérité à travers l’itinéraire d’Adolf Lotin a Same de la Native Baptist Church au Cameroun.
  • 12h00 Déjeuner
  • 14h00. ATELIER III : Composer avec l’administration coloniale : la mission comme vitrine de l’ambiguïté ?
    Dominique Ranaivoson, Université de Lorraine
      Les missionnaires protestants français dans l’insurrection de 1947 : « sur la crête du toit » entre liberté et répression.
    Francis Romuald Mvo’o, Université de Yaoundé I
      Missions protestantes au Cameroun sous la tutelle française de l’évangélisation aux activités politiques : de la subdivision du Nyong et Sanaga 1950-1960.
  • 15h00-15h30. Pause
  • Marie Julien Danga, Université de Yaoundé I
    Protestantisme et guérilla nationaliste au Cameroun sous tutelle française : cas de la subdivision Mbouda (1955-1971).
    Claire Kaczmarek, Université d’Artois
      Samuel Macfarlane (1837-1911), liberté religieuse et identités nationales dans l’Empire informel de l’espace insulaire de Lifou, Nouvelle-Calédonie.
  • 16h30. Conclusions




Guerre en Ukraine : quand le politique mine le religieux

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, de nombreuses voix de religieux s’élèvent pour appeler à l’arrêt de la guerre. Mais si les religions peuvent aider au dialogue et au rapprochement entre les peuples, elles peuvent aussi être instrumentalisées par le pouvoir politique. Et se retrouver elles-mêmes divisées.

Carte de l’Ukraine © Sven Teschke, Wikimedia Commons

Si l’expression de « guerre de religions » est souvent un prétexte pour entretenir la méfiance vis-à-vis du fait religieux dans son ensemble, nous croyons au contraire, au Défap, à l’importance des religions pour entretenir le dialogue entre les peuples et les cultures. Mais force est de constater que les religions (ou du moins les institutions qui les représentent) peuvent aussi être instrumentalisées par les tensions politiques. C’est aujourd’hui le cas à propos de la guerre en Ukraine. Depuis l’invasion du territoire ukrainien par les troupes russes, et avec les révélations de plus en plus nombreuses d’attaques russes contre des cibles civiles, les différentes religions appellent le plus souvent à la paix. Mais dans des termes souvent différents, et qui dévoilent de fortes tensions entre elles.

Ces tensions sont d’abord perceptibles en Ukraine. Les deux-tiers des Ukrainiens se disent orthodoxes, et un peu moins de 9% sont catholiques. Les autres courants du christianisme sont très minoritaires : 1,9% pour les protestants toutes dénominations confondues. Quant aux autres religions, elles sont très peu représentées : 1,1% pour les musulmans, une minorité présente depuis le XIVe siècle, 0,2% pour les juifs.

Chez les orthodoxes ukrainiens, des appels à la rupture avec le Patriarcat de Moscou

Les orthodoxes d’Ukraine sont partagés entre l’Église dépendant du Patriarcat de Moscou, celle du Patriarcat de Kiev, créé en 1992 et dissident du Patriarcat de Moscou, et une petite Église autocéphale – terme utilisé pour décrire chez les orthodoxes des « Églises-sœurs » indépendantes hiérarchiquement, mais unies par la même foi. Dans cet ensemble, c’est le Patriarcat de Moscou qui dispose du clergé le plus nombreux et du plus grand nombre de paroisses ; il représente près de 18% des Ukrainiens. Mais il existe aussi officiellement depuis fin 2018 une Église orthodoxe d’Ukraine, censée regrouper l’Église orthodoxe ukrainienne autocéphale et le Patriarcat de Kiev. Un ensemble qui a l’ambition de regrouper tous les orthodoxes d’Ukraine sous la juridiction d’une Église nationale autocéphale, mais qui doit encore faire la preuve de sa légitimité, puisque le Patriarcat de Kiev a depuis contesté cette fusion pour des raisons de personnes. Si cette Église autocéphale d’Ukraine finit par s’imposer, elle regroupera 25% des Ukrainiens. Ne pouvant espérer obtenir la reconnaissance de cette Église nationale de la part du Patriarcat de Moscou, notoirement proche du pouvoir russe, les orthodoxes ukrainiens ont donc sollicité le Patriarche de Constantinople. Ce qu’a accepté le Patriarche Bartholomée en accordant le tomos (décret) d’autocéphalie à l’Église orthodoxe d’Ukraine… avec pour conséquence une sévère crise entre Moscou et Constantinople. Dès lors, les diverses Églises autocéphales ont été sommées de prendre parti pour l’un des deux grands patriarcats en reconnaissant ou non l’Église ukrainienne.

Derrière la question de l’Ukraine, c’est donc le problème de l’autorité sur l’ensemble du monde orthodoxe qui se profile. Et d’une manière encore plus pressante depuis l’invasion russe. Déjà en 2014, année de l’annexion de la Crimée par la Russie, la branche loyale au Patriarcat de Moscou a perdu une partie de ses fidèles. Et depuis le début de l’invasion russe, plusieurs de ses prêtres ont publié une adresse vidéo exigeant de rompre tout lien avec l’Église russe. D’autant plus que le 6 mars, loin de condamner l’invasion, le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, a justifié la guerre en Ukraine dans un sermon enflammé contre l’Occident prononcé lors de la Divine Liturgie dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.

« Où sont vos Bonhoeffers, où sont vos Barths ? »

Les catholiques ukrainiens sont eux aussi traversés de tensions. L’Église gréco-catholique ukrainienne représente 8% de la population, mais il existe aussi des membres de l’Église catholique ruthène. Surtout, les catholiques ont le sentiment de pâtir du dialogue œcuménique entretenu avec le monde orthodoxe par Benoît XVI et par le Pape François – alors qu’avant eux, Jean-Paul II avait ouvertement défendu les catholiques orientaux en Europe. Une position qui risque d’être difficile à tenir pour le Vatican, alors que depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, les silences du pape François sur la Russie sont de plus en plus remarqués. S’il a appelé à l’arrêt de la « guerre », déplorant un « pays martyrisé », il n’a, à aucun moment, formellement condamné l’attaque russe. Sa dénonciation la plus claire n’est venue que dimanche dernier, lorsqu’il a fustigé « l’attaque armée inacceptable » qui a lieu en Ukraine.

Si des divisions historiques comparables à celles que connaissent les orthodoxes ou les catholiques n’existent pas entre protestants évangéliques russes et ukrainiens, ces derniers soulignent toutefois que s’ils ont entendu de nombreuses prières pour la paix de la part de leurs collègues russes, il n’y pas eu de condamnation de l’invasion. « Où sont vos Bonhoeffers, où sont vos Barths ? » interpelle Valerii Antoniuk, qui est à la tête de l’Union panukrainienne des Églises des chrétiens évangéliques-baptistes. « De nombreux croyants en Russie prient au sujet de la “situation” en Ukraine. La situation s’appelle GUERRE », dénonce pour sa part sur Facebook le pasteur de l’Église Parole de vie à Boyarka, non loin de Kiev. Pourtant, des voix s’élèvent aussi en Russie chez les évangéliques, minoritaires, bravant les menaces de représailles des autorités russes. « Le temps est venu où chacun d’entre nous doit appeler les choses par leur vrai nom, tant que nous avons encore une chance d’échapper à la punition d’en haut, et d’empêcher l’effondrement de notre pays », souligne ainsi une lettre ouverte signée par un groupe de pasteurs russes et d’autres responsables protestants. « Nous demandons aux autorités de notre pays de mettre fin à cette effusion de sang insensée ! »

La réponse du patriarche Kirill de Moscou au COE

Au final, ces tensions au sein des religions débordent très largement le cadre des relations entre Russie et Ukraine. Au point de menacer les relations œcuméniques au niveau international. Le Conseil œcuménique des Églises a ainsi envoyé une lettre au patriarche Kirill de Moscou, membre de la communauté d’Églises, pour qu’il intervienne auprès du Kremlin pour tenter d’arrêter la guerre lancée contre l’Ukraine. Cette fois encore, la réponse au courrier du COE a été claire : le chef religieux de l’Église orthodoxe russe a demandé au COE de « rester une plate-forme de dialogue impartial, libre de toute préférence politique et de toute approche unilatérale ». Il a accusé les pays occidentaux d’avoir « tenté de faire des peuples frères – Russes et Ukrainiens – des ennemis », tout en se disant « fermement convaincu que les initiateurs [de la guerre] ne sont pas les peuples de Russie et d’Ukraine, qui sont sortis des mêmes fonts baptismaux de Kiev, sont unis par une foi commune, des saints et des prières communs, et partagent un destin historique commun », mais qu’il faut chercher « les origines de la confrontation dans les relations entre l’Occident et la Russie ».

En France, la FPF et l’Église catholique ont pris l’initiative d’un dialogue avec les représentants de l’orthodoxie russe. Le pasteur François Clavairoly, Président de la Fédération protestante de France et Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des Évêques de France, devaient ainsi rencontrer le jeudi 10 mars, à la Cathédrale de la Sainte Trinité, siège épiscopal du diocèse de Chérsonèse et centre de l’Exarchat d’Europe occidentale du patriarcat de Moscou, le Père Maxime Politov, curé de la Cathédrale. « Cette initiative, a indiqué la Fédération protestante de France dans un communiqué, veut contribuer au dialogue mais aussi et surtout à l’interpellation du Patriarche de Moscou et de toute les Russies sur l’importance du sens de sa responsabilité dans ce conflit. »




Méditation du jeudi : Une histoire de paille et de poutre

Méditation du jeudi 10 mars 2022. Nous avons tous une fâcheuse tendance à nous croire le centre du monde. Pourtant Dieu, l’Évangile, le Christ et même l’Esprit peuvent être compris différemment ailleurs, et la foi s’incarner autrement.

La parabole de la paille et de la poutre par Domenico Fetti (Metropolitan Museum of Art) – Wikimedia Commons

Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ? Comment peux-tu dire à ton frère : « Mon frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ! Alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère.
(Luc 6,41-42)

Dieu est-il le même partout, pour tout le monde, de tout temps ? Spontanément on penserait que oui. Or les textes bibliques nous montrent un Dieu qui discute et même se dispute avec les humains, qui évolue et qui change, qui passe contrat et qui ouvre des perspectives : ce n’est pas un Dieu immuable et statique ! L’idée de qui est Dieu pour nous, les textes en témoignent, est en perpétuelle évolution.

Il semble pourtant qu’une réalité humaine incontournable soit notre tendance à nous imaginer les autres – et Dieu – comme d’autres nous-mêmes, par défaut d’imagination mais surtout par centrement sur nous-mêmes. En d’autres termes, nous avons une fâcheuse tendance à nous croire le centre du monde. Ça va si loin que dans notre imaginaire, nous traitons Dieu, l’Autre par excellence, comme nous traiterions un double de nous-même… L’altérité, c’est ça le problème.

Il y a cependant des situations limites où on rencontre l’autre, vraiment. Mais ça relève de conditions qui échappent largement à notre contrôle : il faut que quelque chose surgisse et s’impose. On peut appeler ça l’Esprit, cette part de Dieu qui souffle où il veut, qui vient bousculer et ouvrir des possibles là où nous les voyions pas.

C’est ainsi que le concept d’Église universelle vient nous bouleverser dans nos représentations : nous réalisons que Dieu, l’Évangile, le Christ et même l’Esprit sont compris différemment ailleurs que chez nous et que la foi s’incarne autrement. C’est le même Dieu, le même Évangile… mais ils s’inscrivent dans des imaginaires différents et prennent de nouveaux visages. Le choc de la rencontre est une épreuve, mais il est salutaire pour pouvoir faire des rencontres fraternelles en vérité, à la dimension de l’Église dont Dieu seul connaît les contours et du Royaume qui nous appelle à une imagination sans cesse renouvelée, pour sortir de nos imaginaires. Sans tenter de s’ôter mutuellement des yeux des pailles ou des poutres !

Tu regardes l’autre à la mesure du regard que tu imagines porté sur toi.
Ton Dieu est bienveillant ? Alors ton regard est bienveillant.
Ton Dieu est un juge impitoyable ? Alors tu juges l’autre et tu te mesures à lui.
Ton Dieu est humble et faible ? Alors tu regardes l’autre avec humilité et impuissance.
Tu te sens ignoré et perdu dans le vaste monde ? Alors tu ignores l’autre dans son propre monde et tu n’essaies pas d’y accéder.




Samedi 12 mars, marchons pour le climat !

La Fédération protestante de France invite à participer aux « cortèges des convictions » dans les marches climat qui se tiendront le samedi 12 mars 2022 partout en France.

La carte des cortèges prévus le samedi 12 mars dans toute la France

La Commission écologie et justice climatique de la FPF veut ainsi, ensemble avec d’autres, interpeller les candidat·es afin qu’ils et elles donnent au défi de la justice climatique la place essentielle qu’il mérite et qu’ils et elles proposent des programmes alignés avec la science et socialement justes.

Pour la première fois, une véritable coordination interreligieuse et interconvictionnelle s’est mise en place au niveau national. La liste des acteurs est disponible sur l’événement Facebook commun (dont la page est publique et accessible même si vous n’avez pas de compte sur ce réseau social). Déjà six cortèges des convictions sont prévus, ajoutons-en de nombreux autres !

Pour rejoindre un cortège déjà en cours d’organisation dans votre ville écrivez à benedicte.charrier@coexister.fr ou laissez un commentaire sur Facebook, pour être mis en relation avec la référente ou le référent local.

Pour ajouter un nouveau cortège des convictions dans une marche pour le climat écrivez à martinkopp.perso@gmail.com afin d’ajouter une ville et les informations de rencontre.

 

Deux visioconférences nationales de la FPF: après un temps spirituel, la commission Écologie et Justice climatique présentera l’adresse de la FPF aux candidat·es, l’initiative des cortèges des convictions, deux témoignages de mobilisations locales et des conseils et outils pour mobiliser chez vous ! Inscriptions ici en ligne.

Une conférence publique la veille de la marche, le vendredi 11 mars à 20h, sur le rapport du GIEC et l’action pour le climat des acteurs religieux

Cette initiative est portée ensemble par l’AEPP (Association des étudiants protestants de Paris), le CCFD-Terre solidaire, le Ceras, Chrétiens dans le monde rural, Chrétiens Unis pour la Terre, le Christianisme social, Coexister France, les Éclaireuses et éclaireurs unionistes de France, Église verte, Faith for Future France, la Fédération protestante de France, GreenFaith, le Laudato Si’ Movement France, la Mission populaire évangélique, le Secours catholique – Caritas France.

L’Association des étudiants Protestants de Paris propose par ailleurs aux participants qui voudraient se joindre à elle dans cette manifestation, trois temps de préparation en commun :

  • 1 – jeudi 10 à partir de 18h : Atelier banderoles et pancartes (entrée libre, l’atelier est ouvert à tous ceux qui participeront au cortège des convictions). L’AEPP fournit le matériel de base (manches, cartons, pinceaux, peinture). Et invite à Penser à des slogans, et à apporter un morceau de carton ou de contreplaqué pour celles et ceux qui voudraient faire une oeuvre plus personnelle. Seront également offerts des tot bag de couleur à décorer.
  • 2- vendredi 11 à 20h précises : Présentation du second rapport du GIEC par un des auteurs du rapport : Laurent BOPP (Directeur de recherche au CNRS et directeur du département de géo-science de Normale Sup).
  • 3- Samedi à 10h : fin de l’atelier pancarte (pour ceux qui veulent) et, à 12h pique-nique avant manif à l’AEPP. Le rendez-vous de départ du cortège est à côté, au Canon de la Bastille rue Saint Antoine, à 13h45.