Lettre de nouvelles : partages, rencontres, formations et découvertes

Galed est volontaire de solidarité internationale à Marseille. Dans le cadre de sa mission au sein de l’Association diaconale protestante Marhaban, il contribue à promouvoir l’éducation à la citoyenneté responsable et à la solidarité auprès des habitants d’un quartier prioritaire.

Ce début d’année a été une période particulièrement épanouissante pour moi. J’ai rapidement pris fonction et j’ai pu m’investir pleinement dans mes missions après le départ de Believe. Entre l’appui à la gestion du projet Vivres Solidaires, la logistique et la communication, j’ai eu l’opportunité de mettre mes compétences au service d’une cause qui me tient à cœur, dans un environnement à la fois stimulant et bienveillant.

Parmi les moments marquants, l’atelier cuisine avec les femmes bénéficiaires du programme reste une très belle expérience. Ensemble, nous avons préparé plusieurs spécialités comme la Ghribia, la Karantika ou encore un spinach stew, accompagnés de riz, de boulgour et de tagliatelles de carottes. Un moment riche en partage, en transmission de savoir-faire et en convivialité.

J’ai également eu le plaisir de retrouver les volontaires avec qui j’ai débuté cette mission lors de la formation « Valeurs de la République et laïcité » à Oullins, près de Lyon. Un temps fort d’échanges et de retrouvailles, qui m’a aussi permis de redécouvrir la ville.

Côté découvertes, un week-end à la montagne à Chaillol m’a offert une première expérience de la neige et du ski, une parenthèse rafraîchissante loin de Marseille.

Je me suis aussi impliqué dans l’exposition photo organisée à l’occasion des 200 ans de présence protestante à Marseille, autour du thème « Témoigner ». Entre installation des œuvres et gestion de la communication digitale, ce projet a été très enrichissant. Une fierté particulière : apparaître sur l’une des photos exposées, symbole de notre engagement à Marhaban.

Enfin, ce trimestre s’est clôturé avec la Fête de l’Alimentation 2026, co-organisée avec plusieurs associations. Théâtre, expo, musique et moments conviviaux ont rythmé cet événement, dans une ambiance chaleureuse et engagée. Un trimestre intense et formateur, marqué par l’engagement, les rencontres et de belles découvertes.

Télécharger la lettre




Lettre de nouvelles : Temps forts entre rencontres et aventures

Asanat est Volontaire de Solidarité Internationale en France depuis 2025. Sa mission est d’accueillir et d’accompagner de jeunes et de familles en situation de précarité à Strasbourg.

Bonjour à tous,

Voilà déjà cinq mois que je vis cette aventure au sein de l’association l’Étage Club de Jeunes. Après la pause des fêtes de Noël, j’ai repris le chemin de ma mission avec un enthousiasme renouvelé pour cette année 2026.

Mon quotidien au cœur du social

Retrouver les bénéficiaires a été un vrai bonheur. Malgré la rudesse de l’hiver, c’est le sentiment d’être utile et la joie des rencontres qui me donnent, chaque matin, le courage d’avancer. Je découvre chaque jour la richesse des actions de l’association ; c’est un apprentissage permanent qui me fait grandir.Un des moments que j’apprécie particulièrement, ce sont les cours de français. C’est un espace de rencontre incroyable avec des personnes du monde entier. Parfois, j’ai le bonheur de pouvoir parler ma langue maternelle avec certains d’entre eux. Voir leur sourire quand ils trouvent quelqu’un qui les comprend vraiment n’a pas de prix ! Cela me permet aussi de les aider plus efficacement dans leur apprentissage. À la Loupiote, le contact avec les familles et les enfants complète cette expérience en m’apportant de nouvelles compétences humaines.

Moments forts et échanges

Ces derniers mois ont aussi été marqués par des moments de partage plus personnels :

Un échange riche : J’ai eu la chance de participer à un culte à Beblenheim, organisé avec le pasteur de l’ACO. J’y étais accompagnée d’une autre volontaire venant d’Égypte. Ce fut un moment d’échange passionnant où nous avons pu mettre en parallèle nos missions respectives ici en France et les progrès des projets en cours en Égypte.

Évasion et amitié : J’ai également eu l’opportunité de découvrir la Côte d’Azur avec deux amies. Ce fut un moment marquant car j’ai enfin pu voir la mer, ce qui change totalement de l’ambiance alsacienne. J’ai aussi remarqué une vraie différence culturelle et de rythme de vie par rapport à l’Alsace ; le climat plus doux et la proximité de la Méditerranée donnent une tout autre énergie. Enfin, j’ai fêté mon anniversaire entourée de mes amis, qui sont devenus pour moi une véritable deuxième famille ici.

Merci à vous tous qui m’accompagnez de près ou de loin dans cet engagement. Votre soutien et vos prières me portent au quotidien. Je vous dis à très bientôt pour la suite de mes aventures.

Télécharger la lettre




Protestantisme français : mutations, tensions et nouveaux équilibres

Dans un contexte de transformations profondes du paysage protestant, marqué par la sécularisation et la diversification des profils, la journée d’étude « Protestantisme français : mutations, tensions, nouveaux équilibres » propose d’analyser les enseignements de l’enquête IFOP 2024-2025.

Quinze ans après la précédente étude, ce nouveau travail met en lumière les évolutions des sensibilités, les recompositions internes et les nouvelles pratiques au sein du protestantisme français. Une occasion privilégiée, aux côtés d’experts, de décrypter ces dynamiques et de mieux comprendre les équilibres émergents qui façonnent le protestantisme contemporain.

📅Jeudi 7 mai 2026 : journée d’étude

⚠️ Le nombre de places étant limité, merci de ne vous inscrire que si votre présence est assurée.S’inscrire à la journée d’étude

Programme

🕔 Jeudi 7 mai – 9h30 à 12h30

I – Mesurer les mutations : données et lignes de force

Les principaux enseignements de l’enquête IFOP

Intervention : Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France

Retour sur les principaux enseignements de l’enquête IFOP 2024-2025. Identification des lignes de force qui structurent aujourd’hui le protestantisme français. Mise en perspective de la singularité protestante dans un paysage religieux marqué par la sécularisation, la fragmentation des appartenances et l’archipélisation.

Profils sociologiques et positionnements politiques

Intervention : Claude Dargent, professeur de sociologie politique à l’Université Paris 8

Analyse des évolutions démographiques, des catégories socio-professionnelles et des sensibilités politiques. Le protestantisme apparaît-il comme un groupe distinctif ou comme le miroir des recompositions sociopolitiques contemporaines ?

Déplacements éthiques et autorités normatives

Intervention : Fabrice Desplan, sociologue, ancien chercheur rattaché au GSRL, directeur de Saexfo (à confirmer)

Que met en évidence l’enquête quant à l’évolution des positions des protestants sur des enjeux sociétaux tels que l’aide active à mourir, l’IVG, l’immigration ou la bioéthique ? Dans quelle mesure ces évolutions traduisent-elles un écart croissant entre les positions institutionnelles et les pratiques effectives des fidèles ?

Dynamiques évangéliques : croissance, diversification, circulation

Intervention : Fabio Morin, docteur de l’EPHE

Analyse de la progression des identifications évangéliques et pentecôtistes : s’agit-il d’une dynamique durable ou d’une recomposition plus diffuse ? Un éclairage historique met en évidence les continuités et circulations internes, ainsi que la diversité des formes contemporaines de l’évangélisme.

🕔 Jeudi 7 mai – 14h00 à 16h30

II – Comprendre les implications pour le protestantisme contemporain

Mutations luthéro-réformées : transformations et reconfigurations

Intervention : Pierre-Yves Kirschleger, maître de conférences HDR en histoire contemporaine à l’Université Paul-Valéry de Montpellier

Érosion des bastions historiques, recomposition urbaine, montée de profils adultes en reconversion, évolution du rapport à l’Écriture et des pratiques : s’agit-il d’un déclin, d’une transformation ou d’une reconfiguration du modèle luthéro-réformé ?

Interpréter les recompositions : enjeux ecclésiaux et mutations de l’engagement

Intervention : Philippe Gaudin, ancien directeur de l’Institut d’étude des religions et de la laïcité (IREL)

Dans un contexte de pluralisation des appartenances et d’hybridation des pratiques, comment comprendre les recompositions en cours ? Assiste-t-on à un déplacement des formes d’engagement ? Quels enjeux pour la transmission, l’autorité et la cohésion ecclésiale ?

Mise en perspective générale

Intervention : Philippe Portier, co-directeur de l’Observatoire international du religieux (Sciences Po-EPHE)

Minorité stable mais plurielle, engagée mais traversée de tensions internes : le protestantisme constitue-t-il un laboratoire des recompositions religieuses en contexte de sécularisation avancée ?S’inscrire à la journée d’étude




Assemblée Générale 2026 : bilan, convictions et perspectives

Le samedi 28 mars s’est tenue l’assemblée générale du Défap. La chapelle du Défap a accueilli plus de 60 personnes, bénévoles, anciens volontaires, membres d’Églises et d’organismes partenaires, venues assister à la rétrospective de l’année 2025.

Le mot du Président et du Secrétaire général

Joël Dautheville, président du Défap, a ouvert la journée en prononçant un discours soulignant la nécessité pour le Défap de s’appuyer sur une stratégie claire, incarnée par le plan « Convictions et Actions » prolongé jusqu’en 2027, structuré autour du partenariat, de la justice sociale et de l’interculturalité. Malgré les incertitudes, la vitalité des équipes et la richesse des échanges demeurent. Dans un contexte marqué par un recul de l’intérêt pour la solidarité, le Défap est appelé à renforcer ses liens avec les Églises et à poursuivre un témoignage engagé, fidèle à sa mission. Dans cette dynamique, Vincent Nême_Peyron, secrétaire général du Défap, met en lumière, avec un regard neuf, la diversité et la richesse des actions de l’organisation, portées par une équipe engagée et des partenariats multiples. Il insiste sur cette pluralité comme une force, malgré les défis actuels, et souligne une refondation en cours, menée en lien étroit avec les Églises, dans un esprit de coopération et de confiance, fidèle à une mission centrée sur l’annonce de l’Évangile.

Les actions du Défap en 2025

Un temps a été consacré aux activités du Défap en 2025 présenté par les équipes du Défap. Cette intervention a souligné le rôle essentiel de l’institution dans le développement des liens entre Églises partenaires, l’engagement pour la justice, le respect de la création et la dignité humaine, la promotion de l’interculturalité. À travers les échanges de personnes, l’accompagnement de pasteurs, de chercheurs et de volontaires, ainsi que de nombreux partenariats théologiques et solidaires en France et à l’international, le Défap contribue activement à rendre visible l’Eglise universelle.Sa bibliothèque questionne et éclaire les défis de vivre l’interculturalité. Parmi les 292 chercheurs accueillis en salle de lecture, nombreux sont les universitaires – étudiants ou enseignants – qui ont fait porter un éclairage nouveau sur nos fonds : recherches de provenance pour des objets, histoire coloniale de la Suisse, etc.La maision des missions, le « 102 » boulevard Arago, joue un rôle à part entière dans le double mouvement envoi/accueil qu’encourage le Défap : elle reçoit des représentants de tout le monde protestant francophone, ainsi que des groupes venus des paroisses françaises.

Vivre l’Évangile en contexte de violence : regards croisés

L’après-midi a été rythmé par deux interventions poignantes sous le thème « Comment vivre l’Évangile dans un contexte de souffrance et de violence ? »

La conférence du pasteur Benoît Amina Lwikitcha, doyen de la faculté de théologie protestante de l’université évangélique en Afrique (Sud-Kivu en RDC) met en lumière la tragédie des « enfants-serpents », nés de viols utilisés comme arme de guerre dans l’est de la République démocratique du Congo, une région marquée depuis des décennies par des conflits violents, notamment dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Ces enfants subissent une « double peine » : rejetés par leurs mères traumatisées et stigmatisés par la communauté qui les associe à des croyances négatives (enfants sorciers ou porteurs de malheur), ils sont privés d’identité légale, d’accès à l’éducation et aux soins, devenant invisibles aux yeux de l’État. Livrés à eux-mêmes, ils sont exposés à de nouveaux dangers, notamment le recrutement par des groupes armés. Face à cette situation, les Églises jouent un rôle central en offrant accueil et accompagnement, malgré des moyens très limités et l’absence de soutien étatique. Le pasteur appelle ainsi à une mobilisation collective et internationale pour créer des structures d’accueil adaptées, briser la stigmatisation et redonner à ces enfants dignité, identité et avenir.

La conférence de Cyrille Payot, pasteur de l’EPUdF, retrace son expérience comme accompagnateur œcuménique en Cisjordanie dans le cadre du Ecumenical Accompaniment Programme in Palestine and Israel, un programme international visant à protéger les populations et documenter les violations des droits humains. Durant trois mois en 2025, dans un contexte fortement dégradé depuis le Attaques du 7 octobre 2023, il a observé et rapporté de nombreux incidents affectant les civils : restrictions de circulation, violences, démolitions et précarisation. Malgré une présence devenue plus discrète et à l’impact limité, la mission permet un soutien ponctuel et une documentation essentielle relayée à l’international. De retour en France, il insiste sur l’importance du témoignage et appelle à une mobilisation fondée sur la justice, la vérité et le refus de la violence pour envisager une paix durable.




Ouverture de l’assemblée générale : Prière des bâtisseurs de cathédrale, du 12ème siècle…

Apprends-nous, Seigneur, à bien user du temps que tu nous donnes pour œuvrer & à bien l’employer sans rien en perdre.

Apprends-nous à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.

Apprends-nous à prévoir le plan sans nous tourmenter, à imaginer l’œuvre sans nous désoler si elle jaillit autrement.

Apprends-nous à unir la hâte & la lenteur, la sérénité & la ferveur, le zèle & la paix. Aide –nous au départ de l’ouvrage, là où nous sommes le plus faible.

Aide-nous au cœur du labeur à tenir serré le fil de l’attention. Et surtout comble Toi-même les vides de notre œuvre :: Seigneur, dans tout labeur de nos mains laisse une grâce de Toi pour parler aux autres & un défaut de nous pour nous parler à nous-même.

Purifie notre regard : quand nous faisons mal, il n’est pas sûr que ce soit mal & quand nous faisons bien, il n’est pas sûr que ce soit bien ::

Seigneur, ne nous laisse jamais oublier que tout savoir est vain. Et que tout travail est vide sauf là où il y a amour.

Et que tout amour est creux qui ne nous lie pas à nous-même & aux autres & à Toi :: Seigneur , enseigne-nous à prier avec nos mains, nos bras & toutes nos forces. Rappelle-nous que l’ouvrage de nos mains t’appartient & qu’il nous appartient de te le rendre en le donnant. Que si nous faisons par goût du profit, nous pourrirons à l’automne comme un fruit oublié. Que si nous faisons pour plaire aux autres, comme la fleur de l’herbe nous fanerons au soir. Mais si nous faisons pour l’amour du bien, nous demeurerons dans le bien. Et le temps de faire bien & à ta gloire, c’est maintenant ::Amen ::

Lecture : 2 Corinthiens 4, 16 à 5,20 (extraits) :

Nous ne perdons pas courage. […] Nous regardons non pas à ce qui est visible, mais à ce qui est invisible, car les réalités visibles sont passagères et les invisibles sont éternelles. Nous savons, en effet, que si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui est l’ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n’a pas été faite de main d’homme. Aussi nous gémissons dans cette tente, désirant vivement revêtir notre domicile céleste par-dessus l’autre.

[…] Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par Christ, et qui nous a donné le ministère de la réconciliation. Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation. Nous faisons donc les fonctions d’ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu!

Prédication

Face au triomphe de l’empire Romain, la tentation de rejoindre le Ciel aurait pu être grande pour la minorité des Chrétiens persécutés. Malgré les apparences, l’apôtre Paul ne s’y résout pas. Il ne cherche pas à changer de monde, mais à changer le monde. Il ne parle pas seulement de la maison céleste qui viendrait remplacer la tente précaire « dans laquelle nous gémissons » : il parle de « réconciliation avec le monde », au présent… une parole à contre-courant qui ne cherche pas à fuir le monde mais à trouver un moyen de l’habiter autrement ! C’est tout un art, sans doute à l’image de notre mission.

Le réputé Elon Musk quant à lui, succombe à une mission contraire : l’homme le plus riche du monde a déclaré il y a quelques mois « penser à l’Empire Romain au moins une fois par jour »… entendons par là : « à son déclin ». Il incarne cette fascination pour la décadence, cette conviction que nous serions engagés dans une marche inexorable vers notre propre perte ; de quoi instaurer un climat de peur auquel il répond par un fanatisme technologique prônant une vie sans limite, une intelligence sans limite, une colonisation sans limite jusque dans l’espace. N’est-ce pas à l’image du Moyen-Orient dont les cartes sont redessinées faisant des populations de simples variables d’ajustement, dans le projet d’un grand Israël et de la vision américaine d’une suprématie mondiale ?

Monseigneur César Essayan évêque, vicaire apostolique de Beyrouth pour les catholiques de rite latin au Liban, rappelait la semaine dernière le drame de la population libanaise avec ses 1,2M de déplacés qui vit « dans une oppression et une peur continuelles ». Combien de gens gémissent dans leur tente ? Il déclarait alors : « Nos regards se tournent surtout aux villages du Sud du Liban ; les Chrétiens du Sud disent : nous voulons rester chez nous, en résistance aux Israéliens. Nous ne voulons plus être des personnes qui sont d’éternels déplacés, et qui vont et qui reviennent. C’est fini. On reste, et s’il faut mourir, on meurt ici. »… une voix de résistance face à l’Empire.

L’impérialisme aujourd’hui n’est pas romain et il est hybride : avec d’un côté le visage d’un empire qui cherche des territoires, des ressources, de la puissance ; et de l’autre, le visage d’un mouvement révolutionnaire qui cherche à renverser des régimes, en balayant d’un revers de main les institutions et la diplomatie traditionnelles… Un dégagisme accompagné de violence qui devient une addiction exigeant des doses toujours plus fortes : c’est la culture de la surenchère.

« Cette escalade de violence rend toute réconciliation de plus en plus impossible », déclarait un diplomate récemment. L’apôtre Paul lui-même aurait pu entrer dans cette fascination du déclin, de la décadence. Ou son corollaire : l’obsession de la surenchère sans limite pour en appeler à la toute puissance de Dieu. Or, il en est tout autrement.

Les versets que nous venons de lire, attribués à l’apôtre Paul, sont probablement écrits depuis Éphèse et adressés à la communauté qui habite à Corinthe. De Corinthe à Éphèse, le commerce circule par les voies de navigation. Corinthe : un carrefour international qui à l’époque occupait une place stratégique pour les échanges Nord-Sud et le commerce maritime Est-Ouest (de l’Asie Mineure à l’Espagne). Un lieu de passage donc, très fréquenté, composé autant de gens locaux, installés, que d’expatriés de passage, navigateurs ou routiers. Une sorte de détroit D’Ormuz. Un lieu stratégique et incertain. Paul ne s’y s’installe pas mais il n’oublie pas l’autre bord ; il sait que le monde ne fait qu’un. Sur les quais instables de sa mission, il rejoint l’activité portuaire, ne sachant ce qui l’attend vraiment, quels retours de vagues, de courants contraires, de vents impétueux, faudra-t-il combattre encore… Pour nous 2027 n’est pas si loin : dans quel contexte notre mission prendra place ?

Nous pouvons entendre l’apôtre Paul gémir de ce travail quotidien. Or voici un mot qui revient constamment dans l’épître aux Corinthiens : le mot courage. « Donnons-nous du courage » ; « Nous ne perdons pas courage » !

Depuis son enfance, à Tarse, Paul a vécu à l’articulation entre deux mondes, deux cultures. Entre l’hébreu, l’araméen ; et le grec, l’homme navigue d’un monde à l’autre. Une sorte de Défap ambulant à lui tout seul qui parcourt les routes de l’Empire, dans un aller-retour permanent, constituant sa bibliothèque de missionnaire.

Pour l’heure, le voici donc à Éphèse, une ville portuaire où les tisseurs de tentes y étaient souvent les bienvenus jusqu’à la fin de l’hiver et le début du printemps, période au cours de laquelle la mer était impraticable. Cette période de l’année limitait les échanges et ne permettait pas de rejoindre les rivages si facilement. C’est alors que ce temps était consacré à réparer, à retisser les voiles de bateau désarmés. Dans la distance, tisser et réparer, n’est pas anodin ! L’apôtre des nations, n’en finit pas de rafistoler la matière, de coudre face à ceux qui veulent en découdre.

A en croire les récits bibliques, Paul faisait partie de ceux qui avaient ces compétences, probablement initié dès son plus jeune âge à travailler les toiles de lin, comme c’était courant à Tarse.

  1. Faut-il alors s’étonner que l’apôtre compare notre vie terrestre à une tente composée de cette toile qu’il fabrique, travaille, répare tous les jours pour y être vendu et réparé sur les quais d’Éphèse ?

    La métaphore de la tente pour parler du corps dans lequel nous gémissons était courante. Mais avec Paul, la métaphore va plus loin : de la toile de tente à celle d’un bateau, il n’y a qu’un pas !… les mêmes gestes prennent tout à coup un sens différent : de la tente, habitation précaire « dans laquelle nous gémissons », nous pouvons en faire une voile comme support du souffle… de quoi nous réconcilier avec la matière qui nous a été donnée. Pour l’orienter autrement. N’est-ce pas d’ailleurs toute l’histoire de Paul, une conversion personnelle dont il est témoin ?J’y vois là une belle métaphore du ministère de la « réconciliation » dont parle Paul, lui l’apôtre des nations qui recycle la toile usée par les hommes et qui avec la force du vent cherche à déplacer un équipage, une communauté pour la faire cheminer en direction de la réconciliation avec Dieu, et avec l’autre, une espérance ouverte aux païens, aux non circoncis, à ceux pour qui le Royaume, a priori, n’était pas destiné. « Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même »… A l’image de ce musicien palestinien à Gaza, guitare à la main, qui pendant que nous parlons, circule et apprend aux enfants à chanter sur la tonalité des drones qui tournent au-dessus de leurs tentes et de leurs têtes ! Ce musicien transforme la nuisance sonore sensée être une torture, en instrument pour s’accorder au chant à tue tête. Il apprend aux enfants à surmonter le cri par le chant avec le même matériau : la voix !

     

  1. Faut-il alors s’étonner que dans le même élan de pensée l’image de la « nouvelle créature », devienne tout à coup une évidence sous la plume de Paul :

    « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par Christ». Vous aurez noté au passage que la « nouvelle créature » désigne l’existence présente du croyant (« si quelqu’un est en Christ »… la formule est au présent).Ce qui fait de nous une créature nouvelle, ce n’est pas que nous changeons de personne, de matière, ou de monde (une toile reste une toile), mais selon Paul, c’est que nous vivons réconciliés avec notre personne, avec le monde, avec ce que nous sommes et qui nous permet alors d’orienter nos voiles dans le sens du souffle créateur de Dieu.Une femme Juive israélienne qui a survécu à l’attaque du Hamas le 7 octobre dans un kibboutz à la périphérie de la bande de Gaza, raconte qu’elle y a perdu son mari. Voici ses mots, citant Emmanuel Levinas : « On ne choisit pas ses semblables. Il faut accepter ceux qui nous sont donnés. La véritable épreuve est la responsabilité que j’assume envers eux. De même que je ne peux pas modeler les autres à ma guise, je ne peux pas les changer. Mais peut-être qu’en changeant de perspective, je peux faire ressortir le bien en eux – ce bien qui réside en eux parce qu’ils sont des êtres humains comme moi. » Voir en l’autre une créature nouvelle…Vivre en réconciliés, ça change tout du regard sur nous-mêmes. C’est ce qui nous permet aussi de se libérer des changements dont on n’est pas capables, pour nos paroisses, nos institutions et pour nous-mêmes ! Il s’agit alors de se laisser recycler en Dieu, de se réconcilier avec la matière avec laquelle nous avons été créés ! Dieu saura quoi en faire ! D’une toile de tente dans laquelle nous gémissons, Dieu saura en faire une voile de bateau, un support du souffle. « Dieu a tellement aimé le monde », nous dit l’Évangile.

     

Comme l’écrivait Inès Fischer, pasteure luthérienne à Jérusalem : « Il m’apparaît parfois presque miraculeux que, compte tenu de la situation actuelle, les gens sur le terrain parviennent à s’opposer aux discours dominants […] Certes les quelques voix dissidentes ne peuvent, pour l’instant, inverser la tendance mais il est important que ces petits îlots ne disparaissent pas complètement. Surtout lorsque la question d’un avenir commun se pose, leur existence sera le fondement d’un nouveau départ. C’est pourquoi il est si important et crucial de raconter leurs histoires et de les soutenir […] car si nous cessons de raconter ces histoires et acceptons le silence comme une fatalité, nous privons ceux qui n’ont pas baissé les bras, et nous-mêmes, du dernier espoir d’un « ciel nouveau et d’une terre nouvelle ».

L’apôtre Paul fait partie de cet îlot de résistance pour une terre nouvelle. Il devra redoubler d’efforts, effectuer au moins trois voyages missionnaires pour revisiter sa parole ; il revient dans les communautés qu’il a fondées sur les routes de l’Empire ; à chaque retour de vague il revient sur ses formulations, doit retravailler la toile, avec patience et persévérance.

Mais il sait que même dans la mort de tous nos projets, Dieu est capable de recycler notre souffle. C’est du déjà vu (!) : au moment où le Christ « rendit le souffle », « livra, délivra son esprit », – verbe qui décrit à la fois la mort physique et dans le même mouvement le souffle qui est donné (c’est aussi une affaire de recyclage !)-, voici que le voile du temple « se déchire », nous dit l’Évangile… désormais, il n’y a pas d’un côté l’aventure humaine et de l’autre un Dieu céleste qui resterait dans son ciel éternel : avec Jésus-Christ, nous sommes tous dans le même bateau, un seul voilier qui ne font qu’un. Et dans nos tempêtes, même aux confins de la terre, entendons celles et ceux qui, même ailleurs sur la planète, savent réveiller Celui qui sommeille au fond de la cale du bateau, pour calmer nos tempêtes… Cette parole a été vraie pour Paul. Elle fait de nous les ambassadeurs de la « réconciliation avec le monde », Amen




Lettre de Nouvelles : Le quotidien à Akanisoa

Shékina est volontaire de service civique depuis septembre 2025 au sein de l’orphelinat Akanisoa, à Antsirabe, Madagascar. À travers cette lettre de nouvelles, elle partage sn quotidien, ses missions ainsi que les petites habitudes qu’elle commence à adopter.

Depuis ma dernière lettre, le quotidien suit son cours à Madagascar, avec cette impression que les journées se ressemblent parfois, mais qu’aucune ne se vit exactement de la même manière.

À l’orphelinat et à l’école rattachée à Akanisoa, je continue les activités avec les enfants, entre les temps d’enseignement, les animations et l’aide aux devoirs. Avec les semaines, certains repères se renforcent : je connais mieux leurs habitudes, leurs réactions, leurs petites personnalités aussi, et cela rend les échanges plus naturels. On sent qu’une relation de confiance s’installe davantage, aussi bien avec les enfants qu’avec l’équipe sur place. Ces dernières semaines, j’ai aussi pris davantage de plaisir dans les moments simples du quotidien. Parfois, ce sont de petites choses du quotidien, comme un trajet en cyclo-pousse, une promenade au marché ou une conversation imprévue, qui rendent la journée particulière. À force, certains visages deviennent familiers dans le quartier, et cela donne vraiment le sentiment de faire partie d’un environnement que l’on apprend peu à peu à habiter. À l’école, j’essaie toujours de varier les activités quand c’est possible, en cherchant des manières simples de capter l’attention des élèves. Certains jours sont plus faciles que d’autres, car l’énergie des enfants change beaucoup, mais cela fait aussi partie de l’apprentissage : savoir s’adapter, ajuster, recommencer autrement.

Le malgache continue aussi à prendre un peu plus de place dans mon quotidien. Je comprends davantage de mots qu’au début, surtout dans les échanges simples, même si je reste encore loin d’être totalement à l’aise. Les enfants continuent souvent à me corriger ou à m’apprendre de nouvelles expressions, toujours avec beaucoup de sérieux… et beaucoup de rires.

En ce moment, l’ambiance change peu à peu en ville, car dans quelques jours ce sera Pâques. Ici, cette période est très importante, et à Antsirabe on sent déjà que beaucoup de monde va arriver. Il y a déjà plusieurs installations en cours dans certains endroits de la ville : des manèges, une grande roue, des auto tamponneuses, des stands de barbe à papa, de pop-corn et même des châteaux gonflables. L’atmosphère devient progressivement plus animée, et cela change beaucoup le visage habituel de la ville. On m’a expliqué qu’il y aura énormément de personnes pendant cette période, avec beaucoup de déplacements et une ambiance très festive.

En dehors de la mission, je poursuis aussi mon installation dans cette vie ici. Je prends mes habitudes à Antsirabe, j’ai mes petits repères, mes endroits où j’aime aller, et je découvre encore certains aspects de la ville que je n’avais pas remarqués jusque-là. Il y a quelque chose d’assez apaisant dans cette routine, même lorsqu’elle reste simple. Ce que cette période m’apprend surtout, c’est l’importance de la régularité. Il ne se passe pas forcément de grands événements, mais ce sont souvent les petites choses répétées chaque jour qui construisent réellement l’expérience. Je continue donc cette mission avec reconnaissance, en mesurant la chance de vivre cette immersion au quotidien, avec tout ce qu’elle apporte humainement.

Shékina

Télécharger la lettre




Le Défap en Guyane : l’installation du pasteur Côme Contazi

Du 2 au 8 mars 2026, une mission de terrain a conduit Vincent Nême-Peyron, secrétaire général du Défap, et Jean-Luc Blanc, président de la Communauté d’Églises Protestantes Francophones (CEPF) en Guyane pour accompagner l’installation du pasteur Côme Contazi. Un moment important pour une Église locale marquée par plusieurs années sans pasteur.

À Rémire-Montjoly, dans la banlieue de Cayenne, l’Église protestante de Guyane (EPG) retrouve un visage pastoral. Après une période prolongée sans ministre, la communauté a accueilli en janvier 2026 le pasteur Côme Contazi, originaire du Burundi et précédemment engagé au sein de l’Église Évangélique au Maroc.

Sa prise de fonction, prévue pour un an renouvelable, a donné lieu à une mission de terrain avec pour objectif d’accompagner cette nouvelle étape et mesurer les dynamiques à l’œuvre dans une Église locale.

Un Pasteur au cœur d’une communauté en attente

L’Église protestante de Guyane se caractérise par sa grande diversité. Composée majoritairement de fidèles d’origines africaine, antillaise et malgache, elle rassemble une trentaine de personnes lors du culte dominical, célébré dans l’église Sainte-Anne.

Au-delà de sa taille modeste, la communauté se distingue par la qualité de ses relations extérieures. Elle entretient des liens étroits avec d’autres Églises chrétiennes, évangéliques et catholiques, mais aussi avec la petite communauté musulmane, les aumôneries hospitalière et militaire, ainsi que les autorités civiles. Un ancrage local qui témoigne d’un sens du dialogue.

Sur place, les premiers retours sont encourageants. Le pasteur Côme Contazi apparaît attentif et déjà bien engagé dans la vie de la communauté, dont il connaît plusieurs membres.

Le Conseil presbytéral ne cache pas sa satisfaction : après plusieurs années sans pasteur, la présence d’un ministre est vécue comme un véritable renouveau. Les échanges menés durant la mission ont permis d’aborder en profondeur les enjeux du ministère pastoral et les perspectives de développement de la vie communautaire.

Un dialogue œcuménique encouragé

Parmi les temps forts de la mission figure une rencontre avec l’évêque de Guyane. Accueillant et ouvert, celui-ci a exprimé son attachement au dialogue entre confessions chrétiennes.

Il voit dans la présence d’un pasteur protestant un point d’appui pour renforcer les relations œcuméniques, et se montre favorable à des initiatives communes, comme la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Dans un paysage religieux complexe, marqué par la diversité des Églises évangéliques, il attend aussi de la communauté protestante un rôle de repère et de médiation.

Une installation festive

Le point culminant de la mission a eu lieu le dimanche 8 mars, avec le culte d’installation du pasteur Côme Contazi à l’église Sainte-Anne. L’événement a rassemblé une soixantaine de personnes, bien au-delà de l’assistance habituelle. Représentants de la société civile, responsables religieux de différentes confessions — évangéliques, catholiques, musulmans — ainsi que des acteurs institutionnels étaient présents, témoignant de l’importance de ce moment. Retransmis par une radio locale et couvert par la presse, le culte s’est déroulé dans une atmosphère à la fois solennelle et joyeuse. La prédication a été assurée par Vincent Nême-Peyron, tandis que la liturgie d’installation était coprésidée avec Jean-Luc Blanc. La présence de Christian Seytre, acteur clé de la venue du pasteur, a également marqué cette célébration. Au-delà de la cérémonie, c’est un véritable élan qui semble se dessiner. À l’issue du culte, un repas convivial a permis de prolonger les échanges, dans une ambiance chaleureuse.




Le Défap en Martinique et en Guadeloupe : le défi d’un ministère partagé

Du 12 au 23 février 2026, Vincent Nême-Peyron, secrétaire général au Défap, et Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique, ont réalisé une mission terrain en Martinique et en Guadeloupe avec un objectif précis : assurer le suivi du ministère du pasteur Pierre Thiam. Originaire du Sénégal, ce dernier occupe une position particulière puisqu’il partage son engagement entre deux Églises protestantes réformées, chacune avec ses réalités propres : celle de Martinique (EPRM) et celle de Guadeloupe (EPRG).

Cette mission avait pour but d’évaluer son intégration et de recueillir les impressions des responsables locaux.Dans les Églises protestantes réformées des Antilles, la réalité pastorale évolue. Moins de pasteurs, des communautés dispersées, et des attentes renouvelées : autant de défis qui appellent des organisations inédites. C’est dans ce contexte que s’inscrit le ministère du pasteur Pierre Thiam. Malgré cela, les responsables locaux ont salué son sens de l’écoute, sa capacité d’adaptation et son tempérament calme et bienveillant. Ils ont également souligné la qualité de son engagement et sa capacité à s’inscrire dans des contextes variés.

Au-delà du cas individuel, cette mission met en lumière une tendance plus large : celle de ministères partagés, appelés à se multiplier face aux contraintes démographiques et organisationnelles des Églises. Maintenir un lien fort avec deux communautés, sur deux îles, exige du temps, de l’énergie et une coordination fine.




Une mosaïque d’engagements pour une même mission, le mot du secrétaire général

Le samedi 28 mars s’est tenue l’assemblée générale du Défap. La chapelle du Défap a accueilli plus de 60 personnes, bénévoles, anciens volontaires, membres d’Églises et d’organismes partenaires, venues assister à la rétrospective de l’année 2025.

Au programme : un culte animé par Cyrille Payot, pasteur de l’EPUdF, un bilan des activités présenté par l’équipe du Défap, plusieurs interventions autour du thème « Comment vivre l’Évangile dans un contexte de souffrance et de violence ? », ainsi qu’un temps d’échange.

Introduction générale

Chers amis, J’ai la responsabilité de présenter ce rapport 2025 du Secrétaire Général alors que je n’ai exercé cette responsabilité que pendant un trimestre. Beaucoup de projets, d’initiatives, de déplacements ont été portés et vécus par d’autres que moi. En 2025, lors de son rapport, le pasteur Basile Zouma évoquait le passage du témoin lors d’un relais, témoin qu’il s’agit de transmettre sans le laisser choir ou ralentir sa course. Durant cette année, il y a eu deux passages de relais : en juillet 2025, Basile Zouma a remis le bâton à l’équipe des Secrétaires exécutifs qui ont assuré collégialement la coordination de cette maison. Puis, à partir du 15 septembre, ceux-ci m’ont transmis à leur tour le relais et j’ai poursuivi la course, avec l’équipe et le Conseil, à commencer par son président. Je suis donc heureusement tributaire des membres de l’équipe et de mon prédécesseur, qui, en bon français, a assuré, pendant plusieurs mois, un « back office » régulier. »

Ce rapport sera donc largement un rapport d’étonnement. En débutant, j’ai dû accomplir des tâches que je ne maîtrisais pas, comme les évaluations annuelles du personnel. Immédiatement, j’ai pu compter sur l’accompagnement bienveillant de l’équipe du Defap et je tiens à les en remercier. Cette équipe m’a impressionné par son implication, sa cohésion, sa capacité à échanger et rechercher le consensus. En 2025, l’équipe a évolué, avec le départ de Fanastina, assistante de Caroline et l’arrivée de Nomena comme VSI réciprocité à temps partiel, de Chloé à la Communication et d’Anne-Sophie au service envoi et réciprocité. Pour cette dernière, ce n’était qu’un retour aux sources !Cette évolution se poursuit en 2026 avec le départ de Maelle, chargée de mission pour les projets et la recherche de fonds et la préparation de la succession, douloureusement inévitable, de Claire-Lise Lombard, après quelques semaines de bons et loyaux services (1452 exactement, soit 27 ans et 11 mois).

La diversité des partenaires du Défap

Ce rapport d’étonnement concerne également la diversité des partenaires, des lieux d’engagement et des modalités d’action : échanges de personnes ; dialogue et élaboration théologique ; participation à des projets écologiques ou éducatifs ; bibliothèque et archives au service des étudiants, chercheurs ou journalistes; envoi et accompagnement des pasteurs dans les DROM ou Djibouti ; « dialogue triangulaire » avec des Eglises du Sud et des communautés en France ; implication dans la formation des futurs ministres de l’EPUdF et de celle des ministres venant d’autres Eglises et envoyés à l’UEPAL, l’EPUB et l’EPUdF ; cultes autour de la mission, l’interculturalité ou l’Eglise universelle ; rencontre avec des responsables d’Eglises étrangères avec qui nous nouons des partenariats ou des recteurs d’Université etc. Cette incroyable diversité peut, bien sûr, faire courir au Defap le risque de la dispersion et rendre son action peu lisible. Elle est au contraire une richesse, dès lors qu’elle concourt à la mission de l’Eglise : vivre et annoncer l’Evangile.

3ème élément de ce rapport d’étonnement : la diversité des partenaires Bien sûr, les premiers partenaires du Defap sont l’EPUdF et l’UEPAL. Ils sont même bien davantage que cela et c’est l’occasion de redire que le Defap n’est pas une association d’origine protestante satellisée à distance des Eglises ; elle est au service de leur mission. C’est pourquoi ses orientations sont fixées par les Eglises. C’est pourquoi une large majorité de son financement vient d’elles. C’est pourquoi la grande majorité des membres du Conseil sont nommées par les Eglises et son Secrétaire Général ou son président proposés par elles. C’est pourquoi le Defap est présent au synode national et aux neuf synodes régionaux de l’EPUdF, et à la commission mission de l’UEPAL. Avec Ulrich, avec Sibylle, nous échangeons des informations, mutualisons nos ressources. En 2025, le Defap a également participé au grand kiff et à l’animation de nombreuses soirées, cultes en paroisse, rassemblements consistoriaux. Il est également impliqué dans la formation initiale et continue des pasteurs. En 2025, les équipes du DEFAP ont participé à une session de formation des étudiants en MES et Jean-Pierre Anzala a participé activement à la session CPLR au Sénégal avant le « match retour » prévu en juin, au Defap. Des pasteurs, des Conseils presbytéraux et Consistoires ont également demandé au Defap de les aider à vivre plus heureusement l’interculturalité dans leur vie ecclésiale. A ce sujet, nous suivons de près le travail de Rodolphe Gozegba en Région parisienne qui ouvre des pistes très prometteuses. Clairement, de plus en plus de demandes adressées par les Eglises locales au Defap concernent cette dimension du vécu interculturel ou plutôt le passage d’une multiculturalité plus ou moins subie à un vrai partage interculturel. Le Defap participe également à la réflexion théologique, dans nos Eglises, fécondée par des apports d’ici et d’ailleurs ; je pense notamment aux jeudis du Defap ou à la préparation du forum d’octobre sur l’interculturalité.

Avec la CEVAA, une coopération étroite existe depuis nos origines communes depuis 1971. Le désir d’une plus grande efficacité d’action, la nécessité de nous adapter pour faire face aux contraintes financières et, pour la CEVAA, immobilières, tout cela nous a conduits, nos Conseils à étudier les mutualisations possibles, de l’accueil des archives de la CEVAA au Defap à la mise à disposition régulière de locaux de cette maison à la SG et au président de la CEVAA. J’aimerais citer un exemple de collaboration réussie : la théologienne béninoise Fifamé Gandounou a été invitée par des Eglises Suisses romandes. Une collaboration étroite a permis de faire bénéficier son séjour à l’IPT, au service des RI de l’EPUdF, au Defap, à la CEVAA, à l’UEPAL. Avec la CEPF, la coopération est tout aussi naturelle et même si Jean-Luc Blanc et moi débutions, j’ai pu m’appuyer sur l’expérience de ce dernier, légèrement supérieure à la mienne. En lien régulier, nous visitons ou nous nous répartissons les visites d’Eglises et les accompagnements de pasteurs dont nos instances sont responsables : La Réunion, les Antilles, la Guyane, Djibouti etc. Avec la CEPF, le Défap donne aux Eglises locales les moyens d’une présence luthéro-réformée dans des lieux souvent isolés, en grande proximité théologique mais qui ne peuvent vivre en synodalité avec les autres paroisses de l’EPUdF.

La coopération s’ouvre, bien entendu, à de nombreuses Eglises et lieux de formation théologiques, de par le monde. Jean-Pierre, Caroline et Anne-Sophie en donneront quelques exemples. J’aimerais juste insister sur l’importance du dialogue triangulaire. Le Defap est interpelé par des responsables d’Eglises comme l’Eglise évangélique du Congo pour mieux accompagner et structurer leurs communautés en France. Réciproquement, des communautés en France nous demandent de les aider à restaurer des relations de confiance avec leur Eglise « mère ».

Enfin, et là encore, Caroline et Anne-Sophie en parleront, le Défap coopère étroitement avec les associations portées, appartenant le plus souvent à la galaxie évangélique et nous ouvre ainsi sur une autre sensibilité théologique, avec une compréhension différente de la mission.

Une structure en mutation

4ème axe de ce rapport d’étonnement : je dirais, pour forcer le trait, que le Defap est une structure en cours de refondation, émanant d’Eglises qui se réforment, avec des instances sœurs comme la CEVVA et le DM contraintes de se réorganiser, le tout au sein d’une société française et d’un monde qui ne brillent pas par leur stabilité. Je ne vais pas trop insister sur l’état de notre monde mais rappeler néanmoins que le Defap est évidemment en communion avec les populations qui souffrent. Par ses envoyés et partenaires, par les chercheurs qu’elle reçoit, par des structures sœurs comme l’ACO, elle est informée de drames bien connus et d’autres qui le moins, comme celui des « enfants serpents » dont Benoit Amina nous parlera tout à l’heure. La situation internationale a également un impact concret sur le travail du DEFAP : des visas de plus en plus difficiles à obtenir, des envoyés à exfiltrer en urgence, des déplacements rendus impossibles par la situation sécuritaire, je pense notamment à Haïti ou au Sud Kivu. La situation française préoccupe également le DEFAP. Bien sûr, il y a la perspective d’une arrivée au pouvoir de partis hostiles aux échanges internationaux. Il a aussi, dès à présent, une incertitude budgétaire qui pèse sur les financements des SC et VSI alors que des objectifs ambitieux avaient été énoncés à l’automne par notre président de la République. Il y a enfin, pour le Defap, l’attente d’orientations formulées par nos deux Eglises, l’UEPAL et l’EPUdF. A ce sujet, je tiens à remercier les deux directions d’Eglise d’associer pleinement le Defap à cette réflexion. L’incertitude atteint également nos partenaires privilégiés à commencer par la CEVAA qui subit simultanément une baisse de ses ressources financières et l’obligation de déménager ses locaux pendant une bonne année scolaire.

Ces incertitudes imbriquées sont bien sûr inconfortables car elles rendent toute projection plus difficile. Elles sont aussi une chance car elles nous rappellent que notre assurance n’est pas en nous mais en Christ. Par ailleurs, puisque toutes nos instances sont actuellement fragiles, aucune ne peut dire à l’autre « je sais ce qu’il te faut ; laisse-toi diriger par moi ».Nous sommes joyeusement condamnés à avancer ensemble et je me réjouis de la collaboration confiante nouée avec notamment la CEVAA et la CEPF.

La maison des missions

Dernier volet de ce rapport : cette maison, le « 102 », visage tangible de l’Eglise universelle, accueillant des personnes qui, dans un même bâtiment, dorment, mangent, prient, travaillent, se forment, échangent des nouvelles et des projets de France, de Madagascar, du Sud Kivu, de Bethléem…« Quelle belle Maison pour rencontrer des visages de l’Eglise universelle » écrivait sur le livre d’or l’un des rapporteurs nationaux de l’EPUdF.

« Le 102 » est ainsi, presque à son insu, une communauté de vie, aux limites heureusement floues mais dont le centre est bien identifié : le Christ et son appel à vivre et à témoigner, sans s’arrêter aux frontières, quelles qu’elles soient. Je vous remercie

Vincent Nême-Peyron




La mission du Défap dans un monde en mutation, le mot du président

Le samedi 28 mars s’est tenue l’assemblée générale du Défap. La chapelle du Défap a accueilli plus de 60 personnes, bénévoles, anciens volontaires, membres d’Églises et d’organismes partenaires, venues assister à la rétrospective de l’année 2025.

Au programme : un culte animé par Cyrille Payot, pasteur de l’EPUdF, un bilan des activités présenté par l’équipe du Défap, plusieurs interventions autour du thème « Comment vivre l’Évangile dans un contexte de souffrance et de violence ? », ainsi qu’un temps d’échange.

« À voir le foisonnement d’activités mentionnées dans ce rapport, il apparait nécessaire qu’une association internationale comme le Défap dispose d’une stratégie pour l’aider à préciser ses orientations. Les engagements sont nombreux car le Défap est inséré dans une grand nombre de relations tissées depuis plus de 50 ans. Le plan stratégique pluriannuel Convictions et Actions 2021-2025 souhaité par les Églises membres a été prorogé jusqu’en 2027. Il décline les actions du Défap d’après trois axes : Développer les liens avec les partenaires, S’engager pour la justice, le respect de la création et la dignité humaine, et enfin Vivre l’interculturalité.

Prendre un peu de recul par rapport à l’actualité conduit à faire deux constats. Tout d’abord la vitalité de l’équipe du Défap, des volontaires et des bénévoles, demeure malgré les incertitudes budgétaires, de visas, etc. Les envoyés là-bas et ici, jeunes et moins jeunes sont enrichis par les échanges de personnes. Le soutien à des projets « holistiques » contribue à plus de justice et de respect des personnes. La création en France de communautés issues d’Églises partenaires du Défap oblige à imaginer de nouveaux modes de relation entre toutes ces Églises.

Le second constat concerne le contexte dans lequel le Défap déploie ses partenariats. Bien des États et des gouvernements manifestent moins d’intérêt pour les valeurs de solidarité et d’humanisme. Ces valeurs sont-elles encore universelles ? Curieusement et de façon concomitante, l’intérêt de bien des fidèles des Églises membres pour les actions du Défap décroche par rapport aux décennies passées.

Ce double constat est paradoxal. Il existe des demandes de liens et de solidarité et en même temps elles ne sont pas mises en avant ! Pour le Défap et les Églises membres, cela encourage à rapprocher constamment les actions du Défap du terrain ecclésial. Cela veut dire aussi que ce témoignage rendu au nom du Christ continuera de se faire en décalage par rapport à un esprit de résignation diffus, voire aussi en résistance à des idéologies basées sur le rejet et l’exclusion de l’autre.

Par vocation, l’Église est envoyée par le Christ. Les Eglises membres ont créé l’outil Défap comme l’un des lieux d’incarnation de l’Église universelle. Je crois toujours à une refondation du Défap basée sur l’écoute de la Parole de Dieu et au service d’Églises envoyées dans ce monde incertain. »

Joël DAUTHEVILLE, Président du Défap

Télécharger le rapport d’acitivité




Une journée interculturelle avec les étudiants de l’IPT au Défap

Le jeudi 19 mars, douze étudiants en master « Église et société » à l’Institut Protestant de Théologie (IPT) de Paris ont participé à une journée consacrée à l’interculturalité. À cette occasion, le Défap leur a ouvert ses portes pour une matinée d’échanges et de découverte, incluant notamment une animation thématique et une visite de la bibliothèque.

Accueillis dans les locaux du Défap, au 102 boulevard Arago (Paris 14e), les étudiants ont été reçus par le secrétaire général, Vincent Nême-Peyron. Celui-ci leur a présenté les différentes missions de l’organisation, en mettant particulièrement l’accent sur son engagement en faveur de l’interculturalité.

Dans ce cadre, Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique au Défap, est intervenu sur l’influence des contextes culturels dans la réflexion théologique. S’appuyant sur son expérience pastorale dans des contextes variés — à Brest, aux Antilles et à Noisy-le-Grand —, il a souligné combien les réalités locales façonnent la manière de penser et de vivre la foi. Il a encouragé les étudiants à accueillir la diversité comme une richesse :« Demain, dans vos ministères, vous serez confrontés à des contextes qui bousculeront vos certitudes. Mon message pour vous est simple : n’ayez pas peur de votre identité, et n’ayez pas peur de celle de l’autre. C’est dans ce “frottement” culturel, parfois inconfortable mais toujours fertile, que la Parole de Dieu se fait chair à nouveau. »

Les étudiants ont ensuite découvert la bibliothèque et les archives dédiées à l’interculturalité, guidés par Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque et des archives, et Blanche Jeanne, documentaliste. Ce centre de ressources, riche en revues, photographies et cartes, retrace l’histoire des missions protestantes et offre des clés de compréhension précieuses pour penser les enjeux contemporains du vivre-ensemble.

L’après-midi a été consacré à une réflexion plus pratique, autour de l’enquête de terrain et de l’accompagnement du changement en contexte interculturel, animée par Rodolphe Gozegba. L’objectif partagé est clair : encourager une Église qui soit non seulement ouverte, mais exemplaire dans sa capacité à accueillir et valoriser la diversité.

La journée s’est conclue par le témoignage de Corinne Nême-Peyron, pasteure de l’EPUDF à Charenton, qui a partagé son expérience du ministère pastoral dans un environnement marqué par la pluralité des origines et des cultures.

Cette journée a offert aux étudiants une immersion concrète dans les enjeux de l’interculturalité, à la croisée de la réflexion théologique et de l’expérience de terrain. En conjuguant apports théoriques, témoignages et découverte de ressources historiques, elle les a invités à envisager leur futur ministère comme un espace de rencontre, d’écoute et de transformation. Plus qu’un défi, l’interculturalité apparaît ainsi comme une opportunité féconde pour renouveler la vie de l’Église et témoigner d’une foi incarnée dans la diversité du monde contemporain.




Les Jeudis du Défap : L’héritage missionnaire aujourd’hui – Le replay

Le jeudi 12 mars 2026, les Jeudis du Défap ont proposé une réflexion autour du thème « « l’héritage missionnaire aujourd’hui, le cas de la Mission Presbytérienne Américaine au Cameroun » . Cette conférence a été donnée par Nick Gaël Daniel SANDJALI NDJIKAM, Pasteur de l’Église Presbytérienne Camerounaise, Enseignant d’hébreu biblique et d’Ancien Testament, Doctorant en théologie. ous pouvez (re)voir la conférence ci-dessous.

Quel héritage les missions chrétiennes ont-elles réellement laissé en Afrique, et comment cet héritage est-il géré aujourd’hui par les Églises locales ? C’est à cette question que s’est attaqué le pasteur et doctorant en théologie Nick Sandjali lors d’une conférence consacrée à l’héritage missionnaire de la mission presbytérienne américaine au Cameroun.

Une mission qui s’enracine au XIXᵉ siècle

L’histoire de la mission presbytérienne américaine au Cameroun remonte au milieu du XIXᵉ siècle. Les premiers missionnaires quittent la ville de Norfolk, en Virginie, en 1852, dans un contexte marqué par le retour d’esclaves affranchis vers l’Afrique. Leur premier terrain d’action est le Libéria, avant que la mission ne se déplace vers le Gabon.

C’est à partir de l’île de Corisco que les missionnaires vont progressivement étendre leur action vers le Cameroun. Dans les années 1850, les missionnaires George Simpson et Mackay y installent une base missionnaire. Quelques années plus tard, Cornelius et William Clements prennent la direction des côtes camerounaises et débarquent à Batanga, près de l’actuelle ville de Kribi.

L’accueil des populations locales est favorable. Très rapidement, les missionnaires mettent l’accent sur la formation des jeunes. Garçons et filles sont envoyés à l’école afin de recevoir une éducation chrétienne. Cette stratégie vise à former une élite locale capable de prendre le relais de l’évangélisation.

Cette démarche porte rapidement ses fruits. À la fin du XIXᵉ siècle, une première communauté chrétienne est organisée à Batanga. Des responsables autochtones sont formés et certains accèdent même au ministère pastoral. Parmi eux figure Eduma Mousambani, considéré comme l’un des premiers pasteurs camerounais.

Batanga devient ainsi la première grande station missionnaire de la mission presbytérienne américaine au Cameroun et un point de départ pour l’évangélisation vers l’intérieur du pays.

Une œuvre missionnaire à la fois religieuse et sociale

Si l’évangélisation constitue l’objectif principal des missionnaires, leur action ne se limite pas au domaine religieux. Selon Nick Sandjali, la mission presbytérienne américaine développe au Cameroun une approche « holistique », c’est-à-dire une vision qui prend en compte l’ensemble des dimensions de la vie humaine.

Cette approche se traduit par la création de nombreuses infrastructures sociales. Dans différentes régions du pays, notamment dans le sud, l’est et la région de Bafia, les missionnaires fondent des stations missionnaires comprenant généralement un temple, une école et parfois un centre de santé.

Au fil des décennies, ces stations donnent naissance à un vaste réseau d’institutions : écoles primaires et secondaires, centres de formation, imprimeries, hôpitaux et léproseries. Ces établissements jouent un rôle majeur dans la formation des élites camerounaises.

Certaines institutions deviennent particulièrement emblématiques. L’école normale de Foulassi, par exemple, restera dans l’histoire comme le lieu où fut composé l’hymne national du Cameroun. Les structures missionnaires participent ainsi non seulement à la diffusion du christianisme, mais aussi à la transformation sociale et culturelle du pays.

L’influence des missions dépasse même parfois le cadre religieux. En favorisant l’éducation et l’éveil des consciences, les missionnaires contribuent indirectement à la formation de figures importantes du mouvement nationaliste camerounais.

Pour Sandjali, cet héritage dépasse donc largement les bâtiments et les institutions. Il inclut également des valeurs, une vision de l’éducation et une certaine conception du rôle de l’Église dans la société.

Un héritage en expansion mais fragilisé

L’année 1957 marque un tournant dans l’histoire de cette mission. Le 11 décembre, l’Église presbytérienne camerounaise est officiellement créée et prend progressivement en charge l’ensemble des œuvres laissées par les missionnaires américains.

Au moment de son autonomie, l’Église hérite d’un patrimoine important : plusieurs synodes, des stations missionnaires, des écoles, des centres de santé et une trentaine de pasteurs formés par la mission.

Depuis lors, l’institution a connu une croissance remarquable. Aujourd’hui, l’Église presbytérienne camerounaise compte près de mille pasteurs, plusieurs centaines de paroisses et plus d’un millier de lieux de culte. Elle dispose également d’établissements scolaires et de deux institutions d’enseignement supérieur, notamment dans le domaine de la théologie.

À première vue, cet héritage semble donc avoir été non seulement conservé, mais aussi multiplié.

Pourtant, selon Nick Sandjali, cette expansion quantitative masque une réalité plus contrastée. Si les temples et les paroisses continuent de se multiplier, les œuvres sociales héritées de la mission — écoles et hôpitaux notamment — connaissent souvent des difficultés importantes.

Certaines institutions se trouvent aujourd’hui dans un état de dégradation avancé, tandis que d’autres ont dû fermer leurs portes. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : tensions internes au sein de l’Église, problèmes d’organisation, manque de ressources ou encore nominations de responsables sans les compétences nécessaires.

Le conférencier souligne également un autre problème : la tendance à reproduire les structures héritées des missionnaires sans les adapter aux réalités actuelles. Dans un contexte où les écoles privées et les centres de santé se multiplient, les institutions ecclésiales doivent repenser leur rôle et leur offre de services.

Selon Sandjali, l’héritage missionnaire a ainsi subi une transformation progressive. À l’origine fondé sur une vision globale de la mission, il tend aujourd’hui à se concentrer davantage sur l’expansion religieuse. L’Église est devenue plus « confessante » qu’« holistique », alors que la mission initiale cherchait à articuler foi, éducation et action sociale.