Centenaire de l’ACO : «La mission de l’Église, c’est d’espérer au milieu des crises»

Jusqu’au début du mois d’octobre, qui marquera une série d’événements organisés dans le cadre du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient, le site du Défap revient à travers une série d’articles sur l’odyssée à la fois humaine et spirituelle de cet organisme missionnaire qui fait le lien entre chrétiens d’Occident et chrétiens d’Orient. En dépit des crises, des guerres, des distances géographiques et culturelles, il y a toujours moyen de se comprendre et de poursuivre cette odyssée commune, inaugurée en 1922 par Paul Berron. Cette semaine, entretien avec Mathieu Busch, directeur de l’ACO depuis 2018 et secrétaire général de l’ACO Fellowship, la structure internationale de l’ACO qui réunit six partenaires européens et orientaux.

Mathieu Busch, directeur de l’ACO depuis 2018 et secrétaire général de l’ACO Fellowship © ACO

Guerres et déportations, éloignement géographique et culturel, tentatives d’instrumentalisation des minorités par diverses grandes puissances : les relations entre chrétiens européens et orientaux se heurtent depuis toujours à des obstacles puissants. C’était déjà le cas à la naissance de l’ACO, lorsque le pasteur Paul Berron a voulu agir face aux persécutions touchant les Arméniens de l’empire ottoman. Ça l’est encore aujourd’hui… Comment l’Action Chrétienne en Orient parvient-elle à éviter ces écueils ?

Mathieu Busch : Il est vrai que ce qui concerne les relations avec les chrétiens d’Orient s’inscrit toujours dans un contexte qui peut devenir facilement très politisé, et que ces relations courent fréquemment le risque d’être instrumentalisées. Il y a un véritable jeu politique autour du sort des chrétiens d’Orient, qui seront facilement présentés comme une minorité en butte aux persécutions. Et selon les pays, on sera tenté de choisir « ses » victimes à défendre : du côté français par exemple, il existe des liens très forts entre les missionnaires catholiques et certaines Églises orientales rattachées au catholicisme, comme les chaldéens. Ce qui explique que la France, fille aînée de l’Église (et en dépit de sa laïcité affirmée) ait toujours à cœur de défendre ces minorités. Côté russe en revanche, c’est plutôt le sort des Églises orthodoxes qui suscitera la mobilisation. Et au-delà de ces préférences culturelles en fonction des pays, il y a aussi des organismes missionnaires qui sont tentés de rester dans le discours de victimisation. Mais il faut bien être conscient que si l’on choisit d’assigner aux chrétiens d’Orient ce statut de victime, on les condamne à rester victimes : on ne pourra pas en sortir. Soyons conscients tout de même que dans les pays dont il est question – Liban, Syrie, Iran – c’est l’ensemble de la population qui subit régulièrement des catastrophes : ça ne concerne pas les seuls chrétiens. Et ce que subissent les chrétiens libanais ou syriens est plus souvent dû à leur nationalité qu’à leur religion.

L’avantage au sein de l’Action Chrétienne en Orient, c’est qu’il s’agit d’une petite organisation : nous avons la chance de nous connaître personnellement. Le fait que des protestants de France, minoritaires dans leur pays, entretiennent ainsi des relations avec des protestants d’Orient, eux-mêmes minoritaires parmi les chrétiens de Syrie ou du Liban, permet de s’affranchir quelque peu des tensions de ces jeux géopolitiques. On peut se permettre d’avoir des relations fraternelles, très proches. On connaît chaque délégué des différentes Églises du Proche-Orient. En outre, il existe une entité internationale autour de l’ACO – l’ACO-fellowship, qui regroupe une demi-douzaine de partenaires liés à l’Action Chrétienne en Orient, au sein de laquelle tous les organismes siègent sur un pied d’égalité. C’est un aspect important : ce terme de « fellowship » n’a pas été choisi au hasard, il renvoie aussi bien à la dimension communautaire qu’à la fraternité humaine (un « fellow », en anglais, c’est un ami, un compagnon).

Alors, bien sûr, on ne peut s’affranchir complètement de ce contexte politique chargé ; mais on peut facilement en faire abstraction pour mener des projets en commun. Même si l’on sait qu’un protestant français et un protestant syrien auront probablement des points de vue très différents sur la guerre en Syrie, il reste toujours possible d’en discuter, d’entendre le point de vue de l’autre et surtout, de rester unis dans une dimension communautaire, par des prières, des cultes, des projets de solidarité.

Justement, parlons de ces projets…

Ils sont très variés et touchent différents domaines : du social, du paroissial (il peut s’agir d’aider à construire des bâtiments paroissiaux, par exemple) ; de la formation (notamment théologique, mais pas seulement) ; de l’éducation, du sanitaire, de l’humanitaire… L’ACO permet aussi des échanges de groupes de jeunes ou d’adultes. À travers toute cette diversité, on peut voir que l’ACO s’implique à la fois dans des projets qui touchent directement à la vie des Églises, et à travers des projets destinés à aider des populations dans le besoin. Et ces deux aspects sont importants : il est bien sûr crucial de répondre aux besoins les plus criants dans des situations de conflit ou de crise humanitaire. Pour cela, l’ACO s’implique dans des projets d’aide d’urgence, ou bien dans des institutions sociales et éducatives où tout le monde sera accueilli sans distinction de religion. Mais l’Église ne doit pas se résoudre à être seulement une ONG, même si la diaconie est très importante. Il est important pour l’ACO d’aider ces Églises à survivre en tant que communautés, à rester dans l’espérance ; et il est important que la diaconie soit aussi une forme de témoignage, qui permette à l’Église de continuer à rayonner dans la société.

Ces divers projets que l’ACO accompagne viennent de nos partenaires. Ils sont nés des situations de crise que connaissent les divers pays avec lesquels nous sommes en lien, mais sont aussi le reflet de la manière d’être Église ensemble de nos divers partenaires, de leur théologie… Il y a donc des projets spécifiquement d’aide sociale ou humanitaire, mais aussi des sessions de formation théologique (portant sur des thèmes comme : comment être Église dans un contexte minoritaire, par exemple) ; des temps de retraite, des temps de formation – autant de choses qui sont aussi essentielles à la respiration et à la vie de l’Église.

A Mashta el-Helou en Syrie, en 2019 : les membres de l’ACO Fellowship visitent la diaspora protestante
syrienne évacuée dans la région pour se mettre à l’abri des zones en guerre. © ACO

Quel avenir envisager pour les chrétiens d’Orient, qui de crise en guerre, sont de moins en moins nombreux ?

C’est une question qui m’est posée très régulièrement. Aussi, plutôt que d’y répondre moi-même, je voudrais relayer ce que, eux, répondent : « si on ne se focalise que sur notre survie immédiate, et pas sur des actions porteuses d’espérance, on est déjà mort ». Dans les diverses crises qu’ils traversent, les partenaires de l’ACO ne voient pas de solution humaine. Il n’y a aucun horizon donné par les divers gouvernements, qui sont eux-mêmes soumis à la corruption, au clientélisme, voire même qui peuvent s’inscrire (c’est le cas en Iran) dans un système plus ou moins totalitaire où toutes les institutions normales se retrouvent doublées par des institutions occultes liées au régime en place. Mais quand on ne peut pas être, à vue humaine, acteur du changement global, cela n’empêche pas d’avoir des actions qui aient du sens et soient porteuses d’espérance. Leur vision, c’est de vivre leur vie d’Église, en s’appuyant sur leur espérance en Dieu, et en se disant que Dieu les appelle à agir dans les situations auxquelles ils sont confrontés. Dans cette perspective, beaucoup de grands récits bibliques sont très parlants pour eux : tous ces passages de la mort à la vie, du désespoir à l’espérance, leur parlent beaucoup. La Bible est aussi un livre qui a été écrit à travers des crises, et dont de nombreux passages répondent à des situations de crise.

La mission de l’Église, c’est d’espérer au milieu des crises ; et si nous ne voyons pas de solution qui se dessine à notre niveau, nous sommes néanmoins appelés à être dans l’action ; à « espérer contre toute espérance ». Et cette espérance, elle doit se vivre aussi dans les relations qu’on met en place, dans la vie communautaire, dans le partage de la parole.

Quel sens donner aux célébrations du centenaire de l’ACO dans ce contexte ?

C’est tout d’abord un temps de reconnaissance pour tout ce qui a été vécu et accompli pendant un siècle. C’était une demande forte exprimée par nos partenaires. On ne mesure pas toujours très bien en France l’impact qu’a eu l’action de l’ACO, par exemple, auprès de la communauté arménienne, et le souvenir chargé d’émotion qui en perdure encore aujourd’hui. Il y a une reconnaissance qui s’est transmise au fil des générations dans la communauté arménienne, et l’on peut encore aujourd’hui, à travers l’ACO, rencontrer des descendants d’Arméniens déportés qui nous tiennent des discours très touchants, en nous disant : « Nos grands-parents ont pu survivre grâce à l’ACO, vous avez contribué à ce que nous puissions reconstruire nos vie… » Aujourd’hui bien sûr, cette question de l’aide et de l’accueil des réfugiés est toujours bien présente au sein de l’ACO, mais elle a pris d’autres formes.

Ensuite, ce centenaire, c’est bien sûr une manière de faire davantage connaître l’ACO ; non seulement son histoire, mais aussi ses actions et ses projets. Les célébrations comportant ces deux volets, l’un rétrospectif (avec une série de conférences sur l’histoire de l’ACO, qui ont eu lieu début 2021 ; avec une exposition) et l’autre plus tourné vers le présent et l’avenir, avec une série de tables rondes, et un numéro de notre revue, Le Levant – Morgenland, consacré aux enjeux que connaît ou va connaître la région du Proche-Orient. Ce centenaire, c’est donc aussi l’occasion de dire ce qu’est l’ACO aujourd’hui, et ce que l’on peut espérer pour demain.

Finalement, le mot clé de ce centenaire, c’est l’espérance. C’est d’ailleurs ce qui a présidé au choix du titre de notre numéro du Levant : Un avenir d’espérance. L’espérance, c’est ce qui nous anime quand nous nous retrouvons entre chrétiens de différents pays au sein de l’ACO : les gens sont toujours heureux d’être ainsi ensemble, même s’ils viennent de régions du monde qui connaissent des situations terribles, parce qu’ils partagent des choses essentielles. Quand on ne fait que décrire les crises, on se retrouve plombé, incapable d’agir. L’espérance, c’est ce qui permet d’éviter le fatalisme.

Et quelles sont vos relations avec le Défap ?

Des relations d’une grande proximité. Une coopération transparente, fraternelle. Elle se focalise surtout sur les questions liées aux envois de personnes. D’ailleurs, je fais précisément partie de la CEP (la Commission échange de personnes) du Défap. Nous apprécions aussi beaucoup la formation au départ dispensée par le Défap, la manière dont est assuré le suivi des envoyés : le Défap est ainsi un vis-à-vis important de l’ACO pour l’envoi de personnes en Égypte. Nous travaillons aussi en ce moment à la possibilité d’accueillir en France un groupe d’Égyptiennes venues du Caire. Nous avons d’ailleurs aussi des relations très proches avec DM en Suisse, qui consacre sa campagne d’automne à l’ACO. Dans le monde missionnaire protestant francophone, nous avons tous besoin d’être dans la proximité et l’échange de bonnes pratiques.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Centenaire de l’ACO : rendez-vous début octobre à Strasbourg et Paris

Rencontres et tables rondes, concert et cultes rythmeront début octobre les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient : tant à Strasbourg qu’à Paris, elles seront ouvertes à tous, afin de permettre au plus grand nombre de mieux connaître cette œuvre missionnaire qui, depuis 1922, construit des ponts entre les Églises protestantes de France et du Proche-Orient.

Image de l’exposition réalisée pour les 100 ans de l’Action Chrétienne en Orient © ACO

Garder le passé présent à l’esprit, tout en ayant les yeux tournés vers l’avenir : c’est le défi des célébrations du centenaire de l’ACO, l’Action Chrétienne en Orient, œuvre missionnaire née au sein des Églises protestantes de l’Est de la France et qui entretient, depuis 1922, des liens à la fois spirituels et de soutien matériel avec les chrétiens d’Orient. Cette volonté d’inscrire cet anniversaire dans le temps long est visible tout d’abord à travers sa publication annuelle, Le Levant – Morgenland, dont le numéro 110, titré Mémoires d’espérance, revenait sur l’odyssée de l’ACO depuis sa création, tandis que le numéro 111, titré Un avenir d’espérance, envisage les évolutions et les défis auxquels seront confrontés au cours des prochaines années ses partenaires orientaux. Autre particularité de cet anniversaire, il s’étale sur trois ans, avec des événements prenant place aussi bien en Europe qu’au Moyen-Orient.

Pour ce mois d’octobre 2022, les célébrations auront lieu successivement à Strasbourg et à Paris. Les 1er et 2 octobre, rendez-vous le samedi à l’église du Temple Neuf à Strasbourg, pour des tables rondes et un concert. Des délégations des membres de l’ACO de différents pays (Liban, Syrie, Iran, Égypte, Suisse, Pays-Bas, États-Unis) seront présentes pour ces rencontres ouvertes à tous. Le dimanche, rendez-vous à l’église protestante St-Pierre-le-Jeune pour participer au culte du Centenaire. Puis, à partir du 4 octobre, les célébrations se déplaceront à Paris : les invités de l’ACO seront tout d’abord reçus au Défap et y rencontreront toute l’équipe. Une table-ronde est ensuite programmée le jeudi 6 octobre, à 19h30, à la paroisse de l’Oratoire du Louvre ; et le dimanche 9 octobre, à 11h, la délégation de l’ACO assistera au culte national de l’UEEAF (Union des Églises Évangéliques Arméniennes de France) à l’église évangélique arménienne d’Issy-les-Moulineaux.

Avant cela, l’ACO avait déjà organisé, début 2021, une série de conférences à distance avec l’Université Haigazian de Beyrouth, portant sur les missions européennes et les Églises protestantes au Moyen-Orient au XXème siècle. Et pour l’année 2023 sont prévus un camp international de jeunes ainsi qu’une rencontre du Centenaire à Alep. Pour en savoir plus sur ce qui a été mis en place à l’occasion de cet anniversaire, vous pouvez vous référer à l’encadré en bas de cet article. Et au cours des prochaines semaines, le site du Défap aura l’occasion de vous en dire davantage, notamment en faisant le point sur le programme des célébrations et en donnant la parole à des membres de l’ACO.

Minoritaires au sein de la minorité chrétienne

Les membres du comité exécutif de l’ACO Fellowship (réseau international constitué autour de l’ACO) en 2011 au Liban. © ACO

Les chrétiens d’Orient ont été souvent victimes de discriminations et de violences, mais ils représentent encore aujourd’hui des communautés vivantes et dont la présence aide au vivre ensemble. Or au début du XXème siècle, au Moyen-Orient, un habitant sur quatre était chrétien ; ils ne sont plus désormais que 11 millions parmi 320 millions de musulmans (soit un sur 30), partout minoritaires et contraints de chercher la protection des pouvoirs en place pour continuer à exister. Et au sein de cette minorité, les Églises protestantes, avec lesquelles l’ACO est en lien, représentent elles-mêmes un tout petit nombre. « Minoritaires au sein de la minorité chrétienne composée d’Églises traditionnelles orientales, orthodoxes et catholiques », souligne l’ACO, « leur environnement est marqué par l’Islam avec ses différents courants théologiques et ses résonances sociales et politiques. Leur contexte est celui d’une région du monde secouée par des crises géopolitiques aux enjeux divers et complexes, où les puissances régionales et occidentales confrontent leurs intérêts. Pour autant les Églises protestantes que nous soutenons au Moyen-Orient rayonnent par leur témoignage vécu au nom de l’Évangile, par leurs œuvres éducatives et sociales, par leurs convictions pacifiques et critiques, par leur souci des relations œcuméniques entre Églises, par leur dialogue avec l’Islam et les minorités religieuses de la région ».

L’école protestante du Synode Arabe à Tripoli au nord du Liban © ACO

À sa création en 1922, l’ACO avait pour but de secourir les populations arméniennes victimes des exactions turques. Son fondateur, le pasteur Paul Berron, décrit dans Souvenirs des jours sombres (L’Harmattan) ce qu’il a vu et vécu à partir de 1916 au contact de ces réfugiés, tout en dénonçant la « politique d’extermination » alors mise en œuvre par les autorités turques. Alsacien, donc citoyen allemand avant la Première Guerre mondiale, il avait été envoyé comme aumônier en Syrie et dans la région pour établir et superviser des foyers du soldat. La guerre finie et l’Alsace réintégrée à la France, ce même pasteur Berron, devenu de fait citoyen français, put ainsi passer outre l’interdiction qui frappait les œuvres missionnaires allemandes et créa l’Action Chrétienne en Orient.

De la Syrie au Liban, puis à l’Iran

Grâce aux paroisses protestantes alsaciennes, mais aussi grâce à des comités néerlandais et suisses, l’ACO a rapidement étendu son œuvre et touché aussi bien les personnes de culture arménienne que de langue arabe et assyrienne, en Syrie mais également au Liban puis plus tard en Iran. Aujourd’hui, grâce à de nombreux partenariats, l’ACO soutient des projets très variés dans les domaines de l’éducation, du social, de la santé, de la solidarité en contexte de crise, de la résolution des conflits, de la formation théologique, de la vie d’Église au sein de communautés locales.

Parmi ces partenariats, il y a le Défap. Au cours des dernières années, l’ACO a eu l’occasion de collaborer de manière quasi quotidienne avec le Service Protestant de Mission, notamment pour l’envoi de volontaires, au Liban, en Égypte… Dans ce pays par exemple, le Défap a assuré le suivi des envoyés de l’ACO en lien avec les Églises protestantes locales, dans le cadre de la plate-forme Moyen-Orient. Il s’agissait de missions d’enseignement (soutien scolaire, apprentissage de l’expression française), mais au-delà, d’une expérimentation quotidienne du « vivre ensemble » propre à faire mentir ceux qui prêchent la violence entre les communautés. Comme le racontait une ancienne envoyée, décrivant l’école où elle travaillait : « Chrétiens et musulmans se côtoient dans le corps enseignants et chez les élèves (…) Dans cette société égyptienne fragmentée c’est, d’après moi, une bénédiction ! »




« Écoutez la voix de la création » : les chrétiens unis pour notre maison commune

Du 1er septembre au 4 octobre a lieu l’édition 2022 du « Temps pour la Création » : une manifestation internationale regroupant de nombreux chrétiens militant en faveur de la sauvegarde de la planète. Elle sera introduite le 1er septembre par une journée internationale de prière pour la sauvegarde de la Création. Cette célébration annuelle permet d’écouter et de répondre ensemble au cri de la Création : la famille œcuménique du monde entier s’unit pour prier et protéger notre maison commune, l’Oikos de Dieu.

Bannière de l’édition 2022 du «Temps pour la Création»

Canicules à répétition, incendies partout en France, et jusqu’en Bretagne : l’été a été torride dans l’Hexagone. Météo-France a annoncé que le mois de juillet 2022 était le deuxième mois le plus sec enregistré depuis le début des mesures, en 1958-1959 : au cours de ce mois, seulement 9,7 millimètres de précipitations cumulés ont été comptés dans le pays. Et si rien n’est fait pour inverser la tendance, c’est bien ce à quoi nos futurs étés devraient de plus en plus ressembler… Ce dont témoignent les projections climatiques à l’horizon 2100 établies par Météo-France :
 

La France n’est certes pas une exception ; et au niveau international, d’autres organismes pointent déjà l’accélération du réchauffement global des températures. C’est le cas de la Nasa, qui a établi cette animation compilant les données disponibles depuis l’ère pré-industrielle jusqu’à l’année 2021 :
 

Aujourd’hui, l’impact de l’humanité sur l’ensemble des écosystèmes de notre planète, et sur le climat lui-même, pousse de nombreux chrétiens à s’interroger : cette création n’est-elle pas désormais menacée ? L’être humain, chargé par Dieu dans le chapitre 2 de la Genèse de «garder» le Jardin d’Éden, n’a-t-il pas failli à sa mission ? Précisément, la fin des congés d’été annonce l’entrée dans une période de l’année qui marque, depuis 15 ans, une manifestation chrétienne internationale en faveur du climat : le «Temps pour la Création». Elle est traditionnellement organisée entre début septembre et début octobre – plus précisément entre le 1er septembre (début de l’année liturgique orthodoxe) et le 4 octobre (Saint François d’Assise, le saint patron des animaux et de l’environnement dans la tradition catholique), en passant par la fête des récoltes (parfois célébrée en milieu protestant)… Ce rendez-vous a été initié en Europe en 2007 ; en 2019, il a reçu un nouveau nom, celui de «Saison de la Création». Une appellation choisie de manière œcuménique au niveau international parmi l’ensemble des institutions chrétiennes. En France, de nombreux partenaires chrétiens, dont en particulier le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF) et la Commission Écologie – Justice climatique de la Fédération Protestante de France, ont choisi de se joindre à cette dynamique mondiale.

« Écoutez la voix de la création »

Cette année, l’édition 2022 du « Temps pour la Création » est organisée sous le thème : « Écoutez la voix de la création ». « Au cours de la pandémie de COVID-19« , soulignent les organisateurs, « beaucoup se sont familiarisés avec le concept de sourdine dans les conversations. De nombreuses voix sont muettes dans le discours public sur le changement climatique et l’éthique du maintien de la Terre. Il s’agit des voix de ceux qui souffrent des impacts du changement climatique. Ce sont les voix des personnes qui détiennent une sagesse générationnelle sur la façon de vivre avec gratitude dans les limites de la terre. Ce sont les voix d’une diversité décroissante d’espèces plus qu’humaines. C’est la voix de la Terre. Le thème du Temps pour la Création 2022 sensibilise à notre besoin d’écouter la voix de la création (…) Pendant le Temps pour la Création, notre prière et notre action communes peuvent nous aider à écouter les voix de ceux qui sont réduits au silence. Dans la prière, nous nous lamentons sur les individus, les communautés, les espèces et les écosystèmes qui ont disparu, et sur ceux dont les moyens de subsistance sont menacés par la perte d’habitat et le changement climatique. Dans la prière, nous mettons au centre le cri de la Terre et le cri des pauvres.

Écouter la voix de la création offre aux membres de la famille chrétienne un riche point d’entrée pour le dialogue et la pratique interconfessionnels et interdisciplinaires. En écoutant la voix de toute la création, les humains de toutes les cultures et de tous les secteurs de la vie peuvent se joindre à notre vocation de prendre soin de notre maison commune (oikos). Que ce Temps pour la Création 2022 renouvelle notre unité œcuménique ! Et que ce temps de prière et d’action soit l’occasion d’écouter la voix de la création, afin que nos vies, en paroles et en actes, proclament la bonne nouvelle pour toute la Terre ! »
 

Pendant cette période, les individus et les communautés sont invités à participer par la prière, des projets durables et du plaidoyer :

  • Prière : organisez un moment de prière œcuménique, qui unit les chrétiens pour prendre soin de notre maison commune, voyagez ensemble dans la Création ou dans des lieux touchés par le changement climatique et la perte de biodiversité, prévoyez des moments liturgiques pour écouter le Livre du Seigneur et le Livre de la Création.
  • Durabilité : organisez un événement de sensibilisation du public, pour informer un plus grand nombre de personnes de la bonne nouvelle que chacun d’entre nous peut apporter sa contribution.
  • Plaidoyer : faites entendre votre voix pour la justice climatique en participant ou en rejoignant une campagne en cours, comme le mouvement de désinvestissement des combustibles fossiles.

L’engagement chrétien en faveur de la sauvegarde de la Création regroupe aujourd’hui des initiatives de plus en plus nombreuses. Au Défap aussi, la préoccupation de la sauvegarde de l’environnement fait partie intégrante de son programme de travail, et se retrouve à travers un certain nombre de projets : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. C’est le cas du partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable ; il est l’un des membres fondateurs du Secaar… Cette préoccupation globale trouve par ailleurs des traductions locales dans les rencontres régionales sur la mission.




La France, pays de Mission

L’Association Francophone Œcuménique de Missiologie organise un colloque « De La France, Pays de Mission à évangéliser la France ? » les 13 et 14 mai 2022 à Paris.

Au programme

Vendredi 13 mai au Service protestant de Mission — DEFAP, 102 Bd Arago, 75014 Paris

18 h : Conférence de M. Jean-Louis Schlegel, « De La France, Pays de Mission à évangéliser la France ? »

Jean-Louis Schlegel est philosophe et sociologue des religions. Parmi ses nombreux centres d’intérêts figurent les phénomènes de recomposition du religieux, et singulièrement de l’Église catholique, dans la société contemporaine : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du religieux dans les démocraties dites parfois « postmodernes ». Il a fait partie du conseil scientifique de la revue Archives de Sciences sociales des Religions et du comité de rédaction de la revue Esprit. Outre de nombreux articles et traductions, il a publié Religions à la carte Hachette, 1995, et La loi de Dieu contre la liberté des hommes. Intégrismes et fondamentalismes, Seuil, 2002.

19 h 30 : Buffet (sur inscription : pascale.grosbras@defap.fr)

20 h : Assemblée générale de l’Association

Samedi 14 mai à l’Institut protestant de théologie, 83 Bd Arago, 75014 Paris

10 h « Expériences d’évangélisations contemporaines évangéliques » par M. Daniel Liechti

Daniel Liechti est professeur de missiologie (évangélisation et implantation d’Églises) à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (78). Il préside la commission d’implantation d’Églises du Conseil National des évangéliques de France (CNEF). Il a été pasteur-implanteur dans la région Hauts de — France ainsi qu’en Île-de-France et directeur du développement de l’union d’Églises Perspectives.

11 h « Le Congrès Mission » par Mme Clara Lauriot-Prevost

Clara Lauriot-Prevost est missionnaire. Elle fait partie d’Anuncio depuis 2008 et dans le Congrès mission depuis 2015. Elle fait partie du comité du congrès mission et travaille en particulier sur les thèmes de l’évangélisation directe, la conversion pastorale missionnaire des paroisses et la vie missionnaire avec l’Esprit saint.

14 h « “Use Your Talent” : une démarche originale d’évangélisation dans un contexte de mission européenne » par Mme Sandra Bischler

Sandra Bischler est directrice régionale pour l’Europe et le Brésil de la Société missionnaire norvégienne (NMS). En collaboration avec son partenaire missionnaire au Brésil, Mouvemento Encontrao, la NMS favorise l’envoi de missionnaires vers les Églises partenaires en Europe avec une accentuation sur des programmes de développement de communautés missionnaires, d’implantation d’églises et de renforcement du travail des jeunes par le biais d’un programme d’échange.

Avec la participation de Mariana et Mateus PEREIRA, missionnaires au service des étudiants et jeunes professionnels au sein de l’Église protestante unie à Lyon. Ce ministère est le fruit d’un partenariat international avec la Missão Zero du Brésil et la Société de Mission norvégienne.

16 h 30 : Fin




Liberté et missions protestantes : la conférence inaugurale

Les 17 et 18 mars se sont tenues deux journées d’étude sur le thème « Liberté et missions protestantes », organisées avec le Défap dans le cadre des travaux du GRER (Groupe de recherche sur l’Eugénisme et le Racisme) de l’Université de Paris, site Diderot.

Quelques-uns des participants des deux journées d’étude organisées avec le GRER. Au premier plan, Gilles Vidal, ici dans le public installé dans la chapelle du Défap © DR

Les missionnaires ont-ils apporté une nouvelle liberté aux peuples autochtones en les délivrant de l’obscurantisme… ou leur conception du progrès a-t-elle privé ces peuples de leur propre culture ? Quelles relations avec le contexte colonial ? Ces deux journées d’étude visaient à croiser les regards des missions protestantes francophones et anglophones sur les notions de liberté aux XIXe et XXe siècles en Afrique et en Océanie.

Voici la conférence inaugurale du professeur Gilles Vidal, doyen de l’IPT-Montpellier, sur le thème : « La théologie de la libération dans un contexte océanien (1990-2000). Approche comparative de deux théologiens kanak et ma’ohi contemporains ».

 




Liberté et missions protestantes : rendez-vous les 17 et 18 mars

Ces deux journées d’étude, qui se dérouleront à la fois au 102 boulevard Arago et Place Aurélie Nemours, sont organisées dans le cadre des travaux du GRER (Groupe de recherche sur l’Eugénisme et le Racisme) de l’Université de Paris, site Diderot. Elles visent à croiser les regards des missions protestantes francophones et anglophones sur les notions de liberté aux XIXe et XXe siècles en Afrique et en Océanie.

Détail de l’affiche du colloque

« Rendre la liberté » aux autochtones de la mission était l’essence même de l’institution missionnaire. Certains ont pu penser que la « civilisation chrétienne » avait pour mission de libérer les peuples de l’obscurantisme (fin de la magie noire, du cannibalisme, des crimes rituels, etc.), comme l’illustrent les activités de la missionnaire écossaise Mary Slessor au Calabar. Mais si la conversion au christianisme était, aux yeux des missionnaires, libératrice et libératoire pour les indigènes, que penser de la destruction et de la privation de leur culture au nom de la foi et du progrès ?

Qu’elles soient francophones ou anglophones, les missions, aux XIXe et XXe siècles, s’accordent, en grande majorité, sur le fait que, in fine, l’évangélisation des autochtones incombe aux autochtones eux-mêmes. Cependant, de la liberté d’accepter l’évangélisation à la liberté ecclésiale, voire politique, il n’y a qu’un pas. Or les missionnaires et leurs ouailles œuvrent dans le champ colonial français et britannique, ce qui interroge l’approche géopolitique de la liberté au sein du projet missionnaire dans un contexte colonial et post-colonial. Certaines Églises protestantes ont soutenu le régime colonial, y compris quand il débouchait sur des situations liberticides comme l’apartheid en Afrique du Sud, alors que d’autres s’y sont opposées. Quelles furent les limites à leur liberté auxquelles ces Églises furent confrontées ? Quelles formes de liberté ont-elles prônées ?

Priver de liberté cet Autre, qu’il soit un missionnaire indigène d’Afrique ou d’Océanie ou un missionnaire de souche européenne, ou au contraire lui accorder la liberté d’expression et d’ »être », relève du champ des altérités et des identités culturelles. La conception de la liberté est le fruit de cultures que missionnaires et autochtones véhiculent et confrontent au sein de la mission. C’est précisément au cœur de la mission que se font et se défont les libertés et les identités. Creuset des contradictions, la mission abrite et protège autant qu’elle déconstruit et détruit.

Détail de l’affiche du colloque

C’est cette question passionnante de la liberté et des missions protestantes que se propose d’explorer le colloque qui se tient les jeudi 17 et vendredi 18 mars, selon les modalités et le programme suivants :

Jeudi 17 mars 2022 : rendez-vous au Défap (102 Boulevard Arago, Paris 14e)

  • 14h00 : Ouverture du colloque : Basile Zouma secrétaire général du Défap. Claire Kaczmarek, Gilles Teulié.
  • 14h15 : Conférence inaugurale
    Gilles Vidal, Institut Protestant de Théologie, Faculté de Montpellier
      La théologie de la libération dans un contexte océanien (1990-2000). Approche comparative de deux théologiens kanak et ma’ohi contemporains.
  • 15h15 : Pause
  • 15h30-17h00. Atelier I : Défendre l’opprimé : la mission comme espace de l’humanisme ?
    Marie-Claude Mosimann-Barbier, Ecole Normale Supérieure de Paris-Saclay
      Le combat de John Philip contre l’esclavage en Afrique du Sud.
    Maud Michaud, Université du Mans
      La mission au service de l’humain : Alice Seeley Harris (1870-1970) et les campagnes humanitaires contre les atrocités du Congo de Léopold II.
    Marc Tabani, Aix-Marseille Université
      La « Loi de Tanna » : Histoire d’une théocratie presbytérienne aux Nouvelles-Hébrides (Vanuatu).
  • 17h00. Pause
  • 17h15. Visite des archives du Défap avec Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap.
  • 18h00. Apéritif dînatoire au Défap

Vendredi 18 mars 2022 : rendez-vous au GRER (Université de Paris-site Diderot, Place Aurélie Nemours, Paris 13e Bâtiment Sophie Germain, Amphi Turing)

  • 9h00 : Accueil
  • 9h30-10h30. Atelier II : Affirmer son identité : la mission comme fabrique de l’émancipation ?
    Vahi Tuheiava-Richaud, Université de Polynésie Française
      L’EPM, une église de traditions fortes à la recherche d’un nouvel équilibre : entre mutation ou rupture ?
    Chloé Pastourel, Université Clermont-Auvergne
      Entre influence et rejet des missions philanthropiques protestantes anglo-saxonnes dans la diffusion du panafricanisme durant la Conférence de l’enfance africaine en 1931.
  • 10h30-11h00. Pause
  • Clélia Lacam, Univ. Paris I Panthéon-Sorbonne / Institut des Mondes Africains
      La mission protestante en terre gabonaise : un espace de liberté féminine ? (1892-1914).
    Jean Paul Mountapmbeme, Université de Yaoundé I
      Identité africaine et Missions Protestantes : problématique de l’altérité à travers l’itinéraire d’Adolf Lotin a Same de la Native Baptist Church au Cameroun.
  • 12h00 Déjeuner
  • 14h00. ATELIER III : Composer avec l’administration coloniale : la mission comme vitrine de l’ambiguïté ?
    Dominique Ranaivoson, Université de Lorraine
      Les missionnaires protestants français dans l’insurrection de 1947 : « sur la crête du toit » entre liberté et répression.
    Francis Romuald Mvo’o, Université de Yaoundé I
      Missions protestantes au Cameroun sous la tutelle française de l’évangélisation aux activités politiques : de la subdivision du Nyong et Sanaga 1950-1960.
  • 15h00-15h30. Pause
  • Marie Julien Danga, Université de Yaoundé I
    Protestantisme et guérilla nationaliste au Cameroun sous tutelle française : cas de la subdivision Mbouda (1955-1971).
    Claire Kaczmarek, Université d’Artois
      Samuel Macfarlane (1837-1911), liberté religieuse et identités nationales dans l’Empire informel de l’espace insulaire de Lifou, Nouvelle-Calédonie.
  • 16h30. Conclusions




Carême protestant : «Dieu à l’épreuve de la vie quotidienne»

Les conférences de Carême inaugurées par le pasteur Boegner en 1928 à la radio, et qui s’appellent depuis 1981 « Carême Protestant », montrent la démarche des protestant pour s’approprier cette période. Chaque dimanche sur France Culture, du 6 mars au 10 avril 2022, de 16h à 16h30, les conférences de Carême sont assurées par le pasteur Arnaud Van Den Wiele, de l’Église Protestante Unie de Gap sur le thème : « Dieu à l’épreuve de la vie quotidienne ». À réécouter le lundi suivant à 21h45 sur Fréquence protestante, ou en podcast.

Peut-on faire Carême en étant protestant ? Tout dépend de la manière dont on envisage le Carême… Carême et protestantisme semblent ne pas vraiment aller ensemble, si on l’envisage de manière stricte et sous la forme d’un jeûne, et associer les deux termes comme le fait Carême protestant dans une série de conférences diffusées chaque année sur France Culture ne peut qu’impliquer une pratique bien différente.

Le Carême ne fait pas partie de la tradition protestante. Essentiellement pour des raisons historiques. Au tout début du protestantisme, les Réformateurs ne se sont pas prononcés à son sujet. Le carême était trop associé à un contexte de bonnes œuvres, à un esprit de contrition contradictoire avec l’idée de Grâce. Par la suite, tout ce qui ne relevait pas de la Grâce seule a été rapidement abandonné. De ce fait, le carême est tombé en désuétude chez les protestants, qui sont, de surcroît, relativement étrangers au fait de se fixer des règles de conduite pour une période particulière.

Que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien ?

Et pourtant, cela fait maintenant plusieurs années que les protestants retrouvent l’utilité de ce temps précédant Pâques. Il n’existe, bien entendu, aucune règle institutionnelle en la matière. Mais le Carême peut, dans notre vie chrétienne, correspondre à un temps de réflexion. Une période pendant laquelle on peut se demander, ou se redemander, ce que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien…

Pour cette saison 2022, par un parcours poétique et spirituel, du jardin d’Éden préfigurant la grande consommation à la descente de la Jérusalem céleste symbole de l’humanité de Dieu, le pasteur Arnaud Van Den Wiele brosse en six tableaux une vision renouvelée de la présence et de l’interpellation de Dieu, dans notre quotidien. Se nourrir, cultiver, s’identifier, se parer, trier et rejeter, vivre avec son prochain… Comment faire une place et donner accueil à ce Dieu – Christ qui vient à nous dans le quotidien de nos vies ? Or la foi c’est la réalité de ce qu’on espère, l’attestation de choses qu’on ne voit pas (Épître aux Hébreux, 11, v.1).

Ces conférences sont diffusées chaque dimanche sur France Culture, du 6 mars au 10 avril 2022, de 16h à 16h30. À réécouter le lundi suivant à 21h45 sur Fréquence protestante, ou en podcast.

Le programme des six conférences

  • 6 MARS : UNE THÉOLOGIE DES SUPERMARCHÉS ?
    GENÈSE 3, 22-24
  • 13 MARS : UNE THÉOLOGIE DES PLANTATIONS ?
    ESAÏE 28, 23-29
  • 20 MARS : UNE THÉOLOGIE DES MOTS DE PASSE ?
    JUGES 12, 4-7
  • 27 MARS : UNE THÉOLOGIE DES COSMÉTIQUES ?
    JEAN 12, 1-8
  • 3 AVRIL : UNE THÉOLOGIE DES REBUTS ?
    PHILIPPIENS 3, 8
  • 10 AVRIL : UNE THÉOLOGIE DES VOISINS ?
    APOCALYPSE 21, 9-27

L’histoire de Carême protestant

1928

Le Pasteur Boegner présente sa première conférence dans sa paroisse de l’Annonciation. Il sera suivi par bien d’autres pasteurs. Pendant l’occupation, le Pasteur Boegner se battra avec la censure allemande pour que ses conférences soient retransmises par la radio. Il gagnera. Les retransmissions n’avaient pas le retentissement qu’elles ont actuellement ; les postes de radio n’étaient pas aussi nombreux.

1981

Le titre de « Carême protestant » apparaît pour la première fois – une trouvaille qui va faire une percée fulgurante dans tous les milieux et qui est maintenant déposée comme une marque. Peu à peu, le cercle des auditeurs de toutes confessions s’agrandit et comprend 25% de catholiques intéressés par la pensée protestante. Les conférences sont éditées en brochures, en cassettes audio et en CD qui connaissent un bon succès. « Carême protestant » fait partie des émissions satellites de France Culture qui couvrent l’Europe et le bassin méditerranéen, jusqu’en Égypte.

Depuis 1997

« Carême protestant » a son propre site internet, et les prédications sont proposées en intégralité aussitôt après Pâques.

 




Un week-end consistorial sur la mission dans les Vosges

Comment parler de la mission dans une paroisse locale ? En faisant appel à des témoignages d’envoyés du Défap et à leur expérience concrète de la rencontre ; en réalisant que dans notre société de plus en plus diverse, l’interculturalité se vit dans le quotidien, et dans la paroisse… Et en rappelant, aussi, que ces problématiques se posaient déjà au temps de Paul, ce qui transparaît dans ses lettres. Exemple avec le week-end organisé par le consistoire Vosges-Meurthe de l’Église protestante unie de France, les 16 et 17 octobre à Plainfaing.

Week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’EPUdF, 16 et 17 octobre 2021

Si les envois de volontaires internationaux par le Défap s’inscrivent dans un cadre légal laïc, dont le strict respect est nécessaire, ils interviennent dans des milieux d’Églises. Ils travaillent à des missions de santé, d’enseignement ; mais ce qu’ils vivent est riche de leçons à tirer pour les Églises ainsi mises en relation. Comment la rencontre est-elle possible par-delà les différences de langue, de culture, entre des groupes humains séparés par plusieurs frontières et des milliers de kilomètres ? Comment trouver une unité dans la diversité ? Autant de thématiques qui ont irrigué le week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’Église protestante unie de France, organisé les 16 et 17 octobre à Plainfaing.

Week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’EPUdF, 16 et 17 octobre 2021

Située au pied des cols du Bonhomme et de la Schlucht, entre Colmar et Saint-Dié, au carrefour de la route des Crêtes et de l’Alsace, Plainfaing est une petite agglomération d’un peu plus de 1600 habitants, qui fait partie du parc naturel régional des Ballons des Vosges. Elle a su développer le tourisme, profitant à la fois de la proximité des principales stations de ski du massif vosgien, des crêtes et des plus hauts sommets pour la randonnée, mais aussi de la route des vins. Un décor bien éloigné du Congo, de Madagascar ou du Cameroun ; bien différent des grandes métropoles et de leur brassage de population… Et pourtant, les questions d’interculturalité se posent aussi bien dans les Vosges. Et c’est dans ce décor de basse montagne, dans les bâtiments typiques et anguleux d’une colonie des années 60, que se sont retrouvés une quinzaine d’adultes dont la responsable du service des envoyés du Défap, Laura Casorio ; ainsi qu’une dizaine d’adolescents et une dizaine d’enfants. Avec au menu, des animations mettant en scène toute la difficulté et toute la richesse de la rencontre à travers les âges. Car les questions d’interculturalité en Église, si prégnantes aujourd’hui, se posent en fait depuis l’origine, comme en témoignaient déjà les lettres de Paul.

« C’est important de rencontrer, en chair et en os, un envoyé »

Les restrictions persistantes dues au contexte sanitaire ont lourdement impacté la vie d’Église. Et pourtant, comme le souligne la pasteure Valérie Mitrani, les préoccupations des plus jeunes, loin d’être marquées par le repli, dépassent largement le contexte local : « Ils ont d’emblée une vision large, que ce soit sur les problématiques liées à l’écologie, aux questions des origines et des cultures… » Par ailleurs, plusieurs, de par leur vécu personnel, expérimentent déjà le fait de vivre entre deux cultures, soit qu’ils aient été adoptés, soit que leurs parents soient eux-mêmes issus de pays et de contextes religieux différents.

Week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’EPUdF, 16 et 17 octobre 2021

Pour ces enfants et ces adolescents, l’animation centrée sur un bus les emmenant sur les routes d’Achaïe, de Macédoine, de Crête et de Pamphilie, à la découverte des voyages de Paul et de ses rencontres improbables, était largement parlante. De même que les témoignages d’envoyés du Défap au Burundi, au Sénégal, au Timor, au Laos, au Brésil ou à Madagascar, avec les descriptions des contextes de leurs missions. Pour les adultes, ils ont pu réfléchir aux enjeux actuels de la mission après un survol de l’histoire du Défap : dans le monde d’aujourd’hui, les questions de l’accueil et de la rencontre se posent avec une acuité nouvelle, nécessitant une permanente adaptation aux situations et aux personnes… avec une remise en cause permanente des façons de faire Église ensemble. Il ne s’agit plus de distinguer mission au près et mission au loin : l’interculturalité se vit aussi en paroisse, et il peut être aussi difficile d’accueillir un envoyé de retour de mission, avec un vécu qui a renouvelé sa vision de la vie d’Église, et d’entendre son témoignage.

« C’est important pour nous de rencontrer, en chair et en os, un envoyé du Défap, ou une responsable du service envoyés, résume la pasteure Valérie Mitrani. Quelqu’un qui est dans une aventure de vie, qui est témoin et facilitateur d’échanges… Ça permet de vraiment se rendre compte de l’universalité de l’Église. » Et pour souligner encore l’importance de ces échanges, ce week-end s’est conclu sur la rédaction de lettres par les enfants et les jeunes du consistoire ; des lettres destinées non seulement aux envoyés du Défap, mais aussi aux Églises qui les accueillent – et qui leur ont été remises personnellement.

Week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’EPUdF, 16 et 17 octobre 2021




Accueillir. Aller vers l’autre. Recevoir.

Trois verbes qui résument la thématique de la journée missionnaire organisée à Loriol, en octobre dernier, dans la foulée de la course Hope360. Un événement local, mais qui en dit long sur les possibilités qu’ont les échanges internationaux d’agréger les bonnes volontés au niveau local…

Un aperçu de la journée missionnaire à Loriol – DR

En 50 ans d’existence, l’activité du Défap s’est traduite par les missions de plus de 2000 envoyés, par des dizaines de projets au sein d’une cinquantaine d’Églises mises en relation, notamment dans le réseau de la Cevaa, mais aussi au-delà ; par des centaines de boursiers accueillis en France, des dizaines d’échanges de professeurs, de jeunes, de pasteurs… Mais quel en est l’impact sur la manière de vivre l’Église au niveau local ? En quoi ces voyages, ces mélanges de cultures, cette foi vécue en commun peuvent-ils servir à alimenter la vie d’une paroisse ?

Une réponse simple serait : par l’ouverture ainsi permise. Encore faut-il l’expérimenter pour percevoir cette porosité entre ce qui se fait au loin et ce qui se vit ici.

Des dynamiques internationales aux dynamiques locales

Un bon exemple est celui de la Journée missionnaire organisée le 10 octobre à Loriol avec la participation de Laura Casorio, du service Relations et Solidarités Internationales du Défap. Il a eu lieu dans la foulée de Hope360, événement festif et solidaire qui avait réuni, une dizaine de jours plus tôt, plus de 800 coureurs à Valence. Mis sur pied par Asah, collectif des acteurs chrétiens de la solidarité internationale, Hope360 avait ainsi rassemblé des bonnes volontés issues de toutes les branches du protestantisme, depuis les paroisses luthéro-réformées locales jusqu’aux organismes liés au monde évangélique. Un phénomène d’agrégation qui avait aussi profité aux Églises directement membres du Défap : parmi les jeunes présents à Valence dans le parc de l’Épervière, on trouvait ainsi des membres du consistoire du Valentinois – Haut-Vivarais et du consistoire des Portes du midi de l’Église protestante unie de France (EPUdF), mais aussi un groupe de l’Unepref, autre Église membre du Défap, emmené par le pasteur Pascal Gonzales. Ou comment l’engagement international se traduit par des dynamiques dont profitent les paroisses locales…

Et c’est précisément pour profiter de ces dynamiques que les paroisses de l’EPUdF se sont mobilisées, dès les tentes repliées et les stands démontés dans le parc de l’Épervière, autour d’un week-end de la mission. Dans la salle, un public majoritairement jeune le samedi, plus intergénérationnel le dimanche lors du culte ; une participation allant jusqu’à une centaine de personnes, parmi lesquelles d’anciens envoyés du Défap, diverses personnes impliquées dans des activités de diaconat et paroissiales… Et au-delà de la présentation de l’historique et des missions présentes du Défap, des questions très ouvertes à des anciens envoyés ou anciens boursiers, ayant directement vécu les échanges avec d’autres Églises, dans d’autres pays : qu’en ont-ils retenu ? L’Église d’envoi a-t-elle su les accueillir de nouveau à leur retour, et surtout, accueillir leur expérience et leur témoignage ? Quel regard portent-ils aujourd’hui sur leur Église, et sur la vie d’Église en général ? Comment vivre aujourd’hui l’Église universelle ?

Cet événement Hope360 a ainsi permis, par ricochet, d’alimenter un temps de réflexion autour de la mission à partir des témoignages de divers proches du Défap : anciens envoyés coopérants ou volontaires, professeurs venant des universités du Cameroun ou du Bénin. Elle a aussi permis à tous de s’interroger sur l’Église qu’ils veulent vivre, et sur les manières d’y parvenir, à la lumière de ces apports issus d’autres pays et d’autres communautés.

 

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Deux jours de visite au Défap pour les futurs pasteurs

Lundi 13 et mardi 14 décembre, les Master 2 de l’IPT sont au 102 boulevard Arago, pour rencontrer l’équipe du Défap, visiter la bibliothèque et participer à des ateliers sur la mission et sur l’interculturel. L’objectif de ces rencontres, désormais régulières, est notamment de permettre de mieux faire connaître le rôle du Défap à ces étudiants qui se destinent à devenir pasteurs au sein de l’Église protestante unie de France.

Les étudiants en Master Pro de l’IPT, accompagnés d’Élian Cuvillier, et l’équipe du Défap, le lundi 13 décembre dans la chapelle du 102 boulevard Arago

Si le rôle de pasteur dans les Églises luthéro-réformées, fondamentalement, ne change guère, les conditions du métier ont fortement évolué ces dernières années. Il s’agit toujours de prêcher l’Évangile, d’accompagner des communautés locales, d’accompagner des personnes dans des moments particulier de leur vie, comme le soulignait en mai 2016 Evert Veldhuizen, président de l’Association des Pasteurs de France ; mais depuis les années 80, le corps pastoral a dû s’adapter à l’ère numérique, il a vu sa sociologie se modifier… Il compte de plus en plus de femmes, de plus en plus de pasteurs venus de l’étranger (ils sont aujourd’hui un tiers au sein de l’Église protestante unie de France, dont une bonne moitié provenant d’Afrique), voire d’autres Églises… Nombre de nouveaux pasteurs ont déjà connu une vie professionnelle avant de se reconvertir, et la part de celles et ceux qui sont directement issus de familles de pasteurs du milieu luthéro-réformé se réduit de plus en plus. Des transformations qui sont à l’image de celles que connaissent les paroisses, elles-mêmes ayant désormais une sociologie de plus en plus diverse et des origines multiples. L’épisode de la crise sanitaire, dont l’impact a été lourd sur la vie des Églises, et les tensions entourant les questions liées à la laïcité n’ont fait qu’accentuer récemment des transformations déjà profondes.

Les pasteurs, aujourd’hui, doivent être conscients des enjeux de l’interculturalité dans la vie d’Église. C’est précisément l’un des thèmes de la visite qu’effectuent au Défap pendant deux jours, les lundi 13 et mardi 14 décembre, une quinzaine d’étudiants et d’étudiantes en Master Pro de l’Institut Protestant de Théologie (un cycle commun aux facultés de Paris et de Montpellier), qui d’ici quelques mois devraient achever leur formation et se retrouver en poste dans une des paroisses de l’Église Protestante Unie de France (EPUdF). À l’issue de cette visite, ils auront eu l’occasion de participer à deux ateliers sur ce thème. Le premier, lundi après-midi, étant titré « Comment comprendre les différences culturelles ? Peut-on les dépasser ? » ; et le second, mardi, davantage centré sur le cas particulier du ministère pastoral.

Survol de l’histoire des missions protestantes et travaux sur l’interculturel

Cette année, le programme a été établi par Pascale Renaud-Grosbras, du service Animation-France du Défap, en association avec Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque. Au menu de ces deux jours : une série de rencontres et un repas partagé avec l’équipe du Défap, une présentation de l’histoire de la Maison des missions, de la SMEP au Défap, avec une visite commentée de l’exposition réalisée à l’occasion du cinquantenaire du Service protestant de mission… Mais aussi des portraits de missionnaires comme Idelette Allier, Mabille, Lavignotte ; une visite de la bibliothèque, lieu unique dans le protestantisme français, qui recèle dans ses fonds nombre de documents uniques sur l’histoire des missions protestantes. Sans compter la découverte de l’escape game réalisé par des anciens envoyés à l’occasion des célébrations du cinquantenaire : un jeu que vous pouvez retrouver gratuitement dans la boutique du Défap, et téléchargeable ici.

Voilà plusieurs années que ces visites des Master Pro sont organisées au 102 boulevard Arago ; Tünde Lamboley, responsable de la formation théologique, et qui avait initié un rapprochement avec l’IPT à travers une série de «déjeuners-cultes», avait en effet constaté que le Service Protestant de Mission restait encore trop souvent méconnu parmi les étudiants. D’où cette idée d’un temps de rencontre et d’échanges, approuvée par Élian Cuvillier, qui outre son rôle de directeur des études à l’IPT-Montpellier, est également, depuis juillet 2017, directeur du master professionnel des deux facultés. Il a déjà eu l’occasion de dire, lors d’une de ces visites, qu’il considère le Défap comme « un rouage essentiel de l’Église », avec lequel ses étudiants, en tant que futurs pasteurs, « seront nécessairement amenés à travailler ».
 

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Devenir pasteur
Le master 2 en théologie appliquée (Cycle M2ThA) est une formation universitaire commune aux Facultés de Paris et de Montpellier qui prend en compte la pratique, l’expérience et l’engagement concrets. Il est requis pour être pasteur.e de l’Église protestante unie de France (EPUdF). Poursuivant un triple objectif théologique, professionnel et personnel, il met en œuvre la triade pédagogique : savoir, savoir-faire et savoir-être. Il comprend un stage, des séminaires et la rédaction d’un rapport de stage. Au terme de ce temps d’études, et après accord de la Commission des ministères, le.a candidat.e au ministère pastoral fait son « proposanat ». Ce dernier est une période probatoire d’une durée de deux ans, dans une Église locale ou une paroisse. Une fois le proposanat achevé et après accord de la Commission des ministères, le nouveau / la nouvelle pasteur.e est ordonné.e – reconnu.e dans son ministère puis inscrit.e au rôle des ministres de l’EPUdF. La Commission des Ministères a réalisé une brochure à destination des étudiant.e.s désirant devenir pasteur.e.s : «Pour devenir pasteur, un parcours avec la Commission des ministères». Il est possible de la consulter sur le site de l’EPUdF sous format pdf.



L’IPT à Montpellier fête ses 100 ans

Les 2, 3 et 4 octobre, l’Institut protestant de théologie célèbre le centenaire de son implantation autour de plusieurs rendez-vous.

L’IPT-Montpellier hier et aujourd’hui

En 1919, le Synode de l’Église réformée évangélique de France décidait le transfert de la faculté de théologie protestante de Montauban, où elle était implantée depuis 1808, à Montpellier.

Les 14 et 15 janvier 1920 eut lieu l’inauguration solennelle de la Faculté. Installée au 13 de la rue du Dr Louis Perrier, elle forme l’Institut protestant de théologie depuis 1972, avec sa faculté-sœur de Paris.

Rendez-vous donc les 2, 3 et 4 octobre 2021 à l’IPT à Montpellier pour fêter enfin comme il se doit (les festivités ont dû être reportées d’un an, Covid oblige) les 100 ans de l’institution.

Au programme des festivités :

  • Samedi 2 octobre à 17h30
    Présentation de l’exposition photographique « 1920-2020. Portraits de cent ans de théologie protestante à Montpellier » à la Bibliothèque de la faculté. Suivie d’un cocktail.
  • Dimanche 3 octobre à 10h30 à 10h30
    Culte du Centenaire : prédication donnée par la pasteure Emmanuelle Seyboldt, présidente du Conseil national, avec la participation du pasteur et hautboïste Jean-Christophe Robert au temple, 25 rue Maguelone à Montpellier.
  • Lundi 4 octobre à partir de 17h
    Séance solennelle de rentrée de la Faculté
    17h : Discours officiels
    18h : Rapport du doyen
    19h : Leçon d’ouverture : « Le voyage et le séjour de Luther à Worms en 1521 : entre mythe et Histoire » donnée par M. Thomas Kaufmann, professeur d’Histoire de l’Église à la faculté de théologie de l’université Georg August de Göttingen. Avec la participation du pasteur et hautboïste Jean-Christophe Robert. Salle des Actes
    20h : Réception dans les jardins de la faculté



Retour sur la conférence sociologique avec Évelyne Engel

Pourquoi se former à l’interculturel ? Quel en est l’intérêt, quels en sont les défis ? Mercredi 15 septembre 2021, dans le cadre des Journées Portes Ouvertes du Défap, la sociologue Évelyne Engel a analysé les enjeux de l’interculturalité, en partant notamment de son expérience de formation des envoyés du Défap, lors d’une conférence organisée à la fois en présentiel au 102 boulevard Arago, et en distanciel sur Zoom. Retrouvez-la ici en intégralité.

La conférence avec Évelyne Engel, organisée simultanément en présentiel dans la chapelle du Défap, et en visioconférence – © Défap

En 1953, un jeune Suisse un peu rêveur de 24 ans, fils de bibliothécaire, passionné de lecture et fasciné par les atlas de géographie, partait à bord d’une modeste Fiat Topolino en compagnie d’un ami pour un voyage qui devait le mener de Belgrade à Kaboul, à travers la Yougoslavie, la Turquie, l’Iran et le Pakistan. Il s’appelait Nicolas Bouvier, et son journal de bord, rédigé au fil des rencontres, devait devenir un livre, L’Usage du monde. Un ouvrage pétri de remarques, de notes à la finesse remarquable sur les us et coutumes des lieux traversés, à la fois incisif dans ses analyses et pétri d’émerveillement pour toute la diversité de l’humanité ; publié d’abord à compte d’auteur, il devait devenir au fil du temps une référence de la littérature de voyage. Plus tard, Nicolas Bouvier devait pousser jusqu’au Japon, où son séjour d’un an servit de matière à sa Chronique japonaise, publiée en 1970. À travers tous ces voyages et ces pays traversés, une même attitude le guidait : une curiosité permanente sur les manières de vivre et les manières d’habiter le même monde de ces êtres infiniment curieux, attachants mais aussi divisés, méfiants et retors que sont les humains.

C’est une citation de cette Chronique japonaise qu’Évelyne Engel a choisie pour introduire la conférence qu’elle donnait au 102 boulevard Arago, le 15 septembre 2021, dans le cadre des Journées Portes Ouvertes du Défap : «Si l’on ne peut plus guère progresser aujourd’hui dans l’art de se détruire, il y a encore du chemin à faire dans l’art de se comprendre.» Et c’est bien là ce qui explique les besoins de formation en interculturalité. Des besoins que la sociologue a commencé par analyser pour détailler tous les enjeux d’une telle formation :

  • mieux se comprendre ;
  • éviter les malentendus ;
  • travailler ensemble ;
  • réfléchir à la marche du monde.

Évelyne Engel est aujourd’hui consultante sur les questions d’aménagement et d’interculturalité, après avoir été responsable d’un centre d’hébergement pour réfugiés politiques. Depuis 2014, elle forme les envoyés du Défap avant leur départ en mission. C’est principalement à travers le prisme de cette intervention régulière auprès des futurs volontaires qu’elle a abordé cette question de la formation à l’interculturel.

L’intégralité de la conférence avec Évelyne Engel

Le visible et l’invisible

Mais pour parler d’interculturel, il faut d’abord définir la notion de culture : or celle-ci a de multiples définitions selon qu’on l’aborde sous l’angle philosophique, sociologique, etc. Au final, les cultures se constituent en autant de manières distinctes d’être, de penser, d’agir, de communiquer que d’êtres humains. Et chaque individu est un produit socio-historique , «un Homme vivant parmi d’autres Hommes». Dans chaque culture, il y a ainsi une partie bien visible : c’est une langue, une histoire, des formules de politesse, etc. Mais il y a aussi en-deçà tout l’inconscient, l’invisible, le caché ; les conditionnements, le rapport au temps, à l’espace ; les valeurs, les croyances, et tout ce qui constitue la vision du monde.

Comment envisager des manières de communiquer entre des manières d’être au monde aussi différentes et aussi spécifiques ? Les rapports entre différentes cultures, lorsqu’elles se rencontrent, peuvent s’envisager de plusieurs manières. Il y a l’approche multiculturelle, marquée par le pluralisme, la juxtaposition ; une approche en forme de «mosaïque culturelle», de «creuset» où cohabitent différents groupes culturels ; ce qui ne fait pas toujours bon ménage avec la cohabitation et l’intégration sociale. Il y a aussi l’approche interculturelle, plus proche de la dimension que le Défap essaye de développer :

  • elle définit les rapports et interactions entre des groupes humains de cultures distinctes ;
  • elle est marquée par une réciprocité des échanges, un dialogue ;
  • elle suppose un respect mutuel ;
  • elle implique un renoncement à l’ethnocentrisme.

Se rencontrer par-delà les différences culturelles : un effort quotidien

Ces différentes approches se traduisent par des postures différentes :

  • l’universalisme culturel : la reconnaissance commune de principes indiscutables, l’univers vu comme un tout englobant tous les êtres humains, au-delà des particularismes biologiques et culturels, une unité façonnée par la raison humaine qui régit les relations entre les êtres dans un consentement universel (proche de l’humanisme) ;
  • le relativisme culturel : l’idée que toutes les cultures se valent, sont légitimes ; pas de jugement ni de hiérarchisation (avec un risque : celui du refus de valeurs universelles partagées) ;
  • le culturalisme : le fait culturel serait responsable de tout, impliquant entre les êtres des différences irréductibles.

Lorsqu’il s’agit de former de futurs envoyés avant leur départ en mission, il est donc important de trouver un équilibre ; et pour cela, de respecter quelques points fondamentaux : l’appartenance à une même communauté qui transcende toutes les autres, la communauté humaine ; tenir à distance les a priori et se garder de toute hiérarchie entre les cultures… Pour autant, ne pas renoncer à soi, identifier des passerelles, trouver des dénominateurs communs, penser la complémentarité. Pour les envoyés du Défap qui partent, pour quelques mois ou des années, dans un pays, une culture et un milieu d’Église très différent, tout ceci impliquera un effort quotidien… La rencontre est à ce prix.

(1) Une intervention qui aurait dû se faire à deux voix, en compagnie de la socio-ethnographe Pamela Millet ; mais cette dernière ayant été empêchée au dernier moment, le format de cette conférence a dû être revu.