Envoyer/être envoyé : Réflexion

Envoyer/être envoyé

Méditer

« Vous êtes une lettre du Christ, écrite avec l’Esprit du Dieu vivant. » 2 Co 3

Prenez un temps personnel pour méditer sur cette photo et ce verset.
Puis, en deux mots, exprimez ce que vous inspire cette photo en lien avec le verbe envoyer ?
Quelle résonance ce verset trouve-t-il en vous ?

Entendre dans les langues de la terre *

Qui reconnaît ces différentes langues ? Où les parle-t-on ? Et quels mots le grec (αποστολή = apostoli) et le latin (mittere) ont-ils donné en français ?

* Il s’agit de langues maternelles ou usuelles de membres de l’équipe et de personnes en relation avec le Défap. Vous pouvez vous adresser à la bibliothèque pour plus d’information : bibliotheque@defap.fr

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Voici quelques exemples de synonymes ou antonymes du mot envoyer, en voyez-vous d’autres ? Que vous inspirent ces exemples ?

Et dans la Bible ?

De nombreux personnages partent, les uns envoyés par Dieu, les autres de leur propre chef, certains refusent leur mission. Pouvons-nous, de mémoire, reconstituer le périple d’Abra(ha)m ? Quand, d’où, pourquoi, comment est-il parti ? Il n’est pas interdit d’aller chercher en Genèse 12.
Mais nous pouvons également évoquer Ruth la Moabite, le prophète Jonas, retrouver leur histoire et/ou la relire, la raconter à nos enfants et nos petits-enfants. Car leurs aventures, leurs épreuves, leurs choix nous parlent encore aujourd’hui…

Questionner

Qui m’envoie ? Dieu ? Quelqu’un ? Comment sais-je que je suis envoyé ?
Et si ce n’était qu’un rêve ?
Et vers où, vers qui ? Pour quelle mission ? Loin ou tout près ?
Et si personne ne m’attendait là où je suis envoyé ?
Et si je n’étais pas la bonne personne pour être envoyée ?
Comment vais-je savoir si j’ai réussi ma mission ?
J’attends un merci, de la reconnaissance ? Et s’il n’y avait rien à attendre ?
Mais après tout ne suis-je pas libre de résister à celui qui veut m’envoyer ?
Et si je pars quand même, est-ce que je pourrai revenir ? Et dans quel état ?

Quelqu’un a dit : « L’envoyé est celui qui crée une relation entre une personne et une autre personne, entre un monde et un autre monde, une culture et une autre culture. »

Version téléchargeable :

« Envoyer – Réflexion » : le texte complet en pdf

 




En 50 années de vie, le Défap a tissé sa toile…

La Mission est beaucoup plus ancienne que les 50 ans du Défap, fondé en 1971 à la suite de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP). 2021 sera l’occasion de fêter le jubilé du Défap, de poser un regard reconnaissant sur ces cinq décennies. L’occasion aussi de dire ensemble les nouveaux visages de la mission dans le monde ouvert et multilatéral d’aujourd’hui. Et de redire la pertinence de la relation et de la rencontre réelle entre des hommes et des femmes de mondes différents. Retrouvez l’émission Courrier de Mission diffusée sur Fréquence protestante, dans laquelle Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque, répond aux questions de Florence Taubmann (pôle animation France) sur cet événement.

En 50 années de vie, le Défap a tissé sa toile, réseau de relations à la dimension du monde : de la Nouvelle-Calédonie au Cameroun, du Togo au Nicaragua, de Madagascar au Congo etc.

Mosaïque de visages et autant d’itinéraires. Brefs séjours ou généreuses tranches de vie. Des générations de coopérants et de volontaires – parmi eux de très nombreux étudiants en théologie et de pasteurs–, ont été formés, envoyés, accompagnés par le Défap de 1971 à aujourd’hui. En sens inverse, des étudiants, des pasteurs, des enseignants,… venant d’horizons géographiques et ecclésiaux les plus variés, ont été accueillis chez nous de façon à s’y sentir… comme chez eux ! Et impossible d’oublier les échanges de jeunes, les échanges de pasteurs, les formations de pasteurs Nord-Sud etc.

Les 50 ans du Défap, avec Claire-Lise Lombard et Florence Taubmann

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 25 novembre 2020 sur Fréquence Protestante

 

Le défi de ces « déplacements » qui ont in-carné la Mission ? Cultiver, chez les uns comme chez les autres, la découverte, le goût de l’autre / de l’Autre ! Développer « ouverture d’esprit, sens de la solidarité, du partage, de la justice, détachement des réalités matérielles » pour que, de retour chez eux, les uns comme les autres s’engagent pour un monde plus fraternel, pour une Église ouverte sur le grand large. Quoi de plus réjouissant, enthousiasmant, riche d’espérance ?

Des vies irriguées !

Alors, 1971-2021, un cinquantenaire « jubilatoire » pour « récolter les fruits de la mission ? » Il ne s’agit pas de commémorer pour commémorer. Plutôt de prendre acte de ce qui s’est vécu. De ces rencontres synonymes de décentrements culturels, d’élargissements spirituels, de communion fraternelle. N’en doutons pas : sans bruit, elles ont irrigué, animé, fortifié des vies personnelles et des vies communautaires, celles de nos institutions, Églises, œuvres, mouvements, ici et là-bas, sur plusieurs décennies.

Au-delà d’une fraternité humaine par-delà les frontières, il s’agit d’y (re-)découvrir pour aujourd’hui autant de signes de la communion de l’Église universelle. Et d’y trouver des sources d’inspiration pour imaginer en 2021 de nouvelles pistes pour faire Église – et même faire société.

Nous nous sentons en ce moment sous une chape de plomb, peu propice aux effusions, aux célébrations ? Il y a pourtant tant de choses à inventer pour célébrer ! Et puis, le franchissement d’obstacles, de frontières en tout genre, n’est-ce pas, après tout, une spécialité missionnaire ? Alors, OSONS! En 2021, osons partager avec les autres ces expériences «missionnaires » qui nous ont transformés. Nous n’en sommes pas propriétaires. Osons être des porteurs d’espérance !

Mais pour cela, nous avons besoin de VOUS ! De vous qui avez été envoyés un jour, d’hier ou d’avant-hier, sans bien savoir où vous alliez ! Et nous avons besoin de vous qui avez été accueillis ici… Vous TOUS qui avez fait le choix de la confiance !

Claire-Lise Lombard
Bibliothèque et Archives




Nouveaux défis, nouveaux engagements : le Défap et l’écologie

Le Défap, c’est, depuis 50 ans, une relation entretenue entre Églises au près et au loin. Une relation qui passe par des projets, montés en concertation avec les Églises bénéficiaires et à leur initiative ; et par des envois de personnes qui obéissent à la même logique. C’est précisément cette logique, et ce fonctionnement en réseau, au sein d’un écosystème d’Églises, qui a conduit le Défap à s’impliquer de longue date dans des projets en lien avec la sauvegarde de la création, bien avant que cette thématique ne donne naissance à des opérations symboliques comme le label Église verte.


De quelle manière l’action du Défap se rend-elle visible dans les Églises ? Par des projets mettant en lien des communautés par-delà les frontières ; par des échanges de personnes – envoyés, boursiers, mais aussi enseignants… La thématique de la sauvegarde de la création, de plus en plus présente dans les préoccupations exprimées par les Églises en France et en Europe, ne semble pas, au premier abord, être typique de la « marque de fabrique » du Défap. Et pourtant…

Depuis sa création en 1971, le Défap est en lien, en réseau avec de nombreuses Églises du Sud (Afrique ou Océan Indien) ; or dans ces pays, les Églises ont un rôle social qui va très au-delà de celui généralement admis pour les Églises en France. Elles ont leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs projets… et occupent des rôles dans la société qui, dans notre pays, reviendraient plutôt au milieu associatif. Les Églises sont donc directement en prise avec les problèmes les plus criants de la société ; et dans de nombreux pays du Sud, les défis climatiques sont, non pas une source d’inquiétude pour l’avenir, mais un problème majeur aujourd’hui même. On peut penser à la manière dont la désertification progresse dans les régions sud-sahéliennes, aux problématiques de déforestation à Madagascar (aggravées par des trafics encouragés par la corruption ambiante) ou encore à des phénomènes météo extrêmes comme ceux qu’a pu connaître le Mozambique, frappé en 2019 en mars, puis en avril par deux tempêtes dont chacune avait revêtu une ampleur inédite dans l’histoire du pays. De par ces relations, le Défap a été logiquement amené à soutenir des réflexions et des projets directement en prise avec les questions environnementales.

Sauvegarde de la création : comment le Défap s’implique (en vidéo)

 

Le Défap est ainsi un des membres fondateurs du Secaar, (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays. Le Secaar cherche à promouvoir l’être humain dans toutes ses dimensions : spirituelle, sociale et matérielle. Ses actions se déploient selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi). Des priorités et des axes de travail qui trouvent de forts échos aujourd’hui dans toute la réflexion développée au sein des Églises sur la justice climatique. Au-delà de son soutien aux projets, aux ONG ou aux Églises membres, il cherche à apporter une réflexion théologique aux acteurs de développement et une réflexion sur le développement aux théologiens. Des actions pour lesquelles il travaille en collaboration régulière avec le Défap et son homologue suisse, DM-échange et mission.

Le bureau du Secaar

Au Défap, la préoccupation de la sauvegarde de l’environnement se retrouve aussi à travers divers projets récents : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. L’association apporte son aide à différents acteurs de terrain : exploitations agricoles, coopératives et fermes écoles. Elle soutient aussi des étudiants en agronomie et les aide à s’installer comme agriculteurs sur des terres à réhabiliter. L’association met en œuvre une formation pratique et continue pour une agriculture respectant l’environnement, pour la préservation des sols vivants, et pour le bien être des hommes et des femmes. Cette action de formation s’exerce principalement en Tunisie, car c’est l’un des pays les plus exposés actuellement aux risques aggravants de désertification due au réchauffement climatique : une augmentation des températures de 2 degrés sur les dix dernières années a été constatée (Rapport de la FAO – 2010 et mars 2016), avec une perte de 15 000 ha/an par stérilisation progressive des sols.

C’est encore le cas du partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Il est à noter que l’Église Évangélique du Maroc, partenaire du Défap, est membre fondateur de cet organisme. Ce qui illustre bien le rôle des Églises dans de nombreux pays du Sud en proie aux défis du réchauffement climatique : les défis sociaux concernent directement les Églises…

Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable. Ses fondateurs sont Heesuk et Eric Toumieux, présents au Sénégal depuis une vingtaine d’années. Ils ont été envoyés du Défap en VSI de 2009 à 2015 pour Eric et à partir de 2015 pour Heesuk.

Cet aspect de réseau, d’écosystème, d’interactions, explique que le Défap ait pu inscrire les questions de sauvegarde de la création dans son programme de travail, sans avoir de manière visible élaboré une réflexion propre sur l’écologie. Le programme de travail établi en 2015, et qui a été prolongé jusqu’en 2020, énonce ainsi : «Nous invitons chaque personne, quels que soient ses origines ou son passé, à participer avec nous à la mission de Dieu qui est de travailler à la transformation et à la réconciliation de la Création tout entière, notamment en portant les préoccupations écologiques contemporaines.»

Le «mini-forum» de Condé-sur-Noireau (septembre 2019)

Cette réflexion sur les enjeux écologiques se retrouve aussi dans les forums régulièrement organisés par le Défap. Il y a en moyenne un «grand» forum organisé tous les quatre ans (le prochain, qui aura lieu en avril, tournera autour des enjeux de la mission aujourd’hui) ; et plus récemment, le Défap a initié des «mini-forums» – non pas petits par leur ambition ou leur thématique, mais simplement pour signifier qu’ils sont organisés, non au niveau national, mais au niveau régional ou consistorial. Les préoccupations environnementales y ont toute leur place. C’était déjà le cas lors du «mini-forum» du Défap en région CAR, organisé en octobre 2018 avec le réseau Bible et création. Pratiquement un an plus tard, fin septembre 2019, les questions liées à l’environnement et à la sauvegarde de la création se sont retrouvées au centre du forum organisé à Condé-sur-Noireau pour la région Normandie, et qui tournait autour d’un thème directement inspiré d’une citation de Gandhi : «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre». L’occasion pour les participants de s’interroger sur leur engagement en faveur de la création. Et sur ses implications concrètes et quotidiennes. Comment avoir un discours qui ne cache pas la gravité des enjeux, mais qui puisse en même temps motiver au lieu de décourager ? Parmi les intervenants chargés d’introduire les débats devant la centaine de participants, on pouvait noter la présence de Martin Kopp, qui a été chargé de plaidoyer de la Fédération luthérienne mondiale pour la «justice climatique» et qui préside aujourd’hui la Commission «Écologie et justice climatique» de la Fédération Protestante de France.




Pourquoi partir en mission aujourd’hui ?

On ne part plus en mission au XXIème siècle comme au XIXème : conditions matérielles, environnement politique, relations d’Églises, tout a changé. Pour autant, partir en mission avec le Défap, cinquante ans après sa création, reste un moment tout aussi riche pour les envoyés qui en font l’expérience, et un élément fondamental dans les relations entre Églises. Des envoyés du Défap témoignent.

Photo de groupe des envoyés du Défap, lors de la session de formation de juillet 2019 © Défap

 

En cinquante ans, les modalités d’engagement à l’international dans le milieu des Églises ont beaucoup évolué. Au moment de la création du Défap, en 1971, l’image du missionnaire de la SMEP appartenait déjà au passé ; pour autant, les relations par-delà les frontières et les envois de personnes n’ont pas cessé. Les statuts ont beaucoup changé, de la figure du coopérant international dans le cadre du service militaire, à celle de l’envoyé sous statut de Volontaire de Solidarité Internationale ; et les motivations, elles aussi, ont évolué.

Les missions que propose aujourd’hui le Défap pour des volontaires voulant partir à l’étranger s’inscrivent ainsi dans le cadre de relations établies de longue date avec des Églises présentes dans de nombreux pays – notamment en Afrique. Ces missions sont très diverses, impliquant donc différents cadres juridiques et différents statuts pour ceux qui partent : on trouve ainsi non seulement des VSI, mais aussi des Services Civiques, et même des pasteurs… Les objectifs ne sont pas les mêmes et les attentes sont très différentes ; les missions sont en fait co-construites avec les Églises partenaires, répondant à des besoins sur place.

Au-delà de cet aspect de solidarité internationale et de relations entretenues entre Églises, les missions sont, pour les envoyés du Défap qui les vivent, des moments riches de rencontres et dont eux-mêmes sortent transformés. Des moments qui les poussent à interroger leurs propres certitudes, leur vision du monde, et qui contribuent par la suite à infléchir leur parcours de vie.

Alors, pourquoi partir en mission aujourd’hui ? Les envoyés du Défap répondent :




Une réflexion sur «les fruits du Défap»

S’il n’est pas rare de s’interroger sur les «fruits de la Mission» ou de l’œuvre missionnaire, cette interrogation renvoie le plus fréquemment, dans le milieu protestant, à l’héritage de la Société des Missions Évangéliques de Paris. Que dire alors du Défap, né en 1971 et qui fête son cinquantenaire en 2021 ? De quelle spécificité peut-il se prévaloir ? L’article que nous reproduisons ci-dessous a été présenté par Gilles Vidal, professeur d’Histoire du christianisme à l’époque contemporaine à l’institut protestant de théologie de Montpellier, lors de l’AG du Défap du 30 mars 2019 : reprenant la réflexion sur les «fruits de la mission» visibles aujourd’hui à travers le Défap, il évoque ici les «enfants de la mission», les rencontres permises grâce aux activités et aux échanges du Défap, et la mémoire : «non seulement la mémoire des missionnaires européens, mais la mémoire des peuples et des Églises qui font partie de l’histoire et du présent du Défap».

Gilles Vidal (à droite) lors de l’après-midi de l’AG du Défap consacrée aux «fruits de la mission»

Premier fruit : nos enfants

Le premier fruit du Défap est à comprendre au sens très concret, celui de nos entrailles : ce sont nos enfants. Je m’explique : dans beaucoup de pays, on ne dit pas le Défap mais la Défap, preuve qu’il y a un féminin possible à cette vénérable institution. La Défap a donné naissance à beaucoup d’enfants. Telle Abraham, sa postérité est nombreuse et répandue sur toute la terre. Ce sont :

  • des enfants de missionnaires, de coopérants ou d’envoyés Outre-Mer qui sont nés ou ont grandi dans un pays étranger,
  • des enfants qui sont nés de couples dont l’un des conjoints est envoyé du Défap, l’autre issu de l’Église d’accueil partenaire d’un autre pays
  • des enfants de boursiers ou d’envoyés d’Outre-Mer par des Églises-sœurs —expression qui démontre qu’il faut une mère !— nés en France, ils sont enfants du Défap…

Quelle est la particularité de ces enfants ? Ce sont naturellement les plus beaux, les plus intelligents car ce sont les nôtres, c’est entendu. Mais surtout ce sont des enfants qui ont eu une immense chance ­— ils le disent eux-mêmes— d’avoir pu faire l’expérience de l’autre/Autre. Et ils se caractérisent généralement par :

  • une certaine ouverture d’esprit,
  • une grande sensibilité à l’altérité,
  • un sens aigu de la solidarité, du partage, de la justice en luttant contre contre le racisme par exemple,
  • une véritable tendance à relativiser certaines valeurs comme l’attachement aux biens matériels : après un cyclone ou une alerte au Tsunami, ils sont contents d’être vivants et tant pis si quelques affaires ont disparu…

D’un point de vue théologique, ces enfants du Défap me rappellent la métaphore qu’utilisait Calvin pour désigner l’Église : «si l’incarnation du Christ est bien le moyen singulier et premier par lequel Dieu s’accommode à nous, l’Église est un des moyens extérieurs ou secondaires par lesquels Dieu s’approche et se rend accessible.» L’Église est pour Calvin «la société où la foi peut naître, se nourrir et se renforcer, grâce à la double médiation de la parole et des sacrements, même si Dieu reste naturellement libre de communiquer sa grâce sans passer par l’Église (1)

Bien sûr, le Défap n’est pas une Église, mais au service des Églises, et il porte des fruits, dans cette même fonction de matrice qui est celle de l’Église : il nourrit, protège, éduque, soigne des enfants au sens très concret comme au sens spirituel. Ici, chez nous, et là-bas.

Des enfants qui s’engagent pour un monde plus fraternel ou, à tout le moins, plus solidaire et plus juste. Voilà le premier fruit du Défap, nos enfants, notre richesse.

Deuxième fruit : nos rencontres

Toute personne fréquentant le Défap à un moment ou à un autre, à quel titre que ce soit, fait des rencontres sur deux plans : personnels et communautaires.
Où puis-je, dans la même journée, croiser la Ministre de l’Éducation du Togo, le fils d’un ancien missionnaire de Nouvelle-Calédonie, un pasteur du Sud-Ouest (dont la mère est née au Lésotho), une femme pasteur hongroise, un professeur d’histoire cévenol ? Au 102 Bd Arago ! John Wesley a dit «le monde entier est ma paroisse», on peut le paraphraser sans honte : «le monde entier est au Défap» !

Parlons d’abord des rencontres personnelles :

  • qui, parmi les envoyés, ou anciens envoyés, n’a pas noué de relations amicales, et même plus qu’amicales, fraternelles avec des personnes d’autres Églises au service duquel il ou elle se trouvait ? Des relations intenses, qui durent, se transmettent même sur plusieurs générations. Il s’agit ici de relations transnationales.
  • mais les envoyés sont rarement isolés, dans leur Église ou institution d’accueil. Se nouent ici encore de solides amitiés entre envoyés et leurs familles : ceux qui sont là quand on arrive, ceux qui là sont en même temps, ceux qui prennent la suite… Ces amitiés, il s’agit ici de relations infranationales, peuvent aussi durer longtemps, prendre parfois la forme de réseaux, agacer même car cela peut faire un peu penser aux Anciens Combattants : il y a les anciens du Togo, de Madagascar, de la Calédonie, etc. Ces rencontres, ces amitiés qui sont aussi le fruit du Défap, sont inestimables, sans lui, elles n’auraient pas pu avoir lieu et l’on serait passé à côté de tant de «belles personnes» comme disent les Québécois.

Abordons ensuite les rencontres communautaires :

En effet, à travers le Défap, ce sont des Églises, des paroisses, des écoles ou Facultés, des hôpitaux, des orphelinats ou autres lieux que l’on fréquente. Des familles se créent, avec leurs temps de joie comme leurs temps d’épreuve. Et la rencontre se fait dans les deux sens : les boursiers du Défap ici — que l’on pense au programme ABS mis en place après les Accords de Matignon en 1988 — les envoyés, là-bas. Là encore ce type de rencontre est inestimable : il peut être drôle, il peut être solennel, il peut être tragique, marqué par le deuil : Je pourrai ici partager, si nous en avions le temps, bien des expériences d’une incroyable richesse humaine et spirituelle…

D’un point de vue théologique, l’on pourrait observer ici que tous les liens créés par ces rencontres qui relèvent de l’interculturalité ne sont pas si exceptionnels. Bien des expatriés, bien des fonctionnaires du Ministère des Affaires Étrangères ou de personnes travaillant dans les multinationales connaissent ce type d’expériences. Après tout, nous ne faisons que prendre part à la fraternité universelle et sa diversité qui fait que «tout être humain est appelé à entrer dans la dynamique de l’amour, du don et de la libération. Donner et recevoir, participer aux échanges, vivre la réciprocité et entrer dans la dynamique du don, voilà ce qui est souhaité dans les sociétés humaines (2)» comme l’exprime le professeur Pierre Diarra.

Certes, mais pour le Défap, celui ou celle qui vit ces rencontre se situe dans la conscience de faire partie d’un ensemble plus vaste que la fraternité humaine : l’Église universelle qui va «au-delà du don et du contre-don, au delà de la réciprocité … pour tendre vers la gratuité manifestée en Jésus-Christ (3)». La mission vécue dans la rencontre devient relève alors de l’ordre de la grâce.
Ces rencontres appellent de la part de tous la plus haute vigilance : il s’agit d’éviter les réflexes identitaires, les replis communautaristes, et l’agacement de celles et ceux qui critiquent les Anciens combattants de la mission est on ne peut plus légitime si ces derniers vivent leurs relations sur un mode exclusiviste.

La rencontre, personnelle ou communautaire, amène forcément à un déplacement, culturel certes, mais fondamentalement vécu sur la toile de fond de l’Église universelle. Elle conduit à un déplacement dans la foi, à une «intranquilité» pour reprendre l’expression de Marion Muller-Colard : «Intranquille est-on lorsque l’on se laisse regarder dans les yeux et interroger jusqu’au fond de soi-même par la parole singulière d’un autre. Et souvent, cet autre qui nous retourne n’était pas celui attendu (4).»

Ce deuxième fruit du Défap, la rencontre, nous déplace et nous décentre dans notre foi.

Troisième fruit : notre mémoire

Le troisième fruit du Défap que je nous engage à croquer sans modération est la mémoire. Non seulement la mémoire missionnaire, mais la mémoire des missionnaires. Non seulement la mémoire des missionnaires européens, mais la mémoire des peuples et des Églises qui font partie de l’histoire et du présent du Défap.

Qui aujourd’hui, dans l’immédiateté induite et encouragée par la technologie omniprésente dans notre société, se soucie du passé et des enseignements que l’on peut en tirer ? Et pourtant… Le Défap, par sa bibliothèque, ne porte pas un fruit, mais constitue une véritable plantation de fruits exotiques cultivés avec soin par notre bibliothécaire d’une main experte ! C’est le paradis des linguistes et des anthropologues qui pourront trouver dictionnaires, grammaires, iconographie rare, parfois unique. Le paradis des historiens ayant accès aux témoignages des institutions et des personnes, parfois à leur intimité, ce qui est très émouvant. Le paradis des théologiens devant la montagne de Bibles, catéchismes, recueils de chants d’Églises du monde entier, dans des langues inimaginables.

D’un point de vue théologique, cette immense richesse, ce «trésor caché» pour paraphraser l’Évangile se trouve là, sous nos pieds, dans les tréfonds et au rez-de-chaussée du Défap. Dans son commentaire du célèbre texte de Mat. 28, «Allez et de toutes les nations, faites des disciples», le théologien Jacques Mathey donne un sens très particulier à ce «Allez». Il écrit ceci : «Allez, cela signifie-t-il partir au bout de monde ? C’est sûrement l’une des significations du texte… mais peut-être pas la première comme le montre la comparaison avec Mat. 9,9-13. Jésus et les disciples y mangent avec des gens de mauvaise vie. Les Pharisiens […] critiquent Jésus […] qui s’adresse à tous en disant “Allez et apprenez que Dieu veut la miséricorde et le sacrifice“. Allez, c’est exactement le même verbe que dans notre texte […] il signifie : restez là où vous êtes, mais vivez différemment, changez d’optique. Apprenez à voir les choses sous l’angle de Dieu. Matthieu 28 concerne la mission au près autant qu’au loin (5)».

Voilà donc le troisième fruit du Défap, cette mémoire ­— très bien ­— conservée qui affleure et donne accès au savoir distancé, mais toujours bien vivant. Savoir sur soi-même, savoir sur les autres, savoir sur l’Autre. Trois savoirs qui rendent confiants pour l’avenir de la mission.

Mais il est temps de conclure. Pour être en bonne santé, les médecins recommandent cinq fruits et légumes par jour. J’en ai proposé trois à savourer délicieusement :

  • nos enfants et leur souci d’ouverture, de tolérance et de justice,
  • nos rencontres qui rendent concrètes l’Église universelle,
  • notre mémoire qui nous oblige à changer notre regard et à apprendre sans cesse du passé pour vivre l’espérance.

Gilles Vidal, Institut Protestant de Théologie – Faculté de Montpellier
30 mars 2019

 

(1) Emidio Campi, « Jean Calvin et l’unité de l’Église », Études Théologiques et Religieuses 2009/3, p. 4. En ligne : www.cairn.info

(2) Pierre Diarra, Évangéliser aujourd’hui, Le sens de la mission, Paris, 2018, Edition Mame, p. 32.

(3) Ibidem

(4) Marion Muller-Colard, L’intranquilité, Paris, Bayard, 2016, p.86

(5) Jacques Mathey, Vivre et partager l’Évangile. Mission et témoignage, un défi, Brière, Cabédita, 2017, p. 82.

 




Portraits d’envoyés : Luc Carlen

Quatrième portrait vidéo : Luc Carlen, ancien envoyé du Défap au Cameroun. Infirmier libéral, il a fait deux séjours dans ce pays avec le Service protestant de mission, de 1991 à 1994 à Maroua, puis en 2010 à Pouss. Une expérience qui l’a incité à s’investir davantage auprès du Défap, dont il a intégré la Commission des projets.




Portraits d’envoyés : Thomas Wild

Troisième de notre série de rencontres : Thomas Wild, ancien envoyé du Défap au Gabon. Il y est parti en 1975 comme animateur de jeunesse ; une expérience qui l’a durablement marqué et l’a poussé, depuis lors, dans son ministère de pasteur de l’UEPAL, à régulièrement « mettre en avant la dimension missionnaire ». Une dimension que l’on a pu retrouver durant toutes ses années d’engagement comme directeur de l’Action Chrétienne en Orient (ACO).

 




Portraits d’envoyés : Bernard Croissant

Deuxième de notre galerie de portraits d’envoyés et anciens envoyés du Défap : Bernard Croissant, envoyé en République centrafricaine sur un poste ouvert par la Cevaa, pour faire de l’accompagnement pastoral, aider à la mise en place d’une cellule d’écoute des victimes de la guerre civile et aider à rénover le Centre Protestant pour la Jeunesse de Bangui.

 




Portraits d’envoyés : Irène Ott

Voici une série de courts entretiens en vidéo, autour de cette question : que vous a apporté votre engagement auprès du Défap ? Première interviewée : Irène Ott. Envoyée en 2014 à Madagascar, elle y a enseigné le français.