Attentats en Egypte : le Défap réagit

 

Alors que l’état d’urgence vient d’être déclaré pour trois mois dans un pays meurtri, le Défap adresse ses sentiments de fraternité et de solidarité aux familles endeuillées, à tous ceux qu’il connait en Egypte et au peuple égyptien.

 

source : Blog Copte




Au Maroc : migrants et croyants

La situation est préoccupante mais pas désespérée pour Jean-Louis. En effet, l’état marocain a lancé récemment une deuxième campagne de régularisation. Plus de 17 000 demandes ont déjà été reçues pour cette nouvelle vague de régularisation. Ce qui est nouveau, c’est que de plus en plus mineurs non accompagnés figurent parmi les migrants.
Le CEI fait partie des organismes instructeurs. Face à la diversité des situations, il met en place des réponses adaptées aux besoins.
Les aides sont d’abord, des aides d’urgence médicale, alimentaire ou d’hébergement. Le CEI achète notamment des bâches plastiques pour construire des cabanes. A Fès, où ils sont nombreux désormais, les terrains vagues et les abords des gares accueillent ces camps officieux.

L’aide accordée à ceux qui restent plus longtemps concerne les projets professionnels : acheter du matériel pour se lancer dans une activité de plomberie ou de peinture par exemple.
Un programme de formation pour les jeunes a été mis en place par Brot fur die Welt et Evangelische Kirsche de Rhénanie (EKIR). La scolarisation des enfants de migrants a également son programme, financé par l’école du dimanche des Eglises de France. Ce programme vise à scolariser ces enfants dans les écoles privées, pour des raisons linguistiques et de formalités administratives, un point qui devrait être résolu dans les mois à venir.

Jean-Louis Ntoumba a rappelé également que le problème n’était pas seulement celui du Maroc mais aussi celui de tous les pays concernés, pays d’origine et de destination,
qui doivent prendre en charge leurs responsabilités.

 

 

 

 

 

 

 




Résister à la tentation de puissance

Longtemps à la recherche de la terre promise, les Israéliens ont vécu des siècles de persécution et d’errance. Fin 47, ils ont posé leurs bagages dans une Palestine coupée en deux suite à la décision de l’ONU. Depuis cette date, le nombre d’Israéliens en provenance de tous les pays du monde ne cesse de croitre et leurs velléités d’agrandir leur territoire aussi. Palestiniens et Israéliens se retrouvent donc au centre d’un conflit dont l’issue semble insoluble malgré les efforts de certains chefs d’Etat. La vie quotidienne dans ces territoires est difficile : présence militaire permanente, violences, provocations,destructions … Cette situation d’insécurité grandissante fait le jeu des extrémistes. Les Israéliens, peuple de l’Alliance, sauront-ils résister comme Jésus, à la tentation de puissance et de gloire ?

 

Téléchargez ici la lettre de Christopher Annandale.




La mission, ici et là-bas

Voilà quelques mois que je suis entré en fonction comme président du Service Protestant Mission – Défap et il me revient de délivrer aujourd’hui un message à notre Assemblée générale. Oui, je n’ai pas encore une vision très globale ni une compréhension en profondeur du Défap, mais je mesure ici et là les joies et les peines de notre service commun. Oui, je le dis d’emblée : le Défap est une pépite missionnaire pour ses Eglises membres.

Le Défap est une pépite déjà pour les nombreuses personnes talentueuses qui participent à son activité. Il y a des envoyés et des bénévoles de tous âges, de tous horizons, des théologiens, des salariés, des partenaires telles que de nombreuses associations et surtout la Cevaa, cette communauté d’Eglises en mission dont les trois Eglises mandatrices de Défap sont membres. Le Défap s’inscrit dans un gigantesque réseau de relations. Il est même un noeud de relations qui le transforme en caisse de résonance de ce qui se passe au près comme au loin. Si sa maison commune ne peut accueillir tout le monde, je vous assure que le monde entier y est représenté !

Le Défap est une pépite aussi et surtout par ce dont il vit : la mission qui ne cesse de se déployer depuis l’envoi par le Christ ressuscité de ses disciples pour annoncer l’Evangile et la conviction que la mission est soutenue par son Esprit. Les Eglises fondatrices, elles-mêmes en mission, mandatent le Défap pour faire vivre en elles la dimension universelle de la mission.
Il m’est arrivé d’entendre ici et là que certains membres de nos Eglises, voient dans la mission là-bas une survivance du passé. Il y a tant à faire ici, pourquoi aller ailleurs ? Pour ceux-ci le Défap n’est pas ou n’est plus une pépite. Il est plutôt une pierre qui plombe la vie spirituelle et financière des paroisses et des Eglises locales et régionales. Pourtant qui n’a jamais été traversé par une telle question, ne serait-ce qu’une fraction de seconde ? Le lieutenant de l’ADS, Matthieu Bösiger au forum missionnaire du Défap en octobre dernier à Sète rappelait: « ce n’est pas l’Eglise qui a besoin de la mission mais la mission qui a besoin de l’Eglise ». Pour ma part, j’ajoute ceci :

1. Oui, le Défap hérite d’un passé de la mission du 19ème et du 20ème siècle en partie. On se souvient qu’à l’époque la Mission développée par les sociétés évangéliques en France et ailleurs est née à la marge des Eglises, à leur côté et parfois contre elles. On se souvient également que, toujours à cette époque, la mission est vue comme une expansion géographique du christianisme à partir d’un centre, l’Europe, vers des périphéries, l’outre-mer. Or les choses ont bien changé depuis car les Eglises nées de la mission sont autonomes et se retrouvent au sein de la Cevaa. Et puis aussi car la mission, parce qu’elle est spirituelle, est transformatrice. Le COE a adopté un texte à Busan en 2013 qui est une affirmation sur la mission et l’évangélisation dans des contextes en évolution. Intitulé « Ensemble vers la Vie », le texte affirme que la spiritualité de la mission est transformatrice, notamment au §29 quand il dit : La spiritualité́ de la mission conteste et cherche a  transformer tous les systèmes et valeurs qui détruisent la vie, ou  qu’ils soient a  l’oeuvre – dans nos économies, nos politiques et même nos Eglises.

2. Oui, si les Eglises locales, régionales et nationales font l’impasse sur la dimension internationale de la mission, elles risquent de se priver d’une possibilité de vivre une véritable transformation spirituelle. Vivre la dimension universelle de l’Eglise, dans ce monde globalisé, donne aux communautés une force spirituelle extraordinaire à condition qu’elles soient accueillantes et se laissent interroger par les chrétiens venant d’ailleurs et réciproquement. Cette force de transformation spirituelle des communautés chrétiennes est aussi une réponse à ceux qui voient le Défap comme un lieu qui parle des étrangers et de ce fait est parfois mal reçu.

Le Défap est une pépite, mais comme toute pépite, comme tout joyau, il a quelques imperfections !
D’abord, cela rappelle que la mission se fait sous la croix du Christ. Ensuite, je veux pointer ici une faiblesse, à l’image, j’imagine, des Eglises qui la mandatent et qui a trait à ce qu’une membre de l’EPUdF me disait il y a quelques mois. Professeur d’université, spécialiste de la littérature du XVI°, devenue protestante, elle déclare que si la relation singulière entre le croyant et Dieu est fondamentale, elle regrette néanmoins que son Eglise oublie combien la création entière est au bénéfice du salut (Rm 8). Le texte « Ensemble pour la vie » du COE est comme une réponse à ce questionnement. Le §4 précise : Il est vital de reconnaitre la mission de Dieu dans un sens cosmique et d’affirmer que toute vie – la totalité́ de l’oikouméné – s’inscrit dans le tissu de vie de Dieu.

Sans doute, le Défap doit prendre davantage sa part dans sa mission de sensibilisation des Eglises membres à cette dimension écologique. Il ne s’agit pas ici d’obéir à un réflexe de type bobo, mais de promouvoir une théologie partagée qui prend en compte la globalité du salut en Christ. D’autant que certaines Eglises de la Cevaa sont de plus en plus directement concernées par le dérèglement climatique et la montée des eaux. Je pense par exemple aux ïles du Pacifique, mais aussi aux nombreuses inondations et tempêtes qui font des ravages y compris en France. De plus un rapport de l’ONU de 2015 annonce 250 millions de réfugiés climatiques à l’horizon 2050. On peut espérer que le nombre de réfugiés sera moindre si les décisions de la COP 21 sont mises en route et respectées sur la durée.
Je conclue en affirmant encore une fois que le Défap est une pépite pour la sensibilisation des Eglises à la dimension universelle de leur mission. Parce qu’il croit que la mission est spirituelle et donc qu’elle est une force transformatrice, le Défap engage seul ou en partenariat un grand nombre d’actions. Je voudrais en citer 5 parmi d’autres très nombreuses.

1. La vie spirituelle au Défap avec des temps de culte réguliers. La méditation du Jeudi sur le texte du dimanche suivant. Mesdames et messieurs les prédicateurs faites-en votre miel. Il est en ligne sur defap.fr tous les jeudi. C’est l’occasion pour les croyants et les communautés d’être stimulés dans leur dynamique missionnaire.

2. La réflexion théologique est constamment au coeur de la vie du Défap. Je vous renvoie à l’article de Jean-Luc Blanc intitulé Le Christ peut-il marcher sur les chemins de l’Islam –Méditations sur « l’entre-deux » paru dans le numéro 9 de la Lettre du Défap. Je vous renvoie également au travail initié par Florence Taubmann au forum de Sète qui stimulera également la vie spirituelle des communautés chrétiennes avec le thème des lectures discutantes et de l’écoute confessante et spirituelle de la Bible.

3. Les envois de volontaires, envois courts et longs. Il y a une opportunité remarquable aujourd’hui en la matière, notamment avec les volontaires du service civique international pour les 18-25 ans. Les personnes envoyées voient l’étranger et sa culture d’une autre façon. A leur retour, ils peuvent donner un nouveau dynamisme spirituel aux paroisses d’autant plus que ces envoyés ont vécu un temps de formation de qualité avant leur départ et à leur retour. Laura Casorio vous en dira davantage.
4. Faire travailler les Eglises sur la dimension universelle de la mission nécessite la consultation d’ouvrages et revues théologiques d’une part et d’autre part de pouvoir faire appel à une mémoire pour mieux mesurer le chemin parcouru. Le Défap offre les deux. Chacun peut consulter la bibliothèque et également ses archives. C’est ainsi l’occasion de rappeler que la mission a été autrefois dans certains champs de mission aux avant-postes de la lutte contre l’esclavage. Claire-Lise Lombard vous en dira plus.

5. Enfin, il faut rappeler combien le Défap participe avec de multiples partenaires à des actions innovantes en matière de mission et dynamise la mission des Eglises en faisant appel à des compétences. Je prends l’exemple de l’Institut OEcuménique de formation théologie Al Mowafaqa à Rabat, proche de l’Eglise Evangélique au Maroc, laquelle a une dimension sociale forte de présence dans les camps de réfugiés.

En tant que président, il me faut également parler de la vie institutionnelle du Défap. Celle-ci me serait assez étrangère sans un partage constant d’informations et de questions avec le secrétaire général, très impliqué dans sa mission. Il veille sur la Maison de la Mission et son fonctionnement, il donne des impulsions, il rend visite aux Eglises avec lesquelles le Défap est en relation. C’est dire à quel point son temps est pris. Qu’il soit remercié pour ce temps qu’il me donne. La commission Echange de Personnes, la Commission des Projets, la Commission financière, la commission de communication, les rencontres des Equipes Régionales Mission, les rencontres avec les associations portées fonctionnent régulièrement grâce à ceux qui président les commissions et aux exécutifs et aux autres salariés chargés de les accompagner. L’équipe d’accueil accomplit également sa mission avec le sourire et compétence et cela fait du bien aux personnes accueillies. Encore merci à toutes les équipes de salariés et de bénévoles sur le pont. Le bureau et le conseil se réunissent régulièrement. Le conseil est tenu informé des voyages accomplis par les secrétaires exécutifs, et c’est toujours un temps fort de partage. Il a pris le temps de réfléchir à son fonctionnement. Il va prendre du temps pour toiletter les statuts et le Règlement intérieur pour mettre davantage ces deux textes en cohérence l’un avec l’autre. Ce sera également l’occasion de vérifier si des articles doivent être modifiés ou non suite à la récente décision de l’Uepal de verser directement sa cible à la Cevaa à partir de 2018.

Quand je vois le nombre de personnes, jeunes et adultes, qui se portent volontaires dans le cadre du VSI ou VSCI, quand je vois combien d’étudiants étrangers sont en relation grâce aux bourses avec le Défap et ce malgré les obstacles érigés pour freiner leur venue en France, quand je vois combien la Parole de Dieu libératrice est annoncée en paroles et en actes, à temps et même à contretemps, ici et là-bas, je suis à reconnaissant à Dieu de ce qu’il accompli à travers tous.

 

Téléchargez ici le message dans son intégralité au format pdf

Téléchargez également ici le rapport du secrétaire général, Bertrand Vergniol ainsi que le rapport d’activité 2016.




Maroc : s’engager contre l’exclusion des migrants

Comment vous êtes-vous engagé auprès du CEI ?

Je travaille avec le CEI ( Comité d’Entraide International) qui est le service diaconal de notre église. Je ne suis pas pasteur mais de formation scientifique. J’ai fait de la biologie médicale. En 2011 j’ai travaillé comme coordinateur de projets bénévole au niveau du comité, j’étais alors responsable du bureau local de l’EEAM à Rabat. En mars 2013, j’ai été recruté comme coordinateur de projet national. Je suis toujours à la paroisse de Rabat même si, dans le cadre de mon travail, je suis amené à me déplacer en dehors de ce périmètre.


(de gauche à droite) William Ledy (un des anciens agents du CEI), le pasteur Carlos FUNK (envoyé du DEFAP au CEI entre 2012 et 2015) et Jean-Louis Ntumba

En quoi consiste votre mission ?

Je m’occupe de la mise en œuvre de certains projets comme d’un programme de bourses envers les étudiants et un projet de formation professionnel auprès de migrants, qui sont en situation administrative irrégulière. Ce dernier projet existe depuis 2011. L’idée au départ était que les migrants, en situation irrégulière, en forment d’autres en situation irrégulière. Le projet a depuis évolué. Aujourd’hui, il y a aussi des ateliers en interne, dans la paroisse, faits par des migrants mais aussi des marocains.

Je connais très bien les difficultés que rencontrent les migrants. Moi aussi j’ai été boursier. En 2004, je suis venu ici dans le cadre de mes études. Lorsque je suis arrivé, on m’a aussi vendu du rêve. On m’a dit que j’allais étudier dans des meilleures conditions alors que ce n’était pas le cas. Je me sens très proche des migrants. J’aurais pu être à leur place. On ne peut pas rester ici à ne rien faire.  En Afrique, rien n’est stable. On n’est jamais à l’abri d’un conflit, d’une crise humanitaire….ça peut arriver à tout le monde, il faut aider ceux qui sont en difficulté.

Comment le CEI assiste-t-il les migrants ?

Le Maroc accueille beaucoup d’étudiants de tous les pays d’Afrique. Il arrive souvent que ces étudiants rencontrent des difficultés financières. Notre église a développé des bourses pour aider ces étudiants subsahariens. Chaque année, à partir de septembre, nous lançons un appel à candidatures dans nos paroisses. Cette année cela concerne une centaine d’étudiants.
Nous proposons également une aide au retour. C’est-à-dire que nous pouvons contribuer au rapatriement de l’étudiant à la fin de ses études. Nous réglons les billets d’avion et les arriérés des étudiants avec leurs écoles lorsque cela est nécessaire.

Toutes nos équipes travaillent dans nos paroisses, qu’il s’agisse des bénévoles ou des « agents » (qui bénéficient d’un modeste soutien financier). Les agents et les bénévoles font le lien entre les bénéficiaires (c’est-à-dire les migrants) et notre organisme.
Chaque semaine, nous ouvrons les portes de notre paroisse pour les personnes en difficulté. Notre personnel les écoute, les reçoit et les oriente vers des structures partenaires. Au quotidien, nos équipes locales sont présentes dans huit villes marocaines (Rabat, Casablanca, Tanger…). Cela représente une quarantaine de personnes.

Nous avons accueilli de nombreux migrants jusqu’à aujourd’hui.  Pour la seule paroisse de Rabat, 602 personnes se sont rendues dans nos permanences ces six derniers mois.
Les migrants que nous rencontrons viennent en majorité du Nigéria. Mais nous rencontrons des difficultés de communication. Car nos équipes sont toutes francophones et ces personnes sont anglophones. Ensuite, les migrants peuvent venir du Cameroun, de la République Démocratique du Congo. Nous accueillons aussi des jeunes mineurs venus de Guinée, de Côte d’Ivoire et des Congolais ou encore des Centrafricains. Toute l’Afrique de l’Ouest et une partie de l’Afrique Centrale sont représentées ici.

 


(au centre ) Jean-Louis Ntumba avec les étudiants boursiers du CEI

de l’année universitaire 2014-2015, dec 2014, DR

 

Quels sont les besoins du CEI ?

Actuellement, le bureau national du CEI réfléchit à ses ressources humaines. Il a beaucoup évolué en quelques années. En 2011 il n’y avait que quatre équipes locales, aujourd’hui elles ont doublé. Les activités ne sont plus basées que sur des bénévoles. Nous avons besoin d’avoir des ressources humaines stables. Nous envisageons un noyau commun dans chaque équipe. Nous aimerions éviter d’avoir des départs impromptus de bénévoles. La migration ne finira pas, il y aura toujours des besoins. Mais c’est une population vulnérable qui a de nombreux besoins (logements, alimentation, formation…).

 

Qu’attendez-vous des Eglises françaises ?

Nos attentes sont simples. Nous souhaitons d’abord que cette collaboration puisse continuer. Car les Eglises nous aident énormément. Actuellement, nous finalisons le projet « accueil de l’enfant », qui est centré sur les mères migrantes, afin que leurs enfants puissent être scolarisés. Ce programme a reçu un vrai soutien des Eglises françaises et nous les en remercions.

Nous avons également monté un projet de rapatriement des migrants en situation de vulnérabilité. Nous souhaiterions que les Eglises françaises puissent sensibiliser les migrants sur les réalités économiques des pays d’accueil, avant leur départ.

 


(au centre) Jean-Louis Ntumba avec des stagiaires de la formation professionnelle du CEI,
le jour de la remise de leurs attestations, juin 2014, DR




Bientôt l’Assemblée Générale !

Programme du samedi 1er Avril 2017

  • Accueil des délégués
  •  Culte d’ouverture ( pasteur François Clavairoly )
  • Appel des délégués

Installation du Bureau de l’Assemblée Générale
Ordre du Jour
Compte-rendu de l’AG du 12 mars 2016

  • Rapport du Secrétaire Général, Bertrand Vergniol
  • Message du Président, Joël Dautheville
  • Intervention des Secrétaires exécutifs
  • Parole à la Cevaa et aux invités
  • Présentation des comptes 2016 par le Trésorier, Stéphane Griffiths

Rapport de la Commissaire aux comptes
Débats et vote
Affectation des résultats
Présentation du budget 2017

  • Débat et vote du budget 2017
  • Table ronde Eglises en mission

« La mission ici et là-bas », partage d’expériences par trois témoins

  • Synthèse
  • Conclusion de l’AG et paroles d’envoi

 

Votes lors de l’Assemblée Générale de mars 2016, DR




En direct de Brazzaville

« Avant de partir, j’avais fait trois ans de formation pour obtenir un diplôme d’ergothérapeute. L’envie de partir à l’étranger pour une mission humanitaire m’a toujours intéressée. Je me disais que ce n’était peut-être qu’un rêve et que je n’aurais peut-être pas le courage de le faire. Le désir de changement et le besoin de rencontrer m’ont fait avancer dans mes choix concernant mon projet de vie.
Une de mes amies, Eline, était partie au Caire en 2014. Elle m’a confortée dans l’idée de choisir le Défap, car la formation au départ était complète et que l’accompagnement durant la mission était continu. J’ai donc décidé de partir en mission VSCI. J’avais déjà voyagé, j’étais partie au Mexique et au Maroc. L’Afrique était un continent qui m’attirait beaucoup et j’avais envie de découvrir cette culture. Lorsque Laura, la responsable des envoyés, m’a parlée de cette mission en République du Congo, j’ai tout de suite postulé. »

 

Arrivée à Brazzaville

« J’ai débarqué à Brazzaville un vendredi, le 9 septembre 2016. L’objectif de la mission était d’apporter un « appui à un projet de santé communautaire ». Tout s’est dessiné une fois sur place. J’ai défini mes tâches en harmonisant les besoins du département santé de l’EEC et mes compétences professionnelles. Aujourd’hui, je collabore au dépôt pharmaceutique et parallèlement à cela je tente de réduire les situations de handicap que rencontrent des enfants, des femmes, des hommes et des personnes du troisième âge. Mon travail de rééducation s’effectue à deux endroits. D’un côté je suis la seule avec une formation professionnelle paramédicale dans un des centres médico-sociaux de l’EEC et de l’autre je travaille en collaboration au sein d’une équipe dynamique de kinésithérapeutes ! »

 


Salomé Fels avec l’équipe du centre médico-social de l’EEC, DR

 

Une mission incroyablement riche

« Début octobre, j’ai été rejoint par Marine puis Jennifer avec qui je partage mon quotidien et certaines missions au sein du département santé. Seule c’est bien mais à plusieurs c’est encore mieux !

Parallèlement à mon engagement au sein du département santé de l’EEC, j’ai souhaité donner de mon temps et de ma personne dans une association locale. Ainsi je suis bénévole à L’Œuvre Notre-Dame des Veufs et Orphelins du Congo (ONDV&OC). Cette association, qui oeuvre pour la solidarité, vient en aide aux populations vulnérables pour améliorer leurs conditions de vie. Dans un autre contexte, ce projet associatif me permet de m’investir différemment dans la vie Congolaise.

Depuis mon arrivée, je suis vraiment heureuse ! Je pense « qu’être heureux ce n’est pas avoir un ciel sans tempête, une route sans accident de la circulation, un travail sans fatigue, relations sans désillusions. Être heureux c’est trouver la force dans le pardon, l’espoir dans les batailles, la sécurité sur la scène de la peur, l’amour dans les désaccords. » Mon arrivée me parait tellement loin et, en même temps, je me rappelle exactement dans quel état d’esprit je me sentais, intriguée par l’inconnu, stressée et paradoxalement apaisée. Je ne savais pas à quoi m’attendre en choisissant de partir pour de nouveaux horizons, mais je me souviens qu’un ami m’avait dit ceci, « tu n’as rien à prouver à personne ». C’est ce qui m’a portée pour ce nouveau départ ! A postériori, il me semble que la générosité, l’accueil et la bienveillance des gens que j’ai pu rencontrer (voisins, collègues de travail, acolytes des cours de danse, membres de l’Eglise) ont énormément contribué à ce que je me sente bien ici, avec eux et parmi eux.

 


Salomé pendant sa mission, DR

 

Professionnellement, mes missions ont évolué, les relations avec les patients que je prends en charge aussi, et avec mes collègues nos relations se sont endurcies, et même approfondies. Bref, de manière générale, chaque jour est différent et je m’efforce de prendre le temps d’être là aujourd’hui et maintenant pour accompagner chaque personne que je rencontre dans ma mission, même si on doit accepter de faire face à quelques obstacles de temps en temps.

Avant la fin de ma mission, j’aimerais créer des affiches avec pictogrammes et images pour parler de la prévention du dos, en expliquant quelles positions adoptées, quels exercices d’étirement et de musculation il est possible d’effectuer au quotidien … Etant donné le nombre important de cas de lombalgies ici, je souhaiterais sensibiliser les personnes atteintes et leur entourage. Le lieu s’y prête puisque les bancs où attendent les patients et un lieu de passage et d’échange. »

 


Salomé Fels et le Dr Ponguy-Kinanga, DR

 

Des évènements marquants

« Depuis que je suis en République du Congo, j’ai été marquée par de nombreux cultes auxquels j’ai pu assister. Je viens de Normandie. Dans ma petite paroisse, perdue dans les collines normandes, nous sommes en moyenne quinze personnes. Alors imaginez-vous arriver dans un énorme temple d’où le son des chants rythmés résonne jusque dans la rue, avec des fidèles qui sont là pour vous placer à votre arrivée ? C’est incroyable ! Ce qui m’aura le plus marquée pendant les cultes restera les prédications, qui pour ma part me semblent moralistes plutôt qu’instructives, à condamner l’Homme pour ses péchés sur terre plutôt que de proposer une réflexion sur comment faire raisonner la parole de Dieu dans notre vie.

J’ai été aussi très touchée lorsque, pour la première fois et après avoir longuement discuté avec quelqu’un, au moment de se quitter celle-ci m’a dit « on est ensemble ». Convergence harmonieuse de mots pour témoigner des retrouvailles qui suivront prochainement cette séparation. C’est une belle expression.

Mais je pourrais aussi vous dire que ce qui m’a marquée c’est lorsqu’une maman a refusé que je prenne en charge son enfant, au centre de polio, parce que j’étais blanche ou encore lorsque j’ai gouté un safou, fruit ressemblant à une olive citronnée que j’aime beaucoup. Cette expérience est vraiment riche ! C’est tellement agréable d’être dérangée, de sortir de ses habitudes pour aller rencontrer l’Autre dans sa différence et se dire combien une simple rencontre est pleine de richesses.

En me retournant sur le chemin déjà parcouru je me rends compte que j’ai plus reçu que je n’ai donné, que jusque-là mes savoirs-être ont primé sur mes savoir-faire … et parfois quand je me questionne sur ce que deviendra cette mission à mon départ, si je vais laisser une trace, je me dis qu’il vaut peut-être mieux partager « d’abord qui nous sommes avant de partager ce que nous avons ».

Je sortirai enrichie de cette expérience qui m’a appris à vivre et apprécier chaque instant présent, à être là. Et j’ose croire, tel N. Mikhalkov, que « tant que nous saurons aimer nous vivrons longtemps et heureux » ! »

 

Pour la deuxième année consécutive, le Défap envoie des volontaires au département santé de l’EEC. Le recrutement pour la rentrée 2017-2018, pour l’envoi de deux autres personnes, est déjà en cours. Si vous souhaitez envoyer votre candidature, contactez-nous par mail :  envoyes@defap.fr

 

 




A lire dès que possible

Avec un talent de conteur…

Ce n’est pas un ouvrage facile… et il pourrait bien déclencher des polémiques. Toutefois, et justement parce qu’il bouscule les idées que nous avons sur la traite négrière, il faut lire le dernier livre – traduit – de Randy J. Sparks, professeur à l’université de Tulane (Nouvelle-Orléans, Louisiane), qui raconte l’histoire d’Annamaboe, plaque tournante de la Côte-de-l’Or (actuel Ghana) au XVIIIe siècle. Sans perdre de vue la place qu’a occupée le commerce triangulaire dans l’économie mondiale et les échanges transatlantiques, l’auteur nous fait revivre à l’aide d’archives dont certaines sont tout à fait étonnantes, ce qu’ont vécu les habitants de ce port, où se croisaient commerçants anglais, aventuriers français, riches Danois etc., tous avec un seul objectif et une seule contrainte : négocier avec les grandes familles régnantes africaines, lesquelles savent habilement jouer des uns contre les autres. Randy J. Sparks, Là où les nègres sont maîtres. Un port africain au temps de la traite, Alma éditeur, collection « Essai et histoire », 360 pp. 25 €

 

Pour la cause des femmes

C’est une missive enjouée et pleine d’humour que l’auteur, la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, envoie à une de ses amies qui vient de mettre au monde une petite fille. Cette lettre, longue comme une petite nouvelle, est en réalité un manifeste pour la cause des femmes en Afrique. On la lira avec gourmandise et jubilation, et non sans une certaine réflexion car le propos est juste, précis, mordant parfois. Ce petit livre s’adresse aux hommes comme aux femmes et à tous les parents qui s’interrogent sur les questions d’égalité. Chimamanda Ngozi Adichie, Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, Éditions Gallimard, 78 pp. 8,50 €

 

 




Bouddhisme + Confucianisme + Christianisme = bonté

Monsieur le Pasteur,

Je vous remercie des brochures et de la lettre que vous avez bien voulu m’envoyer. J’ai lu trés attentivement votre appel. Vos projets sont des plus louables et je suis sûr qu’ils seront approuvés et encouragés par tous les hommes de coeur.

Je voudrais cependant attirer votre attention sur quelques points de l’appel qui semblent aller à l’encontre de l’idée fondamentale de votre oeuvre parce qu’ils peuvent provoquer un conflit de sentiment de ceux pour qui la mission que vous entreprenez est destinée.

Avant de le faire, je vous prie de croire que ce n’est point par esprit de critique et encore moins de politesse que je m’arrête sur ces points.  Etant annamite, je sais ce que pensent les autres annamites, et je veux dans mes faibles moyens, aider tous ceux qui travaillent pour le bien de mes compatriotes à éviter les obstacles qui peuvent se produire. C’est pourquoi je dois dire sincèrement, franchement, ce que je crois vous être utile.
Comme tout ce qui est d’idéal, la religion n’a pas et ne doit pas avoir de frontière, et ceux qui se chargent de la propager doivent se placer au-dessus de tout nationalisme et de tout interêt politique ; c’est pourquoi, suivant mon humble avis, le mot “Indochine” tout court, sans adjectif, traduit l’idée de celui que nous aimons tous, et l’espoir de ceux pour qui vous voulez apprendre à l’aimer. L’adjectif “française” mis après “Indochine” donne un effet tout à fait contraire à ce que vous et nous voulons ; car l’oeuvre du Christ est, comme vous le dites, une oeuvre d’affranchissement et d’émancipation, tandis que le colonialisme, quel qu’il soit, est une oeuvre d’oppression et d’assujetissement. L’Indochine dominée ne peut être une Indochine vraiment chrétienne.

Il paraît que l’Y.M.C.A. en Indochine ne serait ouvert qu’aux anciens soldats, étudiants et fils de mandarins. Serait-il donc fermé aux masses, alors qu’elles seules ont le plus besoin de consolation et de lumière ?

Il a été écrit dans l’appel de Mr. le Capitaine Monet, que le”mensonge et la dissimulation sont pour l’annamite des habilités fort louables”. Je déplore que certaines catégories – comme il en existe malheureusement dans tous les pays et chez tous les peuples – d’annamites ont ces défauts. Mais ces défauts sont des défauts, détestables et destinés aussi bien par l’annamite que par les autres. Dire que l’annamite prend ces défauts pour des habilités fort louables, c’est à dire des qualités nationales, est un peu loin de la vérité. Vous savez que dès son enfance, l’annamite apprend le “taung” et le “tin”,  premières vertus après l’amour filial.

Un peu plus loin, il est dit que “tel trait de dissimulation ou d’égoïsme n’est qu’un résultat de principes essentiels de la “philosophie confusianiste” et de la religion bouddhiste, etc”. Je crois qu’il n’existe pour tout le monde qu’une philosophie, qu’un principe et qu’une religion, puisqu’il n’existe qu’une vérité. Nous ne sommes permis de voir cette vérité que du côté où nous sommes placés, et nous la nommons d’aprés ce que nous voyons et telle que nous pouvons la voir : Confucius ou Bouddha pour les orientaux, et pour les occidentaux : Christ.

Puisque nous avons le Bonheur de contempler ces trois lumières à la fois, ne vaudrait-il pas mieux pour vous de les aimer toutes et de tâcher de les harmoniser avec notre nature pour la rendre meilleure, au lieu de les opposer les unes aux autres ?

Mr. le Capitaine Monet dit que les ”chrétiens français doivent comprendre que le peuple annamite vit opprimé moralement (souligné dans le texte) et il souffre de cette oppression”. Cette révelation est tout à fait exacte, mais non complète parce que le peuple annamite est aussi opprimé matériellement, socialement et politiquement que moralement. On ne peut faire de lui un bon chrétien en ne soulageant qu’une part de sa souffrance, comme on ne peut rendre un homme bien portant qu’en ne guérissant qu’une partie de ses maux ; on risque au contraire de faire du malheureux un paralitique. Je suppose que les bienfaits moraux et matériels doivent marcher parallèlement, parce que les uns ne peuvent s’accomplir sans les autres. Et nous qui luttons pour la vérité, pourquoi ne dirions-nous pas toute la vérité ?

A la fin de son appel, Mr.le Capitaine Monet dit qu’il faut faire le plus possible de 3 000 étudiants de vrais chrétiens et de bons français. Il est matérielement impossible pour un homme ou une société de remplir deux missions opposées en même temps ; l’une la plus belle, la plus noble : celle d’Evangelisation, d’apprendre aux Hommes à aimer leur Dieu et leur prochain ; l’autre à “mettre en castes” un groupe d’hommes et les encourager à nier leur propre partie ou tout au moins à leur faire aimer une autre que la leur.

Etudiants ou paysans illétrés, annamites, ils sont annamites, ils doivent (le) rester. Être bons annamites n’empêche pas d’être bons chrétiens. Au contraire. N’est-ce pas que le seul homme reconnu par le Dieu c’est l’homme libre ; la seule patrie que nous devons reconnaitre, c’est l’Humanité ? Ceux qui restent les moutons dociles des maîtres du jour ne seront point dignes du Berger Eternel, par conséquent, si vous voulez trouver un vrai chrétien en Indochine, cherchez le chez le bon Indochinois mais pas ailleurs.

Monsieur le Pasteur, je sais très bien ce que les missions catholiques ont fait en Indochine et ce que les missions protestantes ont fait pour notre voisine ; la Corée, pour ne pas souhaiter de tout mon coeur que vous réussissiez à propager rapidement la religion reformée dans mon pays. Mais pour changer le moral d’un peuple surtout du peuple qui a des moeurs, des traditions et une sensibilité formées par des milliers d’années d’histoire ; il faut tout d’abord pénétrer sa mentalité. C’est pour vous faciliter cette tâche première et pour répondre à la sympathie que vous m’avez témoigné, que je me permets de vous adresser respectueusement cette lettre. J’espère que vous voudrez bien m’excuser de ma franchise et je vous prie de croire, Monsieur le Pasteur, à mes meilleurs sentiments.

 

Nguyên Aï Quâe
Paris, le 8 septembre 1921

 

 

Pour aller plus loin, visitez notre exposition virtuelle « des protestants français en Indochine »

Retrouvez l’article de Jean-François Faba et Valérie Thorin dans le numéro Afrique-Asie de mars 2017.

 

 




Nouvelle-Calédonie et protestantisme français : tisser des relations proches

Une préoccupation de toujours
La Nouvelle-Calédonie, de Maurice Leenhardt (1902) à Jacques Stewart (1988), a toujours été une préoccupation importante du protestantisme français. Les Églises mandatrices du Défap, dans le cadre de la Cevaa, ont eu de nombreux envoyés en Nouvelle-Calédonie ; le Défap s’occupe du programme Après-Bac-Service (ABS, 90 étudiants en 2017) ; des pasteurs kanak ont été accueillis en France ; plusieurs groupes de jeunes de nos paroisses se sont rendus en Nouvelle-Calédonie ; le Défap a accueilli en octobre 2016 à Paris, des étudiants de l’école pastorale de Lifou en visite ; le Défap est en lien proche avec le lycée Do Neva lorsque celui-ci a été frappé par des inondations en novembre 2016… Mais il faut aller au-delà aujourd’hui.

 

La Nouvelle-Calédonie à la croisée des chemins
La Nouvelle-Calédonie entre dans un moment crucial de son histoire, celui du référendum d’auto-détermination qui se tiendra en novembre 2018. L’enjeu pour les 260 000 Calédoniens, dont 110 000 Kanak ? La relation de la Nouvelle-Calédonie avec la France. C’est le degré de « plus ou moins Français » que la question posée, lors du référendum devra éclaircir indique un fonctionnaire territorial de la Province nord. Autonomie-association, totale indépendance, citoyenneté partagée… Certains veulent une pleine souveraineté. Assumer toutes les fonctions d’un État indépendant. D’autres veulent éviter un référendum couperet pour ou contre l’indépendance. Ils envisagent une association entre la Nouvelle-Calédonie et l’ancienne puissance coloniale. Pour eux décolonisation ne rimerait pas avec totale indépendance. Les responsables politiques posent la question de la « souveraineté ». Les habitants, celle de la « citoyenneté » : un passeport kanak unique ? Une double appartenance, française et calédonienne ? Une protection sociale à la française ? Pour chacun c’est le destin commun, sur toutes les lèvres, indépendantistes et loyalistes. La Nouvelle-Calédonie est à la croisée des chemins.

 

« La clé c’est d’écouter l’autre… »
De longue date, les Églises protestantes de France ont souhaité retrouver des relations particulières avec la Nouvelle-Calédonie et l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC, 40 000 membres). C’est l’une des priorités fixées dans le programme de travail 2015-2018 du Défap. Les relations vivantes de la Nouvelle-Calédonie avec le protestantisme français se sont affaissées depuis quinze ou vingt ans expliquait Billy Wapotro, ancien directeur de l’Alliance scolaire évangélique, il nous revient de leur redonner vie et sens. Les Églises protestantes de France et de Nouvelle-Calédonie sont ensemble au sein de la Cevaa. Il s’agit maintenant de nous retrouver proches de nos frères et sœurs alors même qu’ils doivent décider de l’avenir de leur pays, avec tous les habitants de Nouvelle-Calédonie. Ne nous laissez pas seulement entre nous revient comme un leitmotiv. Il s’agit donc de nous retrouver compagnons aujourd’hui, à l’heure de la réflexion puis de la décision, et demain, quel que soit le résultat du référendum d’auto-détermination. La clé c’est d’écouter l’autre… de le connaître pour le comprendre disait Michel Rocard au sujet de ce référendum calédonien. La place des Églises, en France comme en Nouvelle-Calédonie est ainsi claire : faire vivre le débat. Manifester ainsi la fraternité qui nous unit les uns aux autres, porter la préoccupation des uns pour les autres.

 

 

Bertrand Vergniol,
Secrétaire général du Service protestant de mission – Défap
La Lettre du Défap, mars 2017

 

 

 

 

Retrouvez cette lettre dans la prochaine Lettre du Défap (mars 2017)

 

 




Témoignage de Madagascar

 » Je suis arrivé à Madagascar le 8 septembre dernier, mais j’ai commencé ma mission fin septembre.  Cet intermède m’a permis d’appréhender le malagasy assez rapidement. La mission d’animateur/répétiteur, pour laquelle je suis parti, est en fait plus complète : enseignant le français le matin dans l’école Akanisoa, je suis répétiteur particulier le soir avec les orphelins et animateur à mes heures (non pas perdues) avec les enfants de l’orphelinat.

Les raisons de mon départ en mission sont multiples. Je souhaitais, tout d’abord, retrouver mon amie. J’étais également attiré par le service civique, j’ai donc choisis d’orienter mes recherches dans ce sens. L’offre du Defap correspondant à mes compétences et à mes attentes, j’ai postulé.

 

Samy Chenuelle dans les jardins du Défap en juillet 2016, DR

 

Pour mener à bien ma mission, la compréhension des objectifs et attentes des différents acteurs est essentielle. Le Défap et le contrat du service civique axent ma mission sur l’animation et les cours du soir. Je passe donc une grande partie de mon temps libre avec les enfants pour jouer, chanter, discuter (ce qui n’est pas pour me déplaire). La directrice et les institutrices de l’école attendent de moi une approche plus scolaire. J’ai préparé des cours du matin pour les classes primaires selon leurs conseils et leurs fonctionnements. J’ai aussi pris en compte les attentes très différentes des enfants. Certains veulent des cours alors que d’autres préfèrent des activités ludiques. Mais il y a aussi, bien évidemment, mes attentes, mes souhaits et mes choix pédagogiques qui rentrent en compte.

Je travaille actuellement avec les enfants sur un échange de courrier avec des classes françaises pour faire découvrir d’autres manières de vivre l’école et d’autre façon de vivre le quotidien. Je prévois également d’écrire une chanson, emblème d’Akanisoa, avec les enfants de l’orphelinat.

 

Samy et les 4 classes de l’école, février 2017, DR

 

Cette mission est très enrichissante, notamment dans le domaine de l’éducation, qui m’était jusqu’alors inconnu. J’espère réellement pouvoir réutiliser ces nouvelles compétentes dans l’avenir. Elle me permet aussi de me confronter à mes propres limites, mais de manière positive grâce à la bienveillance des institutrices. Enfin, le contact avec les enfants d’Akanisoa s’est très rapidement bien passé et cela a créé une ambiance très chaleureuse entre nous.

Ma mission est marquée par la complicité. Cette complicité qui se crée au fil du temps, au fil de ces moments anodins et du partage.

Six mois après mon arrivée, je suis heureux de mon choix. »

 

 




Polynésie : retour sur le séminaire Action Commune

Après une première session en novembre 2015 au Gabon pour les régions Afrique de l’Ouest et Afrique Centrale et une seconde en Suisse en septembre 2016 pour la région Europe, cette session s’adressait aux trois Eglises de la région Pacifique-Amérique Latine. Elle a regroupé une trentaine de participants.

Comme sur le modèle des sessions passées, Corina Combet-Galland et le pasteur Jean-Luc Blanc du Défap ont animé la partie biblique. Un représentant de chaque Eglise à présenté et développé une réflexion à partir d’une expérience de son Eglise.
Les réactions et les apports ont été très différents de ceux des deux dernières sessions. Cette session confirme l’idée de faire travailler sur un thème d’actualité l’ensemble des Eglises de la Cevaa, selon les principes de l’Animation Théologique. Il s’agit là d’une orientation réellement porteuse de sens pour la Communauté.

La valorisation de la culture traditionnelle

Le rapport à la culture traditionnelle est très fort au sein de ces sociétés. La recherche d’une identité est juste mais nécessite une ouverture à l’universel  sinon le risque du  repli identitaire peut prendre le dessus.
Les débats au sein de l’église polynésienne à ce sujet sont nombreux et  révélateurs des différentes tendances qui habitent cette Eglise. Entre ceux qui souhaiteraient que l’Evangile entre complètement dans le moule de la Culture et ceux qui, à l’opposé, inscrivent l’Evangile en rupture avec la Culture, il y a toutes les nuances imaginables. Un vrai témoignage à la diversité ! Ceci se ressentait dans les travaux de groupes, dans la manière d’aborder les textes bibliques et d’en discuter, dans les débats et surtout dans les discussions privées.

La famille, toujours au cœur des échanges

Bien sûr, il a été question des mutations familiales. Les problèmes de rupture entre parents et enfants sont fréquents et de multiples natures. Mariage mixte, départ vers d’autres contrées, retour d’expérience en métropole …cela fait évoluer la famille et plus particulièrement lorsque celle-ci s’appuie fortement sur la notion de tribu.  Elle est d’autant plus puissante qu’être rejeté de la tribu, c’est aussi être rejeté de sa terre.
Mais le public qui a participé à la session de formation était prêt à se laisser questionner, à réfléchir d’une manière nouvelle. C’est d’ailleurs l’avantage de la formule : l’animation théologique tel que l’esprit de la Cevaa l’organise, permet une réflexion interculturelle riche.

Les répercussions sont, selon les groupes, plus ou moins importantes. Charge maintenant aux animateurs d’utiliser le travail fait ensemble, les textes decriptés et les débats provoqués, pour agir sur les décisions ou proposer des orientations lors des prochains synodes. L’avenir nous dira si ce qui a été semé ici donnera plus de sens encore demain.

 

Logement de l’école pastorale, février 2017, DR

Visite de l’école pastorale

Après la session, Célestin Kiki, Samuel Johnson et Jean-Luc Blanc sont allés visiter l’école pastorale qui a déménagé depuis peu et se trouve maintenant sur l’île de Tahaa, un lieu bénéficiant d’une situation exceptionnelle. Intervention auprès des étudiants, cultes dont un pour le « vendredi saint » du mois de février dans la nouvelle chapelle de l’école, rencontres avec les professeurs et le directeur ont constitué le programme.

La Cevaa vient d’ailleurs d’y créer un poste de professeur de Nouveau Testament. L’appel à candidatures est ouvert.

Le pasteur Jean-Luc Blanc témoigne ainsi de cette session : « De toutes ces rencontres je retiens l’image d’une Eglise très vivante et active dans de nombreux domaines. Aujourd’hui, plusieurs tendances coexistent dans l’Eglise Protestante Maori (EPM) et si la culture Maori est très souvent évoquée, elle ne prend pas la place de l’Evangile. »

« Plusieurs projets Cevaa sont en cours avec l’EPM, dont un échange de jeunes avec la Suisse à l’occasion des 500 ans de la Réforme. La participation très active de l’EPM à la vie de la Communauté est particulièrement encourageante. »

Nous vous donnerons très bientôt des nouvelles de ce paradis, loin d‘être perdu, qui a su trouver dans ses églises les forces vives pour mener à bien les défis de ce monde en mutation.