L’Église de Djibouti célèbre son nouveau temple

A Djibouti plus qu’ailleurs, le temple a un rôle important d’ancrage pour une communauté protestante constituée au gré des mouvements de populations, et dont les membres restent rarement dans le pays plus de quelques années. Le bâtiment, en chantier depuis quatre ans pour des rénovations lourdes, a été inauguré le 6 novembre en présence de Bernard Antérion, président de la Ceeefe (Commission des Églises évangéliques d’expression française à l’extérieur) et Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarités Internationales au Défap.

Le culte d’inauguration et d’installation du pasteur Pierre Thiam, le 6 novembre © Ceeefe, Défap

Il aura fallu neuf ans pour mener à son terme le chantier de l’Église protestante évangélique de Djibouti (Eped). Neuf ans pour reconstruire logement de l’administrateur de l’Eped, presbytère, salle paroissiale… et surtout pour rénover le temple, qui nécessitait une intervention lourde, et sur lequel les travaux auront duré quatre ans jour pour jour, d’octobre 2013 à novembre 2017.

Son inauguration a eu lieu le dimanche 6 novembre, lors d’un culte présidé par Bernard Antérion, président de la Ceeefe (Commission des Églises évangéliques d’expression française à l’extérieur) et Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarités Internationales au Défap. Étaient également présentes plusieurs personnalités djiboutiennes dont l’ambassadeur de France accompagné d’une délégation dont la Conseillère de Coopération et d’Action Culturelle (COCAC), des représentants de l’Église Catholique, une délégation militaire… sans oublier l’architecte qui avait porté et accompagné le projet tout au long de ce chantier au long cours, Nicolas Westphal.

Une situation particulière pour l’Église de Djibouti

Pour aller plus loin :
Le site de la Ceeefe, propriétaire des bâtiments et partenaire du Défap

Derrière les briques et les parpaings, il y a des hommes et des femmes ; derrière les bâtiments, toute une communauté, celle de l’Église protestante évangélique de Djibouti. L’assistance présente lors du culte d’inauguration donne une idée de l’enjeu que représentait pour l’Eped ce chantier de rénovation. Seule Église protestante officiellement reconnue par le gouvernement de ce pays musulman, l’Eped est héritière d’une situation historique unique, qui l’amène à accueillir une très grande diversité confessionnelle.

À l’origine, elle avait été créée par l’aumônier des troupes françaises stationnées à Djibouti. La construction du temple proprement dit avait eu lieu en 1962. Le chantier avait été rendu possible grâce à la bienveillance du gouverneur de l’époque, et grâce au soutien de l’Assemblée Territoriale, à majorité musulmane, qui avait apporté le terrain. Le chantier avait aussi bénéficié de l’aide financière du FIDES (Fonds d’Investissement et de Développement Économique et Social – des fonds publics donc) et des Églises Réformées de France. Après le référendum d’autodétermination de 1977 et la naissance de la République de Djibouti, les bâtiments devaient devenir officiellement propriété de la Ceeefe, mise en place par la Fédération Protestante de France précisément pour s’occuper des Églises créées par des Français à l’étranger, pendant que le Défap assumait la responsabilité de cette paroisse unique.

Une Église qui croît

Le culte d’inauguration. A gauche, au premier rang, tête penchée, le pasteur Jean-François Faba, qui a accompagné l’Eped avec Jean-Luc Blanc pendant la période où le poste pastoral était vacant © Ceeefe, Défap

Aujourd’hui, l’Eped est une Église qui croît. Elle accueille des chrétiens de différents pays (Éthiopie, France, Burundi, États-Unis, etc.) et de différentes branches du protestantisme. Elle bénéficie tout à la fois de la forte croissance économique de Djibouti et de sa situation stratégique à la Corne de l’Afrique, qui en fait un lieu de passage et un enjeu incontournable : fait révélateur, l’activité portuaire est le premier secteur économique du pays. Mais l’Église se situe dans un contexte fortement instable. Instabilité de la politique intérieure de Djibouti, qui sur le plan extérieur entretient des relations complexes à la fois avec la France et les États-Unis ; inégalités sociales criantes, dénoncées à la fois par l’Église et les ONG, et aggravées par une forte immigration du fait des conflits au Yémen et en Érythrée ; et forte mobilité des membres mêmes de l’Église, dont peu restent à Djibouti plus de trois ans. Dans un tel contexte, le temple, lieu de culte, est devenu un point d’ancrage indispensable pour cette petite communauté. Le vieillissement du bâtiment rendait une rénovation nécessaire : un lourd défi pour l’Eped, d’autant plus que le chantier, décidé en 2008, lancé en 2009, devait révéler une dangereuse usure des structures porteuses, nécessitant des travaux de consolidation supplémentaires.

Cette longue période de travaux impliquant de multiple partenaires (au premier rang desquels la Ceeefe, propriétaire des lieux, les Églises protestantes de France apportant une aide financière, et le Défap) aurait pu se révéler particulièrement abrasive pour la petite communauté protestante de Djibouti. Elle a beaucoup demandé à la fois de l’administrateur de l’Eped, Pierre Tschimanga, du pasteur Michaël Schlick, qui est resté en poste 11 ans avant de partir au Caire, et de l’architecte. La liste des travaux nécessaires s’est allongée au fil du chantier, avec la découverte de fragilités des constructions restées jusqu’alors invisibles, occasionnant de multiples retards et des frais supplémentaires. Il a fallu faire preuve de créativité pour trouver les fonds, la main d’oeuvre et pour faire avancer la construction : exemple : la réalisation de travaux sous la forme d’un stage professionnel pour des jeunes des quartiers pauvres, sous la direction d’un maître-maçon français… Et pendant que le chantier du temple progressait, les salles déjà rénovées étaient utilisées notamment pour un centre de formation pour adultes en difficulté, qui a reçu les encouragements des autorités djiboutiennes. Résultat : ce chantier aura largement contribué au témoignage de cette petite Église isolée dans un contexte musulman, améliorant son image au sein de la société.

Un chantier aux allures de course contre la montre

Le culte d’inauguration et d’installation du pasteur Pierre Thiam, le 6 novembre © Ceeefe, Défap

Jusqu’au bout, ce chantier aura pris des allures de course contre la montre, avec de multiples initiatives d’Églises pour trouver des financements, et des travaux de finition jusqu’à la veille de l’inauguration du temple. Le culte du 6 novembre représentait donc un aboutissement pour la communauté protestante djiboutienne, et ce d’autant plus qu’il marquait à la fois la fin du chantier du temple et l’installation d’un nouveau pasteur, Pierre Thiam, après une année au cours de laquelle le poste pastoral était resté vacant.

Reste à envisager la suite : financer l’entretien des bâtiments rénovés, et mettre un point final au chantier – car si le temple est achevé, il reste à rénover le bureau du pasteur et l’espace d’accueil. Et poursuivre les projets déjà lancés : une nouvelle filière a ainsi été mise en place par le centre de formation, avec l’installation et la maintenance de centrales photovoltaïques. Ce qui doit permettre d’installer des panneaux solaires sur le toit du Temple et de produire ainsi l’électricité nécessaire au centre de formation.




«Les nouveaux visages du protestantisme» : une ode à la diversité

A travers son dernier ouvrage publié aux éditions du Signe, Albert Huber, photographe et témoin engagé de la vie du protestantisme en France et dans le monde, trace un portrait sensible de communautés d’Alsace, d’Allemagne, du Liban, d’Inde, du Bénin, de Chine, de Madagascar… Si diverses dans leurs modes de vie et dans les expressions de leur foi, et pourtant unies par leur spiritualité. Une ode à la rencontre des cultures et à la Mission.

 

Dialogue au rassemblement national Protestants en fête, place du Palais Royal à Paris, 2013 © Albert Huber

«Faire parler des images» : une vraie gageure pour des protestants. Voilà pourtant cinquante ans qu’Albert Huber s’y efforce, avec talent et sensibilité, à travers ses photographies et ses reportages, ses expositions, ses livres… Photographe engagé, il est bien connu du milieu de la presse et des éditions religieuses (Réforme, Ensemble, Oberlin, Olivetan…) ; il a aussi régulièrement travaillé pour le Défap. Il publie aujourd’hui aux éditions du Signe «500 ans de la Réforme – Les nouveaux visages du protestantisme», un magnifique ouvrage dont l’introduction a été écrite par le théologien Marc Lienhard, et préfacé par François Clavairoly (président de la Fédération protestante de France) et Christian Albecker (président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine). On y découvre un protestantisme aux multiples expressions à travers les cultures et les pays, au fil de 200 clichés de grands rassemblements ou de scènes du quotidien, de foules ou de visages, pris de l’Alsace à Madagascar, de Pologne en Chine, d’Iran en Polynésie, du Liban en Argentine, d’Inde au Bénin… mais avec à chaque fois le même regard proche et bienveillant qui laisse affleurer tout à la fois la profondeur humaine et la spiritualité.

Né en Alsace en 1945, Albert Huber se qualifie lui-même de «photographe humaniste». L’un de ses maîtres (et ami) fut Willy Ronis (1910-2009). Il privilégie « l’instant décisif », en captant sur le vif une attitude, un sourire, une expression, une situation de vie. Il ne retouche pas ses photographies. C’est avec ce souci de capter l’instant, l’attitude, le geste, le regard qu’il accompagne depuis une cinquantaine d’années les rendez-vous, les joies et les crises du protestantisme en France et dans le monde. Dans son dernier ouvrage, on retrouve près d’une vingtaine d’années de grands rendez-vous (Protestants en Fête, Assemblée du Désert, Rassemblement oecuménique européen de jeunes de Taizé, Célébration de l’union des Églises protestantes d’Alsace-Lorraine, 70 ans de la Cimade, Semaine de l’Unité des chrétiens, culte de lancement de l’année Luher 500 ans après la Réforme…), mais aussi des scènes ordinaires (cultes en France, à Madagascar, au Bénin, en Inde, en Argentine, en Chine…), des regards d’enfants ou d’anonymes, des lieux, des objets… Autant de clichés qui à chaque fois invitent à la rencontre, au partage, à la découverte de l’autre. A la solidarité aussi, comme lors de ces visites de camps de réfugiés syriens…

Non pas expliquer ou commenter, mais montrer et illustrer

Pour aller plus loin :

  • «500 ans de la Réforme – Les nouveaux visages du protestantisme»
    Textes et photographies d’Albert Huber
    Préfacé par François Clavairoly (FPF) et Christian Albecker (UEPAL)
    Introduction de Marc Lienhard
    150 pages au format 25 x 20
    Prix de vente public : 15 €
    Editions du Signe, Strasbourg
  • Commander l’ouvrage sur le site des Editions du Signe

Ainsi que le souligne le théologien Marc Lienhard dans son introduction, Albert Huber «ne veut pas expliquer ou commenter la manière dont les protestants d’aujourd’hui vivent leur foi, mais la montrer et l’illustrer. À l’heure où le visuel l’emporte souvent sur le livre et qu’une culture du visible s’impose dans notre société, ce projet est légitime et bienvenu.» Par ses photographies, Albert Huber réhabilite ainsi l’image au sein d’un monde protestant traditionnellement réticent envers les représentations visibles, et montre qu’à travers des photographies, c’est la vie elle-même qui perce, avec ses chocs et ses rencontres (que l’on songe à ce face-à-face entre un Kanak de Nouvelle-Calédonie et un indien Toba d’Argentine, à l’occasion d’une action de la Cevaa), et avec toute la spiritualité dont elle est imprégnée. «C’est le protestantisme et ses nombreux visages que ce livre veut nous montrer», souligne encore Marc Lienhard. «En parcourant l’ouvrage, on est d’emblée frappé par la diversité du protestantisme ainsi présenté. Il y a les luthériens d’Alsace, de Madagascar et d’ailleurs, les réformés presbytériens, les méthodistes, diverses Églises ou communautés évangéliques, dont celle des tsiganes, sans oublier les charismatiques et les pentecôtistes.»

Il y a aussi tous ces instants de partage, ces assemblées, ces cultes et ces mariages, ces baptêmes ou ces scènes plus intimes qui scandent la vie des communautés protestantes du monde entier : ici, une photographie de 15.000 huguenots participant au rassemblement de l’Assemblée du Désert au pays des camisards ; là, une lecture de la Bible dans une pirogue sur le Zambèze ; plus loin, des enfants partageant du riz à la sortie du culte d’installation de diacres à Madagascar… Mais les objets aussi racontent une histoire et parlent de toute la vie d’une communauté, comme cette enseigne de rue dans la vieille ville à Casablanca mentionnant «rue de la mission», en français et en arabe ; cette simple croix en Toscane qu’escaladent des plantes grimpantes ; la croix brisée de Dachau réalisée par l’artiste hollandais Carel Kneulman pour l’église de la Réconciliation ; et ces diverses bibles, parfois usées et déchirées, photographiées au Bénin, au Maroc, en Zambie, souvent entre les mains de ceux qui sont en train de les lire…

Cinq chapitres, et cinq textes en forme de déclarations de foi

Culte pentecôtiste en plein air : prière dansée des femmes indiennes tobas, Bermejito au Chaco dans le grand nord de l’ Argentine, 2006 © Albert Huber

Les cinq chapitres de l’ouvrage, Parole et Prière, Vivre la solidarité, Dialogues & Rencontres, Église universelle et Histoire & Patrimoine, sont précédés de courts textes d’Albert Huber qui sont autant de déclarations de foi : « (…) Je crois en la force de l’Écriture, coeur de la foi. Je crois à l’actualité de ses psaumes et de ses proverbes de sagesse, de ses mythes et de ses épopées, de ses méditations et de ses protestations, de ses hymnes et de ses paraboles, de ses lettres et de ses apocalypses(…) » « (…) Je crois que l’humanité de Dieu n’est déterminée par aucune oeuvre. Elle est grâce, ce quelque chose en plus qui me rapproche de l’autre différent pour l’écouter, l’accompagner, l’accueillir, en particulier quand il est démuni, rejeté ou exclu(…) »

Ces textes et les images qu’ils accompagnent forment, au fil des pages, un véritable plaidoyer pour la rencontre, pour l’interculturel et pour la Mission : « (…) Je crois en la dynamique de ce qui se nomme Mission qui envoie des témoins d’humanité dépasser les frontières, celles des terres lointaines comme celles du coin de la rue. Je crois que nous sommes appelés à mettre le cap vers d’autres rivages avec, pour tout bagage, le désir de briser les intolérances sur lesquelles on dresse des barbelés jusqu’au ciel étoilé. Je crois en la force d’aimer sans frontières, même si d’autres distillent la haine.»




Protestants en fête : la fraternité dans la diversité

Le grand rassemblement organisé par la Fédération protestante de France et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine a donné pendant trois jours une visibilité exceptionnelle au protestantisme français et à sa diversité. Une diversité qui ne va pas sans défis, alors que le paysage protestant se transforme depuis plusieurs décennies. C’est précisément sur le thème de l’interculturel que le Défap, représenté pendant trois jours au «Village des fraternités», a organisé sa table ronde.

 

Peinture participative au « Village des Fraternités » © Défap

Les stands démontés, les tentes repliées, le Zénith de Strasbourg vidé, que reste-t-il de «Protestants en fête» ? Tout d’abord l’image, rare, d’un protestantisme s’affichant au grand jour dans toute sa diversité pour fêter les 500 ans de la Réforme. Les occasions d’aborder les questions de foi dans l’espace public ne sont pas si nombreuses. Surtout quand elles ont la bénédiction des politiques. Lors de la cérémonie d’ouverture au Conseil de l’Europe, le président du Bundestag allemand, Wolfgang Schäuble, a évoqué dans son discours les célébrations de ce cinq-centenaire, également fêté dans son pays, comme une occasion de renforcer le sentiment d’appartenance européen. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a cité pour sa part le théologien luthérien André Birmelé.

Le mot d’ordre choisi pour ce grand rassemblement (la Fraternité) pouvait trouver écho aussi bien dans la devise de la République que dans les Évangiles ou les épîtres de Paul. Il a permis, pendant trois jours, de réunir à Strasbourg des protestants de tous les lieux de France et de toutes origines : luthériens, réformés, pentecôtistes, baptistes… Français d’origine ou plus récemment installés, témoignant tous à leur manière des mutations qui traversent les Églises. Car si la diversité est inhérente au protestantisme, le paysage des paroisses françaises connaît depuis une trentaine d’années des mutations profondes. Il est désormais plus mélangé, plus coloré ; l’interculturel s’y présente à la fois comme une richesse et un défi. C’est d’ailleurs sur ce thème de l’interculturel que le Défap, présent pendant trois jours au «Village des fraternités», qui réunissait place Kléber les stands des œuvres et mouvements protestants, a organisé une table ronde. Vous pourrez en retrouver  prochainement des extraits sur le site du Défap.

«Dépasser les différences»

Animation sur le stand du Défap © Défap

Bien sûr, cette diversité ne va pas sans tensions. Et un rassemblement de l’ampleur de «Protestants en fête» échappe difficilement aux fausses notes. Il y en a eu, notamment autour de la programmation d’un culte « inclusif » accueillant les personnes homosexuelles, et de la tenue d’un stand consacré aux questions LGBT. Deux points qui ont poussé le Conseil national des évangéliques de France (Cnef) à se mettre en retrait des festivités. Le Cnef n’en était pas moins représenté à la soirée d’inauguration au Conseil de l’Europe, et si son président, Étienne Lhermenault, était absent, son directeur Clément Diedrichs a bien participé à la cérémonie. Et si le stand du Cnef national au «Village des fraternités» a été supprimé, les membres du Cnef local, qui avait pris part à l’organisation de «Protestants en fête», ont participé durant les trois jours aux ateliers et conférences prévus. Les crispations institutionnelles n’ont pas empêché les rencontres entre protestants de diverses tendances et de diverses Églises, aussi bien au «Village des fraternités» qu’au Zénith de Strasbourg, lors des concerts ou du culte «XXL».

Point culminant et conclusion des célébrations, ce culte se voulait un reflet de la diversité protestante. C’est ce qu’a rappelé devant les 8000 participants Joël Dahan, pasteur réformé à la Fondation John Bost, pendant qu’à ses côtés Christiane Enamé, vice-présidente de la Fédération protestante de France, évangélique et membre de l’Église Martin Luther King de Créteil, appelait à «dépasser les différences». Dans sa prédication, le pasteur François Clavairoly, président de la FPF, a souligné que «la foi est avant tout confiance et appel à la fraternité», en appelant tous les protestants à jouer «le rôle de vigie dans la société». Ils doivent, a-t-il insisté, «entendre les colères du monde, sans être complices», mais aussi «réfléchir et ouvrir leur intelligence». Avant cela, dans une série de messages diffusés sur grand écran, des responsables catholique, orthodoxe, juif, musulman, bouddhiste avaient évoqué ce qui les rapproche des protestants.

«Qui es-tu, toi mon frère ?»

La foule réunie au Zénith pour le « culte XXL » © Défap

Un protestantisme divers, multicolore, non dénué de tensions mais riche de débats ; un protestantisme au nom duquel Alexia Rabé, chanteuse révélée au grand public par «The Voice» et étudiante en théologie à la faculté de Genève, a entraîné les participants du culte «XXL» qui se sont aussi tous levés lorsque la fanfare de l’Armée du Salut a joué les premières notes du cantique «À toi la gloire» : voilà ce que les trois jours de «Protestants en fête» ont montré à Strasbourg. Un protestantisme les yeux grand ouverts sur les défis du monde, sans perdre sa foi, à l’image du chant composé pour l’occasion par Françoise et Daniel Priss «Qui es-tu, toi mon frère ?». Repris par les mille choristes réunis dimanche au Zénith, ce chant parlait de tourments et d’espérance, de souffrance et de fraternité : «À Christ j’adresse cette prière, Lui qui a marché sur la terre, A prié guéri et souffert, Par sa parole il libère (…) Que la parole se fasse chair, Dans le quotidien des misères, Nous sommes un peuple de frères».

Retrouvez ci-dessous deux extraits du culte XXL : le chant d’ouverture…

 

… et le chant composé pour Protestants en fête : Qui es-tu, toi mon frère

 




Heaven’s Door : Foi, Entraide & Rock’n’Roll

Neuvième édition du festival Heaven’s Door

 

Après le succès des précédentes éditions, le festival Heaven’s Door, neuvième du nom, va se dérouler pour cette année 2017 dans le cadre plus large du rassemblement national Protestants en fête “Vivre la fraternité”  qui aura lieu à Strasbourg du 27 au 29 octobre.

Ce grand rassemblement est une occasion unique de vivre des rencontres, de partager sur le thème de la Fraternité, de construire ses convictions, d’être encouragé dans sa foi et ses engagements. Environ 2000 jeunes de 12 à 25 ans sont attendus pour cet événement, qui est ouvert à tous.

Au programme du festival, 4 temps forts répartis sur 3 jours  :

Soirée Sola Fiesta

Quand ? Le vendredi 27 octobre de 19h à 23h au Wacken

 

Une soirée pour faire la fête et bien commencer le week-end. Au menu pour les participants : fraterniser,  partager un repas, danser, chanter et prier ensemble. Avec la présence d’un invité surprise !

Animation Game of Three

Quand ? Le samedi 28 octobre de 10h à 18h au Gymnase Jean Sturm

Pour aller plus loin :
Heaven’s Door : le site officiel
Heaven’s Door : la page Facebook et les dernières nouvelles
Protestants en Fête 2017 : le programme général sur le site « Protestants 2017 »
La liste détaillée des animations, visites, tables rondes, conférence… à feuilleter en ligne
Protestants en fête : la page Facebook de l’événement

 

Comment cultiver la fraternité ? Un grand jeu a été préparé pour y parvenir : les participants devront relever des défis, faire preuve de créativité, participer à des ateliers et, surtout, faire connaissance avec des personnes passionnantes.

Une scène ouverte sera également disponible au Gymnase Jean Sturm durant toute cette journée du samedi.

Seul ou avec des amis, il sera possible de proposer un sketch, un moment de musique, une chorégraphie, un poème… ou tout autre sujet pourvu que ce soit sur le thème de la fraternité !

Concert

Quand ? Le samedi 28 octobre de 20h à 22h30 au Zénith Strasbourg-Europe

 

Pour sa seule date en France, le groupe IMPACT de Montréal donnera un concert exceptionnel avec notamment des chants issus de leurs deux derniers albums Sola Gratia et Scriptura. Ce groupe de pop rock chrétien a été créé par Sébastien Corn, à partir de l’association « Impact Jeunesse » qui anime les réunions de jeunes, chaque vendredi et chaque dimanche, à l’Église Nouvelle Vie, située à Longueil, dans la banlieue sud de Montréal. Composé d’une dizaines de chanteurs et de musiciens, le goupe IMPACT anime bien sûr en priorité les cultes de l’Église Nouvelle Vie, mais propose aussi dans tout le Québec, et dorénavant dans la francophonie, son répertoire de louange et d’adoration chantée sur des rythmes très enlevés.

 

 

La soirée se poursuivra avec Matt Marvane (France) qui présentera deux extraits de son nouvel album Résistance. Déjà connu comme le leader de JTM Band, basé à Dijon, Matt Marvane est un jeune chanteur qui a la particularité d’être pasteur, papa, mais aussi le premier artiste chrétien à signer avec le Label MyMajorCompany reconnu notamment pour avoir produit les artistes tels que Gregoire, Irma ou encore Joyce Jonathan. Il est porteur d’une parole symbolique qui montre l’ouverture des chrétiens sur le monde, bien loin de certaines idées reçues. Les textes de ses chansons témoignent qu’il faut ouvrir son cœur, porter l’espérance grâce à des moments d’unité et de bonheur, des petits rien.

 

 

La soirée se conclura avec un DJ qui a déjà fait danser Heaven’s Door, mais aussi les jeunes du Grand Kiff à Saint-Malo. Il est anglais, et son nom de scène est Galactus Jack. De son vrai nom Ben Jack, né en 1982 à Bristol, il est à la fois DJ et producteur. Il s’est fait connaître au début des années 2000 comme membre du trio Aorta, groupe qui ambitionnait déjà de renouveler le genre de la musique chrétienne de louange. Depuis son premier single Headspace en tant qu’artiste solo et DJ, en 2008, il a sorti notamment l’album Reality Bytes (avril 2009), Neon (juillet 2012), Universal (novembre 2016) et a produit le projet The Rose Sessions : Volume One.

 

Culte XXL

Quand ? Le dimanche 29 octobre à 10h au Zénith Strasbourg-Europe

Vivre un culte avec quelques milliers de personnes, c’est rare ! Les places seront limitées… Mais ceux qui auront un PASS JEUNES – HEAVEN’S DOOR auront leur place  réservée au pied de la scène du Zénith.




Bénin : une année historique pour la réconciliation de l’EPMB

Le stage CPLR dont est issue la table ronde organisée sur la thématique de l’interculturel à Strasbourg a pris laforme d’un échange avec le Bénin, pays où le Défap a de nombreux projets en lien avec l’Eglise Protestante Méthodiste du Bénin. Cette Eglise, après 19 ans de division, a célébré durant l’été 2017 sa réunification en se dotant d’une nouvelle équipe dirigeante. Ce rapprochement, officialisé dès l’été 2016 avec l’appui du chef de l’Etat béninois Patrice Talon, a pu se concrétiser grâce aux travaux de l’Organe Transitoire de Gestion (OTG). Cet organe aura été présidé durant un an par le pasteur Nicodème Alagbada. Il revient aujourd’hui sur cette année 2016-2017 qui a vu l’EPMB se réconcilier.

A l’occasion de la tenue de Protestants en fête à Strasbourg, le Défap propose une table ronde sur le thème « Se former à l’interculturel », animée par Jean-Luc Blanc, du service Relations et Solidarité Internationale du Défap, et en présence de pasteurs ayant participé à un échange entre la France et le Bénin. C’est précisément cet échange, mené dans le cadre d’un stage de formation permanente de pasteurs de la CPLR (Commission Permanente  Luthéro-Réformée) qui a donné l’idée de cette thématique de l’interculturel. Le Bénin est un pays dans lequel le Défap a lancé de nombreux projets : des envoyés, un partenariat avec l’Université Protestante de l’Afrique de l’Ouest (UPAO), un soutien à la bibliothèque universitaire, une aide à l’édition d’un manuel de catéchisme dans les langues locales, un soutien à une radio… Le partenaire privilégié du Défap pour ces projets est l’Eglise Protestante Méthodiste du Bénin. Or cette Eglise a connu en 2017 unévénement historique, avec une réconciliation célébrée après 19 ans de division. Entretien avec Nicodème Alagbada, ancien président de l’EPMB, qui a dirigé pendant un an l’Organe Transitoire de Gestion, chargé de mener ce rapprochement au sein de l’Eglise.

 

Où en est aujourd’hui le processus de réconciliation au sein de l’EPMB ?

Le pasteur Nicodème Alagbada, alors président en titre de l’EPMB, et la présidente de la Cevaa, 2017, DR

Pasteur Nicodème Alagbada : L’année 2016- 2017 est et sera considérée comme une année historique pour le peuple Protestant Méthodiste du Bénin. C’est l’année de la Réconciliation et de la réunification de l’Eglise. Je rends grâce à Dieu de ce qu’ensemble tout le peuple de Dieu, avait senti son cœur se réchauffer étrangement le 03 juillet 2016 lors de la signature de la Convention et Proclamation de la Réconciliation et de la Réunification et du mouvement de l’Esprit qui a trouvé ses origines en ce moment-là.

Après la retraite pastorale du 13 au 15 juillet 2016 ayant facilité l’élaboration du Plan d’activités ou Programme d’Action de l’Organe Transitoire de Gestion, nous avons effectué pendant un mois des tournées d’explication, de sensibilisation et d’écoute dans les régions et districts. A la fin de ces tournées pastorales, le bilan à mi-parcours a eu lieu du 04 au 07 janvier 2017. C’est le lieu de dire Merci aux membres des différentes commissions techniques qui ont permis à l’Organe Transitoire de Gestion d’élaborer des codes d’éthique et de déontologie du corps pastoral, des codes électoral, liturgique et habits sacerdotaux, code des affectations, Composition de l’hymne de la Réconciliation et la Réunification et propositions de nouveau découpage des régions synodales, qui sont étudiées au cours d’une retraite pastorale spéciale du 04 au 07 avril 2017. Merci aux pasteurs membres de l’Organe Transitoire de Gestion (OTG) qui ont suivi l’élaboration de tous ces codes avec l’œil du Maître.
Après ce parcours du combattant l’OTG a organisé un deuxième Synode Général extraordinaire dans le Temple de l’Eglise locale Shalom de Gbéto pour consacrer la fin de son Programme d’Action de par le choix des membres du bureau du nouveau conseil du Synode Général le 30 juin 2017 et l’installation du Président Elu le 02 juillet 2017. Les trois premiers membres élus du Bureau du Conseil du Synode Général sont :

  • Président : Rév Dr Amos Kponjesu HOUNSA
  • Secrétaire Général : Rév Clément AKPAKI
  • Vice-Président : M. David Kpessou DOSSA

Les quatre autres membres sont : Président de l’Union des Femmes Méthodistes Président de l’Union des Jeunes Méthodistes, Président de l’Union des Hommes Méthodistes, Le représentant de l’Eglise dans une Institution de Formation Théologique. Ces quatre membres seront présentés aux prochaines sessions du Synode Général en 2018. Pour permettre à la nouvelle équipe dirigeante de prendre service, le Synode Général a décidé de lui adjoindre les anciens présidents (6) des unions des deux communautés réunifiées.

 

Combien de temps cette division a-t- elle duré, et comment le rapprochement a-t- il été rendu possible ?

Pour aller plus loin :

• Fiche d’Eglise : l’EPMB
•  L’Eglise protestante méthodiste du Bénin réconciliée et réunifiée
• Rencontre avec les membres de l’OTG-EPMB
•  Une nouvelle ère pour l’Eglise Protestante Méthodiste du Bénin

Pasteur Nicodème Alagbada : La division de fait de l’Eglise Protestante Méthodiste du Bénin en deux « communautés ecclésiales » a duré 19 ans (1998-2017). Le rapprochement a été rendu possible par la grâce de Dieu dont l’Esprit Saint n’a pas manqué de travailler dans les cœurs. En effet, très tôt une grande partie des membres de l’Eglise a pris conscience du caractère anti- évangélique et de contre témoignage que revêt cette division issue d’une crise institutionnelle et non doctrinale. Il y a eu 22 médiations de l’intérieur comme de l’extérieur.

Le chef de l’Etat, le Président de la République s’est donné l’obligation d’inviter les responsables membres du bureau du conseil du synode général et de la conférence à la table de négociation le 30 mai 2016. Avec son expertise avérée et après plusieurs réunions avec lui au Palais de la République, il réussit à faire organiser un culte de pardon et de réconciliation en vue de la Paix le 26 juin 2016 dans le temple de Béthanie à Cotonou où le déguerpissement avait eu lieu.

Face au succès qu’a connu l’organisation de ce culte en sa présence et présidé par la Révérende Martine Lawson Zinsou Présidente de l’Eglise Méthodiste du Togo, le Chef de l’Etat a demandé qu’un autre culte ait lieu le 03 juillet 2016 pour proclamer la réconciliation et la Réunification de l’Eglise Protestante Méthodiste en Terre Béninoise sur la base de la signature d’une convention par les membres des deux bureaux du Conseil réunifiés. Cette convention prévoit l’installation d’un Organe Transitoire de Gestion ayant à charge de gérer l’Eglise Protestante Méthodiste du Bénin réconciliée et réunifiée pendant un an et dont la mission fondamentale est d’organiser les élections et l’installation d’une nouvelle équipe dirigeante à la tête de l’Eglise.

Au cours de ce culte transmis en direct du Palais des congrès sur les antennes de l’Office de la Radio et Télévision du Bénin (ORTB), le Chef de l’Etat, Président de la République Patrice TALON disait : «Permettez-moi de vous féliciter … pour cet acte de pardon et de paix que vous venez de poser ce jour et qui vous honore tant. Il honore l’Eglise protestante méthodiste et vous honore individuellement. Il honore la foi chrétienne, la foi monothéiste. Il honore tout simplement la foi, la croyance, la spiritualité, l’église… la religion au sein de la République…Cet acte est pour Dieu la meilleure offrande pour la gloire de son nom et pour la promotion de son église. Pour la République, il fait de vous des artisans exemplaires de la paix et de la construction de l’unité nationale. Soyez en remerciés. Vous venez de donner un bel exemple du citoyen. »
Quelles seront les prochaines étapes ?

Pasteur Nicodème Alagbada, président de l’OTG, juillet 2016, DR

Pasteur Nicodème Alagbada : Au lendemain de la passation de service le 12 juillet 2017, la nouvelle équipe s’est mis au travail. La réorganisation administrative est faite et les tournées de sensibilisation et prise de contact ont eu lieu à travers les 15 régions synodales. Actuellement les unions méthodistes préparent leurs congrès nationaux après l’harmonisation de leurs statuts et Règlements Intérieurs. C’est au cours de ces congrès que les nouveaux membres dirigeants de chacune des unions seront élus après adoption des Règlements Intérieurs. Le prochain Synode Général ordinaire qui sera le Synode Général de l’Unité retrouvée sera organisé du 19 au 25 février 2018 par la grâce de Dieu. Au cours de ce synode général, le nombre des régions synodales pourrait être porté du 15 à 19. Plusieurs commissions se réuniront avant l’organisation de ce synode et différents séminaires et retraite pastorale sont prévus entre novembre et décembre 2017.




Protestants en fête : une table ronde pour se former à l’interculturel

A l’occasion de la tenue de Protestants en fête à Strasbourg, le Défap propose, le samedi 28 octobre à 14 heures, une table ronde sur le thème « Se former à l’interculturel« . Elle se tiendra place Kléber, sur la scène centrale du Village des Fraternités, et sera animée par Jean-Luc Blanc, du service Relations et Solidarité Internationale du Défap.

 

Un instantané du stage CPLR au Bénin, en avril 2016 – DR

Tout a commencé au Bénin ; et c’est sur la place Kléber, à Strasbourg, que l’histoire devrait trouver sa conclusion – ou du moins, une conclusion transitoire, sous la forme d’une table ronde organisée par le Défap à l’occasion de Protestants en fête. Première illustration de l’interculturel…

L’interculturel, en ces temps de mondialisation, nul n’y échappe ; et pas plus les paroisses protestantes que le citoyen ou le consommateur lambda. La porosité des frontières aujourd’hui ne concerne pas les seuls biens et services marchands ; elle se traduit non seulement par des implantations d’Églises de migrants, mais aussi par l’arrivée de nouveaux paroissiens dans des Églises installées de longue date, entraînant souvent une porosité des frontières entre cultures au sein d’une même paroisse (lire : « Des Églises aux couleurs du monde« , sur le site du Défap). Conséquence : le protestantisme français aujourd’hui présente une diversité culturelle inédite, ce qui est vécu avec plus ou moins de bonheur… et plus ou moins de difficultés, parfois pratiques, mais aussi théologiques.

Cette diversité d’approches théologiques avait été soulignée en avril 2016 lors d’un stage au Bénin de pasteurs dans le cadre de la CPLR (Communion protestante luthéro-réformée, anciennement dénommée Conseil permanent luthéro-réformé, qui s’occupe notamment de la formation permanente des pasteurs : lire l’article : « Défap et CPLR : une relation au service de la mission« ). « Nos stagiaires français et béninois », raconte Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarité Internationales du Défap, « se sont rendu compte qu’un certain nombre de problèmes dans le dialogue théologique entre les deux groupes venaient de manières différentes d’aborder les questions théologiques. En gros, leurs approches théologiques étaient influencées par des problèmes culturels. »

Inventer une théologie interculturelle

Pour aller plus loin :
Protestants en fête : programme du Village des Fraternités
Retrouvez le programme des trois jours au Village des Fraternités
Protestants en Fête 2017 : le programme général sur le site « Protestants 2017 »
La liste détaillée des animations, visites, tables rondes, conférence… à feuilleter en ligne
Protestants en fête : la page Facebook de l’événement

La question des relations entre théologie et culture n’est pas nouvelle en soi. Mais comme le souligne Jean-Luc Blanc, « jusqu’ici, dans le cadre de la Cevaa et des organisations oecuméniques, on a beaucoup valorisé les théologies inculturées. C’était là un détour inévitable et nécessaire. On a beaucoup parlé de la culture, de l’inculturation, en essayant de valoriser la culture de chacun. Mais il nous reste encore à réfléchir, dans un environnement marqué par la mondialisation et l’ouverture des frontières, à une théologie qui ne soit pas africaine ou française, mais interculturelle. »

Les stages de pasteurs organisés dans le cadre de la CPLR se faisant sous forme d’échanges entre pays (une partie se déroule à l’étranger, une partie en France), les pasteurs français et béninois devaient donc se retrouver en France pour une nouvelle session. Celle-ci a été organisée du 19 au 31 octobre… soit juste avant Protestants en fête.

Une double occasion dont a voulu tirer profit Jean-Luc Blanc : « Nous avons décidé de travailler sur cette question de l’interculturel lors du stage retour en France. De plusieurs manières : tout d’abord, à travers des témoignages de personnes ayant vécu l’interculturel au quotidien. Nous avons notamment demandé à un couple franco-malgache, qui a vécu successivement en France et à Madagascar, de bien vouloir intervenir. Nous avons aussi un travail biblique avec un premier apport d’Élian Cuvillier sur la thématique « Étrangers et étrangetés : Jésus et les figures de rencontre », et un deuxième sur : « Paul et les communautés pauliniennes au carrefour des cultures » – ou comment Paul a construit des communautés multiculturelles, avec une théologie communautaire… » Quant à Jean-Luc Blanc lui-même, son apport consiste en une réflexion sur les les fondements des différences culturelles.

La tenue de Protestants en fête donnait un moyen de trouver une plus large audience pour ces réflexions : « C’est de tous ces travaux que la table ronde du Défap va s’efforcer de rendre compte », souligne Jean-Luc Blanc, qui animera les discussions où interviendront quatre des participants des stages CPLR. Rendez-vous donc le samedi 28 octobre à 14 heures sur la scène centrale de la place Kléber, à Strasbourg.

Retrouvez ci-dessous une vidéo faite à l’occasion du stage CPLR au Bénin:

 

Les liens CPLR – Défap :
Les domaines d’intervention de la Communion protestante luthéro-réformée (formation, mission…) ont poussé à des rapprochements avec le Défap, service missionnaire des Églises luthéro-réformées (même si l’une des Églises membres du Défap, l’UNEPREF, n’a pas de liens avec la CPLR). Si la formation initiale des pasteurs est assurée par la faculté de Strasbourg en Alsace-Moselle, et par l’Institut Protestant de Théologie pour la « France de l’intérieur », la formation permanente, élément essentiel de la vie des pasteurs, est gérée depuis longtemps en commun grâce à la CPLR. Pour le Défap, il s’agissait de promouvoir les thèmes de la missiologie et les préoccupations liées à la mission dans le cadre de cette formation continue. Après diverses expériences d’échanges de pasteurs (par exemple, un pasteur français pouvait partir un mois au sein d’une Église béninoise, et en retour, un pasteur béninois pouvait venir en France), expériences qui se heurtaient souvent à la difficulté de rendre les pasteurs disponibles durant une période aussi longue, le Défap a décidé de s’insérer dans les stages de formation de la CPLR. Avec l’idée d’organiser tous les deux ans un stage en commun Défap-CPLR, le Défap s’occupant de l’animation internationale.

 




Israël-Palestine : des femmes unies pour la paix

Le programme EAPPI (Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël) a été initié par le Conseil Œcuménique des Eglises (COE), dont les Eglises membres représentent 550 millions de chrétiens dans le monde, en réponse à un appel de responsables chrétiens locaux. Lorsque la violence s’est répandue à travers Israël et les territoires occupés, après le déclenchement de la seconde Intifada (El Aqsa) en 2000, les responsables des Eglises de Jérusalem ont lancé un appel à soutenir leurs efforts pour une paix juste. La gestion des envois d’accompagnateurs a été reprise en 2012 par le Défap à la demande de la Fédération protestante de France.

Le programme EAPPI

Marie-Lyne Smadja © Women Wage Peace

Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin était tué de deux balles dans le dos, tirées à bout portant par un Israélien juif étudiant en droit et opposé aux accords d’Oslo. Ces accords, que Rabin avait signés deux ans plus tôt en tant que Premier ministre israélien, avaient suscité alors un immense espoir de paix au Proche-Orient en permettant la création de l’Autorité palestinienne et en cédant pour la première fois un contrôle partiel de certaines zones de la bande de Gaza et de la Cisjordanie aux Palestiniens. Si le processus de paix israélo-palestinien s’est trouvé freiné par cette mort, Yitzhak Rabin n’en reste pas moins un symbole en Israël.

Cette année, à Paris, pour commémorer les 22 ans de sa disparition, un hommage particulier lui sera rendu le 8 novembre à la mairie du 20ème arrondissement en présence notamment de Bernard Zilberg, président de la « Maison Itshak Rabin », et d’Aliza Bin Noun, ambassadeur d’Israël à Paris. Avec, en outre, des invitées qui témoignent de la poursuite des efforts de paix au sein de la société civile, menés aussi bien par des Israélien(ne)s que par des Palestinien(ne)s : Amal Rihan et Marie-Lyne Smadja, du mouvement « Women Wage Peace » (« Les femmes font la paix »), avec Huda Abuarquob, qui fait partie de la coordination d’ONG « Alliance pour la Paix au Moyen Orient » (APMO). Elles participeront à une rencontre qui sera animée par Eric Halimi, rédacteur en chef de RFM.

« Nous voulons la paix et ensemble, nous pouvons l’obtenir »

Pour aller plus loin :
« Les femmes pour la paix » : le site de l’ONG 

Cette rencontre intervient alors que le le mouvement « Les Femmes font la paix », né dans le sillage de l’opération militaire israélienne à Gaza de l’été 2014, qui revendique 24.000 partisans en Israël et 33.000 partisans à l’étranger, a organisé fin septembre-début octobre une marche pour la paix de deux semaines qui a réuni des milliers de femmes israéliennes et palestiniennes.

Marie-Lyne Smadja assurait alors que cette marche à travers Israël et la Cisjordanie occupée avait pour but de « faire entendre la voix de ces dizaines de milliers de femmes israéliennes juives et arabes, de gauche, centre et droite et de leurs partenaires palestiniennes, qui main dans la main ont pris ensemble cette route de la paix ». Huda Abuarquob estimait pour sa part : « Cette marche n’est pas une manifestation de plus mais le moyen de dire que nous voulons la paix et qu’ensemble, nous pouvons l’obtenir ».

Cette manifestation, qui avait déjà connu un précédent en 2016, avait reçu le soutien de diverses personnalités israéliennes, parmi lesquelles des députés, de l’opposition comme de la coalition de droite, ainsi que des artistes et écrivains.

Retrouvez ci-dessous l’affiche du débat organisé à Paris :




Quelle Mission pour les bibliothèques ?

Visite de la bibliothèque du Défap, 3 octobre 2017, DR

Une bibliothèque sur la Mission, voilà qui se conçoit aisément : la thématique est riche, et que l’on parle des missions protestantes ou, plus encore, des missions catholiques, elle est abondamment pourvoyeuse de documents de grande valeur historique. Mais une bibliothèque missionnaire ? Le thème était au coeur du XXVe Congrès national de l’ABCF (Association des bibliothèques chrétiennes de France), qui s’est tenu à Paris du 2 au 5 octobre et avait pour titre : « Bibliothèques chrétiennes, médiatrices d’évangélisation ». L’ABCF, qui existe depuis 1963, regroupe plus de deux cents bibliothèques chrétiennes, principalement consacrées à la théologie et aux sciences religieuses.

Bien que ses membres (universités et instituts spécialisés, séminaires, bibliothèques diocésaines, monastères, couvents…) soient dans leur grande majorité catholiques, l’association ambitionne une ouverture plus large vers le monde protestant. Elle est d’ailleurs présidée par une protestante, Michèle Behr, responsable de la bibliothèque de l’Université Catholique de Lyon, et parmi les trois spécialistes invités à prendre la parole à sa table ronde inaugurale figuraient deux catholiques et un protestant : Gilles Vidal, docteur en théologie et en histoire contemporaine à l’Institut Protestant de Théologie, intervenait aux côtés d’Arnaud Join-Lambert (professeur en théologie pratique et en liturgie à l’Université catholique de Louvain) et de Joël Molinario (directeur de l’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique à l’Institut Catholique de Paris). Gilles Vidal a notamment évoqué lors de son intervention son expérience en Nouvelle-Calédonie, où il avait été amené à mettre en place une bibliothèque dans un contexte culturel marqué par l’oralité.

Etre à l’écoute même des questions déstabilisantes

Pour aller plus loin :
Le site de la bibliothèque du Défap
Le site de l’ABCF
La page Facebook de l’ABCF
Le site des Missions étrangères de Paris
Le site du réseau Valdo

Pour Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap et qui assistait à cette table ronde, la thématique est ardue. « Le public de notre bibliothèque est plutôt constitué de chercheurs… » C’est-à-dire, soit de scientifiques pour lesquels la mission est simplement un objet d’étude… soit de boursiers issus d’Églises en lien avec le Défap, souvent pasteurs eux-mêmes et forcément déjà impliqués dans la problématique de la mission. Dans un cas comme dans l’autre, difficile d’envisager une action d’évangélisation. « Mais pour nombre de membre de l’ABCF qui sont des bibliothèques diocésaines, et dont le public est plus large, cette question de l’évangélisation peut se poser davantage. » Claire-Lise Lombard a été particulièrement marquée par l’intervention d’Arnaud Join-Lambert, qui s’est efforcé d’établir une typologie des actions possibles en fonction des contextes des Églises. « Aujourd’hui, souligne-t-elle, le travail des bibliothèques évolue beaucoup. Même les bibliothèques municipales connaissent des évolutions drastiques
dans leur offre. Elles vont de plus en plus vers des offres de convivialité, de partage, d’animation dans les communes ; elles cherchent à se rapprocher de gens qui sont dans un rapport très éloigné à la lecture. » D’où l’utilité d’une intervention qui pousse les bibliothèques chrétiennes « à réfléchir à leur rapport avec leurs utilisateurs, leur rapport au monde. Qui les pousse à être à l’écoute même des questions déstabilisantes… »

C’était la deuxième fois que la responsable de la bibliothèque du Défap était sollicitée à l’occasion de l’un de ces congrès (bien que le Défap n’ait pas de lien direct avec l’ABCF). Pour suggérer, tout d’abord, des spécialistes sur les missions protestantes (c’est ainsi que Gilles Vidal est également intervenu au deuxième jour sur le thème « Histoire des missions chrétiennes protestantes ») ; et pour servir de guide au sein de la bibliothèque du Défap. Celle-ci était en effet proposée comme but de visite aux congressistes, au même titre que la bibliothèque des Missions étrangères de Paris, qui regroupe pour sa part des archives représentant 350 ans d’histoire des missions catholiques.

Quelles suites envisager ?

Visite de la bibliothèque du Défap, 3 octobre 2017, DR

Si l’histoire des missions protestantes ne remonte pas aussi loin, la bibliothèque du Défap n’en a pas moins suscité beaucoup d’intérêt de la part de ses visiteurs. « Il s’agissait de représentants de bibliothèques diocésaines », souligne Claire-Lise Lombard, « peu au fait de l’histoire des missions protestantes et très curieux, très reconnaissants de pouvoir faire cette visite ».

De quoi suggérer des suites possibles à cette visite… Un rapprochement avec l’ABCF ? Claire-Lise Lombard l’envisage ; pour Blanche Jeanne, documentaliste à la bibliothèque du Défap, ce serait « une évidence : nous pourrions nous faire connaître davantage dans un réseau chrétien. Si des bibliothèques diocésaines reçoivent des demandes concernant le protestantisme, il est important qu’elles puissent les orienter vers nous. Et il y a des possibilités intéressantes d’échanges avec elles. »

Une première étape pourrait être que le Réseau Valdo, regroupement européen de bibliothèques d’institutions protestantes, dont fait partie le Défap, charge à tour de rôle l’un de ses membres de le représenter au sein de l’ABCF.




Nouvelle-Calédonie : trouver les ferments d’union

NOUVELLE-CALÉDONIE ET ÎLES LOYAUTÉ
Fiche et présentation du programme ABS

Septembre 2017 : les intervenants de la conférence sur la Nouvelle-Calédonie © F. Lefebvre, Défap

Après la conférence organisée le 18 septembre dernier au siège de la Fédération protestante de France, la Nouvelle-Calédonie sera évoquée lors du prochain Conseil du Défap, qui se tient les 14 et 15 octobre au 102 boulevard Arago, à Paris. Alors que l’approche du référendum d’autodétermination prévu à l’automne 2018 cristallise les tensions après 30 ans de paix civile, le protestantisme français, lié à l’histoire de l’archipel, a un rôle à jouer pour aider au dialogue. Un dialogue qui apparaît de plus en plus comme une urgente nécessité, alors que les positions politiques, en métropole comme dans l’archipel, tendent plutôt à la crispation. Illustration avec la mission parlementaire d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie : à peine constituée, elle se trouve au coeur d’une tourmente politique avec la démission de Jean-Luc Mélenchon. 

Cette mission, qui existait sous la précédente législature, a tenu sa réunion constitutive le 3 octobre dernier à l’Assemblée nationale. Elle a arrêté à cette occasion la liste de ses membres et nommé à sa tête Manuel Valls. L’ex-Premier ministre a souligné en réunion que l’objectif de cette mission d’information serait « d’informer de la situation locale », de « favoriser le dialogue » et de « préparer le premier référendum de 2018 ». Quelques jours auparavant, dans un entretien au site d’information en ligne Outremers 360, en partenariat avec la télévision Caledonia, Manuel Valls indiquait déjà sa volonté de « beaucoup s’impliquer » dans la préparation du référendum de 2018, soulignant « qu’à l’occasion de la venue de tous les acteurs » à Paris pour le dernier « comité des signataires » avant le référendum (les 2 et 3 novembre), il aurait « l’occasion de (s)’entretenir avec chacun des protagonistes ». Or c’est précisément pour protester contre la nomination de Manuel Valls que Jean-Luc Mélenchon a démissionné de manière fracassante. En Nouvelle-Calédonie même, la composition de cette mission d’information est contestée, le Rassemblement Indépendantiste et Nationaliste soulignant notamment la présence de deux députés du groupe loyaliste « Calédonie Ensemble ».

Un avenir à construire ensemble

Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie : aider au dialogue (conférence du Défap)
Nouvelle-Calédonie et protestantisme français : tisser des relations proches
ABS : Un programme de soutien aux étudiants de Nouvelle-Calédonie

Jonathan Tholo, aperçu d’une réussite

Hasard de calendrier, indépendantistes et non indépendantistes se sont exprimés le mercredi 4 octobre à la tribune de l’ONU devant la commission de décolonisation. Une commission qui se tient tous les ans et qui examinait cette année le cas de la Nouvelle-Calédonie. Les interventions, préfiguration des débats qui devraient monter dans l’archipel au cours des prochains mois, ont mis en présence les différents camps, avec toutes leurs nuances, montrant que le contexte ne se résume pas à l’opposition entre des Kanaks majoritairement indépendantistes et des Caldoches opposés à l’éloignement de l’État français.

La Nouvelle-Calédonie entre dans un moment crucial de son histoire, et quel que soit le résultat du référendum d’autodétermination, les 260 000 Calédoniens, dont 110 000 Kanak, devront réussir après le vote à construire ensemble l’avenir de l’archipel. Mais aux forces de division s’opposent de puissants ferments d’union, des valeurs enracinées aussi bien dans la religion que dans la coutume et qui pourraient permettre de trouver un socle suffisant pour faire dialoguer les positions apparemment les plus irréconciliables. Les Églises (et le protestantisme français en particulier, si lié à l’histoire de l’archipel, depuis Maurice Leenhardt jusqu’à Jacques Stewart) ont un rôle crucial à jouer pour permettre au débat de se déployer avant le référendum, au-delà des querelles de personnes ou de partis, et permettre de retrouver ce qui fonde aujourd’hui l’identité néo-calédonienne. Elles sont attendues sur ce terrain. 

Les rendez-vous de 2017 – 2018 :
  • Août 2017: participation des Secrétaires généraux du Défap et de la Cevaa au Synode général de l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) à Lifou, îles Loyauté ; visite du lycée protestant Do Neva et du chantier de réhabilitation après les inondations catastrophiques de novembre 2016.
  • 18 septembre 2017 : soirée publique de conférence au siège de la Fédération protestante de France à Paris sur le thème « la Nouvelle-Calédonie à la croisée des chemins ».
  • Septembre 2017 – juillet 2018 : animations dans les paroisses protestantes de métropole, autour des défis que vit la Nouvelle-Calédonie à la veille du référendum et de la place du protestantisme calédonien.
  • Janvier 2018 : visite en France d’une délégation de Nouvelle-Calédonie et de l’EPKNC pour participer à des conférences dans toute la France et rencontrer les nouvelles autorités politiques françaises.
  • Mai 2018 : visite en Nouvelle-Calédonie, avant le référendum de novembre 2018, d’une délégation française sous l’égide de la Fédération protestante de France.

 

 




Chrétiens d’Orient : deux mille ans d’histoire

LES ACTIONS DU DEFAP :
Le programme EAPPI
Le Défap au Liban
Les envoyés en Egypte

IMA © Institut du Monde Arabe

Les guerres ne détruisent pas seulement les vies et les villes ; elles ravagent les mémoires. Elles effacent les patrimoines, les cultures. Elles redessinent les contours de l’histoire des peuples. Parler de Syrie aujourd’hui, c’est évoquer Daech et ses exactions ; parler de la Palestine, c’est revenir sur l’interminable conflit israélo-palestinien… Que l’on regarde à l’Est de la Méditerranée et les chrétiens semblent être, soit oubliés, soit confinés au rôle de victimes. On finirait par oublier que c’est précisément là que le christianisme est né ; que quittant le berceau de Jérusalem, il a atteint aussitôt la Syrie. C’est sur la route de Damas que Paul fut aveuglé par la révélation de Christ… Le christianisme s’est ainsi diffusé dans tout le Proche-Orient : en Egypte, au Liban, en Jordanie, en Irak.

Cette histoire deux fois millénaire ne fut pas que tragique, loin de là ; les chrétiens ont joué un rôle majeur dans le développement politique, culturel, social et religieux de cette région du monde. C’est précisément ce que veut rappeler l’exposition « Chrétiens d’Orient : deux mille ans d’histoire » organisée à l’Institut du Monde Arabe, à Paris.

Ne pas oublier les chrétiens d’Orient…

Infos pratiques :
  Quand : du 26 septembre 2017 au 14 janvier 2018
    mardi, mercredi, jeudi, vendredi de 10h à 18h
    samedi, dimanche et jours fériés de 10h à 19h
  Où : à l’Institut du monde arabe, 1 Rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris

Cette place singulière est ici mise en lumière au travers de périodes charnières : installation du christianisme religion d’Etat, conciles fondateurs, conquête musulmane, essor des missions catholiques et protestantes, apport des chrétiens à la Nahda (renaissance arabe), renouveau des XXe et XXIe siècles. L’accent est également mis sur la vitalité actuelle des communautés chrétiennes du monde arabe, en dépit des soubresauts de l’actualité récente. Au fil du parcours, l’accent est mis sur la formidable diversité du christianisme, avec ses Eglises copte, grecque, assyro-chaldéenne, syriaque, arménienne, maronite, latine et protestante : chaque facette du christianisme oriental dans ses dimensions orthodoxe et catholique a sa place dans l’exposition. Le parcours est jalonné d’œuvres patrimoniales majeures, dont de nombreux chefs-d’œuvre encore jamais montrés. Certains ont été prêtés pour l’occasion par les communautés elles-mêmes. Entre autres merveilles, les Evangiles de Rabula, un célèbre manuscrit enluminé syriaque du VIe siècle, et les premiers dessins chrétiens connus au monde, de Doura-Europos en Syrie, datant du IIIe siècle.

Une exposition pour ne pas oublier les chrétiens d’Orient… Car les communautés chrétiennes d’Egypte, du Liban, d’Israël-Palestine, de Syrie ont besoin de la fraternité des chrétiens d’Occident. Ce lien doit être entretenu ; le Défap s’y emploie avec ses partenaires aussi bien en France qu’au Proche-Orient.

Israël-Palestine, Liban, Egypte : ce que fait le Défap

Culte à Dhour Chouwer, au Liban, octobre 2016 – DR

En Israël-Palestine, le Défap gère depuis 2012, à la demande de la Fédération protestante de France, les envois des accompagnateurs du programme EAPPI (Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël), initié par le Conseil Œcuménique des Eglises (COE) en réponse à un appel de responsables chrétiens locaux. Lorsque la violence s’est répandue à travers Israël et les territoires occupés, après le déclenchement de la seconde Intifada (El Aqsa) en 2000, les responsables des Eglises de Jérusalem ont lancé un appel à soutenir leurs efforts pour une paix juste : EAPPI a pour mission d’accompagner les Palestiniens et les Israéliens dans leurs actions non violentes. Le Défap est aussi en lien, via la Ceeefe (Communauté d’Eglises Protestantes Francophones dans le monde) avec la communauté protestante francophone de Jérusalem et Tel Aviv, Eglise de tradition pentecôtiste dirigée par le pasteur Jacques Elbaz.

Au Liban, le pasteur de l’EFPB (Eglise Française Protestante de Beyrouth) est un envoyé du Défap. Après le départ de son prédécesseur, le pasteur Robert Sarkissian, à l’été 2013, l’APFB (Association Protestante Française de Beyrouth) et la CEEEFE (Commission des Eglises protestantes d’expression française à l’extérieur) ont dû trouver les moyens d’envoyer un nouveau pasteur, Pierre Lacoste, avec l’aide technique du Défap. L’association propriétaire (APFB) a vendu une partie du terrain qu’elle possédait pour pouvoir mettre en place un projet de construction d’un nouveau temple qui devrait être achevé à la fin de l’année 2017. Avec la perspective de mettre en place de l’action sociale, culturelle et de solidarité.

En Egypte, le Défap assure le suivi des envoyés de l’ACO (Action Chrétienne en Orient) en lien avec les Eglises protestantes de ce pays, dans le cadre de la plate-forme Moyen-Orient. Il s’agit de missions d’enseignement (soutien scolaire, apprentissage de l’expression française), mais au-delà, il s’agit d’une expérimentation quotidienne du « vivre ensemble » qui fait mentir ceux qui prêchent la violence entre les communautés. Comme le raconte une ancienne envoyée, décrivant l’école où elle travaillait : « chrétiens et musulmans se côtoient dans le corps enseignants et chez les élèves (…) Dans cette société égyptienne fragmentée c’est, d’après moi, une bénédiction ! »

Retrouvez ci-dessous la présentation en vidéo de l’exposition :




Nouvelle-Calédonie : aider au dialogue

En Nouvelle-Calédonie, l’approche du référendum d’autodétermination prévu à l’automne 2018 cristallise les tensions après 30 ans de paix civile. Le protestantisme français, lié à l’histoire de l’archipel, a un rôle à jouer pour aider au dialogue. C’est la conviction qui a poussé à l’organisation de la conférence qui s’est tenue le 18 septembre dernier au siège de la Fédération protestante de France.


Septembre 2017 : les intervenants de la conférence sur la Nouvelle-Calédonie © F. Lefebvre, Défap

« En Nouvelle-Calédonie, l’évangélisation a précédé la colonisation », rappelle Vincent Bouvier devant la salle comble, où se tient une conférence sur l’avenir de l’archipel. Nous sommes au soir du 18 septembre, à la Maison du Protestantisme, à Paris ; et d’une phrase, celui qui fut Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie d’août 2014 à juin 2016, résume la profondeur des liens qui unissent les protestants de France à cette terre. La Mission de Londres y était présente avant le passage sous domination française ; forcée au départ, elle a passé le relais à la Mission de Paris, qui a aidé à vivre l’Eglise locale, mais aussi défendu l’identité Kanak au travers notamment des travaux de Maurice Leenhardt. Aujourd’hui encore, ces liens se concrétisent à travers le Défap par des échanges d’envoyés, de pasteurs, de groupes de jeunes. Lorsque le lycée Do Neva a été frappé par des inondations en novembre 2016, le Défap a lancé un appel aux Eglises de France. Comment ces liens pourraient-ils être utilement employés pour aider la Nouvelle-Calédonie alors qu’approche un référendum d’autodétermination vu avec inquiétude par une grande partie de la population ?

Silencieuses et attentives au sein du public, on trouve plusieurs personnalités fortement liées à l’histoire néo-calédonienne – tel Alain Christnacht, qui précéda de 20 ans Vincent Bouvier au poste de Haut-Commissaire. On trouve aussi des chercheurs, pasteurs, étudiants du programme ABS… Sur l’estrade leur faisant face, Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap, distribue la parole entre Vincent Bouvier, Jonathan Tholo, étudiant à l’école navale et figure de proue du programme ABS, et le pasteur Ben Houmbouy, de l’EPKNC (Eglise Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie). Tous témoignent, à leur manière, de l’enjeu représenté par le référendum qui s’annonce à l’automne 2018, et qui devrait marquer la sortie des « Accords de Matignon ». La Nouvelle-Calédonie doit-elle devenir indépendante ? Faudrait-il préférer les solutions de « l’Etat associé » ou de « l’Etat fédéré » défendues par Jean-Jacques Urvoas ? La formulation même de la question qui sera posée suscite déjà les crispations, alimentant les craintes de violences entre pro et anti-indépendantistes à l’approche du vote. Il faudrait un patient travail d’explication pour déminer le débat, ce que les politiques locaux ne font pas.

« La question : indépendance ou non, est vue comme trop radicale »

Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie et protestantisme français : tisser des relations proches
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Jonathan Tholo, aperçu d’une réussite

En introduction à la conférence, François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, a voulu mettre des mots sur cet enjeu. Trois mots : confiance ; paix (« la paix qui n’est en rien une évidence ») ; et promesse (« nous voulons croire que la République française et la Nouvelle-Calédonie sauront tenir leur promesse »). Il y a ajouté une référence à la « sagesse des Eglises », qui « ont une responsabilité ». Puis, chacun des trois intervenants a été invité à décrire « sa » Nouvelle-Calédonie à travers plusieurs thèmes : quels ont été les faits marquants de ces 30 dernières années ? Comment sortir des « Accords de Matignon » ? Quelle est la place du religieux, et celle de la coutume? Que serait la Nouvelle-Calédonie de mes rêves dans 50 ans ?

Pour Jonathan Tholo, né après les accords de Matignon, arrivé en métropole il y a 7 ans pour ses études, la Nouvelle-Calédonie reste évidemment « le plus beau pays du monde », comme il le postule avec une pointe d’auto-dérision. Il décrit un pays multiculturel, « un « melting-pot » ethnique, religieux, construit sur un passif lourd », où les jeunes des diverses communauté vivent plus facilement ensemble que leurs aînés (« Je n’ai pas connu ces années où le Caldoche était un ennemi »), ce qui n’occulte ni le problème de la hausse de la délinquance, ni celui du suicide des jeunes.

Intervention du public lors de la conférence sur la Nouvelle-Calédonie © F. Lefebvre, Défap

Le pasteur Ben Houmbouy, s’il admet que « nous sommes une population multiraciale », nuance : « On se tolère, mais c’est un destin sans relation. Il n’y a pas loin de la tolérance à l’indifférence. On parle de destin commun, mais ça reste plutôt un slogan ». Vincent Bouvier rappelle enfin que les « Accords de Matignon », après la violence des « événements » qui avait culminé en 1988 lors de la sanglante prise d’otages d’Ouvéa, ont permis 30 ans de paix civile. Et il insiste sur le contexte qui pèse sur le référendum à venir. Contexte géographique : un archipel à 18.000 km de la France, proche de grands voisins comme l’Australie qui guettent de près ce qu’il adviendra de l’influence française dans le Pacifique. Contexte économique : le nickel est un enjeu stratégique et politique majeur (la Nouvelle-Calédonie concentre 25 % des ressources mondiales connues). Contexte social : les inégalités restent fortes. Si les accords de Matignon et Nouméa ont offert à la Nouvelle-Calédonie une grande autonomie, ont permis l’émergence d’une citoyenneté néo-calédonienne, de nombreux conflits sociaux continuent à se régler dans les locaux du Haut Commissariat, même en l’absence de compétence officielle de l’Etat…

« La religion a un rôle majeur à jouer »

Les intervenants de la conférence, réunis autour du secrétaire général du Défap © F. Lefebvre, Défap

Dans ce contexte, souligne l’ancien Haut-Commissaire, « un référendum posé de façon binaire risque de déboucher sur une situation de tension ». Jonathan Tholo renchérit : «  la question : indépendance ou non, est vue comme trop radicale par les jeunes, qui veulent voter, s’impliquer, mais redoutent les conséquences ». Pour le pasteur Ben Houmbouy, « chacun a peur. Les indépendantistes, qui attendent depuis longtemps ce vote, ont peur d’échouer dans leur quête ; les non-indépendantistes, habitués à commander, ont peur de devoir obéir. Et chaque camp reste imparfaitement uni, relié par des motifs d’intérêt bien plus que par la recherche de l’intérêt commun ».

Mais à ces forces de division s’opposent de puissants ferments d’union. Des valeurs enracinées aussi bien dans la religion que dans la coutume et qui pourraient permettre, comme l’espère Vincent Bouvier, de trouver un socle suffisant pour faire dialoguer les positions apparemment les plus irréconciliables. « Ce sont des hommes d’Eglise, rappelle l’ancien Haut-Commissaire, qui ont permis, souvent en désaccord avec les autorités de l’époque, de poser un regard différent sur l’identité Kanak. La religion a un rôle majeur à jouer dans la gestion des tensions et le maintien du dialogue. » Dans cette terre où religion et relations coutumières s’imbriquent, les deux se renforcent pour faire vivre une communauté, ce qu’illustre Jonathan Tholo : « Dans la tribu dont je suis issu, le temple a sa place ; le pasteur est intégré au groupe, on lui donne un lopin de terre, on s’occupe de ses enfants… » Comme le résume Bertrand Vergniol, « les Calédoniens ont besoin d’un rien ; ce rien, ce pourrait être l’Evangile. C’est au nom de cet Evangile que Maurice Leenhardt était parti à Nouméa. »




Les brocanteurs de la mission

Photo de la dernière édition de la « vente des missions » © Enno Strobel, UEPAL

C’est une ruche qui bourdonne : en ces derniers jours avant le traditionnel grand rendez-vous du premier week-end d’octobre, des centaines de bénévoles s’activent. Ils sont généralement entre 250 et plus de 300. La préparation de la « vente des missions » s’étale tout au long de l’année ; mais la dernière semaine voit nombre des participants occupés à plein temps. Il faut aller collecter, transporter et stocker les dons, trier, déplacer des meubles, des cartons de vêtements, de livres ou de vaisselle jusque vers les stands…

Tous les articles proposés à la vente sont issus de dons provenant de l’ensemble des paroisses de la Communauté urbaine de Strasbourg et de paroisses environnantes. Il a donc fallu les recueillir jusqu’à des dizaines de kilomètres de la ville. Des camions vont les chercher et les déchargent tout au long de la journée. Il a aussi fallu trouver à les entreposer avant la vente… Une logistique éprouvée.

Une ambiance joyeuse et bon enfant

Pour aller plus loin :
Les bénéfices de la vente des missions pourront permettre le soutien d’un foyer d’accueil pour enfants handicapés en Afrique du Sud, ou du travail social auprès des réfugiés syriens à Beyrouth (Liban) : en tout, 28 projets de solidarité ont été choisis cette année par l’UEPAL sur proposition de sa Commission Mission. Pour plus d’informations, cliquez sur l’image ci-dessus pour télécharger le PDF de présentation ou rendez-vous sur le site de l’UEPAL.

Et il n’y a pas que les meubles ou bibelots : la liste de ce qui se vend et s’achète tient du joyeux bric-à-brac… Sacs à main, chaussures, casseroles, antiquités, bijoux, jouets, électroménager, timbres ; ou encore des fruits et légumes, des fleurs… On peut aussi manger sur place, bien sûr : les stands proposent snacks, crêpes, pâtisseries, boissons… Le tout dans une ambiance joyeuse et bon enfant.

Voilà plus d’un demi-siècle que l’opération contribue à financer l’effort missionnaire des Églises d’Alsace. Grâce à cette mobilisation des bénévoles des paroisses de la région de Strasbourg, et grâce aux dons, ce vaste marché provisoire qui se tient traditionnellement dans les locaux et les jardins du foyer de la paroisse protestante de Neudorf permet de réaliser chaque année plusieurs dizaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires : entre 50.000 et 70.000. Le tout en deux jours seulement…

Comme rien n’est acheté, et que les seuls frais engagés servent à payer la location des chapiteaux et du matériel pour les buvettes et les espaces restauration, plus de 80 % de l’argent récolté sera attribué directement aux divers projets soutenus par l’UEPAL.

Renseignements pratiques :

La vente des missions de l’Union des églises protestantes d’Alsace et de Lorraine a lieu au foyer de la paroisse protestante de Neudorf, 23, rue du Lazaret (tram ligne A, arrêt Krimeri ; autobus 14 et 24, arrêt rue du Lazaret). Stands ouverts de 10 h à 18 h le samedi, et de 10 h 30 à 18 h le dimanche.