Congo : un référendum « à la soviétique »…

 

Après les violentes manifestations de la semaine précédente, qui ont fait quatre morts et une dizaine de blessés, le jour du référendum était appréhendé avec crainte tant par la population que par… les forces de l’ordre, finalement peu sûres de n’être pas débordées. Mais toutes les opérations de vote se sont déroulées dans le calme. Rendu public au matin du 27 octobre par le gouvernement, le résultat serait « oui » à la nouvelle constitution à 92,2 %, avec un taux de participation de l’ordre de 72 %. Des scores… soviétiques.

 

A Dolisie, ville au Sud-Ouest de la République du Congo DR (Source : Momo-fait-de-la-photo)

 

Tous les leaders de l’opposition ont protesté, tant contre les conditions dans lesquelles se sont déroulés les scrutins que contre l’absence de toute commission électorale indépendante, voire même de simples observateurs tandis qu’eux-mêmes étaient menacés, placés sous surveillance ou assignés à résidence. Certains, comme Clément Mierassa, du Parti social-démocrate congolais (PSDC), ont parlé de fraudes et de « tripatouillages », ce qui est loin d’être une première.

 

En l’absence de contrôle indépendant, les journalistes locaux ont fait office de témoins. Selon les articles parus dans la presse, dans les quartiers nord de Brazzaville, réputés proches du pouvoir, la participation, timide le matin, a finalement été relativement importante, avec de petites files d’attente. En  revanche dans les zones sud, acquises à l’opposition, les bureaux de vote sont restés déserts.

 

Comment expliquer cette désaffection ? Un certain nombre de citoyens n’avaient pas reçu leur carte d’électeur, ce qui n’est nullement étonnant vu que ce référendum avait été décidé un peu à la va-vite. Le ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, Zéphirin Mboulou, a reconnu que dans cinq des sous-préfectures  situées dans le sud du pays, le vote n’avait pas pu avoir lieu, pour « diverses raisons », ce qui relève du même flou entourant ce scrutin précipité.

 

Ensuite, les deux plateformes de l’opposition, unies dans un même rejet de la proposition du président de la république, Denis Sassou Nguesso, avaient appelé au boycottage des urnes. Enfin, les violences et les barrages filtrants, par exemple dans les quartiers de Bacongo et de Makélékélé, avaient fait fuir les habitants en situation précaire et la plupart n’étaient pas rentrés chez eux dimanche.

 

Le Défap a actuellement deux jeunes envoyées qui résident dans le quartier de Makélékélé. Durant les jours de troubles, elles ont fidèlement obéi aux consignes de sécurité de l’ambassade de France et sont restées chez elles. Ce sont les responsables de l’Église qui, mieux rompus aux débordements populaires, venaient chaque jour leur rendre visite et leur apporter du ravitaillement.

 

Conséquence de toute cette opération : la nouvelle constitution comporte désormais un article 65 qui stipule que le président est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable deux fois et l’article 66 ne fixe plus aucune limite d’âge pour se présenter à l’élection, hormis un plancher établi à 30 ans révolus. Nouvelle république signifiant remise à zéro du « compteur de mandats » pour le président sortant, Sassou Nguesso peut donc à nouveau briguer, en 2016, la magistrature suprême. Il sera alors âgé de 73 ans et pourra, sauf accident de l’histoire, rester en poste jusqu’en 2031, date anniversaire de ses 88 ans. Là non plus, ce ne sera même pas une « première » : le chef de l’État zimbabwéen, Robert Mugabe, réélu en 2013 à l’âge de 89 ans, poursuit actuellement, un peu à la va-comme-je-te-pousse mais toujours avec autorité, son sixième mandat… De toute évidence, Denis Sassou Nguesso n’a pas fini de faire parler de lui.

 

Valérie Thorin




L’Église luthérienne du Sénégal : une petite jeune qui monte, qui monte !

 

Entre le 18 et le 25 octobre 2015, le Défap a eu le plaisir de recevoir, en visite officielle, le pasteur Mamadou Thomas Diouf, président de l’ELS, accompagné par son vice-président, le pasteur Pierre Adama Faye et la trésorière  générale du mouvement des femmes, Aïssatou Ndiaye.

 

C’est la première fois que vous venez à Paris dans le cadre de vos fonctions dans l’Église luthérienne du Sénégal. Qu’est-ce qui motive votre visite ?

Notre but initial était double : d’abord nous voulions réaffirmer les relations d’amitié qui nous lient avec les Églises de France, et ensuite remercier le Défap et la Cevaa, qui nous épaulent quotidiennement dans nos activités.

 

Délégation de l'ELS à Paris avec le pasteur Jean-Luc Blanc du Défap

Délégation de l’ELS à Paris avec le pasteur Jean-Luc Blanc du Défap (de gauche à droite : Jean-Luc Blanc, Thomas Diouf, Aïssatou Ndiaye, Pierre Adama Faye) DR

 

Vous aviez un programme assez chargé…

Oui, il nous fallait d’une part rencontrer les différents responsables des institutions protestantes françaises, à commencer le secrétaire général de l’Église protestante unie de France, Didier Crouzet et le président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace-Lorraine, que nous avons vu à Strasbourg. Nous avons également rencontré l’inspecteur ecclésiastique, Jean-Frédéric Patrinsky, et le responsable de l’entraide luthérienne, qui finance des projets dans notre pays. D’autre part, en région parisienne comme en Alsace, nous voulions faire le tour des paroisses qui travaillent avec nous, afin de dépasser la distance géographique qui nous sépare, et mettre des visages sur les noms !

 

Racontez-nous, en bref, l’histoire de votre Église… Comment les Sénégalais ont-ils rencontré le protestantisme luthérien ?

L’ELS a été fondée en 1974, date de l’arrivée – tardive, par rapport à d’autres pays africains – de missionnaires luthériens en provenance de Finlande. Ils se sont d’abord installés à Mbour, sur la côte, au sud de Dakar, notre capitale. Ils se sont ensuite enfoncés dans les terres vers l’est, en pays sérère. Là, ils ont aussi été bien accueillis – c’est la téranga [bon accueil, ndlr] sérère qui a joué – et ils ont annoncé l’Évangile avec grand succès. Du coup, nous avons de nombreuses communautés dans la région de Fatick.
Aujourd’hui, nous avons vingt-quatre pasteurs qui officient dans treize paroisses. Une partie de la communauté se consacre à l’annonce de l’Évangile, notamment en organisant des « caravanes d’évangélisation » qui vont dans les villages. Il y a toujours onze missionnaires finlandais dans la région, dont deux à temps partiel et de plus en plus de fidèles : presque 7 500 cette année.

 

Il y a d’autres Églises protestantes au Sénégal, où en est le projet de rassemblement de ces Églises à l’intérieur d’une fédération, comme en France ?

 

Nous avons effectivement parlé, avec la Fédération protestante de France, d’un rapprochement institutionnel possible entre nous-mêmes, l’Église Protestante du Sénégal (EPS) [fondée en 1862 par un missionnaire de la Société des missions évangéliques de Paris, l’ancêtre du Défap, ndlr] et l’Église Méthodiste du Sénégal.
Ce projet n’est pas nouveau et nous avons déjà des organismes communs, à commencer par le Comité évangélique pour la santé. Nous organisons chaque année, généralement entre le 17 et le 25 janvier, une semaine œcuménique et, bien sûr, nous nous invitons aussi mutuellement aux grandes fêtes. Les relations entre les femmes sont également très fortes, elles organisent régulièrement des réunions de prière en commun.

En octobre 2014, nous avons co-organisé, avec l’EPS, l’assemblée générale de la Cevaa, preuve que nous travaillons parfaitement bien ensemble, mais nous avons besoin de conseils pour créer une union visible et durable, à l’image de ce que vous avez, en France. C’est ce que nous avons expliqué à Georges Michel, le secrétaire général de la Fédération protestante de France.

 

Le Sénégal est un pays à majorité musulmane, quels sont vos rapports ?

La cohabitation est tout à fait pacifique et le dialogue islamo-chrétien est permanent. L’État est laïc et chacun peut choisir sa religion en toute liberté. Le pasteur Pierre Adama Faye, notre vice-président ici présent, est issu d’une famille musulmane par exemple. Il a commencé son parcours tout enfant à l’école coranique, puis il est allé à l’école catholique, une référence en matière d’éducation et, comme son frère ainé, il s’est converti au protestantisme luthérien au contact des missionnaires finlandais, en participant aux camps de jeunes et aux caravanes. Vous voyez…  ça fonctionne !

 

Quels sont les projets en cours avec le Défap ?

Le Défap finance pour nous la création de matériel catéchétique et ces dernières années il a octroyé une bourse pour un master en théologie. Nous avons également un projet d’édification d’un dispensaire. Par ailleurs, diverses aides en provenance de paroisses ou de comités d’entraide nous parviennent via le Défap.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné lors de votre séjour en France ?

La première chose qui nous a frappés et qui est vraiment différente dans notre pays, c’est « l’ancienneté » des communautés françaises : on voit bien plus de personnes âgées que de jeunes dans les cultes, dans les activités paroissiales etc. En Afrique, et au Sénégal comme ailleurs, c’est le contraire, nous avons beaucoup de jeunes.

 

Il y a aussi la question, toujours pendante chez nous, du ministère des femmes. Les paroissiens rencontrés aimeraient vraiment que l’ELS puisse avoir des femmes pasteures. Nous travaillons en ce sens, mais nous devons aussi tenir compte de notre contexte social et culturel. Cela dit, l’ELS forme désormais des femmes à la théologie, il y aura donc peut-être bientôt une ordination féminine…

 

Nous avons aussi constaté à quel point les Églises disposaient de moyens financiers importants pour faire vivre leurs communautés, alors même qu’il n’y a relativement peu de fidèles. Et paradoxalement, les responsables craignent de s’affirmer publiquement, comme s’il y avait une barrière infranchissable entre le domaine public et les activités religieuses. Un effet de votre perception de la laïcité, peut-être…

 




Cameroun : des inondations dévastatrices

 

« Recevez nos fraternelles salutations en Christ.

Par la présente, nous venons vous tenir informés que nous avons eu une grande inondation qui s’est encore répétée dans nos zones d’action d’évangélisation, notamment dans l’arrondissement de Maga dans le département de Mayo-Danay et l’arrondissement de Zinah dans le Logone-et-Chari à Kousseri.

 

Cartes du Cameroun : 1 – en rouge, le département de Mayo-Danay, 2 – en rouge, le Logone-et-Chari ; au  niveau de l’étoile, Kousseri (Source : Google Maps)

Il y a eu des grandes pluies qui ont détruit plusieurs villages. Le Logone [NDR : fleuve à la frontière entre le Cameroun et le Tchad] étant débordé par les pluies venant de Bongor et ses environs, il est sorti de son lit, emportant tout sur son passage, détruisant des cases qui, dans la zone, sont faites en terre battue, des champs de mil, de riz, de maïs rasés, et emportant aussi les animaux des éleveurs en nombre incalculable.

Il y a beaucoup de populations déplacées vers les zones élevées.

Nous vous tenons informé de difficultés des catastrophes naturelles qui viennent s’ajouter aux malheurs de ces populations éprouvées en insécurité.
Nous sommes sur le terrain pour évaluer les dégâts.

GOYEK Robert
Président d’EFLC et du CEPCA
»




« Agir ensemble pour un développement intégral »

 

Le Secaar souhaite donner la possibilité à tout individu de pleinement s’épanouir dans un cadre de vie harmonieux, avec des besoins de base assurés (nutrition, santé, éducation, formation professionnelle).

L’association est engagée dans des actions de développement et d’intensification des échanges afin de mieux valoriser les expériences de chacun : elle assure conception, élaboration, gestion, suivi et évaluation de projets de développement. Elle souhaite ainsi avoir une approche globale des problèmes liés au développement (techniques, matériels, mais aussi socioculturels et spirituels).

 

 

Logo du Secaar

Logo du Secaar

 

Que fait le SECAAR ?

 

Le SECAAR met en place :

 

– des formations théologiques ;

– des échanges d’expériences entre tous les acteurs pour aider les communautés ;

– des actions de soutien et d’accompagnement dans le développement entreprises par les Eglises ;

– un centre de ressources pour le développement, disponible sur leur site internet ;

– un manuel de réflexion sur le message biblique à partir d’expériences de terrain ;

– des offres de prestations de services sous forme de conseils, d’études, de formations, de suivi et d’évaluation d’actions ou programmes de développement.

 

Quelles sont les principes du Secaar ?

 

Le Secaar a cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi).

 

Rapide historique

 

Fondé en 1988 au Bénin, le Secaar est un réseau de dix-huit Eglises et Organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe qui travaillent ensemble dans le cadre de l’animation rurale.

L’organisme a officiellement été constitué en 1994 à Yaoundé, au Cameroun : il devient association internationale. En 1996, un bureau de coordination des activités ouvre à Abidjan.

Le siège se trouve aujourd’hui à Lausanne, en Suisse, et le secrétariat exécutif à Lomé, au Togo. Cette coordination permet de valoriser les ressources locales et d’assurer un meilleur échange et partage de savoirs sud-sud et sud-nord.

 

Site du Secaar

 




La vie quotidienne dans la zone de tir 918

 

« Il est 7 heures du matin, et le jour se lève à peine sur la plaine de Jinba. Au loin, les premiers contreforts du Néguev émergent de la brume. Tout est calme et paisible dans le petit campement de Ziad, où nous venons de passer la nuit. Seul le hurlement des chacals et l’aboiement d’un chien isolé sont venus troubler le silence nocturne. Ziad s’est levé bien avant l’aube ce matin, et après avoir prié par deux fois comme le lui commande sa religion, il s’est activé sans relâche pour apporter fourrage et maïs à ses cent vingt brebis, réparties dans deux enclos de fortune.

Ziad vit seul ici dans une petite maison très simple. Le confort bien rudimentaire semble le satisfaire. L’électricité est fournie par des panneaux solaires, et l’eau collectée dans des citernes. Une ONG locale a installé récemment des toilettes dans une construction séparée. Quelques oliviers et un figuier agrémentent la petite plateforme où il se tient quand il a un instant de repos. Un petit paradis sur terre donc. Et pourtant !

 

Le jour se lève sur la plaine de Jinba et le Néguev DR

Le jour se lève sur la plaine de Jinba et le Néguev DR

 

En fait, cela fait six ans que Ziad a pu revenir dans ce hameau constitué de quelques masures de pierre accrochées à flanc de montagne et de cavernes creusées dans les falaises calcaires. Deux autres familles ont vécu ici jusqu’en 2011, mais sont reparties depuis, à cause des difficultés quotidiennes et de l’insécurité. La femme de Ziad et son dernier fils sont eux aussi partis pour habiter la petite ville voisine. Auparavant, en 1999, la zone avait été déclarée zone militaire, et les populations expulsées. Et ce retour n’est cependant que très aléatoire, car depuis les accords d’Oslo en 1995, la zone a été classée en zone C, c’est à dire sous contrôle de l’armée israélienne, et Ziad peut être chassé de nouveau à tout moment et sans préavis.

 

Ziad apportant le thé du matin DR

Ziad apportant le thé du matin DR

 

Dans cette zone, toute l’infrastructure et les services publics sont mis en place par Israël. Selon le droit international, tous les habitants de la zone, israéliens ou palestiniens, ont les mêmes droits et devraient recevoir les mêmes services publics. Force est de constater, cependant, que les populations palestiniennes sont totalement négligées. Le système de routes, l’alimentation en eau, le rattachement au réseau électrique, et les autres services publics, sont organisés uniquement en fonction des besoins de l’état d’Israël et des colonies et avant-postes israéliens.

Quant aux populations palestiniennes qui vivent dans cette zone (300.000h), habitants historiques et réfugiés, elles doivent se débrouiller avec des moyens rudimentaires et l’aide bien faible de l’autorité palestinienne et des organismes internationaux pour couvrir leurs besoins essentiels. Et les initiatives, quelles qu’elles soient, semblent systématiquement contrecarrées par les services administratifs de la zone, dans les faits une émanation de l’armée israélienne.

 

 

 

A titre d’exemple, et bien que la zone ait été habitée depuis des temps ancestraux par les populations locales, comme en témoignent de nombreux vestiges, toute construction nouvelle ou réparation de construction existante doit faire l’objet d’un permis. Cette autorisation concerne les maisons individuelles, les écoles, les pistes d’accès, les citernes, les panneaux solaires, les bergeries et poulaillers : tout ce qui constitue le minimum nécessaire le plus élémentaire pour ces populations rurales ou nomades, est soumis a un permis préalable.

Et les permis ne sont pratiquement jamais attribués : dans l’ensemble de la zone C, sur 13 000 demandes de permis déposées, moins d’une centaine ont été acceptées au cours de l’année passée. Par voie de conséquence, beaucoup de constructions ont été érigées sans permis, et la plupart font donc l’objet d’arrêtés de démolition. L’armée peut intervenir à tout moment pour démolir les constructions frappées par ces arrêtés. De plus, beaucoup de petits propriétaires terriens, pourtant en possession de titres dûment établis, se voient spoliés de leurs terrains par les colons ou l’état israélien, et les recours vers les autorités judiciaires aboutissent très rarement.

 

Mais revenons à la raison qui nous a amenés à passer la nuit avec Ziad le 13 octobre dernier.  La veille à la tombée du jour, sept colons habitant un avant-poste voisin (qu’ils ont surnommé «la Ferme de Lucifer» !), étaient venus couper le tuyau d’alimentation en eau de sa citerne, et sa maisonnette et sa bergerie étaient privées d’eau. L’infortuné Ziad n’avait eu d’autre ressource que d’appeler les fermiers d’un campement voisin, Susiya, situé à quelques kilomètres de là. Il avait peur, en effet, que ces mêmes colons reviennent pendant la nuit et ne commettent d’autres exactions.

 

La ferme de Lucifer DR

La ferme de Lucifer DR

 

Ces colons, et ceux d’une colonie voisine, n’en étaient d’ailleurs pas à leurs premiers méfaits. Ils viennent très régulièrement troubler la vie de Ziad et celle des habitants de la plaine de Jinba, en contrebas de la bergerie de Ziad. Le dimanche précédent, ils avaient bloqué la piste d’accès avec de gros blocs de pierre, et les instituteurs, arrivant au matin de la ville voisine de Yatta, avaient dû déplacer ces blocs afin de poursuivre leur chemin.

Cette piste est pourtant cruciale pour les habitants de la zone car elle est utilisée pour acheminer les denrées et matériaux essentiels, et également sert de passage aux travailleurs palestiniens qui vont travailler quotidiennement dans la ville israélienne voisine de Arad (de fondation très ancienne, et dont il est fait référence à plusieurs reprises dans la Bible. Des fouilles ont d’ailleurs montré que Jinba était une halte fréquentée, aux temps bibliques, sur la route de Beer-Schéba à Jéricho).

 

Ziad réamorce le système DR

Ziad réamorce le système DR

 

Dans cette plaine vivent 350 à 400 personnes réparties dans quatre ou cinq hameaux, principalement des bédouins réfugiés en Cisjordanie depuis 1948, et qui nomadisaient auparavant dans la région de Beer-Schéba (bédouins déplacés, donc, en violation du droit international). Une école y a été construite en 2015, qui reçoit quotidiennement 35 élèves, garçons et filles, pour les sept premières années d’enseignement. L’école et la plupart des constructions sont frappées d’arrêtés de démolition par l’administration militaire.

 

L’armée israélienne a quitté depuis quelques années la base qu’elle occupait dans cette plaine, mais continue à y revenir régulièrement, pour y conduire des séances de tir et et des manœuvres, sans guère se préoccuper des troubles causés aux habitants du lieu. Toute la journée d’ailleurs, l’air est rempli du vacarme des chasseurs de l’armée qui patrouillent à haute altitude, et il n’est pas rare qu’un hélicoptère militaire survole les hameaux ou que des véhicules militaires les traversent, pour une inspection plus rapprochée.

 

Ce soir, Ziad sera de nouveau seul dans sa maisonnette de pierre. Son repas sera constitué d’un peu de potage, de pain trempé dans de l’huile d’olive, et d’un verre de thé. Il se couchera ensuite vers 20h00, après la dernière prière sur soir, en espérant que la nuit sera calme, et qu’il retrouvera ses brebis lorsque l’aube poindra, comme tous les matins. »

Jacques Toureille
14 octobre 2015




EAPPI : de nouveaux affrontements en Israël/Palestine

 

Jacques Toureille, envoyé EAPPI, écrivait le 11 octobre, une semaine après son arrivée sur le terrain :

 

 

« Comme vous pouvez sans doute le voir dans la presse, les incidents quotidiens se sont multipliés ces dernières semaines, à la suite d’incursions répétées de juifs orthodoxes sur l’esplanade des mosquées (le Temple des Monts) à l’occasion des fêtes juives, alors qu’ils ne peuvent venir y prier en principe qu’à des heures bien précises, ce qui a suscité des réactions violentes de la communauté musulmane.

 

La situation s’est beaucoup tendue à Jérusalem, et des incidents répétés ont eu lieu, incidents qui ont conduit au bouclage de la vieille ville, et à un accès restreint à l’esplanade des mosquées (les hommes musulmans de moins de 50 ans n’ont pour l’instant plus le droit de venir y prier). La tension est montée un peu partout, sans que l’on pense pour l’instant qu’un mouvement de plus grande ampleur se dessine. De nombreux incidents ont eu lieu dans diverses villes, Bethléem, Hébron, Naplouse en particulier, et sur la ligne de séparation avec la bande de Gaza.

 

Carte Israël/Palestine

Carte de la région DR

 

Pour notre zone de placement (Yatta), la situation a été plus calme et s’est limitée principalement à des affrontements ponctuels entre colons et population palestinienne. (…)

 

Des demandes d’accompagnement de plus en plus fréquentes proviennent des paysans ou bédouins craignant des incursions nocturnes depuis les colonies israéliennes ou « outposts » voisins de leurs campements. En revanche, les demandes d’accompagnement de bergers sont moins fréquentes. De nouvelles demandes d’accompagnement sont attendues lorsque la cueillette des olives va commencer (dans deux ou trois semaines), car il est fréquent que les colons viennent perturber la cueillette. Au cours de cette première semaine de présence, j’ai d’ailleurs passé avec un autre EA deux nuits chez des bédouins semi-sédentarisés*. »

 

« La plupart des bédouins de la région de Yatta viennent du Néguev et ont été déplacés par la force vers la Cisjordanie en 1948.  Ils vivent dans des campements de fortune établis dans la zone C, et sont susceptibles d’être déplacés de nouveau à tout moment. »

 

ASeefer-Panneaux solaires endommagés par les colons-61015

Panneaux solaires endommagés par les colons, 6 octobre 2015 DR

 

Début octobre, Claude Smith, présente à Jérusalem, partage aussi ses impressions :

 

« (…) En ce moment comme vous le savez, il y a des « incidents », ou « clashes » comme on dit ici, partout dans la Cisjordanie et Jérusalem-Est où je me trouve. Mais, en même temps, d’un quartier à l’autre, c’est très différent.

Nous sommes juste hors des murs, près de la Porte d’Hérode, et c’est plutôt calme. Mais ce matin, Via dolorosa, dans la vieille ville, il y a eu une tentative de meurtre pendant que nous étions en réunion et, de nouveau, on ne pouvait plus sortir, pour quelques heures seulement. Les Palestiniens ont l’habitude…
Dimanche, nous étions à Bethlehem où deux palestiniens ont été tués, dont un enfant de 13 ans du camp de Aida (…). Depuis dimanche soir, on envoie des gaz lacrymogènes dans les rues, et, depuis lundi, ce sont des tirs.

Nous avons parlé avec un archevêque arménien, responsable des relations œcuméniques, un vieux monsieur digne et plein d’humour, lui-même réfugié palestinien de 1948, et il évoquait la possibilité d’une 3ème intifada. (…)

 

Nous avons rendu visite à des familles palestiniennes qui vivent sous les remparts, dans une zone qu’Israël veut transformer en jardin appelé « natural reserve » et, donc, les maisons de ces gens doivent être détruites…

Ils nous ont montré l’ordre de démolition pour la semaine prochaine. (…)

Ces gens nous ont accueillies si amicalement, nous exprimant leurs remerciements parce que notre présence compte beaucoup pour eux. Ils espèrent qu’on va répercuter leur histoire sur nos blogs et dans la presse. (…)

 

Les juifs Israéliens qui militent pour la paix et avec qui nous travaillons sont très clairs dans leur position.

Ils disent que raisonnablement il n’y a aucune raison d’espérer, d’entrevoir une résolution du conflit, mais qu’en même temps, ils ont un espoir (fou !), comme nous d’ailleurs, que quelque chose pourrait changer, c’est pour ça qu’ils continuent. Et c’est aussi pour ça que nous sommes là (sans prétention aucune). »

 

En savoir plus sur le programme EAPPI

 




L’EPS : une Eglise en expansion

 

Le pasteur Mendy est responsable de la paroisse de Dieuppeul à Dakar.
Il a rendu visite au Défap dans le cadre d’une formation pastorale assurée par l’institution.

 

La vie au Sénégal

Les dernières élections ont mis au pouvoir le président Macky Sall. Celui-ci est « en train de tout faire pour lutter contre la corruption ». Il a mis en place une structure dédiée pour « poursuivre les personnes citées dans des malversations ». Il est aidé en cela par certaines organisations internationales.

 

Quant à la situation sociale, elle est tendue : pénurie d’eau, problèmes d’électricité mais également d’inondations, et problèmes scolaires… Les syndicats se battent pour une meilleure situation. Il faut « prier pour cette situation », dit le pasteur Mendy.

 

Pasteur Mendy

 

L’Eglise Protestante du Sénégal

Cette Eglise est issue de la Société des Mission de Paris (SMEP) de 1862 : elle est la deuxième Eglise reconnue officiellement par le gouvernement sénégalais, après l’Eglise catholique.

En effet, l’EPS est « invitée aux manifestations » étatiques, telle l’investiture du président, la fête de l’indépendance ou la cérémonie des vœux du chef de l’Etat.

 

L’EPS maintient également de « bonnes relations avec les autres Eglises du Sénégal », comme l’ELS (Eglise Luthérienne du Sénégal) ou l’Eglise méthodiste unie du Sénégal. Une « idée de création d’association d’un Conseil Chrétien avec ces deux Eglises » est d’ailleurs en train de voir le jour.

 

Outre les protestants, l’ELS entretient de bonnes relations avec les musulmans et avec l’Eglise catholique. « Nous avons souvent des échanges avec l’Eglise catholique » : notamment, chaque année, une semaine de prière pour l’unité des chrétiens est organisée au mois de janvier.

L’EPS vit ainsi en bonnes ententes avec les autres religions du pays.

Elle possède également des écoles gérées par l’APES (Association protestante d’entraide du Sénégal) qui est le bras séculier de l’Eglise.

Elle est constituée de trois paroisses : deux à Dakar (Plateau et Dieuppeul) et une à Saint-Louis (Khor).

Environ 1000 membres constituent cette Eglise, avec trois pasteurs consacrés et un pasteur stagiaire.

 

L’EPS & le Défap

 

Le Défap soutient l’EPS dans plusieurs projets. Aujourd’hui, il est particulièrement investi dans la création d’un Centre de formation professionnelle à Saint-Louis qui va être inauguré au mois de novembre 2015. C’est suite à un legs que le Defap a pu financer ce projet. Le gros œuvre des bâtiments a été réalisé sous forme de « chantier école » et a utilisé la technique du géo-béton, une manière de construire plus écologique. Le Centre sera inauguré en novembre 2015 et le pasteur Jean-Luc Blanc, du Défap, participera à cette inauguration.

 

Par ailleurs, à la demande de la Cevaa, le Défap est investi dans la formation permanente des pasteurs de l’EPS. A tour de rôle, ceux-ci viennent en France pour participer à des stages CPLR (organisme pour la formation permanente des pasteurs) avec leurs homologues français ainsi qu’à des stages pratiques sous la responsabilité de pasteurs de nos Eglises. C’est donc dans ce cadre-là que le pasteur Mendy a séjourné en France au mois d’octobre 2015.

 




Des armes ? Oui, mais celles de l’Esprit

 

Il n’y a pas de roi qui soit sauvé par une grande armée ;

le vaillant guerrier n’est pas délivré par une grande force.

Que le cheval assure le salut, c’est un mensonge,

et toute sa vigueur ne donne pas la délivrance.

L’œil du Seigneur est sur ceux qui le craignent,

sur ceux qui attendent sa fidélité,

afin de les délivrer de la mort et de les faire vivre pendant la famine.

 

Nous attendons le Seigneur : il est notre secours, notre bouclier ;

oui notre cœur se réjouit en lui,

car nous avons mis notre confiance en son nom saint.

 

Seigneur que ta fidélité soit sur nous, comme nous l’attendons de toi !

Ps 33 ,16-22

 

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Source : Pixabay

 

Sagesse ou folie, illusion ou simple constatation que les propos du psalmiste sur la faiblesse des rois?
La puissance génère le plus souvent orgueil fou et paranoïa, et les grands potentats de l’histoire ont tous sombré faute de savoir s’arrêter à temps, sacrifiant en passant des millions de vies humaines.

Aujourd’hui le fracas des combats au Moyen Orient et ailleurs, la complexité des situations politiques, tout cela nous rend bien modestes pour affirmer que les résistances doivent se mener armes à la main ou dans la non-violence. Nous ne sommes pas encore dans le royaume de Dieu, loin de là.  Pris dans les jeux de pouvoir, l’étau du réalisme politique, les scandales de la corruption, un autre choix est-il possible que la réaction immédiate, à court terme, dans l’urgence, avec les moyens du bord qui sont souvent ceux de la violence ?

La Bible ne nous invite pas à l’évasion céleste, mais à la lucidité de la prière. Il existe, dans le cœur de l’homme, un point d’impact où le regard de Dieu fait naître une résistance intérieure, une boule de confiance, une sorte de certitude invincible. La véritable force n’est pas dans la performance des armes, mais là où se transmet, de cœur à cœur, d’œil à œil, et de main à main, le flambeau de la fidélité et de la confiance.

 

Si le monde n’est pas encore détruit, c’est parce que, entre sa main de justice et sa main de miséricorde, Dieu le retient sans cesse au-dessus  de l’abîme.

 

Prions cette semaine avec ces mots du Pasteur Gérard Delteil, en communion avec nos envoyés au Maroc et la communauté protestante du Maroc.

 

Que jamais le bonheur de la vie n’éteigne en nous la révolte contre ce qui la défigure, 

mais que jamais non plus le scandale du mal n’efface en nous la louange de la vie.

Que jamais les mots qui nous font vivre : tendresse, plaisir, liberté, confiance,

ne se referment en des certitudes figées,

mais qu’ils soient source d’une quête toujours inachevée.

Que notre foi ne soit jamais sans le doute,

et que nos doutes ne soient jamais sans la confiance.

Que l’émerveillement de recevoir la vie comme un don,

comme une grâce,

n’altère pas nos capacités d’indignation devant l’injustice,

mais soutienne en nous la promesse et la passion d’un monde autre.

Tel est le désir qui nous porte !

Telle est la prière qui nous met en route !

Que la petite espérance nous prenne par la main,

qu’elle nous entraîne sur des chemins inattendus,

et qu’elle chante en nous,

comme un défi,

l’amour de la vie !

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Retour de mission : échanges d’expériences entre envoyés

 

Après un repas convivial entre envoyés et correspondants locaux (ce sont eux qui font le lien entre le Défap et les paroisses des Eglises membres), les envoyés se sont retrouvés avec leurs encadrants du Défap pour faire le bilan.

 

Le but de cette rencontre était le partage : avant le départ, ils se retrouvent à la formation pour se préparer ; au retour, ils se rencontrent pour faire le bilan. Après un « débriefing » individuel, ce temps est l’occasion de raconter sa mission, d’échanger entre envoyés, de mettre des mots sur le temps vécu à l’étranger et de reprendre un rythme adapté à leur vie au retour.

 

Seize volontaires sont revenus cette année. Tous n’ont pu être présents, mais ils ont pour certains envoyés une vidéo pour être là à leur manière.

 

session retour envoyés

Envoyés, correspondants locaux & personnel du Défap ©

 

PARTAGE ENTRE ENVOYÉS : DES EXPÉRIENCES QUI SE REJOIGNENT

 

Un sujet qui revient souvent est bien évidemment celui de l’adaptation : chacun a dû faire face à des habitudes de vies nouvelles, à une vision du monde, de la religion et même de la mort différentes de la leur. Tous les envoyés présents se rejoignent sur ce point : la vision occidentale des choses n’est pas valable là où ils ont été. Il a fallu s’adapter à la vie sur place et ce fut plus ou moins facile. Il se réadapte maintenant à la vie en France.

 

Cette expérience montre aussi que la vie spirituelle porte une place importante au sein de la mission, et qu’elle évolue au contact des partenaires locaux.

Ce fut le cas pour Emmanuelle et Mino, partis vivre quatre ans en famille à Madagascar. Il leur a fallu composer avec la pauvreté, la corruption, les cyclones, les demandes de disponibilité… Mais ce fut une belle expérience et « vivre l’Eglise universelle » est devenu le but de leur séjour. En effet, pour tous les envoyés, la motivation au départ évolue et change avec l’expérience sur place. Tous deux étaient envoyés au sein de l’Eglise luthérienne sur place : Emmanuelle dans un lycée pour enseigner le français, et Mino à la faculté de théologie.

 

Gaël s’est lui aussi rendu à Madagascar et cette expérience a eu également son poids dans sa spiritualité. Pour lui, « pas de points négatifs, mise à part l’administration ». C’était une « mission extraordinaire ». Ce bouddhiste a profité de son séjour, baigné dans le christianisme, pour lire la Bible. Cela lui a « renforcé [sa] foi ». Il a appris le français aux enfants d’un orphelinat : il voulait absolument venir en aide à des enfants en détresse et a été « heureux de pouvoir le faire ».

 

Dans l’ordre : Adélie, Emmanuelle, Mino, Gaël ©

En effet, au-delà de la spiritualité, la mission des envoyés tourne pour beaucoup autour de l’éducation et des enfants, de leur place dans la société civile. Ca été le cas de Sofia, qui s’est rendue à Madagascar, pour dix mois. Dans la Communauté des sœurs de Mamré, elle a vécu des expériences inoubliables. Elle a vu « de belles choses », et c’est celles-là qu’elle a décidé de partager avec le reste du groupe, en précédant son témoignage d’un chant appris lors de son séjour.

Michaël et Madeleine, qui sont allés en Tunisie, Eloïse en Egypte, et Gladys au Bénin, ont également effectué leur mission auprès d’enfants.

 

Cette dernière a travaillé pour le Centre social de Dangbo pour une mission autour de la nutrition des nourrissons, de l’encadrement des enfants et de l’aide aux devoirs. La mission a parfois été un peu dure à cause du décalage de culture et de la langue – elle a d’ailleurs appris un peu la langue locale. Ce séjour fut aussi l’occasion pour elle de faire preuve de polyvalence et d’effectuer d’autres missions.

 

Un autre cadre de mission est la santé : Vanessa, Adélie et Heidi ont apporté leur soutien à des hôpitaux baptistes du Cameroun.

Vanessa y a travaillé en tant qu’infirmière. Ce fut une expérience très enrichissante : elle a pu découvrir une Eglise baptiste très différente de celle de France, un autre système de santé, elle a eu des formations, a essayé d’instaurer des règles d’hygiène avec le personnel de l’hôpital…

 

Adélie a apporté pendant huit mois son appui à l’accompagnement de personnes séropositives et de personnes atteintes de la tuberculose à l’hôpital de Nkoteng. Etudiante en psychologie, elle a également participé à des campagnes de vaccination.

Elle a été impressionnée par la grande mixité de cette ville – le travail à la sucrerie de Nkoteng attirant beaucoup de monde des alentours. Rentrée aujourd’hui à Nantes, elle a décidé de reprendre les études, car ce voyage lui a fait réaliser qu’elle a encore beaucoup à apprendre.
La discussion a continué autour d’une soirée conviviale.

 

session retour envoyés

Les envoyés pointent du doigt le pays où ils sont partis en mission ©

 

SE RÉINSÉRER DANS LE MONDE DU TRAVAIL APRÈS LA MISSION

 

Ce week-end a servi à mettre des mots sur les expériences diverses, non seulement pour savoir les raconter, mais aussi les valoriser, notamment dans la recherche d’emploi.

C’était le but de l’atelier « analyse personnelle et professionnelle » : aide les envoyés à savoir mettre en valeur leur expérience et faire ressortir les différents savoir-être et savoir-faire acquis.

 

Les envoyés ont ainsi pu effectuer un travail de « traduction » de leur mission pour apprendre à se « réinsérer » dans le monde du travail, en parlant de choses plus concrètes et en réalisant que leur mission n’était pas seulement une parenthèse. Ils doivent apprendre à mettre en avant tout ce qu’ils ont fait, et il n’est pas toujours évident de trouver les bons mots.

 

Ils étaient contents de ces deux journées : ils ont du mal à trouver des personnes prêtes à leur donner une écoute active, à échanger avec eux sur ce sujet, et surtout qui comprennent leurs efforts de réinsertion.

Ils ont pu ainsi trouver les bons mots, non seulement pour eux, mais aussi pour témoigner auprès de ceux qui n’ont pas vécu une telle expérience. Cela leur permet de pouvoir participer à des temps d’animation ou de témoignage dans des paroisses, qui, si elles sont intéressées, peuvent contacter l’équipe du Défap pour cela.

 

session retour envoyés

Les envoyés et encadrants du Défap ©




Hope Nenonene : « être présent avec une parole d’espérance »

 

Lorsque l’on rencontre Hope Nenonene, ce qui nous frappe est sa bonté et sa modestie.

Son nom est révélateur : Hope, Kofi (ce qui signifie qu’il est né un vendredi ; au Togo, c’est une tradition), Nenonene (« que ce soit ainsi », « ainsi soit-il » ou tout simplement « Amen »).

Ce pasteur de l’Eglise Presbytérienne du Togo est arrivé en France en 1993 pour sa thèse de doctorat en théologie systématique. Il a étudié en particulier la question du diabolique dans la foi.
Marié à une Cévenole, il a un garçon de treize ans, Nathan (NB : les Cévennes sont une région historique du protestantisme).

 

Hope Nenonene

Hope Nenonene ©

 

Hope & la mission

 

Le pasteur Nenonene connaît le Défap depuis longtemps, du temps où il était encore à Lomé, son père étant pasteur. La mission est au cœur de sa foi et de son engagement.

Lorsqu’il était étudiant, il a été accueilli au Défap pour un accompagnement dans le cadre d’un envoi. Il a été également chargé de mission dans le service Animations missionnaires de l’institution.

 

Actuellement pasteur de la paroisse d’Audincourt, dans le pays de Montbéliard, il a passé six ans en Nouvelle-Calédonie en tant qu’envoyé Cevaa. C’est une expérience « très enrichissante et dense » qui l’a profondément marqué : il en a tiré des « bénéfices forts, et d’autres encore à découvrir ».

Mais il est « convaincu que [sa] mission en Nouvelle-Calédonie, même si elle a duré six ans, reste inachevée. Il y a encore beaucoup à faire ». Il est « content mais pas satisfait de la dynamique mise en place dans le travail de formation et d’accompagnement des Eglises et paroisses locales ». Il s’est beaucoup « réjoui de l’intérêt porté par tous à la prise en compte de ce que veut dire la grâce au quotidien » ; que ce soit « les paysans, les ménagères ou les fonctionnaires », il s’est employé à ce que « l’Evangile prenne sens pour eux », pour tous, dans le cadre de l’Animation théologique.

 

Hope & le Défap

Lors de la fin de son séjour en Nouvelle-Calédonie, on lui suggère de continuer son travail pastoral au sein de l’Eglise réformée, au moment où elle était dans une démarche d’union : cela a suscité son « intérêt et [sa] curiosité ». « On a souvent entendu parler de la division dans la religion, et là, pour une fois, on entend parler d’union ». Cela a beaucoup pesé dans « le choix d’un retour en France plutôt que d’un retour au Togo ». C’est un « témoignage fort que cette union ».

 

A son retour en France, on lui propose de faire partie des ERM. Cela fait maintenant quatre ans qu’il en fait partie.

Son choix de participer à l’action du Défap n’est pas anodin : « l’Eglise n’a de sens que quand elle témoigne de la parole », dit-il et cette parole ne peut être porté que « dans la mission, le témoignage de partout vers partout ». « Une Eglise repliée sur elle-même est autosuffisante, n’est pas digne de confiance sans ouverture », insiste-t-il.

Au quotidien, le Défap « donne les grandes lignes et assure la coordination, mais ne dicte pas l’attitude personnelle », dit-il.

 

Le Défap, « pour lequel j’ai beaucoup de respect, constitue l’histoire de la mission et, en même temps, impulse encore sa dynamique », nous dit-il. « En tant que tel, le Défap est un instrument de témoignage, un puissant outil au service des Eglises et des paroisses, même des individus engagés. En même temps, les paroisses servent de lieu de témoignages pour le Défap ».

 

Hope & l’accueil

« Aujourd’hui, il y a beaucoup de réfugiés. Cela soulève des interrogations sur l’accueil qui ne doit pas être une question pour les chrétiens que nous sommes », dit Hope. Il considère qu’il faut savoir « accueillir sans condition et sans raison ». Il faut « au moins appuyer les initiatives » qui vont dans ce sens. « L’accueil ne peut pas faire l’objet d’un débat alors que quelqu’un frappe à notre porte avec la volonté de vivre », ajoute-t-il.
Dans sa paroisse, il existe une branche de l’Entraide Protestante qui vient en aide aux personnes dans le besoin. La paroisse est par ailleurs associée avec la mairie dans des initiatives d’accueil et de suivi de quelques familles qui lui seront confiées.

 

Hope & les ERM

La région de sa paroisse est en pleine mutation. Cette restructuration prend beaucoup de temps et demande de nombreux réajustements : l’Eglise réformée de l’est et l’Eglise luthérienne du pays de Montbéliard ont entamé un processus de rapprochement, notamment pour maximiser les ressources. Notamment, il faut repenser le cahier des charges de l’animation missionnaire.

 

La réunion des ERM ayant eu lieu le 1er octobre (LIEN), le pasteur Nenonene nous a donné quelques impressions : content de cette journée de rencontres, il a trouvé intéressant d’écouter les témoignages des personnes présentes, venues de toute la France. Cela a aussi permis de passer en revue les difficultés auxquelles chacun se confronte.

 

Il conclut par le souhait de « remercier le Défap pour les occasions données à travers des initiatives locales, nationales et internationales de porter un message d’espérance dans un monde si agité. Être témoin du Christ aujourd’hui ne signifie pas qu’on est tenu de faire de grandes choses, juste d’être présents avec une parole d’espérance dans ce monde habitué aux bouleversements spectaculaires ».




Haïti : un destin à prendre en main

 

Ce voyage fut l’occasion pour le pasteur Bertrand Vergniol d’effectuer trois visites dans des organismes importants du protestantisme en Haïti.

 

 

 

Voyage à Haïti

Bertrand Vergniol à Haïti ©

La Fédération Protestante de Haïti (FPH)

 

Le secrétaire général a été accueilli par la FPH, organisme proche de la FPF.

En plus d’un accompagnement fraternel et d’un soutien institutionnel, le Défap possède trois dossiers importants avec la FPH.

 

Premier dossier : la mise en place d’un temps de célébration du bicentenaire du protestantisme en Haïti – qui fut introduit par un missionnaire français. Ce sera aussi l’occasion d’un temps d’information sur ce qu’est le protestantisme dans le pays. Côté français et haïtien, deux personnes vont suivre ces préparatifs de manière précise : une délégation de la FPF devrait se rendre en Haïti pour participer à ces célébrations.

Le Défap a convié la FPH à remplir des dossiers de demande de bourses pour envoyer en France des étudiants en théologie. L’institution a également invité la FPH à faire des demandes pour que des enseignants français en théologie viennent apporter leur compétence spécifique en Haïti pendant quelques semaines.

 

La FPH souhaite également que des ouvrages de prédication soient publiés, pour aller au-delà de la tradition orale : le Défap s’est engagé à la mettre en contact avec la maison d’édition Olivétan.

 

Fédération des Ecoles Protestantes en Haïti (FEPH)

 

La rencontre avec la FEPH, à Port-au-Prince, fut l’occasion pour Bertrand Vergniol de rendre visite à deux envoyées du Défap : Claire Chappuis, médecin à la mission Eben-Ezer des Gonaïves, et Marie-Bénédicte Loze, conseillère technique auprès de la FEPH.

La FEPH représente 300 000 élèves, 15 000 enseignants, 3000 écoles, soit entre 30% et 40% des enfants scolarisés en Haïti.

 

Le secrétaire général a visité la mission Eben-Ezer (college, hôpital, terrain agricole et maison d’enfants) et a passé beaucoup de temps avec le directeur de la FEPH, Christon Saint-Fort, et Marie-Bénédicte Loze, pour faire le point sur le travail qu’elle accomplit et envisager avec elle un prolongement de son mandat.
Le Défap veut élaborer avec la FEPH une perspective de collaboration sur les cinq ans à venir et essayer d’établir des liens de coopération allant au-delà du temps de présence du volontaire.

Celle-ci apporte un appui technique, participe au bon fonctionnement de la Fédération et met en place des opérations de lever de fonds.

 

Œuvres sociales

 

Le Défap possède des relations avec plusieurs œuvres sociales en Haïti, certaines en lien avec la FEPH.

 

Mise à part sa visite à la Mission Eben-Ezer, Bertrand Vergniol est allé voir deux organismes :

– un organisme adventiste qui a une activité sociale très importante en termes de mise en place de latrines, de reboisement, d’équipement scolaire, de soutien aux populations en cas de désastre (ADRA-Haïti) ;

– la MISSEH : mission évangélique qui s’occupe principalement des populations déplacées et en particulier des problèmes autour des populations d’origine haïtienne qui vivent en République dominicaine, en risque de subir des sévices.

 

Être présent pour les Haïtiens

 

Cette visite pastorale avait pour but de mieux connaître la situation du pays et de sa population. Elle n’est pas un hasard : le soutien institutionnel à la FPH fait partie des priorités du programme 2015-2018 du Défap.
Le secrétaire général du Défap considère que porter cet aspect du programme n’est possible que par la connaissance des gens sur place.

Il est revenu avec l’idée que « nous devons être proches des Haïtiens ». Leur histoire est « souvent douloureuse et ils attendent de nous que nous soyons à leurs côtés. Au-delà de l’aide financière, il faut leur montrer notre fraternité, développer une présence pour être avec eux ».

Lors du terrible séisme de janvier 2010, des grosses sommes d’argent ont été envoyées. Et si la population est reconnaissante, la priorité aujourd’hui pour les Haïtiens est « la capacité de se développer par eux-mêmes ». Il est nécessaire qu’ils retrouvent « confiance en eux et en leurs leaders ».
Les Haïtiens doivent « prendre leur destin en main », conclut Bertrand Vergniol.




Rencontre autour de la mission : un bel échange d’expériences

 

Après un temps de culte et de réflexion sur les paroles de Jésus envoyant ses disciples baptiser et enseigner dans le monde entier, c’est le projet du Forum qui a retenu l’attention des participants.

 

Le Forum à plus tard

Initialement prévu en janvier 2016, ce Forum a été reporté au dernier week-end d’octobre. Le choix de la date n’est pas anodin : il fera suite à l’Assemblée Générale de la Cevaa à Sète, et pourra ainsi bénéficier de la dynamique de ce rassemblement de nombreuses Eglises protestantes d’Afrique, d’Amérique latine et d’Europe. Plusieurs grands témoins seront invités à participer au Forum, afin de partager les joies et les difficultés que connaissent leurs Eglises.

 

Florence Taubmann s'adresse aux ERM

Florence Taubmann s’adresse aux ERM ©

 

Des discussions denses et fructueuses

 

Afin de préparer ce Forum, qui garde son titre : « Une Parole engagée, crédible, compréhensible », la matinée de jeudi a été consacrée à l’étude et à l’analyse des témoignages publiés sur le Blog Forum Defap 2016.

Les sujets étaient nombreux : expériences missionnaires à l’étranger ou en France, camps internationaux de jeunes, voyages à Madagascar, invitation de pasteurs africains dans les Eglises locales venant témoigner de la situation de leur pays…

 

Membres des ERM à la réunion du 1er octobre ©

 

Un thème est ressorti en particulier : l’importance du dialogue entre les croyants de religions différentes, afin de lutter ensemble contre l’ignorance et le fanatisme.

 

A également été évoquée la dimension de plus en plus interculturelle et interethnique du christianisme. « Le Monde est chez toi », affirmait déjà le Forum de Rouen en 2012.  Le pasteur David Brown, responsable du programme Mosaïc en région parisienne, a évoqué les axes de sa mission : repérage géographique des Eglises étrangères, rencontre des responsables, animation de groupes Mosaïc, organisation d’événements festifs, sportifs, culturels.

 

Pour les mois à venir

 

Les Eglises locales sont invitées à prendre conscience de leur richesse humaine et spirituelle. Les responsables mission vont essayer de promouvoir localement des rencontres et des interviews de personnes engagées dans des actions missionnaires, mais également de frères et soeurs d’origine étrangère, afin qu’elles partagent leur histoire, celle de leur pays et leur expérience de foi.

 

Réunion des ERM

Réunion des ERM ©

 

Actualité

 

Avec beaucoup de retenue la question des migrants et réfugiés a été abordée en fin de journée. Et plusieurs participants ont témoigné d’actions très concrètes réalisées directement par leur Eglise ou en partenariat avec leur municipalité pour l’accueil de familles syriennes : logement, nourriture, vêtements, accompagnement pour l’insertion.

 

C’est par un échange biblique que s’est terminée la réunion, autour de l’histoire de l’eunuque éthiopien et du diacre Philippe (Actes 8). Les uns et les autres se sont une nouvelle fois laissé émerveiller par la simplicité de la demande et de la célébration du baptême de cet homme venu de loin afin d’adorer à Jérusalem le Dieu unique.

 

Echanges entre les ERM et l'équipe du Défap

Echanges entre les ERM et l’équipe du Défap ©