Isabelle Gerber, nouvelle présidente de l’EPCAAL

Avant l’EPRAL, où l’élection est prévue courant juin, l’EPCAAL change de présidence : la pasteure Isabelle Gerber a été élue à la tête du Directoire de l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine le samedi 4 mai 2024. Cette élection d’une femme est une première pour cette Église depuis sa création en 1802. L’Église luthérienne et l’Église réformée d’Alsace et de Moselle, l’EPCAAL et l’EPRAL, forment toutes deux l’UEPAL, l’une des trois unions d’Églises membres du Défap.

La pasteure Isabelle Gerber a été élue à la tête du Directoire de l’EPCAAL le 4 mai 2024 © UEPAL

Isabelle Gerber est pasteure depuis 1995 et inspectrice ecclésiastique de Bouxwiller depuis 2012, ministère complété par un temps dédié à la jeunesse en Église. De 2001 à 2012, elle a été Secrétaire générale des Équipes Unionistes Luthériennes (EUL), et a notamment été à l’origine du rassemblement jeunesse de l’UEPAL « La Parole est dans le pré ». C’est cette femme de 55 ans, mariée et mère de deux enfants, qui a été élue le samedi 4 mai à huis clos à la présidence du Consistoire de l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (l’EPCAAL).

Isabelle Gerber a été élue à la majorité absolue au 2ème tour où il n’y avait plus que deux candidates : Esther Lenz, inspectrice ecclésiastique de Wissembourg, et elle. Parmi ses orientations stratégiques de campagne figuraient entre autres la jeunesse et l’écologie. Elle avait insisté sur la nécessité de « simplifier le mode décisionnel, le partage des ressources au niveau sectoriel ou consistorial », et de « prendre soin des conditions d’exercice de nos ministres ». Elle avait aussi souligné l’urgent besoin aujourd’hui de « faire monde commun », dans une époque où « chacun reste dans sa sphère d’appartenance, culturelle, religieuse, sociale », alors que « partager une visée commune est pourtant la clé de l’engagement et l’intérêt porté à l’autre le prérequis du vivre ensemble ». Lors du débat organisé le vendredi 19 avril, au temple Neuf à Strasbourg, entre les trois candidats à la présidence de l’EPCAAL, elle avait aussi rappelé la place privilégiée de l’Église luthérienne entre les catholiques et les réformés. Elle avait également défendu l’accueil inconditionnel au cœur de l’évangile, aussi pour les croyants de communautés différentes, en parlant de l’accueil de personnes LGBTQI+.

« Une main tendue » aux trois candidats concurrents

Isabelle Gerber devant le Consistoire supérieur de l’Église luthérienne, le 4 mai à Strasbourg © UEPAL

C’est la première fois, depuis sa création en 1802, qu’une femme est choisie pour présider l’EPCAAL. Interrogée sur RCF, Isabelle Gerber a vu dans son élection un « beau et grand signal pour dire qu’il n’y a aucune raison d’exclure les femmes d’aucun poste et d’aucune responsabilités. Ce n’est qu’un début. D’autres feront de même. » Sitôt élue, elle a offert « une main tendue » aux trois candidats concurrents, n’excluant pas de travailler avec eux par la suite, et sentant le besoin d’œuvrer avec d’autres pour « ne pas tourner en rond ».

Elle prendra officiellement ses fonctions le 1er septembre avec un culte d’envoi le 8 septembre. D’ici là, le résultat du vote doit obtenir l’aval du Premier Ministre en vue de la nomination de la nouvelle élue comme présidente du Directoire. Entretemps, Isabelle Gerber termine son ministère d’inspectrice ecclésiastique de Bouxwiller, où Élisabeth Mutz lui succèdera le 7 juillet.

Une élection pour renouveler la présidence de l’UEPAL à l’automne

L’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (EPCAAL), qui vient d’élire Isabelle Gerber, constitue avec l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (EPRAL) l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL). L’UEPAL, dont la présidence ne peut être assurée que par les présidents de l’Église luthérienne ou de l’Église réformée, a encore a sa tête pour quelques mois Christian Albecker, l’ancien président de l’EPCAAL. Le renouvellement de la présidence de l’UEPAL aura lieu lors d’une élection organisée au niveau du Conseil plénier le 24 septembre, après l’élection du nouveau président ou de la nouvelle présidente de l’EPRAL en juin.

L’UEPAL est elle-même l’une des trois unions d’Églises membres du Défap, avec l’Église Protestante Unie de France (EPUdF) et l’Union Nationale des Églises Protestantes Réformées Évangéliques de France (Unepref).

Isabelle Gerber et Christian Albecker © UEPAL



Ulrich Rusen-Weinhold nouveau secrétaire général de la CEPPLE

Lors de son Assemblée générale 2022 qui s’est tenue à Riesi (Italie), la Conférence des Églises protestantes des pays latins d’Europe a élu le 20 octobre le pasteur vaudois Gianni Genre comme président et le pasteur français Ulrich Weinhold comme secrétaire général.

De gauche à droite : l’Italien Gianni Genre, nouveau président de la CEPPLE, et le Français Ulrich Weinhold, nouveau secrétaire général © CEPPLE

Ulrich Rusen-Weinhold, responsable des relations internationales de l’EPUdF, vient d’être élu secrétaire général de la CEPPLE durant leur assemblée générale du mois d’octobre. Il travaillera en collaboration avec le nouveau président de la CEPPLE, Gianni Genre, pasteur des Églises vaudoises de Perrero-Massello et Villasecca.

Les membres de l’AG d’octobre 2022 de la CEPPLE © CEPPLE

La Conférence des Églises protestantes des pays latins d’Europe (CEPPLE) se compose de 19 Églises et fédérations protestantes en France, Belgique, Espagne, Italie, Portugal et Suisse. Elle a été fondée le 1er février 1950, lors d’une conférence appelée par le pasteur Marc Boegner, à l’initiative du Révérend Macky du département de reconstruction des Églises du Conseil œcuménique des Églises. Elle avait alors pour principal objectif de manifester la solidarité avec les Églises espagnoles face au pouvoir franquiste. Aujourd’hui, elle apporte un soutien aux Églises en situation de minorité. En 2014, lors de son AG de Malaga, la CEPPLE est devenue le 4ème groupe régional de la Communion d’Églises protestantes en Europe (CEPE). Depuis, les activités de la CEPPLE se formalisent autour de 4 pôles :

  • les échanges catéchétiques
  • la formation théologique
  • le rôle des Églises du sud face à la migration
  • la réflexion et la mutualisation des ressources en matière de présence des Églises dans les médias et le web

La CEPPLE compte parmi elle deux Églises membres du Défap : l’Église Protestante Unie de France (EPUDF) et l’Union Nationale des Églises Protestantes Réformées Évangéliques de France (UNEPREF).

Retrouvez les retours des membres de la CEPPLE de l’Assemblée générale 2022 :

 




Un nouveau président pour l’EPRAL

Le pasteur Pierre Magne de la Croix a été élu en cette fin septembre président du Conseil synodal de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine, l’une des deux Églises constitutives de l’UEPAL, qui fait partie des trois unions d’Églises membres du Défap. Il termine le mandat de Christian Krieger, désormais président de la Fédération protestante de France.

Le nouveau Conseil synodal de l’EPRAL. De gauche à droite : Magali Grunnagel, Céline Sauvage, Pierre Magne de la Croix, Martine Kapp et Jean-Gustave Hentz © UEPAL

Depuis 2012, le pasteur Christian Krieger était régulièrement réélu tous les trois ans à la présidence de l’EPRAL, l’Église protestante réformée d’Alsace-Lorraine (en réalité l’Alsace-Moselle). Mais, désormais président de la Fédération protestante de France, il a laissé la place vacante pour les deux dernières années de son quatrième mandat. D’où la tenue, en cette fin du mois de septembre 2022, d’un synode électif à l’EPRAL pour lui trouver un successeur.

Deux candidats briguaient cette présidence : Pierre Magne de la Croix, en poste à la paroisse du Bouclier à Strasbourg, et Céline Sauvage, pasteure à Illzach, dans l’agglomération mulhousienne. C’est le premier qui a été choisi le 24 septembre par le Conseil synodal, l’organe exécutif de l’EPRAL, pour poursuivre jusqu’à son terme, en 2024, le mandat entamé par Christian Krieger. Quant à Céline Sauvage, qui faisait déjà partie du Conseil synodal depuis 2021, elle en reste membre.

À l’issue de ce synode électif, le Conseil synodal de l’EPRAL voit sa composition évoluer de la manière suivante :

  • Pierre Magne de la Croix est élu président
  • Jean-Gustave Hentz, vice-président, élu en septembre 2021, reste membre
  • Céline Sauvage reste membre
  • Martine Kapp est élue à la place de Pierre Magne de la Croix, démissionnaire
  • Magali Grunnagel est élue à la place de Jonathan Fabry, démissionnaire

Les priorités affichées du nouveau président de l’EPRAL

Le nouveau président de l’EPRAL était pasteur au Bouclier depuis septembre 2007. Il a vécu toute son enfance dans la vallée de la Thur, dans le Haut-Rhin, puis à Aix-en-Provence. Marqué par le scoutisme unioniste et la paroisse ERF d’Aix, il a fait ses études de théologie à l’Institut Protestant de Théologie de Paris et Montpellier, à l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, et enfin à l’Université d’Heidelberg. Ministre de l’Église Réformée de France, avant la création de l’EPUdF en 2013, il a été pasteur à Nancy (dominante jeunesse, étudiants, formation), à Castres (dominante jeunesse, aumônerie de l’hôpital, relations avec la cité), intérimaire deux ans à Montbéliard avant d’arriver au Bouclier.

En annonçant sa candidature, il avait mis en avant trois priorités s’il devait être élu :

  • Une attention et une présence soutenues à la paroisse, échelon local de l’Église, et aux pasteurs. « Une de mes préoccupations, indiquait-il notamment, sera la baisse annoncée des pasteurs suite aux nombreux départs en retraite. Un autre sujet est la fragilisation du tissu paroissial. J’aurais à cœur de visiter, d’accompagner les paroisses, leurs différents modèles, leurs évolutions pour les aider à préparer leur vie et leur témoignage pour les années prochaines. »
  • « Le souci de faire vivre et évoluer nos institutions » , en soulignant : « Nos cultes statutaires d’Alsace-Moselle sont une chance et une reconnaissance de la place de notre protestantisme mais sont pour nous des structures à faire vivre et évoluer ».
  • Une responsabilité dans la participation au débat public : « Nous sommes en Alsace-Moselle, soulignait Pierre Magne de la Croix, parmi les représentants et les acteurs d’une laïcité ouverte qui se vit de manière forte au cœur de l’Europe : à ce titre, nos contributions aux débats publics sont attendues et écoutées ».

L’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (EPRAL) dont Pierre Magne de la Croix assure désormais la présidence constitue, avec l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (EPCAAL,) l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL). L’UEPAL est elle-même l’une des trois unions d’Églises membres du Défap, avec l’Église Protestante Unie de France (EPUdF) et l’Union Nationale des Églises Protestantes Réformées Évangéliques de France (Unepref).




Élie, trois ans après : la mission et ce qu’elle change

Élie Olivier était parti avec le Défap en tant que service civique en 2019, pour une mission d’animateur linguistique – échanges interculturels à Antsirabe (Madagascar). La pandémie de Covid-19 et les restrictions sanitaires l’avaient contraint à écourter sa mission. Mais cette période n’en a pas moins représenté un moment charnière dans sa vie. De retour au Défap trois ans après, il témoigne.

Élie Olivier de retour au 102 boulevard Arago, dans le jardin du Défap © Défap

Que dirais-tu aujourd’hui de ta mission, entre ce que tu as découvert sur place et les conditions dans lesquelles tu es rentré en France ?

Élie Olivier : Je travaillais au centre Akanysoa, à Antsirabé, une ville qui se situe dans le centre de Madagascar : c’est à la fois un orphelinat et une école primaire. Du coup, mon activité aussi était double : à l’école, pendant les journées de la semaine, j’étais assistant de français ; les soirs et les week-ends, je faisais de l’animation pour les enfants de l’orphelinat. Avec des activités qui pouvaient aller de l’atelier de jeu d’échecs au football, en passant par la musique, le solfège… Je m’étais aussi procuré du matériel scolaire pour le centre. Mais en pleine mission, tout a été interrompu par la crise sanitaire. J’ai dû rentrer en France au bout de six mois, alors que la mission aurait dû en durer dix. J’en ai gardé un certain goût d’inachevé. Et néanmoins, cette mission m’a, sinon transformé, du moins aiguillé dans mes choix de vie et professionnels. Je ne suis pas le seul à avoir fait ce genre d’expérience : je crois vraiment que lorsqu’on va dans la Grande Île, on en tombe facilement amoureux. Amoureux à la fois du pays lui-même, de la culture, et des gens. Je reviendrai un jour à Madagascar, c’est une certitude ; et j’irai probablement vivre sur le continent africain d’ici quelques années. Cette mission, bien qu’écourtée, m’a confirmé que c’est là que je veux vivre. Il y a tellement de choses à y faire, à construire ; par opposition à ce que l’on vit dans nos pays où l’on a plutôt tendance à déconstruire… Je pense que notre société a énormément à apprendre et que les relations avec des pays comme Madagascar, avec des continents comme l’Afrique, sont nécessaires. Nous avons beaucoup à nous inspirer de la résilience de ces sociétés ; les coopérations Nord-Sud peuvent être très fructueuses. Et il est essentiel de toujours garder en tête les aspects humain, spirituel… Pour cela, des organismes comme le Défap ont un rôle fondamental.

Le retour a-t-il été difficile, en pleine pandémie de Covid-19 ?

Paradoxalement, non. On nous avait beaucoup parlé du choc du retour lors de la formation au Défap ; de la difficulté qu’il peut y avoir à reprendre pied dans une société qui a continué à avancer sans vous, alors même que vous avez pu vivre des choses en cours de mission qui ont provoqué chez vous des prises de conscience, des manières différentes de percevoir le monde et votre propre vie… Mais en fait, j’ai retrouvé une société française aux prises avec une crise tellement inédite que toutes les habitudes y étaient bouleversées : finalement, c’est le pays que j’ai retrouvé à mon retour de mission qui était en train de vivre un choc ! Et curieusement, j’ai l’impression que cette période a aussi entraîné des prises de conscience au sein de la société, qui n’ont fait que me conforter.

Quelle orientation a pris ta vie après ce retour ?

Je faisais auparavant des études très théoriques, dans le domaine de l’astrophysique. J’ai éprouvé le besoin de me réorienter vers un cursus beaucoup plus concret. C’était quelque chose qui se dessinait déjà en amont de ma mission, mais disons que mon passage à Madagascar a été la confirmation que j’avais besoin de quelque chose de moins éloigné des enjeux humains. J’ai donc préparé, en alternance, le MBA du Collège des Ingénieurs, dont la formation couvre les domaines suivants : finance, production et organisation, ressources humaines et communication, stratégie et marketing, et leadership. Et dès l’an prochain, je serai en poste en tant que « business developer » (ou « responsable du développement ») au sein du groupe Total Eren (anciennement Eren Renewable Energy), spécialisé dans le développement de projets tournant autour des énergies renouvelables. Au sein d’une telle entreprise, on peut intervenir sur tout le cycle de vie d’un projet, depuis sa conception jusqu’à sa mise en place. Je travaillerai à promouvoir des projets liés au solaire ou à l’éolien sur le continent africain – et plus particulièrement en Afrique australe, comme en Zambie. Et je serai plutôt en amont : il s’agira pour moi de sélectionner les projets, de trouver des partenaires, des financements (banques, Agence Française de Développement…), de les promouvoir auprès des décideurs politiques…

Et ta mission a vraiment influé sur ce changement de cap ?

Oui : je me suis rendu compte que j’ai besoin d’une activité qui me permet d’agir pour les autres de manière concrète. Voir l’impact de mes actions, c’est ce qui me donne de la motivation. J’ai besoin de sens pour être épanoui et heureux dans mon travail. Et je peux ainsi m’inscrire également dans quelque chose qui a du sens au niveau global. Par exemple, sur le plan professionnel, j’avais une autre proposition : travailler au développement de l’éolien en Europe du Nord. Mais ce poste de « business developer » pour l’Afrique est plus satisfaisant : il me permettra de participer au développement des énergies renouvelables sur le sol africain. Et je pourrai me dire que chacun des projets que je porterai aura un véritable impact économique, social et environnemental dans les pays concernés. À terme, j’aimerais que ça participe au développement de l’économie de ces pays, qui ont bien souvent d’importantes ressources minérales, mais dont l’exploitation se fait ailleurs.




Passage de relais à la tête de la FPF

L’Assemblée générale de juin 2022 de la Fédération protestante de France a vu la rencontre de deux présidents et de deux secrétaires généraux – François Clavairoly et Georges Michel accueillant ceux qui leur succéderont dès le début du mois de juillet : Christian Krieger et Jean-Raymond Stauffacher. L’occasion d’esquisser quelques projets d’avenir.

François Clavairoly donnant symboliquement une bible à Christian Krieger © Jean-Luc Gadreau/Twitter

Une bible, et une croix huguenote. Ce sont les deux objets symboliques que François Clavairoly a donnés à son successeur désigné, Christian Krieger, au cours de l’Assemblée générale de la Fédération protestante de France qui s’est tenue le 11 juin à Paris. Même s’il restait encore quelques jours avant que ce dernier ne prenne officiellement la présidence de la FPF, la réunion marquait clairement une nouvelle étape dans la vie de l’instance représentative du protestantisme français auprès des pouvoirs publics.

Car au-delà du départ de François Clavairoly, le personnel de la Fédération connaît un important renouvellement : Georges Michel cède ainsi la place de secrétaire général à Jean-Raymond Stauffacher, président de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref) ; Thierry André, en charge du lien fédératif avec les pôles régionaux de la FPF, quitte aussi ses fonctions, de même que Patrick Lagarde, qui occupait le rôle de trésorier. Cette AG a aussi été l’occasion de dire au revoir et merci à la directrice de la communication, Aude Millet, au bout de neuf années à la tête de ce service.

Un renouveau annoncé du projet Mosaïc

Pour François Clavairoly, c’est une page de neuf ans à la tête de la FPF qui se tourne ; pour Christian Krieger, une nouvelle étape dans une série d’engagements qui l’ont déjà mené à la FPF, dont il a été vice-président de 2015 à 2019. Également engagé dans la commission des relations avec le judaïsme de cette même FPF, il est l’auteur de la déclaration fraternelle au judaïsme « Cette mémoire qui engage » remise dans le cadre du 500e anniversaire de la Réforme protestante. Président de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (Epral) et vice-président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal), il est aussi membre du Conseil d’Églises chrétiennes en France. En tant que président de la Conférence des Églises européennes (CEC), il a aussi eu l’occasion de se familiariser avec les relations entre Églises par-delà les frontières, avec parfois des relations directes avec l’actualité la plus difficile et la plus immédiate – comme lorsqu’il a appelé l’Union européenne, les dirigeants politiques et la communauté internationale à ne ménager aucun effort pour limiter les effusions de sang et assurer la paix par le dialogue diplomatique en Ukraine. Un appel resté vain, il est vrai, tout comme celui lancé à l’Église orthodoxe russe.
 

 
Quand deux présidents et deux secrétaires généraux se croisent à la Fédération protestante de France, ils évoquent ce qui a été accompli et font des projets pour l’avenir. Dans son discours, François Clavairoly a mis l’accent sur le lien fédératif, « essentiel » selon lui. Un aspect sur lequel Christian Krieger a beaucoup travaillé, avec Valérie Duval-Poujol, dans le contexte des tensions entre Églises évangéliques et luthéro-réformées autour de la question de la bénédiction de couples mariés de même sexe qui avaient émergé après le synode de Sète. François Clavairoly a également évoqué la capacité à porter le témoignage de l’Évangile dans la société civile. Christian Krieger, pour sa part, lors de sa prise de parole, tout en remerciant son prédécesseur, a évoqué l’importance du dialogue œcuménique et interreligieux en France et en Europe, la question du rapport Églises-États au regard des échanges au niveau de la Conférence des Églises européennes ; le besoin de faire entendre la voix du protestantisme dans la société ; la place de la spiritualité dans le principe de la laïcité française…

Évoquant des chantiers concrets, il a indiqué que le lien fédératif serait intensifié et incarné ; il a évoqué une rencontre avec tous les acteurs du protestantisme ; il a également parlé d’un renouveau du projet Mosaïc, qui vise à favoriser la rencontre et la collaboration des Églises et communautés de diverses cultures et origines, ainsi qu’à accompagner celles qui le souhaitent sur le chemin de l’intégration. Il propose également une réflexion sur des questions de diversité culturelle, théologique et ecclésiologique à ces Églises comme aux Églises établies de longue date. Un projet qui, lors de son lancement en 2008, avait associé la FPF et le Défap, dont les réflexions avaient été essentielles à sa mise en place.




Défap et CPLR : une relation au service de la mission

Si le Défap est spécialisé dans les échanges et les rencontres entre Églises du Nord et du Sud, dans quel cadre a pu s’organiser le stage interculturel qui rassemble 24 pasteurs de France et du Togo dans la chapelle du 102 boulevard Arago ? Quelles sont les relations qui unissent Défap et CPLR ? Petit retour historique sur des liens qui ne datent pas d’hier…

Franck Agbi Awume, professeur en Nouveau Testament à la Faculté d’Atakpamé, au Togo, intervenant lors de la session retour de l’échange interculturel France-Togo organisé par la CPLR et le Défap © Défap

Dans le paysage institutionnel complexe du protestantisme français et européen, la CPLR (Communion protestante luthéro-réformée) occupe une place particulière. Elle marque la volonté de rapprochement entre les différentes Églises protestantes de France – une volonté exprimée fortement dans toute la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale, et qui s’était marquée dès les années 60 par une première tentative d’union institutionnelle, alors avortée (Esquisse pour une Église évangélique unie). Il est vrai que, si les Églises luthériennes et réformées sont issues de deux mouvements de réforme distincts, les antagonismes et les rivalités du XVIème siècle se sont très largement émoussés au fil du temps, des rapprochements se sont produits – et le traumatisme de la Deuxième Guerre mondiale a encore accentué ce mouvement en poussant les Églises à s’interroger sur ce qui les rapprochait face à la possibilité d’un État totalitaire, c’est-à-dire susceptible de phagocyter jusqu’à la fonction même des Églises.

Des « Quatre bureaux » au CPLR

Même si elle n’avait pu aboutir, cette première tentative d’union dans les années 60, qui préfigurait déjà la double création de l’UEPAL et de l’Église protestante unie de France, avait débouché sur la constitution d’une instance de dialogue dite « des Quatre bureaux ». C’est cette instance qui, en 1972, devait devenir le CPLR : le Conseil Permanent Luthéro-Réformé, réunissant quatre Églises protestantes de France, à savoir l’ERF (Église réformée de France), l’EELF (Église évangélique luthérienne de France), l’EPCAAL (Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine) et l’EPRAL (l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine). Ce rapprochement s’inscrivait alors dans une dynamique européenne qui devait se traduire par la signature en 1970 de la Concorde de Leuenberg, texte d’accord théologique reprenant les grandes questions des sacrements(Baptême et Cène) et des ministères. Une signature qui permettait la création, le 16 mars 1973, de la CEPE (Communion d’Églises protestantes en Europe), réunissant les Églises luthériennes e réformées d’Europe sous le nom de Communion ecclésiale de Leuenberg. La CEPE compte aujourd’hui 105 Églises membres.

Au sein du Conseil Permanent Luthéro-réformé, chaque Église gardait son autonomie institutionnelle, et le CPLR était chargé d’une tâche de coordination sur divers grands dossiers : la formation et l’échange des ministres, la catéchèse, la mission, les délégations internationales, certaines questions théologiques et pastorales. Au fil du temps, les rapprochements se sont accentués entre luthériens et réformés : l’EPCAAL et l’EPRAL ont formé l’UEPAL en 2006, l’ERF et l’EELF ont formé l’Église Protestante unie en 2013. Le CPLR est devenu la CPLR en 2007 (Communion protestante luthéro-réformée), tout en conservant son rôle de coordination. Il est vrai qu’en dépit des rapprochements opérés entre luthériens et réformés à la fois en Alsace-Moselle et dans la « France de l’intérieur », il reste encore un obstacle institutionnel très difficilement franchissable pour permettre une union nationale : la différence des statuts juridiques entre Églises héritée du Concordat. La loi de séparation de l’Église et de l’État votée en 1905 ne s’applique pas dans les départements du Bas Rhin, du Haut Rhin et de la Moselle, où les Églises sont reconnues par les institutions publiques qui financent les traitements des pasteurs et l’entretien des bâtiments. Le rapprochement des protestants de France est donc toujours un processus en cours, et la CPLR et les différentes personnalités qui ont été amenées à la présider y jouent un rôle : avant Joël Dautheville (qui avant de présider le Défap, a présidé la CPLR) et son prédécesseur, Geoffroy Goetz, la CPLR avait ainsi eu à sa tête François Clavairoly, devenu par la suite président de la Fédération Protestante de France.

Les liens CPLR – Défap

Les domaines d’intervention de la CPLR (formation, mission…) ont poussé à des rapprochements avec le Défap, service missionnaire des Églises luthéro-réformées (même si l’une des Églises membres du Défap, l’UNEPREF, n’a pas de liens avec la CPLR). Si la formation initiale des pasteurs est assurée par la faculté de Strasbourg en Alsace-Moselle, et par l’Institut Protestant de Théologie pour la « France de l’intérieur », la formation permanente, élément essentiel de la vie des pasteurs, est gérée depuis longtemps en commun grâce à la CPLR. Pour le Défap, il s’agissait de promouvoir les thèmes de la missiologie et les préoccupations liées à la mission dans le cadre de cette formation continue. Après diverses expériences d’échanges de pasteurs (par exemple, un pasteur français pouvait partir un mois au sein d’une Église béninoise, et en retour, un pasteur béninois pouvait venir en France), expériences qui se heurtaient souvent à la difficulté de rendre les pasteurs disponibles durant une période aussi longue, le Défap a décidé de s’insérer dans les stages de formation de la CPLR. Avec l’idée d’organiser tous les deux ans un stage en commun Défap-CPLR, le Défap s’occupant de l’animation internationale. C’est ainsi qu’ont été mis sur pied des stages au Sénégal, au Cameroun, au Maroc, au Togo…

Concrètement, le stage qui se déroule en ce moment au 102 boulevard Arago, à Paris, et axé sur les miracles et guérisons, a été organisé par la CPLR, en lien avec les Églises de France et l’EEPT (Église Évangélique Presbytérienne du Togo) ; il a été facilité par le Défap, qui assure les liens entre Églises côté français, et assure aussi les liens Nord-Sud entre partenaires.




Mort d’Éric de Putter : le Défap reçu au ministère de la Justice

Éric de Putter © Défap

Plus de deux ans après l’assassinat d’Éric de Putter, le 8 juillet 2012 à Yaoundé, les questions soulevées par cette mort restent sans réponse satisfaisante. Les lenteurs de la justice suscitent l’incompréhension non seulement en France, où l’ensemble de la communauté protestante a été frappée par les circonstances de cette disparition, mais aussi au Cameroun, et notamment sur le campus de l’Université protestante d’Afrique centrale, où a eu lieu le drame. A Paris comme à Yaoundé, les autorités sont interpellées pour qu’enfin l’enquête progresse.

Du côté français, le président et le secrétaire général du Défap ont été reçus le 5 novembre au ministère de la Justice. Outre un proche conseiller de la Garde des Sceaux, ils ont pu échanger notamment avec un représentant du BEPI (Bureau de l’Entraide Pénale Internationale), un représentant de la Direction des Affaires criminelles et des grâces, et un représentant de la Direction des Affaires Européennes et Internationales. Cette rencontre s’inscrivait dans la suite d’une réunion organisée le 23 juillet dernier. Le Défap  avait alors transmis aux services de la garde des Sceaux un dossier complet rappelant les conditions de la mort d’Éric de Putter, ainsi que les démarches entreprises depuis plus de deux ans.

Le parcours des commissions rogatoires

Le président et le secrétaire général du Défap ont reçu confirmation de l’attention portée par l’administration française à l’avancée de l’enquête sur l’assassinat d’Éric de Putter. Mais le ministère de la Justice doit bien constater que ses demandes n’ont pas reçu de suites de la part de l’administration camerounaise.

Dans les cas d’enquêtes impliquant deux pays et deux systèmes judiciaires, les procédures sont complexes. Les juges d’instruction ne peuvent agir directement à l’étranger et doivent émettre des demandes officielles d’entraide judiciaire. Une double enquête ayant été lancée, à la fois en France et au Cameroun, deux commissions rogatoires internationales ont été émises, l’une par un juge français, l’autre par un juge camerounais.

Dans un cas comme dans l’autre, la demande émise par le juge doit être transmise au procureur, puis au procureur général, puis au ministère de la Justice ; elle doit ensuite passer par le ministère des Affaires étrangères afin d’être transmise à un autre pays. Là, elle doit effectuer un parcours inverse jusqu’à aboutir chez le juge d’instruction.

« On ne peut pas oublier »

Dans le cas de la demande française, les services de la Garde des Sceaux ont eu confirmation qu’elle était bien parvenue au ministère des Affaires étrangères au Cameroun. Mais pas de nouvelles au-delà ; tout ce que l’on sait à ce jour est qu’elle n’a pas été suivie d’effets. De même, dans le cas de la commission rogatoire camerounaise, la demande a bien été émise par le juge, mais n’est pas parvenue à la justice française ; elle reste donc bloquée côté camerounais, sans que l’on sache au juste à quel niveau.

Du côté des Églises camerounaises et des autorités de l’Université protestante d’Afrique centrale, on s’efforce aussi d’obtenir des réponses. Sans succès, pour l’instant. « On se heurte à un mur », reconnaît un responsable du Conseil d’administration de l’UPAC en évoquant, de passage à Paris, de vaines démarches auprès des autorités judiciaires. L’émotion est toujours vive à l’UPAC, chez les anciens étudiants d’Éric de Putter comme au sein du corps enseignant. « Il était impliqué dans toutes les activités de l’UPAC », se souvient le recteur, Timothée Bouba (écouter son témoignage audio ci-dessous). « On ne peut pas oublier (…) tous ses étudiants continuent à prier pour la famille ». Nicodème Alagbada, nouveau président du Conseil d’Administration de l’UPAC (écouter son témoignage ci-dessous), souligne pour sa part que la promotion 2013 de la Faculté de théologie a été baptisée « promotion Éric de Putter », pour « garder en mémoire ce professeur qui constitue pour nous un symbole de courage ».

Témoignages audio

Nicodème Alagbada : « Nous déplorons le silence de la justice »

Nicodème Alagbada : « Son souvenir inspire le respect »

Timothée Bouba : « Ses étudiants prient pour que lumière soit faite »



Enquête sur la mort d’Éric de Putter : le point au 30 octobre

Éric de Putter © Défap

Plus de deux ans après l’assassinat d’Éric de Putter, la coopération judiciaire entre la France et le Cameroun semble toujours aussi difficile. A la douleur de ses proches et de tous ceux qui l’ont connu et apprécié, à l’émotion de l’ensemble de la communauté protestante française frappée par les circonstances de sa disparition, s’ajoute l’incompréhension devant les lenteurs de la justice. Une double procédure judiciaire a été lancée, à la fois à Yaoundé et à Paris ; aussi le Défap poursuit-il ses efforts auprès des autorités tant françaises que camerounaises pour que l’enquête progresse. Tout en s’assurant que les dysfonctionnements qu’Éric de Putter avait dénoncés au sein de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC), où il enseignait, ne sont pas oubliés et que des réformes profondes sont entreprises.

Éric de Putter avait 31 ans lorsque, le 8 juillet 2012, il a été poignardé à son domicile à Yaoundé. Ce jeune théologien, envoyé par le Défap en tant que Volontaire de Solidarité Internationale, enseignait alors depuis deux ans l’hébreu, l’Ancien testament et les religions comparées à l’UPAC, au sein de la Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses. Nul n’a vu son assassin. Dans les mois précédant sa mort, il avait dénoncé des comportements inacceptables au sein de la Faculté de Théologie de l’UPAC ; c’est dans ce sens que s’est orientée l’enquête au Cameroun dès les premières semaines, aboutissant à deux arrestations. Mais au bout d’un an, ces deux personnes ont été relâchées, faute de preuve. En l’état actuel de l’enquête, rien ne permet d’établir un lien formel entre les faits que dénonçait Éric de Putter, et sa mort. Face à une procédure qui ne progresse plus, le Défap attend des autorités de la République qu’elles fassent tout pour que lumière soit faite, et multiplie les rendez-vous.

  • Le président et le secrétaire général du Défap se rendront le 5 novembre au ministère de la Justice pour faire le point sur l’enquête, et savoir quelles sont les dernières informations obtenues par la justice française. Ce rendez-vous fait suite à une rencontre qui avait eu lieu le 23 juillet dernier. Les représentants du Défap avaient alors transmis aux services de la garde des Sceaux un dossier complet rappelant les conditions de la mort d’Éric de Putter, ainsi que les démarches entreprises. Les représentants de la ministre avaient fait savoir de leur côté que la justice française s’emploie à obtenir l’exécution de la commission rogatoire internationale adressée à la justice camerounaise. Tout en assurant qu’à ce jour, aucune commission rogatoire internationale n’avait été adressée par la justice camerounaise à la justice française.
  • Des représentants de l’UPAC sont attendus début novembre à Paris, au 102 boulevard Arago, lors d’une réunion placée sous l’égide de la Cevaa, pour faire le point avec les partenaires sur les réformes entreprises au sein de la Faculté de Théologie. Pour la mémoire d’Éric de Putter, il est nécessaire que les dysfonctionnements qu’il avait dénoncés avant sa mort soient résolus.
  • L’association « Semeurs de Liberté » a, parallèlement, lancé une pétition adressée à la ministre de la Justice publiée sur la plateforme « change.org » et réclamant « Justice pour Éric de Putter ». Constituée autour des proches du jeune théologien, cette association s’efforce aussi de faire avancer les enquêtes en France et au Cameroun, et d’obtenir des réponses. Dans sa pétition, elle souligne : « Conformément à l’accord de coopération en matière de Justice liant le Cameroun et la France, nous demandons aux autorités compétentes de garantir l’application de l’entraide judicaire et de s’assurer que les procédures soient faites dans la plus grande transparence. »



Centrafrique : «Les vieilles recettes de sortie de crise ne marcheront pas»

En RCA, le passage de relais entre la Misca, la force africaine, et la Minusca, la force de stabilisation des Nations Unies, a eu lieu officiellement le 2 septembre. Le début du déploiement de cette nouvelle mission internationale est prévu le 15. Elle doit notamment protéger les populations et soutenir la transition politique. Une transition qui semble aujourd’hui bien difficile à mettre en œuvre.

Bangui, avril 2014 : des jeunes de l’Eglise protestante Christ-roi présentent une scénette où la lumière de la persévérance garde allumées celles de la paix, de la joie, de l’amour et du pardon. © Claire Bernole pour Défap

La République centrafricaine, championne des missions de l’Onu, en a déjà connu plus d’une dizaine : il y a eu la Misab, la Minurca, le Bonuca, la Fomuc, la Micopax… Voici désormais la Minusca, ou Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine. L’accord sur le transfert de la force africaine Misca (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite Africaine) vers la Minusca a été signé ce mardi 2 septembre entre le Représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour la RCA, le général Babacar Gaye, et le ministre centrafricain des Affaires étrangères Toussaint Kongo Doudou.

Prévue pour comporter, à terme, 10.000 soldats et 1800 policiers, la Minusca a été officiellement créée par une résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies votée à l’unanimité le 10 avril 2014, et sa mission débute le 15 septembre. Près de 7600 Casques bleus devraient prendre part à l’opération dans un premier temps ; la plupart opèrent déjà sur place dans le cadre de la Misca, déployée depuis décembre 2013 et qui compte 6000 soldats. La France est présente pour sa part à travers l’opération Sangaris qui regroupe 2000 hommes, et l’UE a envoyé 150 hommes dans le cadre de l’opération de l’Union européenne pour la stabilisation en RCA (Eufor). Le déploiement de la Minusca devrait se poursuivre jusqu’au 30 avril 2015. Les soldats de l’ONU seront envoyés sur tout le territoire centrafricain avec trois états-majors: un dans l’Ouest, à Bouar du pays ; un autre dans le Centre-Ouest, à Kaga-Bandoro ; un troisième dans le Centre-Est, à Bria.

« Personne n’est dupe »

Pour soutenir le programme d’aide à la population centrafricaine, adressez vos dons à :

 – Fondation du Protestantisme, 47 rue de Clichy – 75 311 Paris cedex 09.
Dons en ligne : www.fondationduprotestantisme.org
Les chèques ou virements doivent être libellés à l’ordre de «Fondation du protestantisme». Porter la mention «Solidarité protestante-RCA» au verso des chèques.
IBAN : FR76 3078 80010010 2078 2350 030
Banque Neuflize OBC Paris 8° (Pour les virements bancaires).
CODE BIC : NSMBFRPPXXX
Les dons versés à la Fondation du protestantisme, fondation reconnue d’utilité publique, sont déductibles des impôts. Merci d’indiquer vos coordonnées pour l’envoi du reçu fiscal.

La Minusca a reçu pour mission de protéger les populations, soutenir la transition politique, désarmer les ex-combattants, aider à la distribution de l’aide humanitaire et à la protection des droits de l’homme. Ce qui cantonne l’essentiel de son action à la sphère sécuritaire – là où les missions précédentes ont, précisément, montré leurs limites. Les armes circulent toujours, la criminalité se développe sans police et sans justice, rendant illusoire la protection des droits, le pays est dépendant d’une aide insuffisante, le gouvernement ne parvient à assurer aucune de ses missions régaliennes… et quant à la transition politique, beaucoup doutent qu’elle puisse se mettre en place dans les délais prévus. Elle doit théoriquement s’achever par des élections prévues en février 2015 ; c’est du moins la date qui a été arrêtée en novembre 2013 par le groupe international de contact. Dans cette optique a été mise sur pied une Autorité nationale des élections (ANE), qui a toutes les peines du monde à fonctionner, et dont le président Dieudonné Kombo-Yaya a reconnu lui-même lundi dernier sur RFI : « Personne n’est dupe. Aujourd’hui, les conditions actuelles font que le délai de février 2015 est peu envisageable. (…) Il faut penser automne 2015 plus qu’entre juillet et septembre où c’est la plus forte saison des pluies. C’est la version optimiste. ».

En début d’année, le diplomate français Didier Niewiadowski, longtemps en poste à Bangui, jugeait que la Centrafrique aujourd’hui n’est même plus un Etat fantôme : c’est désormais « un Etat fictif ». Interviewé en mars dans Libération, il mettait en garde : « Les vieilles recettes de sortie de crise ne marcheront pas. C’est privilégier la facilité, mais encourir aussi un cuisant échec que d’imaginer sortir de la crise par des élections avec une organisation étatique similaire (…) et en raisonnant dans un cadre uniquement étatique alors que la crise est aussi régionale. »

« Mauvaise gouvernance et prédation ont détruit ce qui restait de l’Etat »

En ce qui concerne la situation sécuritaire, pourtant au cœur du mandat des missions internationales jusqu’alors déployées dans le pays, il se montrait tout aussi critique : « Les milices anti-balaka, souvent dénommées à tort « milices chrétiennes » par opposition à l’ex-Séléka musulmane, ne sont toujours pas cantonnées à ce jour et encore moins désarmées, et cela en dépit des résolutions de l’Onu et de l’Union africaine. Cette situation les autorise à perpétrer leurs exactions en toute impunité. Les désœuvrés – paysans spoliés, coupeurs de route au chômage, enfants des rues non scolarisés – ont été rejoints par d’anciens militaires des Forces armées centrafricaines et par des boutefeux partisans de l’ancien président Bozizé (…) Ce ramassis, tout aussi inorganisé que l’ex-Séléka mais éparpillé en des groupuscules de quelques individus, se trouve livré à lui-même, obligé pour survivre de s’emparer des biens d’autrui et le plus souvent avec une violence extrême. »

Une analyse qui rejoint celle de l’International Crisis Group : son dernier rapport, La crise centrafricaine : de la prédation à la stabilisation, affirme la nécessité d’une approche qui articule l’opération de maintien de la paix avec la relance de l’activité économique, le soutien à la reconstruction de l’Etat et la lutte contre les trafics. « La mauvaise gouvernance et la prédation ont détruit ce qui restait de l’Etat, de l’économie et ont appauvri la population », affirme Thibaud Lesueur, analyste pour l’Afrique centrale. « L’actuel mandat de la mission de maintien de la paix n’est pas à la hauteur du défi centrafricain ».

Franck Lefebvre-Billiez

Pour aller plus loin :
Centrafrique: une nouvelle opération de l’ONU, pour quoi faire ? (sur le site de Libération)
Elections en RCA: le délai de février 2015 n’est «pas tenable» (sur le site de RFI)
La crise centrafricaine : de la prédation à la stabilisation (rapport, International Crisis Group)
Le mandat de la Minusca (sur le site de l’Onu)



Un culte à la mémoire d’Éric de Putter à Yaoundé

Éric de Putter © Défap

Le 8 juillet 2012, Éric de Putter, envoyé par le Défap au Cameroun, était assassiné. Le 13 juillet 2014, un culte en sa mémoire a été célébré à Yaoundé, alors que les questions soulevées par cette mort restent, au bout de deux ans, sans réponse satisfaisante. Les procédures judiciaires lancées tant en France qu’au Cameroun semblent bloquées. La douleur et l’incompréhension n’en sont que plus vives, que ce soit au sein de sa famille, au sein du Défap qui poursuit ses efforts pour faire avancer l’enquête, ou au sein de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC). A Yaoundé, la mort d’Éric de Putter a encore des conséquences aujourd’hui.

Ces conséquences ont été largement évoquées lors du culte du 13 juillet, qui a eu lieu dans la paroisse d’Essos sous la présidence conjointe des pasteurs Isaac Batome Henga et Richard Priso Moungole, respectivement Président Général et Vice-président de l’Église Évangélique du Cameroun (EEC). « Nous ne pouvons oublier le professeur Éric de Putter », a assuré le président de l’EEC dans son message adressé notamment aux autorités camerounaises, à l’Ambassadrice de France, et aux membres du Bureau National de l’Église Évangélique du Cameroun. « L’appel lancé par lui ne doit pas rester vain. »

Des réformes promises, qui restent à évaluer

Avant sa mort, l’envoyé du Défap avait dénoncé des dysfonctionnements graves au sein de la faculté de théologie, où il enseignait. Les faits qu’avait mis au jour le jeune enseignant de théologie n’ont pas été oubliés après sa disparition. Son refus des compromis n’est pas resté sans effet. Et au-delà de la faculté de théologie, c’est l’ensemble de l’UPAC qui a été mise en demeure par ses partenaires internationaux, dont le Défap et la Cevaa, de procéder à des réformes.

Précisément, dans son message, le révérend Isaac Batome Henga a évoqué, sans les détailler, les « réformes engagées par le Conseil d’administration de l’UPAC ». L’université s’est en effet engagée dans d’importants changements, dont ses partenaires viennent tout juste d’être informés. La portée réelle de ces réformes sera examinée dans les prochaines semaines, et du résultat de cet examen dépendra la suite des relations entre l’UPAC, la Cevaa et le Défap.

Le président de l’EEC a souligné qu’Éric de Putter est devenu « aujourd’hui pour nous, tout un symbole : le symbole d’un renouveau éthique et déontologique dans le système de gestion de nos institutions. » Il a tenu par ailleurs à « remercier l’Église Protestante Unie de France pour les maintes tentatives menées en faveur de l’établissement de la vérité au sujet du meurtre du professeur Éric de Putter », ainsi que le Défap pour ses « interpellations » sur le « suivi judiciaire, la réforme académique de l’UPAC (…) toutes choses qui permettent de maintenir l’idéal qu’a défendu Éric. »




Mort d’Éric de Putter : le Défap relance le ministère de la Justice

Éric de Putter © Défap

Deux ans après la mort d’Éric de Putter, envoyé en tant qu’enseignant de théologie au sein de l’Université protestante d’Afrique centrale, le Défap poursuit ses actions auprès des autorités tant françaises que camerounaises pour tenter de faire progresser l’enquête. Dans son discours prononcé le 1er juillet dernier, l’Ambassadrice de France au Cameroun est revenue sur la disparition de l’envoyé du Service protestant de mission, en reconnaissant que « les circonstances et les responsabilités de son décès ne sont pas encore établies ». Le Défap a par ailleurs été reçu le 23 juillet au ministère de la Justice, à Paris.

Les représentants du Défap ont notamment remis aux services de la ministre un dossier rappelant les conditions de la mort d’Éric de Putter, ainsi que les démarches entreprises. Ils ont souligné l’émotion et l’incompréhension de toute la communauté protestante, alors que la procédure judiciaire stagne, que le meurtre reste inexpliqué, et le ou les meurtriers impunis.

Une commission rogatoire camerounaise qui tarde

Le Défap attend des autorités de la République qu’elles fassent tout pour que lumière soit faite. Pour la famille d’Éric de Putter, pour tous ceux qui l’ont connu et souffrent de sa disparition, comme pour l’ensemble du protestantisme français qui réclame la vérité.

En réponse aux demandes du Défap, les représentants de la ministre ont fait savoir qu’à ce jour, aucune commission rogatoire internationale n’avait été adressée par la justice camerounaise à la justice française. Ils ont assuré par ailleurs que depuis juillet 2012, les ambassadeurs de France au Cameroun avaient fait tout leur possible pour hâter les procédures. Mais leurs moyens d’action sont restés limités : il n’est pas envisageable d’intervenir dans les affaires intérieures d’un État souverain.

Selon les assurances données au Défap lors de cette entrevue, à l’heure actuelle, l’instruction est toujours ouverte ; et la justice française s’emploie à obtenir l’exécution de la commission rogatoire internationale qu’elle a adressée à la justice camerounaise.

A la demande du Défap, une nouvelle rencontre aura lieu d’ici le mois d’octobre, pour faire le point sur les informations qui seront alors en possession du ministère de la Justice.




Mort d’Éric de Putter : le drame vécu au sein du Défap

Éric de Putter © Défap

« Ça fait deux ans qu’il est mort, deux ans qu’on cherche la vérité. » Ce cri des proches d’Éric de Putter, publié le 3 juillet 2014 dans Réforme, pourrait être aussi celui du Défap. J’en suis Secrétaire général depuis quelques semaines ; c’est de l’intérieur que je découvre les tenants et aboutissants de cette tragédie. Je porte la douleur de cette mort avec l’équipe du Défap, la famille et tous ceux qui en sont meurtris.

Depuis l’assassinat d’Éric de Putter le 8 juillet 2012, qu’a donné l’enquête ?

Deux personnes arrêtées dès juillet 2012,  puis relâchées au bout d’un an, faute de preuves. Rien n’autorise, en l’état actuel de l’enquête, à faire un lien formel entre les faits qu’Éric de Putter dénonçait au sein de la faculté, et sa mort. Nul ne peut se substituer à la justice. Personne, si douloureuse que soit l’absence d’Éric de Putter, ne doit se permettre de porter des accusations non fondées sur le plan judiciaire.

La sécurité de nos envoyés est notre préoccupation constante

La procédure menace de s’enliser.

Le Défap multiplie les pressions sur les autorités : ambassadeur de France au Cameroun, Quai d’Orsay, ministères camerounais et français de la Justice. Ces derniers jours encore nous nous battions pour obtenir une audience auprès de la Garde des Sceaux. Rendez-vous est pris pour fin juillet.

La sécurité de nos envoyés est notre préoccupation constante.
Ils bénéficient d’une formation poussée avant leur départ, ils savent qui joindre en cas d’urgence. Une veille sécuritaire est assurée. Chacun s’engage, par contrat, à se soumettre aux impératifs de sécurité adressés par le Défap, qui suit strictement les consignes du ministère des Affaires étrangères.

« Le Défap s’est clairement engagé afin que lumière soit faite et qu’un tel drame ne puisse se reproduire », indique un communiqué du Conseil du Défap de juin 2014. Le dossier mis en ligne sur notre site internet permet à tous de constater jour après jour ce qu’a fait et continue à faire le Défap. Il reprend aussi les articles de Réforme, qui a régulièrement souligné nos efforts répétés pour faire avancer l’enquête et notre volonté d’informer.

J’ai lu les rapports d’Éric de Putter, j’ai rencontré ceux qui lui ont rendu visite à Yaoundé quelques semaines avant sa mort. J’ai lu ses échanges de mails avec le Défap. Ils témoignent de ce qu’il a vu et vécu, de ses doutes ; des tensions avec les responsables de la faculté de théologie, puis des moments d’apaisement. Et aussi des « belles choses » qu’il vivait en tant qu’envoyé. J’ai longuement parlé avec ceux qui ont accompagné la famille d’Éric depuis deux ans.

Je peux affirmer ici qu’Éric a été particulièrement suivi et soutenu par le Défap, et plus largement par les Églises qui l’ont envoyé. Ce soutien s’est aussi manifesté sur le plan institutionnel en juin 2012, par l’envoi d’une lettre aux autorités de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC), appuyant ses demandes de réformes. Lettre approuvée et signée par plusieurs partenaires du Défap : la Cevaa, VEM (Vereinte Evangelische Mission), DM-échange et mission, Kerk in Actie. C’était là un message fort émanant de cinq institutions et une démarche qu’il appelait de ses vœux.

Mais rien n’apaisera la souffrance des proches, rien ne fera taire les questions de la petite fille née après la mort de son père. Chacun partage cette douleur.

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap