Guyane : visite auprès des partenaires locaux

Du 25 au 29 janvier 2017, le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, était en déplacement en Guyane auprès de l’Eglise protestante de Guyane et de son pasteur Dominique Calla. Il s’agissait également d’une visite pastorale.

Durant quatre jours, Bertrand Vergniol a eu l’occasion de rencontrer plusieurs interlocuteurs et de renforcer les liens existants avec les partenaires locaux.

Lors du culte du 29 janvier, Bertrand Vergniol a posé la question « quel doit être l’horizon de la présence de l’Eglise protestante de Guyane ? ».


Il a alors partagé trois pistes avec la communauté comme l’animation de la vie paroissiale et son développement, le rayonnement en Guyane d’une parole publique protestante, la mise en place d’activités sociales.

 

La présidente de l’Eglise protestante de Guyane, Monica Razafamihatratra, 2017, DR

 

Situation politique et économique de la Guyane
La Guyane est dotée d’une superficie équivalente à celle du Portugal. Elle compte plus de 250 000 habitants répartis majoritairement à Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni.

 

 

 




République centrafricaine : Bernard Croissant, un pasteur français à Bangui

Bernard Croissant, qui a vécu plusieurs mois en Côte d’Ivoire en tant qu’aumônier militaire de l’EPUdF, est aujourd’hui pasteur retraité. Il est parti à Bangui pour une mission d’accompagnement pastoral de l’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique. Il intervient dans le cadre d’un poste ouvert par la Cevaa. Voici son témoignage, porteur d’espérance, sur la situation actuelle en Centrafrique.

Bangui, la capitale martyrisée de la République Centrafricaine manifeste aujourd’hui une vie exubérante. Je n’y avais pas encore vu autant de monde, surtout des enfants se rendant à l’école.
A l’aéroport et tout au long de l’itinéraire qui mène à la FATEB ( faculté de théologie évangélique de Bangui), lieu de mon hébergement, une grande foule en liesse était présente. Ce n’était pas pour mon arrivée mais pour celle du Président de la République, Faustin Touadéra, qui avait emprunté le même vol d’Air France. On pouvait percevoir toute l’espérance placée dans ce président récemment élu, porteur des valeurs évangéliques pratiquées dans le cadre de son Assemblée Baptiste.
C’est dans ce contexte de vie libérée que j’ai entamé mon 4ème séjour d’accompagnement pastoral de l’Eglise protestante du Christ Roi. Il se terminera dans trois semaines après le culte d’installation des nouveaux diacres. Une journée complète sera consacrée à la préparation de cet événement important pour l’Eglise. En attendant les séances d’enseignement et de réflexion se succèdent auprès des groupes d’activités dont un groupe de jeunes adultes catéchumènes qui seront baptisés à Noël.
Au coeur de cette mission se trouve la formation des membres d’une cellule d’écoute et d’accueil de personnes victimes, traumatisées par les exactions de la guerre civile. Pour la seconde fois, l’intervention d’un psychothérapeute – Yann Jurgensen – est attendue et permettra une avancée significative dans la pratique de ce ministère de l’Eglise.
Enfin, je viens d’avoir la satisfaction de constater que la journée que j’avais consacrée, en avril dernier, aux aumôniers militaires avait porté ses fruits : un décret présidentiel officialise la création de l’aumônerie militaire des Forces armées Centrafricaines.
Le 1er décembre, jour de la fête nationale sera célébré avec joie et ferveur, marquant ainsi la liberté et la dignité retrouvées. Je suis heureux d’en être le témoin et le compagnon – au nom du Defap.




Des souvenirs plein la tête

Du 22 au 24 octobre 2016, le Défap réunissait à Paris l’ensemble des étudiants calédoniens du programme ABS (Après Bac Service). Ce programme, dont le service protestant de mission est chargé de l’accompagnement extrascolaire, offre à de jeunes kanaks la possibilité de poursuivre leurs études en France. Le Défap, au-delà d’un suivi personnalisé, organise régulièrement des évènements pour créer les rencontres et les échanges entre les étudiants. Cette fois, Elise Dangio, la responsable du programme ABS pour « Cadre Avenir » en Nouvelle Calédonie, était également présente. Au programme du week-end : visites de la capitale et des hauts lieux touristiques et ateliers de réflexion et d’échanges. Durant ces trois jours, « l’ABS Family », comme ils s’appellent, était heureuse de se retrouver.

La rencontre a été l’occasion de faire découvrir Paris aux jeunes étudiants mais aussi de créer des moments d’échange et de rencontrer la nouvelle promotion. Ils ont pu aussi vivre ensemble pendant plusieurs jours et en profité pour se retrouver. Les « anciens » pouvaient alors délivrer librement leurs conseils mais aussi faire le point sur les difficultés de chacun pour tenter d’y répondre tous ensemble. Les ABS ont également travaillé en groupe lors d’ateliers.

 

photo de groupe, octobre 2016, DR

Au Défap, Laura et Pascale, chargées du suivi extrascolaire des ABS, ont œuvré au respect de la convention du programme et au bon déroulement du week-end.  Durant leur séjour, les étudiants ont souhaité laisser des messages dans le livre d’or du service protestant de mission.

« C’était pour moi l’entracte dont j’avais besoin », nous confie Lina, une étudiante du groupe. « Après la reprise des cours, le retour à cette vie étudiante, après s’être remis dans le bain depuis septembre, cette rencontre a été bien plus qu’un simple rassemblement. C’était une petite pause dans le temps pour se retrouver, partager et reprendre des forces pour continuer chacun dans nos parcours ».

 

 

Messages laissés par les étudiants au Défap, octobre 2016, DR




Leslie, Yolande et l’accueil des ABS

Entre le 22 août et jusqu’au 10 septembre 2016, Leslie et Yolande ont prêté main forte à l’équipe du Défap pour l’accueil de leurs jeunes compatriotes de Kanaky-Nouvelle Calédonie, dans le cadre du programme ABS. Qui sont-elles ? Pourquoi se sont-elles engagées dans ce projet ? Elles ont répondu à nos questions.

 

Leslie Wanaï et Yolande Hnaweongo se sont beaucoup investies dans la mission que leur avait confié le Défap : assister les étudiants ABS arrivant de Kanaky-Nouvelle Calédonie jusqu’à leur départ pour les différentes villes où ils vont faire leurs études. Elles ont donc vécu trois semaines au rythme des arrivées et des départs. Quand l’une accompagnait des jeunes à la gare, l’autre s’affairait au téléphone pour trouver un logement manquant. Bref, un travail incessant et très absorbant.

Car cette année, de nombreux dossiers d’étudiants post-bacs ont été acceptés tardivement et pour certains, il a été difficile de trouver des logements : « J’ai cherché sur les sites d’annonces immobilières, mais beaucoup de studios étaient déjà loués car la rentrée scolaire est la même pour tous, explique Leslie. J’avais heureusement la ressource du réseau Défap : des pasteurs m’ont mise en relation avec des paroissiens propriétaires de logements vacants ».


Yolande et Leslie, septembre 2016, DR

Un programme bien connu

Leslie connaît bien les difficultés rencontrées par les étudiants du programme ABS à leur arrivée car elle en a fait partie. En 2013, elle a elle-même débarqué à Paris dans ce cadre, pour poursuivre un BTS comptabilité / gestion des organisations à Tours, avant de poursuivre ses études à Aubenas, où elle est encore cette année. C’est pourquoi le Défap l’a embauchée pour compléter l’équipe.

Yolande aussi est une ancienne ABS. Elle est arrivée à Paris en 2014 pour préparer un DUT Hygiène, sécurité, environnement, qui l’a conduit à un BTS métiers des services à l’environnement au lycée Rabelais, dans le 18èmearrondissement de Paris. De passage au Défap pour voir Laura Casorio, la responsable du suivi extrascolaire des ABS, elle a rencontré Leslie dans un des couloirs de la Maison des missions.  « C’était le premier jour des arrivées, raconte-t-elle. Leslie avait des difficultés pour trouver des logements. Comme j’étais disponible j’ai proposé mon aide bénévole à l’équipe ».

Des liens indéfectibles

Leslie et Yolande sont heureuses d’aider les jeunes ABS. « Ils sont comme des petits frères et des petites sœurs, nous venons du même endroit, explique Leslie. Ça me fait vraiment plaisir de les aider. Je leur donne des conseils, je leur raconte comment j’ai vécu mon arrivée en France. J’étais comme eux : c’était un nouveau pays, avec de nouveaux endroits et de nouvelles personnes, un climat différent, j’étais un peu perdue. Ici, au Défap, on est tous ensemble mais après ils seront seuls dans leurs écoles et dans leur quotidien, il faut donc qu’ils apprennent à s’organiser et être autonomes ».

D’où l’importance que revêt l’accueil sur place, à la gare de destination. De nombreux paroissiens, dans toutes les villes de France où se sont rendus les ABS, se sont mobilisés en dépit de leur agenda parfois chargé, et même si bien souvent ils ont été prévenus au dernier moment – oui, la rentrée des classes est souvent un exercice « acrobatique » sur le plan de l’emploi du temps – et ils ont accueilli chaleureusement les jeunes, les conduisant jusqu’à leur logement. Ils continuent d’ailleurs à veiller sur eux.

Le premier emploi du temps

Au Défap, un petit livret a été remis à tous, qui reprend en détail les différentes démarches indispensables à une bonne intégration dans leur nouvel environnement. Outre l’assistance individuelle, l’équipe du Défap a également assuré des ateliers collectifs destinés à faire le point sur les démarches administratives et tous les documents que chacun doit avoir avec soi pour démarrer, en toute sérénité, la vie estudiantine.

Pour Leslie et Yolande, ce moment d’accueil a été un travail pas si simple mais très enrichissant pour leur expérience professionnelle.

 

 




Les ABS arrivent !

L’ « Après-Bac-Service » est un programme qui permet aux jeunes de Kanaky Nouvelle-Calédonie de poursuivre leurs études supérieures en métropole. Dans la maison du Défap dès le 22 août 2016, ils sont accueillis par Laura, Pascale et Leslie, chargées du suivi extrascolaire.

L’objectif de ce préambule à la rentrée scolaire de l’automne est multiple : accueillir les étudiants à leur arrivée en métropole, les aider à finaliser leurs dossiers sociaux, les accompagner pour une installation qui tient compte du décalage culturel qu’ils vont vivre.

Ces quelques détails réglés, ils auront la joie de rejoindre leurs universités respectives aux quatre coins de la France : Pau, Strasbourg, Rennes, Toulouse, Avignon, Montpellier ou encore Cachan pour n’en citer que quelques unes. Les formations visées sont variées et toujours en rapport avec un projet professionnel : BTS métiers de l’eau, DUT carrières juridiques, BTS management des unités commerciales, DUT génie mécanique et productique…

A noter, cette année : l’effectif des étudiants accueillis en France va doubler. Cette décision, prise par le dispositif Formation Cadres Avenirs*, témoigne de l’engagement de l’Etat pour le programme politique destiné au rééquilibrage des compétences.
Des photos et plus d’informations sur les participants au programme ABS très bientôt.

 

* Formation Cadres Avenirs est financé à 90 % par l’Etat et à 10 % par la  Kanaky Nouvelle-Calédonie. Ce dispositif est encadré par un Comité de Suivi regroupant les forces vives, économiques et politiques caledoniennes, dont les signataires des Accords de Matignon Oudinot et de Nouméa.




Visite du groupe « Grand Kiff Océan Indien »

Ils sont 44 jeunes originaires de la Réunion, de Mayotte et de l’ile Maurice. Ils ont entre 15 et 22 ans et pour certains d’entre eux il s’agit d’un premier voyage en métropole. De passage à Paris, avant de rejoindre, le 24 juillet 2016, le rassemblement du Grand Kiff et de poursuivre leur tour de France, le groupe « Grand Kiff Océan Indien » a fait escale au Défap pour quelques jours. Retour sur un projet soutenu par le Service protestant de mission.



Le groupe « Grand Kiff Océan Indien » de passage au Défap (Paris, juillet 2016), DR

 

 

22 jours de voyage en Métropole

Le Défap et le Grand Kiff ont été deux étapes dans le périple de ce groupe de jeunes voyageurs.
Partis de chez eux le 18 juillet 2016, ils ont embarqué pour vingt-deux jours d’un voyage qui a pris des allures de tour de France : Paris, Saint-Malo, La Rochelle, Nîmes, Strasbourg, puis Genève, en Suisse. Les objectifs étaient nombreux :

  • permettre aux jeunes issus des îles d’élargir leur horizon
  • approfondir les rencontres au sein de la Communion des Eglises protestantes de l’Océan Indien (CEPOI)
  • découvrir et vivre la dynamique de la jeunesse protestante en France
  • vivre des temps forts avec les Eglises métropolitaines dans différents lieux
  • découvrir la métropole et l’histoire des protestants
Un projet de longue haleine

C’est en 2015 que naît le projet de faire venir le groupe des jeunes protestants de l’Océan Indien au Grand Kiff. Bertrand Vergniol, Secrétaire général du Défap, propose alors au pasteur de l’Eglise protestante de La Réunion (EPR), Charles Bossert, de convier le groupe au rassemblement de la jeunesse protestante à Saint-Malo. « Le plus difficile a été la coordination entre les iles », nous raconte Charles Bossert. Mais une fois le lien fait entre les groupes des différentes paroisses, tout s’enchaîne. Reste pourtant à réunir les fonds. En parallèle de l’aide financière du Défap et d’autres partenaires protestants, les jeunes du groupe s’investissent à 100 % : aide personnelle des familles, vente de gâteaux, organisation de karaokés, grandes fêtes pour l’Eglise, repas… Ainsi, le groupe parvient à réunir suffisamment d’argent pour financer le voyage.


escale au Défap

Durant près d’une semaine, le Défap a vécu au son d’un groupe de plus de cinquante personnes : les quarante-quatre jeunes voyageurs, le pasteur Bossert et toute une équipe d’encadrement composée de représentants des Eglises locales : Fali Rajaonarison (pasteur à Mayotte), Kevin Lavenerable (pasteur coordinateur à l’Ile Maurice), David Rakotonizao (animateur jeunesse à l’EPR), Mamy Raharison (animateur jeunesse à Mayotte), Myriam Bossert (chargée de la gestion et de l’infirmerie) et Josselin Simon (animateur jeunesse, aumônier des jeunes à Maurice).

« Cette étape parisienne a plusieurs facettes : continuer le rapprochement des protestants des différentes îles, découvrir le protestantisme français et se familiariser avec l’histoire à travers la visite de Paris », poursuit Charles Bossert.

Le séjour à Paris est en effet très riche. Au programme : visite du temple de l’Oratoire, du temple des Billettes, de la cathédrale Notre Dame de Paris, ballade en bateau-mouche, excursion au Musée d’Orsay et jeu de piste géant à travers les rues de la capitale.
 

 




Formation des envoyés 2016 : le bilan

Le 15 juillet 2016 s’achevait la formation des treize envoyés du Défap. Retour sur deux semaines d’enseignement et de rencontres.
Accueil des envoyés

Comme chaque année, toute l’équipe du Défap a accueilli les futurs envoyés. Sous forme de jeu, chacun s’est présenté, avant que tous ne reçoivent les informations essentielles sur le déroulement des deux semaines à venir, de même que les principales règles de vie au Défap. Un petit livret de présentation est alors remis à chacun.

Le premier jour est consacré à l’accueil : présentation du Défap, visite de la bibliothèque et des archives, réflexions sur le départ de chacun à travers le jeu « Je veux partir ».

 


Jeu d’accueil avec toute l’équipe du Défap, juillet 2016, DR

 


Visite de la bibliothèque du Défap avec Claire-Lise Lombard, juillet 2016, DR

Des profils diversifiés

Stéphane, Aimée, Christian, Samy, Nicolas, Salomé, Alexandra, Gérard, Gwénaëlle, Noémie, Camille, Lydie…ils sont treize cette année à avoir été candidats pour partir en mission dans huit pays à travers le monde.
Ils ont entre 18 et 54 ans, sont étudiants, infirmiers, menuisiers ou encore pasteurs et partent pour des durées allant de 10 mois à 3 ans.
Certains sont déjà partis en mission à l’étranger, tandis que pour d’autres candidats c’est la première fois.

 


Les futurs envoyés du Défap, juillet 2016, DR

Un programme passionnant

Chaque jour démarre par une méditation biblique animée par des volontaires à tour de rôle et coordonnée par les pasteurs Florence Taubmann et Jean-Luc Blanc.
Place ensuite à la « météo du jour », où chacun partage son humeur et/ou ses questionnements.

Les deux semaines de formation sont articulées autour de différents thèmes :
– les enjeux politiques
– l’interculturalité
– les relations entre chrétiens et croyants d’autres confessions
– les inégalités Nord-Sud
– les crises et conflits en milieu interculturel
– les relations avec l’Eglise d’accueil
– l’aspect santé de la mission

La conférence sur les crises et conflits en milieu interculturel est animée par Hervé Ott. Ce formateur est aussi consultant en approches et transformations constructives des conflits dans les groupes sociaux ou interculturels. Théologien de formation, il intervient dans le monde de l’éducation et du social. Pour lui, le conflit est inévitable et la préparation essentielle pour les candidats au départ. « Pour ces futurs envoyés, le conflit va forcément faire partie de la rencontre, car celle-ci est liée à la différence culturelle et aux incompréhensions », assure Hervé Ott.  » Dans ma culture, par exemple, c’est l’individu qui prime sur le groupe alors que dans d’autres cultures, comme en Afrique par exemple, c’est le groupe qui prime sur l’individu. Tout cela peut créer des situations d’incompréhensions ou des blessures. L’autre est blessé car je fais un acte qui correspond à ma culture, mais qui n’est pas forcément compris par l’autre. Il vaut donc mieux se préparer au conflit car notre bonne volonté ne suffira pas ».

 

Hervé Ott, intervenant du Défap
Co-auteur de « Pédagogies des rencontres et des conflits transculturels »
(Editions Chronique Sociale, 2014)

Pour Evelyne Engel, qui anime une série de conférences sur l’interculturalité, « l’objectif de la formation est d’éveiller les curiosités. Si, à la fin, les candidats ont moins de certitudes et se disent : « tiens je n’avais pas vu cela ainsi », c’est déjà une belle réussite ». (Retrouvez ici l’interview complète d’Evelyne Engel)

 


Conférence sur l’interculturalité avec Evelyne Engel, juillet 2016, DR

 

Des moments d’échange et de convivialité

La formation dispensée par le Défap se veut avant tout participative. Au-delà des cours, des ateliers pratiques sont aussi proposés, où l’on aborde différents thèmes comme la prévention et la sécurité. La parole est souvent donnée aux envoyés eux-même, comme lors de leur évaluation de mi-parcours. Maison du Défap, gestion du temps, outils… les candidats discutent déjà à propos des cinq jours qui viennent de s’écouler.


Echanges avec le pasteur Jean-Luc Blanc, juillet 2016, DR

Le partage d’expériences a également sa place. D’anciens envoyés formés par le Défap viennent témoigner de leur mission passée.

Ainsi Noémie, qui partira au Caire en septembre, se réjouit d’avoir fait connaissance avec Freddy : « c’ est très enrichissant et cela développe ma curiosité. Je n’aurai donc pas trop d’a-priori en arrivant. Même si, on le voit bien, chaque expérience est différente. »

En parallèle de la formation, chaque candidat est reçu en entretien individuel. Lors de cette entrevue, les futurs envoyés posent toutes les questions administratives et pratiques et finalisent leur dossier.

Bien plus qu’une formation stricto sensu, les deux semaines au Défap sont une expérience de vie unique en son genre.

Les temps libres se vivent souvent entre participants et équipe encadrante. Et les moments de partage sont nombreux : discussions, chants, soirées grillade ou paëlla, visionnage du match de la finale de l’Euro France-Portugal, visite de la cathédrale Notre Dame de Paris et initiation aux règles du Quidditch, un sport… magique !

Camille, la benjamine, s’est tout de suite sentie à l’aise avec les autres participants : « J’ai fait plein de belles rencontres, nous raconte t-elle. C’est très enrichissant de connaître les parcours et les expériences de chacun. Tout le monde a l’esprit très ouvert et… ça fait du bien ! »

 


Préparation de la paëlla par « le Capitaine », juillet 2016, DR

 

Un bilan positif

A l’issue des deux semaines, les participants sont ravis. « La formation concrétise vraiment le projet de départ, explique Noémie, on comprend mieux la place que l’on aura et ce que l’on fera une fois arrivés. Il y a de la théorie bien sûr, mais surtout, nous sommes en compagnie de gens qui sont dans le même état d’esprit que nous ».

« La formation m’a vraiment appris beaucoup de choses », confie Samy. « C’est à la fois de l’enseignement théorique et des cas pratiques. Cela nous permet de nous poser aujourd’hui les questions qui se poseront demain, pendant le voyage ».

Camille, qui partira en Egypte à la fin de l’été, dresse aussi un bilan très positif de cette expérience, « la formation m’a permis de me poser des questions sur moi-même et de voir comment je vais appréhender les situations. Ça prépare au voyage mais aussi aux différences de cultures. Une fois sur place, je pense que ce sera agréable d’être bien préparé. »

 

 




Pour un dialogue interculturel

C’est la troisième année qu’elle collabore avec le Défap. De mère occitane et de père allemand, Evelyne Engel s’est depuis toujours intéressée à la question de l’interculturalité. Ancienne responsable d’un centre d’hébergement pour réfugiés politiques, elle est aujourd’hui consultante sur les questions d’aménagements et d’interculturalité. Durant la formation des envoyés, elle animait une série de conférences. Face à nos questions, elle livre aujourd’hui sa vision de l’altérité et du vivre ensemble.

Comment peut-on définir l’interculturalité ?

Je ne pourrais pas donner de définition précise car en réalité il n’en existe pas. L’interculturalité c’est l’alchimie précieuse de la rencontre de l’autre dans toutes ses différences.

Qu’est-ce qui dans celui que je vais rencontrer m’interroge, me ravit, me questionne, me dérange ou me trouble ? Et au-delà de ce que je ressens, quelles sont les logiques qui sont en œuvre de son côté et du mien ? Pourquoi je pense cela à ce moment-là ? Qu’est-ce qui se passe dans ce rapport à l’autre qui m’est inconnu et qui suscite toutes ces palettes d’émotions ?

Voilà sur quoi nous pouvons nous interroger lorsque l’on parle d’interculturalité.

Evelyne Engel, DR

En quoi ce thème est-il essentiel durant la formation des envoyés du Défap ? 

Il est nécessaire de faire réfléchir à la richesse et à la complexité de la rencontre avec l’autre.
Ces personnes vont partir à la rencontre d’autres cultures et d’autres populations. Lorsqu’un envoyé séjourne dans un autre pays, il tente de trouver une place dans un univers culturel qui n’est pas le sien. Comment alors comprendre les réalités qui nous entourent et comment être en dynamique d’échange ? Chaque individu a déjà sa propre identité, une culture et une origine géographique. Et il doit composer avec celui qu’il rencontre. Mais comment faire pour rencontrer celui qui est différent de nous ? L’interculturalité c’est justement ça : l’interaction de toutes ces cultures.
La découverte de l’autre est toujours d’une grande richesse mais naturellement l’être humain a des réticences pour s’intéresser à l’autre. Entre le désir de bien faire et la rencontre elle-même, qui n’est pas évidente, il faut réussir à tisser une relation de confiance en soi et en l’autre. Car il ne faut pas non plus l’oublier, celui qui est en face de nous n’attend pas forcément la même chose.
A travers ces conférences, je ne cherche pas à donner de mode d’emploi, qui n’existe pas d’ailleurs. Je ne suis pas là pour parler des pays ou des continents. Je ne propose pas un modèle gravé dans le marbre. Il s’agit plutôt d’une façon d’observer le monde. Cette vision incite à se poser des questions et à s’intéresser à l’autre. Je donne donc une sorte d’outillage intellectuel qui permet d’ouvrir des portes et qui donne des clés de compréhension.
La solidarité qui est présente chez les envoyés est indispensable. Leurs parcours sont tous différents, tout comme leurs aspirations. Cela peut être la découverte, le partage, un élan de fraicheur ou de générosité. Mais ce désir d’aller vers l’autre est commun à tous.

 

Conférence sur l’interculturalité, juin 2016, DR

Durant cette formation, quel est votre objectif ?

Eveiller les curiosités : c’est ça l’objectif principal.
Une journée de formation c’est court. Si à la fin de cette journée, les candidats ont moins de certitudes et se disent : « tiens je n’avais pas vu ça ainsi », c’est déjà une belle réussite.

Je suis issue d’un métissage culturel.  Mon expérience c’est avant tout du terrain. Si j’arrive à transmettre le questionnement qui a jalonné mon parcours et ma vie, j’aurai réussi quelque chose.

 

L’intervention d’Evelyne Engel s’intègre au dispositif global de la formation des envoyés. Laura Casorio, responsable des envoyés du Défap, nous explique, elle aussi, pourquoi le service protestant de mission s’adresse à des professionnels (sociologues, formateurs ou chercheurs) pour enrichir le contenu de la formation de ses envoyés.

Pourquoi un tel enseignement, consacré à l’interculturalité, a-t-il sa place dans une formation comme celle des envoyés du Défap ?

Depuis des années, le Défap collabore avec des professionnels pour offrir aux envoyés une formation au départ au sens large du terme. La formation n’est pas construite pour répondre aux besoins de renseignement sur un pays ou sur les enjeux d’un métier. Bien-sûr, les envoyés reçoivent les renseignements nécessaires à leur mission avant leur départ.

Il s’agit d’outiller les envoyés à pouvoir interagir avec l’environnement, la société civile et la communauté locale avec laquelle ils vont passer un temps de leur vie plus ou moins long.
L’expérience du Défap d’envoi de personnes sur plusieurs dizaines d’années montre bien qu’ en mission le savoir-être prime sur le savoir-faire ce qui n’est pas évident pour des Français qui se lancent dans l’aventure d’une mission à l’étranger.

Dans cette optique, le choix fait dans le passé de donner de clés de lecture qui peuvent être ensuite utilisées, déclinées et personnalisées par chaque envoyé nous paraît toujours d’actualité.

 

 




De retour de Yaoundé

Le 28 juin dernier, le Défap et l’UPAC (Université Protestante d’Afrique Centrale) ont souhaité rendre hommage à Eric de Putter lors d’une cérémonie à l’Institut français de Yaoundé. De nombreuses personnes avaient fait le déplacement : proches, enseignants, étudiants, représentants de l’Eglise mais aussi Madame l’ambassadrice de France au Cameroun Christine Robichon, le professeur Jean-François Zorn, le vice-président du CEPCA le pasteur Richard Ondji’i Toung, le recteur de l’UPAC Timothée Bouba et la représentante locale de  »Semeurs de Liberté’ Nadeige Laure Ngo Nlend. Jean-Arnold de Clermont, président du Défap, et Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France, ont pris part à la cérémonie. De retour en France, ils ont répondu à nos questions.
Que retenez-vous de cette cérémonie ?

Jean-Arnold de Clermont : « Je retiens deux aspects majeurs, tout d’abord la manière dont nous étions les uns avec les autres. Il s’agissait d’une réflexion des Eglises sur le sens de cet assassinat. En retournant là-bas, nous souhaitions dire qu’il faut retrouver la force de reconstruire.

L’autre chose qui m’a marqué c’est que tous les gens que nous avons rencontré déplorent que la justice se soit enlisée à ce point. »

Laurent Schlumberger : « Tous les proches d’Éric et tous les partenaires étaient représentés. La présence de ces derniers est très encourageante, même si bien-sûr tout reste à faire. Car quatre ans après nous avons encore beaucoup d’interrogations : qui est le commanditaire de l’assassinat ? Qui est l’assassin ? Que s’est-il passé ? Des questions qui attendent encore des réponses.

Il est nécessaire que cette situation se débloque. J’attends ardemment cette évolution même si je sais que ça ne viendra pas seul. Nous continuerons à nous adresser aux différents services et autorités. »

 

Selon vous, cet hommage aura t-il un impact au Cameroun ?

Jean-Arnold de Clermont : « A la veille du quatrième anniversaire de l’assassinat d’Éric de Putter, il était important de lui rendre hommage, pour montrer que nous ne l’oublions pas et que le combat pour la justice continue. Il s’agissait aussi de faire pression sur les gouvernements français et camerounais pour faire bouger les lignes sur les plans de la justice.

Il faut que les gouvernements français et camerounais trouvent un terrain d’accord. Nous avons rencontré le directeur de l’université et l’ambassadrice de France. Nous demandons également aux Eglises du Cameroun de faire pression sur le gouvernement camerounais ».

Laurent Schlumberger : « Je veux être confiant, je pense que la volonté de trouver la vérité viendra mais rien n’est acquis. Le combat pour la vérité continue. Cette cérémonie avait aussi pour but d’encourager des déblocages. Il y a un vrai travail à faire pour délier les langues et pour que l’on sache ce qui s’est réellement passé. Il reste encore des zones d’ombre et nous espérons que les autorités relanceront la coopération judiciaire franco-camerounaise. Ce silence ne doit plus durer. »




Une journée sous le signe du partage

Le 23 juin 2016, le Défap recevait les accompagnateurs œcuméniques du programme EAPPI France dont il assure la coordination. Chaque année, le programme envoie quatre accompagnateurs en Cisjordanie. Ce jour-là, parmi les dix-neuf personnes présentes, candidats et anciens envoyés confrontent leurs attentes et leurs vécus. Une journée riche en partage d’expériences que nous vous dévoilons aujourd’hui.

Des profils divers pour une même mission de paix

Catholique, protestant, pasteur, professeur, avocat, ancien employé de banque ou aumônier…les profils des accompagnateurs EAPPI sont bien différents. Certains sont déjà partis plusieurs fois, d’autres ont simplement déposé leur candidature. Mais peu importe, ici il est avant tout question d’échange d’expériences et de débat autour des améliorations à proposer pour les futurs départs.

 

Session de travail du programme EAPPI France, juin 2016
© Agence Kaolin

Sur le terrain

Aucun voyage ne se ressemble mais les ressentis se rejoignent souvent. Témoins de la non-communication ou des difficultés à vivre et à comprendre les autres, les accompagnateurs EAPPI ont parfois été témoins de scènes violentes qu’ils partagent avec beaucoup d’émotion. Ce jour-là les témoignages se succèdent devant l’assemblée attentive : « il y’avait des incidents tous les jours », « un jour j’étais au checkpoint et il y a eu un phénomène de foule, les gens ont voulu passer au-dessus des barrières. Lorsque tout est revenu dans l’ordre je me suis dit : que pouvons-nous faire ?».

Le pasteur Bertrand Vergniol était à Hébron entre 2013 et 2014 et il en parle comme si c’était hier :
« Je me souviens d’une humiliation que j’ai presque vécu. Un homme âgé de 75-80 ans a été obligé d’enlever sa ceinture en passant au checkpoint. Le jeune soldat présent l’a considéré avec beaucoup de dédain, alors qu’il aurait pu être son grand-père. »

Si c’était à refaire…

Difficile de ne pas aborder ses regrets, ses craintes ou ses attentes pour d’autres départs.
A la question « si c’était à refaire ? », chacun apporte une réponse bien personnelle : « j’aurais aimé mieux comprendre le contexte sur place et les forces en présences », « j’aurais aimé avoir davantage d’échanges avec les Israéliens qui subissent aussi des attaques », « je voudrais plus développer l’aspect interreligieux ».

Participer à une mission de paix telle que le programme AEPPI ne laisse pas indemne. L’échange et le partage d’expériences sont donc particulièrement précieux.

 

 

 




Une cérémonie en hommage à Eric de Putter à Yaoundé

Éric de Putter, professeur d’Ancien Testament à l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC) à Yaoundé (Cameroun) et envoyé du Défap, a été assassiné le 8 juillet 2012 sur le campus. En ce 28 juin 2016, le Défap et l’UPAC lui ont rendu hommage. Lors de la cérémonie, organisée à l’Institut français de Yaoundé, Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France, a pris la parole. Retrouvez ci-dessous l’intégralité de son discours.

Le campus de l’UPAC à Yaoundé © UPAC

Quatre ans après la mort du professeur Eric de Putter

« Jusqu’à quand, SEIGNEUR, m’oublieras-tu sans cesse ? Jusqu’à quand te détourneras-tu de moi ? Jusqu’à quand aurai-je des soucis et chaque jour le chagrin au cœur ? Jusqu’à quand mon ennemi s’élèvera-t-il contre moi ?

Regarde, réponds-moi, SEIGNEUR, mon Dieu ! Fais briller mes yeux, afin que je ne m’endorme pas dans la mort, afin que mon ennemi ne dise pas : ‘je l’ai emporté sur lui !’, et que mes adversaires ne soient pas dans l’allégresse, si je vacille.
Moi, j’ai mis ma confiance en ta fidélité ; mon cœur trouve de l’allégresse en ton salut. Je chanterai pour le SEIGNEUR, car il m’a fait du bien. »

Ce sont les mots du Psaume 13. Les Ecritures bibliques tenaient Eric de Putter debout, vivant. Elles étaient la source de son courage d’être, l’horizon de sa joie, le quotidien de son travail, le souffle de son inspiration – et c’est pourquoi j’ai ouvert mon propos non pas avec mes propres mots, mais avec ceux que la Bible nous offre, à lui et à nous tous.

Les mots du Psaume 13, sont des mots de plainte, de lutte, de refus, de vie et d’espérance. Et c’est très exactement là que je me situe, devant vous et avec vous.

« Jusqu’à quand ? » Depuis bientôt quatre ans, nous pouvons reprendre cette question, qui martèle le début de ce psaume à quatre reprises. « Jusqu’à quand ? » Et ce psaume, nous pouvons le dire et le redire avec bien des voix. Nous pouvons le dire avec les voix de Marie-Alix, Ellie et Jean, Loïc et Yann : « Jusqu’à quand aurai-je chaque jour le chagrin au cœur ? » Avec la voix de Rachel, la fille de Marie-Alix et Eric : « Fais briller mes yeux ! » Avec la voix des collègues d’Eric : « Que mon ennemi ne dise pas ‘je l’ai emporté sur lui’. » Avec la voix de tant de fidèles, de pasteurs, de responsables des Eglises protestantes de France : « Que l’adversaire ne soit pas dans l’allégresse si je vacille. »

Ce psaume, nous pouvons le dire et le redire, non pas seulement avec les voix des personnes liées à Eric de Putter d’une manière ou d’une autre. Nous pouvons aussi le dire avec la voix de l’amitié franco-camerounaise, fragilisée par cette tragédie. Et le redire avec la voix de la fraternité d’Eglises-sœurs, Eglises en France, Eglises au Cameroun, Eglises en France et au Cameroun, une fraternité mise à l’épreuve par ce drame. Car ce qui a été atteint, le 8 juillet 2012 mais aussi dans l’enlisement judiciaire qui dure – qui dure « Jusqu’à quand ? » –, c’est non seulement la vie d’un homme, mais aussi plus que cela.

Le professeur de Putter incarnait cette amitié et cette fraternité. Il les personnifiait. Eric de Putter a grandi dans le Nord de la France, dans une petite région qu’on appelle la Thiérache. Un paysage vallonné et vert, plutôt à l’écart des grandes voies de communication, mais qui fut traversé de part en part et à plusieurs reprises par les grandes vagues de l’histoire européenne. Il a été éduqué dans la foi protestante de cette région, un protestantisme vivant et à la volonté farouche, qui a traversé les siècles en ne comptant souvent que sur ses propres forces enracinées dans la fidélité de Dieu. Il a mené ses études jusqu’au doctorat à la Faculté de théologie de l’Université de Strasbourg, un doctorat remarqué pour son excellence et récompensé par un prix. Il a approfondi sa formation par un séjour à l’Ecole biblique de Jérusalem. Et tout ce parcours, dont je ne fais que rappeler quelques traits connus de tous, s’est comme concentré dans cet envoi en 2010, ici à Yaoundé. Un envoi inscrit dans ce statut, si justement et magnifiquement intitulé : « Volontaire de la solidarité internationale » – et chaque mot compte. Un envoi inscrit dans les relations si anciennes et profondes qui lient le Cameroun et la France, les Eglises de France et celles du Cameroun.

Que cet homme, issu de ce Nord de la France si européen, formé dans une université enracinée dans une région à la double culture française et germanique, passé par le Proche-Orient, devienne professeur d’hébreu, d’Ancien testament et d’histoire des religions au sein de l’Université protestante d’Afrique centrale, représente en quelque sorte la quintessence de cette amitié franco-camerounaise, de cette fraternité entre Eglises du Cameroun et de France.

Bon nombre d’entre vous savent ce que représente ce que nous appelons un envoyé. En l’occurrence, il s’agissait d’un envoyé par le biais du Défap, Service protestant de mission, des Eglises de France vers des Eglises d’Afrique et l’un de leurs fleurons universitaires. Etre envoyé, c’est être ambassadeur. C’est être, comme le dit l’apôtre Paul, une lettre vivante écrite avec l’esprit de Dieu sur une tablette de chair et dans des cœurs. C’est venir à la rencontre de frères et de sœurs, que l’on ne connaît pas encore et qu’on identifie pourtant déjà comme tels, en personnifiant celles et ceux qui vous envoient. Etre envoyé, c’est emporter avec soi tant d’histoire assumée, tant de convictions rassemblées, tant de reconnaissance reçue, tant de moyens patiemment collectés. Et c’est être porté par tout cela, par tout ce qu’il faut bien appeler par son nom, c’est-à-dire un amour reçu et partagé. Non pas un amour vaporeux ou idéalisé, mais un amour qui a la puissance de franchir les distances, de chasser les fantômes du passé, de traverser les fatalités, de construire un avenir commun. Un envoyé, c’est un homme porté par un élan personnel et intime, accompagné dans cette aventure par des proches et des institutions, mais qui entraîne avec lui le cortège d’un peuple qui l’envoie vers un autre peuple, de deux peuples rassemblés en un seul par le Dieu de tous les peuples, père de tous ses enfants.

Cette amitié franco-camerounaise, cette fraternité des Eglises du Cameroun et de France, que le professeur de Putter incarnait si pleinement, déborde donc largement la situation individuelle d’un envoyé. Elle est profondément imprimée dans la conscience de nos Eglises de France.

Laissez-moi évoquer quelques instants un témoignage personnel. C’est aujourd’hui la première fois que je pose mes pieds sur le sol du Cameroun. Et pourtant, j’ai le sentiment de l’avoir souvent foulé depuis bientôt 60 ans. Chaque année de mon enfance, je me rendais pour un séjour chez une vieille tante, très affectueuse et un peu rude, une petite femme un peu impressionnante. Elle vivait dans cette région maritime de l’Ouest de la France qu’est la Bretagne. Pour un enfant, ce petit coin avait quelque chose du paradis sans doute : la famille rassemblée, la mer au bout du petit jardin, le parfum des algues, le caquètement des poules et la régularité du ressac, le goût des crabes pêchés le matin même, la vielle maison humide et ensoleillée. Dans cette maison, il y avait une sorte de pièce au trésor, quelque chose comme un sanctuaire. Quand on était admis à y pénétrer, on baissait un peu la voix, on était attentif à ne rien abîmer, on écarquillait les yeux. Cette pièce, c’était le bureau de ma vieille tante. A l’instant même où on y entrait, on se trouvait en Afrique. Le tissu posé sur le petit canapé, les fauteuils, le bois sombre du bureau et des bibliothèques, une peau de bête et des objets d’ivoire – à l’époque c’était possible –, les photos au mur et quelques objets – deux ou trois masques, une lance – tout, absolument tout venait du Cameroun. La couleur même de la peinture sur les murs, les odeurs et les parfums de cette pièce, tout semblait camerounais. C’était magique. Depuis, une bonne partie de ma famille s’est installée dans ce village, où je vis moi-même une partie de l’année, et cette pièce existe toujours.

Cette petite femme qui travaillait si ardemment à son grand bureau, cette vieille tante, c’était Idelette Dugast, née Allier – un nom qui résonne familièrement aux oreilles de plusieurs ce matin, ici. Envoyée au Cameroun dans les années 1930 par la Société des missions évangéliques de Paris, elle avait immédiatement renoncé à se faire la porte-parole d’institutions françaises, trop passionnée par tout ce qu’elle découvrait et emportée par son désir de rencontrer et de comprendre. Elle est devenue ethnologue, enchaînant pendant 25 ans les séjours parmi les Ndiki, du peuple Banen. Au fil de ces séjours et de son travail de suite, elle a composé une œuvre qui leur est entièrement consacrée, rédigeant à ce bureau sur lequel je la voyais penchée, une monographie, un dictionnaire, une grammaire, un recueil de contes, proverbes et devinettes …

Ces ouvrages, comme tout ouvrage d’ethnologie, furent et sont sans doute lus par un petit nombre de spécialistes et de passionnés. Mais ils ont irradié autour d’elle et à travers les générations. Car ils sont porteurs de quelque chose d’essentiel : une rencontre entre des hommes, des femmes ; une rencontre entre des langues, des cultures, des peuples ; une rencontre féconde et qui porte des fruits d’avenir insoupçonnés. Le professeur Eric de Putter, de même, personnifiait en quelque sorte cette rencontre entre langues, peuples, Eglises, dans l’unité de l’humanité et de l’Evangile.

C’est pourquoi, oui, ce qui a été atteint avec l’assassinat du 8 juillet 2012, ce n’est pas seulement, même si c’est d’abord, un homme. C’est aussi la possibilité même de cette rencontre, puisque c’est l’un de ceux qui l’incarnait par excellence qui a été agressé, sans autre objectif que de l’éliminer. Pas de motif crapuleux, pas d’enchaînement de circonstances malheureux, pas de dérapage qui tourne mal, mais un meurtre réfléchi et calculé. C’est la possibilité même de la rencontre qui se trouve d’un coup contestée, minée, ébranlée. La possibilité de la rencontre et tout ce qui la tisse, c’est-à-dire la mémoire, la reconnaissance, la confiance, l’avenir.

Ma très ferme conviction, c’est que nous faisons face à cette tragédie ensemble. Et donc que nous ne pourrons la surmonter qu’ensemble.

Pour cela, nous avons, ensemble, besoin de deux choses : la justice par la vérité et une confiance renouvelée.

Nous avons besoin de la justice par la vérité. Quelques semaines avant sa mort, Eric de Putter avait publié avec son épouse un article dans la revue du Défap, dans lequel il écrivait : « la justice ne peut se fonder que sur la vérité ». C’est cette vérité que nous attendons. C’est cette vérité, qui porte dans ses flancs la justice, que nous espérons. C’est cette vérité qui nous est nécessaire, et pour laquelle nous devons tous nous engager : pouvoirs publics du Cameroun et de France, autorités judiciaires des deux pays, Université protestante d’Afrique centrale et Défap, Eglises d’ici et de là-bas. Ensemble. Et non pas seulement les institutions, dont l’effort doit bien sûr être soutenu, patient et je dirais même implacable, mais aussi les individus. Ce ne sont pas d’autres, « les autres » impersonnels, qui sont concernés ; vous, moi, nous qui sommes ensemble, nous sommes redevables à cette vérité et nous devons personnellement y concourir, car son établissement conditionne la justice.

Dans cet article, le professeur de Putter ajoutait : « les plus grands amis sont ceux qui se disent l’un à l’autre les pires vérités. Les amitiés les plus fidèles sont celles qui perdurent malgré tout, malgré la laideur d’un certain passé. » Or, chers amis, nous sommes ici ensemble ce matin. C’est bien le signe que cette amitié franco-camerounaise est possible. C’est bien la marque que cette fraternité a vocation à être pleinement reconstruite. C’est bien la preuve que ce désir de rencontre entre nos peuples, nos cultures, nos Eglises nous habite et nous conduit toujours. C’est bien l’assurance que nous pouvons ensemble faire face à cette vérité.

Oui, c’est la justice par la vérité dont nous avons besoin, ensemble, et dont nous avons l’ardente obligation d’être les serviteurs, ensemble.

Mais cela ne suffit pas. Il nous faut aussi une confiance renouvelée.

« Moi, j’ai mis ma confiance en ta fidélité ; mon cœur trouve de l’allégresse en ton salut. Je chanterai pour le SEIGNEUR, car il m’a fait du bien. » Ce sont les derniers mots du Psaume 13. Ce Psaume, qui s’ouvre sur la question quatre fois répétée : « Jusqu’à quand ? », « Jusqu’à quand ? », « Jusqu’à quand ? », « Jusqu’à quand ? », s’achève par cette affirmation du psalmiste au Dieu vivant : « Moi, j’ai mis ma confiance en ta fidélité. »

« J’ai mis ma confiance en ta fidélité » : je ne connais pas de plus lumineuse définition de la foi. Elle dit de la façon la plus ramassée que la confiance ne se décrète pas, mais qu’elle coule de cette intarissable source qu’est la fidélité de Dieu. Au-delà même de cette vérité et de cette justice, pour lesquelles nous devons lutter de toutes nos forces, nous sommes appelés à nous abandonner à cette fidélité de Dieu qui nous précède, nous enveloppe et nous suit. C’est elle qui permet de trouver l’allégresse dont parle le Psaume et qui permettra de chanter pour le bien que Dieu nous fait. C’est cette confiance qui ouvre un avenir possible et neuf.

Contre toutes les évidences et toutes les logiques de ce monde, je crois que c’est la vie qui a le dernier mot sur la mort, et non l’inverse. Je crois que nous sommes bien plus que nos actes, bien plus que nos réussites et nos échecs, car nous sommes d’abord les enfants d’un même Père, dont rien ne peut briser l’amour. Je crois que l’avenir n’est pas enfermé dans un passé aussi tragique soit-il, mais au contraire que c’est l’avenir rendu possible qui vient transformer notre aujourd’hui.

C’est pourquoi je crois que la rencontre, assassinée, germe déjà et à nouveau dans le cœur de Dieu. Il la relève. Il nous la confie.

 

Mardi 28 Juin 2016,

Laurent SCHLUMBERGER,
pasteur, président de l’Eglise protestante unie de France




Derniers jours avant la formation des envoyés

C’est l’évènement qui mobilise le Défap chaque année. Du 4 au 15 juillet, le service protestant de mission formera sa quinzaine d’envoyés prêts à partir dans 8 pays à travers le Monde. Deux semaines indispensables pour échanger, réfléchir mais aussi découvrir les projets des autres participants.

Comme chaque année, la formation annuelle de préparation dispensée par le Défap s’adresse à tous les candidats au départ à la fin de l’été, quels que soient la durée de leur mission et leur statut. Qui part ? Dans quel but ? Quel est le contexte sur place ? Qui rentre ? Quatre questions sur lesquelles les candidats pourront s’interroger mutuellement.

Deux semaines d’échanges et de réflexions

Interculturalité, cadre de la mission, engagement personnel…la formation s’annonce déjà riche. Au programme : conférences, ateliers de mises en situation et animations basées sur la participation active des envoyés.

En complément de l’équipe du Défap, des intervenants extérieurs animeront des conférences. Certains ont d’ores et déjà confirmé leur présence comme la sociologue Evelyne Engel, le pasteur Thomas Wild (secrétaire général d’ACO) et Hervé Ott, formateur en crise et conflits en milieu interculturel.

 


Envoyés du Défap partis en 2015

Un évènement à ne pas manquer

A l’issue de la formation, chacun aura acquis une meilleure connaissance de soi même mais aussi des autres. Les candidats échangeront sur leur diversité de lieux de mission et d’expériences antérieures.
Service envoyés, pôle RSI, pôle animation France, bibliothèque…cet été tout le Défap vivra au rythme de la formation de ses envoyés.

 

Vous pourrez suivre cet évènement sur notre site. Rendez-vous dés le 4 juillet.