Cameroun : un colloque sur le ministère pastoral féminin

À l’occasion de la dixième Assemblée Générale de la Cevaa, qui s’est tenue du 15 au 24 octobre à Douala, poursuite de notre survol du pays et des activités du Défap. La pasteure Florence Taubmann, qui fait partie de l’équipe des permanents du Service protestant de Mission, a ainsi participé au cours de l’été à une rencontre organisée par Madeleine Mbouté, doyenne de la faculté de théologie protestante de Ndoungué, sur le ministère pastoral féminin.

La «photo de famille» du colloque, juillet 2018 © Défap

«Ministère pastoral féminin : mimétisme ou vocation divine ?» Tel était le thème de la rencontre organisée fin juillet 2018 par Madeleine Mbouté, doyenne de la faculté de théologie protestante de Ndoungué (Cameroun). Une cinquantaine de femmes y ont participé, la plupart occupant un poste pastoral, quelques-unes étudiantes et d’autres évangélistes. Des intervenant(e)s ont nourri les discussions à partir d’exposés sur l’Ancien et le Nouveau Testament, mais aussi sur l’histoire et l’avenir du ministère féminin au Cameroun et en France.

Pour aller plus loin :

Les femmes, qui peuvent entrer dans le ministère pastoral depuis le début des années 2000 au sein de l’Eglise évangélique du Cameroun, constituent environ 10 % du corps pastoral. Répondant à un questionnaire, elles ont témoigné en général d’une forte conscience personnelle de leur rôle et d’une bonne reconnaissance de leurs paroissiens, même si leurs collègues hommes bénéficient encore d’une prééminence dans l’attribution des postes.

Lors du colloque, la parole a été bien distribuée à l’ensemble des participantes, entre la génération des aînées et celle des plus jeunes, avec un réel désir de transmission. Ont été également abordées des questions d’éthique sexuelle, non seulement autour de problèmes de harcèlement, mais du point de vue de la responsabilité des femmes dans le maintien du respect qu’on leur doit.

Ce colloque a été l’occasion d’envisager de nouvelles rencontres régulières de pasteures et théologiennes, comme il y en avait dans le passé, mais plus depuis un certain temps.

Florence Taubmann




Solidarité avec Haïti après le séisme du 6 octobre

Un bilan toujours provisoire de 17 morts et près de 350 blessés, des milliers de bâtiments endommagés dont des écoles, des hôpitaux, des églises… Depuis le séisme du 6 octobre qui a frappé le Nord-Ouest d’Haïti, le Défap se tient en contact étroit avec la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH) et avec ses divers partenaires de la Plateforme Haïti pour tenter d’évaluer les besoins sur place. Une réunion d’urgence du comité Solidarité protestante est prévue vendredi : elle sera consacrée à Haïti et à l’Indonésie, deux régions frappées par des tremblements de terre.

Une vue des dégâts dans une école de Gros Morne © FEPH

La première secousse, de magnitude 5,9, s’est produite au soir du samedi 6 octobre ; et depuis les répliques se succèdent au Nord-Ouest d’Haïti, aggravant les premiers dégâts et ravivant tous les traumatismes du tremblement de terre de 2010. Le ministère de l’Intérieur haïtien a fait état mardi de 17 morts et près de 350 blessés, dont 9 morts dans la ville côtière de Port-de-Paix, la plus proche de l’épicentre, et 7 dans la commune de Gros Morne, plus au sud, du côté de l’Artibonite. Les dégâts sur les constructions et les infrastructures sont très importants : des centaines de maisons détruites, des milliers plus ou moins gravement endommagées ; mais aussi des écoles, des hôpitaux, des églises… Au cours des heures qui ont suivi la première secousse, nombreux ont été ceux qui ont préféré dormir à l’extérieur, dans des campements de fortune, par crainte de voir les bâtiments s’effondrer.

La «peur du béton»

Pour aller plus loin :

Le Défap se tient en contact étroit avec la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH) et avec ses divers partenaires de la Plateforme Haïti pour tenter de recenser les besoins sur place. Dès le dimanche matin, une équipe du bureau central de la FEPH a quitté Port-au-Prince pour procéder à une première évaluation. Elle était composée de Christon Saint-Fort, directeur exécutif, de Joël Hilaire, officier de projets et d’Ingrid Hardouin, chargée d’appui aux partenariats. Elle s’est rendue en compagnie des équipes régionales dans les communes de Gros Morne, de Port-de-Paix et de Saint-Louis du Nord, les trois villes les plus affectées par le tremblement de terre. La FEPH, grâce à son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation 300.000 enfants. Elle est soutenue directement par le Défap à travers des financements directs et à travers ses envoyés ; elle fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique.

Bâtiment endommagé par le séisme © FEPH

Au niveau des seuls établissements scolaires, la FEPH fait état de 34 écoles endommagées à Gros Morne, huit à Port-de-Paix et une école à Saint-Louis du Nord, et évoque le besoin d’un appui psycho-social dans les communautés scolaires. Surtout, son rapport décrit une population traumatisée. «Si l’on ne peut pas parler de crise humanitaire majeure, de nombreux besoins sont existants et justifiés suite à cette catastrophe. Les zones visitées étaient déjà dans une situation vulnérable avant le tremblement de terre, ce dernier ne fait qu’aggraver la situation. Sur le chemin, nous avons croisé de nombreuses familles avec des enfants qui quittaient la région. Dans les rues, on observe aussi de nombreuses familles avec enfants, en sacs à dos, cherchant à quitter la ville. Les familles qui restent, quant à elle, sont rassemblées à l’extérieur dans la rue. Elles se sentent plus en sécurité devant leurs maisons, il y a une réelle «peur du béton». Donc, aucun camp de sinistrés ni d’abri provisoire n’a été remarqué. (…) N’oublions pas que nous sommes en pleine saison des pluies et que l’infiltration peut aggraver les dommages. (…) À ce jour, toutes les écoles des zones sinistrées sont fermées même si aucune décision ministérielle n’a été prise dans ce sens.»

Une réunion d’urgence du comité Solidarité protestante

L’équipe de la FEPH partant évaluer les besoins © FEPH

Les infrastructures hospitalières se sont révélées insuffisantes pour faire face à l’afflux des victimes à soigner. «L’hôpital Béraca à Port-de-Paix», n’ayant «subi aucun dégât majeur (…) est le seul hôpital de la région à pouvoir recevoir les nombreux blessés», indiquait dimanche soir Jean-Claude Raynaud, de la Mission Biblique. Et les secousses ayant été ressenties jusqu’à Port-au-Prince, c’est toute la population haïtienne qui vit désormais dans l’angoisse et le souvenir du tremblement de terre de 2010, qui avait fait alors plus de 230.000 morts. «La panique est générale, nationale, même si les dégâts sont enregistrés surtout dans les départements du Nord-Ouest et du Nord», commentait, également dimanche soir, Fritz Bissereth, directeur d’ADRA-Haïti.

Outre la mobilisation des partenaires de la Plateforme Haïti, une réunion d’urgence du comité Solidarité protestante est prévue vendredi à Paris : elle sera consacrée à Haïti et à l’Indonésie, deux régions frappées par des tremblements de terre.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Togo : trois semaines de rencontres pour des jeunes de l’UEPAL

Au cours de l’été 2017, un camp organisé par des pasteurs de l’UEPAL et de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo à Kougnohou, dans la région des Plateaux, a réuni un groupe de jeunes d’Alsace-Lorraine et du Togo autour des questions de développement durable et des droits de l’enfant. Retour sur l’aventure avec les témoignages detrois participantes alsaciennes.

 

Vue des activités organisées avec les enfants de Kougnohou © UEPAL

La préparation du voyage proprement dit aura pris deux ans. Mais c’est en fait un projet esquissé il y a sept ans qui a trouvé sa concrétisation, au mois d’août 2017, lorsqu’un petit groupe de jeunes de l’UEPAL s’est envolé pour le Togo en compagnie de deux pasteurs, Gilles Agbenokoudji (paroisse de Butten) et Hanitra Ratsimanampoka (paroisse de Metz). Destination : le village de Kougnohou (ou Kougnouhou, l’orthographe varie) dans la région des Plateaux, pour deux semaines, avant une semaine à Tsévié, à une heure de la capitale Lomé. Ce voyage organisé avec le soutien financier du Défap visait notamment, comme le souligne Amandine, l’une des participantes, qui a rédigé récemment un compte-rendu sur son séjour, à «travailler aux côtés des enfants togolais sur les notions de développement durable et de droits de l’enfant». Mais surtout à partager pendant trois semaines la vie de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo, partenaire du Défap dans ce pays. C’était aussi une occasion pour les jeunes d’Alsace-Lorraine de vivre de près une expérience interreligieuse, car dans le village de Kougnohou cohabitent pacifiquement chrétiens, animistes et musulmans.

Ce projet trouve son origine en 2010 à Graffenstaden, où se trouve alors Hanitra Ratsimanampoka. C’est dans cette paroisse que lui est donnée l’occasion de voir le travail réalisé par Clarisse et Alain Meyer, très impliqués dans des liens avec le Bénin. Elle y prend part notamment à la préparation du voyage d’un groupe de jeunes de 18 à 25 ans, organisé avec l’Église protestante méthodiste du Bénin. On lui propose de participer au séjour sur place. Mais Hanitra doit quitter la paroisse de Graffenstaden pour Metz, où elle est nommée comme vicaire. Elle n’ira donc pas au Bénin ; pourtant, l’idée d’un tel projet ne l’abandonne pas. Elle le développera par la suite, toujours à l’incitation de Clarisse Meyer, en compagnie de Gilles Agbenokoudji. Lui-même originaire du Togo, et de surcroît très impliqué auprès des jeunes, il lui est plus facile d’organiser un séjour dans ce pays et de mesurer les enjeux et les points d’intérêt d’un voyage pour un groupe d’adolescents venus de paroisses de l’Est de la France.

«Je savais déjà que ce voyage me marquerait»

Le projet s’élabore en collaboration avec le pasteur de Kougnohou. Il intégrera un groupe de jeunes animateurs d’Alsace-Lorraine et du Togo, ainsi qu’une cinquantaine d’élèves de l’école primaire de Kougnohou. Les futurs participants sont activement associés à la construction du projet et travaillent avec les trois pasteurs à la mise en place du programme. Au menu : formation à l’animation de groupe de jeunes durant la première semaine ; organisation d’activités sportives et culturelles ; sensibilisation à l’interdépendance écologique et, plus largement, découverte mutuelle des réalités culturelles et sociales vécues par les jeunes en Alsace-Lorraine et dans la région des Plateaux au Togo.

«Après avoir imaginé pendant deux ans ce que serait notre épopée africaine», raconte Manoa, l’une des participantes, «notre groupe s’est finalement envolé pour trois semaines au Togo le 29 juillet 2017. J’étais accompagnée de visages familiers, de proches, et malgré ça, j’appréhendais : j’avais peur des conditions de vie que nous allions trouver là-bas. Je savais déjà que ce voyage me marquerait.» L’aventure commence dès l’arrivée, «célébrée par une grande fête animée par la fanfare, les danses et les sourires», comme le décrit Amandine. «Rythmées par les habitudes des Togolais, nos journées furent aussi enrichissantes les unes que les autres : nous avons appris à cuisiner avec des produits locaux (igname, cacahuète, piment), cherché l’eau à la rivière, découvert quelques notions d’Akébou et d’Ewe, les langues parlées au village.» Parmi les moments l’ayant particulièrement marquée, Amandine cite encore «la confirmation d’une trentaine de jeunes par le pasteur local accompagné d’Hanitra et de Gilles. Les confirmands attendaient avec impatience cette cérémonie qu’ils considèrent comme un passage très important de leur vie et qu’ils avaient pris coeur à préparer. Enfin, nous avons participé à notre dernier culte à Kougnohou en nous levant pour danser et chanter « Jehohah », une chanson que nous avons apprise sur place et qui a accompagné nombre de nos moments avec les enfants ; chanson que j’espère avoir l’occasion de communiquer aux paroissiens de la rue Mazelle lors d’un culte.»

Retour à l’essentiel

Togo : la région de Kougnohou © UEPAL

Le groupe ne s’est pas cantonné à la région des Plateaux et les jeunes d’Alsace-Lorraine ont eu un large aperçu de la vie au Togo : Manoa cite ainsi «la fête nationale des récoltes avec la visite du Premier Ministre à Tsévié», les visites de «sites comme les cascades d’Akloa et de Siou», ou encore «le monastère des sœurs de Dzogbégan». Margot, autre participante du voyage, ajoute : «Nous avons aussi eu la chance d’aller à Kpalimé, ville connue pour son centre artisanal où nous avons pu voir le talent des artisans travaillant le bois.»

Mais le plus marquant reste ce qui a été vécu et partagé au cours des deux semaines passées à Kougnohou. «Les personnes rencontrées et les liens que nous avons créés avec celles-ci nous ont, d’après moi, véhiculé des valeurs dont nous manquons énormément en France», témoigne Amandine. «Les Togolais ont une source d’optimisme quasi inépuisable qu’ils puisent essentiellement dans leur foi en Dieu», ajoute Margot. Manoa renchérit : «Tous semblent être de bons vivants, et pourtant, nombre de ceux que nous avons rencontré ont une vie difficile. Certains ont perdu des proches, d’autres sont encore mineurs et vivent seuls car papa et maman ont dû partir au Ghana ou au Burkina Faso pour trouver de l’argent. La venue de « yovo » (les Blancs, les Occidentaux) est donc globalement la bienvenue, car elle est le signe que, quelque part, on s’enquiert de leur état. Sous ce rapport, on aurait donc pu penser qu’ils attendaient quelque chose de nous (du matériel, des vêtements, de l’argent…) et nous avons pourtant reçu plus que nous n’avons donné ! Les jeunes du village et les membres de la paroisse protestante de Kougnohou nous ont offert leur temps, ont prêté l’oreille à nos propos, sont venus tous les jours nous prêter main-forte pour les tâches du quotidien comme pour les événements exceptionnels (visite de sites, recherche de matériel pour des projections à l’église ..) et nous ont surtout invités à partager leur vie et leur vision des choses, plus sereine, plus confiante en Dieu.»

Retrouvez ci-dessous quelques images de ce voyage :




Portraits d’envoyés : Thomas Wild

Troisième de notre série de rencontres : Thomas Wild, ancien envoyé du Défap au Gabon. Il y est parti en 1975 comme animateur de jeunesse ; une expérience qui l’a durablement marqué et l’a poussé, depuis lors, dans son ministère de pasteur de l’UEPAL, à régulièrement « mettre en avant la dimension missionnaire ». Une dimension que l’on a pu retrouver durant toutes ses années d’engagement comme directeur de l’Action Chrétienne en Orient (ACO).

 




Paroles d’envoyés : aimer l’Eglise d’accueil

Heesuk et Eric Toumieux sont au Sénégal depuis 18 ans. Envoyés du Défap en VSI pendant 6 ans, de 2009 à 2015 pour Eric et depuis 2015 pour Heesuk, ils y sont toujours. De passage au Défap lors de la formation des envoyés, ils nous racontent leur parcours et en profitent pour distiller quelques conseils aux futurs envoyés, en formation jusqu’au 13 juillet.

Que vous a apporté la formation reçue au Défap avant votre départ ?
La formation du Défap nous a ouvert des portes et donné des grilles de lecture essentielles. Grâce à elle, nous avons eu une bonne compréhension de la situation que nous allions rencontrer en Afrique, et cela nous a beaucoup aidés pendant notre service : analyse économique sur l’Afrique et ses flux de population qui quittent les terres pour aller vers les côtes, explosion à venir de la demande de production de denrées alimentaires dans laquelle l’église n’était pas présente, sensibilisation à la crise potentielle de la jeunesse (exode rural, immigration, chômage…).  Toutes ces données nous ont permis de mieux cerner l’environnement dans lequel nous allions évoluer.
Cela a donné une couleur à notre mission, à notre service. Si on voulait avoir un impact, il fallait donc s’intéresser à cette jeunesse. Comment lui donner du travail ? Empêcher l’exode rural ?

Et aujourd’hui, où en êtes-vous dans votre engagement ?
Nous sommes impliqués dans deux ministères. Heesuk, dans l’éducation, pour développer avec le gouvernement du Sénégal un projet intitulé « Lecture pour tous » (financé par une organisation américaine). Après une première année de préparation, le  programme va être lancé en septembre avec trois langues majeures. Ce projet est parti du constat que l’échec scolaire était dû à la non prise en compte de langue maternelle des enfants. Le français sera donc enseigné comme une langue étrangère. Il faut désormais former les cadres et les enseignants à cette méthode d’apprentissage qui met en place une cohabitation progressive de la langue française avec la langue maternelle.
Aujourd’hui, il y a 14 millions d’habitants au Sénégal, alors qu’il y en avait seulement trois à la fin de la décolonisation Et la moitié de cette population a moins de 18 ans. L’enjeu est fondamental et il reste encore beaucoup à faire.
Eric, lui, s’occupe du projet Beer sheba (www.projet-beersheba.fr), projet fondé avec Heesok il y a une quinzaine d’années avec des pasteurs (de l’Eglise La Porte Ouverte, à Mulhouse). Beer sheba, est structuré comme une association, car ses fondateurs ont voulu que ce soit ouvert à tous et au service de toutes les Eglises. Elle accueille d’ailleurs les représentations de toutes les Eglises du Sénégal. L’association a plusieurs objectifs :
– un projet de conservation de la nature, de reforestation d‘une zone totalement déserte, de soin de la biodiversité où l’on tente de régénérer un espace très abimé.
– un centre de formation qui accueille des jeunes de tout le Sénégal et de toute la sous-région. La plus longue dure une année et dénote un vaste mouvement en faveur de la permaculture. Ce projet a un impact positif pour la population (boutique solidaire, alphabétisation, moulin à céréales). Notre objectif, c’est d’être un centre de ressources pour l’agriculture rurale dans le Sahel.
– un espace de production de poudre bio de Moringa.

 

 


Beer-Sheba mini documentary from joell friesen on Vimeo.
vidéo de présentation du projet Beer sheba

Si vous aviez un conseil à donner à nos futurs envoyés, ce serait lequel ?
Apprenez les langues !
Même sur des séjours courts, c’est très utile d’apprendre à parler la langue dominante. La grande faiblesse des envoyés français, c’est de ne pas parler les langues locales. Ils perdent un niveau de communication énorme. Nous avons appris le Sereer et cela nous a permis d’accéder à un type de relation exceptionnel.
De plus, l’envoyé français qui arrive en Afrique est dans une situation de déséquilibre. De par l’histoire passée et sa couleur de peau, il représente une sorte de domination. Et cela même sans le vouloir, sans même s’en rendre compte.
Apprendre la langue va lui permettre d’être dans une relation où il ne domine plus. Cet état de faiblesse, où il rentre dans une situation infantilisante, lui permettra de rencontrer réellement l’autre, sur un pied d’égalité. Apprendre la langue, c’est se mettre en difficulté pour casser cette image de gens venant du nord, perçus comme tous puissants.
Nous souhaitons à tous et à toutes de très belles découvertes.

 

 

eric.toumieux@beershebaproject.org
heesukkimtousmieux@gmail.com




Être envoyé ou comment rencontrer l’Autre ?

Thomas Wild, pasteur de l’UEPAL et directeur de l’Action Chrétienne en Orient, intervient dans le cadre de la formation des envoyés du Défap, du 3 au 13 juillet 2017. Il anime un atelier sur le volet interreligieux et notamment la présence chrétienne en terre d’Islam.

En quoi ce volet de la formation est indispensable au futur envoyé ?
Depuis la révolution communiste, on s’est rendu compte que la religion jouait un rôle dans la vie quotidienne et que faire l’impasse sur ce sujet, comme le prétend la laïcité à la française, était impossible. Travailler avec des instances chrétiennes dans un pays musulman implique que l’on soit sensibilisé à la manière dont cette présence est perçue par les habitants du pays.
Cela s’exprime concrètement à plusieurs niveaux, dans la relation au bâtiment religieux par exemple, ou encore dans la relation homme-femme. De même, alors que l’attitude courante en France et en Europe est d’être dans la bienveillance vis-à-vis des religions, une telle attitude de neutralité positive est souvent peu compréhensible dans d’autres contextes. Nous sommes dans une famille religieuse qui par principe accueille la croyance autre car pour nous, si Jésus est la seule voie du Salut, nous ne mettons pas de limite à l’amour de Dieu pour les hommes.
Etre chrétien, être d’une religion, ce n’est pas seulement une opinion. C’est plus que cela : un comportement, une attitude éthique, une manière d’interagir avec le monde.

 

Quelle sera la plus grande difficulté que rencontreront nos envoyés ?
Sans hésitation, c’est la position du donneur de leçon, très tentante, qu’il faut combattre encore et toujours. Il faut éviter à tout pris de tomber dans ce travers facile et mettre tout en œuvre pour trouver un équilibre.
Il leur faudra apprendre à discerner ce qu’on peut faire positivement, cela implique une bonne compréhension de ses propres limites, et ce qui est acceptable par ceux qui les  entourent et les accueillent. Etre envoyé, c’est apporter son identité, ses croyances, sa manière d’être mais c’est aussi et surtout se laisser bousculer et admettre que l’occident n’a pas le monopole du développement.  Nous ne sommes pas propriétaire de la justesse des choses. Les envoyés devront admettre que nous avons aussi des leçons à recevoir : notre conception de la dignité humaine n’est pas partagée partout mais cela ne signifie pas qu’elle n’existe pas aussi là-bas, sous d’autres formes.

En fin de compte, de quoi sont porteurs ces envoyés ?
Peut-être que ce qui compte, c’est autant ce qu’ils apportent que ce qu’ils reçoivent.
Leurs présences, là-bas, dit notre volonté de vivre en paix, d’être acteur de la réconciliation. C’est un message d’amitié adressé aux peuples chrétiens du monde entier.
Et les envoyés reçoivent là-bas un formidable témoignage de la chaleur de l’accueil chrétien, un message d’espérance.
Lorsque tout semble aller mal et que nous partageons des moments spirituels, je sais alors que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous désunit.

 

Si nos envoyés ne devaient retenir qu’une chose de votre intervention ?
Toujours se souvenir que ce qui est évident pour moi ne l’est pas pour l’autre. Avant de juger, il faut toujours essayer de comprendre.
Notre histoire, notre lecture de l’histoire, est souvent éloignée de l’histoire telle qu’elle peut être lue par les autres peuples.




Jean-Philippe, prêt pour le Bénin.

Jean-Philippe Lepelletier, futur envoyé, participe à la session des envoyés du Défap dans le cadre d’un envoi pour une formation d’auxiliaire de bibliothèque à l’Université Protestante d’Afrique de l’Ouest (UPAO). Il part pour Porto Novo, au Bénin, dès cet été. Pour nous, il a répondu à quelques questions sur la session de formation à laquelle il participe depuis le 3 juillet 2017.

Que penses-tu de la formation reçue au Défap ?
Je suis très content et satisfait d’avoir suivi la formation. J’ai également pu découvrir le monde de la mission et plus particulièrement du Défap.
Les interventions étaient variées et bien rythmées, avec des anecdotes et un contenu pertinent. C’est très enrichissant et cela permet de se projeter là où on va. J’ai maintenant très envie de partir !

 

Quel est l’atelier que tu as préféré ?
Sans conteste celui sur l’interculturalité, avec Evelyne Engel. C’était à la fois dense et très intéressant. Je l’ai reçu comme une méthode adaptable à de nombreux contextes, et pas seulement celui de mon envoi. Bien sûr, ce sera très utile au Bénin mais pas que. Je compte bien m’en servir aussi dans ma fonction de pasteur, auprès des gens en grande précarité par exemple. Cette formation au Défap, c’est un peu comme une école de vie et c’est ce que je trouve passionnant. J’ai pu porter un autre regard sur moi-même, sur mes faiblesses, mes croyances…mais aussi mes forces.
Cela nous permet de nous mettre vraiment en condition.

 

C’est ton premier départ en Afrique ? Quelles sont tes craintes ?
Physiologiques surtout, avec la fatigue du voyage. Je me demande comment rester agréable avec les autres malgré cette fatigue ou les mauvaises conditions.
J’ai aussi un peu peur de faire des faux pas culturels mais j’ai confiance car les équipes sur place sont bienveillantes.  Et puis, nous sommes bien préparés ici.

 

Pourquoi souhaitais-tu partir ?
Dans le cadre de ma formation de pasteur, il faut forcément un stage de spécialisation, si possible où l’on découvre quelque chose qu’on ne connaît pas. Moi, j’ai voulu travailler dans la mission, et celle de la CLCF (Centrale de littérature chrétienne francophone)* était assez naturelle pour moi car j’ai fréquenté la bibliothèque en tant qu’usager et gestionnaire. La partie formation théologique me plaisait aussi. Contribuer à la formation dans une petite structure, je trouve cela très intéressant.
Je suis déjà en contact avec ma future collègue de formation, sur place. J’apporte simplement un autre regard et quelques éléments matériels mais je suis sûr que l’échange sera riche des deux côtés.
Lorsqu’on m’a proposé de partir au Bénin, en mission, je me suis dit que ce serait un vrai plus dans le cadre de ma formation. Et même si c’est seulement pour deux semaines, je me réjouis beaucoup.

 

Un mot pour la fin ?
Je suis très impatient de partir au Bénin. Je suis content d’avoir pu assister à la formation, les gens étaient très sympas, et à l’écoute. Mais là, maintenant, j’ai surtout très envie d’y être.

 

* Jean-Philippe part dans le cadre du partenariat passé entre le Défap et la Centrale de littérature chrétienne francophone (CLCF). Celui-ci contribue au soutien à la formation théologique et se déploie via l’équipement des bibliothèques en ouvrages théologique.




Soutenir un développement de proximité

Nous avons interviewé Gaël Marteau, intervenant à la session des envoyés du Défap qui a démarré le 3 juillet. Il est également le directeur de la coopérative internationale de finance solidaire, Oikocredit.

Vous participez à la formation des envoyés du Défap, c’est une première ?

Oui, et j’en remercie Laura Casorio qui a pris cette initiative. Nous sommes proches par la vision du monde que nous partageons, proches en tant qu’organisations – le DEFAP est membre de la Société coopérative œcuménique pour le développement Oikocredit, et voisins de bureaux boulevard Arago à Paris. L’idée de confier à Oikocredit le soin d’aborder le soutien au développement dans cette formation à travers la question de la finance solidaire est nouvelle : c’est une perspective intéressante et j’espère que cela apportera aux participants un éclairage utile.

Qu’est-ce que Oikocredit ? 

Oikocredit est une coopérative internationale de finance solidaire, créée suite à une réflexion sur le bon usage de l’argent engagée à la fin des années 1960 au sein du Conseil Œcuménique des Eglises. Notre métier est de lever des fonds dans des pays dits « développés » et de les investir dans des pays « en développement », pour soutenir l’initiative économique des personnes défavorisées, l’agriculture paysanne, le commerce équitable les énergies renouvelables, Bref : œuvrer à travers la finance – il s’agit de placement et pas de don – pour un développement inclusif et durable.

Gaël Marteau dans les locaux du Défap, 2017, DR

 

Que souhaitez-vous transmettre à ces futurs envoyés ?

J’ai envie de témoigner du fait qu’il existe plusieurs façons de contribuer à un monde meilleur et un futur désirable sur notre planète : la mission ou la coopération sont essentielles. L’aide humanitaire peut jouer un autre rôle par exemple en situation de crise. Enfin chacun(e) où qu’il/elle soit peut agir pour remettre l’autre et le collectif au centre de ses pratiques, dans ses relations professionnelles et sociales, par son comportement de consommation, et par la façon dont il gère son argent. Tout cela peut coexister voire converger. Sur le terrain des envoyés pourront être amenés à rencontrer ou coopérer avec des organisations soutenues par Oikocredit et ses partenaires, institutions de microfinance ou autres entreprises sociales.

 

Un mot pour conclure ?

Indépendamment de la présence physique et de l’engagement missionnaire des envoyés, le fait de savoir que d’autres liens durables de solidarité financière ont été tissés, et qu’une partie de ce qui est fait de bon là-bas est financé par de l’argent placé ici paraît plutôt stimulant. J’espère sur ce point notamment pouvoir recueillir une première réaction, et plus tard éventuellement le retour d’expérience des envoyés du Défap.

 


Logo Oikocredit, DR




Etre envoyé en Haïti

Marie-Bénédicte Loze est une ancienne envoyée du Défap. Alors que nous sommes en pleine session de formation des envoyés, elle revient sur sa mission en Haïti et nous livre ses sentiments.

Qu’êtes vous devenue depuis la fin de votre mission ?

J’ai fini ma mission avec le Défap en novembre 2016, après deux ans et demi d’investissement passionnant et j’ai choisi de rester en Haïti. Je supervise un projet d’éducation pour la Finn Church Aid, une ONG finlandaise. Le projet vise à réhabiliter les écoles qui ont été endommagées par l’ouragan Matthew.

 

Qu’avez-vous retiré de cette expérience avec le Défap ?

Beaucoup de choses. Au niveau professionnel, j’ai aimé travailler avec la Fédération des écoles protestantes d’Haïti, une  ONG locale, présente sur le terrain depuis près de 30 ans, qui connait bien le secteur de l’éducation. J’ai beaucoup appris dans cette structure de taille humaine, avec des moyens modestes, qui m’a offert beaucoup de responsabilités.  Le travail était passionnant. J’ai apprécié l’approche du Defap : une organisation qui fait confiance à ses partenaires locaux.

 

Quel moment vous a le plus marquée ?

L’ouragan Matthew.  C’était dur, tout était dévasté. Les gens qui avaient déjà très peu, en avaient encore moins. C’est un pays qui est toujours confronté aux intempéries et j’ai été interpellée par la force des Haïtiens et par leur capacité à rire, à se relever encore et encore.


Marie-Bénédicte lors de son départ en mission en 2014, DR

Etes-vous entrée en contact avec d’autres envoyés Défap sur place ? Quels liens avez-vous avec eux aujourd’hui ?

J’ai gardé des contacts avec plusieurs envoyés qui ont participé à la même session de préparation que moi comme Christelle, Sofia ou Laure. On échange toujours des mails et on aime recevoir les lettres de nouvelles que les envoyés partagent. Ainsi, on ne se sent jamais seul.

 

Que conseilleriez-vous à une personne qui souhaite partir en mission ?

Je lui dirais d’y aller ! De ne surtout pas hésiter. Il faut être très humble lorsque l’on part en mission. Là-bas on y apprend l’humilité. On reçoit plus que ce qu’on apporte. On a énormément à apprendre les uns des autres ! C’est une richesse et il faut être prêt à être déboussolé. C’est une très bonne expérience de vie.

Avec le Défap, chaque envoyé peut compter sur un accompagnement avant et pendant la mission. C’est un soutien important.
Les longues missions sont intéressantes.  Elles permettent d’aller en profondeur. C’est une richesse humaine, culturelle et professionnelle.

Avant mon départ pour Haïti, j’avais fait missions courtes et je ressentais le besoin de m’installer pour aller plus en profondeur, pour découvrir une autre culture et mieux l’appréhender. Cela demande du temps.

 

 




La session de formation des envoyés est ouverte !

Aujourd’hui débute la formation des envoyés du Défap. Le programme 2017 s’annonce déjà riche. Du 3 au 13 juillet 2017, la grande maison du Défap accueillera ses envoyés pour un séjour tourné vers l’échange et le partage d’expériences.

 

Cette année encore, un peu plus d’une vingtaine d’envoyés s’apprête à partir en mission dans les domaines de la santé, de l’éducation ou encore de l’enseignement de la langue française. Un groupe où la parité est presque atteinte : 10 hommes présents sur les 22 personnes au total. Les pays destinataires sont aussi divers que Madagascar, Congo, Tunisie, Nouvelle-Calédonie, Timor-Oriental, Haïti, Egypte, Djibouti ou encore Benin.

La moyenne d’âge est autour des 30 ans :  9 volontaires ont moins de 25 ans et 5 plus de 35 ans. Quand à la durée des missions, elles sont majoritairement d’une année mais 7 envoyés se sont engagés sur un contrat de 2 ans (éventuellement renouvelable). Certains partent en famille mais cette année, notons qu’il y a tout de même 14 départs « en célibataire » et 8 participants qui ont déjà eu au préalable une expérience significative d’expatriation.

Les onze jours de formation seront articulés autour de diverses thématiques, en lien avec le départ en mission, comme :

  • les enjeux géopolitiques
  • l’interculturalité
  • les inégalités Nord-Sud
  • les crises et conflits en milieu interculturel
  • les témoignages d’envoyés
  • les relations entre chrétiens et croyants d’une autre confession
  • l’aspect santé de la mission

 

 


Jeu d’accueil lors de la session de formation 2016, DR




A la recherche du temple promis

Le pasteur Pierre Lacoste et sa femme Christine sont les envoyés du Défap et des Eglises protestantes de France à Beyrouth. Le culte du 25 juin s’est déroulé sur la montagne, une journée intense sous les pins du Mont Liban que nous raconte Christine.

Depuis trois ans notre Eglise attend patiemment son « temple promis », vivant il est vrai un confortable exil au Collège Protestant. Chaque année nous organisons une excursion à la montagne. Temps privilégié du partage de la joie d’être ensemble, de la communion fraternelle et des repas exotiques ou locaux préparés par chacun. Cette année nous avons eu la joie et la surprise d’accueillir une groupe d’amis libanais ayant répondu aux invitations des fidèles.
Ce 25 juin, la fête était double puisque le jour de l’excursion correspondait à la fête d’indépendance de Madagascar.
C’est donc 150 personnes réparties en trois bus et quelques voitures qui ont quitté Beyrouth sous une chaleur accablante. Notre petite caravane s’est arrêtée dans la région du Metn, au bout d’une une petite vallée bien exposée à la fraîcheur, dans un lieu à l’enseigne attirante : « Moussa (Moïse) Pique-Nique », le patron du lieu, à défaut d’un prophète !  Au cœur d’une végétation préservée, entouré de l’air pur des montagnes, dans un silence troublé seulement par le crissement des cigales, notre destination nous est apparue comme un havre de paix. Très vite le culte entonnait ses premiers cantiques, notre louange montait vers Dieu, portée par une chorale malgache toute bariolée des couleurs nationales.


La chorale malgache – Photo : Christine Lacoste

Pierre a médité avec nous le passage de Matthieu 10 v 34 :  » Je ne suis pas venu porter la paix mais l’épéee », l’épée désignant dans ce passage la puissance de la Parole et de l’Esprit, nous équipant pour un travail de séparations salutaires, celui des relations fusionnelles et totalitaires qu’elles soient affectives, familiales, nationales, culturelles ou cultuelles, nous libérant de ce qui nous attache, nous enferme, pour nous rendre UN, c’est-à-dire autonomes et vrais dans notre relation à Dieu et aux autres.
N’est-ce pas ce que s’efforce de vivre notre petite communauté mosaïque. Que nous venions du Liban, de Madagascar, d’Afrique ou de France, que notre origine ecclésiale soit protestante, catholique, maronite ou orthodoxe, nous nous rassemblons un à un chaque Dimanche pour écouter la Parole de Dieu et faire Eglise ensemble. C’était particulièrement visible en ce beau dimanche de fête. Et si nous étions déjà « le temple promis » ?

 

 

 




A l’impossible, nul n’est tenu

Il est probable que Célin Nzambé, ancien envoyé de la Cevaa et toujours collaborateur du Défap, ignore cette formule. Le projet monumental auquel il s’est attelé ne semble pas l’effrayer une seconde. Médecin et pasteur, il nous a accueillis lors de son passage en France fin mai pour un entretien passionnant.

C’est le fruit de la collaboration de plusieurs paroisses de France (La Rochelle, Villeneuve Saint Georges et Valence). Son but : réhabiliter au Cameroun une quinzaine d’hôpitaux abandonnés depuis plus de 10 ans pour certains. Personnel individualiste, patients méfiants, hiérarchie corrompue…tout est à reconstruire. C’est avec l’œil brillant et le sourire facile qu’il raconte simplement cette épopée, celle d’un témoin de Jésus Christ.

« Mon premier projet de réhabilitation d’hôpital a été pour l’Union des Eglises Baptistes du Cameroun (UEBC). Le cas est fréquent. Les hôpitaux laissés par les missionnaires ont souvent été considérés comme un tiroir-caisse où il était légitime que chacun se serve. Je suis désormais en poste dans l’EPC où m’a été confié la réhabilitation d’hôpitaux appartenant à l’Eglise.

Nous partons d’un constat : nous héritons de très beaux bâtiments construit entre 1920 et 1935, des quartiers entiers qui peuvent accueillir jusqu’à 100 personnes, avec parfois 10 places en blocs opératoires. Mais il n’y a plus de patient et le personnel, impayé depuis des années, s’est approprié les lieux en famille.

A la base, il y a toujours un problème de gestion. Mais j’ai développé une méthode qui a fait ses preuves : je m’installe avec les gens. En habitant avec eux et en partageant leur quotidien, je me fais petit à petit une place.  Je soigne gratuitement tous ceux qui ont en besoin et communique auprès des vendeuses de poissons, des motos taxi et des coiffeuses qui, en contact avec le reste de la population, diffusent facilement l’information : à l’hôpital, on peut à nouveau se faire soigner.

Dès le 3ème mois, les malades reviennent. On peut ainsi payer 30 à 40% des salaires du personnel. Certains n’ont pas été payés depuis 10 ans ! Il faut environ un an pour que tous les villages aux alentours aient l’information. Mon but, c’est de redonner confiance. Redonner confiance aux patients mais surtout aux personnels hospitaliers. Et leur donner envie à nouveau de faire de la médecine.
Dès la deuxième année, on rééquipe l’hôpital et restaure le matériel. »

 

La difficulté des premiers mois

« C’est vrai que le premier trimestre est très dur : pas de salaire, des conditions de travail épouvantables, une grande amplitude de tâches…Il faut être à la fois urgentiste, radiologue, chirurgien, gynécologue, laborantin, directeur, trésorier, RH… et tout apprendre pour ne pas se faire avoir par la hiérarchie qui considère toujours l’hôpital comme une manne inépuisable.

Bien-sûr, j’adapte mes méthodes à chaque établissement. Et je réalise avec le personnel des livrets de formations pour atteindre les objectifs que nous formulons ensemble, 12 au total : améliorer l’accueil, la motivation, la gestion et les soins… Ce sont eux qui décident comment le faire. Chaque semaine, nous choisissons un axe de travail.

Toutes les décisions sont collectives et doivent être approuvées par le comité de gestion. Cela évite les demandes illégitimes car personne n’a envie d’être associé à haute voix et devant témoins à ces pratiques. Le comité est constitué du conseil, de deux délégués du personnel, d’un représentant du village et du pasteur. »

La moyenne d’âge du personnel actuel est de 50 ans. Certaines compétences seront difficiles à remplacer après les départs en retraite.

 

Panser aujourd’hui et penser demain

« L’objectif, c’est aussi de repérer rapidement ceux et celles qui prendront ma suite. Pour cela, l’épreuve des premiers mois est fort utile : ceux et celles qui acceptent de s’investir dans le projet sans attente financière prouvent ainsi la force de leur implication. Ils sont le plus souvent jeunes, dotés d’une petite expérience médicale et habités d’une forte volonté d’apporter aux autres un peu de ce qu’ils sont. Le sacrifice du début, à mes côtés, est une sorte d’épreuve du feu. Ils vivent cette expérience comme une aventure. Je pense tout particulièrement à Angela Boumsong qui opère désormais seule les patients, avec une belle réussite.

Le recrutement se fait petit à petit. Il y a actuellement 6 jeunes infirmières et 1 kinésithérapeute en stage dans les établissements. Des jeunes volontaires en service international (VSCI) permettent aussi de faire changer les comportements professionnels. Encore une fois, c’est le comité de gestion qui approuve le recrutement, évitant ainsi tout parachutage « amical » mais souvent incompétent. Aujourd’hui, 3 médecins sont à l’œuvre dans les 4 premiers hôpitaux du programme de réhabilitation et leurs salaires sont assurés, garantissant ainsi la pérennité des établissements.

Bien gérées, ces structures nous permettent d’augmenter petit à petit le niveau de vie du personnel, de donner des primes et de rendre le vol auparavant monnaie courante plus rare.
Nous participons aussi à la vie de la cité, en finançant des projets pour les groupes de femmes ou les écoles environnantes. »

 


Poste d’échographie à l’hôpital de Sarbayeme, DR


Madame Sara Moutassi, infirmière chef, DR

 

De la mort à la vie

« Réparer les corps, réconcilier les familles, donner la vie sans la perdre…voilà ce qui m’anime. Je me sens plus pasteur que médecin, c’est vrai. Mais j’ai d’autres projets encore. Le rêve de fonder une mutuelle de santé qui servirait de modèle pour tous les autres hôpitaux de l’EPC.  Avec un objectif : soigner avec un coût à hauteur de 20 % les malades, le reste étant à la charge de la mutuelle, et permettre ainsi aux plus pauvres un accès aux soins. Les calculs sont faits, deux consistoires sont intéressés et plus de 44 églises soutiennent déjà le projet.

Je ne cherche pas à changer le Monde, je suis simplement un témoin, une petite lumière dans les ténèbres qui entourent parfois l’action humaine. Grâce à Dieu, je peux être ici, là où l’on a besoin de moi. Je peux agir, à ma mesure certes, et même si je n’avais pu sauver qu’une seule vie, ne former qu’un seul médecin, cela me suffirait déjà. Je ne cherche pas à gagner la guerre mais à placer quelques lumières qui peut être, donneront naissance à leur tour à d’autres lumières. »


Madame Bien Suzanne, laborantine, DR


Ordre de passage des médecins et infirmiers chefs, DR