Courrier de mission : Le Défap, acteur de l’Église universelle

À l’heure où les Églises protestantes réfléchissent à leur avenir et à leur mission, la notion d’« Église universelle » revient avec force dans les débats. Souvent perçue comme une idée théologique abstraite, elle prend pourtant une dimension très concrète à travers des pratiques, des rencontres et des engagements. L’émission Courrier de mission diffusée sur Fréquences protestantes met en lumière le rôle du Défap dans cette dynamique : celui d’un facilitateur de relations, d’un passeur entre cultures, et d’un laboratoire vivant de l’Église universelle.

ÉCOUTER L’ÉPISODE

Une Église qui dépasse les frontières

Traditionnellement, l’Église est associée à une paroisse locale, un lieu identifiable, une communauté enracinée dans un territoire. Pourtant, comme le rappelle Vincent Nême-Peyron, secrétaire général du Défap, l’Église universelle est « l’Évangile pour tous et avec tous ». Cette définition souligne une double ouverture : géographique et relationnelle. L’Église ne se limite ni à une culture ni à une langue ; elle se construit dans la rencontre entre croyants venus d’horizons différents.

Au Défap, cette réalité se vit au quotidien. Installé à Paris, le service protestant de mission accueille des personnes issues de multiples Églises et traditions. On y partage bien plus que des projets : des moments de vie, des prières, des repas, mais aussi des visions théologiques diverses. Cette cohabitation fait du Défap un microcosme de l’Église universelle, où la diversité n’est pas seulement tolérée mais activement cultivée.

Le volontariat, moteur de réciprocité

L’un des piliers de l’action du Défap réside dans le volontariat, en particulier le volontariat de réciprocité. Contrairement à une logique unidirectionnelle Nord-Sud, ce modèle repose sur des échanges croisés : des volontaires français partent à l’étranger, tandis que d’autres, venus du Sud, sont accueillis en France.

Anne-Sophie Macor, responsable du volontariat de réciprocité, insiste sur l’impact de ces échanges. Ils permettent non seulement de vivre une expérience personnelle et spirituelle forte, mais aussi de transformer les communautés d’accueil. Les volontaires apportent des idées nouvelles, des pratiques différentes, et contribuent à revitaliser les paroisses. Leur présence questionne les habitudes et stimule la créativité.

Ce processus participe également à un rééquilibrage des relations internationales. Dès sa création en 1971, le Défap a inscrit dans son ADN une volonté d’égalité entre partenaires. Le volontariat devient ainsi un levier pour repenser les rapports entre Églises, en favorisant une véritable réciprocité.

Apprendre des autres cultures

Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique, explique la rencontre d’autres cultures transforme profondément la manière de lire la Bible et de comprendre le Christ. Elle invite à sortir d’une vision centrée sur sa propre culture pour intégrer une perspective plus globale. Dans cette optique, la mission n’est pas d’imposer une vérité, mais de découvrir ensemble une compréhension plus riche de l’Évangile.

cette ouverture n’est pas sans tensions. La rencontre de l’autre peut déranger, remettre en question des certitudes, voire provoquer des incompréhensions. Au Défap, ces « frottements » sont considérés comme nécessaires. Ils génèrent des crises, certes, mais des crises fécondes, qui permettent de grandir et d’approfondir la foi. Comme le souligne Jean-Pierre Anzala, l’Église universelle n’est pas une réalité harmonieuse et lisse ; elle est traversée par des tensions entre ce qui est et ce qui devrait être.

ÉCOUTER L’ÉPISODE