Lettre de Nouvelles : Les quatre premiers mois

Daniel est responsable national des projets au Comité d’Entraide Internationale en volontariat de solidarité internationale au Maroc depuis quatre mois.  Le CEI est un organisme rattaché à l’Église Évangélique au Maroc, qui œuvre depuis plus de vingt ans pour l’amélioration des conditions de vie des migrants au Maroc. Le CEI intervient dans plusieurs domaines : la santé, l’éducation, la formation, L’autonomisation des femmes, distribution des kits alimentaires, et bien d’autres encore.

Je souhaite une très bonne et heureuse année 2026 à toutes et à tous. Que cette nouvelle année soit une année de succès et de réussite dans chacun de nos projets. Cela fait exactement 4 mois que je suis au Maroc, et cela me semble presque irréel. J’ai l’impression que le temps a filé sans que je m’en rende compte. Est-ce à cause d’un quotidien particulièrement chargé ? De la richesse de l’expérience marocaine ? Ou encore de la passion que j’éprouve pour ma mission ? Probablement un peu de tout cela à la fois. Il n’y a sans doute pas une seule réponse, mais un ensemble de raisons qui expliquent ce ressenti. Mon adaptation au Maroc a été très rapide. Progressivement, j’ai su m’intégrer dans un environnement marqué par une grande diversité culturelle et humaine, particulièrement riche et inspirante.

Faits marquants de ces quatre premiers mois

Visites de plusieurs régions marocaines et rencontres avec des populations autochtones et migrantes : dans le cadre de ma mission, j’ai eu l’opportunité, en quatre mois, de parcourir plusieurs villes et villages du Maroc. Ces déplacements m’ont permis de suivre l’évolution de nos différents projets sur le terrain et de rencontrer les bénéficiaires de nos actions. Ces expériences m’ont profondément aidé à comprendre la résilience de populations exposées à de nombreux dangers et à des conditions de vie très difficiles.

Deux éléments m’ont particulièrement marqué

Dans le cadre du projet d’assistance aux personnes victimes du séisme survenu au Maroc en 2023, le Comité d’Entraide Internationale (CEI) – mon organisme d’accueil – a piloté un projet d’approvisionnement en eau dans 4 villages situés dans la région du Haut Atlas. Ce projet visait à fournir de l’eau potable et de l’eau destinée aux usages domestiques à des villages perchés à près de 4 000 mètres d’altitude. Je vous laisse imaginer à quel point ces zones sont difficiles d’accès.

La plupart des habitants de ces villages ont été contraints de quitter leurs maisons, détruites par le séisme. Pourtant, plutôt que de s’installer dans des zones plus accessibles ou plus « calmes », beaucoup ont fait le choix de rester dans la région sinistrée. Leur raison est simple et émouvante : c’est là que leurs grands-parents ont vécu, et c’est là que se trouvent leurs racines.

J’ai été marqué par le niveau de résilience de ces communautés. Malgré une pauvreté extrême, elles affichent une force remarquable : des sourires constants, une lueur d’espoir dans le regard et une détermination à se battre pour un avenir meilleur. Sur le plan économique, les hommes concassent des pierres ensuite revendues pour des travaux de construction locaux. Les femmes, quant à elles, concassent des noix utilisées pour la fabrication d’huile traditionnelle marocaine.

Au-delà de la dureté de leur quotidien, ce sont des populations d’une hospitalité exceptionnelle. Lors de nos différentes visites, elles nous ont offert des repas traditionnels marocains que nous avons partagés ensemble. Je tiens d’ailleurs à préciser que, parmi tous les repas que j’ai mangés au Maroc, ceux partagés dans ces villages restent, sans hésitation, les meilleurs. J’ai été très impressionné par l’art culinaire et le savoir-faire des femmes de ces communautés.

Ces repas étaient bien plus que de simples moments de partage : ils représentaient un véritable signe de reconnaissance et de gratitude pour l’aide apportée par notre organisation, notamment à travers l’approvisionnement en eau de la région.

Visites des populations migrantes dans plusieurs villes et villages du Maroc

Au-delà de ma fonction de coordinateur de projets, j’accorde une importance particulière au travail de terrain. Aller rencontrer des migrants, observer et comprendre de près les réalités qu’ils vivent, fait pleinement partie de mon engagement. Tout comme les communautés marocaines victimes du séisme, les populations migrantes font preuve d’une capacité de résilience exceptionnelle.

Leur quotidien est difficile, parfois même éprouvant. Pourtant, malgré ces conditions de vie pénibles, beaucoup d’entre elles restent optimistes, souriantes et animées d’un esprit collectif fort. La majorité vit en communauté, ce qui leur permet de partager à la fois leurs peines et leurs moments de joie. C’est dans ces espaces de vie collective que j’ai saisi le sens profond du mot «solidarité ».

Malgré ces forces remarquables, certaines situations vécues par les migrants m’ont attristé et marqué. Les faits qui m’ont le plus choqué concernent notamment les violences subies par les femmes migrantes. Beaucoup d’entre elles sont invitées par des connaissances ou par des hommes depuis leurs pays d’origine, avec la promesse de trouver du travail au Maroc ou de faciliter leur passage vers l’Europe. Elles quittent alors leur pays avec une lueur d’espoir. Malheureusement, cet espoir se transforme bien souvent en désillusion totale, et leurs rêves en véritables cauchemars.

La majorité de ces femmes sont victimes d’agressions sexuelles, de viols, de menaces de mort, et parfois contraintes de travailler dans des fermes ou dans d’autres environnements, dans des conditions difficiles à décrire, simplement pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants. Beaucoup donnent naissance à des enfants dont le père est inconnu.

Récemment, lors d’une mission de terrain, j’ai échangé avec une femme migrante qui m’a confié son histoire, les larmes aux yeux. Elle portait dans ses bras un bébé de 6 mois, issu d’un viol, sans connaître l’identité du père. Lorsqu’elle a envisagé de retourner dans son pays d’origine, ses parents lui ont imposé une condition douloureuse : abandonner cet enfant, qu’ils considèrent comme né « hors mariage ». Cette histoire n’est malheureusement qu’un exemple parmi tantd’autres que nous rencontrons au quotidien.

Il est toutefois important de souligner que, parmi les migrants, se trouvent également des hommes responsables et engagés, qui défendent les droits et les causes des femmes, même s’ils sont eux-mêmes confrontés à une grande précarité.

À ces réalités s’ajoutent d’autres difficultés majeures : l’insuffisance d’accompagnement des femmes en matière de santé sexuelle et reproductive, la non-scolarisation de nombreux enfants, ainsi que l’abandon de femmes avec plusieurs enfants par leurs conjoints, partis tenter leur chance vers l’Europe. L’ensemble de ces facteurs contribue à aggraver davantage la vulnérabilité et la précarité de ces populations

Le travail du Comité d’Entraide Internationale

Ces 4 mois de mission m’ont permis de mesurer à quel point les actions menées par le CEI sont essentielles. Le CEI apporte une aide multiforme : assistance médicale, distribution alimentaire, accompagnement des mères et des enfants, ainsi que la mise en œuvre de projets d’autonomisation en faveur des migrants au Maroc.

Ces interventions sont largement reconnues et appréciées, tant par les autorités marocaines que par les bénéficiaires et les partenaires techniques et financiers. Le CEI fait aujourd’hui partie des organisations de référence œuvrant pour l’amélioration des conditions de vie des migrants au Maroc. Il joueégalement un rôle central dans les espaces de concertation entre l’État, les organisations de la société civile et d’autres acteurs clés, notamment au sein de la délégation de l’Union Européenne et de différents groupes de travail thématiques.

Si le CEI bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance en tant qu’acteur majeur de la promotion du bien-être des migrants, c’est en grande partie grâce à l’engagement de ses équipes locales déployées sur le terrain. J’ai été profondément marqué par le dynamisme de la majorité de nos équipes, ainsi que par leur détermination à servir une cause aussi noble que la protection et l’accompagnement des populations migrantes.

Mon intégration au sein des équipes

En tant que coordinateur de projets, je me réjouis du travail mené aux côtés de nos différentes équipes et de constater à quel point nos contributions collectives participent à l’amélioration des conditions de vie de nos bénéficiaires. Les défis sont nombreux et parfois considérables, mais j’ai toujours su instaurer une relation de travail saine et constructive avec les équipes. Cela m’a permis de les accompagner au mieux, conformément à mon cahier des charges et à mes compétences, tout en apprenant énormément à leur contact. Aujourd’hui, je me réjouis des résultats de nos différentes interventions et j’ose espérer que cette dynamique positive se poursuivra dans la durée.

Je ne peux terminer sans évoquer la Coupe d’Afrique des Nations, ce grand rendez-vous qui rassemble tout le continent. Je suis profondément touché par l’ambiance exceptionnelle qui règne autour de la compétition ici au Maroc. C’est une belle occasion de découvrir la richesse des cultures africaines à travers des communautés venues de tous horizons. Même si mon pays, la Guinée, n’y a pas participé, je me réjouis de pouvoir suivre cet événement de près. Cette CAN a également coïncidé avec le retour de fortes pluies, un phénomène rare depuis près d’un an. Malgré quelques inondations locales, les Marocains ont accueilli cette pluie avec beaucoup de joie. La compétition se déroule dans une atmosphère remarquable et arrive bientôt à son terme. J’espère que cette ferveur et cet esprit de fraternité perdureront bien au-delà de l’événement.

Pour conclure, je dirais que cette 1ère partie de l’année a été particulièrement intense, marquée à la fois par des chocs, des surprises, des moments de joie et de nombreux questionnements. Je me retrouve aujourd’hui dans un quotidien que j’ai toujours espéré : contribuer au bien-être des plus vulnérables et exercer un travail porteur de sens.

Cependant, les défis restent importants. En raison de la baisse progressive des financements, de nombreuses organisations ont été contraintes de fermer leurs portes au Maroc. Celles qui poursuivent encore leurs activités se retrouvent souvent submergées par de nouveaux cas, sans toujours disposer des ressources nécessaires pour y répondre, du fait de fortes limitations budgétaires.

Cette expérience au Maroc m’a fait prendre conscience des inégalités et m’a permis de relativiser nos plaintes quotidiennes. Alors que nous manquons parfois de confort, beaucoup luttent pour satisfaire des besoins essentiels. C’est le cas des migrants au Maroc qui aspirent avant tout à des conditions de vie dignes.

Les témoignages racontés visent non pas à susciter la colère, mais à mieux comprendre les réalités des migrants et à encourager leur épanouissement.

Comme le dit Proverbes 11:25 : « L’âme bienfaisante sera rassasiée, et celui qui arrose sera lui-même arrosé. »

Merci pour vos prières, vos messages et vos encouragements quotidiens, qui me donnent la force de continuer. Choucrane BJEF !!!

Daniel

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