Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 29 octobre 2020. Nous prions pour notre envoyée au Burundi.

L’eunuque éthiopien. Rembrandt, 1620 – Wikimedia Commons

Le diacre Étienne vient d’être lapidé sous les yeux de Saul de Tarse, qui approuve ce meurtre et participe à la persécution des nouveaux croyants, dont certains trouvent le salut dans la fuite. Ce chapitre 8 est très intéressant car il met en scène trois types de relation au divin : le fanatisme de Saul, l’utilitarisme de Simon le magicien, puis la confiance de l’eunuque éthiopien.

Le fanatisme nous effraie, il fait la une de notre actualité et se montre meurtrier. Il semble irrationnel mais obéit pourtant à une rationalité construite sur le rejet haineux de l’autre, au nom d’un Dieu transformé en idole. Pourquoi le fanatique veut-il tuer au lieu d’aimer, réduire au silence au lieu d’écouter ? De quoi souffre-t-il lui-même pour vouloir faire souffrir autrui ? D’une maladie de l’âme ? D’une angoisse viscérale de ne plus exister ? Assoiffé de certitudes absolues, il enferme la vie, détruit la liberté, et pétrifie la vérité pour se prouver qu’il a raison et que « son Dieu » est le plus fort.

À la différence du fanatique, l’utilitariste n’absolutise pas sa divinité, mais il cherche à en tirer profit. Dans notre récit, Simon le magicien talentueux ne s’oppose pas à Philippe ni aux apôtres, au contraire. Il cherche à leur acheter les pouvoirs de l’Esprit-Saint. Cela pourrait nous faire rire si de nombreuses personnes dans la peine et le besoin ne se laissaient abuser par des marchands de miracles, se trouvant alors privés de la connaissance de l’amour gratuit de Dieu.

Mais nous allons maintenant rencontrer un homme qui vit la foi comme confiance :

« L’ange du Seigneur dit à Philippe : Va vers le sud, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, dans le désert.  Il se leva et partit. Or un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, la reine des Éthiopiens, et responsable de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer, et il s’en retournait, assis sur son char, en lisant à haute voix le Prophète Ésaïe.
L’Esprit dit à Philippe : Avance et rejoins ce char.
Philippe accourut et entendit l’Éthiopien qui lisait le Prophète Ésaïe. Il lui dit : Comprends-tu ce que tu lis ?
Il répondit : Comment le pourrais-je, si personne ne me guide ? Et il invita Philippe à monter s’asseoir avec lui.
Le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci :
Il a été mené comme un mouton à l’abattoir ; et, comme un agneau muet devant celui qui le tond, il n’ouvre pas la bouche.
Dans son abaissement, son droit a été enlevé ; et sa génération, qui la racontera ?
Car sa vie est enlevée de la terre.
L’eunuque demanda à Philippe : Je te prie, de qui le prophète dit-il cela ? De lui-même ou de quelqu’un d’autre ? Alors Philippe prit la parole et, commençant par cette Écriture, il lui annonça la bonne nouvelle de Jésus.
Comme ils continuaient leur chemin, ils arrivèrent à un point d’eau. L’eunuque dit : Voici de l’eau ; qu’est-ce qui m’empêche de recevoir le baptême ? Il ordonna d’arrêter le char ; tous deux descendirent dans l’eau, Philippe ainsi que l’eunuque, et il le baptisa. Quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe. L’eunuque ne le vit plus : il poursuivait son chemin, tout joyeux. Quant à Philippe, il se retrouva à Azoth ; il annonçait la bonne nouvelle dans toutes les villes où il passait, jusqu’à son arrivée à Césarée. »
Actes 8, 26-40.

 

 

L’eunuque éthiopien est un chercheur de Dieu , qui n’hésite pas à parcourir de longues distances pour nourrir sa quête. Il a une situation paradoxale. Homme puissant, il a la confiance de sa reine, mais il est aussi son esclave, et se trouve privé de ses attributs masculins. Second paradoxe : manifestement attiré par le judaïsme, comme beaucoup à son époque, il ne peut cependant être intégré au peuple juif, car eunuque. Troisième paradoxe : c’est un lettré, plongé dans le rouleau du Prophète Ésaïe, mais de son propre aveu, il ne comprend pas ce qu’il lit. C’est dans la relation de confiance qui s’établit avec Philippe que va se dévoiler le sens du Chant du Serviteur souffrant. Alors il va demander et recevoir le baptême. Et se réalise une autre prophétie du Prophète Ésaïe, celle qui, au ch 56, proclame que les eunuques, comme les étrangers, seront accueillis au milieu du peuple.

Questions pour nous :

Peut-on aider quelqu’un à sortir du fanatisme et comment ?

Sommes-nous sûrs de ne jamais avoir une vision utilitaire de Dieu et de la religion ?

Quelle est notre image de Dieu ? A-t-elle évolué au cours de notre vie et évolue-t-elle encore ?

 

 

Nous prions :

Ô Dieu nous venons vers toi.
En ces temps troublés tu es le pôle stable, l’équilibre intérieur.


Nous avons plaisir à être près de toi, nous nous y sentons nous-mêmes.
Nous croyons en toi et nous reconnaissons nos limites.
Nous nous adressons à toi, plein de questions
Car nous ne savons plus la juste mesure des valeurs.
Qu’est-ce que le monde et quel est son avenir ?
Vers quoi devons-nous aller, Seigneur ?
Qu’exiges-tu de nous ?
Qu’attends-tu de nous ?


Nous t’en prions : fortifie notre conscience, notre disponibilité, notre foi.
Donne-nous la tolérance, la charité, le respect de la vie humaine.
Nous t’en prions : donne-nous la force de reconnaître le droit chemin
De rayonner parmi tes créatures
De vivre pour un monde humain
Dans ton Église.


Amen