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Un village palestinien pas tout à fait comme les autres

Date de publication : 25/08/2014

« Dans ce lieu, tout est beau, mais les tensions sont grandes. » Brigitte de Panthou, envoyée par le Défap pour participer au programme EAPPI (Ecumenical Accompaniment Program in Palestine and Israel), raconte dans cette première lettre son installation dans le village de Yanoun. Premières rencontres avec les habitants palestiniens, premières images des colons israéliens... Elle décrit aussi le rôle des accompagnateurs oecuméniques dont elle fait partie : désamorcer les risques de violence par leur présence.

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Vue des environs de Yanoun ©  EAPPI

Pendant les 3 mois qui viennent, je vais résider à Yanoun, un petit village palestinien, situé au fond d’une longue vallée à flanc de coteau. Géographiquement, nous sommes à 8 kms d’Aqraba et 15 de Nablus.

C’est un lieu superbe, entouré de tous côtés par des montagnes, nous sommes à 700 mètres d’altitude. Il fait très chaud, mais il y a beaucoup de vent et c’est tout à fait supportable. Le 5 Août, lors de notre arrivée, vers 18h30, la lumière était sur les crêtes des montagnes et cela ressemblait à une carte postale, que j’aurais aimé vous envoyer. Mais vous devez bien penser que nous ne serions pas 5 accompagnateurs Œcuméniques, si dans ce lieu « Paix et Beauté » pouvaient s’accorder.

Dans le paragraphe suivant, je vous présente l’histoire de Yanoun, mais aussi la naissance du projet qui a été mis sur pied par le Conseil Mondial Œcuménique des Eglises.

Dans le second la mission de l’équipe.

Yanoun : un peu d’histoires

Vue des environs de Yanoun ©  EAPPI

« Le village de Yanoun regroupe quelques maisons au début d’une longue vallée de Cisjordanie. C’était autrefois un village typique de Palestine. Les habitants cultivaient le blé dans leurs champs, soignaient leurs oliveraies et élevaient des moutons et des chèvres sur les collines à l’arrière de leurs maisons.

Mais Yanoun est au premier plan dans la lutte pour les territoires occupés de Cisjordanie. En 2002, des jeunes, venus de l’implantation israélienne illégale d’Itamar, ont expulsé la quasi-totalité des habitants du village sous la menace des armes. Yanoun a été le premier village expulsé par la force depuis l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Israël, lors de la guerre des six jours en 1967. Les familles se réfugièrent dans la village d’Aqraba avec les quelques biens qu’elles avaient pu sauver.

Des militants pacifistes israéliens refusant d’accepter ce que les colons faisaient en leur nom, s’installèrent dans le village pour dissuader les attaquants. Des volontaires internationaux se joignirent bientôt à eux. L’impact de leur présence a été profond. En rendant compte des attaques, en étant visible dans le village, ils ont contribué à réduire le niveau de violence de manière significative. Petit à petit les habitants de Yanoun sont retournés chez eux.

En 2003, le Programme d’accompagnement œcuménique en Palestine et Israël a pris la responsabilité du maintien d’une présence internationale à Yanoun. …. Les accompagnateurs et accompagnatrices œcuméniques accompagnent les habitants du village et rendent compte des atteintes aux droits de la personne. Ils participent ainsi à la protection des communautés locales et ils informent régulièrement les instances internationales de la situation sur le terrain. » (1)

Le village est divisé en trois partie : Yanoun le haut, Yanoun du centre et le bas Yanoun. Il compte actuellement 80 habitants, dont 50 enfants et jeunes. Tous les habitants ne sont pas revenus au village après l’avoir quitté, en 2002. Il y a une école primaire, l’an dernier elle regroupait neuf élèves. Les autres vont à l’école à Aqraba, il y a un système de ramassage scolaire qui fonctionne bien. Yanoun est encerclé de montagnes. Sur trois côtés, il y a des colonies, certaines sont anciennes et un peu éloignées du village, telle Itamar ; d’autres sont ce que l’on appelle ici des « outpost », c'est-à-dire des nouvelles implantations, dépendant d’ anciennes colonies, qui ne sont pas reconnues par le droit international, pas plus que par le droit israélien ; et ces « outpost » sont de plus en plus nombreux près de Yanoun. Mercredi 6 août, il y a eu une activité très importante sur la colline 777, qui se trouve juste en face de notre maison, présence d’un bulldozer, d’un tracteur avec une remorque, de plusieurs personnes et de nombreux va-et-vient de voitures jusqu’à tard dans la soirée. Nous suivons de près ce qui se passe.

Les accompagnateurs de l’équipe précédente, dont nous avons rencontré un membre, Sarah, nous ont dit qu’en juin la clôture qui encercle l’ « outpost » de la colline 777, avait été avancée de plusieurs dizaines de mètres gagnant ainsi sur les terres palestiniennes.

Ici, nous n’avons pas le « Mur », mais chaque colonie ou chaque « outpost » est entourée d’une clôture qui peut être électrifiée, il peut y avoir des chiens et d’autres systèmes de surveillance.

Notre mission

Vue des environs de Yanoun ©  EAPPI

A Yanoun, il doit y avoir une présence, 24h/24h, pendant 365 jours. Nous devons être visibles de la population tout au long de la journée, nous portons tous une veste, avec le logo du projet qui nous permet d’être connus et reconnus.

Le matin, vers 7h actuellement, mais pendant la période scolaire cela sera plus tôt, nous marchons entre le haut Yanoun et le bas Yanoun ; arrivés au carrefour du bas Yanoun, les marcheurs du matin tournent à droite, en direction de l’ancienne route de Nablus ; mais déjà depuis notre arrivée nous avons dû supprimer une partie de la marche du matin, qui semblait trop risquée….. Des colons ayant été vus trop souvent sur la route que nous parcourons aussi, notre correspondant local nous a demandé d’interrompre la seconde partie de la marche. La marche du matin fait maintenant 5 kms.

Le soir vers 17h30, nous partons à gauche, du bas Yanoun. Un chemin de terre traverse les champs, certains sont cultivés, d’autres sont pour les troupeaux de moutons, d’autres encore sont en jachère et nous arrivons dans un lieu superbe d’où l’on peut apercevoir la vallée du Jourdain et derrière les montagnes, la Jordanie. Dans ce lieu, tout est beau, mais les tensions sont grandes. Le premier soir, nous avons rencontré sur le chemin une voiture avec des colons, ils étaient deux, ils ont fait demi-tour pour venir nous demander « allez-vous bien ? », ils n’étaient pas agressifs, mais nous devons être très vigilants. Sur le siège arrière de la voiture, il y avait une arme. La marche du soir fait 6 kms.

Nous visitons les villages avoisinants régulièrement, à la demande de nos correspondants ou pour aller saluer les habitants, ils doivent savoir que nous sommes là et à leur disposition si un incident arrive. Déjà, nous avons fait plusieurs récits d’incidents et aujourd’hui, nous allons dans un village où un jeune homme a été tué le week-end dernier, plusieurs personnes blessées et une maison démolie. Je ferai dans quelque temps un envoi sur ces incidents, parfois très graves.

Actuellement, ce sont les vacances scolaires, mais à partir de la rentrée, qui aura lieu dans une dizaine de jours, le 24 août, allons visiter plusieurs écoles, tout particulièrement à l’entrée des élèves à 7h30, pour éviter que ces derniers n’aient des problèmes avec la police. Je ferai un envoi particulier sur ce point, car c’est un sujet très important pour notre équipe.

Un de nos objectifs est aussi de créer des relations avec les Eglises locales. A Nablus, il y a plusieurs Eglises chrétiennes : protestante, catholique latine, orthodoxe ; nous allons aux services des dimanches matin pour créer des liens avec les communautés chrétiennes.

Enfin, nous avons à entretenir des liens ou à en créer avec des organismes de la société civile, associations, coopératives, mouvements divers. Nous avons déjà visité la Circus School (l’école du cirque) de Nablus. Nous avons l’intention d’y retourner régulièrement.

J’aime aller passer quelques moments de visite dans les familles ; là, nous pouvons parler un peu de la vie quotidienne et c’est une des tâches de notre équipe. Le contact n’est pas toujours facile, car toutes les femmes ne parlent pas anglais…. Les enfants et les jeunes qui vont tous à l’école peuvent être de bons interprètes.

Brigitte de Panthou
Je participe au programme EAPPI, je suis envoyée par le DEFAP, (qui est le Service Protestant de la Mission des Eglises Luthériennes et Réformées de France) en tant qu’Accompagnatrice Œcuménique, pour le Conseil Œcuménique Mondiale des Eglises.

 

(1) Accompagnement et espérance – Ed : Conseil œcuménique des Eglises en 2011

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