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Israël-Palestine : « De l'eau et du sel »

Date de publication : 18/06/2014

Depuis bientôt deux mois, 125 détenus palestiniens, en grève de la faim pour dénoncer leur incarcération, n'ont rien absorbé hormis de l'eau et du sel. Leur état de santé s'aggrave, suscitant des réactions internationales. Ils sont emprisonnés dans le cadre d'une « détention administrative », procédure qui permet à l’armée israélienne de les retenir pour une durée illimitée, sans inculpation et sans procès. Elisabeth Mutschler, envoyée par le Défap dans le cadre du programme EAPPI, raconte leur combat dans sa dernière lettre.

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Soutien aux grévistes de la faim, 5 juin 2014 : Hassan Al Wardiaan est venu accompagné de son petit-fils Hassan, le fils de Mahmoud, à gauche © EAPPI

 

Bethléem, 16 juin 2014

 

Hassan est le père de Mahmoud Al Wardiaan, prisonnier en détention administrative en Israël depuis plus de dix mois. Cela fait la troisième fois que Mahmoud subit une peine de ce type, pour un total de quatre-vingt-huit mois d’emprisonnement.

 

 

 Depuis le 24 avril 2014, Mahmoud fait la grève de la faim, avec quelque cent vingt-cinq autres prisonniers en détention administrative comme lui dans les prisons israéliennes.
 De l’eau et du sel, c’est ce qu’ils ont choisi pour vivre ou survivre.
 Leur état de santé se détériore rapidement.

 

 

Tous les jours d’autres prisonniers se joignent à eux en signe de solidarité, pour un jour ou plus, et des manifestations de soutien ont lieu dans les villes et les villages de la Palestine occupée.

La détention administrative

Manifestation de soutien aux prisonniers en grève de la faim devant la basilique de la Nativité à Bethléem le 5 juin 2014 © EAPPI

 

Hassan raconte comment s’est passée la dernière arrestation de son fils Mahmoud :

« Des véhicules militaires de l’armée israélienne sont arrivés à 3 heures du matin ; des soldats lourdement armés ont investi toute la maison et se sont précipités dans la chambre de Mahmoud et de sa femme. Ils lui ont bandé les yeux et entravé les mains et l’ont emmené ; dehors, ils l’ont jeté dans un véhicule militaire, à même le plancher, et sont partis. Nous ne savions pas pourquoi on le traitait de cette façon ni vers quel centre d’interrogation il était emmené. C’est comme ça ici. On vous emmène dans un centre de détention, on vous maltraite, on vous humile, on vous interroge sur des choses que vous ne connaissez pas. Vous n’avez pas accès à un avocat, personne ne sait où vous êtes. Pendant une semaine. Après, quelqu’un vient vous annoncer que les autorités militaires ont décidé que vous resterez en détention administrative pendant six moix. Il n’y a pas de charges contre vous, alors comment vous défendre ? On vous emmène dans une prison en Israël, donc vous n’avez pratiquement pas de visites à cause du système des permis nécessaires pour quitter la Cisjordanie occupée … et au bout de six mois on vient vous dire que vous resterez six moix supplémentaires. Ça peut durer longtemps comme ça. Vous restez dans votre prison à vous demander où est la justice dans tout ça, pourquoi personne ne peut vous aider, vous vous raccrochez à l’espoir qu’un jour vous reverrez votre famille… »

La détention administrative : une procédure illégale au regard du droit international

Tableau sur les durées de détention © EAPPI

 

La détention administrative permet donc à l’armée israélienne de retenir des détenus pendant une période illimitée, sans inculpation et sans procès. Elle est souvent utilisée lorsque les preuves sont insuffisantes pour juger les palestiniens en vertu des ordres militaires qu’Israël utilise pour gouverner la Cisjordanie. Les ordres de détention sont basés sur des informations secrètes auxquelles ni les détenus, ni leur avocat, n’ont accès.

Selon le Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies, la détention administrative existe, mais ne doit s’appliquer qu’à des cas individuels mettant en danger l’ensemble de la nation. Elle ne doit pas se substituer à une procédure criminelle ni à un manquement de preuves.

Les prisonniers étant souvent détenus en Israël plutôt qu’en Cisjordanie, la détention administrative telle que pratiquée par l’État d’Israël contrevient aussi à l’article 9 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :

 « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé. »

Une grève de la faim

Prière de rue en soutien aux grévistes de la faim près de Al Khadr © EAPPI

« Mais que pouvons-nous faire ? »

Les Palestiniens expriment souvent leur impuissance devant les difficultés subies en raison de l’occupation de la Cisjordanie par cette petite phrase.

 

 Les cent vingt-cinq détenus administratifs en grève de la faim ont choisi cet ultime moyen pour se faire entendre, un signe de désespoir qui engage la santé et la vie de ceux qui ne peuvent se faire entendre autrement.
 Du sel et de l’eau.
 Ils en sont aujourd’hui, lundi 16 juin 2014, à leur 53e jour d’action, et ce dans un système carcéral très dur. Beaucoup ont dû être hospitalisés.
 Du sel et de l’eau.
 Leur action se veut aussi un appel aux instances internationales…

Alimentation forcée ?

Le gouvernement israélien tente bien sûr de briser cette grève. Une loi pourrait être promulguée par la Knesset cette semaine permettant l’alimentation forcée des grévistes de la faim, ce qui leur enlèverait leur tout dernier droit, leur toute dernière liberté. Cette légalisation de ce qui s’apparente sur le plan éthique et médical à une forme de torture serait une première sur le plan mondial.

Et si par malheur …

Que se passerait-il si par malheur l’issue devait être fatale pour un ou plusieurs prisonniers ?

Cette grève n’a eu que peu d’échos sur le plan international. Des réactions très vives sont pourtant à craindre sur le terrain, surtout dans le contexte particulier créé par l’enlèvement des trois jeunes israéliens qui lui a été largement relayé par la presse internationale.

Quelques réactions sur le plan international

Suivez le mouvement de soutien aux grévistes de la faim sur Twitter : #Water_and_salt © EAPPI

 

Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a demandé à Israël de juger les prisonniers en détention administrative ou de les libérer.

L’entreprise britannique G4S a annoncé le 6 juin 2014 qu’elle ne renouvellerait pas ses contrats avec les prisons israéliennes, pour des raisons humanitaires.

G4S est une entreprise britannique de services de sécurité. Avec 657 000 employés, G4S est la 3? plus grande entreprise au monde en terme d'employés.

Et nous ?

Saurons-nous nous indigner ?

 

 

 De l’eau et du sel
pour l’espoir
 De l’eau et du sel
pour la dignité

 

 

 

Elisabeth Mutschler
EAPPI

Je participe au programme EAPPI, envoyée par le Défap en tant qu’Accompagnatrice pour le Conseil Œcuménique des Églises.

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