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Bethléem : face au Mur

Date de publication : 15/05/2014

Omniprésent, il serpente à travers la ville : Bethléem se trouve comme coincée derrière le Mur. Symbole de tracasseries quotidiennes, il isole nombre d'habitants de leurs parcelles de terre et oblige des milliers d'autres Palestiniens travaillant à Jérusalem à se soumettre tous les jours à une interminable attente au checkpoint 300, tenu par l'armée israélienne. Dans cette première lettre de nouvelles, Elisabeth Mutschler, envoyée par le Défap pour participer au programme EAPPI (1), évoque sa découverte de cette barrière érigée par les autorités israéliennes à partir de 2002.

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Bethléem, étape obligée de toute visite en Terre Sainte. Des dizaines d’autocars pleins de touristes ou pèlerins étrangers passent quotidiennement le checkpoint à l’entrée de la ville avant de se rendre à la basilique de la Nativité. Le passage est facile pour eux : de simples contrôles d’identité effectués à l’intérieur du véhicule, généralement sans tracasseries excessives.

Difficile dans ces conditions de seulement imaginer ce qu’est réellement le Mur, au quotidien, pour des milliers de Palestiniens.

Barrière, clôture, zone, muraille, mur

Les dénominations sont nombreuses pour cette construction qui se veut une barrière de sécurité de 8 à 9 mètres de haut avec en largeur des tracés parallèles de grillage, barbelés et route pour les patrouilles. Lors de sa mise en place progressive à partir de 2002 – après la deuxième intifada – elle visait à enrayer les vagues meurtrières d’attentats suicides dirigées contre les civils israéliens. Cet objectif a sans doute été atteint.

L'olivier, symbole de vie et d’enracinement © Elisabeth Mutschler pour EAPPI et Défap

La barrière ne suit pas le tracé de la Ligne Verte qui est la ligne de démarcation de l’armistice de 1949 entre Israël et les pays arabes voisins et a donc a été déclarée contraire au droit international dès le début de sa construction. Dans la réalité, sur les quelques 720 km du Mur (puisque c’est ainsi que l’appellent les Palestiniens), 85% se trouvent à l’intérieur du territoire cisjordanien sur des terres réquisitionnées par Israël. Il s’enfonce parfois jusqu’à plus de 15 km et inclut plusieurs grands blocs de colonies israéliennes présentes ou à venir.

Le territoire palestinien tout entier en ressort morcelé, des paysans se trouvent spoliés ou séparés de leurs terres, des ouvriers de leur travail, l’économie est atteinte, des familles sont divisées, la liberté de se déplacer est niée à la plupart des gens.

Ayman, qui s’occupe de tourisme alternatif, commente : « Quand ils ont commencé à en parler, je n’y croyais pas ; quand j’ai vu le tracé sur les cartes, je n’y croyais pas. Même quand j’ai vu les machines arriver, je n’y croyais pas. Et puis un jour, il était là ».

 

Bethléem

Le checkpoint 300 © Elisabeth Mutschler pour EAPPI et Défap

 

 

A Bethléem même, le Mur est omniprésent. Loin d’être une ligne droite quelque part, il serpente dans la ville en traçant de véritables méandres, ici pour protéger la tombe de Rachel, là pour assurer la sécurité autour du camp de réfugiés d’Ayda.

Bethléem se trouve maintenant comme coincée derrière le Mur. Beaucoup d’habitants possédaient des parcelles de terre à l’extérieur de la ville, des plantations d’oliviers le plus souvent. Ils n’y ont plus accès et ne peuvent s’occuper des récoltes que s’ils obtiennent un permis spécial. Or chacun connaît la valeur de cet arbre dans le bassin méditerranéen : il est un véritable symbole de vie et d’enracinement.

 

 

 

 

Le checkpoint 300

Attente au checkpoint 300 © Elisabeth Mutschler pour EAPPI et Défap

 

Quitter Bethléem pour aller travailler à Jérusalem signifie passer par le checkpoint 300. Cinq à six mille hommes franchissent ce passage dans le Mur les jours ouvrables entre quatre heures et sept heures du matin. Certains jours, cela s’apparente à une véritable galère et peut durer plus d’une heure : sur une distance de pratiquement 500 m, cinq tourniquets, un détecteur de métal et puis un guichet pour le contrôle des empreintes digitales, de la carte d’identité et du permis de travail. Et des soldats, des gardes, des ordres parfois cinglants.

On commence par attendre avant même de pouvoir entrer, un tourniquet s’ouvre, on franchit une première étape et puis on attend de nouveau et ainsi de suite…Et il arrive que tout se bloque. Il faut aussi encore ajouter l’obligation d’enlever ses chaussures et sa ceinture.

Patience, exaspération, résignation… « On nous traite comme des animaux dans une cage ».

 

Tout près, Jérusalem

Le passage vers Jérusalem © Elisabeth Mutschler pour EAPPI et Défap

 

Jérusalem ne se trouve qu’à 8 km de Béthléem. Malgré cela, très peu de gens peuvent s’y rendre en-dehors des travailleurs ayant obtenu leur permis de travail.

Et pourtant, beaucoup de personnes y aspirent très profondément, surtout pour des raisons religieuses.

Les musulmans par exemple, pour la prière du vendredi ; mais les permis ne sont accordés qu’aux personnes de plus de cinquante ans.

Les chrétiens sont eux aussi coupés de leurs lieux saints et sont soumis à une demande de permis qui s’apparente un peu à une loterie. Sur 5000 demandes pour Pâques 2014, seulement 700 personnes ont obtenu le laisser-passer pour se rendre à Jérusalem où elles ont souvent trouvé d’autres restrictions à l’entrée de la vieille ville.

 

La Prière du Mur

Tous les vendredis soirs, des chrétiens se réunissent pour prier le long du Mur, juste à côté du checkpoint.

Ne pas abandonner, continuer de prier et d’espérer. « Que pouvons-nous faire d’autre ? »

 

Les messages du Mur

« Maintenant que j’ai vu, je suis responsable » © Elisabeth Mutschler pour EAPPI et Défap

 

Le Mur est un véritable espace d’expression où Palestiniens et visiteurs donnent libre cours à leur colère et leur désir de paix.

Des graffitis s’affichent partout sur le Mur à l’intérieur de Bethléhem. Ils sont l’oeuvre d’anonymes ou d’artistes comme le célèbre Banksy.

Le graffeur Moody Abdallah explique : « Il ne s’agit pas de rendre le Mur beau, mais de transmettre un message politique que tous peuvent comprendre. Faire des graffitis et des peintures, c’est mieux que de se battre, non ? »

En guise de conclusion, je voudrais simplement vous laisser ce graffiti.

« Maintenant que j’ai vu, je suis responsable »

Bethléem – Mai 2014
Elisabeth Mutschler


Je participe au programme EAPPI, envoyée par le Défap (Service Protestant de Mission) en tant qu’Accompagnatrice pour le Conseil Œcuménique des Églises.
(1) Le programme EAPPI (Programme œcuménique d'accompagnement en Palestine et Israël) a été initié par le Conseil Œcuménique des Eglises (COE), dont les Eglises membres représentent 550 millions de chrétiens dans le monde, en réponse à un appel de responsables chrétiens locaux. Lorsque la violence s’est répandue à travers Israël et les territoires occupés, après le déclenchement de la seconde Intifada (El Aqsa) en 2000, les responsables des Eglises de Jérusalem ont lancé un appel à soutenir leurs efforts pour une paix juste. La gestion des envois d’accompagnateurs a été reprise en 2012 par le Défap à la demande de la Fédération protestante de France.
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