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Au sommaire :

De Clermont-Ferrand à Tunis

Date de publication : 24/04/2017

Envoyée en Tunisie en 2012, Hoby Andrianirina achèvera bientôt sa mission à l’école Kallaline de Tunis. Elle nous raconte ces quatre années enrichissantes.

Elle, c’est Hoby. De nationalité malgache, elle enseigne le français à l’école Kallaline de Tunis, où elle gère une classe de CM1 et une classe de CM2. Elle y enseigne le FLE ( Français Langue Étrangère) à des enfants tunisiens dont le français est une seconde langue ou complètement étrangère pour une minorité d’entre eux. Cette année 2016-2017 est sa cinquième en tant que VSI au sein de cette école. Avant cette mission, elle s’était installée à Clermont-Ferrand pour y poursuivre ses études. Elle a obtenu en 2011 un doctorat en didactique du Français Langue Étrangère.

 

Hoby Andrianirina dans sa classe, 2017, DR

 

Une rencontre décisive

« Peu avant l'obtention de mon diplôme, comme chaque étudiant qui se soucie de son avenir, je commençais à me poser des questions sur mon devenir professionnel », nous raconte-t-elle. « Où aller ? Dans quelle université travailler ? Rester en France ? Revenir à Madagascar ? Partir ailleurs ? », se demandait Hoby.
Un dimanche, à l'église de Clermont-Ferrand (l’EPE), elle rencontre Bernhard Reiss (le gérant de l'école Kallaline) qui était de passage dans son église. Cette rencontre a été décisive. « Dans son discours, Bernhard mentionnait, entre autres, un besoin urgent de l'école, celui de trouver des enseignants de FLE pour l'année scolaire à venir. Bizarrement, je me suis sentie concernée. Pourtant, ni la Tunisie ni l'enseignement du français à l'école primaire ne faisaient partie de mes ambitions professionnelles ».
Elle prend plus tard contact avec le couple Reiss, qui dirige l’école. « Je suis alors partie une semaine en Tunisie, à l'école Kallaline pour voir le travail et son environnement d'une manière concrète. J'ai compris alors que ma future étape de vie était là-bas. »

 

Arrivée à Kallaline

Dans l’école Kallaline, les enseignants de français sont pour la plupart des non-tunisiens. « Je suis arrivée dans un contexte où d'une part, l'école avait eu le projet d'étendre le nombre des classes (ils ont dédoublé le nombre des classes) et d'autre part, elle avait besoin d'enseignants de français pour répondre à cet objectif. »

 


Hoby et ses élèves, 2017, DR

 

Découvrir une nouvelle culture

« La première année a été très difficile », nous confie Hoby. « Même si j'étais persuadée que ma place était à l'école Kallaline, je n'étais pas épargnée des différents chocs culturels. La Tunisie constituait un nouveau monde et une nouvelle culture pour moi. J'étais confrontée à des personnes qui avaient d'autres façons de penser et de se comporter. Ceci est diffèrent de mon éducation et de ce que j'ai vu et vécu en France.
En plus, la méconnaissance de la langue locale était un grand handicap. Je ne m'intégrais pas dans les conversations, je m'excluais des groupes arabophones car je n'y comprenais rien. J'ai suivi des cours d'arabe deux fois par semaine mais j'étais vite découragée. Sur le plan du travail, c'était la première fois que j'enseignais à des enfants. J'avais déjà enseigné auparavant mais à des adultes et à des adolescents. Je ne savais pas comment m'y prendre d'autant plus que les enfants tunisiens ne sont pas faciles à gérer. »

Les premiers mois, le découragement était parfois au rendez-vous. « Mes premiers mois étaient remplis de doute. L'envie de quitter l'école m'est passée par la tête quelques fois. Mais, au fil du temps, des changements se sont opérés en moi. (Au départ, je croyais que c'était aux autres de s'adapter à moi). Je me suis remise à apprendre la langue locale et j’ai persévéré. Aujourd’hui, je ne prétends pas parler convenablement l'arabe mais de temps en temps, j'arrive à me faire comprendre. Je me suis même fait des amies. Car j'ai fait des efforts pour mieux comprendre les enfants et répondre à leurs besoins. J'ai mieux accepté aussi les différences culturelles et fait des efforts d'intégration dans la société. »


Un profond attachement à la mission

Hoby a su tisser des liens avec ses voisins et l’équipe pédagogique de l’école Kallaline.  « Une collègue me considère comme sa sœur, je fais partie de sa famille, ce qui a une signification profonde dans la société tunisienne. Et j’ai aussi le soutien et les prières de mes amis, de mes responsables à l'école, qui sont des bénédictions pour moi. Cela a eu des retombées positives sur moi. Le fait de savoir la présence de Dieu auprès de moi c’est une aide puissante. Au fil des ans, je me sens de plus en plus à l'aise ici. Cinq ans plus tard, j'y suis encore et je compte finir la dernière année qui me reste en tant que VSI à l'école Kallaline. »

Depuis qu’elle est sur place, Hoby a pris part à tous les projets d’équipe mis en place par l’école comme la préparation des fêtes de Noël, la préparation des éditions de la journée des livres, le club du samedi (dont elle est devenue la responsable depuis deux ans) ou encore les ateliers théâtre.
Hoby aimerait aujourd'hui développer d’autres aspects de sa mission. « Je ressens juste des besoins (comme avoir plus de partenariats avec des organismes ou des écoles étrangers), développer l'envie de lire chez l'élève mais je n'ai pas de projets à proposer pour cela. » 



Hoby et des collègues à la vente de livres d’occasion, 2017, DR

 

Un évènement marquant à Tunis

Durant ces quatre années, Hoby a vécu de nombreux moments de tension. Mais un l’a particulièrement marquée. C’est avec émotion qu’elle partage ce souvenir avec nous. « C'était le jour où il y avait l'attentat au musée du Bardo, il y a 2 ans exactement. C'était ma période de vacances, des amies étaient venues me rendre visite. Nous étions au musée un dimanche. Le mercredi suivant, l'attentat a eu lieu. A ce moment-là, nous étions à Bizerte, qui est à 1h30 de Tunis en voiture. Je me suis dit que cet acte aurait pu avoir lieu le jour où nous y étions. J’ai eu autant peur que mes visiteuses mais je devais les rassurer, les calmer et leur montrer que je maîtrisais notre situation alors que je ne maîtrisais rien du tout. Au fond de moi, je paniquais aussi car je me sentais responsable de mes visiteuses, nous étions loin de la maison et il fallait rentrer sur Tunis. J'ai continué à montrer la région de Bizerte à mes amies. Mais en même temps, je priais Dieu de nous protéger et de nous ramener à la maison sans problème. Ce fut le cas. Mais je garde encore un souvenir de ce jour comme si c'était hier. »

 

 

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