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Pourquoi s’engager au Cameroun ?
par Marc Frédéric Muller et Claude Walch
Les actions solidaires à l’initiative des particuliers ou des groupes locaux ont besoin de relais institutionnels pour être efficaces. La FPF et le Défap s’engagent aux côtés du CEPCA pour mieux structurer les services du protestantisme camerounais.

A l’invitation du Conseil des Eglises Protestantes du Cameroun(CEPCA) , une délégation de la FPF (son président Claude Baty, les responsables des aumôneries de l’armée et des prisons Bernard Delannoy et Brice Deymié) accompagnée du Défap (Marc Frédéric Muller) a participé à un séminaire rassemblant les chefs des Eglises sur le thème du leadership du 29 juin au 3 juillet 2009 à Yaoundé. Cette visite avait particulièrement pour but de faire l’état des lieux des aumôneries, d’imaginer un accompagnement et de préciser les priorités dans la définition de projets d’échanges.

Le CEPCA est l’héritier de la Fédération des Eglises Protestantes du Cameroun (FEMEC). Il compte aujourd’hui 11 Eglises ou Union d’églises, ce qui représente 5 millions de fidèles, classées en 5 familles : les presbytériens, les évangéliques, les baptistes, les luthériens et les anglicans. Son action s’étend sur tout le territoire national. Conçu pour coordonner un travail commun aux Eglises protestantes dans une dynamique de concertation, il a pour vocation d’être le porte-parole du protestantisme camerounais et doit représenter ses intérêts auprès des pouvoirs publics.

Le CEPCA souhaite mieux structurer son dispositif institutionnel et améliorer la qualité de ses services, il a fait une demande explicite de soutien. Le Defap et la FPF sont convaincus de l’intérêt d’un engagement auprès d’une structure fédérative au Cameroun et ils sont prêts à apporter des moyens. La difficulté est de trouver des points d’appui nécessaires à des actions de levier favorisant une dynamique constructive dans laquelle la FPF et le Defap ne seraient que des partenaires occasionnels, c’est à dire non indispensables au fonctionnement courant.. De leur côté, l’Etat et les membres du gouvernement sont unanimes pour rechercher un interlocuteur privilégié incarnant le protestantisme camerounais à travers une structure faîtière investie d’une suffisante légitimité. D’ores et déjà l’Etat octroie une subvention au CEPCA pour deux secteurs d’activités : l’éducation et la santé. La collaboration pourrait être étendue à d’autres domaines. Sur le papier, les mandats du CEPCA et son modèle organisationnel sont clairs, en principe conformes à l’aspiration des Eglises. Dans les faits la situation s’avère fragile.

Il n’est pas évident pour les chefs d’Eglise de renoncer à certaines de leurs prérogatives tant qu’ils n’y voient pas un intérêt ou une utilité pour l’entité qu’ils représentent. Chaque Eglise compte sur le ministre de sa région ou de sa religion pour faire avancer son projet et n’entend pas se dessaisir de son réseau et de ses lieux possibles d’influence. Les enjeux de leadership ont tendance à se renforcer et à occulter la priorité œcuménique. Cette concurrence interne stérilise beaucoup de potentialités, fragilise le protestantisme camerounais et peut, à la longue, ruiner la légitimité du CEPCA. Il est nécessaire de trouver un cadre institutionnel à même de définir les champs de responsabilité propres aux églises d’une part et au CEPCA d’autre part.

Jusqu’à présent les membres du CEPCA n’ont pas produit d’analyse leur permettant de définir une position commune sur des sujets de société ou sur des questions éthiques. Des personnes ayant exercé des fonctions importantes au niveau de l’Etat, des cadres expérimentés, des universitaires pourraient être sollicités. Ils seraient prêts à participer à des commissions de réflexion capables de préparer des textes d’analyse et des prises de position aussi bien à usage interne qu’externe. Un plan stratégique traduisant les objectifs communs aux membres du conseil devrait être élaboré en amont d’un plan d’action.

Les instances de direction du conseil n’ont pas les moyens financiers, techniques et humains suffisants pour assurer leur rôle de contrôle interne ni de représentation externe. Par exemple la subvention publique pour la santé et l’éducation est liée à une convention signée par le CEPCA qui doit répondre de sa gestion. Or, ces fonds sont directement transmis aux départements chargés de leur utilisation qui tendent à préserver leur indépendance vis à vis de la direction générale. Le CEPCA ne prélève aucun pourcentage et son budget est insuffisant pour faire vivre la structure.

Le secrétariat du CEPCA, en recueillant toutes les informations nécessaires, peut élaborer des documents d’analyses reflétant fidèlement la réalité du travail des Eglises sur le terrain. De tels instruments démontreraient la capacité du CEPCA à développer une action concertée à l’échelon national avec un argumentaire exigé par les pouvoirs publics pour justifier d’une collaboration. Les aumôneries protestantes

L’intérêt d’un travail en réseau associant Cameroun, Congo, Gabon, voire d’autres pays est évident. Le soutien de la FPF serait précieux dans les domaines de la sensibilisation, de l’approche contextualisée et de la formation. L’enjeu principal est la formation des cadres. Ainsi, au Cameroun, dans les prisons, chaque Eglise se charge de désigner ses aumôniers , mais le service n’est pas assuré de façon systématique et certains refusent d’entrer dans une démarche fédérative. Auprès des armées, la liste des aumôniers pour les 3 régions militaires n’est pas à jour, aucune formation n’est mise en place, le travail n’est pas suivi. Des propositions ont été retenues : constitution de deux commissions nationales chargées de superviser les aumôneries et de suivre leur travail, désignation des aumôniers par les instances du CEPCA, organisation d’une formation régulière, mise en commun d’informations utiles à l’amélioration du service des aumôniers.

Perspectives de collaboration

Le CEPCA a évidemment besoin d’être renforcé. Il doit gagner en légitimité, être mieux reconnu en interne. C’est l’enjeu majeur pour son travail qui nécessite, avant tout, un soutien des Eglises membres.

Les partenaires du CEPCA ( Evangelische Entwicklungsdienst (EED), FPF, Défap) doivent coordonner leurs moyens humains, techniques et financiers pour assurer le soutien au renforcement institutionnel, l’échange de compétences pour le travail de planification, la contribution à un programme de formation des cadres. D’ores et déjà, leur engagement renforce la légitimité et la visibilité de l’institution.

Claude Walch et Marc Frédéric Muller

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