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Trois semaines avec les lépreux
Propos receuillis par Claude Walch
19 éclaireurs unionistes de Valence, entre 17 et 19 ans, désirent se rendre utiles et payer de leurs personnes auprès de populations défavorisées. Ils décident d’organiser un voyage en Inde pour se mettre au service d’une léproserie et donner du temps aux malades exclus de la société. Le camp va durer trois semaines et sera itinérant. De centre en centre de la Leprosy Mission, ils parcourent 3 000 km à partir de Dehli. Ils rencontrent aussi des scouts indiens avec lesquels ils fraternisent. Pour la plupart, c’est la première immersion dans un pays du tiers monde. Ils prennent conscience de l’écart incommensurable qui sépare le quotidien indien de celui d’un européen. De retour en France, il leur faut à tout prix témoigner de ce qu’ils ont vécu, inciter des jeunes à faire la même expérience. Et ils se lancent en créant un site internet www.inde2008.com, organisent des expositions et des conférences, veulent participer à des forums. Témoignages.

Benjamin, 20 ans, responsable du site inde2008.com :

« Le meilleur souvenir que je garderai, parmi tant d’autres, fut celui de l’adieu aux lépreux du centre de Faizabad. »

Notre principal objectif était de partager du temps avec ces personnes, effectuer avec eux leurs tâches quotidiennes, discuter, apprendre sur eux-mêmes, mais surtout leur témoigner la plus grande attention. Ces personnes, bien souvent rejetées par leur famille, subissent la maladie sur le plan physique, mais aussi sur le plan mental, de par leur rejet de la société. Pour les croyances populaires les personnes affectées sont impures, il ne faut pas s’en approcher. Suit alors une exclusion par tout le monde, ainsi qu’un « désert » social. Nous vivions dans les centres. Ceux-ci sont sensiblement organisés de la même manière : un hôpital, un village où vivent les familles lépreuses et un centre de formation. L’hôpital a pour vocation première de soigner les cas de lèpre, mais le gouvernement indien exige d’accepter n’importe quelle pathologie. Ainsi, l’établissement fait souvent office de centre de soins pour les villages alentours. Le village de réinsertion accueille les familles des patients traités et, grâce à un bon programme de réinsertion, permet une certaine autosuffisance de celles-ci.

Le centre de formation, quant à lui, est à destination des jeunes adultes et vise à les former sur une période d’un an, à un métier qui leur permettra de vivre convenablement et d’aider ensuite leur famille.

Nous avons donc logé pour une partie du séjour, avec les étudiants dans les dortoirs. Nous avions les mêmes règles de vie, horaires et cadre associé.

L’Homme est présent partout, de la grande ville de Delhi, à la petite campagne du Chhattisgarh ! Cette explosion de vie est assez déstabilisante au début mais finit par devenir commune.

Un inconnu, dans le train peut très bien entamer une longue conversation avec vous pour apprendre sur vous, de quel pays vous venez, combien de temps etc.Cette attitude face aux étrangers est assez amusante si l’on compare avec la France.

Un point qui est par contre alarmant, est le problème des ordures. Les poubelles sont assez rares et les déchets touchent le sol. Ce problème ne reste pas sur le plan écologique car l’accumulation de déchets entraîne des maladies et permet donc encore la propagation de celles-ci.

Ce séjour fut assez itinérant avec plus de 3 000 km parcourus en train au total. Ceci impliquait donc d’être constamment en mouvement et en adaptation. C’est d’ailleurs ce sentiment de découverte permanente et de ne pas savoir ce que l’on va trouver à l’arrivée que j’ai éprouvé tout au long du voyage.

Cette aventure a développé ma capacité d’adaptation à une situation, et m’a appris à faire la part des choses. Le meilleur souvenir que je garderai, parmi tant d’autres, fut celui de l’adieu aux lépreux du centre de Faizabad. Le temps partagé avec ces personnes fut si intense pour nous. Leurs sourires, leurs paroles et leur humilité nous ont vraiment marqués. Ce temps d’échange fut important pour moi. Il m’a ouvert les yeux. Même quelqu’un qui ne me connaît pas, peut être heureux de m’accueillir et de partager du temps avec moi.

Lorsque la fin du séjour arriva, les sentiments ressentis étaient assez contradictoires. D’un côté, un léger contentement de rentrer chez nous, mais de l’autre, un sentiment de nostalgie de quitter ce pays, les formidables rencontres et le quotidien indien. Dans le bus vers l’aéroport, nous avions en tête tout ce que nous avions vécu et que nous allions devoir transmettre.

En effet, un des buts du projet est de sensibiliser les gens à l’existence de cette maladie. Quelques personnes à qui j’ai pu relater le projet avant de partir étaient étonnées de savoir que la lèpre existait encore dans d’autres pays. C’est justement cette méconnaissance qu’il faut essayer de combler, et ce à quoi la suite du projet va se consacrer : le témoignage. Cette année va donc s’articuler autour de plusieurs réunions, expositions, et de notre présence dans certains forums, afin de raconter ce que nous avons vu, de témoigner afin d’aider à l’éradication de la lèpre. Des expositions photos, agrémentés de commentaires, et même un film sont en préparation dans ce but. Ce projet était extrêmement enrichissant sur le plan, social, mental et spirituel. Comme me l’a dit un responsable Indien : That’s why we called India : « Incredible India ! »

David Azatkhanian, 18 ans, étudiant en géographie :

«  L’apogée de l’échange culturel s’est déroulé au cours de ces intenses parties de volley-ball où les différences linguistiques étaient devenues inexistantes. » « Nous étions en Inde afin d’apporter notre présence mais, nous y allions pour recevoir certaines leçons de vie de la part des Indiens... Nous avons été accompagnés tout au long de notre périple par TLM (The Leprosy Mission) qui nous a hébergés dans différents centres de réhabilitation sociale. Après quelques échanges dans un anglais très formel, certains membres de l’équipe ont partagé leurs connaissances du volley-ball avec les jeunes étudiants indiens. Pour ma part, l’apogée de l’échange culturel s’est déroulé au cours de ces intenses parties de volley-ball où les différences linguistiques étaient devenues inexistantes.

Étant donné que l’équipe a beaucoup voyagé, les adieux ont été nombreux et parfois difficiles.

L’autre facette du camp a été agrémentée par de multiples rencontres, notamment avec plusieurs groupes de scouts indiens ainsi qu’avec certaines personnalités politiques telles que le préfet de la région de Chattisghar et le ministre de l’agriculture Indien que nous avons rencontré lors de la fête de l’indépendance le 15 août.

En ce qui concerne la vie locale, les coutumes indiennes sont très fortement différentes des mœurs françaises dans nombre de domaines comme l’automobile, où le klaxon remplace le clignotant, ou comme les repas, où les épices sont mises à l’honneur sur la table et où l’on doit manger avec la main droite.

Ainsi s’est déroulé notre camp ; avec beaucoup d’émotions, de découvertes et d’apprentissages, de prises de conscience sur la pauvreté.

J’ai personnellement été choqué par l’extrême retard de l’Inde quant à ses infrastructures sociales, architecturales et routières. Mon seul moyen d’action en France est de donner mon témoignage pour susciter des réactions qui peut-être engendreront des actions concrètes. »

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