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« Pourquoi je reste en Haïti »
Août 2009
Emilie Clotaire, administratrice de l’hôpital adventiste de Port-au-Prince :

Émilie Clotaire insiste et vous regarde droit dans les yeux : « Avec mon époux, nous avons contribué à l’implantation d’une église adventiste, d’une école et d’un centre de santé à Rivières Froides, sur la route des Cayes, voilà ce qui nous fait tenir, sinon nous demanderions un visa pour les États-Unis ou le Canada. Nous nous sentons engagés moralement dans notre communauté. » Assise dans son bureau de l’hôpital adventiste dans le quartier de Diquini, à Port-au-Prince, elle déplore la fuite des cerveaux frappant le monde hospitalier haïtien : « Le personnel qualifié, médecins et infirmières, peut obtenir un visa en 18 mois pour l’Amérique du Nord. » Formée à la fois à Port-au-Prince et à Montréal, cette femme volontaire ne compte plus les départs annoncés et les prévisibles : « C’est un gros problème. Le gouvernement semble ne rien comprendre. »

Fuite des cerveaux

En septembre 2008, elle a vu affluer les « victimes les plus vulnérables » touchées par la série de quatre cyclones. Les soixante-dix lits de l’hôpital et le dispensaire ont vite été débordés par les « petites bourses », ces personnes qui ne peuvent pas payer les 125 gourdes d’hospitalisation journalière et, encore moins, les médicaments.

« Haïti est comme un homme sans tête, lâche-t-elle, il n’y a pas de centralisation des soins ». Cette femme engagée et professante se félicite de la présence des Eglises chrétiennes dans les bidonvilles, « là où l’eau rend malade », dont Cité Soleil, situé dans la banlieue de Port-au-Prince. Elle administre depuis dix ans l’hôpital adventiste, fondé en 1968, qui ne bénéficie d’aucune aide publique.

Education à la santé

Au départ, cette polyclinique devait répondre aux besoins des habitants du quartier de Diquini mais la demande a tant enflé que la clinique s’est muée en un hôpital, aujourd’hui référencé par le consulat américain pour les examens médicaux des demandeurs de visas. En 2005, il comptait 152 employés réguliers dont 34 à temps partiel. « Beaucoup d’enfants souffrent de maladies vénériennes, la syphilis et le vih-sida, bien sûr. » Des séances d’éducation et de counseling sont tenues afin d’inciter les patients à avoir un changement de comportement et à leur faire prendre conscience de leur état de santé.

« Nous disposons d’un bloc opératoire, d’une salle de réveil et d’une centrale stérile. Des projets d’agrandissement prévoient un laboratoire et un service d’imagerie » conclut Émilie Clotaire qui tiendra bon, contre vents et marées.

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