Aller au contenu. | Aller à la navigation

Qui sommes-nous ?

Service protestant de mission - Défap
102 Bd Arago - 75014 Paris
+33(0) 1 42 34 55 55

Le Défap est le service missionnaire
de trois Églises protestantes de France

Qui fait quoi ?
Vidéo de présentation

Église et paix

Date de publication : 05/03/2015

Centrafrique, Égypte, Irak, Niger, Nigéria : autant de pays dans lesquels la religion tient une forte place dans les tensions. Pourquoi cette éruption de violences à connotation religieuse ? Le fait religieux est-il nécessairement source de conflits ? De quelle manière les Églises peuvent-elles œuvrer pour la paix ? Décryptage avec la politologue Christiane Rafidinarivo, qui a accepté de répondre aux questions du Défap avant sa conférence "Église et paix", prévue le dimanche 15 mars au temple de l'Église protestante unie d'Auteuil.

ACTUALITÉS ET FICHE PAYS
Le point sur la Réunion

>> Le groupe de dialogue interreligieux de la Réunion : Christiane Rafidinarivo en est vice-présidente <<
>> Annonce de la conférence de Christiane Rafidinarivo au temple d'Auteuil <<
>> Mobilisation contre Boko Haram <<
>> Appels à la solidarité pour les Églises du Niger <<
>>Émeutes au Niger : le témoignage des sœurs de Gethsémani <<
>> Attentat à Charlie Hebdo : communiqué du Défap <<
>>Dialogue islamo-chrétien : Karen Smith, une vie en forme de témoignage <<
>> La Mission chez les chrétiens et chez les musulmans <<
>> Philippines : parler de paix avec les rebelles du CPLA <<

 

Christiane Rafidinarivo © DR

 

L’évolution de la conflictualité dans le monde est paradoxale. Les statistiques établissent qu’il y a de moins en moins de conflits entre les États. La majorité des 193 États sont membres des Nations Unies, organisme de paix. Mais l’analyse montre d’une part, plus de conflits violents à l’intérieur des États. D’autre part, certains d’entre eux traversent les frontières, de plus en plus souvent sous des formes extrêmes de terrorisme.

Les dimensions religieuses de la guerre et de la paix interagissent souvent dans ces dynamiques post-Guerre Froide d’aujourd’hui. Les Églises se sont consolidées en Pologne ou en Russie par exemple. Mais de plus en plus d’Églises sont victimes d’attaques et de conflits dans beaucoup de pays comme en Centrafrique, en Égypte, en Irak, au Niger ou au Nigéria.

Il arrive que les religions soient sources de conflits politiques violents. Il advient aussi que des conflits interconfessionnels ou interreligieux violents aient de graves conséquences politiques. Les impacts humanitaires peuvent être dramatiques. L’insécurité s’aggrave, parfois jusqu’au terrorisme. Les conséquences politiques peuvent aller jusqu’à la crise politique comme à Madagascar, l’effondrement de l’État comme en Somalie ou la scission dans des pays comme le Soudan, l’implosion de la nation dans d’autres.

Mais les religions sont aussi vectrices de paix. Dans ce contexte, que peut faire l’Église pour la paix ?

 

 

- Depuis combien de temps êtes-vous en relation avec le Défap ? À la suite de quelle rencontre ?

Christiane Rafidinarivo (1) : Je suis en relation avec le Défap depuis plusieurs années, à la suite de la rencontre avec son précédent Secrétaire Général, Christian Bonnet, en charge des outremers. Tous sont conscients aujourd’hui du changement de perspective de la place stratégique des outremers pour la France et son avenir. Ils contribuent largement à faire du pays la deuxième puissance maritime mondiale en superficie après les États-Unis, avec des Zones Économiques Exclusives de 11 millions de km². Dans l’océan Indien par exemple, la ZEE est de 2 785 000 km2. Or, dans le canal du Mozambique on vient de découvrir récemment des réserves de gaz et de pétrole qui les concernent. Elles sont plus importantes que dans la Mer du Nord ou le Golfe Persique. Cela change les perspectives de conflit et de paix.

- Vous êtes politologue, c’est-à-dire que votre domaine d’étude concerne une discipline qui a beaucoup évolué avec la mondialisation : les États ne sont plus les seuls acteurs des relations internationales. Quel rôle peuvent jouer les Églises aujourd’hui ?

 

Église et politique à Madagascar - Christiane Rafidinarivo interrogée par Valérie Thorin, Courrier de Mission, Fréquence protestante

En France, le débat sur la laïcité s’est structuré sur la séparation de la sphère publique et privée à laquelle on a fait correspondre la séparation entre l’espace public et l’espace des religions conçu par la Révolution comme devant relever du privé. La démocratisation dans le monde touche tous les acteurs de la société et les Églises aujourd’hui sont un acteur comme un autre dans l’espace public mondialisé. Elles participent au dialogue dans l’espace public, c’est- à-dire au débat citoyen avec les pouvoirs publics, ne serait-ce que par internet et les réseaux sociaux.

Cela est en mesure de changer considérablement la portée, si ce n’est le rôle de victime que certains pourraient leur faire jouer, celui de témoin que leurs valeurs leur demandent d’affirmer, le rôle humanitaire inspiré par leurs modèles d’actes. Le focus du débat est sur le rôle politique des Églises dans les relations internationales. C’est sans doute celui dont on parle le moins mais dont l’impact peut se révéler crucial en termes de conflit et de paix.

- Quels sont les différents cas de figure selon les zones géographiques et les enjeux géopolitiques ?

Chaque cas a ses spécificités. Deux axes majeurs se dessinent dans les relations internationales aujourd’hui et en perspective durable : la sécurité et les ressources. Elles sont des sources de tensions, voire de conflits, ainsi qu’objets de coopération. Les questions identitaires les traversent parce qu’elles influent les prises de décision, les pratiques de souveraineté et le rapport à l’autre : qui veut vivre avec qui et à l’inverse qui refuse l’autre ? C’est une question à laquelle les Églises ont toujours à répondre et à faire face où qu’elles soient et quelles que soient les rivalités au sein desquelles elles sont et dont elles sont parfois parties prenantes. Il me paraît nécessaire qu’elles y soient préparées en fonction de ces spécificités et des forces avec lesquelles elles peuvent œuvrer pour la paix. Mais quelle paix ?

Christiane Rafidinarivo, propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez

(1) Christiane Rafidinarivo est Politologue, Habilitée à Diriger des Recherches en Science Politique. Spécialiste des relations internationales, elle est également conseillère presbytérale de l’Église protestante de la Réunion et vice-présidente du groupe de dialogue interreligieux de la Réunion.
Prochaine conférence : "Église et paix", le dimanche 15 mars après le culte au temple de l'EPUdF d'Auteuil, 53 Rue Erlanger, 75016 Paris - tél : 01 46 51 72 85.
Parmi ses autres conférences cette année en Science Politique, est également prévue la présentation d’un chapitre d’ouvrage publié en avril 2015 : "Dialogue interreligieux et cohésion sociale à la Réunion". in F. Faberon (dir.) "Liberté religieuse et cohésion sociale en France", Presses Universitaires d’Aix Marseille.
Actions sur le document
    • facebook
    • twitter
    • Imprimer
    • Envoyer à un ami
    • favoris
    • more