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France-Haïti : vers un partenariat renouvelé

Date de publication : 27/02/2014

Jean-Luc Blanc, du Défap, a participé du 19 au 22 février à une visite à Port-au-Prince avec François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, et Sylvain Cuzent (chargé du suivi des missions en Haïti pour la FPF et le Défap). Ils y ont notamment été reçus par le président de la Fédération protestante d'Haïti, Sylvain Exantus. L'objectif de cette rencontre : poser les bases des futures relations entre protestants de France et d'Haïti.
France-Haïti : vers un partenariat renouvelé

Visite à la faculté de théologie © Sylvain Cuzent pour Défap

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>> Retrouvez, sur le site de la FPF, la présentation de la visite de la délégation française <<

Visite à la faculté de théologie © Sylvain Cuzent pour Défap

Les travaux de reconstruction sont d'autant plus spectaculaires qu'ils ont longtemps tardé. Sylvain Cuzent connaît bien Haïti, puisqu'il a été chargé du suivi des missions dans ce pays pour la Fédération protestante de France et le Défap ; pourtant, il a semblé le premier surpris par ce qu'il a découvert en y revenant en ce mois de février, moins d'un an après son dernier séjour. Les chantiers se sont multipliés, les routes se sont améliorées... « On ne reconnaît plus Port-au-Prince », aurait-il confié à ses compagnons de voyage – une petite délégation française qui comprenait le pasteur François Clavairoly, président de la FPF, et le pasteur Jean-Luc Blanc, responsable du service Relations et Solidarités Internationales du Défap. Ce dernier note pour sa part : « On a l'impression d'une reconstruction qui, enfin, se fait ». En dépit de l'immensité du travail qui reste à accomplir, des problèmes environnementaux flagrants, de l'inégalité toujours criante de la répartition des richesses, Haïti semble tourner enfin la page du séisme de 2010.

Une page qui aura beaucoup compté dans les relations entre protestants de France et protestants d'Haïti. C'est à la suite d'une première catastrophe, climatique celle-là (une succession particulièrement dévastatrice de tempêtes en 2008) qu'avait été initié un partenariat privilégié entre la Fédération protestante de France et la Fédération protestante d'Haïti. Il s'était notamment traduit par la mise en place en France de la plateforme Haïti, regroupant des acteurs du monde protestant aussi divers que la Mission Biblique, le Défap, La CauseRéforme... Ce mouvement de solidarité s'était renforcé encore lorsque, le 12 janvier 2010, un tremblement de terre frappant la région de Port-au-Prince avait fait plus de 230.000 morts, plus de 300.000 blessés et plus d'un million de sans-abris.

« Nous ne sommes plus dans l'après-séisme »

François Clavairoly accompagnant les chants des enfants d'un orphelinat géré par La Cause © Sylvain Cuzent pour Défap

Quatre ans plus tard, « nous arrivons au terme d'une période : nous ne sommes plus dans l'après-séisme », note Jean-Luc Blanc. Les chantiers visibles dans Port-au-Prince ne sont pas les seuls indices de ce changement d'ère. « Nous avons assisté la fédération protestante d'Haïti dans de nombreux dossiers de reconstruction, dans des projets sociaux, de développement ; mais les fonds prévus pour ces aides auront bientôt tous été utilisés, et il s'agit de repenser nos relations. » C'était précisément le but de cette visite de trois jours de la délégation française à Port-au-Prince, du 19 au 22 février : refonder le partenariat entre protestants de France et d'Haïti. Avec l'idée, souligne Jean-Luc Blanc, d'établir « des relations d'égal à égal ». Une thématique sensible, sur laquelle est venue se greffer un sujet plus sensible encore : celui du rapport au politique.

Que serait donc un partenariat « d'égal à égal » ? « Nous avons eu deux longues séances de discussions au cours desquelles nous avons insisté sur les limites de l'aide que le protestantisme français serait en mesure d'apporter, à long terme, au protestantisme haïtien », indique Jean-Luc Blanc. « Et nous avons fait un travail théologique sur la manière d'envisager les relations financières, de vivre le partage des ressources... Nous avons pu nous retrouver sur des conceptions communes. A partir de là, nos interlocuteurs nous ont fait des propositions concrètes de collaboration. Ils nous ont demandé notamment de les aider à mettre en place des projets générateurs de revenus pour permettre à la FPH de trouver une autonomie financière ; de participer au financement d'un "officier de projets" dont le but sera de leur permettre de développer leurs propres programmes ; d'aider à la formation de cadres... »

La question sensible de l'engagement politique

Chorale d'enfants dans un orphelinat géré par La Cause © Sylvain Cuzent pour Défap

Quant à l'aspect politique, en Haïti, la question de l'implication des Églises se pose depuis longtemps (lire cet article de 2005 : Présidentielles : Pas d’entente dans le secteur protestant sur un candidat unique, et cet article de 2010 : Haïti/Présidentielle : Le secteur protestant entend appuyer un seul candidat). Elles ont déjà un rôle social fondamental au sein de la société haïtienne. Elles sont  incontournables dans le secteur de l'éducation. Un rôle structurant qui leur a été reconnu dès l'indépendance, avec la signature, en 1860, d'un concordat entre le jeune État haïtien et l’Église catholique. Mais depuis le XIXème siècle, la part du catholicisme dans le paysage religieux haïtien est allée décroissant. Si le protestantisme était présent bien avant l'indépendance, sa place est restée marginale jusqu'à l'arrivée, peu avant la Deuxième Guerre mondiale, des premières communautés méthodistes, bientôt suivies par d'autres Églises d'origine nord-américaine qui se sont multipliées à partir des années 50. Dans les années 70-80, on comptait un peu plus de 16 % de protestants au sein de la population haïtienne ; aujourd'hui, ils seraient 45 %. Sans remettre pour autant en question la place privilégiée de l'Église catholique en Haïti, institutionnalisée par le concordat, et illustrée encore tout récemment lors de la visite au Vatican du président Michel Martelly. Le 22 février dernier, il est allé assister à la cérémonie de création de dix-neuf nouveaux cardinaux, dont l’Haïtien Chibly Langlois.

Or beaucoup d'Églises protestantes d'Haïti revendiquent aujourd'hui une reconnaissance plus importante de la part de l'État haïtien. Sans aller pour autant jusqu'à réclamer les mêmes avantages que l'Église catholique : « Il y a environ 24.000 lieux de culte protestants en Haïti, souligne Jean-Luc Blanc. On imagine mal l'État haïtien payer autant de pasteurs. Mais ce que demande la FPH, par exemple, c'est que l'État assure le financement des écoles protestantes. » Et pour être entendues, nombre d'Églises sont prêtes à présenter leurs propres candidats lors des élections. Une volonté que ne peut ignorer la FPH... mais face à laquelle les protestants de France se montrent très réservés. Le Défap, par exemple, en lien avec nombre de communautés protestantes dans d'autres pays, souligne les influences néfastes de la vie politique sur la vie des Églises, lorsque la proximité entre politique et religieux devient trop grande. Un autre aspect qui suscite les interrogations des protestants français étant les préoccupations dont ces candidats des Églises pourraient se faire les porte-voix lors d'une présidentielle : y aurait-il des thématiques économiques ou sociales typiquement protestantes ? Du point de vue des Églises d'Haïti cependant, des sujets sociétaux – comme, par exemple, la question du rapport à  l'homosexualité – semblent bien plus fondamentaux que des sujets liés à un programme économique...

Des pistes pour un partenariat refondé

Sylvain Exantus, président de la FPH, et François Clavairoly, président de la FPF © Sylvain Cuzent pour Défap

Si les divergences sont réelles sur ce sujet entre protestants de France et d'Haïti, le dialogue n'en a pas moins été utile. La FPH, face aux demandes des Églises protestantes, compte bien assumer un rôle politique... mais elle devrait le faire de manière indirecte. Non pas en intronisant directement un candidat protestant pour la prochaine présidentielle, mais en apportant son soutien à une plateforme qui sera chargée d'organiser des « primaires » entre les candidats des Églises.

Derrière cette idée d'un partenariat « refondé » qui était au cœur de la visite de la délégation française, à quoi pourraient ressembler les futures relations entre protestants de France et d'Haïti ? « En France même, note Jean-Luc Blanc, il y a des relations qui ont été nouées avec des Églises issues de l'immigration haïtienne, et qui vont se poursuivre. En ce qui concerne les relations avec la FPH, elles pourraient se développer davantage sur le plan théologique ; par exemple, pour aider à construire une théologie des Caraïbes. Le travail devrait se poursuivre aussi au niveau institutionnel entre la FPF et la FPH. » Une évolution qui ne devrait cependant pas, estime Jean-Luc Blanc, remettre en question « le rôle d'organismes qui, comme La Cause, gèrent des orphelinats ou des institutions sociales ». En ce qui concerne les envois de personnes, « le Défap continuera à envoyer des volontaires sous statut VSI (Volontaires de Solidarité Internationale) ou en service civique. Quant à la plateforme Haïti, on peut imaginer qu'une fois la phase de reconstruction terminée, elle continuera à fonctionner sous la forme d'un lieu de partage, d'échange entre tous les acteurs français en lien avec le protestantisme haïtien. »

Franck Lefebvre-Billiez

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