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Centrafrique : « Le compte n'y est pas »

Date de publication : 17/03/2014

La mission Eufor-RCA, permettant l'envoi de renforts à la force Sangaris, aurait dû être officiellement inaugurée ce lundi. Mais faute d'un accord à temps, cette date du 17 mars aura marqué seulement une réunion entre ministres des affaires étrangères de l'Union européenne pour s'accorder sur les moyens à déployer effectivement en Centrafrique. Pendant que sur place, de nouveaux témoignages révèlent les ravages des tensions entre communautés.
Centrafrique : « Le compte n'y est pas »

Boda : des habitants tentent de reconstruire leur maison incendiée par la Séléka (DR)

ACTUALITÉS ET FICHE PAYS
Le point sur la République centrafricaine

>> L'appel du Défap : répondre à l’urgence humanitaire en RCA <<
>> Centrafrique : avec le Défap, appel d'urgence à la solidarité de la FPF <<
>> Centrafrique : dernières actualités sur le site de l'Observatoire Pharos <<

 

Ce lundi 17 mars aurait dû marquer le début officiel de la mission Eufor-RCA, et l'envoi de renforts aux troupes françaises de l'opération Sangaris déployées en République centrafricaine dans le cadre de la Misca (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite Africaine). Mais de réunions en tergiversations, l'envoi de ce contingent européen, qui devait, selon les prévisions initiales, compter 500 hommes, semble de plus en plus difficile. Désormais, le principe même de cette mission se trouve menacé, et cette date du 17 mars n'aura marqué qu'une réunion supplémentaire entre des partenaires européens toujours divisés. Aucun des « grands » pays de l'UE (Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne) ne semble prêt à envoyer des troupes. Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, et son collègue de la Défense, Jean-Yves Le Drian, ont récemment manifesté leur dépit en soulignant : « En dépit des contributions annoncées par quelques Etats, force est de constater que le compte n'y est pas ». Selon eux, « si un effort n'est pas réalisé très rapidement, il ne sera pas possible de lancer comme prévu cette opération indispensable ».

Besoins humanitaires et besoins de sécurité

Les besoins sont énormes, et tout d'abord sur le plan humanitaire. Présent vendredi à Bangui, le ministre délégué au Développement, Pascal Canfin, a évoqué dans un entretien au JDD les enjeux de l'aide internationale pour la Centrafrique, en soulignant le risque d'une grave crise alimentaire : « Si nous ratons dans les prochaines semaines, avec le début de la saison des pluies, la distribution des semences et de l’aide alimentaire, nous aurons un véritable risque de famine dans trois à six mois » (lire : Des socs, pas des fusils, Violences et crise humanitaire, les défis de la nouvelle présidente centrafricaine).

Mais rien ne sera possible sans un apaisement significatif ; car si les dernières nouvelles vont dans le sens d'une baisse relative des violences à Bangui, des témoignages nombreux montrent le degré extrême de tensions qui existe désormais, dans de nombreuses localités, entre communautés. Si les clivages religieux ne sont pas à l'origine des violences, des mois d'exactions, parfois encouragées par de dangereux calculs politiques, ont poussé à des réactions qui rendent désormais difficile la cohabitation entre populations chrétiennes et musulmanes (lire cette analyse de l'association Survie). Les déplacements des rebelles de la coalition Séléka ayant été parfois encouragés par des éléments des troupes tchadiennes, comme en témoigne cette vidéo tournée par l'ONG Human Right Watch :

Dans diverses localités ravagées par les violences, le divorce semble consommé entre des communautés qui vivaient jusqu'alors côte à côte de manière pacifique. Le directeur général de l'Unicef, autre ONG impliquée en RCA, a lancé un appel à l'aide depuis Bossangoa, où les quartiers majoritairement peuplés de musulmans ont été incendiés, en évoquant « un tournant décisif en République centrafricaine » :

Pour mieux se rendre compte de l'étendue des dégâts, Human Right Watch a analysé des photos satellites montrant diverses localités ayant connu de telles violences. Les voici reproduites ci-dessous.

De haut en bas : quartiers incendiés à Bohong, Bouca et Bossangoa (photos satellite analysées par HRW)

Celle du bas montre, précisément, les bâtiments qui ont été incendiés dans le quartier musulman de Bossangoa. Celle du haut montre en revanche la région de Bohong, où plus de 1300 maisons appartenant à des habitants chrétiens ont été incendiées par la Séléka. La photo centrale est une vue de Bouca, ville presque entièrement réduite en cendres par la Séléka.

Ces affrontements ne marquent pas seulement la difficulté croissante à partager un même territoire ; elles déchirent aussi les familles (lire : "Centrafrique : des familles déchirées par les violences communautaires"). En dépit des appels à la paix de responsables religieux tant chrétiens que musulmans (lire cette interview du Révérend Nicolas Guerekoyame-Gbangou, Président de l’Alliance des Évangéliques en Centrafrique : « Jamais les Églises n'ont été associées à la formation des anti-balakas »), les dégâts commis ont été tels que beaucoup de civils, principalement musulmans, craignant pour leur vie, réclament désormais de pouvoir quitter leurs villages pour être regroupés ailleurs, hors du pays ou dans des régions moins exposées, alimentant un peu plus les craintes d'une possible division de la Centrafrique. C'est ce que soulignent les récents reportages d'IRIN, service d'information du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations-unies.

Des responsables religieux en mission de médiation

Cette incapacité grandissante à vivre ensemble transparaît également dans les lettres que le Défap reçoit régulièrement de la part du pasteur d'une Église évangélique de Bangui, membre de l’AEC (Alliance des Évangéliques en Centrafrique). Également coordonateur de l’organisation Nations en Marche Mission et Jeunesse, il entretient aussi une correspondance suivie en France avec Jean-Jacques Puig, membre du conseil local de l'Église protestante unie du Nord-Médoc. Ce pasteur a récemment participé à une visite à Boda, théâtre de violences entre communautés, et où la force Sangaris protégeait quelque 11.000 habitants musulmans pris au piège (lire cet article de RFI), jusqu'à l'annonce ces dernières heures d'un accord pour leur départ.

 

15 mars

Extraits du rapport de visite de l'AEC à Boda

« Du mercredi 12 au vendredi 14 mars 2014, le Comité de Crise de l’AEC a effectué un déplacement dans la ville de Boda, pour encourager les chrétiens qui ont tout perdu dans l’incendie de leurs habitations et les assassinats de leurs proches par les musulmans, et apporter un peu d’assistance aux démunis (...)

On est estomaqué, en voyant les maisons détruites à l’entrée de la ville, et les habitants occupant une école primaire. On est ensuite surpris de voir le quartier musulman animé (...) Puis vient le spectacle désolant du grand marché qui n’est plus que ruines après les incendies. Vous arrivez enfin dans la base des Sangaris. De l’autre côté, c’est le sinistre et la désolation. Des familles sur des sites, des quartiers entiers brûlés (...)

« La population ne veut pas entendre parler de réconciliation »

Destructions à Boda (DR)

Que s’est-il passé ? Selon les explications que nous avons recueillies auprès des différentes entités et des populations, c’était une surprise pour les chrétiens quand ce dimanche après-midi, des tirs nourris ont éclaté dans la ville. Paniqués les gens n’ont pas eu le temps de prendre leurs effets, ils sont partis avec le seul complet qu’ils portaient. C’est alors que le massacre a commencé. D’après un pasteur volontaire de la Croix Rouge, plus de 1800 maisons ont été incendiées et plus de 700 cadavres ramassés et cela continue. Nous avons réunis les responsables chrétiens dans une église le matin et leur avons remis les dons apportés de Bangui et une enveloppe contenant une modique somme. Nous avons ensuite visité les quartiers (voir images ci-bas), les maisons en paille étaient brûlées par le feu, et les maisons en tôle détruites par le gaz. D’après les entretiens, les musulmans voulaient quitter la ville pour éviter d’être massacré par les anti-balakas - alors que ceux-ci n’étaient pas encore dans la ville de Boda - c’est ainsi qu’ils ont commis le carnage. Et pour ne rien laisser aux chrétiens, après avoir vidé leurs magasins au centre-ville et au grand marché, ils y ont mis le feu. Ce qui est impensable pour la population et qui veut maintenant le départ des musulmans, est que le forfait n’était pas commis par les Seleka. Ceux-ci avaient déjà quitté la ville (...)

Nous avons néanmoins délivré des messages de paix, encourageant les pasteurs à accepter de mettre sur pied un comité de médiation incluant prêtres, imams et pasteurs. Nous avons reçu de Dieu le ministère de la réconciliation et ce n’est pas une option. La même réticence s’est vue chez nos frères catholiques, lorsque nous étions sur le site des déplacés à côté de l’église. Les responsables nous ont avoué que la population ne veut pas entendre parler de réconciliation. Et ils les lapideront s’ils leur partagent l’objet de notre rencontre (...). »

Franck Lefebvre-Billiez

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