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Visages du protestantisme au Sénégal

Date de publication : 11/09/2014

Le Sénégal accueille en octobre l'Assemblée Générale de la Cevaa, la Communauté d'Églises en mission, dont font partie une grande partie des Églises avec lesquelles le Défap est en lien aujourd'hui. Dans la perspective de ce grand rendez-vous, le point sur les relations que le Défap entretient avec le protestantisme sénégalais.

FICHE PAYS
Le point sur le Sénégal et les actions du Défap dans ce pays

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Paroissiens de l'ELS © Jean-Luc Blanc/Défap

Une phrase, passée à la postérité, résume les relations entre religions au Sénégal : « Nous sommes 90% de musulmans, 10% de chrétiens et 100% d'animistes ». On l'attribue à Léopold Sédar Senghor, premier président du pays dès son indépendance en 1960, poète, écrivain, et membre de l'Académie française. Les chiffres sont bien sûr contestables ; officiellement, sur les 12,9 millions d'habitants que compte le Sénégal, répartis essentiellement en trois grandes ethnies (Wolofs, Peuls et Sérères), 96% sont musulmans, 3% chrétiens, et 1% adeptes des croyances traditionnelles. Mais l'animisme imprègne largement les pratiques religieuses. Et la tolérance est la norme. Il n'est pas rare que plusieurs religions soient représentées dans une même famille. Même si l'islam soufi, l'islam des marabouts, à l'origine de grandes confréries sénégalaises comme celles des Mourides et des Tidjanes, subit ces dernières années les pressions de mouvements rigoristes ; même si l'on voit parfois des femmes voilées à Dakar.

Parmi les chrétiens, la plupart sont catholiques, et les protestants ne représentent qu'une minorité dans la minorité : quelques milliers à peine. Le protestantisme est pourtant présent dans le pays depuis plus de 150 ans. Mais une bonne partie de sa croissance est très récente. Avec des effets contrastés sur les relations avec l'islam... Les relations du Défap avec le protestantisme sénégalais passent par deux Églises, l'une implantée de longue date, l'EPS, l'autre créée plus récemment, l'ELS - et toutes deux bénéficiaires des programmes issus du legs Darvari (voir encadré ci-dessous).

L'EPS, une Église en phase de redynamisation

Un projet de l'ELS soutenu par le Défap : le dispensaire de Mbellacadio © Jean-Luc Blanc/Défap

Le protestantisme historique est représenté par l'EPS, l'Église protestante du Sénégal. Elle bénéficie du statut avantageux d'Église officiellement reconnue et fait partie de la Cevaa. Elle est directement issue des travaux de la Société des missions évangéliques de Paris : en décembre 1862, son directeur, Eugène Casalis, qui connaissait bien le gouverneur intérimaire du Sénégal, envoya sur place un de ses élèves. C'est ainsi qu'arriva Louis Jaques, qui partit s'installer en Casamance et fonda une station missionnaire à Sédhiou. Débuts héroïques et meurtriers qui virent des constructions de bâtiments, d'écoles, de puits, l'instauration d'un climat de confiance avec la population locale... et les ravages de la fièvre jaune, qui emporta d'abord un jeune missionnaire de 22 ans, Frédéric Jules Lauga, puis Étienne Guindet l'année suivante.

Après déménagement de la mission à Saint-Louis-du-Sénégal, c'est Walter Taylor, Sierra-Léonais d'origine, mais ordonné pasteur à Paris, qui donna à la future EPS une orientation dont elle cherche encore à se dégager aujourd'hui, en fondant un village pour accueillir des Bambaras fuyant les esclavagistes peuls. Dès lors, la mission, création d'étrangers accueillant des étrangers, peina à attirer des fidèles au sein de la population sénégalaise, y compris après la période coloniale. Des années 1960 à 1974, « l'Église Protestante du Sénégal et des disséminés » rassembla surtout des non-Sénégalais. C'est en 1982 seulement que fut ordonné le premier pasteur originaire de Saint-Louis. En manque de croissance et en crise ouverte dans les années 90, l'EPS a entamé avec l'aide de la Cevaa une phase de redynamisation au début des années 2000, toujours en cours. Elle est aujourd'hui installée à Dakar, mais aussi présente à Saint-Louis, Thiès et Bambey, et rassemble environ un millier de membres, essentiellement non sénégalais, avec un fort taux de renouvellement. Son principal outil de témoignage et de présence auprès de la population est représenté par l’Association Protestante d’Entraide du Sénégal (APES), très orientée vers la formation et la jeunesse, qui gère notamment le Centre socio-culturel Liberté de Dakar, un lieu favorisant le dialogue entre jeunes de différentes religions.

L'ELS, un dialogue fécond avec l'islam

Un projet de l'EPS soutenu par le Défap : pose de la première pierre du Centre de formation à Saint Louis © Jean-Luc Blanc/Défap

L'Église luthérienne du Sénégal (ELS) est née pour sa part dans les années 1970 des travaux de la mission luthérienne finlandaise ; elle est aussi, depuis plus récemment, en relation avec le Défap et membre de la Cevaa. Implantée dans la région de Fatick, en plein pays sérère, région d'origine de Léopold Sédar Senghor, elle bénéficie d'un climat de dialogue avec l'islam très favorable. Il permet par exemple aux jeunes de l'ELS d'organiser régulièrement des caravanes d'évangélisation dans les villages avoisinants, majoritairement peuplés de musulmans. Il a permis aussi de créer à Mbellacadio, communauté rurale de la région de Fatick, un dispensaire... Un établissement qui offre la particularité d'avoir été édifié par les chrétiens, mais avec le soutien des musulmans ; qui soigne tous les patients sans distinction de religion ; qui dispose aussi d'une aumônerie où l'Évangile peut être prêché à tous... Résultat : l'ELS est une Église qui croît. De 2007 à aujourd'hui, elle est passée de 3500 membres à environ 6500.

Arrivées beaucoup plus récemment, les Églises évangéliques sont nombreuses (près d'une vingtaine dans la région de Dakar), très actives, avec parfois des moyens importants... ce qui ne va pas sans tensions et incompréhensions. En témoigne le saccage, en 2011, de sept temples à Dakar par des foules en furie. Principale visée par ces émeutes : la Fraternité évangélique du Sénégal, accusée de détourner des jeunes, tant musulmans que catholiques, de la foi de leurs parents. Et victime, également, d'un amalgame avec les Témoins de Jéhovah, en conflit avec l'islam sénégalais. De telles violences, fort heureusement, ne se sont pas reproduites.

Franck Lefebvre-Billiez

  Petite histoire du legs Darvari  
Serban-Constantin Darvari, né en 1912 à Bucarest dans une famille de la bonne société roumaine, avait dû fuir son pays dans les années d'après-guerre, lors du renversement du roi de Roumanie, remplacé par un régime communiste. Ayant pu gagner la France et obtenir l'asile politique, il s'y était installé, marié, et s'était fait une confortable situation en devenant chef du service Titres-Bourse à la Banque franco-allemande de Paris. A sa mort, il devait laisser sa femme en possession d'un capital important, géré par un ancien collègue devenu au fil des ans un ami, Bernard Loyson, paroissien de l'Église Réformée de France. N'ayant pas eu d'enfants, et refusant, comme son défunt mari, de voir le nom de Darvari tomber dans l'oubli, Marguerite Darvari choisit à son tour, sur les conseils de Bernard Loyson, de tout léguer à sa disparition à l'ERF, soit 390.000 euros, pour financer un foyer d'accueil. Le « legs Darvari », inemployé durant plusieurs années par l'ERF, ayant finalement été transmis par Bernard Loyson au Défap, cette somme a permis de financer plusieurs projets en France et dans divers pays comme le Sénégal, le Congo, Haïti, la RDC, ainsi que des bourses.

 

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