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Le legs Darvari : une histoire à l'échelle du monde

Date de publication : 25/06/2014

De la Roumanie au Congo, au Sénégal, à Haïti, en passant par une ancienne grande banque parisienne et par la paroisse protestante de Lagny-Chelles-Marne-la-Vallée, l'histoire des époux Darvari et de leur héritage traverse trois continents. Découvrez l'histoire du legs Darvari, et tous les projets qu'il a permis de soutenir par l'intermédiaire du Défap.
Les époux Darvari - DR

Ce pourrait être un rébus : quel rapport entre un exilé roumain ayant fui le régime communiste,  la défunte Banque Franco-Allemande à Paris, la paroisse réformée de Lagny-Chelles-Marne-la-Vallée (avant qu’elle ne devienne paroisse de l’Eglise protestante unie), un dispensaire au Sénégal, des  écoles coopératives en Haïti, des bourses pour des étudiants en théologie ? C’est toute la richesse du parcours des époux Darvari et de leur legs qui, à travers les soubresauts de l’Histoire, contribue aujourd’hui, par l’intermédiaire du Défap, à de multiples projets porteurs d’espérance à travers le monde.

Tout commence peu après la Seconde Guerre mondiale, lors du renversement du roi de Roumanie. Serban-Constantin Darvari, fils d’un avocat qui s’était lancé en politique, et avait été vice-président du Sénat avant la guerre, fait partie des représentants de la haute société roumaine que l’avènement du régime communiste oblige à fuir. Alors qu’il pouvait espérer mener une carrière internationale comme diplomate, le voilà arrêté, interné en Yougoslavie dans un camp près de Trieste. Il s’enfuit de nouveau, se réfugie dans la zone d’occupation américaine... et finit par gagner la France, où il demande l’asile politique. Il y vit tout d’abord chichement ; et lorsqu’il rencontre celle qui deviendra sa femme, Marguerite Tocquet, ils sont sans fortune et l’un et l’autre. Elle est pupille de la nation (son père, gazé durant la Première Guerre mondiale, est mort en 1916) et tient avec sa mère un petit magasin d’articles de mode à Vincennes. Tous deux se marient en 1959 ; ils ont alors 47 ans. C’est deux ans plus tard que Serban-Constantin Darvari obtiendra la nationalité française.

S’il est sans fortune, le fils d’avocat contraint à l’exil n’est pas sans ressource ; entré dans le secteur bancaire, il se révèle particulièrement doué pour les placements financiers. Il devient bientôt chef du Service Titres-Bourse de la Banque Franco-Allemande de Paris – établissement à capitaux publics allemands et qui est alors spécialisé dans les opérations industrielles et commerciales entre la France et la RFA. Et c’est au sein de cette banque que Serban-Constantin Darvari fait la connaissance, en 1974, d’un collègue qui devient bientôt un ami : Bernard Loyson, alors chargé de la Direction du Personnel.

« Son grand regret était de n’avoir pas eu d’enfant »

Un des projets soutenus par le Défap grâce au legs Darvari au Sénégal - DR

La carrière bancaire de Serban-Constantin Darvari a beau être courte, elle est suffisamment profitable pour que, lorsqu’il fait valoir ses droits à la retraite dans les années 80, lui et son épouse soient très largement tirés d’affaires. Mais il ne rompt pas ses relations avec ses anciens collègues. « Retraité, il revenait régulièrement à la Banque pour déjeuner avec ses anciens collègues », raconte Bernard Loyson. « Nous aimions le faire parler. Son itinéraire, sa vie, relevaient de tout, sauf de la banalité pour les quelques passionnés d’histoire que nous étions. Son grand regret était toutefois de n’avoir pas eu d’enfant. Il en concluait, avec une certaine amertume, que son nom tomberait fatalement dans l’oubli. »

Lorsqu’il s’éteint le 17 janvier 1991 à l’hôpital Rothschild à Paris, Serban-Constantin Darvari laisse son épouse à la tête d’un important capital, et elle demande à Bernard Loyson, l’ami de longue date, son aide pour gérer la succession. Lui-même alors à la retraite, Bernard Loyson, protestant engagé, met son temps disponible à profit pour agir dans l’action sociale : installé en Seine-et-Marne, il est impliqué dans l’aide aux détenus, en tant qu’aumônier du centre de détention de Melun. Mais aussi dans l’accueil de sans-abri à travers le Collectif Chrétien d’Action fraternelle, association créée en 1984 par les trois paroisses catholique, protestante et orthodoxe de Chelles, dont il est vice-président. Des activités qui se retrouvent au cœur des conversations entre Marguerite Darvari et Bernard Loyson lors de leurs rencontres. « Elle me disait : "Parlez-moi encore ou de vos clochards ou de vos voyous !" », se souvient Bernard Loyson, qui ajoute : « Il nous arrivait également de lire ensemble un psaume dans ce qu’elle appelait la "Bible protestante" qui avait appartenu à son mari "orthodoxe" ».

Donner le nom de Darvari à une œuvre pour lui éviter l’oubli

Un des projets soutenus par le Défap grâce au legs Darvari en Haïti - DR

Le cercle des amis se réduit autour de Marguerite Darvari et sa santé se dégrade. Soucieux de lui assurer « un revenu mensuel régulier, à l’abri des soubresauts de la Bourse », et prévoyant une possible entrée en maison de retraite, Bernard Loyson lui conseille de convertir ses titres pour souscrire des contrats d’assurance-vie.  S’ils offrent un placement sûr, ces contrats impliquent aussi la désignation d’un bénéficiaire en cas de décès. Or, rappelle Bernard Loyson, « Madame Darvari ne se connaissait aucune famille, ni proche ni lointaine, et pas davantage d’amis réellement dans le besoin. Elle a sollicité mon conseil, parce que, disait-elle, elle me faisait pleinement confiance. Je lui ai rappelé alors les regrets de son mari de voir son nom, a défaut d’enfant, tomber dans l’oubli. Il y avait peut-être là moyen d’y remédier, en donnant ce nom a un "lieu" ou a une "œuvre" ». Marguerite Darvari désigne donc comme bénéficiaire, sur les conseils de Bernard Loyson, l’Eglise Réformée de Lagny-Chelles-Marne-la-Vallée. Et lorsqu’elle décède en avril 2003, la paroisse de Chelles se retrouve à la tête d’un capital avoisinant les 400 000 euros... à charge pour elle d’acquérir ou de construire un foyer d’accueil pour les sans-abri.

Pour des raisons juridiques complexes, ce centre d’hébergement ne pourra voir le jour. Que faire alors du legs ? Un groupe de réflexion est créé au sein de la paroisse, avec Bernard Loyson, décidé à répondre au mieux aux dernières volontés de Marguerite Darvari. S’il ne peut trouver un emploi au niveau local, le legs servira de manière plus large, à l’international. C’est ainsi qu’il arrive, après des années de recherche pour trouver le meilleur emploi, jusqu’au Défap...

Loin de s’arrêter, l’histoire du legs Darvari se poursuit donc jusqu’à aujourd’hui à travers une multitude de projets en Europe, en Afrique, sur le continent américain... comme l’illustre, à travers quelques exemples, la petite vidéo ci-dessous. Le nom de Darvari est désormais connu jusqu’au Sénégal, à travers le Centre Darvari de Formation Technique et Professionnelle, géré par l’Association protestante d'entraide du Sénégal (APES). Et pour une vision plus exhaustive, retrouvez au bas de cet article un tableau récapitulatif des projets qui ont déjà été financés grâce au legs Darvari.

Franck Lefebvre-Billiez

 

 

Projets

  Apport legs Darvari

 

Bourse Darvari sur 5 ans (5 recherches doctorales de 1 an)

60 000 €

 

Congo Brazzaville : AEDD formation professionnelle

9 500 €

 

Congo Brazzaville : Caisse Féminine de Pointe Noire

5 000 €

 

Congo Brazzaville : Projet Handicapés Sensoriels

29 000 €

 

Haïti : Projet de coopératives scolaires - Elevage à l’école du Nazaréen

18 680 €

 

Haïti : Projet de coopératives scolaires - Artisanat du projet COSIEPI

22 070 €

 

Haïti : Projet de coopératives scolaires - Magasin Habile Ecrivain

27 032 €

 

RDC : Projet Wassa à Kinshasa

14 000 €

 

RDC : projet AMAM à Kinshasa

6 000 €

 

Sénégal : projet de construction d’un dispensaire à Mbellacadio

78 000 €

 

Sénégal : construction d’un centre de formation professionnelle

100 000 €

 

TOTAL

369 282 €

 

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