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Un missionnaire dans la Grande Guerre : Paul Laffay, l’ami des Kanak

Date de publication : 27/11/2014

La Première Guerre mondiale n’a pas seulement dévasté l’Europe et bouleversé durablement les sociétés des pays les plus directement touchés. Elle a aussi eu des impacts profonds au loin, et notamment dans toutes les « terres de mission » qui ont vu leurs missionnaires mobilisés, ainsi parfois qu’une partie de leurs jeunes hommes, enrôlés dans une guerre qu’ils ne pouvaient comprendre. Voici l’histoire de Paul Laffay (1889-1917), missionnaire en Nouvelle Calédonie - premier volet d’une série sur la mission dans la Grande Guerre.

14-18 : LE CENTENAIRE
Le dossier sur le site de la bibliothèque du Défap

>> Vie et mort de Paul Laffay, missionnaire en Nouvelle-Calédonie, sur le site de la bibliothèque du Défap <<
>> Diaporama : les troupes indigènes et les protestants français <<
>> Courrier de mission : le Défap sur Fréquence protestante <<

Cet homme dont la mort, annoncée en plein culte, frappe les « natas » de consternation à l’été 1917, c’est Paul Laffay, missionnaire engagé en Nouvelle-Calédonie aux côtés de Maurice Leenhardt, un des grands noms protestants de la mission. Le désarroi des prédicateurs kanak, ces « natas » auxquels il s’adresse avec une évidente tendresse, montre toute la profondeur des liens qui s’étaient tissés entre eux.

Laffay était-il donc un homme implanté de longue date en Nouvelle-Calédonie ? Une figure paternelle connue depuis des années ? C’était tout le contraire, en fait : un tout jeune homme fraîchement débarqué de la métropole, et rappelé moins de trois ans plus tard. Arrivé fin 1912, il est mobilisé en 1915, et mourra au front...

Un père évangéliste, une vocation tardive

Paul Laffay - Illustration du Journal des Missions © Défap

Ce bref, mais intense séjour lui aura permis de multiplier les visites aux tribus avec Maurice Leenhardt – des visites dont ce dernier écrivait, dans son rapport d’activité de 1913, qu’elles donnaient aux « natas » un « sentiment salutaire de contrôle, de sécurité et de réconfort ». Entretemps, Laffay aura aussi tenté, sans réellement y parvenir, de faire saisir aux Kanak les enjeux et l’ampleur de cette guerre qui se déroulait là-bas, si loin en Europe, menaçant une France qu’ils ne connaissaient pas.

Paul Laffay est né à Paris le 18 octobre 1889. Son père est évangéliste, chargé des fonctions pastorales dans l’Église réformée de Suresnes. Il a cinq frères et une sœur. C’est à Glay (Pays de Montbéliard) qu’il fait ses études secondaires, dans un milieu favorable aux réunions du réveil qui vont alimenter sa ferveur religieuse.

Après la première partie du baccalauréat, il fait « philo » à l’école préparatoire de théologie protestante des Batignolles (créée en 1846 à Lille puis fondée véritablement en 1852 à Batignolles, qui était alors une commune limitrophe de Paris). Cette période s’accompagne d’une recherche mouvementée pour trouver sa voie. Conseillé par le directeur de l’école, il entre à la faculté de théologie de Montauban en 1907 pour deux années d’études qui seront suivies d’un séjour en Allemagne en 1909-1910. À la fin des ces trois années, il a abandonné tout projet spirituel, que ce soit du côté missionnaire ou pastoral. De retour chez lui, il travaille comme employé avec pour ambition « de réussir tout en restant honnête ».

Dans ce contexte et cet état d’esprit, il repostule pour un poste missionnaire avec l’appui de ses anciens professeurs qui l’ont remarqué comme étant « un étudiant très intelligent, au-dessus de la moyenne ».

Sur les traces des missionnaires qu’il admirait

Un groupe de "natas" (prédicateurs kanak) en compagnie d'un missionnaire © Défap

Ainsi recommandé, il entre à l’École des missions, boulevard Arago à Paris, en octobre 1910 pour se préparer aux examens de fin d’études en juillet 1911. Après tous ces efforts, il passe quelques mois de retraite chez le professeur Paul Passy jusqu’en février 1912 avant d’aller à Montauban pour son baccalauréat en théologie. Pendant ce temps d’études et de rencontres avec divers professeurs et pasteurs, Paul Laffay prend conscience, petit à petit, que son avenir s’inscrit dans un « travail pour le Christ », sur les traces des missionnaires qu’il a admirés quand il était enfant.
Il est consacré (la prière étant prononcée par son père) le dimanche 13 octobre 1912 au temple de l’Oratoire du Louvre. Son professeur de Montauban, Henri Bois, assurera la prédication. Il quitte Paris le soir-même pour Marseille où il embarque le 16 octobre. Il arrive à Houaïlou, sur la Grande Terre de Nouvelle-Calédonie, le 8 décembre 1912.

Son frère arrive pour apprendre sa mort

Archives de la bibliothèque du Défap © Défap

Pendant son bref séjour, il étudie le Nouveau Testament avec les jeunes de Do Neva, une semaine les garçons, l’autre semaine les filles. Mme Leenhardt s’occupe des filles et Laffay des garçons. Une semaine sur deux il accompagne un groupe d’étudiants dont il souhaite qu’ils puissent ensuite aller en brousse pour enseigner à leur tour. Il n’avait pas terminé la lecture des Actes des Apôtres quand il est appelé, en février 1915, pour le conseil de révision à Nouméa et retenu pour un départ au front.

Il embarque sur le Son Tay le 14 avril et arrive à Marseille le 26 juin. Son séjour en France dans l’armée ne l’empêche aucunement de rencontrer d’autres collègues missionnaires et d’avoir le souci de rencontrer les Kanak. Mais rapidement il entre dans une période d’instruction militaire pour terminer sous-lieutenant dans l’armée d’Orient stationnée à Salonique. C’est là qu’il reçoit une balle dans la tête et meurt à Monastir le 28 mars 1917. Son inhumation sera présidée par l’aumônier Parisot (lui-même missionnaire à Madagascar).

Son frère arrive quelques semaines plus tard, pensant pouvoir servir à ses côtés. Il mourra lui aussi, peu de temps après, au front.

Missionnaires en terre de mission : groupe de "natas" avec, au dernier rang, Maurice Leenhardt et Paul Laffay © Défap

 

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