Aller au contenu. | Aller à la navigation

Navigation

 

 

Au sommaire :

Université biblique d'hiver : les frontières, des récits de la Bible à la mondialisation

Date de publication : 14/04/2014

En partenariat avec l’Institut protestant de théologie de Paris, le Pôle France du Défap a organisé une Université d’hiver à Houlgate du 24 au 28 février 2014 sur le thème « Frontières et passages ». Celle-ci a pu être réalisée grâce au soutien financier du Défap, de l’IPT-Paris et du Pôle National Formation de l’Église protestante unie (EPUdF). Elle a accueilli 25 participants, membres des Églises, étudiants, pasteurs et une équipe d’animation de cinq personnes.
Université biblique d'hiver : les frontières, des récits de la Bible à la mondialisation

Université biblique d'hiver : vue de la plage à Houlgate © DR

 

>> Le site de l'Institut protestant de théologie - IPT Paris <<
>> Présentation du Centre d'Enregistrement et de Procédures de Vallorbe (Suisse) <<

 

 

Dessin d'une participante de l'Université d'hiver

Anne-Laure Danet : « Nous aussi, nous sommes des migrants »

Linda Rakotovao : « Des réflexions qui nous ont bousculés »

La semaine d'Université biblique a pleinement correspondu au désir de la petite équipe qui en a porté le projet pendant un an. Elle s'inscrivait dans une démarche de formation ouverte à un public divers, d'étudiants en théologie, de membres de nos Églises, de catholiques et de personnes en recherche.

Ce genre de session, qui a pris son point de départ en 2003, a pour intention d'offrir à des étudiants en théologie la possibilité de se former et de devenir formateurs : il s'agit pour eux de participer avec pleine responsabilité à l'animation de la semaine, tant sur le plan biblique que pédagogique.

Chaque expérience au fil des années, a permis, sur des thèmes d'actualité, de viser un équilibre entre le travail biblique et des apports pluridisciplinaires.

Jéricho : derrière le récit de conquête, une quête d'identité

La ligne d'horizon au-delà des plages du Débarquement © DR

Cette année le thème retenu des migrations et du brassage des populations a amené à une collaboration de la Faculté de théologie protestante de Paris (IPT) avec l'aumônerie du Centre d'Enregistrement et de Procédures de Vallorbe (Suisse) et le Service protestant de mission-Défap. Le titre « frontières et passages » a dessiné un espace de réflexion où les réalités quotidiennes pouvaient être entendues dans leur actualité criante et éclairées, dans le contexte de mondialisation, par un droit international de plus en plus complexe. La session s'est déroulée en résidence, au CPCV de Houlgate (1), près des plages du Débarquement. Nous étions une trentaine ; l'équipe responsable était composée de cinq personnes dont deux étudiants en théologie. Les textes bibliques retenus étaient tirés de Josué, de la Genèse, de l'épître aux Éphésiens et d'Ézéchiel.

Le récit de la conquête de Jéricho nous a aidés à mesurer la profondeur d'écriture, l'élaboration d'un récit repris dans différents contextes politiques : en débat avec la puissance assyrienne, en réaction au traumatisme de l'Exil, en quête d'identité nationale sous la période perse. Le travail de groupes des participants a permis de faire ressortir comment le récit de conquête s'interprète aussi sur un plan liturgique et répond aux questions de l'identité d'lsraël en relation à lui-même, aux autres nations et à Dieu. Les tables des nations, ensuite, constituées de listes généalogiques en Genèse 10, ont montré comment le don de la terre promise est relu dans une dimension universelle et comment l'identité ne tient plus à un territoire mais à un Nom reçu. L'épître aux Éphesiens a mis au coeur de son écriture le mur abattu par la mort de Jésus : il a tué la haine, il a fait unité des proches et des lointains, permettant aux sans droit de cité, aux sans espérance ni promesse, de se laisser intégrer à la construction de la Maison de Dieu. Les groupes en ont travaillé les répercussions dans le reste de l'épître, aussi bien aux dimensions du cosmos que de la cellule familiale. Françoise Smyth nous a fait le cadeau vivant d'une lecture d'Ézechiel, prophète muet de la période de l'Exil rendu à la parole par l'arrivée d'un rescapé ; le livre tout entier prend dès lors la tonalité du « Pourquoi m'as-tu abandonné ? ».

Le migrant, des récits bibliques aux images actuelles

Les participants de l'Université biblique d'hiver près des restes d'une barge du Débarquement © DR

Quatre interventions, et deux témoignages de migrants, ont élargi le contexte de notre réflexion en l'ancrant dans l'actualité ; ils ont fait incidence aussi avec le travail biblique.

Aurélie Tardieu, Maître de Conférence en Droit public à Caen, a éclairé la définition des frontières aujourd'hui entre États, à partir de situations concrètes et très précises, elle a montré avec pédagogie, de façon très documentée, l'interdépendance des États établie par le droit international.

Cécile Souchon, Conservateur du patrimoine, dans une première soirée, nous a sensibilisés à la problématique en nous faisant voyager dans le temps par la projection de cartes anciennes.

Antoinette Steiner a ouvert la session à travers son vécu d'aumônier des requérants d'asile ; par la projection du film « D'un mur, l'autre » (Patric Jean) et l'évocation de quelques vécus, elle nous a plongés dans le tragique des situations humaines et la complexité des rouages administratifs.

Mireille Reymond-Dollfus, aumônier des migrants à Lausanne, a proposé une relecture de parcours migratoires dans une perspective ethnopsychiatrique.

La résonance du thème, aussi bien dans les textes bibliques, repris en poésie et en musique matin et soir, que dans l'actualité a permis à chacun de trouver sa place et d'apporter sa contribution.

Nous exprimons notre vive reconnaissance aux organismes qui ont soutenu ce projet, l‘IPT de Paris, le PNF de l'EPUdF, le Défap.

Anne-Laure Danet, Corina Combet-Galland

(1) CPCV : Comité Protestant des Centres de Vacances

Témoignage d'une participante : « Depuis Babel, les hommes ont été dispersés à travers le monde »

Dublin 2, espace Schengen, Frontex... l'Europe suit le chemin de ce que l'on aurait appelé dans l'antiquité la pax romana, sorte de paix de « l'empire » dont les frontières doivent être les garantes. Renforcées, monnayées, déshumanisées, les marges de l'Europe se hérissent de murs de béton et de barbelés, de limites administratives. Celle-ci continue pourtant à incarner un eldorado pour les populations les plus pauvres mais, le plus souvent, cette ruée vers une vie meilleure sera stoppée net.
Agrégés les uns aux autres, les pays européens ont petit à petit gommé les frontières qui les séparaient. A contrario, soucieux de conserver ce quant-à-soi, ils verrouillent leurs frontières extérieures, aidés par des « pays gendarmes » aux extrémités du territoire qui, en contrepartie d'une application zélée des lois migratoires, reçoivent une abondante compensation financière. Une agence privée, Frontex, garantit la « sécurité » de l'ensemble et se charge d'appliquer la politique migratoire de façon stricte.
Et l'humain dans tout ça ? Les « personnes » sont rarement prises en compte dans les lois européennes et ce n'est que par le témoignage direct que l'on saisit l'horreur. Antoinette et Mireille sont aumônières au centre de requérants d'asile de Vallorbe (Suisse). Elles y côtoient le désespoir de ceux que la faim, la guerre, la violence ont poussés dans un voyage qui aura trop souvent le même point d'arrivée que de départ. Elles témoignent de situations absurdes et injustes. Parce que les documents administratifs fournis par les migrants ne sont pas jugés suffisants ou que la situation de leur pays n'est pas reconnue, le droit d'asile leur sera refusé. Ces démarches peuvent prendre des mois, voire des années, pendant lesquelles les malheureux sont réduits à leur seule identité de « migrants ». Par les traumatismes subis dans leur pays et au cours de leur voyage, ils arrivent en Europe dans une situation de fragilité extrême. Leur identité est totalement brouillée, pour ne pas dire détruite. Le système ne leur laisse que très peu d'opportunités de se reconstruire et de prendre un nouveau départ. Par chance, d'autres témoignages dévoilent une fin heureuse : Piotr et Ali ont pu bénéficier du droit d'asile : leur pays était reconnu comme justifiant l’accueil des ressortissants sur le sol français. Ils ont pu reconstruire leur vie en France, bien que le déchirement du déracinement affleure dans leurs propos.
La migration n'est pas un phénomène récent : les récits vétéro- testamentaires nous livrent les récits de Josué ou d'Ezéchiel, prophètes pour un peuple en exil. Quelle leçon tirer de ces ancêtres migrants ? Notre identité peut se construire là où nous sommes et pas seulement là d’où nous venons. Depuis Babel, les hommes ont été dispersés à travers le monde, se déplaçant au fil des événements, nous sommes donc tous migrants sur cette terre.

Par Claudine Passignat

 

 

Actions sur le document
    • facebook
    • twitter
    • Imprimer
    • Envoyer à un ami
    • favoris
    • more