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Haïti : le difficile temps de l'adaptation

Date de publication : 03/05/2014

Caroline et Camille Barbeyrac, mis à la disposition de l'Église baptiste haïtienne sur le campus de Verrettes pour une mission de deux ans, sont à pied d'oeuvre depuis janvier 2014. Mais entre les projets envisagés avant le départ, l'installation et la confrontation avec la réalité sur place, et la mise en route concrète, se place tout un temps indécis fait de lente adaptation, d'attente... de frustration aussi. Un temps de décantation nécessaire mais pas forcément facile, dont nous font part Caroline et Camille dans leur première lettre depuis leur installation.
Haïti : le difficile temps de l'adaptation

Caroline et Camille Barbeyrac © C. et C. Barbeyrac pour Défap

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La voici, la fameuse et officielle première lettre. Dans ce genre de document, il faut faire un bilan... et nous sommes encore dans une période qui se vit et se décrypte plutôt que de se synthétiser ! Mais nous avons de quoi raconter et nous avons envie de ne pas faire court... aux plus courageux, bonne lecture !

Perturbations interculturelles

Plus on essaie de cerner les choses, plus elles fuient; alors on laisse faire. On les atteindra seulement de cette manière. Un jour nous aurons assez de recul pour nommer, comprendre et raconter les nouveautés dans lesquelles on nage en tâtonnant : on ne sait pas encore de quelle étendue il s'agit, on ne voit pas toujours les berges sur lesquelles s'allonger, les petites margelles sur lesquelles reprendre pied.

Pour le moment, il nous faut juste vivre tout cela ! Trouver dans les gens, les lieux, les choses, ce qui fera écho en nous pour enfin résonner comme des repères agréables.

Au rythme de la vie

Avancer : marcher et se laisser dériver, rester sur place, attendre, observer pour s'imprégner, stagner.

Apprendre à ne pas foncer comme on en avait l'habitude. D’ailleurs, on ne fonce pas sur une piste inconnue, mais on découvre à tâtons... !

L'aventure

La période que nous vivons depuis notre arrivée en janvier trouve bien son résumé dans une phrase de Fred Vargas, auteur de rompol, que Caro affectionne particulièrement.

C'est « une carte muette, un magma où rien ne parvient à s'isoler, à s'identifier. Tout paraît toujours pouvoir se raccorder à tout, par des petits sentiers de traverse où s'enchevêtrent des bruits, des mots, des odeurs, des éclats, souvenirs, images, échos, grains de poussière. Et c'est avec cela seulement qu'il doit avancer. »

« C’est la touche de déséquilibre qui fait que l’œuvre est œuvre et non pas décor. » (Fred Vargas, auteur de rompol)

Deux mois à la capitale

Nous avons passé deux mois sur le campus de l'UEBH à port-au-Prince, ville fourmillante, vivante 24h/24, très sale, très pauvre. Nous avons pris une claque au début, c'est sûr.

Deux mois d'attente pour que les travaux dans la maison qui nous accueille aux Verrettes soient finalisés, pour qu'on fasse nos papiers officiels, qu'on démarre des réunions sur le projet agricole, qu'on fasse des rencontres, qu'on apprenne la langue... c'était la théorie. La pratique fut différente ! Nous avons vécu un temps de frustration, car d'attente, avec peu de moyens d'action ou de sortie.

Du positif tout d'même !

Nous avons participé à quelques ateliers à l'école, rencontré des personnes que nous apprécions, passé un week-end à Jacmel (au sud) dans le cadre d'une rencontre de familles...

Les Verrettes, détails de l'ambiance locale

Nous y sommes depuis le 15 mars. Coin bien plus calme que la capitale, plus vert aussi, un air de campagne qui nous fait du bien !

L’étendue des Verrettes est vaste, mais ressemble à un village et nous nous y sentons en sécurité et bien plus libres qu’à Port-au-Prince. Pas de centre- ville au sens où on l'entend habituellement, mais des ruelles poussiéreuses où poussent habitations de fortune, échoppes, petits stands de vente pour tout, banque, mairie, station-essence, cimetière, morgue, marché et ses fruits, légumes, céréales, viandes et mouches... description que l'on trouve dans beaucoup de récits de nos copains partis à l'étranger aussi !

Le paysage anarchique est fait de grands espaces verdoyants, champs de maïs, de riz, parsemés d'animaux et d'arbres magnifiques, bien fournis de feuilles et de fruits, qui contrastent avec les mornes au second plan, complètement pelés et arides, comme beaucoup d'endroits du pays.

La route qui relie Les Verrettes à la capitale a été refaite récemment, mais reste bordée d'habitations délabrées, en construction pour certaines, modernes et bien faites, en ruines pour beaucoup, mêlant moellons, terre sèche et paille... Béton, tôles rouillées, bois pourri, rideaux râpés font aussi partie du paysage.

Et les déchets, qui jonchent le sol partout, en ville et dans les champs, les cours d'eau, ou des tas fumants d'ordures brûlées... L'absence de ramassage des ordures et leur non gestion sont un problème national.

Le créole

Notre créole est toujours bien approximatif, on avoue qu'on n'a pas été des élèves assez motivés pour apprendre seuls face à un bouquin. On a besoin de se confronter à la langue en direct pour s'y habituer. Pas facile ! Comme beaucoup de coopérants en témoignent, la barrière de la langue est si frustrante, nous qui voulons découvrir et échanger, qui aimerions créer des liens, trouver des amis, et qui avons tant besoin de tout cela en ce moment !

Et parmi les premiers contacts...

Les visites impromptues sont fréquentes, à tout moment de la journée et en tous endroits de la maison. Nous devons trouver là aussi un rythme, expliquer les règles des lieux aux visiteurs, faire connaissance. Les contacts sont parfois sympathiques et permettent de nous découvrir les uns les autres peu à peu, parfois dérangeants et il faut rester fermes mais justes ; expliquer nos habitudes culturelles de politesse, de respect d’intimité, de désir d’échanger et non de répondre favorablement aux interpellations : «Hé blanc, blanc !» «J'ai faim» «Donne-moi du matériel», «de l'argent», «Je t'ai parlé alors on est ami», «Good morning on veut parler anglais avec vous»...

Au programme

Avec un emploi du temps libre et la sensation d'être parfois livrés à nous- mêmes, nous décidons pour tenir le coup moralement de vivre au jour le jour ! Nos débuts s'organisent autour de la remise en état de la maison et des alentours... cela permet des premiers contacts, de passer du temps avec les gardiens et agriculteurs du campus, moments de boulot avec des pauses-café méritées. Un bon moyen de créer des liens de façon naturelle... Madame participe aux chantiers, ça étonne qu'elle fasse un boulot d'homme ! Les journées sont rythmées de temps à deux, utiles pour laisser décanter les tumultueux changements que nous vivons, et supporter la chaleur assommante. Le coup de barre des 12h-15h est flagrant !

Comme le veut l'habitude ici, nous avons Alta, une aide qui vient trois jours par semaine à la maison. Pas facile pour Caro d'avoir quelqu'un chez soi... Peu à peu elles partagent des moments de marché, de cuisine, qui leur permettent de s'apprivoiser.

Nous avons confié notre vie à Dieu, et encore plus cette période en Haïti... et il nous semble que pour que ça fonctionne vraiment, il fallait qu’on soit débarrassé de toute possibilité de gérer les choses.

... La démarche ...

Nous apprenons les choses peu à peu. Notre première mission est de nous installer, et de glaner des infos au fur et à mesure qu’elles viennent, au «hasard» et au détour des rencontres et des conversations... cela prendra du temps ! Nous comprenons que notre présence fait partie d'un souffle pionnier pour réactiver le campus, qui vivote depuis 25 ans suite au départ d'un couple de missionnaires qui sans doute devait gérer quotidiennement les lieux et que personne n'a remplacé.

Une alerte pour nous, car nous ne voulons pas qu'une fois partis, le campus s'endorme à nouveau... Ne surtout pas nous rendre indispensables... nous prions pour avoir la sagesse d’agir suffisamment pour faire avancer les choses tout en sachant ne pas en faire trop. Quitte à sembler fournir peu de résultats, nous prendrons le temps de mettre en place ce qu'ici ils pourront comprendre, faire et continuer.

Bon, ça, ce sont nos ambitions théoriques...

... Concrètement ...

Nos possibilités de coopération s'étendent finalement sur tous les domaines. Venus pour des postes relativement précis, nous restons ouverts à toute possibilité avec joie, en fait !

Caro commencera une période d'observation fin avril à l'école du campus, avant de donner des cours de français aux élèves de 5ème, 4ème, 3ème, ainsi qu'aux professeurs. Pour les ateliers d'artisanat et d'animation artistique, on verra plus tard.

Camille continue de se sentir seul sur le projet mais essaie de prendre son mal en patience, découvre le campus, fait des rencontres pour l'instant informelles d'agronomes ou d'agriculteurs susceptibles d'aider.

Camille a aussi démarré un atelier « discussions » avec des étudiants de terminale qui ont demandé de l'aide pour améliorer leur français. Il a beaucoup apprécié ces échanges sur la langue, les pays, la culture, la politique, la foi, l'éducation, la santé, la société...

Nous avons rencontré une dame installée dans le village voisin depuis 25 ans. Elle développe la culture de plantes médicinales et leur transformation, et désire transmettre aux locaux des cultures accessibles à tous, et surtout partager qu’on peut faire avec peu d’argent, mais qu'on ne peut rien faire sans motivation. Un échange riche pour nous et à poursuivre ; cerner la vie locale, les habitudes, ce qui ne se fait pas et pourquoi, ce qui est si long à transmettre...

... Un jardin potager : de l’envie perso à la base de nos projets ...

Le désir de faire notre jardin potager se transforme peu à peu en bon point de départ pour le projet agricole de Camille ; une base qui servirait d’exemple et autour de laquelle travailler, discuter... Et puis ce jardin potager englobe un autre désir, qui serait aussi un autre projet ; le ramassage des déchets et leur « tri », autant que possible.

Nous continuons donc vraiment dans ce but-là un nettoyage du terrain autour de notre coin, qui prendra du temps car l'arrière de la maison était un lieu de décharge. Ramasser, trier, brûler, créer un espace de compost, un brûleur à déchets, puis défricher (tondeuse locale : les chèvres !)

Préparer, pour semer un jour...

Nous avons vécu ces derniers temps avec pas mal de frustrations, d'attente, d'incompréhension, de larmes, de montagnes russes au niveau du moral. Mais on reste confiant... On se sait guidé sur ce petit bout de chemin que la Vie nous a fait prendre, même si la question de «pourquoi sommes-nous là ?» revient régulièrement. Pas pour remettre en cause notre présence ici, mais parce que, loin de nos familles, nos amis, nos habitudes délicieuses que la vie nous offrait en France, tant de questions se bousculent dans nos têtes...

Pensée du jour : « La fameuse aiguille dans une botte de foin... Cela ne lui avait jamais semblé insurmontable. Il suffisait de brûler la botte et de récupérer l'aiguille. » Non pas tout enflammer pour supprimer un problème, mais saisir que les solutions viennent parfois de manière si inattendue !

Envie d’en savoir plus, de nous suivre ? Rendez-vous sur notre site !

Caroline et Camille

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