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Centrafrique : le témoignage de l'aumônier en chef Stéphane Rémy

Date de publication : 30/04/2014

Stéphane Rémy, aumônier en chef de l'Aumônerie protestante aux Armées, s'est rendu à Bangui dans la première moitié du mois d'avril, pour rencontrer notamment le pasteur Olivier Risnes qui vient de prendre ses fonctions. Voici son témoignage.

ACTUALITÉS ET FICHE PAYS
Le point sur la République centrafricaine

>> Retrouvez le témoignage de Stéphane Rémy sur le site de la Fédération Protestante de France <<
>> L'appel du Défap : répondre à l’urgence humanitaire en RCA <<
>> Centrafrique : avec le Défap, appel d'urgence à la solidarité de la FPF <<
 

Ce dossier est constitué en partenariat avec la revue "Signes des Temps".

 

 

Stéphane Rémy à Bangui © DR

En tant que directeur de l’aumônerie protestante aux armées, je suis amené à visiter les aumôniers protestants qui sont envoyés pour 4 à 6 mois à l'étranger. Début avril, je me suis rendu à Bangui auprès du pasteur Olivier Risnes qui vient de prendre ses fonctions à la suite du pasteur Vincent Bru qui a ouvert le poste et a déployé une réelle énergie dans un contexte tendu et très compliqué. Ce dernier a rejoint son poste et sa famille à Libreville (où il est affecté pour deux ans) au Gabon. Il n'a pas manqué de s'appuyer sur les églises de Libreville afin de faire parvenir aux personnes déplacées en Centrafrique des vivres, des vêtements, et autres soutiens utiles de première nécessité.

La mission principale de notre aumônerie est de soutenir sur le plan moral et spirituel les militaires des forces armées françaises engagés au sein de l'opération SANGARIS. Les 2000 militaires français sont déployés aux côtés des 4400 militaires africains de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca). A ce titre, un culte rassemble les protestants et évangéliques tous les dimanches. C'est environ 70 personnes qui se retrouvent accompagnées par les aumôniers camerounais, centrafricain et français, pour prier et louer Dieu. N'est-ce pas un beau signe de témoignage fraternel ?

Empêcher l'escalade du conflit en désarmant les groupes armés

Pour soutenir le programme d’aide à la population centrafricaine, adressez vos dons à :

 

 

 - Fondation du Protestantisme, 47 rue de Clichy – 75 311 Paris cedex 09.
 - Dons en ligne : www.fondationduprotestantisme.org
 - Les chèques ou virements doivent être libellés à l’ordre de «Fondation du protestantisme». Porter la mention «Solidarité protestante-RCA» au verso des chèques.
IBAN : FR76 3078 80010010 2078 2350 030
Banque Neuflize OBC Paris 8° (Pour les virements bancaires).
CODE BIC : NSMBFRPPXXX
Les dons versés à la Fondation du protestantisme, fondation reconnue d’utilité publique, sont déductibles des impôts. Merci d'indiquer vos coordonnées pour l'envoi du reçu fiscal.

Les soldats français se retrouvent plongés au cœur de leur métier : empêcher l'escalade du conflit en désarmant les groupes armés qu'ils rencontrent. Ces missions comportent des risques où leur vie est exposée. Le rythme de travail est très soutenu et leurs conditions de vie sont très rustiques. Ils mangent des rations de combat et dorment sous tentes ou dans des hangars. Leurs lits de camps sont équipés de moustiquaires car le paludisme est très présent dans cette région et il est la première cause de mortalité au sein de la population. La saison des pluies débute et les déplacements à pied ou en véhicule se feront de plus en plus sur un terrain boueux. Les militaires sont habitués à ce genre de contraintes. L'aumônier est aussi là pour les encourager à surmonter ces situations au quotidien et surtout dans la durée.

Le commandement militaire a été à l'origine d'une rencontre avec des femmes croyantes pour la paix le 7 avril à Bangui. La délégation de la Cevaa, Communauté d'Eglises protestante en mission, était présente ainsi que les aumôniers militaires français (catholique, musulman et protestant) : lire : Militaires et femmes de paix, l'improbable rencontre, et Sangaris et le Réseau des femmes croyantes : une rencontre pour la paix ?. Les femmes ont un rôle très important dans la culture africaine. Elles sont garantes du foyer et de l'éducation des enfants. Un de leurs objectifs est de lutter contre les enfants-soldats. Régulièrement elles tentent de dissuader les enfants de prendre les armes. Ceux qui se sont laissé entraîner peuvent bénéficier d'un soutien auprès d'une ONG qui les réinsère dans une vie sociale et éducative.

Les associations humanitaires sont très peu présentes à Bangui

Stéphane Rémy en compagnie de Nicolas Guerekoyame © DR

A ma demande, j'ai été reçu par le président de l'Alliance Évangélique en Centrafrique (AEC), le pasteur Nicolas Guerekoyame. Cette institution est l'équivalent de la Fédération Protestante de France et regroupe en son sein des églises presbytériennes, évangéliques, pentecôtistes, etc. Elle fait partie de la plateforme interreligieuse composée des représentants du culte catholique, musulman et protestant. Le pasteur Guerekoyame est aussi le représentant des autorités religieuses auprès du gouvernement de transition. Cette rencontre m'a permis de faire connaissance avec le permanent de l'AEC, le pasteur Franco Mbaye-Bondoï, secrétaire général. Il était entouré du pasteur Philippe Sing-Na (responsable du développement, des enfants et du synode urbain, membre du comité de crise), et de l'apôtre Michel Gbegbe (membre du conseil des sages et du comité de crise). Leurs témoignages m'ont ému. Ils ont pu m'informer des menaces qui pesaient encore aussi bien sur les chrétiens que sur les musulmans. Un pasteur s'est réfugié durant 3 jours dans le plafond de sa maison et a été récupéré et mis à l’abri avec sa famille. Ensuite sa maison a été détruite. Les familles déplacées sont traumatisées et ne savent pas toujours comment faire pour retrouver une vie paisible.

J'ai assuré l'AEC du soutien de la Fédération protestante de France et du message fraternel adressé par son président, le pasteur François Clavairoly. La réponse du pasteur Guerekoyame a été claire « Nous vous remercions pour votre soutien moral mais nous avons besoin d'actes alors que les associations humanitaires sont très peu présentes à Bangui. Les familles ont besoin de couvertures, de matelas, de vêtements, de vivres ... ». Cela fait au moins deux ans que les cultures n'ont pas repris. Il serait nécessaire de fournir des semences et de retourner travailler aux champs. Je suis convaincu que nous sommes en capacité de soutenir le peuple centrafricain par des actes bien ciblés qui répondraient à ses besoins. Certaines ONG présentes à Bangui arrivent avec des véhicules 4x4 tout neufs et la pertinence de leurs actions ne saute pas toujours aux yeux. Personnellement je recommanderais la mise en place d'une plateforme humanitaire chrétienne qui associerait l'AEC, Act-Alliance, le Defap et les aumôniers militaires. A ma connaissance, il n'existe pas de structure humanitaire solide en RCA, il faut la constituer. Qui peut le faire ? La Fédération protestante de France va réfléchir à cette problématique avec la Fondation du protestantisme.

Mon sentiment est que nous devons soutenir les autorités religieuses qui œuvrent pour la paix à Bangui. Le chemin sera long car la situation ne permet pas encore d'amorcer pleinement la phase de réconciliation bien que dans certaines villes du pays la coexistence entre communautés religieuses soit précieusement préservée. Le mal est plus profond qu'on ne pouvait l'estimer. L'instrumentalisation des religions par des hommes politiques a profondément traumatisé les populations. Le remède existe : c'est l'amour du prochain. Mais il est nécessaire pour cela que le gouvernement de transition remette en place des structures de police et de gendarmerie, et que les institutions judiciaires puissent de nouveau fonctionner. Espérons que le retour de la sécurité permettra alors aux actes d'amour de panser les plaies et de réconcilier les communautés religieuses.

 

Stéphane Rémy, aumônier en chef

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