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Beyrouth : « We’re still alive ! »

Date de publication : 24/04/2014

Comme le soulignent les Libanais eux-mêmes, la précarité fait partie intégrante de la vie au Liban. En témoigne cette nouvelle application smartphone, « We’re still alive ! » qui fait fureur au Liban, et qui permet de signaler à ses proches qu’on n’a pas sauté lors du dernier attentat... Il est vrai que le conflit syrien fragilise chaque jour un peu plus la paix civile. Surtout, le drame humanitaire de la Syrie se voit partout au Liban. Il traverse, en filigrane, cette dernière lettre de nouvelles du pasteur Pierre Lacoste, envoyé par le Défap auprès de l'Église protestante francophone de Beyrouth, et de ses proches.
Beyrouth : « We’re still alive ! »

Le mont Liban

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Le point sur le Liban

>> Le site de l'Église protestante française de Beyrouth <<

Le mont Liban - DR

 

 

 

Vous parler de nous, une fois par trimestre, donne au rendez-vous un caractère plutôt solennel. Au fil des semaines, on collecte ce qui pourrait revêtir un peu d’intérêt à vos yeux. Mais ce n’est pas chose facile. L’amitié n’abolit pas toute la distance entre France et Liban et il n’est pas exclu que certains détails de cette Nous’s Letter vous ennuient. Conservez du moins notre amitié ! Quant à nous, vous parler est essentiel à notre mission, notre équilibre, notre joie aussi. Il a été convenu que Christine, Sophie et moi écririons tour à tour quelques paragraphes. Ladies first !

 

 

Sophie : « Entre cours de math et Genesis »

Un coucou du Liban où pour moi tout se passe pour le mieux malgré quelques difficultés au collège protestant français dans les matières scientifiques et l’anglais. Au collège, deux programmes sont utilisés en mathématiques, physique-chimie, SVT. Le programme français et le programme libanais, d’où mes difficultés, le niveau en anglais est beaucoup plus élevé que celui de France. Mon premier brevet blanc s’est passé sans problème.

L’adaptation libanaise n’a pas été un grand problème pour moi, les jeunes de mon âge sont très sociables et vous mettent à l’aise très rapidement (ce qui me change de Cannes). Je continue la guitare (cela fait maintenant ma 5°année en tant que guitariste) avec papa. Chaque dimanche nous jouons à l’Eglise des chants de styles variés, des psaumes de la réforme et des "J'aime l’Éternel". Actuellement je déchiffre « Horizon » du groupe Genesis. L’Eglise de Cannes me manque beaucoup, sa diversité à travers les origines et les âges. Bientôt de retour en France vers la mi-juin, j'ai hâte de retrouver toute ma famille et mes amies.

Christine : « A Khyam… des chants d’espoir »

Visite à l'association Amel - DR

Un samedi matin, nous quittons Beyrouth direction le sud du Liban. Petit à petit, les villes puis les villages deviennent plus rares et la nature plus présente. Un check- point militaire nous stoppe. Nous pénétrons en zone sensible, proche de la frontière et de la fameuse ligne bleue séparant le Liban d’Israël. Notre hôte a tout prévu et nous passons donc sans difficulté. De l’autre côté, des champs d’oliviers, des prés d’herbe verte et de fleurs ; au loin, le mont Hermon enneigé et à l’horizon Israël... Un enchantement, une respiration pour les Beyrouthins que nous sommes devenus. C’est le Docteur Mohanna, président de « Amel international» qui a organisé, pour notre petit groupe, une visite dans son village natal, Khyam, aux confins du Liban. Sur la place de ce très joli village plusieurs fois détruit par les bombardements israéliens, un dispensaire de l’ONG Amel. Nous sommes arrivés.

Un cabinet de radiologie permettant mammographie et échographie ; un laboratoire, un cabinet de gynécologie-obstétrique-pédiatrie, un cabinet d’ophtalmologie et un dentaire, composent ce centre médical perdu en pleine campagne. Des médecins de la région assurent des consultations régulières. Ici la médecine vient à la rencontre du malade. Surprenant pour une sage-femme française habituée à voir des patients quitter leurs déserts médicaux, parcourant plusieurs kilomètres pour rencontrer un médecin. Le centre est ouvert à tous, mais surtout aux réfugiés syriens, sans distinction de religion, assurant un suivi médical contre une somme symbolique. « Venir en aide à tous sans assister personne » voilà le moteur d’Amel.

Au premier étage nous découvrons une toute petite école pour les enfants Syriens. Maîtresses voilées ou non et élèves de tous âges répètent avec joie une chanson pour la fête des mères. Une journée normale dans une classe normale ? Tous ces enfants connaissent la guerre, les privations, la faim, le manque de confort, la peur…. Et pourtant, ils chantent à tue-tête pour leur maman. N'est-ce pas la grâce de l'enfance que de savoir vivre l'instant présent, saisissant des miettes de bonheur et de confort pour oublier les soucis ? Autour de nous des visages souriants, heureux de nous rencontrer et étonnamment paisibles.

Un étrange sentiment de paix et de joie m’envahit. Dieu est là. Partout où il y aura des gens comme les bénévoles d'Amel pour être au près des plus démunis, les enfants pourront apprendre à chanter « bonne fête maman » malgré la guerre.

Pierre : « We’re still alive ! »

C’est le nom d’une application smartphone qui fait fureur au Liban pour signaler à ses proches qu’on n’a pas sauté. Nous ne l’avons pas téléchargé. Dès qu’un attentat à la voiture piégé survient (le 7e à Beyrouth depuis notre arrivée), Paris est plus vite informé que Beyrouth ! Comme cet ami inquiet qui appelle quelques heures après une explosion dont nous n’avions pas entendu parler. Ceci dit, le climat est en train de changer au Liban. Le conflit syrien et ses derniers rebondissements en faveur du Chiite Bachar Al Assad, exerce une pression constante et insidieuse sur une paix civile de plus en plus fragilisée. Les libanais nous rassurent précisant (en éclatant de rire) que la précarité est constitutive du pays. Inch’Allah !

Alien est de retour…

Ziyad Makhoul, journaliste à l’Orient le Jour parlait récemment du retour d’Alien. Ceux qui se souviennent du film de Ridley Scott avec Sigourney Weaver apprécieront la comparaison. Les libanais essaient de vivre normalement, sans trop en parler, feignant d’ignorer sa présence, envoyant les enfants à l’école, essayant de penser à autre chose. Mais chacun sait ici qu’elle est là à nouveau… La peur est de retour. Depuis la fin de la guerre du Liban (1975-1990), Alien s’était endormie avec quelques troubles sporadiques du sommeil. Aujourd’hui, conclut l’article, « Rien ne fédère autant les libanais que la peur de l’explosion. N’importe quand, n’importe où, n’importe quoi ! ».

Curieusement, vierges de tout vécu dramatique, nous ignorons ce sentiment. Et quand une personne membre de notre conseil presbytéral nous raconte comment, il y a dix jours, elle a échappé de quelques minutes au souffle d’une explosion dévastatrice en banlieue sud, je n’arrive pas à me rendre compte des réalités. Même les images à la TV revêtent quelque chose d’irréel. Je suis de la génération de ceux qui n’ont connu que les films de guerre. Alien ne s’est pas encore glissée en nous. Et c’est tant mieux ! Nous ne sommes pas venus au Liban pour nous morfondre mais pour développer joyeusement la mission que l’Eglise de Beyrouth, soutenue par les protestants français, nous a confié.

L’Eglise protestante à l’épreuve du changement

Culte à la guitare - DR

L’Église protestante française de Beyrouth, depuis son origine en 1925, est petite et vivante. Elle réunit chaque dimanche 25 à 40 fidèles (près d’une centaine aux fêtes carillonnées). Depuis le premier dimanche de février, nous avons quitté notre temple historique, bâti dans les années 50, pour nous réunir au Collège protestant Français, de l’autre côté de la rue.

Afin de pérenniser la présence protestante française à Beyrouth, une opération immobilière (sur le point d’être conclue), a été imaginée par les protestants français, propriétaires du foncier : vendre la plus grande partie du terrain et conserver une parcelle sur laquelle un nouvel ensemble, temple-presbytère, salles annexes, serait reconstruit. Le fruit de la vente permettrait de subvenir de façon pérenne aux besoins de l’Eglise à commencer par son service pastoral. Nous accompagnons donc ce changement important. Certains membres de l’Eglise ont été secoués. Un ou deux ne viennent plus. La grande majorité se mobilise déjà, regardant avec confiance l’avenir. Je perçois un net renforcement des liens fraternels. Nous sommes aussi très reconnaissants du soutien reçu par nos partenaires français. Nous recevons régulièrement des messages d’encouragement du Défap et de l’association propriétaire du temple (APFB). Merci à eux !

Ma pratique pastorale, en plus des cultes dominicaux, hebdomadaires depuis notre arrivée au Liban, est marquée par les rendez-vous du mardi et du jeudi. Une quarantaine d’abonnés au groupe de discussion « WhatsApp» reçoivent sur leur Smartphone deux méditations bibliques par semaine s’inspirant du texte du jour (la Bible en 6 ans). Les réactions fusent certains soirs, manifestant la joie de ces femmes malgaches consignées aux travaux domestiques des maisons-prisons-dorées où elles passent plusieurs années de leur vie. Souvent ce sont leurs prières qui répondent : une lectio divina peu ordinaire.

L’inauguration du site web de l’Eglise début février, grâce à l’aide technique de David Loupia, permet aujourd’hui à nombre d’entre vous de se tenir au courant et de lire la Bible avec nous. Toutes les méditations WhatsApp sont en effet déposées sur le site. On peut même s’y abonner. Nous espérons que ce site permettra une meilleure identification de l’Eglise protestante française de Beyrouth. A vrai dire, je ne pense pas qu’un travail pastoral quel qu’il soit puisse porter du fruit s’il ne s’accompagne d’un travail biblique régulier, approfondi et partagé. Ce travail façonne dans le long terme et de façon imperceptible l’identité et la vision communautaire. Nous l’avons entrepris, le reste ne nous appartient pas.

Soulager la souffrance

Il suffit d’ouvrir les yeux à Beyrouth pour réaliser l’ampleur de la catastrophe humanitaire causée par la guerre en Syrie. Le naufrage de ces familles entières, déplacées, condamnées à mendier, à voler pour survivre (un million sont réfugiées au Liban). Ces garçons de 10-12 ans, qui s’improvisent cireurs de chaussures, se déplaçant avec leur matériel et qui vous harcèlent jusqu’à obtenir quelque chose, une pièce, une gifle… Leur regard est ceux de vieillards désabusés.

Comme l'évoque Christine, nous avons fait la connaissance d’une grosse ONG laïque et apolitique, "Amel International". Leur devise : une pensée positive et un optimisme permanent. Leur expérience, leur ouverture et leur réputation incontestées au Liban, nous ont amené à leur verser une collecte de 6000 dollars rassemblée cet hiver grâce à nombre d’entre vous. Christine doit visiter prochainement un programme d’Amel de suivi des femmes enceintes.

Nous nous sommes aussi rapprochés de « Caritas for Migrants » qui suit près de 200 000 dossiers de réfugiés palestiniens, irakiens et aujourd’hui syriens. Ces travailleurs sociaux sont admirables. Ils vident un océan de besoins avec un dé à coudre sans se décourager jamais. Vous comprendrez que les affaires de gros sous et autres trafics d’influence qui défrayent chaque jour la chronique en France nous consternent. Nous avons la conviction que notre Eglise doit travailler en synergie avec ces ONG de l'urgence.

Voilà pour les nouvelles des Lacoste. Je vous avais prévenus que ce serait long ! Il faudrait encore parler des trois garçons. Ils vont bien et suivent dans leur projet : Philippe à Londres, Hugo et Nathan aux études à Nice et Cannes où l’Eglise libre les entoure de son affection. Nous vous disons à bientôt, bénissant Dieu de vous sentir près de nous par l’amitié et la prière. We’re still alive !

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