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Syrie : chrétiens et musulmans, ensemble pour témoigner

Date de publication : 17/10/2013

Geste symbolique, 11 représentants chrétiens et musulmans se sont rendus du 7 au 11 octobre en Jordanie et au Liban pour y rencontrer notamment des réfugiés syriens. Tous deux membres de cette délégation interconfessionnelle, Mgr Marc Stenger, président de Pax Christi France, et Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, ont rendu compte jeudi de ce qu'ils avaient vu lors d'une conférence de presse au siège du Défap.
Syrie : chrétiens et musulmans, ensemble pour témoigner

Conférence de presse commune de Mgr Marc Stenger et de l'imam Tareq Oubrou © Défap

Retrouvez ici les images du voyage de la délégation en Syrie et au Liban

Retrouvez « l'Appel pour le peuple syrien »

Retrouvez les récits de voyage de la délégation sur le site de l'Œuvre d’Orient

Retrouvez le texte de la déclaration de la délégation

 

Parmi les témoignages de réfugiés syriens recueillis en quelques jours de visite en Jordanie et au Liban, Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi France, a choisi notamment celui de Maya, jeune femme rencontrée à Beyrouth. « On paye depuis trop longtemps les guerres de tout le monde. On veut la paix, on veut vivre ensemble, et on sait le faire. Donnez-nous enfin une chance de vivre en paix, nous le méritons autant que vous. » Et avec Tareq Oubrou, recteur de la grande mosquée de Bordeaux, il a relayé l'appel de dignitaires religieux comme le patriarche melkite Grégoire III Laham : « Pensez au peuple syrien, ne prenez pas parti, l’aspiration des réfugiés est de retrouver la paix pour pouvoir rentrer chez eux. C’est là qu’est leur identité et que sont leurs racines. » Assis à la même table, se partageant le micro, Mgr Stenger et Tareq Oubrou rendaient compte jeudi matin, lors d'une conférence de presse au siège du Défap, de leur mission de paix lancée début octobre dans les pays voisins de la Syrie en guerre.

Mgr Stenger : "Les chrétiens syriens sont tués avant tout parce qu'ils sont Syriens" (1:53)

Tareq Oubrou :"Ne pas tomber dans le piège" de l'instrumentalisation politique (1:49)

 

Tareq Oubrou :"Faire pression sur les politiques" (1:36)

 

Tareq Oubrou : "Les musulmans d'Europe doivent soutenir les minorités chrétiennes" (0:46)

 

« Ensemble au service de l’homme, de la justice et de la paix »

Mgr Stenger et Tareq Oubrou faisaient partie d'une délégation de 11 représentants chrétiens et musulmans partis à la rencontre des réfugiés à la suite d'un « Appel pour le peuple syrien » lancé le 1er octobre par voie de presse aux instances nationales et régionales.  Au sein de ce groupe, non seulement des responsables religieux, mais aussi des représentants d’associations : Secours catholique, Secours islamique, Chrétiens de la Méditerranée, CCFD-Terre Solidaire, Action chrétienne en Orient, Œuvre d’Orient... Et pour tous un même objectif : alerter l’opinion française sur le drame des Syriens ayant fui la guerre, toutes religions confondues, tout en témoignant de la solidarité de ceux qui les accompagnent au quotidien.

« Nous voulons signifier que les religions ne sont pas nécessairement des facteurs de division. Nous sommes ensemble au service de l’homme, de la justice et de la paix », a souligné  Mgr Stenger. Et l'imam Tareq Oubrou de renchérir : « En France, on accuse facilement les religions de provoquer la division. On omet toujours le côté généreux et universaliste des religions. La République a récupéré l’universalisme chrétien à son compte. Partir de la France en tant que croyants donne un geste fort pour la laïcité. Le drame syrien ne connaît pas de religion, il frappe toute la population, chrétiens comme musulmans. Les politiques instrumentalisent souvent les groupes et les religions pour asseoir leur pouvoir. »

Autre constat partagé au sein de la délégation : en dépit de la guerre qui les a chassés, les réfugiés syriens qu'ils ont rencontrés sont toujours des êtres humains debout. « Malgré la souffrance et la douleur, les gens sont restés dignes », a témoigné Tareq Oubrou. « Nous leur avons signifié que nos religions sont à leurs côtés, par la parole, par l’action et par la prière. » Une dignité que l'accueil offert en Jordanie et au Liban a grandement permis de respecter. Cette hospitalité, les membres de la délégation ont dit en avoir vu les preuves dans toutes les couches de la société des pays visités. Parmi les autorités religieuses : Mgr.  Stenger a cité ce mot de Mgr Maroun Lahham, vicaire patriarcal latin pour la Jordanie : « Malgré tous les problèmes sociaux liés à l’arrivée de ces réfugiés, nous ne pouvons pas fermer les frontières, par dignité et par solidarité. » Au sein de la population : beaucoup de bénévoles sont au travail pour accueillir les réfugiés, distribuer des biens de première nécessité, aider à scolariser les enfants. Dans nombre d'écoles jordaniennes, l’après-midi, les enfants laissent leur place dans les salles de classe à des enfants syriens. Mais les conditions d'accueil sont très précaires. Ainsi à Mafrak, un camp proche de la frontières syrienne, 130 nouveaux réfugiés syriens arrivent chaque jour. Ce n’est pourtant qu'un camp « informel » : on a planté des tentes dans un grand champ. Et avec l'hiver qui arrive, tous redoutent l’arrivée des grand froids.

« C’est un massacre, un pays qui se vide »

Mais l'accueil n'est pas tout. « La solution ultime n’est pas dans la main des religions, mais dans celle des politiques », a souligné l'imam Tareq Oubrou. « Chacun, religieux, humanitaire et politique, doit prendre ses responsabilités. C’est un massacre, un pays qui se vide de ces citoyens. Il faut accueillir, mais aussi préparer le retour de ces gens dans leur pays. » Pour cela, une seule solution : négocier. Les membres de la délégation ont fait part de l'avis unanime des réfugiés sur la possibilité de frappes internationales en Syrie : une telle action ne ferait qu'ajouter encore au bain de sang. Et de leur incompréhension devant une communauté internationale qui peine autant à s'accorder pour arrêter le massacre, alors même qu'il constitue le terreau le plus fertile pour tous les extrémismes. « Tous les jours, avec la guerre, naissent de nouveaux groupes terroristes », a souligné Tareq Oubrou.

La délégation de retour de son voyage en Jordanie et au Liban a aussi diffusé une déclaration en cinq points, saluant « la solidarité des peuples jordaniens et libanais », et l'accueil fait aux réfugiés, marqué par « beaucoup de respect et de dignité ». Tout en soulignant que « la Jordanie et le Liban ne peuvent pas faire face seuls à ce défi. Cette visite nous a mis face à notre responsabilité à tous, en France et en Europe, pour mettre en œuvre tous les moyens possibles pour l'accueil des réfugiés syriens et pour travailler à l'instauration d'une paix juste et durable. » Actuellement, selon le Père Christophe Roucou, directeur du Service des Relations avec l'Islam de la Conférence des Évêques de France, « la Jordanie accueille 1,2 million de réfugiés syriens, et le Liban 1,5 million. » Pour une population totale qui dépasse à peine les 6,5 millions d'habitants en Jordanie, et qui n'atteint pas les 4,5 millions au Liban.

Par Franck Lefebvre-Billiez

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